Les impacts méconnus de l’homophobie sur ton cerveau : conseils d’une psy chercheuse 1/3

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Anne-Sophie Petit est docteure en psychologie et chercheuse spécialisée sur les hommes gays et queers : les insultes homophobes laissent des traumas qui nourrissent addictions et dépressions sans le savoir.

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Dans cet épisode du podcast :

  • Face à une insulte homophobe, le cerveau se fige, fuit ou combat pour survivre à la menace
  • Un trauma non digéré revient sans cesse : masturbation compulsive, alcool ou nourriture pour ne plus y penser
  • Le risque dépend moins de la violence subie que de tes ressources : en parler protège la santé mentale

💡 Les conseils de la psychologue

Anne-Sophie Petit est docteure en psychologie, chercheuse et psychothérapeute spécialisée sur les hommes gays et queers.

Comment savoir si un vieux trauma d'homophobie agit encore aujourd'hui ?

Trois signes reviennent souvent : des ruminations, flashs ou cauchemars liés à l'événement, une parole bloquée (silence total ou besoin d'en parler sans jamais s'apaiser), et la sensation que le passé reste toujours un peu là, comme un caillou dans la chaussure. Pour la psychologue Anne-Sophie Petit, repérer ces signes est le point de départ pour identifier un besoin de réparation.

Qu'est-ce qu'un déclencheur de trauma, et comment le repérer ?

Un déclencheur, c'est ce qui fait resurgir l'angoisse d'un coup, comme si la menace passée allait se reproduire. La psychologue Anne-Sophie Petit cite des lieux (l'école où l'on a été insulté), des personnes qui rappellent l'agresseur, ou des dates anniversaires. Se demander pourquoi on se sent mal soudainement, alors que tout allait bien deux heures plus tôt, aide à l'identifier.

De simples insultes peuvent-elles vraiment provoquer un trauma ?

Oui : l'insulte est grave en elle-même, inutile d'attendre un coup pour que ça fasse mal. La psychologue Anne-Sophie Petit alerte sur le réflexe de hiérarchiser les violences (« je n'ai été qu'insulté »), qui crée un sentiment d'illégitimité, isole et pousse à intérioriser la souffrance. C'est souvent le cumul d'insultes répétées, transformé en harcèlement, qui devient traumatique.

Sur quelles ressources s'appuyer pour se réparer d'un trauma homophobe ?

Sur ses ressources internes et externes, plus déterminantes que la gravité de l'événement subi. La psychologue Anne-Sophie Petit distingue l'estime de soi et la conviction que « ce n'est pas moi le problème » (ressource interne) de l'entourage, du travail ou d'un suivi professionnel (ressource externe) : plus elles sont mobilisées, moins le risque d'addiction ou de dépression est élevé.

Comment trouver un psy ou un médecin gay ou queer-friendly ?

En consultant l'annuaire de soignant·es queer-friendly recommandés par les auditeurices du podcast. La psychologue Anne-Sophie Petit reçoit elle-même en cabinet à Paris et en visio, et anime des groupes de parole avec l'association Le Spot, présente à Paris, Montpellier et Marseille.


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L'association où Anne-Sophie Petit anime des groupes de parole, à Paris, Montpellier et Marseille
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Lire la transcription de cet épisode
Anne-Sophie, coucou, bienvenue chez moi à Paris. Merci. Tu es docteur en psychologie, chercheuse et psy. Tu te spécialises sur les hommes gays et queers en cabinet et au sein d'assos ici à Paris. Alors plusieurs études montrent que les gays Mais en fait, tous les LGBT+, qui ont vécu des insultes ou des attaques homophobes, ont plus de risques de développer des comportements addictifs ou dépressifs. Et comme je sais que certains auditeurs sont suspicieux, j'ajoute que ce lien est étudié dans de nombreuses études depuis plus de 20 ans sur des dizaines de milliers de personnes queer dans le monde. Alors moi, je vois qu'on est nombreux, nombreuses à avoir ces comportements addictifs ou dépressifs et parfois sans savoir qu'ils peuvent être le fruit de traumas passés Or, pouvoir creuser cette piste, je pense que c'est une clé puissante de réparation. C'est pour ça que je t'ai invitée sur le podcast et je te remercie d'être là. Merci à toi. Ensemble, on va décortiquer le sujet. Tu vas nous expliquer comment repérer si tout ça est à l'œuvre dans ma vie, comment le trauma fonctionne et tu vas nous donner des conseils concrets pour réparer. Je te propose d'ailleurs, à moins que tu aies envie de rajouter un petit truc à cette intro, qu'on commence par clarifier de quoi on parle et si tu peux m'expliquer ce qu'est Alors je vais surtout t'expliquer ce que c'est un trauma, parce qu'en soi l'homophobie peut agir, enfin agit d'ailleurs comme un trauma, si c'est ok pour ça. Du coup un trauma c'est vraiment une menace venant de l'extérieur qui arrive dans la vie de l'individu et qui met en péril son intégrité physique ou psychique. Ok. Face à cette menace, le cerveau a plusieurs réponses de manière à mettre la personne en survie, pour protéger la personne. Soit le cerveau va friser, la personne ne peut plus réagir, soit il va chercher à fuir, soit il va chercher à éviter. Ok. En gros. Ok. Oui, vas-y. Non, alors j'ai envie de te demander des exemples concrets de ces menaces. Concrètement, des insultes, si on ramène à nos... J'entends que le trauma n'est pas que pour les personnes LGBT+, on est d'accord, mais si on se focalise là-dessus et qu'on illustre, insultes ? Insultes homophobes, violences physiques, les coups, le fait d'être suivi dans la rue. On a déjà vu dans les médias des couples gays, par exemple, dans la rue, qui sont tabassés, caillassés. Ça, du coup, c'est un vrai trauma. Là, ce qui se passe, c'est que la personne qui est menaçante, qui attaque ce couple-là, le cerveau, du coup, il se met en mode protection. C'est ça que ça laisse une trace. Il y a les violences sexuelles aussi, ce qui concerne beaucoup la communauté LGBT, malheureusement. Et puis après, ça va être tous les autres traumas. Ça peut être les menaces également. Menaces verbales ? Menaces verbales, menaces de mort. En fait, toutes les situations où les personnes LGBT vont se sentir en danger, en lien avec leur orientation sexuelle. Pour moi, c'est assez évident comment une attaque physique peut avoir des impacts sur moi. En termes d'insultes, ça peut quand même être du coup un trauma, où après mon cerveau réagit d'une des trois façons que tu as décrites, c'est ça ? Oui. Mais pas toutes ? Pas toutes, et puis pas forcément toujours au même moment de la vie. On le voit aussi surtout au moment de l'adolescence, quand il y a les premiers questionnements sur l'identité, sur l'orientation sexuelle. L'école, c'est quand même un lieu très violent, notamment pour les personnes qui se questionnent, qui ne sont pas dans la norme. qui se questionnent et qui sont pas forcément dans la norme hétéro-patriarcale, hétéro-normée. Et donc du coup, les insultes à l'école qu'on peut entendre dans les cours de récréation, ça peut faire trauma. Ok. On va revenir là-dessus, mais je t'ai interrompu, t'étais en train d'expliquer que donc, une menace extérieure, un trauma, fait que le cerveau, pour protéger, a trois options. Donc soit je me freeze, soit je me... ça veut dire quoi ? En fait, c'est le cerveau qui ne réagit plus. Le sentiment d'être sidéré, en fait. Sidération. C'est la sidération. Fuite. La fuite. J'essaye justement de fuir la menace pour me mettre en sécurité. Ou le combat. Je vais répondre, en fait. Voilà, ça peut être les trois réponses en même temps, de manière simultanée, ça peut être une réponse privilégiée, deux, enfin ça switch, il n'y a pas de règle en fait. Ça va dépendre du contexte, ça va dépendre de la personne, ça va dépendre de plein de choses. Et alors du coup, c'est quoi la suite ? Comment est-ce qu'un comportement addictif ou dépressif peut venir de ça ? En fait, la suite, c'est que le cerveau, une fois qu'il a fait face à cette menace, ça laisse des traces. Ça laisse des traces dans certaines zones cérébrales spécifiques, notamment des zones qui gèrent et les émotions et la mémoire. Donc du coup, ces zones-là, elles sont ce qu'on appelle dérégulées. Elles fonctionnent plus comme avant. C'est-à-dire que la menace, ça crée une rupture. Il y a l'avant, où il n'y a pas eu cette intrusion, et puis il y a l'après. Et quand on est dans l'après, et quand le trauma a des difficultés à s'intégrer, c'est-à-dire à faire partie du passé, c'est-à-dire qu'un trauma qui n'est pas intégré, c'est cet événement-là du passé qui revient toujours dans le présent. Ce qui fait que ça a des conséquences, des symptômes physiques, somatiques ou des symptômes psychosociaux. Et c'est de ces symptômes-là que naissent les comportements d'éventuels comportements addictifs. En gros, il y a la menace. La personne s'est sentie en danger. Elle rentre dans l'après. Pour le coup, maintenant, il faut vivre avec le fait que quelqu'un m'ait menacée ou quelqu'un a été violent avec moi. Et donc quand le traumatisme n'est pas intégré, le cerveau va essayer de vivre avec, de composer, de s'organiser autour de cette menace qui est maintenant présente dans l'esprit. Et donc pour essayer de cohabiter avec cette menace, le cerveau souvent a l'impression d'être un peu toujours en danger. Il se met en mode hyper-vigilance par défaut, en se disant que peut-être que ça va recommencer, ou si c'est arrivé une fois... Ça peut réarriver. Il est sur des croyances comme ça, il a des difficultés à digérer ce qui s'est passé. Et en fait, pour cohabiter avec cette menace qui est finalement toujours un petit peu présente à l'esprit, il y a différents comportements de survie qui se mettent en place. Comme la consommation de produits, comme la consommation d'alcool, comme les troubles du comportement alimentaire. On voit aussi une altération de la santé mentale. Il y a plus de situations de dépression, par exemple. Parce que le cerveau, il ne comprend pas ce qui se passe, il est perturbé, ce qui est normal. Et donc nécessairement, tous ces comportements-là, c'est à la fois les conséquences de quelque chose de grave qui est arrivé et aussi des comportements de survie pour essayer de vivre avec, de survivre en fait. Tu m'as expliqué qu'il y avait trois stratégies que mon cerveau pouvait prendre face à de l'homophobie ou de la transphobie. Est-ce qu'il y en a ? Je ne sais même pas si c'est intéressant comme question, mais est-ce qu'il y a un lien avec les risques que ça devienne un comportement addictif et dépressif après ? C'est-à-dire, si ma réaction comme ça, disponible face au trauma, la menace, hop, je me bats, c'est la troisième, est-ce que du coup je vais avoir moins de risques ? Non, en fait, ce n'est pas tant la réaction qui va déterminer si la personne va développer des comportements addictifs. C'est plus la capacité que la personne va avoir d'intégrer justement l'événement. C'est-à-dire que ça va vraiment dépendre, entre autres, des ressources de la personne, des ressources internes. La capacité d'avoir, par exemple, une bonne vision de soi-même, la capacité de se dire... c'est pas moi le problème par exemple là ça c'est une ressource interne et les ressources externes le fait d'en parler à des amis, le fait de pouvoir aller voir un professionnel de santé mentale un médecin ou même pour certaines personnes si ça fait sens d'aller porter plainte, ça c'est aussi une ressource une capacité de trouver de l'aide en fait et donc ça ça va ça va venir impacter le développement de symptômes addictifs ou d'autres par ailleurs, donc c'est vrai que la ressource elle est centrale dans le trauma Je trouve ça, ça me parle moi à un niveau intime. Je me souviens bien que tandis que je suis harcelé à l'école, quand je rentre à la maison, il y a la loi du silence qui fait que je pense que je me connecte dans mon corps à ce que tu dis, dans le sens où je me souviens qu'il y a le moment du harcèlement ou de l'insulte. Moi, je n'ai pas reçu de coup. Il y a le moment qui est dur. Mais je trouvais que ce qui était le plus dur, c'est après, au retour, où je n'avais pas d'amis, au retour à la maison, où je n'avais pas d'amis et où la famille, je ne pouvais pas en parler. Je ne me l'autorisais pas, mes parents ne me l'interdisaient pas. Et ça, je me souviens que c'était terrible, avec du coup une sorte de, pas de dissociation, mais du coup, j'incarnais un peu un personnage, puisque moi, il s'était passé des choses dans la journée, mais au dîner de famille, je n'en disais rien. Et je me souviens que ça, c'était très brisant. Oui, ça fait partie des situations où effectivement, la situation du harcèlement peut devenir traumatique parce qu'il n'y a pas possibilité d'extérioriser ce qui s'est passé. Là, tu décris peut-être une indisponibilité des parents à ce moment-là. On ne se sent pas légitime à en parler. Tu disais, j'ai reçu des insultes, mais pas des coups. Il y a aussi une tendance à hiérarchiser les violences. C'est-à-dire que souvent, on se dit, ça va, je n'ai pas été tapée, j'ai juste été insultée. Mais en fait, l'insulte en soi, elle est grave. Il n'y a pas besoin d'aller jusqu'au coup pour que ça fasse trop mal. Souvent, les gens pensent au pire et ont tendance à minimiser leur propre vécu. Du coup, ça crée des croyances de « je ne suis pas légitime » parce que moi, je n'ai pas été violentée physiquement, j'ai juste été insultée. Puis ça n'est arrivé qu'une fois, donc ça va par rapport aux autres violences. C'est pas si grave. Et en fait, cette minimisation qui est liée à une difficulté de se sentir légitime, dans un contexte où il n'y a pas toujours forcément les ressources pour parler, la peur d'être jugée, la peur de ne pas être compris, ça crée un isolement, on ne parle plus, on intériorise. Et en fait, cette intériorisation, ça crée une souffrance. Et du coup, face à cette souffrance, c'est peut-être à ce moment-là qu'on va mettre en place des comportements pour essayer de la diminuer, cette souffrance. Oui, moi, je me souviens bien que... Alors, je ne sais jamais ce que c'est l'addiction ou pas. Pardon, excuse-moi. Déjà, un, je hiérarchise de ouf. Enfin, moi, tout ce que tu as dit, je le vis. Moi, je me dis un peu, moi, personnellement, Guillaume, au moins, j'ai eu quand même beaucoup de chance. Mais je sens qu'en fait, c'est... C'est pas un propos qui me permet de relativiser de façon intelligente tout en valorisant ce que je suis en train de dire. Je vois bien que c'est une façon, en fait, de nier. C'est une manière d'éviter. Oui, c'est sûr. Et je le sais parce que du coup, ça fait que j'ai pas à me retourner vers ma famille pour dire « En fait, il y a eu un problème. » Puisque je nie et que je dis « Bon, ben voilà, ils étaient quand même assez sympas. » Et je sais qu'en ce moment, je suis en train de me retourner vers ma famille pour dire « Ah, en fait... De quoi ça me parle ? Vachement. Sur l'addiction, je ne sais pas trop si j'étais addict ou pas, mais je sens quand même que j'ai une fragilité à cet endroit-là. C'est juste vraiment très subjectif. Je me souviens très bien qu'adolescent, moi, c'était pas mal la masturbation ou le manger. En fait, je me sentais vraiment repoussé ou fuir ou allégé, genre débrancher mon cerveau, déconnecté quand vraiment c'était trop dur. Donc ça me parle de ouf. La masturbation, on peut plus voir ça comme une activité compulsive qui, justement, évite de penser. Dans tous les cas, toutes les stratégies mises en place, tous les comportements mis en place à l'issue d'un événement traumatique, c'est pour ne pas penser. Parce que le principe du trauma, c'est le passé qui revient dans le présent. Donc, en fait, il est toujours là. Sauf qu'on n'a pas envie qu'il soit toujours là. On ne sait pas comment faire pour qu'il ne soit plus là. Donc, on va... se mettre dans des activités qui vont prendre toute la place et éviter de penser à ce qui s'est passé. Et donc, effectivement, la masturbation, ça peut être un comportement compulsif, addictif, ça va dépendre. En fait, l'addiction, c'est juste de considérer qu'il y a une envie irrépressible de consommer. soit une substance ou de pratiquer quelque chose par exemple ça peut être la masturbation effectivement ça peut être les jeux de hasard et de argent et d'argent aussi par exemple c'est vraiment l'envie irrépressible de consommer on ne peut pas s'en empêcher ce qu'on appelle finalement le craving cette espèce de force irrépressible de il faut que je consomme et moi je me pose pas la question de l'addiction, c'est pas une question qui m'intéresse là quand je regarde le passé mais plus je fais bien la différence entre des masturbations de vie sexuelle où j'ai envie de me masturber parce que j'ai envie d'avoir une vie sexuelle versus des moments où je cherche juste n'importe quoi pour que ça s'arrête dans ma tête Oui, c'est des comportements plutôt ce qu'on appelle l'évitement réactionnel, c'est-à-dire qu'on sent qu'il y a la pensée négative qui est là, ça peut être le souvenir du trauma, ça peut être un flash, ça peut être des ruminations, donc je vais vouloir éviter à tout prix que ça arrive et mettre en place un comportement qui est en soi même pas questionné en fait, on se pose même pas la question de s'il est bon ou pas pour moi, il est juste bon à supprimer la pensée désagréable. Pourquoi est-ce qu'on décortique tout ça ? Parce que moi, comme je l'ai dit en intro, mais du coup, les gens peuvent se demander. Moi, là, ce qui m'intéresse, c'est de donner des ressources et des inspirations pour les auditeuristes pour qu'ils se disent « Ah tiens, ça, ça me parle ! » Et leur lien avec le présent des auditeurices. Tu vois, si aujourd'hui, les auditeurices sentent des épisodes dépressifs et ou addictifs, le fait de se poser toutes ces questions peut être quand même, je trouve, un sacré chouette matériel pour aider à la santé mentale. Après, ça nécessite peut-être thérapie ou d'autres trucs, mais je trouve que c'est un peu là ce qu'on essaye de faire. La deuxième chose que je note, c'est que ce n'est bien entendu pas automatique. Bien entendu, dès que je suis insultée, immédiatement, il n'y a pas de lien de causalité. Insulte égale immédiatement trauma, égale immédiatement dépression. Ce n'est vraiment pas ça qu'on est en train de dire. C'est possible et c'est prouvé par de nombreuses études. Si toi qui es docteur en psy, Anne-Sophie, je n'ai pas dit ton nom de famille ? Anne-Sophie Petit. C'est nul. Ça fait genre Anne-Sophie. Non, non, excuse-moi, erreur d'intro. Non, mais tu vois, je trouve que c'est important de dire que ça fait longtemps que c'est étudié par des gens compétents qui font des thèses. Tu vois ce que je veux dire ? Oui, bien sûr, les études le montrent, qu'il y a un lien, donc effectivement pas de causalité, c'est-à-dire qu'on ne peut pas dire qu'un événement A va nécessairement entraîner le comportement B, par exemple l'addiction. Par contre, il y a plutôt une corrélation, c'est-à-dire qu'il y a un lien qui peut se faire entre, effectivement, une insulte homophobe, par exemple, avec un éventuel développement d'un comportement addictif, quel qu'il soit finalement. J'ai envie de creuser, on disait tout à l'heure, le terreau qui fait que l'insulte ou l'attaque, que l'homophobie peut bousiller mon cerveau qui me fait prendre un comportement addictif ou dépressif pour tenter de vivre et survivre avec tout ça. On a dit que dans ce terreau, ce qui est très impactant, c'est les ressources internes et les ressources externes. C'est ça qui fait un terreau plus ou moins vulnérable. Ressources internes, on est en train de dire estime de moi et donc je suis entouré par qui ? Est-ce que je suis très isolé et seul ? Est-ce que je peux partager, parler, digérer ? C'est ça que j'allais te demander, c'est quoi la différence s'il te plaît ? Externe ça va être toutes mes ressources à l'extérieur de moi, mes amis, ma famille, le travail, le fait d'être insérée socialement, de gagner de l'argent. Donc qui dit gagner de l'argent dit possibilité d'aller consulter par exemple ? Ou de partir en voyage pour s'aérer l'esprit. Ça va être des choses comme ça. Tout ça, c'est de la ressource externe. Et la ressource interne, c'est davantage la perception qu'on a de soi, donc l'estime de soi, la capacité d'identifier sa valeur, d'identifier ses qualités, la capacité à être fière de soi, la capacité à se reconnaître en tant que personne fonctionnelle ayant une valeur. Ce qui n'est pas forcément le cas chez tout le monde. Oui, c'est intéressant parce que justement, nous, les queers, on grandit dans une société qui attaque énormément nos ressources internes, puisque ça dépend peut-être de nos générations et tout, mais il y a beaucoup d'auditoristes, même encore aujourd'hui. Je trouve que c'est intéressant. Donc, on est même plus vulnérable. Oui. Par ça, on est d'accord du coup, c'est pas automatique, c'est-à-dire le trauma, ça devient pas directement comme ça, mais est-ce qu'il y a des... Ça dépend quel trauma. L'insulte peut-être pas, après j'ai pas envie de faire de généralité et dire des bêtises, mais souvent l'insulte, ce qui se passe c'est pas une insulte, c'est la combinaison de plusieurs situations, de plusieurs situations d'insultes, de brimades qui deviennent du harcèlement. Quand c'est répété, ça devient du harcèlement. C'est le cumul qui devient trauma, qui peut faire trauma. Après, encore une fois, ça va dépendre des personnes. Pour certaines, ça va tout de suite être perçu comme quelque chose d'ultra menaçant et entraîner rapidement la mise en place de différents symptômes. Pour d'autres, ça va être un petit peu plus long. Il y en a certains qui vont... Le trauma impactant la mémoire, qui vont plus être vraiment sûrs que ce soit vraiment arrivé, certains qui peuvent développer des amnésies traumatiques aussi parce que c'est tellement violent et tellement dur à entendre. Enfin, disons qu'il y a plein de situations. Après, la situation où ça fait trauma tout de suite, on va dire, c'est la violence sexuelle. Pour le coup, toutes les agressions sexuelles, les viols, même les séquestrations de nature sexuelle ou non, tous ces traumas de cette nature-là, l'impact est assez massif rapidement. Ok, merci. On va après aborder les axes de solution. Justement, une fois qu'on met en mots tout ça, qu'est-ce que j'en fais ? Mais comme tu as parlé d'amnésie, j'avais envie de sauter sur la question de Léo de Paris. qui dit d'aussi loin que je me souvienne je n'ai pas vécu d'homophobie violente seulement des insultes style pédé à la récréation donc c'est marrant c'est un peu c'est ce qu'on disait tout à l'heure mettre ensemble il n'y a pas d'homophobie violente si l'homophobie en soi elle est violente donc quelle que soit la forme que prend l'homophobie ça reste une violence donc là Léo pour le coup il minimise comme on disait tout à l'heure dans un réflexe de survie aussi de se dire de tentative de relativiser en se disant bah vu que moi j'ai pas eu de coup j'ai eu que des insultes ça va bah non en fait ça va pas enfin disons que c'est pas ok d'être insulté parce que on a une orientation sexuelle hors de de la norme quoi ouais et je dirais même si je suis stratégique plus en tant que queer je nie quelque chose qui m'a blessé et plus en fait je me déconnecte de la possibilité de réparer l'impact que ça a eu aujourd'hui. C'est pour ça que l'idée n'est pas... Parce qu'il y a parfois des gens dans mes commentaires qui font « Ouais, vous voulez toujours vous victimiser. » Moi, je... Bon oui, je te vois froncer les sourcils. On est d'accord que ce commentaire est problématique à plein d'endroits. Mais moi, la puissance que j'ai envie de donner avec notre épisode, là, c'est de dire « Bah oui, en effet, si... Si ça s'est digéré en toi, si tu as les ressources qui fait que l'insulte... Voilà, tu ne sens pas aujourd'hui de détresse, c'est complètement OK. En revanche, s'il y a de la détresse aujourd'hui et que d'une manière, quand même, tu sens par intuition que ces insultes, même si tu as passé beaucoup de temps à dire « Oh, ce n'est pas si pire », si tu sens qu'il y a quand même peut-être quelque chose de grattant à cet endroit, alors le futur de ta réparation, elle est peut-être à cet endroit. C'est pour ça qu'on met tout ça en mots. Tu es d'accord ? Oui, complètement. De toute façon, minimiser, c'est une manière de lutter aussi. C'est de se dire, ok, ça n'existe pas ou alors ça n'existe peu en comparaison avec ce que moi j'estime plus grave. Donc c'est de la lutte. Donc à partir du moment où il y a lutte, c'est qu'il y a quelque chose. On ne lutte pas pour rien. Alors, je n'ai pas lu la question de Léo, mais on est en train d'y répondre, pardon. Donc, il disait, voilà, je n'ai pas vécu d'homophobie violente, seulement des insultes style pédé à la récréation. On vient de lui dire des choses importantes. Il pose la question, cela peut-il influer sur mon cerveau ? La réponse est oui. Se pourrait-il que celui-ci ait diminué l'impact ou même mes souvenirs de ces agressions verbales ? Oui, absolument. Parce que pour le coup, ce qu'on avait commencé à dire un petit peu tout à l'heure, le trauma, il impacte des zones cérébrales qui ont une fonction de base de réguler les émotions et de mémoire. Et quand il y a le trauma, quand il y a la menace, avec les différentes stratégies qu'on a vues tout à l'heure, la sidération, la fuite ou le combat, en fait, le cerveau, il se met davantage en mode survie. Il cherche à ce que la personne, elle continue à survivre. Donc, ce qui fait qu'il n'a pas le temps de réguler les émotions, et il n'a pas le temps de se souvenir. C'est comme si, finalement, on prenait une photo floue du moment, ou alors que c'était une photo à trous. C'est pour ça que ça explique, dans certaines situations, des questionnements de « est-ce que c'est vraiment arrivé ? » ou des victimes qui ont du mal à se souvenir, soit le lieu, ce qui a été dit, etc. Parce que du coup, le cerveau est tellement occupé à survivre, qu'il n'a plus le temps d'avoir ses fonctions de mémoire et de régulation des émotions. Donc ça peut s'expliquer comme ça. C'est vachement important, je trouve, parce qu'on le voit dans le travail de la justice, mais du coup, on minimise les propos de la personne, parce qu'on se dit « ah, mais c'est pas clair, t'as l'air de pas de souvenir », donc ça enlève la crédibilité, alors que non, c'est ça que... Il y a certaines victimes qui vont au contraire être sur une hypermnésie pour le coup parce que là le cerveau il est en mode c'est une manière de combattre, c'est de se dire ok pour survivre il faut que je me rappelle de tout. Et là du coup on tombe sur une forme d'hypermnésie du moment, ce qui peut arriver mais ce qui n'est pas forcément très très courant. Mais par contre, attendre plutôt d'une victime qu'elle se souvienne de tout, c'est une erreur. C'est pas possible. Parce qu'en soi, c'est un mécanisme qui est neuro. C'est purement automatique. C'est pas la personne qui ne veut pas. C'est le cerveau qui ne peut pas faire son travail à ce moment-là. Est-ce que tu as des conseils s'il te plaît Anne-Sophie pour repérer si mon sentiment ma dépression soit elle a été diagnostiquée ou bien mes coups de mou ou bien mes addictions soient auto-diagnostiquées soient diagnostiquées est-ce qu'il y a des façons pour moi de voir si ça peut être en lien avec des insultes ou des attaques homophobes ou transphobes que j'ai vécues dans le passé ? Oui, alors de toute façon, que ce soit insultes, attaques homophobes ou transphobes ou traumas en général pour les communautés LGBT, ça va être le fait de ruminer. C'est quelque chose qui revient. D'avoir des flashs, par exemple, de l'insulte ou de l'événement. Les cauchemars aussi, par exemple. Le fait de le dire ou de ne pas le dire. Soit on va être sur une indicibilité totale, je ne veux pas du tout en parler comme ça, ça n'existe pas. Ou au contraire, j'en parle à qui veut bien m'entendre. Donc il n'y a pas de régulation qui se fait au moment de la disability. Ça va être des indices comme ça. Et surtout de repérer si je sens que cet événement passé, c'est toujours un peu là. En général, on le sait que c'est toujours un peu là. C'est comme la sensation d'un caillou dans sa chaussure, on n'arrive pas à s'en débarrasser. Donc c'est vraiment se poser sur cette sensation-là de « j'ai le sentiment que mon passé il est toujours un peu là ». Et troisième point, il y a ce qu'on appelle des déclencheurs, c'est-à-dire qu'un trauma, donc ça on l'a dit tout à l'heure, c'est le passé qui revient dans le présent, ça veut dire que le passé il peut popper à des moments... Enfin, pas forcément de manière aléatoire, mais parce qu'il y a des choses qui viennent redéclencher le fait que le passé revienne. Ça peut être des lieux. Par exemple, si je repasse devant l'école où j'ai été insultée ou dans la rue où j'ai été insultée, il se peut que là, le cerveau ait l'impression que ça va se repasser. Là, c'est vraiment le passé qui revient de... Ça va revenir, je vais me refaire insulter, je vais me refaire taper dessus. Ça peut être des personnes, quelqu'un qui va ressembler à l'agresseur par exemple, ou qui a le même prénom. Pareil, ça peut être des flashs qui remontent, des ruminations, des sentiments d'angoisse, d'oppression, des troubles du sommeil. Des dates aussi, qui viennent redéclencher tout l'instant traumatique, tout ce passé-là qui n'est pas intégré, ça va être redéclenché. Donc d'identifier les déclencheurs, qu'est-ce qui fait que là maintenant je ressens de l'angoisse alors qu'il y a deux heures ça allait bien peut-être qu'il y a eu un déclencheur qui fait que j'ai l'impression de revivre une situation passée L'intérêt pour moi de tout ce que tu racontes et de tout ce que montrent les études, donc que quand on est LGBT+, on a plus de risques parce que attaque homophobe, transphobe, biphobe, attaque, insulte, de développer, d'avoir du trauma qu'on ne digère pas, qu'on ne peut pas digérer et hop, qui se transforme en comportement addictif, dépressif. Je te regarde pour être sûre que je ne loupe pas une étape. Non, non, les études, elles sont très claires. Ça montre que chez les publics LGBTQIA+, il y a plus de risques, par exemple. Combien ? Je crois que c'est 25% de plus de risques de subir une violence dans l'espace public qu'un homme hétéro, par exemple. Et moi, je rappelais ça pour dire que ce n'est pas automatique. Ma question, c'était comment je repère si c'est un truc que je devrais creuser. Donc là, tu as donné une série d'indices. Je rappelle qu'on rappelle que ce n'est pas automatique. Donc là, c'est vraiment des pistes. Et puis après, dans le cheminement pour... comprendre ce que nos symptômes veulent dire, on pourra certainement découvrir d'autres choses qui ont besoin de soins. Je prends avec cet épisode une focale, mais au final, toi tu me parlais, et on en parlera un peu plus tard, de prendre le patient ou la personne comme une personne dans toute son intégralité. Approche globale. Oui, je ne suis pas juste gay. T'es pas juste gay, t'es pas juste victime de harcèlement ou d'insultes ou de tout ce que tu veux. T'es une personne, en fait, qui a subi des choses inacceptables. Et donc, l'idée, c'est de traiter en globalité ces choses inacceptables et d'envisager les ressources de manière globale, d'envisager ton positionnement social de manière globale et pas uniquement sous le prisme de l'orientation sexuelle ou de l'identité de sexe ou de genre. Sauf si ça fait sens, mais... Quand on a préparé cet entretien, tu m'avais dit que tu avais envie d'envoyer un petit message à tes collègues, un petit coucou à tes collègues santé mentale, de dire que c'est à la fois important que ces spécificités soient bien comprises et bien investiguées dans le lien thérapeutique et à la fois qu'elles ne limitent pas l'exploration. Exactement. Tu as tout à fait résumé. Je pense que c'est hyper important de prendre en compte, comme tu dis, ces spécificités, parce que la souffrance n'est pas la même. Et donc, il faut accueillir de manière... En tout cas, pour moi, individualiser la souffrance, c'est au regard d'un positionnement... intra-individuel, entre soi et soi-même, entre soi et les autres, et de manière à son positionnement aussi social, voire un positionnement politique. Mais on ne peut pas réduire uniquement, en tout cas à mon sens, une prise en charge uniquement sous le prisme de l'orientation sexuelle. Je vais arrêter là le premier épisode, parce que là je vois plein d'autres questions. En tout cas, j'ai hâte d'être au deuxième épisode, notre deuxième partie. Mais on va s'arrêter là pour le premier. Je rappelle plusieurs choses essentielles. Premièrement, si là des gens se disent, ah ben moi j'aimerais bien, des auditoristes se disent, j'aimerais bien consulter. On a un annuaire des psys et des médecins gays queer friendly recommandé par les auditoristes. En vrai, j'en fais la pub je crois en intro ou en conclusion de chaque épisode. Il faut aller sur le site du podcast et c'est des auditoristes eux-mêmes, elles-mêmes queers qui ont consulté, qui ont dit, ah moi j'aime bien cette personne, donc c'est très subjectif. Mais du coup, ça fait un annuaire subjectif. Les gens peuvent aller piocher là-dedans. Mais moi, je pense qu'il y a énormément de gens qui se disent, mais docteur Anne-Sophie Petit, mais genre, où est-elle ? Où est ce cabinet ? Tu m'as dit que c'était OK de partager un email pro, même si tu ne peux pas peut-être accueillir tout le monde. C'est AS... comme Anne-Sophie, .psychoconseil tout accroché sans S, arrobas gmail.com. Mais aussi, tu interviens régulièrement dans une super assaut qui s'appelle le Spot, à Paris en tout cas, pour les 20% d'auditoristes qui sont parisiens, parisiennes. Mais donc là, il y a la majorité qui se disent, je m'en tape. Le Spot existe aussi à Montpellier, je crois, et Marseille. Il y a différentes villes en France métropolitaine, on peut le souligner. Moi, si j'ai envie de faire une consultation à distance avec toi, c'est possible ou pas ? Oui. Ok, donc tant mieux. Et donc, je t'envoie un email. Le spot, toi, tu y fais, en tout cas là, au moment de l'enregistrement, nous sommes en février 2019. Merci. Parfois, tu animes des groupes de paroles, on va en parler dans le prochain épisode, mais dans justement comment je répare. Le groupe de paroles peut être une idée, tout comme la thérapie individuelle, tout comme d'autres trucs dont on va parler. Et enfin ? Moi, j'ai deux épisodes à conseiller aux auditeuristes, s'ils ne les avaient pas déjà écoutés, sur le stress minoritaire, parce que c'est quand même dans le même... Ah, mais je perds mes mots, dans le même champ. Épisode 1, des déblocages en amour ou sexe, point d'interrogation, ne sous-estiment pas cette clé psychologique ? Ce titre me fait toujours un peu rire, mais je n'ai pas trouvé mieux. En gros, c'est un super interview avec David Friboulet, qui est un psy spécialisé, justement, qui explique le stress minoritaire, comment ça fonctionne, comment ça peut nous impacter quand on est LGBT+, et surtout, une fois qu'on l'a visibilisé, comment s'en sortir ? Il faut remonter dans la page du podcast. C'est le bordel pour retrouver des anciens épisodes, mais il faut s'accrocher. Ce n'est pas si compliqué que ça. Tu remontes au 24 octobre 2024. C'est l'épisode publié à ce moment-là. Et il y a la deuxième partie qui s'intitule Stress minoritaire, les secrets d'un psy gay pour se débloquer intimement. Et c'est publié le 27 octobre 2024. Anne-Sophie, rendez-vous dans quelques jours pour la partie 2. Ça te va ? Parfait. Merci. Merci à toi.

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