Gitan et gay : mon père fait son coming out avant moi – Stévy 1/3

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Partie 1 sur 3 – Stévy raconte son parcours de jeune homme gay dans une famille gitane du sud de la France, entre attachement aux traditions, rejet des normes étouffantes et absence totale de modèles. Il revient sur le coming out de son père, la peur constante, les insultes, les menaces, l’incendie de la maison familiale, mais aussi le geste fort de la star hétéro du village qui l’embrasse publiquement pour le protéger.

Merci à Lana pour son aide logistique précieuse. Le site de son association LGBT Adephe·s pour Montélimar et ses alentours : https://www.helloasso.com/associations/adelphe-s-d-ardeche-et-de-drome

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Est-ce que ça te va si on se lance ? Oui. Stevie, bienvenue sur le podcast. Bonjour. On enregistre à Montélimar, dans le sud de la France. J'ai sauté dans un train très tôt ce matin. Je fais l'aller-retour dans la journée de Paris où j'habite, grâce à Lana. qui lance une asso LGBT ici à Montélimar et dans les alentours. Elle a été notre sauveuse, elle nous a trouvé une petite salle. Alors dans cette petite salle, il y a peu d'objets, donc il y a un énorme écho. Donc les auditeurs et les auditrices vont peut-être entendre ça, mais on est trop bien. Mais j'aime bien comme ça dire où on est de façon sonore, tu vois. Oui, bien sûr. Stevie, tu as 28 ans, tu es cuisinier saisonnier, la saison commence la semaine prochaine, alors c'était maintenant ou jamais, c'est pour ça qu'on fait l'enregistrement maintenant. C'est vrai, précipité. Ton témoignage est rare, tu as grandi dans une famille gitane dans l'Hérault, dans le sud de la France. Tu vas nous raconter ton chemin de gay dans la culture gitane, spoiler, c'est dur, et la violence que tu vis va t'attacher les ailes. Les préjugés sur les gitans ou les gens du voyage sont répandus ? Toi, tu vas nous raconter tes nuances et tu es partagé, attaché à plein de belles valeurs et traditions gitanes, mais en rejet d'une autre part qui étouffe et casse. Tu as 14 ou 15 ans quand ton papa, lui aussi gitan, quitte ta maman et fait son coming out. Tu vas nous raconter comment ça a influencé ton chemin ? tes premières fois dans des voitures, comment tu passes à un moment donné au plan sexe rémunéré pendant un an et demi, ta dernière relation toxique et violente qui te détruit. Et aujourd'hui, tu te sens bloqué sexuellement, intimement, tu te reconstruis doucement pour retrouver le chemin de la tendresse, de la douceur et de l'amour. Est-ce que tu veux réagir ? Ou est-ce qu'on se lance ? Je voulais te proposer de tirer une question au hasard en me donnant un chiffre entre 2 et 110. Par rapport aux relations toxiques ? Non, je voulais dire, est-ce que tu as envie de réagir sur l'intro ? Ah non. Non ? Non. Elle est très bien, elle résume très bien ce que… Ce que j'ai vécu. Top. Tu choisis un chiffre entre 2 et 110. 90. Alors, en gros, j'ai une liste de questions. Donc, j'en ai 110, un peu plus. Et la 90, elle te demande, de 0 à 100, tu te sens comment là, tout de suite, et pourquoi ? 70%. Enfin, 70. OK. Et pourquoi ? Parce qu'il y a toujours une part de… De pudeur, mais en même temps j'ai envie de transgresser cette pudeur et j'ai envie de me lancer, de raconter mon histoire, donc je suis prêt, je suis partant. Quel a été le déclic pour toi pour proposer ton histoire justement ? De mon vécu et puis si ça peut éventuellement aider, que ce soit dans ma communauté ou d'autres personnes qui n'en font pas partie. Moi, je sais que je n'ai jamais eu de référence à l'époque parce que les réseaux, ça n'existait pas. Ou du moins pas assez, et ça a été compliqué pour moi, donc si quelqu'un peut se retrouver dans mon histoire, je suis content. Tu parles de ta communauté, est-ce que tu veux m'en parler ? C'est quoi ta communauté ? Déjà d'une part la communauté LGBT, mais… Moi étant racisé gitan, portugais, qui aussi, à mes lieux, c'est assez fermé. Je sais qu'il y en a plein de gitans qui sont refoulés ou alors qu'ils se forcent à ne pas être eux-mêmes. Donc, si ça peut aider. Et du coup, ça veut dire quoi être gitan pour toi ? Être gitan, c'est… C'est une culture. C'est une culture. Tu n'as pas le choix de l'être. Donc, c'est compliqué à expliquer. Être gitan, c'est vraiment, oui, une culture et… Dans certains cas, un mode de vie et des obligations. Donne-moi des exemples. Imagine que je n'y connais strictement rien. Là, tu parles à quelqu'un qui n'a aucune idée. Et si on essayait d'illustrer un peu, c'est quoi, par exemple, tu parlais d'obligations, c'est quoi les obligations quand tu es gitan ? Selon toi, c'est ton opinion et ton chemin. D'être respectueux. déjà de part, vis-à-vis de sa famille, d'être respectueux avec les femmes, si tu es hétéro, de ne pas faire de bêtises, ils appellent ça des bêtises, mais sexuelles. Hors mariage, il faut se marier très jeune, et même dans le processus du mariage, il y a plein de choses que moi je… Je n'accepte pas. Par exemple ? Chez des familles gitanes un petit peu radicales qui continuent la culture et la façon de faire. Par exemple, pour les femmes, je peux parler uniquement pour les femmes, bien sûr. Le rituel du mouchoir, c'est un peu archaïque, c'est assez violent. Tu me l'expliques ? Oui, bien sûr. En gros, il y a les femmes de la famille, donc les grands-mères, il n'y a que des femmes par contre, ils prennent la jeune mariée et il faut vérifier qu'elle soit vierge. Donc ils prennent un mouchoir, souvent brodé au nom de la jeune future mariée, et elle s'enferme dans une pièce et il y a une femme qui prend le mouchoir, qui l'entoure autour de ses doigts et qui la met dans le vagin de la fille. comme si on l'a déflorée, qu'on cassait l'hymen. Et si le mouchoir, il ressort entaché, c'est qu'elle est pure. Et dans ce cas-là, elle rentre dans l'autre pièce où il y a tous les hommes, et surtout le mari, et ils étalent le mouchoir comme si c'est bon, elle est pure, elle est vieille. Et si ce n'est pas le cas, je suis désolé du mot, mais c'est une salope et le mariage ne se fait pas. Ça, c'est une tradition que tu as vue se réaliser dans ta communauté ? Je ne l'ai pas vu. Moi, je n'étais pas présent parce que je n'ai jamais été dans ce… C'est trop violent pour moi. Mais mon père, ma grand-mère et mes oncles l'ont vu faire. Et c'est pas normal pour moi. Tu dirais que ça a encore cours aujourd'hui ? Ah oui, bien sûr. Pas dans toutes les familles, mais dans des familles qui sont restées dans des traditions anciennes, oui, bien sûr. Il y en a beaucoup plus qu'on le croit. Et… C'est quoi, nous on a illustré un point négatif, est-ce qu'on peut illustrer avec des points positifs ? Qu'est-ce que tu as envie de garder dans ta vie en tant que gitan ? D'exemples, de la culture, de tradition, c'est quoi les aspects qui t'inspirent ? Ce qui m'inspire c'est le sens de la famille. Ils seront toujours là, dans les bons comme dans les mauvais moments. Surtout dans les mauvais moments, ils seront là et ils t'apportent aussi une hygiène de vie qui fait que tu ne traînes pas tu peux pas trop sortir et faire des choses qui sont pas bien comme je donnais des exemples pour les jeunes d'aujourd'hui qui sont à peu près de mon âge vendre des trucs illicites ou être trop violent et je sais que les anciens étaient assez francs là-dessus et puis il y a les valeurs de respecter la femme respecter la femme, ne pas coucher, ne pas avoir de relations sexuelles avant le mariage. Ça, c'est des choses qui t'inspirent ? Oui, oui. La surconsommation, c'est… Et moi, j'aime beaucoup cette idée-là de vraiment draguiller, de… Pas draguiller, mais plutôt de… Je sais pas comment on disait à l'époque… D'honorer une femme, de l'amener à sortir, mais tout avec le respect, sans la toucher, sans vraiment la conquérir. Ça, c'est des choses que tu amènes dans tes rencontres à toi avec des hommes ? Ou que tu aimerais amener dans tes rencontres à toi ? Que j'aimerais amener. Que j'aimerais amener. Donc prendre le temps d'aller lui offrir des fleurs et ou aller au cinéma et ou prendre un café, c'est ça ? Prendre ce temps-là de la drague ? Oui, créer un lien, mais pas de la drague un peu bof. Prendre de la drague vraiment de… Courtiser, voilà, c'est ça le mot que je cherchais. Un petit peu courtiser, ça se perd un peu. On va tout de suite droit au but, mais… Se courtiser, ouais, c'est un joli mot. Moi, j'adore manger. J'ai l'impression que ma culture familiale, il y a pas mal de… J'identifie de la nourriture et des chants. On chante. Est-ce qu'un de ces deux-là, il y a dans ta culture gitane des choses, des aliments ou de la nourriture ou du chant ou des activités que vous partagez ensemble ? Les chants oui, moi dans ma famille j'ai du coup des patraques qui chantent, qui sont relativement connus dans le milieu. T'as dit ton nom de famille, là ? Oui. Et t'as envie de dire ton nom de famille ? Oui, ça me dérange pas. Et il y en a qui sont connus, mais uniquement dans le milieu. Ils passent pas à NRJ ou des trucs comme ça, mais… Donc vous êtes une famille de chanteurs, en fait ? J'ai dit ça au hasard, mais c'est… Nous, non. Dans ma famille proche, non. D'accord. Moi, j'adore chanter, mais je chante pas avec une intonation gitane, mais j'adore ça, ça fait partie de moi. Et je trouve ça beau, d'ailleurs, de… De la culture gitane, la musique, c'est vraiment quelque chose qui est bien, qui nous rassemble. Et puis même les non-gitans aiment bien ça aussi. Après, voilà, moi… Pas de bouffe ? Si, la nourriture, si. La nourriture… C'est un peu la vie, quand même. C'est évident. Les gitans, c'est… Enfin, même d'autres personnes, d'ailleurs, mais… C'est pas obligé. Moi, c'est ma vie, la nourriture. Mais, oui, les grandes tables… Un truc que je devrais goûter, moi, en tant que non-gitant, s'il y avait un aliment, une préparation ? Pour la blague, je pourrais te dire les rissons, mais non. Moi, je sais que j'ai baigné dans les ragouts, les ragouts avec des viandes qu'on ne trouve plus dans le marché, mais oui, les ragouts… Et surtout, rien ne se perd, quoi. Rien ne se perd et on a tendance à jeter, mais… Non, il n'y a que des légumes à retravailler. Enfin, plein de choses comme ça. Du coup, tu vis, tu grandis avec quelle image de l'homosexualité ? Est-ce que ça existe ? Est-ce qu'on la nomme ? Ou est-ce qu'en fait, il y a un nom dit total ? Toi, dans ton expérience, c'était comment ? Moi, quand j'ai compris que j'étais gay… Je ne pouvais pas le dire parce que je parle pour les gitans de chez moi, dans le sud, pas pour en généralité les gitans. Mais c'était compliqué, oui, parce qu'on voit souvent dans mon entourage des gitans barraqués, des gitans un peu bagarreurs. très gentil mais par contre assez violent, enfin il passe pas par quatre chemins quoi. Et moi j'avais peur, j'avais peur de ça parce que je suis absolument non violent, j'ai zéro violence en moi. Et oui, je restais un petit peu caché. Je veux bien comprendre ce que tu dis. Donc, tu parles d'une prédominance un peu de la violence chez certains gars. Oui, oui. Et qui étaient aussi homophobes. C'est-à-dire, tu sentais que… Ma question, c'était quoi l'image de l'homosexualité avec laquelle tu as grandi ? Donc, ces hommes barraqués, violents, ils étaient aussi homophobes ? Ils disaient de l'homophobie ? Ils disaient des trucs de base que même d'autres personnes parlent. Les pédés, les machins. Mais le truc, c'est que… Oui, il y avait de la violence. Ils aimaient pas. Ils aimaient pas. Ils aimaient pas. Moi, je sais que… par rapport à la violence dans laquelle j'ai vécu pas forcément de ma famille mais des gétants proches de chez moi dans le sud quand je faisais des soirées avec eux c'était la première fois que je les voyais sauf que moi j'assumais déjà que j'étais gay je le criais pas sur tous les toits mais ma pote qui était notre hôte elle elle a dit que j'étais ouvertement gay et ces gitans là sont venus me voir en disant que ça va que t'as l'air sympa et que t'es pas trop une tarlouze parce que nous t'aurais déjà pris trois patates dans la gueule ils viennent à la soirée pour te faire ce rappel à l'ordre quoi Non, ils étaient là, mais ils ne savaient pas que j'étais gay. Avec ma pote, on a parlé de mec. Parce que des fois, on va sur Grindr, tous les deux, je choisis les mecs pour moi. Et c'est par ça qu'elle a exprimé ouvertement que t'étais gay, c'est ça ? Et du coup, moi, sur le coup, j'ai eu un peu peur, mais j'ai continué à parler, j'ai continué à faire des blagues un peu salaces. Et ils ont dit « Maintenant, c'est des amis ». Mais par contre, les autres gays, ils n'aiment pas. C'est compliqué. Donc, en tout cas, toi, tu grandis. Il n'y a pas de couple d'hommes ou de femmes. Il n'y a pas de couple queer, gay autour de toi. Tu n'as pas de référence gitane homosexuelle ? Ah non, non, non. Je te parle de ton entourage. Est-ce qu'il en existe dans la culture, dans le passé de la culture gitane ? Dans le passé, j'ai beaucoup parlé à mon père. Il m'a dit qu'il n'y en avait pas. Peut-être que c'était caché parce qu'on ne pouvait pas. C'était impensable parce que de base, on est censé se marier très jeune et c'est plus ou moins des mariages forcés. Donc, Non, il ne m'a jamais rien dit. Après, je connais quelqu'un qui porte mon nom de famille, qui est ouvertement gay, sur Montpellier. Mais à part ça, non. Il n'y a zéro homosexualité, ou peut-être de l'homosexualité cachée, parce qu'on connaît, ça existe. Oui, bien sûr. À quel moment donné tu fais ton coming out à toi-même ? Alors tu sais, ça s'appelle le coming in. Je ne sais pas si tu parles un peu anglais, mais… Si, je parle couramment. Ok, à l'opposé du out, in. Et ça, ça veut dire le coming in, c'est me faire moi, à moi-même, mon coming out. À quel âge tu fais ton coming in ? Assez jeune. Assez jeune, je dirais… Cinquième. Très très jeune, début collège. Mais pour moi, c'était pas quelque chose qui m'inquiétait. Je me disais que je le trouvais mignon, mais comme des filles, je peux les trouver mignonnes. Sauf qu'après est venue la puberté et du coup, bien sûr, les débuts de la découverte de ton corps. Et là, j'ai commencé très jeune à me faire plaisir tout seul en pensant à des garçons. Et je me suis dit « c'est pas normal, il faut pas ». Il ne faut pas, ce n'est pas possible parce que je viens peut-être de Mediogitan, mais ma mère est portugaise et c'est tout aussi radical. Comment est-ce que ta mère t'avait exprimé qu'il ne fallait pas être homosexuel ? Elle le disait ouvertement ? Non, mais déjà quand ma mère a découvert que mon père avait des penchants homosexuels, ils se sont quittés. Une déchirure assez brutale. Mais ma mère, elle a très bien compris que oui, elle était tellement amoureuse de lui qu'elle a fini par détester un peu… Un peu légué, quoi. Mais le coming out de ton papa, c'est quand t'as 15-16 ans. Là, tu me parlais de ton coming in, ta découverte en cinquième. Et le fait que tu dises, en fait, j'avais pas le droit d'être homosexuel, notamment aussi par rapport à mes racines portugaises via ma mère. Et ma question, c'était, comment tu savais que ta mère exigeait, avait un mauvais regard sur l'homosexualité ? Elle le disait ? Tu te souviens de quelque chose ? Oui, elle le disait, parce que des fois, quand on regardait la télé, on regardait souvent des spectacles ou des choses comme ça, et je me rappelle, Jarry, le comédien, elle changeait de chaîne directe, elle disait « Oh, je l'aime pas », et mon beau-père, il disait « Oh, je l'aime pas, c'est pédé ». Oui, c'est un humoriste, il est aussi comédien, qui est ouvertement gay. Ah oui ! Et je crois que là où… Et que c'est un artiste français, pour les gens qui nous écoutent hors de France. Oui, bien sûr. Et là où il est décrié par certaines personnes, c'est qu'il a une performance de genre, il est assez efféminé, parfois. Et je ne sais même pas d'ailleurs si c'est un personnage… C'est un personnage, il l'a déjà dit. Ah oui, d'accord, ok. Tu l'aimes bien, toi ? Moi, j'aime bien, il est marrant. Ouais, cool ! Ils ne représentent pas forcément toute la classe LGBT, mais oui, il est marrant. Moi, il me fait rire, c'est le principal. C'est un nuancier. Il faut toutes les couleurs. Il y a toujours des nuances. On est vachement liés tous et toutes. Il y a beaucoup de gens qui me racontent ce fameux devant la télé. C'est impressionnant. Plein de gens me racontent. En fait, moi, j'ai su le positionnement de mes parents parce que devant la télé, devant un film, ça change de chaîne ou ça dit des choses. C'est fou, c'est vachement universel. Donc, tu sens que t'es homosexuel, que t'as pas le droit, est-ce que tu veux m'amener… Pourquoi… Qu'est-ce qu'il y a en toi qui fait que tu assumes tout de même ? Parce que, en fait, toute ton adolescence, t'as assumé. Euh… Non. Ok. Non, non, non. Je l'ai gardé beaucoup pour moi, parce que… Parce que quand mes parents se sont séparés, mon père est parti vivre du coup en Ardèche. Je le savais plus ou moins, j'étais pas sûr. De quoi ? D'être gay. Moi au début j'avais demandé à mon père, j'avais 15 ans, de me marier avec une gitane. Parce que pour moi c'était impensable d'être bête, d'être gay. Et mon père n'a évidemment pas voulu. Pourquoi ? Parce qu'il a dit que j'étais trop jeune et qu'il a été marié de force aussi au début. Et il n'a pas voulu ça pour moi. C'est courant les mariages arrangés dans ta communauté ? Oui, bien sûr. C'est plus que courant, c'est automatique et ça court encore aujourd'hui ? Ça dépend, par exemple, du côté de ma famille gitane. On se marie par amour, mais dans d'autres familles de mon nom de famille, par exemple, oui, c'est toujours courant. Il n'y a vraiment pas d'unicité, enfin, c'est pas tout le monde fait pareil, exactement pareil, sous le terme gitane. En fait, il y a plein de nuances pareilles. C'est aussi un nuancier, c'est comme les LGBT, en fait. C'est un nuancier ? Oui, bien sûr. En tout cas, toi, ton père dit non, je ne veux pas ça pour toi. Ramène-moi au moment où il fait son coming out. Oui. Alors du coup, quand il a quitté ma mère, il est parti en Ardèche. Moi, à cette époque-là, j'habitais chez ma mère. Et du coup, les vacances, j'allais chez mon père. Sauf qu'on allait chez mon beau-père, du coup, en Ardèche. Donc, le nouveau compagnon de ton papa. Exactement. Sauf que je ne savais pas que c'était son compagnon. Parce que comme c'est une maison à étage, il y a une maison en haut, une maison en bas. Mon père habitait en bas. Je pensais que c'était des colocations. Sauf qu'après, j'ai commencé à avoir 12 ans. J'ai bien compris le délire. Et après, mon père… Il m'a dit, il m'a dit, Stéphie, assieds-toi, il faut que je te raconte, Thierry, c'est pas… C'est pas juste un colloque, c'est mon copain. Moi, je lui ai dit, mais je m'en fiche. Je le savais déjà. Comment tu le savais déjà ? Parce que moi, je me sentais déjà gay. Et puis même… Aucun rapport. J'ai la présence d'esprit de… Je suis beaucoup calculateur. sur les faits et gestes, les regards et… Tu observes. J'observe. Qu'est-ce que tu as observé chez ton papa ? J'ai observé la façon dont il parlait. Quand je rentrais dans une pièce, par exemple pour prendre une brique de jus de fruits, il baissait le ton quand il parlait avec mon beau-père. Ou des fois j'entendais un bruit de bisous, mais quand je rentrais, il s'éloignait. Voilà, parce que mon père n'a jamais voulu embrasser mon beau-père devant moi. Encore aujourd'hui ? Oui, encore aujourd'hui. C'est vrai ? Par respect, oui. Mais qu'est-ce qu'il y a d'irrespectueux à embrasser quelqu'un ? Parce que ça se fait pas chez nous. Oui, excuse-moi, mais ma question, j'ai joué l'idiot, mais je comprends. Oui, ton papa, il… Il a une pudeur. Ouais. Surtout une pudeur du fait qu'il soit gay. Je crois même que devant ma mère, à l'époque, quand j'étais tout petit, je ne l'ai jamais vue l'embrasser. Elle, ta maman, ouais. Je joue l'idiot, mais j'aurais du mal à embrasser mon copain devant mon frère, mes parents, enfin pareil, ma famille. Ah ouais ? Ouais. Parce que je pense que j'ai des petits morceaux de honte au fond de moi encore. Moi, ce n'est pas une question de respect. Ce n'est pas une question de pudeur. Parce que je suis pas très pudique comme personne, à part avec le corps, tu vois. C'est vrai que dans ma famille, la culture, par rapport… On est plutôt pudique sur la nudité, tu vois. En revanche, sur les bisous, non. Mais tu vois, moi, j'ai des petits morceaux de honte. Et toi ? J'avais eu ça quand j'ai eu mon copain. Il reviendra dessus, mais j'avais peur de l'embrasser devant mon frère. Mon frère est très, très ouvert. Il lui a fallu du temps un peu, mais il s'en fout complètement. Pourtant, c'est le vrai Gitan Bourrin, mais je l'embrassais devant mon frère, ma belle-sœur, devant tout le monde. Tu l'as fait finalement ? Oui, mais pas des galoches, mais des smacks, des petits bisous. Et je l'ai fait devant mon père, sauf que mon père, je l'ai senti gêné et il m'a bien fait comprendre que ça ne se faisait pas d'embrasser devant ton père. Je lui ai dit mais c'est bon, c'est mon copain. Est-ce que ton frère est hétéro ? Mon frère était héro à 100%. Est-ce que ton frère a une petite amie en ce moment ? Oui. Est-ce qu'il l'embrasse devant ton papa ? En mode smack ? Oui. Et est-ce que t'as l'impression que ton père lui exige la même pudeur ? Ah non. Oui. Bon bah donc c'est homophobe. Un peu, alors que pour autant, lui, il est gay. Ah ben oui, mais moi aussi, j'ai dit que j'avais de la honte homophobe en moi. Mais oui, mais on a tous cette part d'homophobie, un peu. Je pense qu'on a été canalisés pour avoir… Une certaine culpabilité au final. Sauf que moi j'essaye de plus en plus à m'en défaire de cette culpabilité. Quand j'étais avec mon ex, lui tenir la main dans la rue ou même l'embrasser en pleine place. Par exemple, là on est à Montélimar. Si je suis dans la grande place de Montélimar, il y a plein de monde, j'avais peur de l'embrasser. Eh bien, je l'ai eu fait. Peu importe le regard des gens. Et souvent, les regards, même s'ils sont gênés, ils disent rien parce que qu'est-ce que vous voulez qu'ils disent ? Donc, voilà. Il faut apprendre un petit peu à s'assumer et passer outre ce que les gens pensent. Quand tu entends ton papa faire son coming out, est-ce que Est-ce que c'est du coup génial parce que tu as un allié dans ta propre famille ou est-ce que c'est plus compliqué que ça ? Ah non, c'était le contraire. Parce que je le savais et moi je savais que j'étais gay. J'avais encore rien fait avec un garçon. Mais quand il me l'a dit, je me suis dit « mais je ne vais pas lui dire en fait ». Parce que j'avais tellement peur qu'il me regarde et qu'il me fasse un sourire comme s'il se fichait de moi et qu'il me regarde en mode « tu fais partie de l'équipe ». Je ne sais pas, je l'avais interprété comme ça à l'époque. Donc tu avais peur qu'il se moque de toi ? Explique-moi. Pas qu'il se moque de moi, mais… qui me disent, je le savais, j'ai horreur de ça, je le savais, ou alors que… Je sais pas, j'avais… Pourtant, c'était le meilleur… Enfin, c'est la meilleure façon d'annoncer que tu es gay, quand ton propre père est gay. Je veux dire, il y aurait une certaine compréhension… Mais non, pour moi, ça n'a pas été comme ça. Ça a été même plus compliqué. Beaucoup plus compliqué. Ça te va si on creuse un peu ? On peut creuser. Parce que je crois que j'arrive à ressentir dans mon corps ce que tu veux dire, mais pas dans ma tête. C'est-à-dire, j'arrive assez bien à comprendre. Peut-être que tu as un… Ce que je ressens dans mon corps, dis-moi si c'est ça que tu veux dire, c'est un peu une invasion de vie privée, c'est-à-dire le moment où ton père prend l'espace du coming out et prend l'espace de l'homosexualité, marche et fait un premier chemin, c'est un peu contraignant ou un peu envahissant ? C'est peut-être ça que tu voulais dire par il te fait un clin d'œil ou il se moque de toi ou je suis à côté de mes pompes ? Non, tu touches un point sensible. C'est un peu ça. Parce que moi, je voulais que mon père sache que je sois gay. Je sais qu'il l'aurait très bien accepté, même mon beau-père. Mais le truc, c'est que je voulais pas ce truc qui me raconte leur parcours. Moi, je voulais faire mon petit chemin. Et eux, ils savent déjà un petit peu tout. Sauf que moi… Je voulais pas qu'ils aient ce regard, je sais pas. Mais si ça me parle de ouf, mais moi je vois trop une forme d'adolescence où en fait t'as envie de dire à tes parents non mais ta gueule t'as rien compris, pousse-toi. Laisse-moi vivre ma nouvelle sexualité, laisse-moi… Mais j'ai jamais fait de coming out par contre. Alors c'est intéressant parce que dans le pré-entretien qu'on a fait pour préparer, tu dis ça et son contraire, c'est-à-dire, et je suis curieux de cette contradiction, donc tu m'as dit « j'ai jamais fait de coming out » et à la fois tu parles de plusieurs moments où justement face à ton entourage, et notamment ton entourage gitan, tu ne caches pas que tu es homosexuel et tu le dis. C'est quoi la différence pour toi ? C'est-à-dire que pour moi, un coming out, c'est quelque chose d'hyper compliqué, je pense. Je pense, mais de prendre quelqu'un à partie et de lui dire, bon, écoute, je suis gay, j'aime les garçons. J'ai l'impression qu'il y a quelque chose de mal à faire ça. Et moi, je n'ai jamais voulu faire ça et je n'ai jamais eu la force. J'avais un peu peur et puis je n'ai jamais compris. Et du coup… Au début, j'ai fait semblant d'être hétéro et tout ça, mais quand j'ai voulu que les gens sachent, mon entourage sache que j'aimais les garçons, je l'ai fait petit à petit. En donnant des petites bribes de blagues ou des choses comme ça. En regardant les garçons devant mes cousines, par exemple. Je l'ai amené de façon crescendo, sans dire je suis gay. Et après, ils l'ont compris. C'est ça, le coming out a un caractère beaucoup plus officiel. Un peu plombant, tu trouves, trop… c'est ça. Par exemple, même pour mes parents, par exemple… quand mon père a appris que j'étais gay je lui ai dit j'étais avec lui à la table en train de manger et j'allais sur Grindr sauf que mon père il connaissait Grindr parce qu'il était dessus et du coup il a fait mais t'as cette application toi j'ai fait bah oui Et voilà, c'est ça mon coming out. J'ai jamais eu besoin de dire « je suis ça ». Moi, je veux que je suis normal. Les gens, ils le découvrent comme ça et puis voilà. Par exemple, on me posait des questions souvent en famille avec les oncles, les tantes. « Bon alors, toi en ce moment, tu as une copine et tout ? » Et moi, je leur disais « ou peut-être une copine ». Et il réagissait comment ? Il y avait un petit blanc et après je disais passe moi le sel. Comment justement a réagi ton entourage et tes amis au fur et à mesure de petit à petit tu lâchais ces bribes d'informations ? Qu'est-ce que tu as reçu comme retour ? Alors, mon entourage, ma famille proche, ils s'en fichent. En fait, j'avais dit le secret à une personne, à ma cousine, qu'il a dit à sa mère. Du final, ça a fait le téléphone. Il y a un téléphone gitan ainsi qu'un téléphone arabe ? ouais j'allais dire ça mais je voulais pas le dire en tout cas chez nous il y a un téléphone aussi je sais même te dire la personne chez nous je parle de chez moi dans ma famille et je connais la personne à qui si je dis un truc tu laisses une semaine et tout le monde est au courant mais oui voilà c'est ça et du coup on m'a volé ce truc de dire que j'étais gay mais je me suis dit au moins c'est fait ok donc c'est un peu négatif Ben oui, parce que j'étais pas prêt à l'époque, encore à assumer que j'étais gay, j'étais pas prêt. J'avais toujours cette idée dans ma tête de le faire crescendo, en lançant des petites bribes d'informations, mais on me l'a volé, donc voilà. Après, ils l'ont bien accepté, quoi, mais… Après, par rapport à mes amis, mes vrais amis, zéro problème. Zéro problème. Après, moi, je suis le premier à rigoler de moi-même parce que je refuse qu'on se fiche de ma gueule, en fait, sur ça. Donc, je suis le premier à parler de PD, à parler de… De choses comme ça. Et du coup, mes potes, ils sont relativement très, très ouverts. Ils font même des blagues un peu crues sur moi, mais c'est toujours avec bienveillance. Ils sont toujours là 15 ans après. Après, il y a d'autres personnes que je côtoie, ou du moins que je côtoyais, qui ne sont pas… qui sont un petit peu moins dans le délire. Une fois que tu as été plus au clair avec ton comité ? Une fois que j'ai assumé. Oui, assumé. Ils ont tourné le dos ? Pas tourné le dos, parce que c'était au moment où je me suis assumé. j'allais pas crier sur tous les toits que j'étais gay, mais par exemple, j'allais chez un ami d'enfance, lui, il a su que j'étais gay, je lui ai dit, c'était l'un des premiers, et je te dis, c'est dans le sud, du coup, du côté un peu gitan, et du coup, on faisait des après-midi où ils passaient leur temps à à fumer, des trucs comme ça, et des fois j'allais le voir. Et par contre, quand je venais, il disait à tout le monde, à tous les lascars, « Il y a mon cousin qui vient, par contre il est pédé, je vous le dis les gars. » Et ça, je ne savais pas, moi, jusqu'au jour où je l'ai appris. Je me suis dit, mais pourquoi tu dis ça ? Et du coup, il y en avait qui me regardaient un peu bizarre. Par exemple, je ne sais pas si je leur demandais du feu, par exemple, et que j'avais le malheur de toucher le dos. Ils me disaient, mais qu'est-ce que tu fais, frère ? Enfin, plein de trucs comme ça. Et ça a commencé comme ça, un peu, les violences. à partir du moment où dans ce village là on a appris que parce qu'il faut savoir que le nom des patraques dans l'héros c'est l'une des familles principales de Gitane et on est connu Vous êtes connu pourquoi ? Pour être l'une des premières familles chiltanes de l'héros. On est vraiment très connu, quoi. Et pas forcément en fonction des patraques, pour les bonnes raisons, mais… Sauf qu'ils pensent tous qu'on est des… des bourrins, des bagarreurs. On fait peur. Sauf que moi, je suis aux antipodes de ça. Vraiment aux antipodes. Moi, je suis gitan, je l'assume. J'aime les valeurs qu'on m'a inculquées, mais je ne vais pas aller faire du cliché gitan. Et ça, il y en a plein qui ne l'ont pas compris. Et du coup, tu disais, quand ce village-là a commencé… Donc, ce village, c'est le village où ta famille est très présente, c'est ça ? Oui. Et tu commençais une phrase en disant, quand ce village a compris que… Qu'est-ce qui s'est passé ? Oh, plein de choses. J'allais chez un collègue à moi, qui n'habite pas loin, et j'y allais le soir. On se faisait sur la play des FIFA. Excuse-moi, sur la ? Sur la play. Ah oui, pardon, on l'appelait session. Sur la play des FIFA. Sur la play des FIFA. C'est joli. En fait, j'ai entendu ça en un mot. Excuse-moi. Et du coup… On fermait les volets et il y a des gens qui passaient, qui connaissaient bien mon collègue, qui est aussi très connu là où je suis. Et ils mettaient des coups de pied dans les volets en disant « tu traînes avec le PD, tu traînes avec le PD ». Mon pote, c'est un bagarreur et puis il n'acceptait pas qu'on dise ça sur moi. Et c'était plusieurs fois, plusieurs fois des choses comme ça, ou alors des fois j'étais chez moi seul, parce que parfois je descends dans la maison de mon père dans le sud. Et juste pour qu'on comprenne géographiquement, ton père il habite en Ardèche ? Oui, il habite en Ardèche avec mon beau-père. C'est ça, quand tu descends dans le sud, c'est vers l'Ardèche qui est légèrement plus au nord, qui est plutôt au sud-est ? J'ai révisé ma géographie. Là, tu parles de l'héros qui est vraiment au sud, près de la mer. Entre Montpellier et Béziers ? Oui, c'est ça. Entre Sète et Béziers. Entre Sète et Béziers, merci. Et donc, tu parlais de cet ami hétéro dans l'héros. Oui, et du coup, il me protégeait un peu parce que je flippais. Et j'ai eu des gens qui restaient devant mon balcon à me fixer statiquement, comme ça. et pendant une heure ou deux et je comprenais pas pourquoi et après deux semaines après je me promenais j'allais au café de la gare faire un jeu du loto et tout le monde il y a beaucoup de dans les PMU il y a beaucoup de c'est pas stigmatisant ce que je dis mais il y a beaucoup de rebeux il y a beaucoup de gîtes il y a beaucoup de voilà de Et du coup, il me regardait un petit peu bizarre. Et après, à un moment donné, je rentre chez moi, j'ai fait mes jeux. Il y a une voiture qui s'arrête. Il y avait un garçon qui… Je ne les connaissais pas. Il y avait un garçon qui… Celui qui conduisait le volant, il avait un flingue. Et ils s'arrêtaient. Ils m'ont dit « Oui, toi, sale pédé, je vais te crever. » Mais je ne les connaissais pas. Ils ne sont même pas du village où j'étais. Donc ça, j'ai commencé à flipper. J'ai eu d'autres trucs aussi. Ça, c'est le pire. J'ai eu, toujours dans le même village, après une après-midi rivière, je suis allé chercher des clopes. Après-midi rivière, c'est on va se baigner à la rivière ? Oui, oui, je me baigne à la rivière, après je rentre, j'ai besoin de tabac, donc je vais au tabac, je marche un peu. Et après, sur la même route, il y a des mecs à pied, des grosses armoires qui me disent « toi on va te brûler toi dans ta maison ». Et j'ai pas compris pourquoi, moi j'ai commencé à flipper un peu et j'avais peur. Je suis trop sensible, je suis pas bagarreur, je suis pas violent et du coup j'ai réussi à m'en défaire. Sauf que deux mois après, j'étais toujours dans le sud, dans la maison de mon père, j'étais encore à la rivière, je suis revenu, il y a un collègue à moi qui m'appelle, il me dit « Stéphie, ta maison elle brûle ». Je suis arrivé du coup en voiture avec mon frère, il y avait tout le village, il y avait 35 pompiers, il y a le journal sur Google. Et la maison elle brûlait, moi je suis arrivé et elle était vraiment tout en feu, toutes les fenêtres, c'était incroyable. Et du coup moi je pensais, il y avait mon père dedans en fait. Et on ne sait toujours pas si ça part du compteur qui était en bas ou alors de quelqu'un qui a vraiment mis le feu. Parce que mon père, il entendait du bruit en bas et il sentait une odeur de clope. Et comme je fumais en bas, on n'avait le droit que de fumer en bas, il a ouvert la porte qui descendait aux escaliers. Sauf que ça a fait appel d'air. Il s'est monté tellement vite, il s'est retrouvé piégé dans les flammes. Il a dû sauter du balcon. Hum. Et ça, ça a été assez traumatisant pour moi. Mais je suis allé voir les flics, mais je ne peux pas porter plainte pour ça parce que sinon, il n'aurait pas eu l'argent de l'assurance le temps qu'il y ait une enquête. Donc, je ne sais pas. Mais bon, deux semaines avant, il y avait quand même le mec qui me disait… La menace verbale très claire, quoi. Ouais. Tout ça, ça se passe en Ardèche, donc pas dans l'Hérault ? Non, dans le Sud. Là, c'est dans l'Hérault. En Ardèche, tout se passe à peu près très bien. C'est vraiment dans l'Hérault. Chez ton père, c'est chez ton père dans l'Hérault. Là, on est dans le Sud-Sud de la France. Là où tu as grandi. Non, non, t'inquiète. Là où tu as grandi, en fait. Là où j'ai grandi jusqu'à presque le collège. Tu as eu beaucoup d'alliés ? Tu m'as parlé de cet ami avec la PlayStation. Tu me disais qu'il est très hétéro et qu'il te défendait. Il était le seul ou tu as eu l'impression d'avoir des alliés ? Non, j'ai eu des alliés. Dans la communauté gitane aussi ? Les gitans, je ne les fréquente pas trop, à part ma famille proche. mais je préfère pas je préfère pas parce que de mon côté à moi ils sont parfois un peu un peu louche un peu trop un peu il y a trop de violence un peu et je sais que si je les fréquente et que imaginons je me fais taper ils vont y aller à 5 ils vont le et moi j'aime pas ça j'aime pas ce genre de c'est ce genre de truc dans l'aspect gitan du moins du sud et de ma famille je respecte Je ne parle pas d'autres communautés gitanes, mais il y a trop de violence, en fait. Oui, c'est ça. Donc, en fait, si toi, tu es proche d'eux et que tu es agressé, eux, ils vont répliquer, ils vont répondre à cinq avec encore plus de violence. C'est ça que tu veux dire ? Ah oui, oui. C'est ça que tu t'en… C'est ça que moi, je n'apprécie pas trop. Moi, je préfère… Et d'ailleurs, je fréquente des gitans de ma famille qui sont assez dociles. Et ça me va très bien, quoi. Ce pote, tu m'as raconté que ce bon ami hétéro t'a dit, viens, on fait une vidéo de nous qui nous embrassons. Qu'est-ce que t'as à faire ? Eh bien, en fait, après ce que je t'ai dit, qu'on joue à FIFA et qu'il a tapé dans le mur, Dans les volets, là. Dans les volets, pardon. Et que quand j'étais chez moi après, qu'il restait fixé devant mon balcon, j'ai commencé à flipper. Et comme tous les deux, on est hyper connus dans le village où on est, il a dit « C'est quoi ? » Je ne vais pas dire les mots, mais il a dit « C'est quoi ? » « Fais un snap, fais une story. » Et du coup, on s'est embrassé. Ah, vous l'avez fait ? Oui. OK. C'est lui qui a dit, on s'est embrassé, mais même avec la langue et tout. Et voilà. Et je l'ai posté. Et après, il y a des personnes, parce qu'il va souvent au PMU pour faire des amigos, des jeux de course de chevaux. Et… Et il y avait plein de gens qui le regardaient. Sauf que lui, il ne se demande pas. Il a dit, mais qu'est-ce qu'il y a ? Vous voulez quoi ? Et du coup, ça m'a beaucoup aidé. Après, j'ai d'autres collègues qui m'ont beaucoup aidé. Ça t'a aidé, ce geste-là ? Franchement ? Cette image d'un hétéro, qui est pur hétéro en plus, mais il est ouvert d'esprit. C'est quoi un pur hétéro pour toi ? Il est vraiment hétéro, il ne sera jamais hétéro curieux. Dans ton amitié, vous avez parlé de sexe et lui, il n'est vraiment pas attiré par d'autres hommes. Non, pas du tout. J'ai même dormi avec lui. Mais non, ouais. En quoi c'était un geste qui t'a soutenu ? Ça m'a soutenu parce que… Il m'a aidé, il a assumé d'embrasser un mec gay. Et alors qu'on est allé chez lui taper dans son volet et que malgré tout, il a continué à me protéger et il continue toujours à le faire. Et donc ça, j'aime bien. Et ça m'a donné un peu de confiance. Est-ce que tu dirais que dans la… En fait, j'ai l'impression que dans la culture viriliste et la culture mascue, La culture hétéro, le pire de la culture hétéro, c'est à celui qui bugle le plus fort. C'est à celui qui flexe les muscles et dont les muscles sont les plus gros, en fait. C'est à celui qui… C'est comme entre les lions, quoi. En fait, j'y connais rien en animaux, mais en gros, genre, si je te bats, c'est moi qui deviens le chef. Est-ce que ce geste de ton ami, c'était pas une façon… Il y a deux façons de se battre. Soit se retirer pour aller faire sa vie ailleurs et stratégiquement éviter le combat. et il y a une autre stratégie qui est si je bourrine plus fort qu'eux si je leur fais plus fort, je crie plus fort en fait ils vont me respecter est-ce que c'est pas ça qu'il a essayé de faire pour toi ? ah si, c'est complètement ça c'est complètement ça parce que après après ce genre de choses j'ai plus rien eu du coup ah ouais oui parce que je sais pas si je peux le dire mais quand il a attends, du coup vérifie, est-ce que tu peux le dire ou pas ? vérifie avec toi-même Oui, si, je peux le dire, parce qu'il n'a rien fait d'illicite. Mais quand il est sorti, il a poursuivi du coup le garçon. De qui tu parles ? De celui qui a tapé dans le volet. Ah oui, d'accord. Il est sorti, ton pote ? Oui, il est sorti, sauf qu'il n'a pas pris une arme à feu. Un bâton ? Non, il a pris, vous savez, les sabres décoratifs. Et du coup, il a pris ça et il l'a coursé, sauf que le jeune, il n'a pas compris que c'était un faux sabre, quoi. Mais plus jamais il est revenu. Et depuis, maintenant, je peux aller dans le PMU où il y a tous les gitans, tous les rebeux et tous les autres. Et j'ai zéro embrouille. Zéro embrouille maintenant. Et donc toi, tu comprends cet arrêt des embrouilles avec le geste de ton pote ? Oui, parce que j'ai l'impression d'être protégé, parce qu'ils savent de quoi il est capable et… Ah, et il est influent dans le village. Il est influent dans le village. Oui. Ok. Je te propose qu'on arrête là notre première partie. Dans la deuxième, j'ai envie que tu racontes la suite. D'accord. J'allais dire, je pense à comment petit à petit tu t'es autorisé à être sexuel dans cet environnement-là. Comment t'as trouvé à faire l'amour ou à faire du sexe dans cet environnement-là ? Comment tu fais pour… trouver des gars dispo tout en assurant ta sécurité et puis petit à petit ton chemin qui nous a amené jusqu'ici là assis tous les deux à Montélimar sous le soleil ça te va ? ça me va très bien top