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Est-ce que tu m'entends bien ? Très bien, moi, je t'entends. Génial. Est-ce que tu as des idées comment tu voulais t'appeler ? On peut aller sur mon prénom ou, je ne sais pas, mon éventail nôtre. Peut-être Daniel, je ne sais pas. J'aime bien Daniel. Ça marche. Est-ce que tu peux me décrire où est-ce que tu es là ? Alors, actuellement, je suis dans ma chambre. Actuellement, je suis dans ma chambre. Dans quelle ville ?
Je suis dans la ville de Yaoundé, la capitale politique du Cameroun. Ça marche. Comment on s'est connecté, toi et moi ? Comment tu as découvert le podcast ? Tu te souviens ?
Alors, le podcast, j'étais là. Ça, sincèrement, je m'ennuyais pendant une pause au boulot et je me suis dit, j'entends souvent parler des podcasts et autres. J'ai bien envie d'avoir s'il y a un podcast qui existe sur la sexualité homo. En fait, je voulais savoir ce qui était déjà un podcast et tout.
Et donc voilà, comment j'ai tapé sur Google, voilà, podcast. Ça t'a fait quoi du coup d'écouter ? Qu'est-ce que t'en penses ?
Parce que tu vois, c'est quand même une série de témoignages d'hommes gays ou queers français. Il y en a un peu partout en France. Il y a quand même plus de Parisiens, j'imagine. Toi, par rapport à ta réalité camerounaise, qu'est-ce que tu en penses ? Par rapport à ma réalité, je me suis dit qu'ils sont chanceux, les mecs.
Ils sont chanceux, pourquoi ? Parce que, ben voilà. C'est vrai aussi qu'il y a des histoires où tu te dis, ben, wow, j'arrive pas à croire qu'eux aussi, ils ont ce genre de problème, du genre, ben voilà, ils sont aussi…
stigmatisés entre guillemets parce qu'ils sont en campagne ou alors parce qu'ils ont honte de le dire parce que la famille aura son mot à dire je me suis dit c'est vrai que par rapport à moi parce que dans ma situation ici c'est plus violent
Je ne sais pas, c'est plus violent dans le sens où tu peux te faire, c'est vrai que même en France aussi je crois, je peux te faire chasser de chez toi, je peux te faire battre vraiment très violemment.
Nous, on n'a pas de, comment je peux dire ça, de maison pour te faire extirper l'homosexualité, non. Ici, chez nous, pour t'extirper cela, j'y arrive, c'est à travers la violence. On s'est dit, ben voilà, on va le battre, on va le matraquer et autres. Peut-être cette douleur-là, François, il ne va plus penser à ça.
Parce que toi, tu m'as envoyé un message que j'ai trouvé assez frappant. Tu me disais, je viens d'écouter l'épisode en public et ça m'a vachement ému. Pourquoi cette émotion ? Qu'est-ce qui t'est émouvé ? Parce que, déjà...
savoir qu'il y a plein de personnes qui peuvent se rencontrer, se retrouver, et se dire, lui aussi, il est comme moi, il est comme moi. Ici, trouver un regroupement comme ça,
Genre, ouvertement, ce n'est pas faisable, en fait. Là, je me suis dit, je fais une émission en plus où il y a des gens qui viennent volontairement. Genre, on ne les a pas forcés, mais ils sont là parce qu'ils veulent dire quelque chose, ils veulent raconter leur vécu.
Mais volontairement, je me suis dit, je me suis assis et je me suis dit, putain, c'est vraiment chanceux. Ils sont chanceux et j'aimerais bien pouvoir faire comme eux aussi. Donc, c'est ça, en fait, qui m'a le plus touché. Tu as quel âge, toi ? Alors, j'ai 29 ans. Le 25 janvier, j'en aurais 30.
Ok, dans quelques semaines, t'en as 30. Et toi, tu te considères gay, homosexuel ou tu dirais quoi ? C'est quoi le terme qui te va ? Je suis gay homosexuel. Ouais ? Et ce que j'entends, c'est que toi, à Yaoundé, tu parlais de regroupement. Il n'y a pas d'endroit où tu peux rencontrer d'autres hommes gays. C'est ça que je comprends ?
Sachant que c'est un délit punissable de 5 ans de prison, c'est ça ? Oui, effectivement. Alors, il y a des endroits, ça c'est exit, mais ce n'est pas sécurisé.
dans le sens où, parlant du yaoundé, par exemple, il y avait deux boîtes, deux boîtes vraiment où on savait que, ouais, quand tu y vas, que tu vas voir, tout le monde que tu rencontreras dans cette boîte, il faudra savoir que, ben voilà, soit ils sont bi, soit ils sont gays, voilà. Il y avait une autre où la spécialité, c'était de rencontrer des trans. Hum hum.
des trans vraiment habillés en femme, maquillés et tout. Donc, j'ai fait les deux. Ça existe encore aujourd'hui, ça ?
Celle des trans, non. Parce que malheureusement, il y a une qui avait été au sorti de là le lendemain. Ils avaient passé une soirée au sorti de là. Elle a été attrapée par les riverains et on l'a brûlée. Du coup, ça a fermé en fait. D'accord. Et puis, la seconde, elle est devenue...
Pas très sécurisé parce que tu as des gens qui vont pour arnaquer les gens, pour le tendre des embuscades. Du genre, ils sont là, vous pensez que ce sont des gays ou des bis. Vous passez très bien la soirée, vous achetez, vous picolez autre. Et une fois rentré ou alors en cours de chemin de retour, il t'agresse. Ça, ça t'est arrivé personnellement ?
Personnellement, non. Jamais. Et je me dis toujours que je suis chanceux parce que je n'ai jamais eu de problème de ce genre. Je n'ai jamais été arnaqué. Je n'ai vraiment jamais eu de problème. Mais c'est arrivé dans ton entourage ? Ouais. En fait, ce que j'essaie de comprendre, c'est que c'est rare. Tu vois, rarement, tu as entendu parler d'un cas où c'est assez fréquent dans ton entourage ?
Depuis deux ans. Dans mon entourage, depuis deux ans, c'est assez fréquent. Parce que, je ne sais pas, mais j'ai comme une impression qu'il y a une chasse aux sorcières qui a été organisée. Donc, du coup, je m'entends des embuscades, des agressions et autres. Mais avant, ce n'était pas trop ça. C'était très rarement. Et il y a une personne...
Ici, qu'on connaît, je ne me rappelle pas très bien du prénom, je ne sais pas. Il y a une personne qu'on reconnaît comme chasseur de mots, en fait. Ayaoundé, dans ton quartier ? Non, pas dans mon quartier, mais Ayaoundé, lui, il est avec certains mecs qu'il paie. Et du genre, ce sont des gens qui te font la cour et tout, et tout, et tout. En fait, il tapote.
Et une fois que tu tombes dans le piège, ben voilà, ils t'agressent. Tu te retrouves encerclé par un petit mec qui te tabasse, qui te font du chantage, qui t'escroque, qui appelle tes parents et ils disent ben voilà, si vous ne nous envoyez pas telle somme d'argent, ben voilà, on dévoile ta sexualité et tout. Parce qu'il faut savoir aussi qu'avoir un membre de ta famille qui est homo, c'est pas vraiment ça. C'est très honteux.
Du coup, ils savent qu'avec la menace, les parents ou alors la famille seront obligés de payer. Toi, tu me dis... Vas-y, vas-y.
Et quand on ne paye pas, on t'expose. Une fois qu'on t'a exposé, tout le monde sait que lui est homo. Toi, tu me disais ce matin, quand on s'est échangé des textos, tu me disais que tu avais pensé à notre entretien toute la nuit. Qu'est-ce qui se passait dans ta tête ? Tu avais de l'inquiétude ? Qu'est-ce qui s'est passé ?
Inquiétude par rapport à la connexion Internet, ouais. Mais pas une inquiétude profonde par rapport à ce que nous sommes en train de faire. Juste que je me suis dit, je vais vraiment le faire. Je vais m'asseoir, je vais raconter
Pour la première fois, je vais aller faire à une personne qui a 6 000 kilomètres de moi et je vais me faire écouter par d'autres personnes qui ne me connaissent pas. Je me suis demandé qu'est-ce que ça fera, ça aura quel impact pour moi, pour eux ?
Donc, c'est tout ça qui trottait dans ma tête. Je me demandais, qu'est-ce qui va arriver après ? Oui, je vais le faire, ça c'est sûr, je ne doute pas. Mais après, ce sera quoi en fait ? On en a parlé ensemble parce que moi, je voulais bien valider que ta sécurité était assurée. Pourquoi tu as dit oui ? Pourquoi tu as décidé de témoigner sur le podcast de ton cheminement ?
Alors, parce que j'ai parcouru un peu rapidement le fil d'actualité de ton podcast, et puis je me suis dit, il n'y a que des témoignages des Français de France. C'est vrai qu'il y a deux jours, je ne l'ai pas encore écouté ça, parce que j'ai eu une semaine vraiment un peu surchargée, ce sont les fêtes, maman est là, et puis voilà, les courses et autres.
J'ai vu un témoignage, je ne sais pas s'il est déjà français, mais d'un Algérien. Je vais l'écouter, vraiment. Sur le podcast, tu veux dire ? Oui, sur le podcast, parce que j'ai reçu la notification.
Mais ça, c'est un enjeu un peu éditorial. Tu te dis, je trouve ça chouette qu'il y ait des voix camerounaises. C'est mon cas. Mais là, il y a un retentissement beaucoup plus intime pour toi de choisir de témoigner. Comme tu le dis pour la première fois, pourquoi tu te sens prêt ? Pourquoi c'est important ou joyeux pour toi de témoigner ?
C'est important déjà parce que j'ai personne avec qui souvent parler. Et j'ai bien envie de raconter ma vie, mon vécu en tant que gay. Et je me dis qu'en le racontant, peut-être je vais me dégager d'un petit poids que j'ai.
dont je ne me rends pas compte parce que c'est vrai, moi je t'ai dit, j'ai fait mon coming out et autres. Papa, il n'est pas, il n'accepte pas vraiment, mais voilà, il fait avec.
Et je me suis dit, je vais me raconter, je vais voir l'impact que ça aura déjà dans ma vie personnellement, je vais voir l'impact que ça aura pour ceux qui vont m'écouter, et je verrai jusqu'où ça va m'amener en fait, parce que je me suis dit, j'ai vécu, j'ai 29 ans, moi je sais que je suis gay depuis que je suis en classe du CE2,
Ouais, donc j'ai 29 ans actuellement et je me suis toujours entre guillemets affirmé. Tu peux m'amener dans ton quotidien ? Comment tu nous as décrit une situation très difficile, très suffocante où en fait c'est dangereux d'être... Il y a Grindr à Yaoundé, tu m'as dit ?
Et d'autres actes de rencontre. Il y a Tinder, il y a Planète Romeo. Et ça, c'est assez dangereux. C'est même très dangereux parce que tu peux avoir un arnaqueur, etc. Donc, tu décris ça. Est-ce que tu peux me décrire ton quotidien de gay à 29 ans ?
Par exemple, moi, je suis en relation, j'ai un copain, je peux avoir des rapports sexuels avec lui ou avec d'autres personnes que je rencontre, par exemple, soit dans un barguet ici à Paris, soit au travers d'une association, ou bien je peux rencontrer via Grindr et je vais prendre un café dans un café. J'essaie d'être très spécifique. Et toi ?
Est-ce que tu as la possibilité d'être gay ? Tu vois ce que je veux dire ? Ma question est un peu bizarre. Oui, je comprends. Tu es gay quand ? Alors déjà, il faut savoir que je suis à deux ans sans interaction homosexuelle. Quand je dis interaction, c'est du genre, ça fait deux ans, je ne me suis pas retrouvé dans un endroit avec un homo...
pour prendre un café, pour s'amuser, pour s'envoyer en l'air. Deux ans, pourquoi ? Parce que voilà, moi je t'ai dit tout à l'heure que depuis que je suis au CE2, je suis sacrifié. Et en classe de 5 ans, j'étais au petit séminaire, je voulais bien être prêtre. Donc voilà, j'étais au petit séminaire et j'ai rencontré mon premier petit copain avec qui j'ai fait 7 ans de relation.
Je suis plus porté dans ça, dans une vie relationnelle, dans une vie de couple. J'ai fait sept ans avec lui. Il est parti s'installer en Italie. D'ailleurs, il s'est déjà marié. J'ai été témoin de son mariage. Après ça, je me suis remis en couple avec un autre mec qui est déjà aussi installé en France.
Et après ça, je me suis embourbée dans des histoires où j'avais toujours le cœur brisé. Du coup, depuis deux ans, je me suis dit, il faut que j'arrête un peu. Parce que moi, je préfère être en couple.
D'accord. Donc, depuis deux ans, tu ne fais plus de rencontres parce que tu as le cœur brisé. C'est ça que j'entends. Tu te dis ça ne mène à rien. Ça ne te va pas. Je ne comprends pas. Je veux bien comprendre ces hommes que tu arrives quand même à rencontrer. Parce que si tu es en relation, si tu as eu plusieurs relations, c'est que tu arrives à rencontrer des hommes. C'est que tu prends le risque d'aller sur les apps de rencontre ou dans les barguets où il y a des raids. Tu me disais. Tu prends ce risque-là. C'est comme ça que tu les rencontres ?
Non, je n'ai jamais installé une application de rencontre dans mon téléphone. Jusqu'à présent, jamais. Le premier, comme je t'ai dit, on était au petit séminaire ensemble. C'était facile. Et à travers lui, j'ai rencontré ses amis.
Et derrière ses amis, j'ai rencontré d'autres. Du coup, j'ai eu mon petit cercle, entre guillemets, comme ça. Donc, j'ai un téléphone fourni en numéro de personnes que j'ai vues physiquement, que je sais qu'elles sont gay. Donc, après lui, pour me mettre en relation, j'ai pris contact avec un de ses amis.
À lui, à lui, qui m'a dit, bah ouais, j'ai un mec, vraiment, il est aussi assez sérieux, il veut aussi se mettre en couple et tout, et tout, et tout. Donc, c'est entre gays, on se fait confiance et on se partage des infos, etc. Tu me disais tout à l'heure que tu étais content de faire ce podcast aussi parce que tu te sentais assez isolé, que tu n'avais personne avec qui en parler ?
Et là, tu me dis qu'il y a quand même un peu un cercle. Explique-moi. Alors, quand je dis que je n'ai personne avec qui le faire, c'est que je fais partie de la catégorie qu'on appelle ici au Cameroun un homo qui s'assume, qui sait qu'il est homo, qui ne peut rien y faire, il ne peut rien changer. Par contre, eux, ils sont ce qu'on appelle ici des discrets.
Ils le sont. Ils ne veulent pas que ça se sache. Alors, ils se cachent derrière une supposée vie hétérosexuelle. Donc, du coup, on ne va pas s'asseoir ensemble. En fait, on n'aura pas la même conversation parce que des gens n'ont pas la même vision de ce qu'est être homo. Ce qu'est être homo, mais non. Du coup, j'ai plus d'interactions avec des gens à l'étranger.
en France, en Belgique, aux États-Unis, en Afrique du Sud, en Algérie. Oui, donc ce carnet de contacts dont ton téléphone fournit, c'est des gens discrets, c'est-à-dire qu'ils considèrent l'homosexualité comme un problème ou comme quelque chose qu'ils ne veulent pas assumer. C'est ça que je comprends. Et donc, tu ne peux pas avoir d'échange avec eux.
parfois quand on est ensemble
ils me disent « attention, fais pas ci, fais pas ça, fais pas ci, les gens vont nous regarder, non, non, ne te comporte pas comme ça, non, ne dis pas ci ». En fait, c'est beaucoup de restrictions avec eux. Après, moi, je les comprends, je les comprends, c'est normal, c'est clair. Ils sont toujours en train de me dire « toi, t'es touchant dessus parce que tes parents, ils vivent en France et autres, donc potentiellement, tu vas t'en aller ». Mais nous, on est là.
on va travailler là on va rester là et du coup c'est plus c'est plus si on fait comme toi on sera en insécurité
Raconte-moi ce passage dans cette catégorie des homos assumés. Je comprends que tu as décidé de faire un coming out à tes parents, à ta famille, c'est ça ? J'ai entendu que tu vis là, dans la maison familiale. Quel a été le déclic pour toi de le dire à tes parents ? Parce que j'ai l'impression que tu es un des rares... Enfin, un des rares, non, c'est une généralisation.
C'est trop hâtif, mais tu as beaucoup de gens comme toi qui ont décidé de faire un coming out à leurs parents ? Non. Bon, sur les deux que je connais, ce que je vais dire, ils ont fait un coming out, c'est un coming out forci. Soit on les a attrapés en pleine Iba, soit les réseaux sociaux.
Et les réseaux sociaux, c'est-à-dire, ils ont posté une photo d'eux un peu trop proche ? Non, on les a entre guillemets postés.
Ah, on a pris une cape-écran d'une discussion, c'est ça ? Oui, d'une conversation, on a pris leur nude et autre, on a balancé. Leur quoi, pardon ? Ah, les nudes, les photos nues. Ouais. Ouais, donc c'est cette chasse à l'homme dont tu parlais tout à l'heure, ouais. Bon, après, j'imagine que tu connais pas tous les homosexuels out à leur famille de Yaoundé, n'est-ce pas ?
Effectivement. En tout cas, toi, tu as décidé de le faire. C'est quoi ce coming out ? C'est quoi ton déclic ? Pourquoi tu t'es dit, allez, j'y vais ? Alors, j'étais toujours avec mon premier mec. Parce que je crois que j'étais aussi... J'ai une fille récemment. Et j'étais là et...
Papa était au Cameroun. Voilà. Un de ses amis, il est arrivé avec... Il avait trois filles. Il a trois filles. Et elles sont toutes belles. Il faut l'avouer. Ce sont des très belles filles. Et papa, il me dit, ben voilà, t'as qu'à décider que tu vas épouser une. Et comme c'est mon amie, on se fera un très beau mariage. Vous aurez de très beaux enfants et autres. Et j'ai souri. Je me suis levé. Je suis rentré dans ma chambre.
J'ai réfléchi. J'ai appelé mon copain, je lui ai raconté la scène. Parce que là, moi, je te fais juste un bref de ce que papa a dit. En fait, c'était très... Enfin, moi, j'ai ressenti cela violemment. Parce que c'était devant tout le monde et autres. Et moi, je me suis dit, pourquoi ? Tu avais quel âge à ce moment-là ? Cette discussion, tu avais quel âge ?
Alors, j'ai eu le bac à 19 ans. J'avais très exactement 18 ans. OK. Et là, donc, tu as 18 ans. Ta famille habite entre la France et le Cameroun. C'est ça que je comprends. Là, ton père est à ce moment-là au Cameroun. Et devant tout le monde, t'invites à te marier avec une femme. Ouais. C'est ça. Et toi, ce que t'as trouvé de violent, c'est que ça... Est-ce qu'il y avait un sous-entendu où tu penses qu'il savait ?
Justement je me suis dit quelque part il sait et il se dit si je ne le marie pas je vais le perdre lui le garçon et il faut l'avouer tout le monde le sait ici je suis son enfant préféré.
Donc, voilà, je me suis dit, il s'est dit, moi, je vais le perdre si je ne le marie pas. Du coup, j'ai ressenti vraiment, ça m'a fait beaucoup de mal. J'ai été triste pendant deux jours parce que je me disais, je suis en train de le décevoir parce que je savais que je ne pouvais pas épouser une meuf.
Bon, c'est vrai que je ne crois pas personnellement au mariage en général, mais je ne vois pas en train de finir ma vie avec une meuf et autre. Du coup, ça m'a fait un choc. J'ai appelé mon copain, je l'ai lui expliqué. Il m'a dit, passe à la maison, on va en parler. Je suis parti, on en a en parlé. Il m'a demandé, maintenant tu vas faire quoi ? Parce que là, il est évident qu'il t'a tendu une perche. Il veut voir ta réaction.
Je t'avoue que lorsque je quittais le chez-lui, je n'avais pas de réponse. Mais lorsque je suis arrivé à la maison chez moi ce soir, parce que mon père était un octobule et insomniaque, un peu comme moi, j'ai appelé mon père au salon et je lui ai dit « il faut que je te parle, il faut que je te dise quelque chose ». Il m'a dit « ok, d'accord, il n'y a pas de souci ». Du coup, il m'a dit « on va attendre que tout le monde se couche et on va se faire notre séance ciné comme chaque soir ».
Et là, je lui dis « ben voilà, papa ». Je ne sais pas, moi je te promets, jusqu'à aujourd'hui, quand je lui dis, je me dis « et si jamais à ce moment-là, mon père me frappait ou je ne sais pas, ou me poignardait ou je ne sais pas ». Tu avais peur de ça ? Tu avais peur de sa réaction ? Non, promis, je n'ai pensé à rien. Je me suis assis, je lui ai dit « ben voilà, il faut que je te parle ». Il m'a dit « ok, on va le faire ».
Et lorsque le moment arrivait, il m'a dit « ok, je t'écoute, qu'est-ce que tu voulais me dire tout à l'heure ? » Je lui ai dit « ben voilà papa, j'aime les hommes ». Il s'est assis, il m'a regardé, il s'est levé et là, je crois que j'ai fermé les yeux, je me suis dit « ça y est, c'est fini pour moi, je vais me réveiller à l'hôpital ».
Or, il se levait pour prendre sa bouteille, une bouteille de whisky, parce que dans l'armoire, il a pris une bouteille de whisky, il a pris deux verres, il m'en a donné un, il a pris un. Et là, il a pris un verre de whisky vraiment plein, cussé. Et il m'a posé la question, qu'est-ce que tu viens de me dire ? Et moi, j'ai répété ce que je venais de dire, mais plus avec la même assurance. Parce qu'il faut avouer qu'à ce moment-là, je me suis dit, bah...
que je viens de faire connerie, moi. Mais je l'ai dit. Il m'a dit, comment ça, tu aimes les hommes ? Je lui ai dit, bah, j'aime les hommes comme toi, tu aimes maman. Ah, j'ai perdu Daniel. Mais au pire des moments, quoi. Ah...