Gay en Chine : le garçon du ping-pong – Yang 1/3

Partie 1 sur 3
« Je pense que pour cette période, ce sera très simple, j’avais pas d’idée de l’homosexualité. C’est comme si le mot gay existait pas dans mon dictionnaire. » Yang

Yang grandit en Chine sans un seul mot pour nommer ce qu’il ressent : le garçon qui lui plaisait à 13 ans, il ne l’a compris que bien plus tard.

🎧 Écoute cet épisode

Spotify
Apple Podcasts
Deezer
Podcast Addict
Amazon Music
YouTube

Dans cet épisode du podcast :

  • À 13 ans, un garçon de 18 ans demande à changer de table de ping-pong pour jouer avec lui
  • Il s'accroche à lui sur son scooter, dans les rues de leur petite ville, et il se sent en sécurité
  • La nuit, sur son premier téléphone, il lit des histoires d'amour entre hommes sur un forum
  • Il fait son coming out à sa mère le soir de son retour de France, dans la neige : ils finissent en larmes

On en parle dans cet épisode
Le témoignage de l'autre invité chinois du podcast, que Yang avait écouté avant de venir
Écouter l’épisode
La série américaine où Yang voit sa première histoire d'amour entre deux hommes
↗ Voir le site

💜 Tu pourrais aussi aimer

Faire son coming out loin d'un milieu accueillant : Élyas l'annonce par téléphone, son père coupe les ponts et l'argent
Grandir sans un mot pour se nommer, à Alger : Aymen s'est cru malade et a prié pour être réparé
Grandir sans figure où se reconnaître : Guillaume (le podcasteur) se croyait le premier homosexuel de sa famille

🏷 Plus d’épisodes sur les mêmes thèmes :


Lire la transcription de cet épisode
T'es bien ? Oui. On y va ? Hum. Bon. Yang, bienvenue chez moi. Merci. Tu es né en Chine, tu y passes tes 23 premières années et c'est là-bas que tu te découvres gay, notamment grâce aux fameux joueurs de ping-pong. Qui n'est absolument pas fameux. En fait, les gens vont croire qu'en Chine, c'est que toi, tu as un truc avec un autre garçon qui s'avère être joueur de ping-pong. Tu vas raconter ça et aussi ton expérience de grandir gay en Chine. Mais c'est quand tu arrives à Paris en 2019 que tu accélères l'exploration de ta sexualité. Ton premier mec est plus âgé, un « daddy ». Tu as d'ailleurs un truc pour les mecs mûrs. Mais tu te sens vite conditionné par des stéréotypes. Ici en France, parce que tu es asiatique, on te met dans la case « passif soumis ». Ton corps fin et tes cheveux longs t'obligent un peu plus aux yeux des autres. Un peu plus. Non, un peu plus. Tu m'as dit, je cite, inconsciemment, j'ai intégré cette idée que j'étais forcément passif. J'ai mis du temps à essayer la pénétration. Toutes les images dans le porno ou les messages que je reçois sous-entendent que je suis forcément le pénétré. Mais un jour, grâce à un homme avec qui tu discutes sur le site Guéromeo, un homme d'ailleurs que tu ne rencontreras jamais, tu te débloques et tu pénètres. Petit moment un peu... Suspense. Un peu suspense. Et ta première fois où tu pénètres un homme, c'est en 2021 à 26 ans. Et c'est à nouveau un daddy que tu pénètres dans son bureau. J'ai très envie que tu racontes. Et pour ce qui est d'être toi pénétré, tu m'as dit j'aimerais, mais je n'y arrive pas encore, je suis bloqué. Et enfin, au moment de notre entretien préparatoire, tu t'as prêté à retourner 40 jours en Chine. Alors maintenant que tu es un peu plus avancé sur ton chemin, tu étais curieux de voir comment ça allait se passer en Chine là-bas. Tu avais bien l'intention d'ouvrir Grindr et d'aller rencontrer des hommes. Alors, traversier du désert façon Christ ou orgie chinoise ? Je m'auto-fais rire. Tu vas nous dire. Bravo pour cette intro ! Elle te va ? Avant qu'on se lance, j'avais envie que tu racontes, parce que nous, on s'est rencontrés à un apéro entre auditeurs, ici à Paris. C'était un enregistrement live et après on a resté un peu pour boire, pour échanger. Et c'était comment cet enregistrement ? Parce qu'en fait toi tu m'as dit je suis super timide et je parlerai pas. Ouais. Et moi je me souviens qu'à un moment donné tu as parlé au micro. Ouais, c'est vrai, j'ai parlé une fois, mais c'était, je pense que c'était pendant la brise de glace, genre tu posais une question en mode, quel est l'épisode qui t'a plu le plus, un truc comme ça, puis moi j'ai dit un truc, mais j'ai pas intervenu pendant l'enregistrement. Mais tu t'es senti à l'aise pendant cette rencontre, ce live ? Est-ce que tu le conseillerais, en gros, je te manipule pour qu'on fasse de la pub ? Je ne voyais pas du tout ça arriver. En vrai, moi, j'étais trop content. Je trouve ça vachement important de parvenir à créer un espace, enregistré ou non, où toutes les personnalités peuvent se sentir à l'aise. Donc, tu vois, il y a des gens qui prennent très facilement la parole. Moi, j'ai envie que des gens plus timides... plus introvertis, je sais pas comment les dénommer, se sentent quand même bienvenus. Et le fait que toi, tu me dises, tu sais, je viens, mais je dirai rien, et qu'après, je t'entends dire des trucs, moi, j'étais trop content. T'es d'accord ? C'était cool ? Ben oui, c'était cool, parce que t'es revenu après. Ouais, j'étais... J'ai déjà été à deux enregistrements en live. Les gens qui nous écoutent et qui ont envie de venir soit à une rencontre, donc il y en a à Paris, mais il y en a dans d'autres villes, soit à un live où là, du coup, c'est une rencontre, mais en plus, c'est un sac de paroles enregistré. Eh bien, il faut aller sur le site du podcast bit.ly slash comment devenir. Tu veux dire un autre truc sur ton expérience ? Tu me regardes avec des yeux genre tu n'es pas obligé. t'as rencontré des gens chouettes ? ouais j'ai eu des discussions intéressantes là-bas mais après du coup j'étais quand même content de revoir certaines personnes au deuxième enregistrement où j'étais et du coup je vois que les gens reviennent en fait ça veut dire que c'est un safe space on est bien là-bas et c'est ce que je ressens aussi c'est pour ça que je pense que je vais continuer à participer si je peux T'as eu une petite timidité à dépasser pour venir ? Ou pas du tout ? Pour venir, ouais. Je dirais ouais parce qu'au début, je pensais que... J'imaginais l'environnement. Je pense que je suis sûr que ça va être bienveillant. Mais j'avais aussi une petite crainte que j'allais me retrouver tout seul parmi les gens qui me ressemblent. Pas du tout physiquement, c'est-à-dire en tant que... en Asiatique. Mais finalement, en fait, au premier enregistrement, j'ai été surpris de voir aussi deux mecs chinois comme moi. Ah oui ? Oui. Et du coup, on a pu discuter et je trouve ça vachement chouette. Et c'est pour ça que... En fait, j'avais aussi écouté des épisodes de Paul, le chinois, c'est peut-être le premier et le seul chinois sur son podcast chinois. avant cet enregistrement et j'étais déjà vachement surpris et j'ai rencontré la personne là-bas et je pense que c'est vraiment une bonne surprise pour moi de voir que tu couvres assez de gens différents et ça fait plaisir du coup là j'en mieux ouais ouais je trouve que pour moi l'inclusivité elle est directement connectée au coeur battant de ce podcast c'est à dire c'est pas genre c'est cool donc je le fais mais c'est pour que ensemble on se nourrisse de la multiplicité des chemins d'épanouissement moi ça m'intéresse en fait d'aller chercher des gens en me mettant en défi d'aller au-delà de d'un max de trucs qui viennent facilement à moi. Parce que moi, je crois beaucoup que trentenaires blancs parisiens, j'ai de la facilité à trouver des témoignages de trentenaires blancs parisiens et que j'ai vraiment envie et un enjeu à aller chercher des chemins super différents parce que c'est super nourrissant. Et en plus, moi, c'est des valeurs que je trouve importantes, tu vois. Au-delà, pourquoi t'es là, Yann ? Pourquoi ? Tu vois, je t'ai proposé de témoigner. Pourquoi t'es là ? Ça sert à quoi, là, de prendre de ton temps ? Alors, je pense que, pour moi, c'est une super opportunité de... faire une photo de ma vie du moment et aussi de parler avec toi qui Comment dire ? Je te trouve bienveillante et patiente pour tout ce qui est questions, tout ça, depuis que j'écoute ton podcast. Et c'est juste, je pense que personnellement, ce sera une bonne opportunité de peut-être déplier les choses avec un regard extérieur différent. Peut-être que je vois ça un peu comme une station psy, mais je ne sais pas. Et aussi, en écoutant des témoignages sur ton podcast de tous ces gens, j'aimerais aussi raconter mon histoire en me disant que peut-être ça pourrait aider à quelqu'un d'autre qui a vécu la même chose ou... de toute façon ce que j'ai ressenti j'ai je me sens aidé en en écoutant des témoignages les autres témoignages ouais moi j'ai envie qu'on commence avec ton récit de grandir gay en Chine et ma première d'Octipas c'était 23 premières années exactement et ma question c'est Tu grandis avec quelle idée de l'homosexualité ? Donc tu es né en 94 ? C'est ça. 1994. Si tu m'amènes en Chine, donc peut-être pas tout de suite en 1994, mais tu vois, t'as 10 ans, donc en 2004. La Chine en 2004, déjà, où est-ce que t'as grandi ? Et c'est quoi l'histoire de l'homosexualité que tu as dans ta tête ? Ok. Je pense que pour cette période, ce sera très simple, j'avais pas d'idée de l'homosexualité. Genre, c'est comme si le mot gay existait pas dans mon dictionnaire. Genre, j'étais même pas conscient de... de moi-même, ou bien de... Et je crois pas déjà avoir vu des images, ou bien des personnes gays dans ma vie, ou bien sur la télé, ou... Avant mes 10 ans, c'était vide, je dirais, à cet aspect. Avant tes 10 ans ? Oui. La première fois où tu entends parler d'homosexualité, tu t'en souviendrais ? Moi, perso, je ne m'en souviens pas. Je pense que oui. J'étais au collège. Du coup, j'avais 13-14 ans. Et il me semble qu'en fait... Il y avait une fille lesbienne dans la classe à côté et j'ai entendu parler d'elle. Du coup, c'est une fille qui avait un physique un peu masculin, enfin garçon, assis le plus dit masculin. Et... Mais à cette époque, en fait, je ne me souviens pas trop de ce que je ressentais par rapport à ça. Il n'y avait pas de dégoût. Je pense que pour moi, ça m'a laissé un peu indifférent. Et les gens, ils utilisaient quels termes ? Tu peux le dire en chinois ? En fait, ça juste veut dire homosexuel. C'est pas péjoratif ? Là, c'est vraiment neutre. Après, il y a d'autres appellations, mais à cette époque, je pense que c'était ça que j'ai entendu. Je ne suis pas très sûre, en fait. Moi, je me souviens, donc les souvenirs sont un peu vagues, mais je me souviens très précisément, dans mon adolescence, d'une série télé, je crois que c'est « Le miel et les abeilles » ou « Les filles d'à côté ». C'était des... Comment je peux décrire ça bien ? Je pense que je ne sais pas la référence. Non, non, t'inquiète, il n'y a pas de souci. C'est genre chaque jour, tu avais un téléfilm. Et c'était des histoires de lycéens ou de gens qui vont à l'université. Moi, je n'avais pas la télé, en fait. Donc, je ne suis pas... Mais en gros, je suis sûr qu'il y a des auditeurs qui bondissent en disant... Ou des auditrices qui disent, mais ce n'est pas du tout ça. Bon, je suis désolé. Mais en gros, on s'en fout. Et il y avait un mec, je crois que c'était celui qui bossait au gym, à la salle de sport. Et donc, il était bodybuildé, très efféminé et vraiment moqué. Donc moi, la seule... Et j'ai tout de suite compris que l'histoire de son personnage, c'était vraiment cet efféminé extravagant, dans mon souvenir en tout cas, je peux me tromper ? Et il n'y avait pas d'autres histoires autour de lui, aussi dans mon souvenir. Et c'est la première fois que je comprenais en parallèle des pédés tapettes dans la cour de récré. Ça, c'était moi en France dans les années 1996, puisqu'on a un petit écart d'âge. Si toi, tu m'amènes... Voilà, dans ton bain 15-20 ans, quand t'as 10-15-20 ans, comme ça, tu regardes la télé et il y a des personnages que tu comprends homosexuels ou tes parents t'en parlent. C'est quoi ton accès culturel, l'existence culturelle des homosexuels en Chine ? À mes 15-20 ans, t'as dit ? Ouais ! Bonne question. Alors, je pense qu'à cette époque-là, peut-être à la télé, je ne crois pas. Parce que c'est un truc du... C'est plutôt public, les chaînes que je regardais, de toute façon dans ma famille. Ça, ça me dit... Le rapport au public, c'est donc le Parti communiste chinois ? C'est ça ? Oui. Et donc, ils ne sont particulièrement pas gay-friendly, c'est ça ? Il y a un sous-entendu. Et mes ressources par rapport à l'homosexualité, c'est plutôt sur Internet. Je me souviens que quand j'étais au collège, j'allais sur un certain forum. où il y a des gens qui écrivaient des histoires d'amour entre deux hommes. En fait, je ne suis pas sûr que tout soit des histoires réelles. Peut-être qu'il y avait un peu de fiction aussi. Mais je me souviens que je lisais ça des fois tard dans la nuit sur mon tout premier téléphone. Pas un smartphone, du coup. Et sinon, ce sera des... À un moment donné, il y a des petites séries produites sur Internet. Par exemple, là, je pense à une série qui raconte l'histoire de l'IC1. OK. Et du coup, il y avait quand même des scènes de... D'intimité. Les deux personnes au lit, tout ça. Mais ça, c'est des séries très regardées ? Non, c'est pas grand public. C'est pas grand public. C'est en ligne, une web-série produite par... Et à un moment donné, ça a été retiré. Censuré. Censuré. Tu as accès à la culture occidentale. Est-ce que Glee, à cette époque-là... Du coup, j'ai commencé à regarder des séries américaines et anglaises quand j'étais au lycée. Et je pense que la première histoire d'amour entre deux hommes que j'ai vue, c'est une série qui s'appelle Brothers and Sisters. C'est une série américaine où il y a une ligne de l'histoire. En fait, c'est une grande famille classe moyenne, bourgeoise, où il y a un fils qui est gay, qui est avocat. Et lui, je pense qu'il est tombé amoureux d'un chef. Et ça, ça fait partie de mes premières références gays, je crois, dans les séries. Donc j'essaye de faire la photo de comment t'as grandi. On ne parle pas d'homosexualité. Toi, tu grandis ? sans référence, on est d'accord. Puis petit à petit, t'en trouves, mais c'est plutôt en ligne. Et à ce moment-là, tu te dis, au collège ou je sais plus, il y a une autre lesbienne, mais c'est tout, il n'y aura pas d'autres homosexuels. Dans mon entourage ? Ouais. Si, en fait, j'ai quand même un... Un pote gay, qui reste assez proche, même aujourd'hui, de mon lycée du coup. Mais je pense que je me suis vraiment rendu compte de son homosexualité, plutôt vers la fin. J'avais une petite idée, mais même à cette époque-là, je ne me disais pas que moi j'étais gay ou quoi. C'est juste... Après, le lycée, pour nous, c'était vraiment très chargé, avec tous les devoirs à faire et tout. Du coup, je ne pensais pas trop à tout ce qui est l'amour ou bien au sexe. Il fallait bosser, quoi. C'est ça. On n'avait pas le temps de penser à ça. Donc, tu ne te masturbais pas ? Au lycée, si, déjà. Je pense que j'ai eu ma première masturbation au collège. Quand j'avais peut-être 14 ans. Parce que j'avais vu des pornos... Enfin, j'ai retrouvé un porno hétéro par hasard dans le téléphone de mon oncle. Ok. Ouais. Et après, je me dis « Ah, ok, tu peux jouer avec ta bite comme ça, en fait. » Et puis j'ai essayé et j'ai eu... mon premier orgasme ok donc la situation pour les bon on va dire les personnes gays en Chine quand toi tu grandis est-ce que c'est légal ? alors je pense que À cette époque, quand j'étais au collège, c'est oui. Genre, ce n'est plus pénalisé. OK. Depuis le... Si je ne dis pas de bêtises, depuis la fin des années 90, ce n'est plus un crime. OK. Et depuis le début des années 2000, on dit que ce n'est plus une maladie mentale. OK. Mais après, ça c'est la théorie, mais quand même, dans la société, bien sûr, ça existe quand même des thérapies de conversion. Oui, il n'y en a pas. Ça ne s'arrête pas. Aujourd'hui en Chine ? Oui, à l'époque aussi. Tu en as entendu parler à l'époque ? Non, je n'avais pas cette info-là. Le joueur de ping-pong, notre mystérieux personnage, il intervient à quel âge à peu près ? J'avais entre 13 et 14 ans, justement. Qu'est-ce qui s'est passé ? Alors, il n'y a eu rien de sexuel entre nous, c'est juste que c'était mon premier crush, vraiment, sur un garçon. À l'époque, j'avais 13 ans. Je viens de finir ma première année au collège. C'était les vacances d'été. J'apprends à jouer au ping-pong dans une salle de sport. Et ce jour-là, je joue avec mon cousin. Et lui, il joue avec son ami juste à côté de nous. Et à un moment donné, il demande à mon cousin de changer de place pour pouvoir jouer avec moi. Lui, en fait, il a 18 ans. Il vient de finir son lycée. Et du coup, on joue ensemble et après, on fait connaissance. On commence à sortir, jouer au ping-pong ou bien manger. Petit à petit, on est devenus assez proches. Et il m'emmène faire des tours sur son scooter dans notre petite ville. Je frémis. Des tours de scooter ? 13 ans ? Oui. Lui, il en a 18. Oui. Je serai en PLS. PLS, dans quel sens ? Bah attends, t'étais là à faire des tours de scooter. Du coup, je t'ai pas demandé, on est où là ? T'es dans quelle ville, toi, de Chine ? T'étais à l'aise de dire. Ouais, c'est dans une petite ville à côté de Qingdao. Ok. Nom de la bière ? La bière, voilà. C'est ça la référence de la ville. Même en Chine, c'est une ville connue pour sa bière ? Oui, oui. C'est la bière la plus connue, la plus vendue. Enfin, c'est la marque que tout le monde connaît, ouais. Ouais, donc toi, en fait, tu grandis dans un milieu plutôt rural de Chine, tu dirais ? Même si... Non ? Non, c'est quand même une petite ville. Du coup, c'est pas rural, je dirais. Mais les petites villes en Chine, c'est 15 millions de personnes, non ? 15 millions ? Non, il y en a plus. 15 millions ? Non, 15 millions, tu exagères. 15 millions, c'est presque Shanghai et Pékin. Moi, je dirais... J'ai pas besoin d'un chiffre exact, ce qui m'intéresse c'est, je suis sur le scooter avec ce beau mec, d'ailleurs je serais curieux que tu me le décrives, et je voulais juste savoir, est-ce que je suis dans une grande ville, dans un petit village, enfin là on fait des tours de quoi ? dans les rues du coup c'est une ville c'est pas des maisons c'est des bâtiments un commerce et c'est juste moi je suis derrière et puis je le sers avec mes bras comme ça pour à la fois me tenir en sécurité et à la fois tu vois non je vois pas c'est quoi tu sentais son odeur ou tu sentais son corps ou les deux C'est plutôt une sensation de réconfort, je pense. Tu te dis tout de suite que t'es attiré par lui ? Non. Pour toi, tu es pote ? Pour toi... Non, pardon. Pour moi, c'était comme un grand frère à l'époque. C'est juste plusieurs années après, quand j'étais à la fac, en racontant ça à un pote, et puis il m'a dit, mais... T'avais carrément un crush sur lui et tout. Je me disais, ah, ouais, c'est possible. Mais à l'époque, je me disais pas... Genre, je me voyais pas attiré par un garçon. Pour moi, à l'époque, c'était pas une option. Genre, je cherchais des attirances chez les filles. Parce qu'à l'époque, les gens commencent à se mettre en couple, même dans la classe. Ouais. Pour moi, l'amour, c'est vraiment avec une fille et je cherche la sensation. Je me pose la question, c'est quoi ? qu'est-ce que ça veut dire être amoureux d'une fille et tout mais je trouve pas c'est triste mais tu l'as bien dit tu essayes d'être attiré par une fille moi ça m'est arrivé pareil parce que tu sens déjà que t'as des attirances parallèles sans mettre des mots dessus ou simplement t'as même pas conscience que tu pourrais être autre chose qu'hétéro tu cherches juste à reproduire Je pense que je sentais des attirances, mais je pensais que c'était une forme d'amitié forte. Ok. Je pense que j'ai eu quand même plusieurs expériences d'attirance comme ça, mais je ne me réalisais pas que c'était des crushs ou des sentiments plutôt amoureux. Je trouve ça ouf parce que toi et moi, on a grandi à des milliers de kilomètres dans des cultures, dans des environnements qui sont très différents. Assez quand même, tu vois. De par la langue, de par des histoires, de par... Enfin, nos sociétés sont quand même censées être différentes. J'entends la mondialisation et tout, mais quand même. Et en fait, on a reproduit, toi et moi, exactement la même chose. Au mot près. C'était quoi ? La même chose, tu vois. Les autres sont en train de se mettre en couple. L'amour est déjà un sujet prépondérant. une construction sociale où en fait c'est un jeu où il y a des gagnants des perdants et puis si toi t'es en couple t'es quand même assez cool puis en plus t'es cool et au delà d'être cool genre t'as l'air de vivre un truc que je vois à la télé l'amour comme vraiment un objectif de vie ça veut dire que ça je sais pas ça te donne de l'estime de toi puis ça te rend peut-être plus adulte plus fort plus mieux tu vois juste une petite question en France est-ce que les professeurs interviennent quand tu vois, genre, il y a des crocs qui se forment dans la classe. J'adore ce que tu vas me dire après, pour toi. Alors, je ne saurais pas généraliser en France, tu vois. Moi, de ma petite vie... Donc à Versailles, qui est en banlieue parisienne et qui est connu pour être très tradit, très religieux. C'était le berceau des Antigués au moment du passage de la loi mariage pour tous en 2013. Là-bas, non. les profs en tout cas je n'ai jamais assisté les profs n'intervenaient pas du tout mais moi en fait je pouvais me faire insulter de tapette et de pédé les profs n'ont jamais intervenu il y avait vraiment alors est-ce qu'ils ont jamais entendu jamais compris que ça j'ai tout en tout cas et toi ? Alors, je t'ai posé cette question juste pour savoir comment les collégiens ou les lycéens vivaient leur histoire d'amour en France. Parce que chez nous, en fait, à cet âge-là, on est censé bien faire ses études et ne pas penser à se faire des histoires d'amour. OK. Donc, si... Ah, wow! Du coup, les professeurs, ils vont... Ils vont te parler s'ils savent que tu es engagé dans une relation ou ça commence à... Tu vois, parce qu'ils ont peur que tu sois distrait, que tu n'aies plus concentré sur tes études, c'est plutôt ça. Du coup, en fait, les petits couples qui se forment, ils sont en cachette quand même. parce que sinon le prof vient te parler mais concrètement vient t'interdire vient te dire on contacte tes parents waouh en parlant de parents tu as fait ton coming out à ta maman j'ai noté que c'était très émouvant à quel âge tu as fait ton coming out ? c'était début d'année 2017 j'avais bientôt 23 ans À ce moment-là, tu avais déjà passé un moment en France ? C'est ça, c'était un échange universitaire. Tu reviens en Chine et tu le dis à ta maman ? Le même jour de mon retour, la même soirée, je lui ai dit. Qu'est-ce qu'elle a répondu ? Elle m'a accepté. On faisait une petite balade. C'était genre... à l'extérieur il y avait encore de la neige par terre du coup à un moment donné je lui ai dit que maman je suis pas comme les autres garçons parce que je suis attiré par les garçons tout ça et du coup elle était en fait très surprise parce que pour elle elle a jamais pensé que j'étais gay genre c'était c'était pas une possibilité pour elle non plus Et par contre, elle avait déjà des révérences gays à l'époque. Quand j'étais très petit, elle a vu des histoires racontées à la télé. Chinoise. Chinoise. Qu'il y avait des reportages sur des personnes homosexuelles à la télé. Tu vois que l'histoire ne se progresse pas forcément. Ça ne fait pas que monter. Voilà. ça veut dire quoi ? ça veut dire que pour moi à un moment donné l'opinion publique ou tout ce qu'il y a dans les médias on était plus ouvert à parler ce genre de choses avant ça s'est renfermé parce que le documentaire ou le reportage que ta maman a vu et qu'elle a je crois comprendre mentionné tandis que tu fais ton coming out elle s'est rattachée à ce documentaire Ou non, elle t'en a parlé après ? C'était après. C'était pas négatif, c'était pas un documentaire négatif, péjoratif envers les... Non, je pense que c'était une journaliste très connue qui a vraiment allé à la rencontre des personnes homosexuelles pour vraiment savoir leur vécu et bienveillance. C'était pas du tout pour les caricaturer. Ok, super. Donc ta maman, elle avait aussi ça en tête et donc elle t'a répondu quoi quand tu lui as dit je suis pas comme les autres garçons ? Qu'est-ce qu'elle a dit exactement ? Je ne sais plus trop. Tu dévives. Oui, mais c'est juste... Elle était très surpris, mais elle n'était pas du tout défensive ou de sentir genre... Elle ne m'a pas rejetée. Et on a fini par pleurer tous les deux en se serrant les bras comme ça. Oui, c'était beau. C'était... Pourquoi vous pleuriez ? Je pense que... Alors pour moi, c'était... Il y avait du soulagement. Hum. Il y avait de la reconnaissance, je pense, pour le fait qu'elle m'a accepté. Parce que j'avais quand même une grande appréhension que ça se passait mal. Même si j'en doutais, je connais quand même ma maman. Mais il y a toujours cette petite possibilité. Je pense que de son côté, peut-être que c'est surtout le fait que j'ai vécu toutes ces années tout seul, sans lui avoir raconté tout ça. Et elle pensait qu'elle n'était pas là pour moi. Ouais, c'est... elle aurait pu m'accompagner je pense que ça revient à ma question d'avant c'est que t'as l'impression que ta maman à ce moment quand elle apprend que tu lui dis que t'es gay elle est dans un bain homophobe tu sais ce que je veux dire elle dans son quotidien dans son métier ou dans la consommation des médias toi tu t'inquiètes un peu aussi de sa réaction parce que là-bas là où elle vit c'est très homophobe ou pas du tout ? Elle a des potes gays ? J'ai du mal à comprendre le quotidien de ta maman par rapport à l'homosexualité, tu vois. Le quotidien, c'est un non-sujet, je pense. Ça apparaît une fois dans les médias. Avec ses amis, je doute qu'ils parlent de ça. Et ça m'étonnerait qu'elle ait des amis gays. Et... Comment dire ? Et c'est juste, c'est pas du tout visible, je crois, dans sa vie, avant mon coming out. Elle s'attriste que tu aies été très seul pendant tout ce temps-là. Est-ce que tu étais seul ? Est-ce que tout ce chemin-là, avant d'arriver en France, tu as pu rejoindre des assos LGBT ou en fait tu étais assez seul ? J'ai pas rejoint des assos LGBT. Pour moi, à l'époque, j'avais même pas du tout pensé à ça. Ça n'existe pas ? Si, ça existait. C'est juste que j'avais pas cette fibre en me disant « Ouais, je pourrais trouver une communauté des gens qui partagent mon vécu et qui pourraient... » avec qui je pourrais échanger. Mais j'ai quand même la chance d'avoir des amis à la fac ou au lycée à qui j'ai fait mon coming out au fur et à mesure. Avant ton échange en France ? C'est ça, oui. À partir de mes 20 ans. Et là, dans cette université, on est toujours dans la même ville ? Non, à Wuhan. Ok. J'ai fait ma licence là-bas. Ok. Grosse ville. Très grosse ville, ouais. Là-bas, dans l'université, t'as une asso gay, LGBT ou gay ? Ou des soirées, ou un regroupement ? Non. Je pense pas. Mais il y a des... Je sais, il y a des garçons gays dans la faculté de... De mon université. Ils se tiennent la main ? Non. Ils ne sont pas visibles ? Ils ne sont pas visibles de cette façon, mais il y en a, je crois, deux qui étaient ouvertement gays. Dans une université de combien d'étudiants ? Plusieurs milliers ? Oui, mais après, je ne les connais pas tous. Non, bien sûr. Non, mais je crois que ce que j'essaie de comprendre, c'est en fait... En fait, je n'ai pas envie de mettre des préjugés que ce que moi j'ai vécu en France, c'est la même chose que toi tu as vécu en Chine. Donc je pose toutes ces questions pour un peu comprendre toi, tout ton développement et cette première partie de vie. Comment ça se passe ? Qu'est-ce que c'est ? Ça veut dire quoi en fait grandir gay en Chine ? À quel point c'est invisible ou pas ? C'est là où je vais chercher. Ok, je pourrais te raconter un peu plus cette période-là. En fait, à la fac, moi, j'ai choisi le français comme mes études. C'est une licence de français. C'était la fac des langues étrangères. Il y a aussi un peu ce cliché où les garçons qui sont... doués en langue ou en art ou en tout ça ils sont probablement gays en Chine aussi il y a ça ? pareil en France et déjà il y a très peu de garçons dans cette faculté des langues et parmi les très peu il y en a des qui étaient gays du coup mais j'osais pas Leur parler de ce sujet-là parce que je pense qu'à cette époque-là, je n'assumais pas et je n'avais pas encore bien fait du travail personnel de toute façon. Parce que tu savais qu'être gay, c'est perdre une valeur sociale dangereuse, quoi. Oui, c'est mal vu. Ouais, c'est ça. Je ne me sentais pas en sécurité. En revanche, là, à l'université, il y a des hétéros qui sortent ensemble, ils peuvent se tenir la main, il y a des amourettes. Tout à fait. Il y a des teufs. Ouais. Ouais, ouais. C'est ça. Ok. Ça te va si on passe à la suite ? Est-ce que t'as envie de rajouter une bafouille sur... En gros, pour moi, l'épisode prochain, j'ai envie de te poser la question sur ton arrivée en France et comment ta sexualité, tu te mets à l'explorer, qu'est-ce que tu découvres ? Il y a tout cette partie de... ah tiens non je suis intéressé parce qu'il y a cette partie de en France puisque je suis vu comme asiatique je suis forcément passif donc j'ai envie qu'on parle de ça et avant qu'on close ce chapitre de grandir gay en Chine en Chine est-ce que pareil toi t'as vécu cette attribution de rôle si tu es comme ça alors t'es plus passif genre est-ce que en gros il y a des... je vais aller répéter ma question si t'as compris j'ai compris ta question alors donc comme chez nous par rapport à la France on a plutôt une société assez homogène sur le plan tout ce qui est couleur de peau j'entends par ça donc il n'y avait pas de question de ok je suis asiatique je suis différent des autres du coup je suis pareil un peu pareil que les autres les autres du coup là il y a une distinction de rôle plutôt par rapport à Ça pourrait être tes cheveux, ils sont courts ou longs, ou bien est-ce que tu es musclé, ou bien est-ce que tu as des aires efféminées, ou bien... Donc les mêmes codes qu'en France. Les mêmes. Il n'y avait juste pas trop cet aspect couleur de peau. Bien entendu, bah oui, puisque... Oui, maintenant, il y a plus de gens internationaux, mais quand même, proportionnellement parlant, c'est pas du tout la même chose. Oui, mais tu peux... Enfin, je sais pas, mais je pense que tu vis pas de racisme anti-asiatique en Chine. Non. En tout cas, tu... Ok. Mais c'est marrant, les mêmes codes de la masculinité. Tu avais déjà les cheveux longs à l'époque ? non si t'as les cheveux longs donc t'es plus c'est marrant cette internationalisation des clichés quoi en fait c'est intéressant tu vois je sais pas on aurait pu inventer les différentes sociétés les différents peuples les différents stéréotypes ouais les stéréotypes sont les mêmes ok merci rendez-vous à l'épisode suivant ça te va ? très bien

Rédigé avec l'aide de l'IA. Tu vois une erreur ? Contacte-nous