Gay : faire un enfant pour avoir la paix – Daniel 2/4

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Partie 2/4 du témoignage de Daniel qui raconte sa vie de gay au Cameroun

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Tu m'entends ? Oui, je t'entends. Alors, on a Ă©tĂ© coupĂ©. Tu ne m'entendais plus ? Non, je ne t'entendais plus. On a Ă©tĂ© coupĂ© Ă  vraiment un moment clĂ©. Donc, ton père te sert deux verres de whisky et t'entends un. Oui, il m'en donne un. Et lui, il prend carrĂ©ment tout un verre qu'il boit, qu'il consomme directement. Et il me demande, est-ce que tu peux rĂ©pĂ©ter ce que tu viens de me dire ? Et lĂ , je le rĂ©pète, mais plus avec la mĂŞme assurance, plus avec la mĂŞme intensitĂ©, parce que je me dis, je viens de faire une connerie, je vais me faire rĂ©pudier, je vais me faire lapider ou je ne sais pas trop quoi. Mais je le dis tout de mĂŞme, et il me dit ok et lĂ  il a pris sa bouteille de whisky et son verre il s'est levĂ© il est parti dans sa chambre et on a fait deux semaines il ne m'a tracĂ© pas du tout la parole on se croisait moi lĂ  je suis dans ma chambre tout juste Ă  cĂ´tĂ© c'est sa chambre Et on se croisait dans la maison et autres. Il ne m'adressait pas du tout la parole pendant deux semaines. Toi, tu avais quoi comme indice de son rapport Ă  l'homosexualitĂ© ? Vous avez tous les deux grandi dans un pays qui punit l'homosexualitĂ© de cinq ans de prison, qui en fait un dĂ©lit, oĂą les chasses Ă  l'homme sont publiques et oĂą mĂŞme validĂ©es par le gouvernement ? Pas mal d'hommes politiques utilisent. C'Ă©tait quoi, toi, tes intuitions par rapport Ă  ce qu'il pouvait penser de ça ? Vous en avez dĂ©jĂ  parlĂ© ensemble, avant ton communiquĂ© ? Non, pas du tout. Mais il n'est pas homophobe. Mais il n'accepte pas ça, parce que nous sommes dans une famille assez chrĂ©tienne. Son père a failli, dont mon grand-père, il a failli ĂŞtre prĂŞtre. Ma grand-mère a failli ĂŞtre une nonne. J'ai failli ĂŞtre prĂŞtre. Et donc, du coup, on a grandi, en fait, dans une vie très critique. Une famille de prĂŞtres et de nonnes ratĂ©s, si tu me permets. VoilĂ , voilĂ . Donc, si t'es assis, il n'est pas homophobe, mais il n'accepte pas ça dans le sens oĂą il se dit, ben voilĂ , c'est un pĂ©chĂ©. C'est contre nature. Et puis si un homme, quand je dis homme, c'est homme avec petite tâche, a rĂ©ussi, lorsqu'il s'est mariĂ©, il a eu des enfants, il a construit une maison, et voilĂ . Donc, il entendait que tu n'allais pas suivre ce chemin. Effectivement, et lui Ă©tant comme il est, ça lui a fait un choc. Ça lui a fait un choc. Il te reparle après deux semaines ? Oui. Après deux semaines, c'est lui qui me dit « Ce soir, on aura une discussion. » Et lĂ , il prend sa voiture. Parce que tous les soirs, vous vous Ă©tudiez, on fait notre soirĂ©e cinĂ©ma. Tous les soirs, vous vous regardez un film, tous les deux ? Oui, mais pendant les deux semaines, non, c'Ă©tait plus ça. Il venait dans sa chambre. Il venait et il rentrait dans sa chambre. J'avoue que je m'assieds lĂ  Ă  l'attendre en me disant « Ce soir, il viendra. » Mais il ne vient pas. j'ai fait ça pendant vraiment deux semaines et je me suis dit mais vous Ă©tiez donc assez proche en fait parce que t'as une relation c'est chouette moi j'aimerais bien avoir cette relation avec mon père c'est cool vous vous retrouviez tous les soirs donc vous ĂŞtes très proche tu disais je suis son fils prĂ©fĂ©rĂ© tu as combien de frères et soeurs ? oula nous sommes quoi 10 ouais 10 nous sommes 10 Vous aviez une relation privilĂ©giĂ©e. Effectivement. Et donc, deux semaines après un total silence, il te dit ce soir on discute. Ouais, il me dit ce soir. Et alors, qu'est-ce qui s'est passĂ© ? Ce soir, il me dit ce soir on discute et il s'en va. Et moi, je reste Ă  la maison, je fais mes valises. Je fais mes valises et je m'Ă©prime. Ah ouais ? Ouais, parce que je me dis pas… on va mĂŞme foutre dehors. Je ne sais pas. Et quand je fais mes valises, j'appelle mon copain, je lui dis, ben voilĂ , si je viens cogner. Le truc, c'est quoi ? C'est que mon copain, lui, ben… On savait ouvertement chez lui qui il Ă©tait, parce que sa maman, c'est une Italienne. Son papa Ă©tait dĂ©cĂ©dĂ© dĂ©jĂ , un Camerounais. Et sa maman, elle restait avec lui au Cameroun. Donc du coup, sa maman savait que mon fils, il est comme ça. Donc voilĂ , c'Ă©tait ça. Et moi, je lui Ă©cris, je lui dis, si tu me vois venir chez toi très tard, sache que c'est mort. Papa m'a mis dehors. Et lui m'a dit, OK, j'Ă©cris Ă  un moment. Sa maman m'a appelĂ©. Elle m'a dit, t'inquiète pas. si tu te sens en insĂ©curitĂ© tu me dis et elle s'est dĂ©placĂ©e elle a garĂ© au quartier je suis parti vers elle mon copain il Ă©tait lĂ  on a causĂ© elle m'a dit on va rester lĂ  attendre que tu nous dises que tu vas bien ou alors que on t'a mis dehors pour que tu ne fasses pas une seule seconde Dans le froid ou je ne sais pas trop quoi. Donc, ils sont restĂ©s lĂ . Et papa, il rentre aux alentours. Je ne peux pas oublier parce que c'Ă©tait une soirĂ©e assez Ă©motive et tout. Il rentre aux alentours de minuit trente. Et dans la voiture, j'ai mes deux grands-mères. Ma grand-mère maternelle et ma grand-mère paternelle. Et j'ai ma tante, sa grande-sĹ“ur Ă  lui. Et lĂ , je me dis, ouais, je suis cuit. Je suis cuit, quoi, en fait. Donc, ils arrivent. Parce que, oui, tu te disais, pour qu'il y ait autant de monde, c'est pour annoncer quelque chose de tragique. Oui, effectivement. Ce sont des femmes assez importantes dans ma vie. Maman, elle est en France. Et il faut tout de mĂŞme que je dise que j'avais dĂ©jĂ  balancĂ© un truc comme ça en classe de troisième. J'avais quoi ? 16 ans je lui ai balancĂ© comme ça j'ai l'impression que j'aime les hommes elle m'a dit non ça va te passer t'inquiète c'est juste la pubertĂ© qui te dĂ©range et tout Oui, pendant tout ce premier coming out. Non, du coup, lĂ , tu parles d'un premier coming out auprès de ta mère. Le deuxième que tu es en train de nous raconter, c'est avec ton père, tandis que ta mère est en France, c'est ça ? Oui. Donc, elle l'avait pris comme ça. Elle s'est dit, non, c'est sa pĂ©riode pubère. Il ne sait pas trop ce qu'il raconte le mec. Donc, du coup, quand on lui a dit… Alors attends, pour que je comprenne, donc lĂ , t'as ton père et d'autres membres de ta famille qui arrivent Ă  minuit trente, qu'est-ce qu'ils t'ont dit ? Alors ils s'asseillent, on me convoque, parce que j'appelle ça comme ça, on me convoque, on me dit, prends place. Et papa, il prend la parole, parce que c'est lĂ  oĂą je me rends compte qu'elles sont lĂ , mais elles ne savent pas trop pourquoi elles sont lĂ . Papa leur a dit, venez, il y a une situation grave Ă  la maison, donc venez. Ça concerne votre petit-fils et neveu prĂ©fĂ©rĂ©, donc venez. Donc elles arrivent, et il leur annonce Et ma grand-mère maternelle a eu une rĂ©action qui jusqu'Ă  aujourd'hui me fait sourire. Parce qu'elle dit, ah, enfin il a dit. Et lĂ  je fais, oh. Elle le savait depuis toujours. Et mĂŞme mon père et les autres la regardent en mode, qu'est-ce qu'elle raconte celle-lĂ  ? Et lĂ , elle leur dit, vous savez, j'ai fait 19 enfants et je connais mes enfants, je connais leur maladie, je connais, je connais. Et lui particulièrement, dès le bas âge, j'ai su qu'il Ă©tait particulier. On le trissait. Sous-entendu malade ? Oui. Non, elle disait… En fait, elle Ă©tait en train d'expliquer une façon de dire qu'elle connaĂ®t ses enfants et ses petits-enfants au bout des doigts, en fait. Du genre… Il suffit qu'elle te regarde et elle se dit « Non, lui… » Elle raconte qu'elle l'a suspectĂ©e parce que moi, tout petit, je n'Ă©tais pas Ă  l'aise rasĂ©e. J'aimais avoir des rastas, des tresses, des nattes. J'aimais bien ça. Je ne me maquillais pas. Jusqu'Ă  aujourd'hui, je ne me maquille pas. Mais j'aimais vraiment affirmer mon petit cĂ´tĂ© fĂ©minin. Et elle s'est dit, lui, c'est quoi son problème ? C'est le premier petit-fils qui me fait ça. Et elle a commencĂ© Ă  m'observer. en grandissant et tout. Et elle a dit qu'elle connaĂ®t mĂŞme mon copain. Et lĂ , je suis tombĂ© des nues parce que je me dis, je ne l'ai jamais prĂ©sentĂ©. Oui, je l'ai invitĂ© Ă  nos cĂ©rĂ©monies, Ă  nos soirĂ©es familiales et autres. Et elle a dit, oui, je les ai regardĂ©s, je les ai observĂ©s. Il a eu une relation particulière avec ce garçon-lĂ . Elle a donnĂ© son nom. Elle est intelligente. Et lĂ , j'ai eu… J'ai vraiment eu la chair de poule. Je me suis dit, wow ! J'Ă©tais tout glacĂ©. T'as eu l'impression qu'elle Ă©tait soutenante ? Ou qu'elle avait quelle Ă©nergie le moment oĂą elle dit tout ça ? Elle Ă©tait soutenante. Parce qu'Ă  la fin de son discours, elle dit Ă  mon père, je suis d'accord que c'est mal, mais si tu veux pas de lui, moi je l'amène Ă  la maison. Parce que je sais pas ce que vous allez faire de lui. Et lĂ , ma cramĂ©e paternelle, elle dit, ok. Moi, je vais essayer de faire une chose. Quitte Ă  ce que ça ne fonctionne pas, il faut que j'essaie. Elle m'a dit, je vais te mettre en contact avec un prĂŞtre, tu vas parler avec lui, vous allez causer, et au bout de quoi, tu vas me dire la dĂ©cision que tu auras prise. Ou tu arrĂŞtes, ou tu continues. Et ma tante, elle a laissĂ© bouche bĂ©e, elle n'a rien dit. Elle n'a rien dit… Elle s'est tournĂ©e vers mon père et elle lui a demandĂ©, c'est notre fils ? C'est ton fils ? Puis j'ai prĂ©fĂ©rĂ©, moi je l'appelle mon cĹ“ur. Et qu'est-ce que tu vas faire de lui ? Il est lĂ , on sait, tu viens de nous dire quelque chose d'assez grave et tout. C'est quoi la suite ? Et mon père lui, il dit, j'ai pris deux semaines de rĂ©flexion, je l'ai observĂ© de loin. je me suis demandĂ© oĂą est-ce que j'ai ratĂ© son Ă©ducation, pourquoi lui, pourquoi pas un autre de mes enfants, mais pourquoi lui particulièrement, lui que je vais faire, il est mon hĂ©ritier, si je meurs, c'est lui qui sera le chef de ma famille, mais pourquoi lui en fait ? Et du coup, il dit, mais ben voilĂ , Je ne peux pas faire autrement, c'est mon fils. Je n'accepte pas, mais je l'accepte, lui. Et du coup, je viens de suivre ta grand-mère me dire qu'elle connaĂ®t ton petit copain, mĂŞme comme tu ne l'as pas prĂ©sentĂ© officiellement. Je veux voir ce garçon. Si tu veux que j'accepte que tu continues dans cette histoire, je veux connaĂ®tre tous les garçons avec qui tu as eu des rapports sexuels depuis que tu as commencĂ© cette histoire. Je veux les voir, je veux les rencontrer, je veux causer avec eux. Il faut que je sache que tu es en sĂ©curitĂ©. Que si jamais il t'arrive quelque chose, que je sache oĂą j'irai frapper Ă  la porte. Tu t'es senti comment quand il a dit ça ? Je me suis senti soulagĂ©. soulagĂ© pourquoi parce que je m'Ă©tais fait tout un scĂ©nario parce que quand on me demande de m'asseoir je me suis assis dans un endroit oĂą si jamais je les vois sortir des macra pour mon père plier le poing j'allais prendre la poutre des scampettes et autres donc du coup je me suis senti soulagĂ© et lorsqu'il me dit qu'il veut rencontrer mon copain et tout je lui ai demandĂ© s'il est prĂŞt Ă  le faire maintenant et lĂ  ils tous me regardent ah non parce qu'il est lĂ  quoi Ah ben oui, puisqu'il est avec sa maman, dehors, dans la voiture. LĂ , au quartier. Et je dis, non, il n'est pas dans la maison, mais il est dans le quartier. Je leur fais un petit topo. Ils disent, ah ben, ok, si il est lĂ , viens faire les prĂ©sentations. Et je sers. Et en me levant, ma grand-mère m'attendait. Est-ce que j'ai eu raison sur la personne ? Je dis oui. Et lĂ , il dit, ben voilĂ , je savais. Et moi, je sors, je pars rĂ©cupĂ©rer mon copain avec sa maman. Elle entre avec son vĂ©hicule dans le camp et tout. On arrive et je les prĂ©sente. Et mon père, il fait en larmes parce qu'il se dit, ben, wow. Moi, je le connaissais comme ton meilleur ami, le mec. Oui, parce qu'il dormait Ă  la maison. Je partais dormir chez lui. On Ă©tait tout le temps fort ensemble. Et moi, j'avais dit Ă  mon père que c'est mon meilleur ami. Et ces prĂ©sentations se sont bien passĂ©es ? Elles se sont bien passĂ©es parce que ça s'est terminĂ© dans la rigolade, dans les jeux. Mais on avait pour interdiction, mon copain et moi, de montrer notre… notre amour de montrer notre attirance lĂ  devant eux. Alors, il Ă©tait assis Ă  des mètres de moi et moi, j'Ă©tais assis carrĂ©ment de l'autre cĂ´tĂ© comme deux inconnus. Et mon père, il a dit, voilĂ , j'accepte ça, mais je ne veux pas et je t'interdis de t'afficher. Je ne veux pas prendre un jour que t'es parti dans un bar gay, si ça existe. Je ne veux pas que vous vous embrassiez en route. En fait, il m'a interdit ce qu'on m'interdit dĂ©jĂ  ici donc c'Ă©tait ça il m'a dit ouais je veux que je sois en sĂ©curitĂ© et tout parce que l'imaginaire homosexuel de ta grand-mère ou de ton père Il est composĂ© de quoi ? C'est-Ă -dire dans les mĂ©dias, dans les films, au théâtre, dans les livres qu'ils peuvent lire ? On en parle dans les mĂ©dias ? Parce que lĂ , il vient de mentionner Barguet. C'est donc qu'il est au courant ? Tu vois, comment il est au courant ? Alors, au courant, tout simplement, parce que comme je t'ai dit, lorsque des arnaques heurtent, il t'affiche. Il raconte ta vie, il raconte ton histoire. Dans les mĂ©dias, en fait. Ça fait un grand buzz dans le pays et tout le monde sait que… Dans le pays ? CarrĂ©ment dans le pays, parce que tout le monde juge, tout le monde dit que ce sont des satans, ce sont des dĂ©mons. Dans tout le monde, tout le Cameroun est au courant. Parce que, ben voilĂ , ça part sur Facebook, sur Twitter pour certains et autres. T'as ta photo qui est exposĂ©e, t'as ta vie, entre guillemets, qu'on expose et autres. Ta grand-mère, elle est sur Facebook ? Elle a accès Ă … Elle est sur WhatsApp, mais voilĂ . Mais, crois-moi, lorsqu'il y a une histoire pareille, tellement tout le monde en parle que, ben voilĂ , tu vas voir mĂŞme des petits-enfants, hein. Moi, j'ai mes neveux Ă  qui j'ai interdit. Ils ne savent pas pourquoi parce que tout le monde aussi n'est pas au courant du bon coming out. Mais j'ai des neveux Ă  qui j'ai interdit le mot PD. Parce que c'est courant, quoi. Quand tu vois un mec… Bien sĂ»r. En France, pareil. VoilĂ , donc… Ma nièce, bien sĂ»r. Moi, je ne leur ai rien dit. Parce que ça me fait bizarre. Donc, voilĂ . Donc, ce coming out Ă  ton père, tu as 18 ans ? Ouais. Et aujourd'hui, c'est dix ans plus tard. Ça a Ă©voluĂ© comment en dix ans, ce coming out familial ? Ça a Ă©voluĂ© dans le sens oĂą je vis, je t'ai dit. Maman, elle m'a dit « Moi, je veux des petits-enfants. Tu vas faire ce que tu veux de ta vie, mais je veux des petits-enfants. Donne-moi cette joie d'ĂŞtre grand-mère de toi. Je suis la grand-mère de tes frères et soeurs, mais je veux ĂŞtre grand-mère de toi. » Alors, j'ai eu ma petite-fille en septembre dernier. Elle est toute contente. C'est la raison de sa venue au Cameroun pour ces fĂŞtes. D'ailleurs, elle est lĂ  en train de jouer avec elle. LĂ , en ce moment, tu veux dire pendant qu'on discute ? Elle habite en France, ta maman, et elle est venue… Oui, spĂ©cialement pour voir ma fille. Parce que lĂ , on enregistre, on est le 22 dĂ©cembre, on n'est pas très loin de NoĂ«l. Tu parles des fĂŞtes de NoĂ«l que vous fĂŞtez, du coup. Donc, c'est un peu… Toi, tu as fait comment pour… Donc, c'Ă©tait une sorte de mariage arrangĂ© ? Ils t'ont choisi une femme avec qui tu es mariĂ©e ? Non, je ne suis pas mariĂ©e. Je ne suis pas mariĂ©e la meuf. Je le rencontre, je suis dehors, avec des potes et des roues. Et ça charrie un peu, et tout, et tout. Ben voilĂ , toi, tu fais toujours ton BG, et tout. Ton père t'a très certainement dĂ©jĂ  rĂ©servĂ© une très belle femme de la haute sociĂ©tĂ©, et tout, et tout, et tout. Bon, je leur dis, ben non, moi, je suis un cĂ©libataire, etc., etc. Bon, après, je me mets Ă  pĂ©cho, donc, dans le bar, et autres. Et elle, elle est rĂ©ceptive. Et bizarrement, moi, je sais pas si je… Je vais le dire comme ça, que je sais pas si… Les prières de ma mère ont Ă©tĂ© entendues parce que je la drape et le mĂŞme soir, on rentre Ă  la maison et on couche une fois. Et bizarrement, je me suis demandĂ© est-ce que je vais m'en sortir, mais je me suis en sortie. J'ai rĂ©ussi Ă  le faire. Tu veux dire le rapport sexuel en lui-mĂŞme ? Oui, j'ai rĂ©ussi Ă  le faire et je l'ai fait une seconde fois. Et une troisième, je crois qu'on a eu… Moi, je comptais parce que je me demandais, mais je n'avais pas un plaisir de ça dĂ©jĂ . Il faut que je le dise, mais je le faisais parce que je me disais, il faut au moins que j'ai un plaisir sexuel de ce cĂ´tĂ©-lĂ . Il faut que je sache ce que ça fait, mais je ne l'avais pas en fait. Je ne l'ai pas eu jusqu'Ă  prĂ©sent. Je n'ai pas eu un plaisir. De plaisir sexuel avec une femme, c'est ça ? Tu ne te sens pas attirĂ© par… VoilĂ . Tu ne te sens pas bi ? VoilĂ . Donc, je l'ai fait. Et tu fais comment, en fait, pour avoir une Ă©rection ? Tu n'es pas obligĂ© de rĂ©pondre. Non, ne t'inquiète pas. Pour en avoir… Je me mets Ă  ta place. Je te pose cette question parce que je me mets Ă  ta place. Et je me dis, comment je fais pour avoir une Ă©rection, Ă©jaculer ? VoilĂ . Le problème pour moi, c'Ă©tait d'abord… En fait, le problème pour moi, pendant que je l'ai fait, les sept fois oĂą je l'ai fait, c'Ă©tait ça. Je n'arrivais pas Ă  Ă©jaculer rapidement. Mais par contre, ici, t'inquiète pas. Les meufs, plus tu mets long, plus elles disent « Wow, le mec, il est bon ! » Or, moi, j'avais un blocage parce que je n'arrivais pas. Je me disais, mais qu'est-ce que je suis en train de foutre ? Dans ma tĂŞte, je parlais Ă  moi-mĂŞme. Je me disais, mais qu'est-ce que je fais lĂ , moi, en fait ? Et après, je me disais, maintenant, la meuf, elle est dĂ©jĂ  lĂ . Je suis dedans. Il faut que je termine ce que j'ai commencĂ©. Et je me mets Ă  penser vraiment très fort je me dis je suis Ă  l'intĂ©rieur d'un mec et je le fais vraiment les yeux fermĂ©s avec ma pensĂ©e en fait c'est un peu ça ou alors parce que ça c'est la première fois les autres fois je me disais je suis dans un plan Ă  trois et il y a un mec qui est en train de nous relooker donc voilĂ  je me dis Oui, tu t'imaginais un plan Ă  trois avec un mec. Et t'as eu l'impression de pouvoir… Non, je pense que ça va ĂŞtre une question de merde. Tu t'es imaginĂ© dire non ? Dire non ? Je me suis interpellĂ© dans ma question parce que moi, je ne pourrais pas dire non Ă  ma mère. Je pense qu'elle dĂ©tient un pouvoir sur moi qui dĂ©passe l'entendement et qui pourrait me faire faire des choses très difficiles, voire violentes. Mais moi, je me demandais, toi, est-ce qu'Ă  un moment donnĂ©, tu t'es dit, je vais partir, je vais fuir, je ne vais pas avoir cet enfant pour ma mère ? Alors… Je n'ai jamais pensĂ© Ă  fuir. Moi, la question c'Ă©tait comment est-ce que j'allais le faire ? Est-ce que j'allais rĂ©ussir Ă  avoir une Ă©rection devant une fille ? Est-ce que j'allais rĂ©ussir Ă  assurer ? Et après, je me suis dit « bon ». Mais tu Ă©tais content de pouvoir faire un enfant. Tu Ă©tais content de faire un enfant. Oui, c'est ça. Or, la relation sexuelle et sa complexitĂ©, le fait de faire un enfant pour satisfaire ta mère notamment, c'Ă©tait quelque chose que tu avais envie de rĂ©aliser. Pourquoi aussi ? Parce que moi, j'adore les enfants. Je voulais en avoir. avec mon copain mais je voulais avoir mes enfants donc du coup cette première c'est un cadeau pour ma mère et moi je me dis toujours et je le lui ai dit et j'ai dit aussi Ă  mon père cette fille c'est ma fille mais c'est pas ma fille mes enfants je les aurai lorsque je serai en couple posĂ© avec mon mec et avec qui je dĂ©ciderai de comment est-ce qu'on fera nos enfants Celle-lĂ , c'est juste un cadeau. C'est un cadeau parce que j'ai transpirĂ© pour le faire. Du coup, je me dis que j'ai rĂ©ussi Ă  faire un cadeau Ă  ma mère. Elle est toute heureuse et moi, ça me fait plaisir. La petite, elle est toute mignonne. Elle est rĂ©ceptive Ă  moi. Et puis voilĂ . et puis c'est l'homonyme de ma mère parce que je lui ai donnĂ© le nom de ma mère parce que c'est tout un gros cadeau donc elle peut très bien me dire que tu ne verras pas ta fille pendant deux ans, que ça ne me dĂ©rangera pas, pas parce que je suis irresponsable mais parce que c'est son cadeau Ă  elle donc voilĂ  T'as l'impression que parce que tu as rĂ©alisĂ© cet objectif-lĂ , ça sĂ©curise aussi ta place dans la famille ? Ouais. Parce que qu'est-ce que ça… Je pourrais couper ça si jamais t'as changĂ© d'avis, mais quand on a prĂ©parĂ© cet Ă©change, tu m'as dit que ton père Ă©tait un homme politique clĂ© au Cameroun ? Ouais. Est-ce que tu es Ă  l'aise qu'on en parle ou est-ce que tu as changĂ© d'avis ? Non, allons-y, il n'y a pas de soucis. Parce que j'allais te demander, tu m'as dit que ça avait impactĂ© mĂŞme sa carrière Ă  lui. Est-ce que tu peux m'expliquer ? Alors, mon père… Tu as donnĂ© un cadeau Ă  ta mère, mais apparemment, ton père a dĂ» changer des choses suite Ă  ton coming out, si j'ai bien compris. Oui. Mon père, il n'a jamais pensĂ© Ă  s'installer dĂ©finitivement en France. Il n'a jamais pensĂ© Ă  acquĂ©rir la nationalitĂ© française. Il n'a jamais pensĂ©… Lui, vraiment, censurement, il se voyait ici, Parce qu'il faut le dire, lorsqu'il vient en France, pendant mon coming out et autres, il est en mission. Il avait une mission de trois ans lĂ -bas. Toi, tu restais au Cameroun et tes deux parents Ă©taient… Nous, les enfants, on Ă©tait ici. Et eux, ils Ă©taient au travail. Nous, on savait qu'ils sont au travail. Et puis, nous, ça ne nous dĂ©rangeait pas. On avait chauffeur, etc. Donc, ça ne nous dĂ©rangeait pas du tout. Et ils ont dĂ»… Mes mamans… C'est vrai que je parle beaucoup de mon père, Peter, parce que j'ai une relation assez particulière avec lui. Mais mĂŞme ma mère a dĂ» faire aussi… Elle a dĂ» donner aussi. Parce que c'est Ă  ce moment qu'ils se disent « bah non ». Je chamboule en fait la vie de toute la famille sans le savoir. Mais je ne comprends pas pourquoi. Parce qu'en gros, tu leur as dit qu'ils t'ont obligĂ© Ă  le garder secret. Personne ne le savait. En quoi ça a chamboulĂ© leur vie ? La vie de ton père en tant qu'homme politique ? Parce qu'Ă  ce moment, il demande Ă  s'installer dĂ©finitivement en France. Ce qu'on lui accorde. Il prend secrètement… Tu sais qu'au Cameroun, la double nationalitĂ©, elle n'est pas accordĂ©e, en fait. La loi ici… D'accord. Soit des Camerounais, soit des Ă©trangers. Il n'y a pas de binationaux chez nous. Donc, il prend secrètement la nationalitĂ© française et… Ce qui fait en sorte qu'il se dĂ©cide Ă  faire un regroupement familial. Parce qu'il se dit, il faut que lui, je le sorte du Cameroun. Et du coup… Toi, il parle de toi lĂ , en fait. Oui, c'est ça. Parce que ta vie est en danger en tant qu'homosexuel, comme tu l'as dĂ©crit avec la chasse. Lui, il faut que je le sorte du Cameroun. Du coup, il s'engage dans une procĂ©dure vraiment comme ça. Du coup, tous mes frères qui sont en France actuellement sont français. Moi, je n'ai pas pu acquĂ©rir la nationalitĂ©, tout simplement parce que j'Ă©tais majeur dĂ©jĂ . Du coup, on a Ă©vincĂ© mon nom dans la procĂ©dure. Dans la procĂ©dure. D'accord. Oui. Mais tous mes petits frères et autres, ils sont partis. Et quand il revient pour les chercher, il est tout triste. Maman, elle ne voulait pas venir parce qu'elle se disait « Elle ne va pas arriver Ă  me regarder parce que ce qu'il faisait, c'Ă©tait en fait pour moi. » Et ils n'ont pas rĂ©ussi, en fait. C'est un Ă©chec jusqu'Ă  aujourd'hui. C'est un Ă©chec pour eux parce qu'ils se disent qu'ils n'ont pas encore trouvĂ© la formule pour m'extirper d'ici, entre guillemets. Et donc, voilĂ . Mais mes frères, ils sont lĂ -bas. Donc, quand je dis que ça impacte beaucoup, c'est dans ce sens-lĂ . Aucun de nous Au grand jamais, on ne se disait qu'on allait quitter le Cameroun, qu'on allait partir s'installer en France, qu'on allait prendre une autre nationalitĂ©. Nous, nous Ă©tions lĂ . Heureusement ou malheureusement, nous faisons partie de ce qu'on appelle ici les bobos. Donc, la classe assez bourgeoise, entre guillemets. Donc, entre guillemets, les intouchables, mais… Il faut avouer que ça, c'est qualitĂ©, ça, c'est dĂ©faut. Donc, on est… Tu veux dire que c'est une Ă©lite ? Parce que les intouchables en Inde, c'est plutĂ´t un milieu social et des personnes qui sont tout en bas de l'Ă©chelle sociale. LĂ , vous Ă©tiez tout en haut, on est d'accord ? VoilĂ . Donc, voilĂ . L'Ă©lite. Tu m'as dit que ton père a dĂ» dĂ©missionner. J'ai mal compris. Oui, parce que lorsqu'on finit par dĂ©couvrir qu'il l'a, une double nationalitĂ©, on ne lui dit pas le plus possible. On ne peut pas dire qu'on va faire ça et toi, qui dois montrer l'exemple, tu fais autrement. Donc, on lui donne un choix et il me choisit. Il me choisit En tant qu'homme politique, moi j'ai des souvenirs de plusieurs hommes politiques camerounais. Dans une ancienne vie, j'ai Ă©tĂ© militant activiste LGBT dans une association. Et on travaillait avec des associations sur le terrain au Cameroun qui nous rapportaient le fait que pas mal d'hommes politiques, au gouvernement notamment, utilisaient l'homosexualitĂ© et la chasse contre les homosexuels comme programme politique, comme façon de dire… Oui, pour Ă©lever sa stature politique, pour faire… la une des mĂ©dias, de dire, voilĂ , je prends cette maladie de l'homosexualitĂ© Ă  bras le corps et je vais la faire sortir du Cameroun. Tu es en train d'acquiescer de la tĂŞte, lĂ , pour les gens qui ne nous voient pas. Est-ce que tu avais l'impression que ton père, il Ă©tait dans ces hommes politiques qui utilisaient les lois anti-gays comme… Alors, non. Alors non, il n'a jamais Ă©tĂ© dans cette sphère-lĂ , et tout, non. En fait, il n'a jamais eu des paroles du genre, ben voilĂ , non, Evan c'est ça, non. Jamais. Il ne s'est jamais vraiment retrouvĂ© face Ă  ça, jusqu'Ă  ce qu'il se rende compte qu'il a un fils. Donc du coup, il s'est assis, mon père il apprend chaque jour sur le bon sexe il aime lire comme moi donc du coup il s'informe il cherche Ă  savoir il me fait faire des tests VIH parce qu'il se dit il avait appris que les personnes qui ont plus le VIH sont des hommes donc du coup quand il a une information bonne ou mauvaise, fausse ou vraie je suis son cobaye Et vous arrivez Ă  en parler ensemble ? Oui. Il est Ă  l'Ă©coute de ce que tu as Ă  rĂ©pondre, soit des fake news qu'il ramène, soit des… Lorsque c'est un fake news, je le lui explique. Je lui dis, voilĂ , celui-ci, non, c'est pas… Le tout premier fake news, c'est celui oĂą on dit que tous les homos portent des couches. Ici, c'est rĂ©current. Waouh, ok. Est-ce que tu peux m'expliquer ? Il m'a dit, attends, c'est quoi cette histoire de porter les couches lĂ  ? Je lui dis, tu as appris quoi ? Tu as lu quoi ? Il m'a dit, voilĂ , on m'a dit que voilĂ . Tu es homo, tu es obligĂ© de mettre des couches parce que tu ne peux plus te retenir lorsque tu vas Ă  l'ocĂ©an. Parce que tu as un anus qui… En fait, ton système, il ne fonctionne plus normalement. Et moi, je lui explique clairement et posĂ©ment que non, ce n'est pas ça. En fait, on en parle et il comprend. Il comprend et il me dit « Ah, ok, d'accord. »