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Anne-Sophie Petit, re-bienvenue dans l'Ă©pisode prĂ©cĂ©dent, la premiĂšre partie, j'ai oubliĂ© de dire ton nom de famille, je m'en excuse, tu es docteur en psychologie, chercheuse et psy, tu te spĂ©cialises sur les hommes gays et queers, tu fais des consultations en ce moment notamment en cabinet, tu interviens aussi au sein d'ASSO, ici Ă Paris, et lĂ on parle…
Alors, de comment l'insulte ou l'attaque homophobe ou transphobe peut impacter notre cerveau. Mais c'est mĂȘme intĂ©ressant parce que dans l'Ă©pisode prĂ©cĂ©dent, tu as expliquĂ© comment ça, mĂȘme chimiquement, plus ou moins, je ne sais pas si c'est le bon terme, mais comment ça modifie, ça touche des zones en particulier. Moi, j'ai appris des choses et je trouve ça vachement Ă©clairant. Ok, donc je ne suis pas fou, il se passe vraiment des trucs dans mon cerveau.
Et ça, selon si j'ai les ressources ou pas, il est possible que ça se transforme en comportement addictif ou dĂ©pressif. L'intĂ©rĂȘt de clarifier ça, de se le dire, c'est qu'on peut agir. Moi, en tant que gay, je peux, parce que ces traumas peuvent avoir de l'impact aujourd'hui. Je trouvais ça trĂšs joli. Dans l'Ă©pisode prĂ©cĂ©dent, tu as dit que le trauma, c'est le passĂ© au prĂ©sent. C'est le passĂ© qui revient dans le prĂ©sent.
Ouais, donc le cerveau qui se met en mode urgence, comme si Ă tout moment ce trauma, cette insulte, cette attaque pouvait se refaire. Et ce, mĂȘme si moi aujourd'hui je suis adulte, je vais avoir 40 ans Anne-Sophie, tu te rends compte ? Mais je sens qu'il y a des niveaux d'alerte qui sont similaires Ă quand j'Ă©tais au lycĂ©e.
Oui, parce que le cerveau, il vient rechercher du contrĂŽle. C'est-Ă -dire que, comme on l'expliquait dans l'Ă©pisode prĂ©cĂ©dent, l'insulte homophobe ou la violence, peu importe, en tout cas, tout ce qui peut faire trauma, tout ce qui est une menace, s'intruse, en fait, dans le cerveau. Et donc, ça laisse une trace. Le cerveau se dit, OK, si ça arrivait une fois, ça peut rĂ©arriver. Donc, si ça peut rĂ©arriver, il n'a pas envie que ça rĂ©arrive. Donc, il se met en hypervigilance ou en tout cas…
Ă essayer de chercher du contrĂŽle pour justement ne pas revivre ce qui s'est passĂ©. D'oĂč l'impression d'ĂȘtre toujours un peu y pensĂ©, d'ĂȘtre un peu plus rĂ©actif, comme lors de la premiĂšre fois ou des premiĂšres fois oĂč c'est arrivĂ©. Le comportement addictif ou dĂ©pressif, c'est alors une stratĂ©gie un peu maladroite, mais que le cerveau utilise pour vivre avec cette hypervigilance ou avec ces souffrances ?
La dépression, pas tant, parce que la dépression, pour le coup, on est plutÎt sur une pathologie psychique, en fait. C'est plus la conséquence d'une personne, d'un cerveau qui n'arrive justement plus à faire face et
Et qui peut-ĂȘtre n'a pas suffisamment les ressources. La dĂ©pression, elle est multifactorielle. Elle peut ĂȘtre directement liĂ©e au fait qu'il y a eu un trauma, ça bien Ă©videmment. Mais c'est plus rĂ©actionnel Ă ce trauma-lĂ et on ne sait plus quoi faire et le cerveau lĂąche, entre guillemets.
LĂ oĂč le comportement addictif, quel qu'il soit, on est davantage effectivement sur une stratĂ©gie Ă la fois, comme on disait tout Ă l'heure, d'Ă©viter de penser Ă ce qui s'est passĂ©, mais aussi de retrouver du contrĂŽle. Parce que par, que ce soit l'alcool, que ce soit l'usage de produits, c'est une maniĂšre de retrouver du contrĂŽle sur soi et sur son environnement. On se sent plus fort, quoi. Et moins vulnĂ©rable, surtout.
Sauf que la roue du hamster se met en route. Parce que l'addiction, c'est la consommation qui heurte. C'est-Ă -dire, tu vois ce que je veux dire ? Il y a une vraie diffĂ©rence qui peut ĂȘtre diagnostiquĂ©e. Mais notre enjeu, c'est que ces stratĂ©gies de fuite, ou en tout cas ces stratĂ©gies d'Ă©vitement, si elles ne causent aucun dommage et que la personne est heureuse, c'est trĂšs bien. Le souci, c'est qu'en fait, tu peux te retrouver dans une situation oĂč la stratĂ©gie t'emprisonne
Et en fait, te limite, voire te blesse. C'est ça que… Souvent, on pense l'addiction Ă une substance parce qu'on pense Ă©videmment aux consĂ©quences que ça peut avoir sur la santĂ©. Mais si on prend par exemple le sport, a priori, on se dit que le sport…
Manger, bouger, c'est bon pour la santĂ©. Et effectivement, par contre, quelqu'un qui va s'enfermer dans une routine sportive, oĂč lĂ , ça va ĂȘtre une stratĂ©gie d'Ă©vitement, pour le coup, ça ne devient pas forcĂ©ment un comportement qui est bon pour la santĂ©, mais plus une stratĂ©gie d'essayer de faire face ou d'Ă©vitement quelque chose qui est trop envahissant.
Tu me corriges, mais trĂšs rapidement, comment je peux faire la diffĂ©rence entre addiction et juste j'aime beaucoup ça ? C'est que l'addiction, ça me blesse ou quelque part, ça limite soit mes liens sociaux, soit…
Surtout, l'addiction, c'est l'envie irrĂ©pressible d'avoir recours Ă une substance extĂ©rieure ou de faire quelque chose. C'est « je ne peux pas m'en empĂȘcher ». C'est plus ça. Oui, ça me possĂšde, ça me contrĂŽle, c'est ça qui me maĂźtrise. Je ne peux pas lutter contre ce besoin de consommer ou de mettre en place cette activitĂ© ou cette pratique.
Est-ce que, justement, un peu dans notre jeu de pistes, pour comprendre les liens entre tout ça, est-ce qu'il y a des types de comportements addictifs qu'on retrouve plus clairement chez les personnes gays ou queers, chez les hommes gays ou queers ? PlutÎt la consommation de produits de synthÚse.
Le fameux chemsex. Bof ? Oui, ça peut ĂȘtre le chemsex, mais le recours aux produits de synthĂšse en gĂ©nĂ©ral, pour le coup. Mais ça, c'est aussi parce que c'est trĂšs en lien avec les pratiques et les normes gays, finalement, oĂč…
Il y a des études, notamment en sociaux, qui ont montré que le recours au produit ou le recours à certaines pratiques sexuelles, c'est une maniÚre d'affirmer une identité, c'est une maniÚre de se détacher aussi de l'identité hétérosexuelle, de la norme hétérosexuelle.
C'est vrai que le recours aux produits ça a toujours Ă©tĂ©, lĂ on parle aujourd'hui de chemsex mais finalement avant de mettre le mot chemsex il y a toujours eu dans les pratiques gays un recours aux produits, c'Ă©tait pas forcĂ©ment les mĂȘmes produits que lĂ maintenant mais il y a eu le cannabis, il y a eu l'ecstasy, il y a eu la cocaĂŻne, enfin voilĂ c'est pas forcĂ©ment les produits qu'on trouve lĂ aujourd'hui dans le chemsex mais c'est une maniĂšre d'affirmer une identitĂ©.
et de s'affranchir aussi d'une norme donc du coup c'est vrai que l'addiction elle peut prendre ce terreau lĂ elle est d'autant plus insidieuse que c'est une pratique qui est valorisĂ©e finalement enfin qui peut ĂȘtre valorisĂ©e et qui est normalisĂ©e
Moi, je pense lĂ aux auditeuristes qui vivent loin de grandes villes. Moi, j'ai quand mĂȘme l'impression… Alors moi, je suis trĂšs peu connectĂ© au milieu parisien oĂč la drogue est. Moi, s'il y en a, je ne suis pas lĂ . Donc, je ne suis pas compĂ©tent, mais j'ai l'impression que c'est… De ce que je comprends, quand mĂȘme, il y a une surreprĂ©sentativitĂ© de ce que tu dis dans des grandes villes ou dans des milieux festifs.
C'est plus assumĂ©. C'est plus assumĂ©, ok. Mais mĂȘme en ruralitĂ©, partout, il y a quand mĂȘme cette prĂ©valence de l'usage de substances ? J'ai moins de visibilitĂ©, mais oui. Ah ouais ? Sauf que c'est aussi en corollaire avec l'homosexualitĂ©. Je pense que l'homosexualitĂ© est moins visible dans certains territoires parce qu'il y a encore, malheureusement, la discrimination, la stigmatisation.
Je ne dis pas qu'il n'y a pas de stigmatisation ou de discrimination dans les grandes villes, mais on n'est pas dans le mĂȘme contexte. Du coup, je pense que le fait d'ĂȘtre dans un milieu oĂč il est plus facile d'assumer une identitĂ© ou une orientation sexuelle fait qu'il est plus facile aussi, c'est moins cachĂ©, la consommation. Ok, j'entends.
J'ai Guéric du Luxembourg qui dit « L'alcool m'a fait souffrir dans mon homosexualité autant qu'elle m'a permis d'explorer ma sexualité au-delà des blocages. Comment trouver le bon équilibre de consommation sans tomber dans l'addiction ? »
C'est compliqué de répondre à cette question. Mais là , pour le coup, la question, elle montre bien que l'attention qu'il y a autour de la consommation d'alcool, c'est à la fois une maniÚre de s'affirmer. La désinhibition permet aussi de lùcher certaines choses, de se sentir moins vulnérable, de se sentir plus fort.
Mais derriĂšre il y a le questionnement de si j'ai besoin de ça pour arriver Ă ĂȘtre entre guillemets moi-mĂȘme, ça peut ĂȘtre problĂ©matique. Donc rĂ©pondre Ă la question c'est un peu compliquĂ©, je pense qu'il faut l'explorer aussi, il faut explorer la fonction du recours Ă l'alcool et d'explorer aussi l'enjeu identitaire lĂ , de comment je peux m'assumer moi sans avoir recours Ă quoi que ce soit.
Ouais. Et quelque part, renforcer mes ressources internes. On parlait de ça Ă l'Ă©pisode prĂ©cĂ©dent. En fait, si j'ai une belle estime de moi et que l'alcool n'est pas une obligation pour que je puisse me rĂ©vĂ©ler Ă l'autre…
ou que je puisse oser lui parler, alors l'alcool devient un choix, comme n'importe quel autre type de boisson. C'est peut-ĂȘtre lĂ -dessus qu'on peut attirer sa vigilance. Oui, c'est ça. Et puis sur n'importe quelle substance, finalement, que ce soit l'alcool ou d'autres, c'est plus questionner la fonction. Si je prends ça, est-ce que j'en ai besoin pour moi, pour ĂȘtre moi-mĂȘme, pour assumer mon identitĂ© ?
pour me donner du courage, ou alors je le consomme parce que ça me fait plaisir de le consommer, c'est purement festif. C'est plus questionner la fonction.
J'aurais dĂ» le dire en Ă©pisode 1. TrĂšs important qu'on discute du cumul des traumas. Donc, imagine, moi, je suis un homme transracisĂ© ou bien un homme racisĂ© et gay. On est d'accord que lĂ , le trauma, il peut impacter sous diffĂ©rents angles, via le racisme, via la transphobie, via… On est d'accord ?
Je fais comment, du coup ? On tombe plutĂŽt sur quelque chose d'un trauma complexe, c'est-Ă -dire que l'idĂ©e, c'est quand mĂȘme d'avoir une vision un peu intersectionnelle. LĂ , si on reprend l'exemple d'un homme transracisĂ©, qui aurait malheureusement Ă©tĂ© victime de racisme, d'homophobie, de transphobie…
L'idĂ©e, ça va ĂȘtre d'approcher ce qui a pu faire trauma en fonction de son vĂ©cu et d'essayer de tirer le fil de ce qui marque le plus. Peut-ĂȘtre de commencer par ce qui est le plus envahissant.
finalement mĂȘme si on sait trĂšs bien l'idĂ©e c'est pas du tout de travailler de maniĂšre sĂ©quentielle on sait trĂšs bien que malheureusement ça se rĂ©pond mais d'essayer de voir ce qui est le plus envahissant et d'approcher ça d'apprĂ©hender ça pour ensuite intĂ©grer tout le reste plus j'ai de menaces ou de couches de menaces et plus forts sont mes risques que mon cerveau arrive pas Ă gĂ©rer et saute sur des comportements addictifs et dĂ©pressifs
Non, pas nécessairement. Par contre, le risque, c'est qu'il va y avoir une normalisation. C'est-à -dire que le cerveau, pour survivre, va se dire « si on m'insulte tout le temps, si on me tape tout le temps, ça devient normal. Pour survivre, il est obligé de faire en sorte que ce soit normal ».
Et par cette normalisation, il y a l'installation de croyances dysfonctionnelles pour le coup. C'est-à -dire en gros le schéma c'est je subis depuis X temps des insultes répétées. Pour pouvoir survivre, mon cerveau va dire bon bah c'est normal. Et pour pouvoir se dire c'est normal, il va y avoir une croyance dysfonctionnelle sur soi qui va s'instaurer du type je le mérite.
C'est un peu CQFD, le cerveau va fonctionner comme ça. Si on m'insulte autant, c'est parce que je ne suis pas une bonne personne. Si on m'insulte autant, c'est parce que je n'ai pas de valeur. Si on m'insulte autant, c'est parce que je le mérite.
Du coup, impactant ma capacité à connecter à l'autre, à entreprendre des projets. Du coup, impact sur la relation à l'autre. Impact aussi sur les comportements d'addiction dont on parlait. C'est-à -dire que si on est persuadé, si on a normalisé le fait que les insultes, c'est parce que je suis une mauvaise personne. Si je suis une mauvaise personne, à priori, je vais mettre en place des comportements qui vont me détruire puisque je ne suis pas une bonne personne.
Donc l'addiction, ça peut ĂȘtre la prise de risque aussi, ça peut ĂȘtre tout un tas de choses. La normalisation est assez insidieuse. Elle est Ă la fois pour survivre, mais du coup on instaure des croyances qui ne sont pas fonctionnelles et qui ne sont pas justes sur soi-mĂȘme.
Est-ce que tu peux me dire deux mots sur l'étude dont on a parlé ensemble avant pour préparer en 2021, une étude qui montre la corrélation entre le type de trauma, le niveau d'exposition et les addictions ? Tu te souviens ou pas à quoi je fais référence ? Je trouve que c'est important, toujours dans mon objectif, de donner, si des gens sont concernés par ça, ça peut allumer une lumiÚre et aprÚs les mettre sur le bon chemin de réparation.
Oui, en fait, l'Ă©tude allemande, il y a deux types d'exposition au trauma. Soit on est exposĂ© directement, on est directement la victime, exemple insulte homophobe, ou on peut ĂȘtre exposĂ© indirectement. Ăa peut ĂȘtre avoir entendu que… Son frĂšre a Ă©tĂ© violĂ© ?
frĂšre a Ă©tĂ© violĂ©, que sa mĂšre a vĂ©cu de l'inceste. C'est une exposition indirecte qui engendre ce qu'on appelle un traumatisme vicariant. C'est qu'on n'a pas Ă©tĂ© soi-mĂȘme cible de la menace, mais par contre, le fait que ça touche quelqu'un de proche ou alors que la nature de la menace soit hyper violente, on peut dĂ©velopper des symptĂŽmes de type du stress post-traumatique finalement.
Donc lĂ , tu parles de comportement addictif et dĂ©pressif. Juste pour qu'on utilise les mĂȘmes termes pour ne pas perdre. Tous les symptĂŽmes qu'on a Ă©voquĂ©s tout Ă l'heure, les comportements addictifs, les comportements addictifs, la dĂ©pression, les troubles du comportement alimentaire, les ruminations, les flashs, le rapport Ă l'autre qui est altĂ©rĂ©, le rapport Ă sa sexualitĂ© qui peut ĂȘtre altĂ©rĂ©.
Je n'ai pas besoin d'ĂȘtre directement impactĂ©, enfin directement victime pour ĂȘtre impactĂ©. L'autre chose, c'est qu'auprĂšs de personnes qui ont subi des violences sexuelles, le risque d'alcool est plus Ă©levĂ©, l'usage de l'alcool. Oui.
L'étude de 2021 le montre. En tout cas, en fonction de la nature du traumatisme, il y a des comportements addictifs qui se mettent en place. Et effectivement, l'alcool est particuliÚrement privilégié, et notamment dans la communauté queer.
Je vais lire le témoignage de Jorge de Toulouse qui nous questionne sur l'impact du trauma sur le relationnel, sur se faire des amis. Il nous dit « J'ai reçu du harcÚlement scolaire entre mes 12 et mes 17 ans de façon quotidienne dans mon établissement scolaire par des élÚves hommes de la classe au-dessus de la mienne et de ma classe. »
Soit mon ùge, soit un à deux ans de plus que moi. Je me suis fait traiter de pédé, sale pédé, violence verbale, allant parfois à des bousculades physiques qui m'ont bloqué pendant toute mon adolescence et ma jeune vie d'adulte. Arrivant à l'université, ça a un peu disparu et j'ai commencé à voir qu'une sorte de vie relationnelle était possible avec d'autres hommes. Mais j'ai toujours paniqué quand je devais rencontrer des hommes pour les études ou peu importe.
Traverser un couloir, par exemple, en sachant qu'il y avait un groupe d'hommes qui discutaient entre eux, c'était trÚs compliqué. Parfois, je détournais le chemin pour les éviter. Aujourd'hui, j'ai 35 ans, je suis une psychanalyse depuis deux ans et je suis beaucoup plus apaisé et conscient de mes émotions, gestion du stress et des relations. Toujours est-il, je garde une difficulté à nouer des relations amicales avec des hommes. J'ai de trÚs bonnes relations avec des femmes, avec des échanges profonds et sincÚres sur nos vécus et nos émotions.
J'aimerais avoir des amis hommes, ce mĂȘme genre de relation privilĂ©giĂ©e, mais je trouve que c'est beaucoup plus compliquĂ©. Je suppose qu'en Ă©tant gay, nouer des relations amicales avec des hommes, alors qu'il y a peut-ĂȘtre un potentiel sexuel, peut-ĂȘtre plus compliquĂ© ou rare qu'avec les femmes. Les gays de mon entourage me disent mĂȘme qu'il faut presque passer par une relation sexuelle avant d'avoir la possibilitĂ© de passer Ă une relation amicale. Mais ce passĂ© de plusieurs annĂ©es de mon adolescence et jeune vie d'adulte, oĂč les hommes Ă©taient un ennemi et les femmes des alliĂ©s, peut rester bien ancrĂ© aujourd'hui.
Alors la question, malgrĂ© le dĂ©sir d'avoir des amis, je n'arrive pas Ă avoir des amis avec des hommes. Comment faire ? Je vais ĂȘtre trĂšs transparent. J'ai fait cet appel Ă tĂ©moignage une heure avant qu'on se retrouve, car j'avais oubliĂ© et je me suis dit « c'est trop dommage ». Donc j'ai dit sur le WhatsApp du podcast et sur Instagram « vous avez une heure ».
Donc toi, tu dĂ©couvres ces tĂ©moignages. Donc si jamais tu n'as pas eu le temps ni de prĂ©parer, ni vraiment de t'infuser, si tu as des questions et oĂč tu veux qu'on passe, on n'hĂ©site pas. Non, mais lĂ , pour le coup, le tĂ©moignage, il est assez Ă©loquent de ce qu'on dĂ©crivait dans l'Ă©pisode prĂ©cĂ©dent, mĂȘme au dĂ©but de celui-ci, du passĂ© qui revient dans le prĂ©sent. Ce qui se passe, c'est qu'il y a eu cette situation de harcĂšlement, visiblement par des garçons ou des hommes,
Donc lĂ le cerveau il comprend, en fait il fait l'association de homme Ă©gale danger. Donc Ă partir du moment oĂč homme Ă©gale danger, il se met dans une forme d'hypervigilance et il n'a pas envie d'aller vers une menace, personne n'a envie d'aller vers une menace. Donc lĂ c'est vraiment une perception biaisĂ©e mais qui est liĂ©e au trauma.
C'est-Ă -dire qu'il se met en mode danger par dĂ©faut et il associe le fait que des hommes ayant harcelĂ©, c'est une menace en soi, effectivement, dans le harcĂšlement, mais il met tout le monde dans le mĂȘme sac, en fait. Donc lĂ , on est vraiment, je trouve, dans l'illustration parfaite d'un trauma qui n'est pas intĂ©grĂ©.
Thomas de Lille demande si le silence, l'absence de coming out peut ĂȘtre un trauma et donc engendrer tout ce qu'on raconte, engendrer des troubles. Thomas dit « Je n'ai pas eu l'occasion d'ĂȘtre moi-mĂȘme pendant l'enfance et ma jeune vie d'adulte afin de minimiser les risques d'agression homophobe. J'ai commencĂ© Ă ĂȘtre moi depuis quelques annĂ©es seulement. »
En fait, pour le coup, ce n'est pas la silenciation qui fait trop mal, c'est ce qu'il y a autour. C'est le fait d'ĂȘtre dans un contexte qui est, en tout cas pour cette personne, impossible pour lui de dire parce que justement, il y a ce risque-lĂ de stigmatisation et de discrimination. Elle est lĂ , la menace ?
Oui, parce que j'imagine que quand il dit risque d'agression homophobe, c'est qu'en fait, il est entouré d'insultes et ou de gestes qui sont trÚs clairs et qui, en fait, sont des menaces que le cerveau, et là , je ramÚne les gens au premier épisode, menace et cerveau qui n'arrive pas à digérer tout ça parce qu'il n'a pas les ressources internes ou externes, claque possibilité que ça se transforme.
une menace qui peut ĂȘtre rĂ©elle. Puisqu'il y a cette anticipation de la menace, il se tait, en tout cas, il se silencie pour justement ne pas prendre le risque de subir des attaques. Donc lĂ , pour le coup, ce n'est pas tant le fait de ne pas dire, c'est ce qui est l'aperçu de l'environnement qui entraĂźne une silenciation.
J'ai Eric de Paris qui demande s'il se sent… En fait, je ne vais pas lire, c'est trĂšs long et je vais synthĂ©tiser. En gros, Eric raconte qu'il se sent addict Ă Grindr, il y passe Ă©normĂ©ment de temps, il est dans une chasse. Mais parfois, mĂȘme quand les hommes lui proposent de le rencontrer, il ne le fait pas. Donc, il a l'impression un peu que ça avale Ă©normĂ©ment de son temps.
Et qu'il est accro Ă Grindr, Ă la chasse, et il se demandait si ça peut ĂȘtre ça, un symptĂŽme, un indice liĂ© Ă un trauma passĂ©. On pourrait se dire, si t'es Ă fond dans une performance d'homosexualitĂ©, c'est que tout va bien.
Tu fais plein de sexe avec des hommes, c'est que… Ăa dĂ©pend si c'est pour soi ou si, encore une fois, c'est pour soi ou si c'est pour fuir quelque chose. LĂ , c'est un peu compliquĂ© de rĂ©pondre directement Ă la question et je voudrais pas faire trop de gĂ©nĂ©ralitĂ© ou induire la personne en erreur, mais…
La premiĂšre question, c'est se questionner de, est-ce que c'est vraiment irrĂ©pressible d'aller sur Grindr, d'ĂȘtre dans une surconsommation ? Est-ce qu'il arrive Ă se poser la question de, est-ce que je le fais pour moi ou est-ce que j'ai le sentiment que je fuis quelque chose ? Et puis en fonction de la rĂ©ponse Ă ces questions-lĂ , si jamais ça tombe sur oui, effectivement, j'ai le sentiment de fuir quelque chose, quel est ce quelque chose ? Est-ce que ce quelque chose est traumatique ou pas ?
Max de Nantes il dit j'ai 37 ans je me masturbe plusieurs fois par jour et je n'ai pas de problĂšme d'Ă©rection l'Ă©rection du matin est aussi toujours lĂ pourtant quand je suis avec quelqu'un ça ne monte pas je ne bande pas et lĂ lui-mĂȘme il se pose des questions de pistes et il dit j'ai eu des anciennes expĂ©riences traumatisantes
Oui, ça peut. Moi, j'aurais tendance à conseiller, entre gros guillemets, d'aller chercher un diagnostic médical, d'évacuer d'éventuelles pistes de dysfonctionnement inhérents.
à la physiologie de la personne, éventuellement consulter un ou une sexologue pour les troubles érectiles en fait. Et puis de voir une fois qu'on a évacué d'éventuelles causes physiologiques.
Je veux dire, oui, effectivement, ça peut ĂȘtre liĂ© Ă une expĂ©rience traumatisante. Moi, je me rappelle d'une… Alors, ce n'est pas un patient, c'est une patiente, mais qui souffre, par exemple, de vaginisme. Et cette patiente, elle a subi de l'inceste, pour le coup. Donc lĂ , il y a un lien. Et lĂ aussi, encore une fois, toutes les causes ont Ă©tĂ© Ă©vacuĂ©es. Et effectivement, on retombe battus.
Ăa, ça peut ĂȘtre un indice, si j'ai subi des violences sexuelles, la nature de la violence sexuelle, si on a forcĂ© une sodomie sur moi, ça peut aprĂšs impacter ?
Ou mĂȘme avoir Ă©tĂ© exposĂ©e de maniĂšre trĂšs prĂ©coce Ă la sexualitĂ©. Je me rappelle d'un patient gay, notamment, oĂč il y avait des difficultĂ©s dans le rapport au corps, dans le rapport Ă son propre corps, mais aussi des difficultĂ©s sur le plan de la sexualitĂ©. En creusant son histoire, c'est parce que son pĂšre aussi passait du porno un peu en toile de fond toute la journĂ©e, et ça dĂšs son plus jeune Ăąge. Et un enfant qui est exposĂ© de maniĂšre trĂšs prĂ©coce
Ă la sexualitĂ©, et encore, le porno n'Ă©tant pas une sexualitĂ©, c'est pas ce qu'on trouve dans les pratiques habituelles, c'est quand mĂȘme une sexualitĂ© particuliĂšre, fantasmĂ©e. Et fictionnelle. Et fictionnelle, bah du coup oui, ça crĂ©e un blocage. En tout cas chez cette personne-lĂ , ça crĂ©e un blocage. Donc, Ă creuser. Hum hum.