Gay : faire un enfant pour avoir la paix – Daniel 2/4

Partie 2 sur 4
« Cette fille, c’est ma fille, mais c’est pas ma fille. Mes enfants, je les aurai lorsque je serai en couple posé avec mon mec, et avec qui je déciderai comment on fera nos enfants. » Daniel

Daniel, fils préféré et héritier d’un père politique camerounais, s’assume gay : pour avoir la paix, il a donné à sa mère la petite-fille qu’elle réclamait.

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Dans cet épisode du podcast :

  • Convoqué à minuit et demi, il découvre que sa grand-mère savait déjà, et qu'elle avait repéré son copain
  • Son père lui dit qu'il n'accepte pas ça, mais qu'il l'accepte, lui, et exige de rencontrer ses amants
  • Sept rapports avec une femme, sans plaisir, en pensant à un homme : sa fille naît en septembre
  • Homme politique, son père prend en secret la nationalité française pour le sortir du pays, et doit démissionner

On en parle dans cet épisode
L'adresse que Daniel donne aux auditeurs qui voudraient lui écrire depuis le Cameroun ou ailleurs
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Tu m'entends ? Oui, je t'entends. Alors, on a été coupé. Tu ne m'entendais plus ? Non, je ne t'entendais plus. On a été coupé à vraiment un moment clé. Donc, ton père te sert deux verres de whisky et t'entends un. Oui, il m'en donne un. Et lui, il prend carrément tout un verre qu'il boit, qu'il consomme directement. Et il me demande, est-ce que tu peux répéter ce que tu viens de me dire ? Et là, je le répète, mais plus avec la même assurance, plus avec la même intensité, parce que je me dis, je viens de faire une connerie, je vais me faire répudier, je vais me faire lapider ou je ne sais pas trop quoi. Mais je le dis tout de même, et il me dit ok et là il a pris sa bouteille de whisky et son verre il s'est levé il est parti dans sa chambre et on a fait deux semaines il ne m'a tracé pas du tout la parole on se croisait moi là je suis dans ma chambre tout juste à côté c'est sa chambre Et on se croisait dans la maison et autres. Il ne m'adressait pas du tout la parole pendant deux semaines. Toi, tu avais quoi comme indice de son rapport à l'homosexualité ? Vous avez tous les deux grandi dans un pays qui punit l'homosexualité de cinq ans de prison, qui en fait un délit, où les chasses à l'homme sont publiques et où même validées par le gouvernement ? Pas mal d'hommes politiques utilisent. C'était quoi, toi, tes intuitions par rapport à ce qu'il pouvait penser de ça ? Vous en avez déjà parlé ensemble, avant ton communiqué ? Non, pas du tout. Mais il n'est pas homophobe. Mais il n'accepte pas ça, parce que nous sommes dans une famille assez chrétienne. Son père a failli, dont mon grand-père, il a failli être prêtre. Ma grand-mère a failli être une nonne. J'ai failli être prêtre. Et donc, du coup, on a grandi, en fait, dans une vie très critique. Une famille de prêtres et de nonnes ratés, si tu me permets. Voilà, voilà. Donc, si t'es assis, il n'est pas homophobe, mais il n'accepte pas ça dans le sens où il se dit, ben voilà, c'est un péché. C'est contre nature. Et puis si un homme, quand je dis homme, c'est homme avec petite tâche, a réussi, lorsqu'il s'est marié, il a eu des enfants, il a construit une maison, et voilà. Donc, il entendait que tu n'allais pas suivre ce chemin. Effectivement, et lui étant comme il est, ça lui a fait un choc. Ça lui a fait un choc. Il te reparle après deux semaines ? Oui. Après deux semaines, c'est lui qui me dit « Ce soir, on aura une discussion. » Et là, il prend sa voiture. Parce que tous les soirs, vous vous étudiez, on fait notre soirée cinéma. Tous les soirs, vous vous regardez un film, tous les deux ? Oui, mais pendant les deux semaines, non, c'était plus ça. Il venait dans sa chambre. Il venait et il rentrait dans sa chambre. J'avoue que je m'assieds là à l'attendre en me disant « Ce soir, il viendra. » Mais il ne vient pas. j'ai fait ça pendant vraiment deux semaines et je me suis dit mais vous étiez donc assez proche en fait parce que t'as une relation c'est chouette moi j'aimerais bien avoir cette relation avec mon père c'est cool vous vous retrouviez tous les soirs donc vous êtes très proche tu disais je suis son fils préféré tu as combien de frères et soeurs ? oula nous sommes quoi 10 ouais 10 nous sommes 10 Vous aviez une relation privilégiée. Effectivement. Et donc, deux semaines après un total silence, il te dit ce soir on discute. Ouais, il me dit ce soir. Et alors, qu'est-ce qui s'est passé ? Ce soir, il me dit ce soir on discute et il s'en va. Et moi, je reste à la maison, je fais mes valises. Je fais mes valises et je m'éprime. Ah ouais ? Ouais, parce que je me dis pas... on va même foutre dehors. Je ne sais pas. Et quand je fais mes valises, j'appelle mon copain, je lui dis, ben voilà, si je viens cogner. Le truc, c'est quoi ? C'est que mon copain, lui, ben... On savait ouvertement chez lui qui il était, parce que sa maman, c'est une Italienne. Son papa était décédé déjà, un Camerounais. Et sa maman, elle restait avec lui au Cameroun. Donc du coup, sa maman savait que mon fils, il est comme ça. Donc voilà, c'était ça. Et moi, je lui écris, je lui dis, si tu me vois venir chez toi très tard, sache que c'est mort. Papa m'a mis dehors. Et lui m'a dit, OK, j'écris à un moment. Sa maman m'a appelé. Elle m'a dit, t'inquiète pas. si tu te sens en insécurité tu me dis et elle s'est déplacée elle a garé au quartier je suis parti vers elle mon copain il était là on a causé elle m'a dit on va rester là attendre que tu nous dises que tu vas bien ou alors que on t'a mis dehors pour que tu ne fasses pas une seule seconde Dans le froid ou je ne sais pas trop quoi. Donc, ils sont restés là. Et papa, il rentre aux alentours. Je ne peux pas oublier parce que c'était une soirée assez émotive et tout. Il rentre aux alentours de minuit trente. Et dans la voiture, j'ai mes deux grands-mères. Ma grand-mère maternelle et ma grand-mère paternelle. Et j'ai ma tante, sa grande-sœur à lui. Et là, je me dis, ouais, je suis cuit. Je suis cuit, quoi, en fait. Donc, ils arrivent. Parce que, oui, tu te disais, pour qu'il y ait autant de monde, c'est pour annoncer quelque chose de tragique. Oui, effectivement. Ce sont des femmes assez importantes dans ma vie. Maman, elle est en France. Et il faut tout de même que je dise que j'avais déjà balancé un truc comme ça en classe de troisième. J'avais quoi ? 16 ans je lui ai balancé comme ça j'ai l'impression que j'aime les hommes elle m'a dit non ça va te passer t'inquiète c'est juste la puberté qui te dérange et tout Oui, pendant tout ce premier coming out. Non, du coup, là, tu parles d'un premier coming out auprès de ta mère. Le deuxième que tu es en train de nous raconter, c'est avec ton père, tandis que ta mère est en France, c'est ça ? Oui. Donc, elle l'avait pris comme ça. Elle s'est dit, non, c'est sa période pubère. Il ne sait pas trop ce qu'il raconte le mec. Donc, du coup, quand on lui a dit... Alors attends, pour que je comprenne, donc là, t'as ton père et d'autres membres de ta famille qui arrivent à minuit trente, qu'est-ce qu'ils t'ont dit ? Alors ils s'asseillent, on me convoque, parce que j'appelle ça comme ça, on me convoque, on me dit, prends place. Et papa, il prend la parole, parce que c'est là où je me rends compte qu'elles sont là, mais elles ne savent pas trop pourquoi elles sont là. Papa leur a dit, venez, il y a une situation grave à la maison, donc venez. Ça concerne votre petit-fils et neveu préféré, donc venez. Donc elles arrivent, et il leur annonce Et ma grand-mère maternelle a eu une réaction qui jusqu'à aujourd'hui me fait sourire. Parce qu'elle dit, ah, enfin il a dit. Et là je fais, oh. Elle le savait depuis toujours. Et même mon père et les autres la regardent en mode, qu'est-ce qu'elle raconte celle-là ? Et là, elle leur dit, vous savez, j'ai fait 19 enfants et je connais mes enfants, je connais leur maladie, je connais, je connais. Et lui particulièrement, dès le bas âge, j'ai su qu'il était particulier. On le trissait. Sous-entendu malade ? Oui. Non, elle disait... En fait, elle était en train d'expliquer une façon de dire qu'elle connaît ses enfants et ses petits-enfants au bout des doigts, en fait. Du genre... Il suffit qu'elle te regarde et elle se dit « Non, lui... » Elle raconte qu'elle l'a suspectée parce que moi, tout petit, je n'étais pas à l'aise rasée. J'aimais avoir des rastas, des tresses, des nattes. J'aimais bien ça. Je ne me maquillais pas. Jusqu'à aujourd'hui, je ne me maquille pas. Mais j'aimais vraiment affirmer mon petit côté féminin. Et elle s'est dit, lui, c'est quoi son problème ? C'est le premier petit-fils qui me fait ça. Et elle a commencé à m'observer. en grandissant et tout. Et elle a dit qu'elle connaît même mon copain. Et là, je suis tombé des nues parce que je me dis, je ne l'ai jamais présenté. Oui, je l'ai invité à nos cérémonies, à nos soirées familiales et autres. Et elle a dit, oui, je les ai regardés, je les ai observés. Il a eu une relation particulière avec ce garçon-là. Elle a donné son nom. Elle est intelligente. Et là, j'ai eu... J'ai vraiment eu la chair de poule. Je me suis dit, wow ! J'étais tout glacé. T'as eu l'impression qu'elle était soutenante ? Ou qu'elle avait quelle énergie le moment où elle dit tout ça ? Elle était soutenante. Parce qu'à la fin de son discours, elle dit à mon père, je suis d'accord que c'est mal, mais si tu veux pas de lui, moi je l'amène à la maison. Parce que je sais pas ce que vous allez faire de lui. Et là, ma cramée paternelle, elle dit, ok. Moi, je vais essayer de faire une chose. Quitte à ce que ça ne fonctionne pas, il faut que j'essaie. Elle m'a dit, je vais te mettre en contact avec un prêtre, tu vas parler avec lui, vous allez causer, et au bout de quoi, tu vas me dire la décision que tu auras prise. Ou tu arrêtes, ou tu continues. Et ma tante, elle a laissé bouche bée, elle n'a rien dit. Elle n'a rien dit... Elle s'est tournée vers mon père et elle lui a demandé, c'est notre fils ? C'est ton fils ? Puis j'ai préféré, moi je l'appelle mon cœur. Et qu'est-ce que tu vas faire de lui ? Il est là, on sait, tu viens de nous dire quelque chose d'assez grave et tout. C'est quoi la suite ? Et mon père lui, il dit, j'ai pris deux semaines de réflexion, je l'ai observé de loin. je me suis demandé où est-ce que j'ai raté son éducation, pourquoi lui, pourquoi pas un autre de mes enfants, mais pourquoi lui particulièrement, lui que je vais faire, il est mon héritier, si je meurs, c'est lui qui sera le chef de ma famille, mais pourquoi lui en fait ? Et du coup, il dit, mais ben voilà, Je ne peux pas faire autrement, c'est mon fils. Je n'accepte pas, mais je l'accepte, lui. Et du coup, je viens de suivre ta grand-mère me dire qu'elle connaît ton petit copain, même comme tu ne l'as pas présenté officiellement. Je veux voir ce garçon. Si tu veux que j'accepte que tu continues dans cette histoire, je veux connaître tous les garçons avec qui tu as eu des rapports sexuels depuis que tu as commencé cette histoire. Je veux les voir, je veux les rencontrer, je veux causer avec eux. Il faut que je sache que tu es en sécurité. Que si jamais il t'arrive quelque chose, que je sache où j'irai frapper à la porte. Tu t'es senti comment quand il a dit ça ? Je me suis senti soulagé. soulagé pourquoi parce que je m'étais fait tout un scénario parce que quand on me demande de m'asseoir je me suis assis dans un endroit où si jamais je les vois sortir des macra pour mon père plier le poing j'allais prendre la poutre des scampettes et autres donc du coup je me suis senti soulagé et lorsqu'il me dit qu'il veut rencontrer mon copain et tout je lui ai demandé s'il est prêt à le faire maintenant et là ils tous me regardent ah non parce qu'il est là quoi Ah ben oui, puisqu'il est avec sa maman, dehors, dans la voiture. Là, au quartier. Et je dis, non, il n'est pas dans la maison, mais il est dans le quartier. Je leur fais un petit topo. Ils disent, ah ben, ok, si il est là, viens faire les présentations. Et je sers. Et en me levant, ma grand-mère m'attendait. Est-ce que j'ai eu raison sur la personne ? Je dis oui. Et là, il dit, ben voilà, je savais. Et moi, je sors, je pars récupérer mon copain avec sa maman. Elle entre avec son véhicule dans le camp et tout. On arrive et je les présente. Et mon père, il fait en larmes parce qu'il se dit, ben, wow. Moi, je le connaissais comme ton meilleur ami, le mec. Oui, parce qu'il dormait à la maison. Je partais dormir chez lui. On était tout le temps fort ensemble. Et moi, j'avais dit à mon père que c'est mon meilleur ami. Et ces présentations se sont bien passées ? Elles se sont bien passées parce que ça s'est terminé dans la rigolade, dans les jeux. Mais on avait pour interdiction, mon copain et moi, de montrer notre... notre amour de montrer notre attirance là devant eux. Alors, il était assis à des mètres de moi et moi, j'étais assis carrément de l'autre côté comme deux inconnus. Et mon père, il a dit, voilà, j'accepte ça, mais je ne veux pas et je t'interdis de t'afficher. Je ne veux pas prendre un jour que t'es parti dans un bar gay, si ça existe. Je ne veux pas que vous vous embrassiez en route. En fait, il m'a interdit ce qu'on m'interdit déjà ici donc c'était ça il m'a dit ouais je veux que je sois en sécurité et tout parce que l'imaginaire homosexuel de ta grand-mère ou de ton père Il est composé de quoi ? C'est-à-dire dans les médias, dans les films, au théâtre, dans les livres qu'ils peuvent lire ? On en parle dans les médias ? Parce que là, il vient de mentionner Barguet. C'est donc qu'il est au courant ? Tu vois, comment il est au courant ? Alors, au courant, tout simplement, parce que comme je t'ai dit, lorsque des arnaques heurtent, il t'affiche. Il raconte ta vie, il raconte ton histoire. Dans les médias, en fait. Ça fait un grand buzz dans le pays et tout le monde sait que... Dans le pays ? Carrément dans le pays, parce que tout le monde juge, tout le monde dit que ce sont des satans, ce sont des démons. Dans tout le monde, tout le Cameroun est au courant. Parce que, ben voilà, ça part sur Facebook, sur Twitter pour certains et autres. T'as ta photo qui est exposée, t'as ta vie, entre guillemets, qu'on expose et autres. Ta grand-mère, elle est sur Facebook ? Elle a accès à... Elle est sur WhatsApp, mais voilà. Mais, crois-moi, lorsqu'il y a une histoire pareille, tellement tout le monde en parle que, ben voilà, tu vas voir même des petits-enfants, hein. Moi, j'ai mes neveux à qui j'ai interdit. Ils ne savent pas pourquoi parce que tout le monde aussi n'est pas au courant du bon coming out. Mais j'ai des neveux à qui j'ai interdit le mot PD. Parce que c'est courant, quoi. Quand tu vois un mec... Bien sûr. En France, pareil. Voilà, donc... Ma nièce, bien sûr. Moi, je ne leur ai rien dit. Parce que ça me fait bizarre. Donc, voilà. Donc, ce coming out à ton père, tu as 18 ans ? Ouais. Et aujourd'hui, c'est dix ans plus tard. Ça a évolué comment en dix ans, ce coming out familial ? Ça a évolué dans le sens où je vis, je t'ai dit. Maman, elle m'a dit « Moi, je veux des petits-enfants. Tu vas faire ce que tu veux de ta vie, mais je veux des petits-enfants. Donne-moi cette joie d'être grand-mère de toi. Je suis la grand-mère de tes frères et soeurs, mais je veux être grand-mère de toi. » Alors, j'ai eu ma petite-fille en septembre dernier. Elle est toute contente. C'est la raison de sa venue au Cameroun pour ces fêtes. D'ailleurs, elle est là en train de jouer avec elle. Là, en ce moment, tu veux dire pendant qu'on discute ? Elle habite en France, ta maman, et elle est venue... Oui, spécialement pour voir ma fille. Parce que là, on enregistre, on est le 22 décembre, on n'est pas très loin de Noël. Tu parles des fêtes de Noël que vous fêtez, du coup. Donc, c'est un peu... Toi, tu as fait comment pour... Donc, c'était une sorte de mariage arrangé ? Ils t'ont choisi une femme avec qui tu es mariée ? Non, je ne suis pas mariée. Je ne suis pas mariée la meuf. Je le rencontre, je suis dehors, avec des potes et des roues. Et ça charrie un peu, et tout, et tout. Ben voilà, toi, tu fais toujours ton BG, et tout. Ton père t'a très certainement déjà réservé une très belle femme de la haute société, et tout, et tout, et tout. Bon, je leur dis, ben non, moi, je suis un célibataire, etc., etc. Bon, après, je me mets à pécho, donc, dans le bar, et autres. Et elle, elle est réceptive. Et bizarrement, moi, je sais pas si je... Je vais le dire comme ça, que je sais pas si... Les prières de ma mère ont été entendues parce que je la drape et le même soir, on rentre à la maison et on couche une fois. Et bizarrement, je me suis demandé est-ce que je vais m'en sortir, mais je me suis en sortie. J'ai réussi à le faire. Tu veux dire le rapport sexuel en lui-même ? Oui, j'ai réussi à le faire et je l'ai fait une seconde fois. Et une troisième, je crois qu'on a eu... Moi, je comptais parce que je me demandais, mais je n'avais pas un plaisir de ça déjà. Il faut que je le dise, mais je le faisais parce que je me disais, il faut au moins que j'ai un plaisir sexuel de ce côté-là. Il faut que je sache ce que ça fait, mais je ne l'avais pas en fait. Je ne l'ai pas eu jusqu'à présent. Je n'ai pas eu un plaisir. De plaisir sexuel avec une femme, c'est ça ? Tu ne te sens pas attiré par... Voilà. Tu ne te sens pas bi ? Voilà. Donc, je l'ai fait. Et tu fais comment, en fait, pour avoir une érection ? Tu n'es pas obligé de répondre. Non, ne t'inquiète pas. Pour en avoir... Je me mets à ta place. Je te pose cette question parce que je me mets à ta place. Et je me dis, comment je fais pour avoir une érection, éjaculer ? Voilà. Le problème pour moi, c'était d'abord... En fait, le problème pour moi, pendant que je l'ai fait, les sept fois où je l'ai fait, c'était ça. Je n'arrivais pas à éjaculer rapidement. Mais par contre, ici, t'inquiète pas. Les meufs, plus tu mets long, plus elles disent « Wow, le mec, il est bon ! » Or, moi, j'avais un blocage parce que je n'arrivais pas. Je me disais, mais qu'est-ce que je suis en train de foutre ? Dans ma tête, je parlais à moi-même. Je me disais, mais qu'est-ce que je fais là, moi, en fait ? Et après, je me disais, maintenant, la meuf, elle est déjà là. Je suis dedans. Il faut que je termine ce que j'ai commencé. Et je me mets à penser vraiment très fort je me dis je suis à l'intérieur d'un mec et je le fais vraiment les yeux fermés avec ma pensée en fait c'est un peu ça ou alors parce que ça c'est la première fois les autres fois je me disais je suis dans un plan à trois et il y a un mec qui est en train de nous relooker donc voilà je me dis Oui, tu t'imaginais un plan à trois avec un mec. Et t'as eu l'impression de pouvoir... Non, je pense que ça va être une question de merde. Tu t'es imaginé dire non ? Dire non ? Je me suis interpellé dans ma question parce que moi, je ne pourrais pas dire non à ma mère. Je pense qu'elle détient un pouvoir sur moi qui dépasse l'entendement et qui pourrait me faire faire des choses très difficiles, voire violentes. Mais moi, je me demandais, toi, est-ce qu'à un moment donné, tu t'es dit, je vais partir, je vais fuir, je ne vais pas avoir cet enfant pour ma mère ? Alors... Je n'ai jamais pensé à fuir. Moi, la question c'était comment est-ce que j'allais le faire ? Est-ce que j'allais réussir à avoir une érection devant une fille ? Est-ce que j'allais réussir à assurer ? Et après, je me suis dit « bon ». Mais tu étais content de pouvoir faire un enfant. Tu étais content de faire un enfant. Oui, c'est ça. Or, la relation sexuelle et sa complexité, le fait de faire un enfant pour satisfaire ta mère notamment, c'était quelque chose que tu avais envie de réaliser. Pourquoi aussi ? Parce que moi, j'adore les enfants. Je voulais en avoir. avec mon copain mais je voulais avoir mes enfants donc du coup cette première c'est un cadeau pour ma mère et moi je me dis toujours et je le lui ai dit et j'ai dit aussi à mon père cette fille c'est ma fille mais c'est pas ma fille mes enfants je les aurai lorsque je serai en couple posé avec mon mec et avec qui je déciderai de comment est-ce qu'on fera nos enfants Celle-là, c'est juste un cadeau. C'est un cadeau parce que j'ai transpiré pour le faire. Du coup, je me dis que j'ai réussi à faire un cadeau à ma mère. Elle est toute heureuse et moi, ça me fait plaisir. La petite, elle est toute mignonne. Elle est réceptive à moi. Et puis voilà. et puis c'est l'homonyme de ma mère parce que je lui ai donné le nom de ma mère parce que c'est tout un gros cadeau donc elle peut très bien me dire que tu ne verras pas ta fille pendant deux ans, que ça ne me dérangera pas, pas parce que je suis irresponsable mais parce que c'est son cadeau à elle donc voilà T'as l'impression que parce que tu as réalisé cet objectif-là, ça sécurise aussi ta place dans la famille ? Ouais. Parce que qu'est-ce que ça... Je pourrais couper ça si jamais t'as changé d'avis, mais quand on a préparé cet échange, tu m'as dit que ton père était un homme politique clé au Cameroun ? Ouais. Est-ce que tu es à l'aise qu'on en parle ou est-ce que tu as changé d'avis ? Non, allons-y, il n'y a pas de soucis. Parce que j'allais te demander, tu m'as dit que ça avait impacté même sa carrière à lui. Est-ce que tu peux m'expliquer ? Alors, mon père... Tu as donné un cadeau à ta mère, mais apparemment, ton père a dû changer des choses suite à ton coming out, si j'ai bien compris. Oui. Mon père, il n'a jamais pensé à s'installer définitivement en France. Il n'a jamais pensé à acquérir la nationalité française. Il n'a jamais pensé... Lui, vraiment, censurement, il se voyait ici, Parce qu'il faut le dire, lorsqu'il vient en France, pendant mon coming out et autres, il est en mission. Il avait une mission de trois ans là-bas. Toi, tu restais au Cameroun et tes deux parents étaient... Nous, les enfants, on était ici. Et eux, ils étaient au travail. Nous, on savait qu'ils sont au travail. Et puis, nous, ça ne nous dérangeait pas. On avait chauffeur, etc. Donc, ça ne nous dérangeait pas du tout. Et ils ont dû... Mes mamans... C'est vrai que je parle beaucoup de mon père, Peter, parce que j'ai une relation assez particulière avec lui. Mais même ma mère a dû faire aussi... Elle a dû donner aussi. Parce que c'est à ce moment qu'ils se disent « bah non ». Je chamboule en fait la vie de toute la famille sans le savoir. Mais je ne comprends pas pourquoi. Parce qu'en gros, tu leur as dit qu'ils t'ont obligé à le garder secret. Personne ne le savait. En quoi ça a chamboulé leur vie ? La vie de ton père en tant qu'homme politique ? Parce qu'à ce moment, il demande à s'installer définitivement en France. Ce qu'on lui accorde. Il prend secrètement... Tu sais qu'au Cameroun, la double nationalité, elle n'est pas accordée, en fait. La loi ici... D'accord. Soit des Camerounais, soit des étrangers. Il n'y a pas de binationaux chez nous. Donc, il prend secrètement la nationalité française et... Ce qui fait en sorte qu'il se décide à faire un regroupement familial. Parce qu'il se dit, il faut que lui, je le sorte du Cameroun. Et du coup... Toi, il parle de toi là, en fait. Oui, c'est ça. Parce que ta vie est en danger en tant qu'homosexuel, comme tu l'as décrit avec la chasse. Lui, il faut que je le sorte du Cameroun. Du coup, il s'engage dans une procédure vraiment comme ça. Du coup, tous mes frères qui sont en France actuellement sont français. Moi, je n'ai pas pu acquérir la nationalité, tout simplement parce que j'étais majeur déjà. Du coup, on a évincé mon nom dans la procédure. Dans la procédure. D'accord. Oui. Mais tous mes petits frères et autres, ils sont partis. Et quand il revient pour les chercher, il est tout triste. Maman, elle ne voulait pas venir parce qu'elle se disait « Elle ne va pas arriver à me regarder parce que ce qu'il faisait, c'était en fait pour moi. » Et ils n'ont pas réussi, en fait. C'est un échec jusqu'à aujourd'hui. C'est un échec pour eux parce qu'ils se disent qu'ils n'ont pas encore trouvé la formule pour m'extirper d'ici, entre guillemets. Et donc, voilà. Mais mes frères, ils sont là-bas. Donc, quand je dis que ça impacte beaucoup, c'est dans ce sens-là. Aucun de nous Au grand jamais, on ne se disait qu'on allait quitter le Cameroun, qu'on allait partir s'installer en France, qu'on allait prendre une autre nationalité. Nous, nous étions là. Heureusement ou malheureusement, nous faisons partie de ce qu'on appelle ici les bobos. Donc, la classe assez bourgeoise, entre guillemets. Donc, entre guillemets, les intouchables, mais... Il faut avouer que ça, c'est qualité, ça, c'est défaut. Donc, on est... Tu veux dire que c'est une élite ? Parce que les intouchables en Inde, c'est plutôt un milieu social et des personnes qui sont tout en bas de l'échelle sociale. Là, vous étiez tout en haut, on est d'accord ? Voilà. Donc, voilà. L'élite. Tu m'as dit que ton père a dû démissionner. J'ai mal compris. Oui, parce que lorsqu'on finit par découvrir qu'il l'a, une double nationalité, on ne lui dit pas le plus possible. On ne peut pas dire qu'on va faire ça et toi, qui dois montrer l'exemple, tu fais autrement. Donc, on lui donne un choix et il me choisit. Il me choisit En tant qu'homme politique, moi j'ai des souvenirs de plusieurs hommes politiques camerounais. Dans une ancienne vie, j'ai été militant activiste LGBT dans une association. Et on travaillait avec des associations sur le terrain au Cameroun qui nous rapportaient le fait que pas mal d'hommes politiques, au gouvernement notamment, utilisaient l'homosexualité et la chasse contre les homosexuels comme programme politique, comme façon de dire... Oui, pour élever sa stature politique, pour faire... la une des médias, de dire, voilà, je prends cette maladie de l'homosexualité à bras le corps et je vais la faire sortir du Cameroun. Tu es en train d'acquiescer de la tête, là, pour les gens qui ne nous voient pas. Est-ce que tu avais l'impression que ton père, il était dans ces hommes politiques qui utilisaient les lois anti-gays comme... Alors, non. Alors non, il n'a jamais été dans cette sphère-là, et tout, non. En fait, il n'a jamais eu des paroles du genre, ben voilà, non, Evan c'est ça, non. Jamais. Il ne s'est jamais vraiment retrouvé face à ça, jusqu'à ce qu'il se rende compte qu'il a un fils. Donc du coup, il s'est assis, mon père il apprend chaque jour sur le bon sexe il aime lire comme moi donc du coup il s'informe il cherche à savoir il me fait faire des tests VIH parce qu'il se dit il avait appris que les personnes qui ont plus le VIH sont des hommes donc du coup quand il a une information bonne ou mauvaise, fausse ou vraie je suis son cobaye Et vous arrivez à en parler ensemble ? Oui. Il est à l'écoute de ce que tu as à répondre, soit des fake news qu'il ramène, soit des... Lorsque c'est un fake news, je le lui explique. Je lui dis, voilà, celui-ci, non, c'est pas... Le tout premier fake news, c'est celui où on dit que tous les homos portent des couches. Ici, c'est récurrent. Waouh, ok. Est-ce que tu peux m'expliquer ? Il m'a dit, attends, c'est quoi cette histoire de porter les couches là ? Je lui dis, tu as appris quoi ? Tu as lu quoi ? Il m'a dit, voilà, on m'a dit que voilà. Tu es homo, tu es obligé de mettre des couches parce que tu ne peux plus te retenir lorsque tu vas à l'océan. Parce que tu as un anus qui... En fait, ton système, il ne fonctionne plus normalement. Et moi, je lui explique clairement et posément que non, ce n'est pas ça. En fait, on en parle et il comprend. Il comprend et il me dit « Ah, ok, d'accord. »

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