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Ok. Comment je t'appelle ? Aymen. Aymen. Bienvenue Aymen chez moi. Merci. On va parler d'Algérie. Tu as grandi en Algérie jusqu'à 24 ans. On a fait un pré-entretien où tu m'as raconté et on a identifié ensemble des grands axes de ton témoignage. D'abord, toute la partie en Algérie.
de ton coming out à toi-même, ce lien toxique, c'est tes mots, avec la religion, avec la masculinité. Oula, la masculinité, ça veut pas, ça veut pas. Et être arabe et être gay quoi. Et après ta décision de quitter l'Algérie, tu m'as dit, et ça m'a frappé, tu m'as dit j'ai dû choisir entre ma vie et ma famille. Et après, depuis ton arrivée à Paris, comment tu t'es épanouie ? En tout cas, t'en es où de ça ?
Et moi j'ai noté comment tu t'es débloqué, avant c'était impossible pour toi d'être pénétré, comment tu t'es débloqué. J'ai aussi noté, ça m'a fait rire, ton kiff pour les daddies. J'ai très envie de poser des questions là-dessus. Ça te va comme petite intro ? Ouais, ça me va. Super, c'était sympa.
Avant qu'on se lance, tu as écouté des épisodes du podcast, non ? Bon, à chaque fois je commence en rappelant que j'ai fait le pari un peu fou d'essayer de vivre de mes podcasts. Du coup, je dépends des contributions des auditeurs, des auditrices. Donc j'invite les gens, et les liens sont en description de cet épisode, à faire un don, soit ponctuel, soit régulier. En gros, je cherche à avoir 400 personnes qui donnent 5 euros par mois. Ça me donnerait un gros SMIC, une bonne base.
Et en fait, aujourd'hui, j'ai envie de faire une petite danse de la joie. Donc, on ne me voit pas danser. Je ne sais pas bien danser. Tu sais danser, Aymen ? Ouais, un peu. Ah ouais, putain, t'as de la chance. Moi, c'est un petit peu, c'est robotique, c'est bâton de bois, tu vois. Mais petite danse de la joie quand même. Ce matin, je me disais, donc là, j'ai 61 personnes qui donnent chaque mois et d'autres personnes qui ont fait un don ponctuel. Et je me disais, mais je suis vraiment trop content.
trop contente du chemin parcouru après je viens de faire un jogging donc j'ai plein d'endorphines et tout je suis super pisse mais franchement je me dis il y a quand même et je les remercie parce que je pense qu'elles m'écoutent il y a quand même 60 personnes qui ont dit bah allez c'est cool ce que tu fais je vais te soutenir et puis c'est un truc tu vois quand même de donner sa carte bleue
Et d'être prélevé chaque mois et tout. Je suis trop fier et j'ai envie d'être à la hauteur. Donc voilà, je remercie les gens qui donnent. Bon, on y va. Je me souviens quand on a préparé cet entretien, que c'était un entretien chargé pour toi. Tu as pas mal hésité à témoigner et tu t'es dit « Ok, j'y vais ». Est-ce que tu peux me rappeler pourquoi tu t'es dit « Allez, j'y vais, c'est important pour moi de témoigner ».
J'ai énormément hésité à partager mon expérience parce que c'est difficile pour moi de déballer comme ça. C'est énorme, il y a plein de détails que je ne veux pas me rappeler ou que j'essaye un peu d'esquiver.
Mais à un moment, je me suis dit « je vais le faire pour deux raisons ». En fait, la première raison, c'est que déjà, je sais qu'il y a plein de gens qui sont dans ma situation, qui vont vraiment s'identifier. Et c'est très important pour les jeunes, même pour une personne n'importe quel âge, de s'identifier en une personne qui a le même background culturel et religieux.
Et de se dire « oui, en fait, cette personne, elle est comme moi, mais voilà, elle a réussi, elle a fait du chemin, ça veut dire que c'est possible ». Ça, c'est la première raison. La deuxième raison, c'est aussi pour moi, il ne faut pas mentir, parce qu'en gros, ce partage, ce podcast, ça marque un peu, c'est comme un point dans une phrase.
Ça marque la fin d'un cycle et le début d'un nouveau cycle, la fin d'un chemin qui est long et qui… Enfin, je viens de loin, tu vas voir que je viens vraiment de loin.
Et en témoignant, tu célèbres aussi le chemin parcouru. Voilà, c'est ça. Ce témoignage permet déjà de revenir sur mes pas et de me dire, oui, en fait, il y a eu des pas de géants et j'ai évolué.
Tu dis, tu reviens de loin. Est-ce que tu peux m'amener dans ce loin ? Donc, tu es Algérien, tu as grandi en Algérie. Jusqu'à 24 ans, tu étais en Algérie. Aujourd'hui, tu as quel âge ? Là, j'ai 27 ans. Tu me dis, moi, je témoigne parce qu'il y a des gens qui vont s'identifier et ça aide. Est-ce que toi, tu te souviens, en grandissant en Algérie, de voix queer, d'hommes gays, d'hommes queers ou même de femmes ou de personnes ? Tu te souviens ? Non, tu me fais non ?
Non. Il n'y a pas. Il n'y a rien. Il n'y a rien. On parle des années 2005-2006 à Alger, même si c'est une grosse capitale. C'est la capitale, c'est une grosse ville. Mais en fait, il n'y avait aucune personne, je n'avais aucune référence.
Et c'est ça qui est dur. C'est quand on grandit dans un truc et que c'est chargé en religion, c'est chargé en coutume et c'est très masculin, très macho. Fais ceci, ne fais pas cela. Tu peux m'imaginer, parce que moi je ne me rends pas compte, moi j'ai grandi en région parisienne. Tu parles de l'importance de la religion.
Est-ce que tu as des exemples comme ça ? Ah oui, je peux te donner plein d'exemples. Par exemple, juste le fait de parler avec… Par exemple, tu parles avec tes mains, tes maniérés, tu as une voix qui n'est pas une voix d'homme viril selon les normes de la société.
Et déjà, rien que ça, ça pose plein de problèmes. Moi, mes parents, surtout mon père, il m'a reproché de ne pas avoir une voix d'homme et de parler avec mes mains, d'être maniéré. C'est plusieurs reproches. Je n'ai jamais été suffisant pour lui. Franchement, j'ai toujours fait comme il voulait. Et j'ai vu que les études, ça lui faisait plaisir. Donc, je me suis tué à la tâche. J'étais toujours premier de la classe.
Et je faisais vraiment comme il voulait. Mais je n'ai jamais été suffisant. Parce que j'ai toujours ces reproches de « Pourquoi en fait tu parles avec les mains ? Non, il ne faut pas parler comme ça. Cette phrase que tu as dit, c'est une phrase de meuf. Il ne faut pas dire ça. Cette couleur, par exemple, tu ne peux pas mettre une chemise rose ou un truc comme ça, mais parce que c'est féminin.
Ou « Ah, mais j'ai remarqué ce blouson, il a une coupe un peu féminine. Non, mais tu ne peux pas acheter ça, tu le rends demain. » Et moi, à chaque fois, je me disais « Ok, d'accord. Ben oui, demain, je vais le rendre. » Mais je ne disais rien. Mais du coup, toi, tu avais un élan dès tout petit vers ces choses dites non masculines. C'était en toi ?
C'était vraiment en moi. On ne peut pas me dire que non, c'est acquis. Plein de gens, quand j'ai fait mon coming out, ils m'ont dit que non, en fait, c'est juste l'influence occidentale. Ce n'est pas ça. Tu n'étais pas comme ça en Algérie. On ne t'a pas connu comme ça.
Comment ça se fait que maintenant, tu es comme ça, que tu t'habilles comme ça ? En fait, je leur ai dit, ce n'est pas l'influence occidentale, mais en fait, en Algérie, tu ne m'as pas connu. Tu as connu ma version hétéro, la version imposée. Moi, quand je me levais chaque matin, je mettais mes habits normaux et je mettais mon masque hétérosexuel.
Et je sortais pour faire face à la société. Mais c'était obligé. Moi, je ne pouvais pas vivre comme je le souhaitais. Je ne pouvais pas mettre les couleurs que je voulais. Parce que c'était des couleurs de femmes ou parce que tel ou tel habit, non, c'est plus attribué au genre féminin qu'au masculin. Donc, non, en fait, tu as connu l'acteur. L'acteur hétérosexuel. Tu n'as pas connu la vraie personne. C'est ça.
Tu te souviens, toi, autour de quel âge tu ressens un désir pour les hommes ? Toi, aujourd'hui, tu t'identifies gay ? Oui, je m'identifie gay. Donc, tu es attiré par d'autres hommes. Je suis en train de définir ce que ça veut dire d'être gay sur un podcast qui en parle depuis 80 épisodes, mais pourquoi pas ? Tu te souviens quand est-ce que tu as eu cette première… C'était vers quel âge ?
C'était début collège, donc je dirais 13 ans, 13-14. Et c'est concomitant avec ta différence dans ton envie de couleur ou dans ta façon de parler ? C'est à peu près au même moment ou c'est déconnecté ? Non, je pense que c'est déconnecté. En gros, pour l'anecdote, c'est que quand j'étais petite, j'essayais tout le temps les talents de ma mère. Ah !
Elle avait des talons blancs, je me souviens toujours de ces talons et je les essayais tout le temps. Et après, en grandissant, je me suis dit mais c'est quand même assez logique parce que moi, j'essayais les talons de ma mère, mais mon frère, il n'essayait pas les talons de ma mère. Je me dis mais quelque part, il y a eu quand même des signes avant-coureurs.
Moi, c'est marrant parce qu'au moment où tu disais ça, moi aussi, je me souviens d'essayer les talons de ma grand-mère. Dans le grenier, il y avait une malle à déguisement ou en tout cas à bite soirée. Et j'étais fasciné par le rouge à lèvres d'une autre grand-mère. Non, arrière-grand-mère, talons de l'arrière-grand-mère et rouge à lèvres de la grand-mère. Quand j'étais tout petit, et pareil, je n'ai pas vu mon frère qui ne m'a pas dit. Toi, tu sais pourquoi…
Et c'est marrant parce que moi j'ai grandi en région parisienne, toi à Alger, donc nos cultures seraient différentes, le sont n'est-ce pas ? Et on a eu tous les deux ce truc, est-ce que tu sais pourquoi ?
Je ne sais pas. Franchement, c'est venu comme ça. Il n'y avait pas que les talents. Je prenais les cheveux de ma mère, je disais « ouais, je vais te faire une coupe de cheveux ». Alors que j'étais petite, j'avais genre 6 ans ou même avant même, 5 ans. Je me souviens même du nom de la coupe, c'était « la 10 ». Je ne sais même pas ce que ça veut dire.
Ça n'a aucun sens, mais c'était ça. Je lui disais, je vais te faire ça, je vais te faire cette coupe-là. Je l'ai nommé comme ça. Mais bon, j'étais petit. Ils ne m'ont pas fait de remarques. Je ne me souviens pas de remarques quand j'étais vraiment petit. C'est que plus tard. C'est que plus tard, en grandissant, ils me faisaient des remarques sur la manière dont je m'exprimais. C'est correct. Oui, c'est ça.
À 13 ans, tu ressens, ou en tout cas autour de 13 ans, tu ressens une attirance pour d'autres garçons. Tu te souviens ?
Cette première fois ? Alors, en gros, c'était première année collège. Je devais avoir dans les 13 ans. Et c'était là où j'ai commencé à me masturber. Et en gros, au début, j'avais aucune imagination. C'était juste un acte que je faisais parce que ça me faisait du bien. C'est juste ça. Je n'imaginais pas, je pense, ni un mec, ni une meuf.
Rien de tout ça. Mais je me souviens très bien que j'avais un pote, un super pote. Et en gros, notre amitié, elle était forte. Mais je me disais, mais c'est de l'amitié, en fait. C'est juste que c'est fort. Je veux tout le temps être avec lui. Je veux attirer son attention. Je veux que ce pote ne me regarde que moi.
mais après je pense avec le temps je me suis dit mais non mais c'est pas de l'amitié parce que en fait je suis pote avec plein de personnes mais les autres je ne veux pas je veux pas attirer leur attention je m'en fous je suis juste pote avec eux mais pourquoi lui exactement je veux attirer son attention après avec le temps il a eu une copine sa première copine et là j'étais vert de jalousie je me suis dit mais oh
mais il a une copine mais qu'est-ce que je deviens et tout et j'étais vraiment jaloux je me dis mais on peut pas être jaloux c'est ton meilleur pote quoi tu devrais être fier mais moi ma jalousie c'était que je détestais cette meuf parce que elle me l'a piqué elle elle peut l'avoir et moi non et c'était là où je me suis dit mais en fait j'ai un truc mais c'est quoi ce truc c'est quoi le nom de ce truc
T'avais même pas de mots. Non, mais j'avais pas de mots. Parce que… T'avais quel âge à partir… Pardon, vas-y, dis-moi, moi. Par exemple, toi, t'as vécu, je sais pas, dans la région parisienne. Et il devait y avoir des références pour toi. Tu regardais des gens, je sais pas moi, en sortie de boîte. Peut-être que tu connaissais des boîtes gays. Mais en fait, moi, j'étais dans un environnement où c'était tellement tabou que personne n'en parlait.
Personne. Ça n'existait pas. Même, donc pas dans les films, mais même, tu sais, parfois dans les films ou les téléfilms, genre l'assassin ou bien le prostitué, même, tu vois, pourrait être gay. Un peu façon de dire c'est une maladie, c'est le méchant qui est en plus… Non ?
Franchement, ça ne m'étonne pas parce que tu ne connais pas les feuilletons algériens. Les feuilletons algériens, ça parle juste de drogue. Ça parle d'une femme qui est tombée enceinte et qu'il ne faut pas qu'elle avorte, il faut qu'elle assume la nanny. Ça parle de viol, ça parle que de choses comme ça.
Donc, en fait, il n'y a pas d'identification. C'est un non-sujet. Il n'y a pas d'identification, même négative. Même négative. C'est un non-sujet. C'est un non-sujet. Donc, toi, tu grandis. On te dit, ne sois pas trop efféminé. Donc, tu sens qu'il y a un blocage là, ou en tout cas, il y a un enjeu là. Et tu sens qu'il y a un truc particulier avec ce pote, mais tu ne mets pas encore de mots. Tu te souviens quand est-ce que tu commences à comprendre ?
En gros, je ne connaissais pas le mot gay, ni homosexuel, ni LGBT, ni rien du tout. Je ne connaissais que le mot efféminé. Il ne fallait pas être efféminé parce que tu es un homme et tu es associé à une femme. Il ne fallait pas être ça parce qu'un homme doit être un homme, une femme doit être une femme, et basta. Du coup, là, ce que je me dis, c'est que, partie collège, il faut que je découvre ce que j'ai.
Et pour moi, dès le début, dès le départ, je suis partie de l'hypothèse où c'est une maladie. Donc je ne me suis pas dit « c'est un truc normal ». Donc j'ai identifié en gros le problème, j'ai dit que voilà, c'est une maladie, j'ai un truc, je ne sais pas, je suis cassée, brisée, il faut que je me répare. Donc c'était les débuts d'Internet, mais c'était dans les hyper cafés, moi je n'avais pas Internet chez moi en tout cas.
Et du coup, j'allais dans les cybercafés, je cherchais un peu attirance, homme. Je cherchais pas en arabe, ce qui était bien, parce que si tu cherches en arabe, t'es plus orienté vers des forums plus musulmans, etc. Qui du coup…
Du coup, ils te disent non, c'est mal. Tout ce qui est négatif, tout ce qui est péjoratif, tu vas le trouver associé à l'homosexualité. Tu cherches donc en français ou en anglais ? En français. Dans le temps, c'était le français, pas l'anglais. Le français, tu l'as comme matière depuis le primaire. Oui.
Donc, du coup, je cherchais et je regardais, je regardais tous les forums et je regardais les forums qui disaient que c'était mal et les forums qui disaient que c'était normal, etc. En fait, c'est là où j'ai commencé à identifier un peu, dire que oui, en fait, ça existe. C'est l'homosexualité et c'est gay, c'est être gay. Et il y a gay, il y a bi, etc.
Il y a lesbienne. Tu vois, je commence un peu à me familiariser avec la terminologie et de savoir un peu ce que je suis. C'est quoi le mot dans ta langue maternelle ?
Alors, il n'y a pas de… Il y a plus, je dirais… En gros, le mot, c'est « mythelé ». C'est le mot, pas dans le dialecte, mais dans la langue, enfin, le langage soutenu. C'est un mythelé, c'est-à-dire il aime le même sexe.
Et dans le dialecte, il n'y a que des mots péjoratifs. C'est ça. Ma question, c'était s'il n'y a pas d'identification, est-ce qu'il y a des mots ? Et la réponse, c'est oui, dans un langage plus soutenu. Il n'est pas péjoratif, le langage soutenu, messely ? Non, c'est juste que c'est comme si tu dis, oui, c'est une personne qui aime une autre personne du même sexe.
Juste ça, la définition… C'est intéressant, n'empêche que dans ce langage soutenu arabe, le mot ne comporte pas un aspect péjoratif. Non, il comporte… C'est un mot neutre. Par contre, dans le dialecte, bien sûr… C'est que de l'insulte. Oui, c'est comme en français. Par exemple, une insulte la plus connue, c'est 106. 106, c'est un numéro, mais c'est comme si tu dis Tarlouz ou Tantouz ou un truc comme ça.
106, donc c'est en français dans le texte ? Oui, 106. C'est quoi la référence de cette insulte ? Aucune idée. Pourquoi le numéro 106 est associé au queer, à la communauté queer ? Je ne sais pas, j'ai aucune idée, mais c'est ça.
Mais il y a plein d'autres. Il y a Loté, c'est en référence au prophète Lot, à Sodome et Gomorre. Ils te disent Loté, ça veut dire que tu es associé à ce peuple. Oui.
Au moment où internet te permet de mettre des mots, et je crois comprendre de mettre aussi un peu de positif ou pas ? Ou t'es toujours dans l'idée que t'es malade ? Non, non, pas du tout de positif. J'ai vu que ça existe, j'ai pris connaissance en fait de la terminologie. Donc c'est bon, je suis gay, et ou bi, parce qu'au début on aime tous être bi parce qu'on se dit « ouais, ça va, il y a encore de l'espoir ».
En quelque sorte. On, c'est qui, on ? C'est toi ? C'est moi et peut-être d'autres Algériens qui sont en Algérie, tu vois. Donc on se dit, oui, bi peut-être, parce qu'en fait, on peut se marier, on peut avoir une vie normale. Et la vie normale, c'est la vie normale selon la société. Oui, toi, quand tu dis bi, à ce moment-là, il y a une forme d'espoir de je peux ne pas être malade. Oui, voilà. Tu peux être normal dans la norme hétéro.
Exactement. Et du coup, c'est bon, moi j'ai identifié le problème, mais pour moi c'est une maladie. Parce qu'en fait, tu parles à une personne qui est au collège.
Elle a 14 ans, 15 ans, une personne qui est très influencée par la culture très masculine qui est l'Algérie. Et aussi, je suis née dans un milieu musulman, très religieux. Mes parents, c'est des pratiquants. C'est vrai que je ne dis pas que mes parents, c'est des…
C'est des gens qui sont super à cheval sur la religion. Ils étaient cool, assez cool avec nous, comparé à d'autres, par exemple. Mais quand même, ça reste toujours le fait de savoir que ton fils, il est gay. C'est le comble. C'est pas possible. Tu ne peux pas être comme ça. C'est quoi ton quotidien autour de la religion ? Tu vas régulièrement ?
Oui, quand j'étais au collège et quand je me suis dit « ouais, c'est une maladie », c'est là où la relation toxique est née. Avec la religion. C'est là où c'est devenu toxique. Parce qu'en gros, je m'étais complètement renfermée et je me suis tournée vers la religion. Je priais, je faisais mes prières de manière assidue. Je ne pouvais pas être plus assidue que moi.
J'étais super assidue, je lisais le Coran. Et ce qui était bien, c'est que moi, je suis super curieux. Je suis très curieux comme mec. Et en lisant le Coran, à chaque fois, je guettais les passages où ça pouvait potentiellement parler de ça. Mais en fait, t'as beau lire le Coran, mais il n'y a qu'un seul passage. C'est Sodome.
Et donc, c'est dans le Coran, ce qui est interdit, c'est la sodomie. Ce n'est pas le fait d'être homosexuel. Et donc, du coup, si tu es hétéro et que tu te fais sodomiser, c'est la même peine. Oui, c'est la même peine, c'est la sodomie. Donc, ce n'est pas forcément lié. On ne dit pas que tu es gay et donc, du coup, c'est interdit. Ça, c'est l'acte qui est interdit.
Mais tu étais dans ce milieu religieux, est-ce que les autorités ou est-ce que tes camarades de religion parlaient du fait d'être gay, que c'était un problème, utilisant ce passage en le déformant ? Non, c'est toi tout seul qui t'es dit tout seul je vais me sauver.
Avec la religion, ok. En fait, quand tu es petit, tu lis ce genre de choses, mais tu ne vas pas forcément aller par exemple parler à un imam et lui dire, est-ce que tu peux m'expliquer ce passage-là ? Moi, je pense que je l'ai compris comme ça. Non, tu ne peux pas lui dire parce que l'imam, ce n'est pas ton ami.
Alors, moi, j'ai été élevé dans la religion catholique. Tu as un sermon où, en fait, parfois, ils ne se gênent pas pour donner des points de vue sur différents sujets. Ce n'est pas le cas, toi, dans ton cheminement. En tout cas, pas la période collège. D'accord.
Après, c'est vrai que j'ai entendu plusieurs discours qui déformaient ça. De toute manière, le Coran et la religion, en tout cas, je parle du Coran, je ne parle pas d'autres religions, je ne les connais pas de toute manière. Je parle du Coran, c'est contextualisé. Donc chaque verset est lié à un contexte. Et donc du coup, c'est lié à l'interprétation.
Et quand quelque chose est lié à l'interprétation, tu as plein de gens qui vont essayer de déformer. Ils vont mal interpréter les choses. Mal interpréter les choses parce qu'ils sont influencés par X ou Y. C'est pour ça qu'ils mal interprètent les choses.
Et donc, ça ne peut pas jouer tout le temps à la faveur d'une communauté ou à une autre. Et moi, quand je lisais ça, je me disais « ouais, la sodomie et tout », mais dans le temps, je n'arrivais pas à dissocier sexualité et être gay. Enfin, être…
Avoir des relations sexuelles et être gay. Alors que tu peux dissocier les deux, tu peux être asexué par exemple. Mais en fait moi je comprenais pas, c'était les débuts, mais je me disais mais comment ça se fait ? Donc sodomie interdit et comme gay t'as pas un autre moyen ?
Que la pénétration, pour moi, c'était ça. C'était gay pénétration. Parce qu'à ce moment-là, tu continues à te masturber. Oui. Et tu regardais des films pornos. Oui, je regardais beaucoup de films pornos. Et avec des hommes ? Au fait, au début, oui, des hommes. Après, je me suis dit non, il faudrait quand même… Je ne regarde pas les hommes, je regarde un porno hétéro.
Mais au fait, j'ai remarqué que je me focalisais sur le mec, donc ça ne servait pas à grand chose. Et à ce moment-là, tu fantasmais la sodomie ? Oui. Donc tu étais la journée en train d'essayer de te réparer en découvrant que ce que tes racines religieuses dénonçaient, c'était la sodomie et tu kiffais ça ?
Oui, je kiffais ça. Ça fait quoi ça dans le petit cœur ? C'est vraiment une question ultra rhétorique. Moi, c'est passionnant et je t'interromps pas parce que nos chemins sont ultra parallèles. C'est vraiment passionnant comment ça semble universel. Même si on n'a pas vécu dans le même pays ni dans les mêmes cultures. Toi, t'as eu l'impression que ça te fait quoi ? Ça t'a fait quoi ce déchirement ?
J'avais l'impression d'être un imposteur. Et je me souviens très bien que quand je priais, à la fin de chaque prière, je levais les mains au ciel et je disais, Dieu, s'il te plaît, de par ta force, est-ce que tu peux me venir en aide et me réparer ?
Je disais ça à la fin de chaque prière, en espérant une manifestation divine. Et je disais tout le temps, parce que oui, je veux avoir une vie normale, je veux me marier, je veux avoir des enfants, je ne veux pas être la honte de ma famille. En tout cas, c'est ce que je disais à la fin de chaque prière.
Et avec le temps, j'ai vu qu'en fait, ça ne rimait à rien parce qu'il n'y avait rien qui changeait. J'avais beau faire des efforts, de prier, d'être dans les règles, de suivre tout ce que la religion dictait, de lire sur les forums, d'essayer de trouver des explications.
Mais en fait, si tu regardes dans la religion, tu as le Coran qui parle juste de sodomie, mais aussi dans l'islam, c'est que tu as le complément. Il n'y a pas que le Coran, il y a aussi la jurisprudence, la vie du prophète. Et la vie du prophète, en gros, c'est ce que le prophète disait. Et donc, c'est des paroles qui sont reliées d'un ami de prophète à un ami de prophète. Je ne sais pas comment on les appelle, c'est les sahabas en arabe.
Mais ça, comme ça se relie les paroles, ce que le prophète disait, la véracité, en gros, il y a plein d'interprétations. Et même, il y a des paroles qui sont plus vraies. Et là-dedans, on parle d'homosexualité ?
Oui, on parle d'homosexualité et là, on parle de lapidation, on parle vraiment de… on nomme les choses telles quelles. Parce qu'en dehors de ça, toi, dans ta vie de collégien et après de lycéen, il n'y avait pas de propos ouvertement homophobes ?
Non, pas le collège en tout cas. Le lycée, si. Le lycée, ça a démarré, ok. Mais sinon, c'est toi qui as compris seul avec le poids des normes, sans qu'on te dise c'est une maladie, c'est toi qui as dit j'ai compris que ça l'était. C'est incroyable ça. Personne ne te l'a dit, mais en tant qu'enfant, tu as compris, tu as internalisé un truc qui est non dit.
Parce que tu es dans une société où il n'y a aucun facteur positif qui est lié à être efféminé ou à aimer d'autres personnes. Tu n'as rien qui est positif. Tu n'as que les trucs négatifs. Forcément, tu es biaisé. Toi aussi, tu vires vers les trucs négatifs.
Et au lycée, les insultes homophobes commencent à ton égard ? Non, pas à mon égard. J'ai jamais eu d'insultes homophobes à mon égard. T'avais un masque puissant ?
J'avais un masque puissant mais des fois quand même il y avait des gens qui arrivaient à déceler le truc mais pas des gens proches, c'était des gens comme ça dans la rue qui étaient eux aussi soit homosexuels soit pervers parce que des fois on me suivait dans la rue, j'ai eu plein d'histoires comme ça.
et juste comme ça une histoire où une fois j'avais été je faisais des cours d'anglais des cours d'anglais à Alger Centre et là je descends avant de prendre le bus il y avait une ruelle à prendre du coup j'ai pris cette ruelle et il y avait un mec qui
Il était au bout de la ruelle et il me disait « Ah, salut, ça va ? » Je lui disais « Mais je ne te connais pas, mais vas-y, ce n'est pas grave. Salut, ça va ? Et toi ? » Il me disait « Ah oui, ça va. Alors, c'est comment l'école et tout ? » Je lui disais « Oui, ça va. Et là, tu vas où ? » Il ne voulait pas me lâcher la main. En gros, on s'est serré la main, mais il ne voulait pas me lâcher la main.
Et là, en fait, j'avais compris qu'il voulait autre chose. Il disait, oui, moi, en fait, j'habite pas loin. J'habite dans cette rue-là. Si tu veux venir avec moi. Et là, j'ai retiré ma main de manière brusque. J'ai couru pour prendre le bus. Et une fois arrivé dans le bus, j'avais tellement peur. Hum.
Il y avait même plusieurs fois, il y avait des gens qui, des fois, me suivaient dans la rue, soit ils me voulaient du mal. Je ne sais pas, peut-être qu'il y avait un truc dans ma démarche, je ne saurais dire. Tu te sentais en tout cas pas en sécurité, souvent dans l'espace public ?
pas en sécurité j'ai eu au total je pense 4 expériences comme ça une expérience dans le bus où il y avait un mec qui voulait se frotter à moi mais là je ne dis rien je me lève juste et je change de place mais quand même ça m'a j'avais 16 ans donc quand même ça m'a marqué ça m'a marqué et après je me suis dit puisque les gens me font ça ça veut dire que ça se voit et si ça se voit c'est encore plus grave
Donc, c'est là où je me suis acharnée, acharnée à prier, à aller à la mosquée, à faire plein, plein, plein de choses. Mais arrivé au lycée, je pense vers les 16, fin 67 ans, je me suis dit, la religion, ce n'est pas pour moi.
Ça n'a pas donné de résultat. J'ai prié, j'ai fait tout ce que j'ai pu, mais ça n'a pas donné de résultat pour moi. Pour moi, ça ne marche pas. Peut-être pour les autres, ça apaise. Moi, non, ça ne fonctionne pas. Donc, j'arrête. J'arrête de prier. J'arrête de parler à Dieu.
Et je décide de fermer complètement cette porte-là de religion. Il n'y avait pas, je fais une hypothèse, mais ce n'était pas aussi une façon un peu comme être premier de la classe, une façon de compenser cette entre guillemets maladie de l'homosexualité. Tu ne montrais pas à tes parents comme tu étais fervent et que ça donnait un peu du crédit ?
De toute manière, c'était le seul truc qui me permettait d'avoir la reconnaissance de mon père. C'est le seul truc. Je me suis dit « s'il n'y a que ça, alors autant me tuer à la tâche ». Franchement, j'étais super fort à l'école et il était tout le temps fier de moi.
J'avais des prix et tout, et il était tout le temps, tout le temps, tout le temps fier de moi, mais j'avais beau être bon à l'école, mais il y avait toujours des remarques. Il continuait, en fait, ses remarques ont continué. Ça ne s'est jamais arrêté. Ça ne s'est jamais arrêté. Jamais. Sur ta façon de parler, ta façon de bouger ton corps, qui n'est pas celle qu'il veut.
Juste pour le truc, pour appuyer ça, c'est que des fois, il me disait, je vais faire les courses, est-ce que tu veux venir avec moi ? Et du coup, oui, je dis, oui, je viens avec toi, je t'aide à porter les courses. Et tout au long du chemin, c'est genre quoi ? C'est 30 minutes d'interaction. Durant tout le chemin, dans ma tête, c'est…
et une démarche d'homme fais gaffe à ta voix parle pas avec tes mains ou tu sais quoi tu mets tes mains dans ta poche parce que d'autres manières si tu les sors tu vas faire une bêtise tu vas parler avec tes mains c'est ça c'est un flic en permanence et moi j'étais tout le temps total awareness
Tout le temps comme ça. Sur vigilance, bien sûr. C'est insupportable. C'est insupportable. En fait, tu ne peux pas parce qu'à un certain moment, tu vas faire une gaffe, il va te faire la remarque, tu vas être déçu. Donc, j'ai essayé d'éviter le plus possible ce genre d'interaction. Mais c'est ton père, tu vis avec lui, tu ne peux pas ne pas interagir avec lui. Et tes parents étaient aussi fiers de toi par rapport à la religion ?
Oui, au début, quand je pratiquais, j'étais assidue et tout. Ils étaient super fiers. Et tu décides quand même de dire, allez, stop, au lycée. Au lycée, j'ai dit stop. Et pourtant, mes parents me disaient, ah non, mais on a remarqué, tu ne pries pas. Pourquoi tu ne pries pas ? Non, mais il faut prier. Il ne faut pas faire ceci. Non, mais ça, c'est… Tu sais, les gens qui ne prient pas, c'est des gens qui ne sont pas musulmans. Donc, est-ce que toi, tu n'es pas musulman ? Non. Donc, du coup, tu dois prier.
à chaque fois il me disait comme ça au début je faisais semblant je disais ok d'accord je vais prier donc je mettais le tapis je commençais à prier parce que c'est bon ils veulent que je prie donc je faisais semblant des fois je mettais juste le tapis et j'étais sur mon tel ou je faisais autre chose tu vois mais il me disait oui après 5 minutes je sors parce que c'est quand même la moyenne le temps moyen d'une prière
Attends, oui, parce que j'ai besoin de comprendre ce que, dans la religion catholique, tu peux prier. Enfin, moi, ce qu'on m'a donné comme outil, c'est tu pries comme tu veux, où tu veux. Donc, on ne peut pas trop savoir si tu pries ou pas, tu vois. Mais toi, dans ta religion et ta façon de le pratiquer, il y a une pièce particulière, c'est ça, chez vous ? Non, mais tu peux prendre n'importe quelle pièce qui soit propre, mais… Je mets le tapis. Tu mets le tapis. Donc, du coup, je sais si tu pries ou pas. C'est si je te vois. Et c'est cinq fois par jour à une heure. Oui, oui.
Donc soit t'es là, soit t'es pas là. Exactement. Ok, d'accord. Mais comment tu fais pour être sur ton téléphone en même temps ? T'as pas ta famille à côté ? Non, oui, je ferme la porte de ma chambre, je dis ouais, je vais prier et tout. Tu l'annonces. Je l'annonce, je mets le tapis et je prends mon téléphone et voilà, je regarde Insta, Facebook, je parle à des gens. Après cinq minutes, je plie le tapis, je sors, je dis ah oui, c'est bon, j'ai fait ma prière. Ça fait partie de ton masque perpétuel. Oui, voilà.
Tu m'as dit quand on a préparé cet entretien, je fais un lien, tu vas me dire si c'est judicieux, mais j'ai l'impression que ton masque, il impactait énormément, il t'impactait toi énormément, il te faisait beaucoup de mal. Mais il a même aussi fait du mal aux autres, c'est-à-dire toi-même, tu devenais un peu bourreau. Tu vois à quoi je fais référence ?
T'as envie d'en parler ? T'es pas obligée ? Si, si, je vais en parler. Oui, c'était la période lycée et j'avais un super pote. Je m'entendais super bien avec lui. À un certain moment, il m'a dit « Allez, viens, on va à la plage ». La plage, elle est un peu loin d'Alger Centre. Et du coup, on y va, on passe un super bon moment. Après, à la fin, il n'y avait plus de puce pour rentrer.
Du coup, je lui dis, bon, je vais essayer d'appeler mon père pour voir s'il est dispo, peut-être qu'il peut nous récupérer. Il me dit, oui, ok, d'accord. J'appelle mon père, il me dit, oui, pas de souci, je viens. Il nous récupère. Là, une fois arrivé à la maison, il me dit, il faut qu'on parle.
C'est un sujet sérieux et tout, il faut qu'on parle. Du coup, moi, je dis, c'est quoi ? Il me dit, ton pote, là, il est efféminé et toi, c'est ton pote, tu le fréquentes, tu te balades comme ça, dehors, devant tout le monde, avec un 106. Tu veux que les gens t'appellent un 106, c'est ça ? C'est ça que tu veux ?
Ça m'a blessée, ça m'a détruit sur le moment, parce qu'en fait, je savais très bien sa réaction. J'imaginais un peu, si par exemple, des fois, on se fait tous des scénarios dans nos têtes, un peu, généralement sous la douche.
Et j'imaginais faire un coming out à mon père et ce qu'il va dire et tout. Mais en fait, je l'ai un peu vécu parce que, tu vois comment il me l'a annoncé comme ça. Tu veux être un 106, c'est ça ? Tu veux que les gens disent que tu es un 106 ? Et ça m'a vraiment blessée. Et il me dit, ce pote, je ne veux plus que tu lui adresses ta parole. C'est fini. Je dis oui.
Et je ne parle pas à ce mec. Et on était nous, c'était un groupe, en gros. Et à un certain moment, il y avait des rumeurs qui circulaient sur ce mec. Et mes amis sont venus me dire « Tu t'entends ce que les autres disent de cette personne ? »
« Non, mais c'est quoi ? J'ai pas eu les échos et tout. » Ils me disent « Ouais, mais ils disent qu'en gros, il sort avec des mecs et tu sais, c'est un sensiste. »
Et du coup, je n'ai rien dit sur le moment. Après, ils me disent, on ne lui parle plus. Et j'ai dit, oui, on ne lui parle plus. Il est venu me parler et j'ai dit, maintenant, tu ne me parles pas de manière super méchante. Mais je n'imagine même pas. Je n'imagine même pas comment cette personne a vécu la fin de son lycée et que moi, j'ai contribué à son malheur alors que moi, j'étais comme lui.
J'ai honte. J'ai vraiment honte de cette histoire. Je sais que je me suis super mal comportée et j'avais pas d'excuses.
Parce qu'il n'y a pas d'excuses à ça. C'est un réflexe un peu de défense. C'est un mécanisme de défense. C'est parce que j'avais peur que si je lui adresse la parole, les gens vont associer ces rumeurs aussi à moi et que ces rumeurs vont se déverser sur moi aussi. Donc…
en fait c'était une question de vie ou de mort ouais c'est un truc de survie c'est un réflexe de survie moi je l'ai fait aussi ouais ça m'émeut vachement je sais pas s'il y a pas non ce débile j'allais dire je sais pas s'il y a pas un de nous qui l'a pas fait ça de rejeter celui qui est comme nous tu penses que ton père il pourrait être gay ?
ou avoir une forme de désir en fait les gens qui sont tellement dans la répétition et dans l'insistance de ce sujet souvent je me dis mais pour aimer en parler autant je sais pas en Algérie tu peux pas vraiment savoir parce que tout le monde est les gays et tout le monde les déteste donc tu peux pas vraiment si on part de cette logique alors tout le monde est gay
parce que tellement la haine elle est grandiose que je sais pas c'est un truc vraiment ancré c'est peut-être plus de la misogynie à cet endroit c'est qu'en fait il veut pas lui avoir honte de toi parce que son fils c'est une meuf ouais ça pourrait être ça tu l'as recontacté ce camarade de classe ?
en fait quand je suis venue en France j'ai voulu le recontacter mais j'ai pas trouvé son Facebook pas trouvé son Insta j'ai essayé un peu de de reprendre contact avec d'anciens potes du lycée pour savoir il fait quoi et tout mais j'ai jamais réussi à trouver mais même si je le trouve je sais même pas si je serais capable de de quoi, qu'est-ce que je vais dire j'espère qu'il va bien
De tout mon cœur. C'est très intense. C'est une victime plus que moi. Moi, j'ai contribué à son mal-être. C'est ça qui me tue. Alors que l'ironie du sort, c'est que moi aussi, je suis gay. Donc…
Ok. Moi, je suis assez silencieux parce que je suis super ému. Et du coup, j'ai l'impression que je vais… Toi, tu te sens comment ? Je pense que ça va. Ouais, j'ai l'impression que ça va, ce témoignage. C'est un moment difficile, mais je veux juste vérifier avec toi. Moi, je trouve que tu rayonnes. Tu vois ce que je veux dire ? Mais je veux vérifier avec toi. Est-ce que ce qu'on est en train de décortiquer, ça fait du sens pour toi de continuer à le dire ou pas ?
Je vais continuer. C'est vrai que c'est tellement fort que des fois, j'ai bien envie de chialer. Mais on peut. Moi, je crois que je ne peux pas parce que sinon, il faut que j'arrive à conduire l'entretien et que j'essaie de me retenir. Mais toi, il n'y a pas de… Il y a bien entendu l'émotion à toute sa place dans la mesure que tu le souhaites. …
Hello Guillaume. Du coup, j'ai cherché la signification de 106 ou Myosita en arabe. Alors du coup, ça vient d'un film, d'un vieux film algérien, très vieux, des années 60 ou 70. Donc en gros, ça parle des aventures d'un inspecteur algérien.
de police qui s'appelle Tahar et de son apprenti. Et dans ce film, précisément, l'apprenti s'est déguisé en femme de ménage pour chercher des indices dans une chambre d'hôtel qui avait le numéro 106. Donc, en gros, il était vêtu d'une robe et des talons de femme de ménage. Et l'inspecteur lui a fait la remarque en lui disant, arrête de marcher comme ça, tu marches comme les meufs.
Et donc du coup, l'apprenti répond à cela en se déhanchant et avec une voix super aiguë, il a dit 106, donc il l'a prononcé en arabe, il a dit Myosta, donc 106.
Et depuis le numéro, il a été associé avec le fait d'être efféminé, d'être gay ou de ne pas répondre aux codes de la société algérienne.