*Hors-série* Gay en Algérie : la fin de ma double vie – Élyas 1/3

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Partie 1/3 du témoignage d’Élyas qui nous raconte :

  • comment il a grandi gay en Algérie jusqu’à tes 19 ans et le déclic pour partir en France
  • son coming out à 21 ans et la rupture totale avec sa famille : il se retrouve seul en France sans argent
  • où il en est aujourd’hui à 26 ans et pourquoi il a décidé de renouer avec sa famille

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Comme Elyas plus de 1200 jeunes LGBT+ ont fait une demande d’aide au Refuge cette année. Le Refuge a besoin de nous pour continuer sa mission et aider plus de jeunes LGBT+ rejetés par leurs parents. Fais un don avant le 31 décembre pour qu’il te soit défiscalisé : en donnant 10 euros ça ne te coûtera en fait que 2,50 euros. Tape bit.ly/refugedon dans ton navigateur

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Lire la transcription de cet épisode
Encore aujourd'hui, en France, des jeunes lesbiennes, gays, bi ou trans sont rejetées par leur famille quand ils ou elles font leur coming out. On est en 2023, malgré la loi mariage pour tous et toutes les avancées, on en est encore là. Le Refuge, c'est une asso qui vient en aide à ces jeunes. Elle leur offre tout ce qu'il faut pour se reconstruire, un toit, un soutien psy, une aide pour les études ou pour retrouver du travail. Alors j'avoue, quand le Refuge m'a contacté pour les aider à faire la lumière sur leur travail, j'ai eu un doute. J'avais entendu parler d'histoires douteuses sur les anciens dirigeants. Bon, j'ai mené ma petite enquête, j'ai rencontré la nouvelle équipe qui a tout restructuré et ça m'a rassuré. Et puis j'ai parlé à plusieurs des jeunes soutenus par le refuge et ça a fini de me convaincre. Cette année, le refuge a aidé 500 jeunes. Le témoignage que vous allez entendre, que j'ai découpé en trois épisodes, c'est celui d'Elias, un de ces jeunes aidés par le refuge. J'accueille Elias chez moi. On s'installe sur mon canapé. Ça y est, il est prêt à raconter son histoire. Bonne écoute. Moi, c'est bon. Est-ce que tu as des questions avant qu'on se lance ? C'est bon, je suis prêt. Je n'ai pas de questions, je crois. Je n'ai pas de questions. Déjà… Bienvenue chez moi Elias. Merci beaucoup Guillaume. Toi Elias, tu vas me raconter ton chemin, comment t'as grandi gay en Algérie jusqu'à tes 19 ans, le déclic que t'as eu pour partir en France, ton coming out qui crée une rupture totale avec ta famille. À 21 ans, tu te retrouves du coup seul en France et sans argent. Tu vas me raconter comment tu fais pour vivre, peut-être survivre pendant ces années, les addictions dans lesquelles tu tombes, les relations toxiques, mais aussi tes réussites. Parce que malgré tout ça, t'arrives à développer ta propre entreprise, une association et tout ça avec succès. Et enfin, tu vas me raconter où t'en es aujourd'hui de ce chemin de réparation et pourquoi t'as décidé de renouer avec ta famille. Super Guillaume, c'est vraiment bien résumé. C'est drôle parce que quand j'entends ça de la bouche de quelqu'un d'autre, typiquement de la tienne, ça résonne différemment que l'histoire que je me raconte dans ma tête. Donc ouais, j'aime bien. Ça résonne comment ? Ça résonne comme l'histoire de quelqu'un d'autre, du coup je suis beaucoup moins sévère on va dire, parce que souvent je suis très sévère avec moi-même et là ça fait du bien, je pense que je suis prêt à en parler tranquillement, à partager simplement mon histoire. Comme tu l'as dit, je suis né en Algérie, j'ai grandi là-bas, je suis très tôt que j'étais gay ou du moins que j'étais attiré par les hommes. Tu te souviens, t'avais quel âge ? Ah bah, l'espèce de pulsion là, pas de pulsion, de sensation je dirais. La sensation que j'ai eue envers des garçons, ça a commencé dès mon enfance, dès mes 8 ans, 7 ans. Elle n'était pas qu'envers les garçons à ce moment-là. Il y avait aussi une pulsion comme ça envers les filles. Mais celle avec les garçons, elle était là à ce moment-là avec des camarades de jeu, avec des camarades de classe. C'était comme un petit truc en plus que je ne pourrais pas aujourd'hui mettre un nom dessus. Très clairement, une petite sensation d'enfant. Pareil pour moi, c'était à peu près au même âge. Mais moi, c'était envers mon surveillant. Ah ouais d'accord, très curieux. J'ai un souvenir et tout très particulier. C'était comment pour toi que tu as grandi à Alger ? J'ai grandi dans une petite ville à côté qui s'appelle Bejaïa. C'est une petite ville mais la plus grande de Kabylie. Donc j'ai vécu là-bas toute ma vie globalement. J'ai voyagé un peu autour mais c'est là-bas que je suis né et que j'ai grandi. Et tu dirais que c'était comment pour toi de te découvrir avec ces attirances gays ? Il y a eu des hauts et des bas. J'ai eu d'excellents moments, de savoureux moments, de succuleux moments. À côté aussi, il y a eu des moments de questionnement, des moments de souffrance, je dirais très clairement, d'autosouffrance, des moments d'affrontement avec la famille déjà à ce moment-là. En fait, c'était comme aller à l'aventure. J'étais dans la jungle, il y avait plein de choses que je ne comprenais pas. Il y avait plein de choses pour lesquelles il n'y avait pas des informations disponibles. Et il fallait tout découvrir tout seul. Donc il y avait un côté où c'était très libre, il y avait un côté où ça faisait peur. En tout cas, moi, j'ai eu très peur. Parce que tu n'as pas d'informations sur l'homosexualité, tu es un enfant, mais tu comprends qu'il ne faut pas, c'est ça ? Tu comprends déjà qu'il y a un souci ou pas ? Alors, la compréhension de ce souci, pour moi, elle est venue bien plus tard. Elle est venue vers mes 12 ans, quelque chose comme ça. Avant ça, vraiment, je le vivais comme un jeu d'enfant. Donc voilà, ça, ça me fait cette sensation-là, ça, ça me fait cette sensation-là, et je l'aime bien. Je ne me posais pas de questions, je ne réfléchissais pas. Je comprenais un peu que les autres, peut-être, n'avaient pas la même sensation que moi. Bizarrement, ça ne me posait pas spécialement problème, parce qu'on n'en parlait pas non plus. Ça restait un peu pour moi, je le vivais seul, en fait, concrètement. Puis à mes 12-13 ans, spécialement à mes 13 ans, C'est là que j'ai pu avoir ma première relation avec un garçon qui était franchement que sexuel à la durée d'un an. C'était un garçon de mon âge. Et là, par contre, je comprenais qu'il y avait un truc où il ne fallait pas en parler parce qu'on passait d'excellents moments, mais c'était à chaque fois en cachette. La première fois, on jouait à cache-cache la nuit et on s'est chopé à ce moment-là. Et puis après, on a fait ça pendant un mois. Et puis le reste de l'année, c'était vraiment en cachette et on n'en parlait pas. Et je comprenais qu'il y avait, ou du moins, j'avais une sensation de pression à l'intérieur de moi, comme s'il y avait un poids sur mon torse. Et là, j'ai compris qu'il ne fallait pas forcément en parler. Et puis j'ai eu un peu plus d'informations sur des films américains en fait, très clairement, où j'entendais par exemple le mot gay, le mot homo, mais je savais pas quoi mettre dessus, genre comme anecdote, je me rappelle j'en parlais avec mes meilleurs amis de l'époque qui savaient absolument rien de tout ça bien sûr. Et je leur disais, ouais, vous savez, être gay, c'est être attiré par des filles, mais sans avoir des envies sexuelles envers elles. Parce que je ne comprenais pas vraiment. C'était les mots que je mettais moi dessus. Et voilà, j'en étais là à mes 13 ans, en tout cas. Tu m'as raconté un petit peu, pour toi, c'était une première relation amoureuse saine. C'est ça, à 13 ans, c'était joli pour toi ? Oui, complètement. Parce que le garçon avec qui j'étais à ce moment-là, c'était un peu pareil. Bon, ça n'allait pas dans l'émotionnel, ça n'allait pas dans autre chose. Que le sexuel. Au final, pour moi, ça a beaucoup résumé mon homosexualité en Algérie, cette histoire-là. Pourquoi ? — Parce que ça a été souvent très sexuel. Vraiment, pour moi, le sexe, c'était très simple à trouver, très simple à partager. Cette intimité-là, en fait, j'aimais bien la partager. Pour moi, elle était assez authentique, sachant que les autres gays que j'ai rencontrés ou simplement les hommes qui étaient attirés par des hommes, parce que je peux pas mettre forcément de l'étiquette gay sur tout le monde, et je vais pas le faire… En fait, ils mentaient. Soit ils mentaient sur leur prénom, soit ils voulaient pas qu'on se connaisse vraiment, soit ils mentaient sur là où ils habitaient. En fait, pour moi, la seule chose réellement authentique, c'était cette intimité-là sexuelle. Tu les rends compte comment, ces autres hommes ? Comment t'es gay en fait ? Parce que t'es dans le placard, tu l'as dit à personne. Chez nous c'est pas le placard, c'est le débarre, il y a plein de trous dans le mur. Alors pour revenir, parce que j'ai pas complètement répondu à la question précédente, pour moi c'est la première relation sexuelle saine. J'ai vécu des attouchements quand j'étais enfant, j'ai subi aussi un viol, ce qui est arrivé, et puis j'ai travaillé là-dessus, et je peux donner aucun conseil là-dessus, parce que chacun son expérience et chacun son vécu. Juste, on peut se relever de tout, et on peut vivre avec tout, concrètement, factuellement, je le dis et je le partage. Mais du coup, pour moi, c'est pour ça que c'était la première relation sexuelle saine. Parce qu'avant et après, il y a ce que je peux appeler un peu des gens pervers. Je mets ces mots-là et j'ai même entendu dans le podcast que tu avais tourné avec Ayman, du coup, ce mot-là revenir. Parce qu'il y a une façon de communiquer en Algérie, qu'on est gay, qui passe par les yeux, par le regard, par une certaine intuition aussi et une certaine intention. Alors, j'ai rencontré des gens comme ça, super sympas, avec qui j'ai passé de bons moments. Donc ça veut dire que tu es dans la rue, donc là, à ce moment-là, tu as moins de 17 ans, et tu marches dans la rue, tu rentres du lycée ? Oui, je rentre du lycée. Il y a un regard qui se croise et tu comprends quelque chose, c'est ça ? Ah oui, complètement. Je comprends complètement quelque chose. Ça me parle. Je me retourne, la personne, je vois qu'elle a compris, on marche deux pas et puis on se retourne. Alors des fois, j'ai été abordé par des personnes, des fois, je n'ai pas trop été frotté dans les transports. En fait, moi, concrètement, l'anecdote qui parlerait de ça, c'est que j'apprenais le Coran dans une mosquée, à Bejaïa, du coup. Et il y avait un petit parc à côté de cette mosquée. En fait, ce petit parc, c'était un peu le lieu de déprave de la ville. Donc, il y avait des prostituées, mais il y avait aussi des gens gays qui se rencontraient là-bas, de tout genre et de tout horizon, comme on dit. Et en fait, quand je descendais de cette mosquée pour aller prendre le bus pour rentrer chez moi ou pour marcher à pied, c'est à ce moment-là que je commençais à croiser des regards, vraiment. Et puis, je comprenais que des gens allaient vers ce parc-là pour faire ça. Du coup, en fait, ça a été mon… Comment on appelle ça ? Ma base. Pendant deux, trois années après, de mes 14 à mes 16 ans, je rencontrais beaucoup de… Pas de garçons, pour le coup, beaucoup plus des hommes usagers là-bas, dans ce coin-là. Et du coup, tu as des relations sexuelles dans ce parc ? Ouais. Et qu'est-ce qui se passe dans ta tête ? Toi, tu te dis, t'es bien ? T'es inquiet ? J'étais entre le bien et l'inquiétude. En fait, j'étais vraiment éloigné de ce que je ressentais parce que j'avais un peu de vie, concrètement. J'avais une vie avec la famille, avec l'école, avec la religion, parce que j'ai un bon bagage religieux. J'ai appris presque tout le Coran, je fais des compétitions coraniques, j'ai un bon passé là-dessus, comme on dit. Enfin, comme je le dis en tout cas, moi, j'ai un bon bagage islamique. Et ça, en fait, c'était un peu pour moi ma propre bulle, un truc à part, un truc qu'il n'y avait que moi qui le savait et un truc que je vivais en toute liberté. Pour moi, c'était un peu de la liberté. Dans cet enseignement religieux, tu captais une homophobie ? Franchement, oui, dans le sens où dans les sources religieuses qu'on nous présente, avec les explications qu'on m'a présentées en tout cas, L'homosexualité, on n'en parlait pas, mais quand on en parlait, c'est sous le mot Liwot, c'est avec l'histoire de Sodome et Gomorre, donc c'est le peuple d'Ogoud, qui globalement avait accueilli Dieu pour les tester, avait envoyé des anges super beaux sous forme de jeunes, super beaux, magnifiques et tout. Et puis le prophète les a hébergés chez lui, et puis son peuple voulait les violer, et puis globalement c'est ça, Dieu a retourné la terre contre eux, il les a tous massacrés, il a envoyé des pierres de feu, des trucs comme ça. Un vrai manga, quoi. Et toi, du coup, au moment où on te raconte ça, tu penses quoi de tes allées et venues dans le parc ? Ça t'impacte ? Tu connectes ou pas du tout ? Je pense que je ne connecte pas parce que je voulais me protéger, simplement. Et puis parce qu'à l'âge de 7-8 ans, déjà, je traînais un peu la religion comme un délire collectif. Je m'étais dit « Ok, les gens, j'ai subi trop de pression pour exceller là-dessus. » Et en fait j'ai décroché, ouais, mais très jeune en fait j'ai décroché, je me suis dit non c'est trop du délire en fait, ça n'a pas trop de sens, ça me fait pas sentir bien, du coup je faisais déjà semblant de prier, des trucs comme ça. J'allais au courant parce que j'aimais bien participer aux compétitions, parce que j'avais des cadeaux, des sous qui tombaient, bah ouais. du coup en fait pour moi c'était comme du théâtre tout ça en fait à l'intérieur de moi j'étais loin de tout ça je le vivais simplement je me laissais aller Moi, je me souviens de mes années dans le placard. J'avais des symptômes, c'est-à-dire comme je m'enfermais et que je m'interdisais de dire. Il y avait un choc dans ma tête entre mon désir réel homosexuel incontrôlable et l'envie de ne pas l'être. Je me refoulais. Donc, j'avais des crises d'angoisse. J'avais différents types de symptômes de santé mentale. Est-ce que toi, tu as eu la même chose ? Alors, moi, je dirais que si peut-être c'est lié à ça, peut-être pas. Mais en tout cas, j'ai eu un peu de mutisme. Donc, j'avais du mal à parler. J'étais un peu bloqué dans moi. Et qu'est-ce qu'il y avait d'autre comme symptômes ? Peut-être un truc un peu addictif aussi, parce que je regardais beaucoup de séries, énormément de séries, ou alors peut-être pas, je sais pas si je mettrais ça sur l'addiction. En tout cas, j'avais un complexe d'infériorité envers les autres, très clairement. Le truc de l'imposteur, ça me parlait assez bien pour ce moment-là. J'avais du mal à aller parler aux gens, je me sentais comme une merde face aux gens, concrètement. Et… Ouais globalement c'est ça. En lien avec ton homosexualité ou tes désirs envers des hommes ? Ouais je dirais ça, peut-être après pas que ça parce que mes désirs envers des hommes à ce moment-là ils étaient impactés par des choses que j'ai vécues aussi dans le passé et que j'ai subies. Tu veux en parler ? Ah ouais, je peux en parler, concrètement. En fait, avant mes 4 ans, j'ai eu des attouchements avec le fils de ma nourrice, qui était bien plus âgé, qui avait la vingtaine. Et je m'en rappelle, j'ai eu ces flashs-là toute mon enfance, et puis même après, pendant mon adolescence. Et je me suis fait aussi violer avant mes 10 ans, par un adulte dans notre quartier. Et entre les deux, j'étais un gamin un peu sexualisé, donc quand je rencontrais d'autres gamins sexualisés, on se faisait des trucs, on se touchait des trucs comme ci, comme ça. Et pour ma part, j'ai ressenti un gros impact sur ma vie à ce moment-là, oui, clairement et certainement. Je sais que par exemple, je faisais d'énormes bêtises envers mes parents, genre « j'ai failli cramer notre maison », des trucs comme ça. Je pense que je voulais juste qu'ils me protègent, je voulais attirer leur attention, et c'est ok. Ils ont fait comme ils ont pu, peut-être qu'ils ne comprenaient pas, peut-être qu'il n'y avait pas grand-chose à faire. C'est pour ça qu'il y a des professionnels dans ces domaines-là. Des fois, on ne peut rien y faire, c'est comme être malade, aller vers le médecin, c'est pareil. En tout cas, je parle vraiment de l'aspect abus et viol, parce qu'au-delà de notre sexualité, en fait, on peut tous subir ça. c'est quoi un gamin sexualisé ? c'est un gamin qui cherche le sexe en fait qui certes son corps n'est absolument pas fait pour capter ce que c'est le sexe ni pour faire du sexe mais qui a été perturbé parce que c'est comme si en fait on lui faisait apprendre un langage pour lequel il est pas capable de l'apprendre simplement physiquement du coup ça fait un chamboulement comme j'ai dit de grosses bêtises Des crises de colère… Ouais, des trucs comme ça, de la souffrance ou de la tristesse, peut-être. Une solitude, très clairement, parce que… En tout cas, moi, je me suis senti seul. Je savais pas trop quoi faire, je savais pas trop ce que j'avais vécu. Et… Et tu pouvais en parler à personne ? Non, ça, par contre, je savais qu'il fallait que je me teste dessus. Et je sais que ma mère… Ma mère, elle a creusé la chose. Du coup, elle m'a fait parler une fois… Et je suspecte même qu'après ça, il y a eu un petit extrémisme religieux qui s'est mis un peu plus. Après ça, c'est mon interprétation. Elle t'a fait parler de quoi ? Et comment elle a compris que quelque chose se passait ? On était super proches avec ma mère. Elle est très intelligente. Elle a une intelligence émotionnelle très vaste. Et je me rappelle en fait que ça a duré plusieurs jours. J'avais le sentiment… Je lui cachais un truc et je savais où elle voulait en venir, mais je ne voulais pas en arriver là. Et puis j'ai craché le morceau. Je me rappelle d'une émotion qui était un peu comme la sidération. De son côté ? Qu'est-ce que tu lui as dit ? Tu te souviens ? Non, je ne m'en rappelle pas. Je pense que je lui ai juste raconté des choses et encore je crois que je lui ai menti. Je lui ai maquillé, je lui ai allégé au maximum la réalité. Très concrètement, c'est ça. Et est-ce que là, tu parles des abus que tu as subis ou bien de tes désirs sexuels, du parc ? Ah là là, je parle que des abus. Pour le parc et tout, je n'en ai jamais parlé. Elle n'a pas le savoir. Je ne savais pas où elle traînait son truc. Elle n'a pas le savoir où je traîne mon truc. Là, je suis vraiment dans l'enfance où vraiment, c'était… Ouais, c'était plus les abus. C'est pour ça que je mets la sexualité plutôt à partir de 13 ans, parce qu'à ce moment-là, je la vivais un peu comme quelqu'un de proactif. Donc je la vivais, j'étais là, c'est pas un truc qui me tombait dessus et que je comprenais pas et qu'il y avait en fait cette espèce de goût malsain. Malsain dans le sens où je me sentais pas bien après. Donc, après mes 13 ans, il y a eu du coup de la sexualité plus tranquille, plus saine, avec quelqu'un de mon âge. Et puis, après cette expérience-là, dans le parc, par exemple, je ne lui en avais pas reparlé, mais il y avait aussi ce côté-là un peu à but, mais j'allais beaucoup le chercher moi-même, dans le sens où… j'allais chercher des personnes en fait qui m'attiraient pas forcément vraiment pas du tout même ou alors elles venaient me chercher et puis on baisait et ça a duré pendant 2-3 ans c'était un peu les moments de mon adolescence qui étaient assez corsés pour moi je cherchais un peu qui j'étais et au final j'ai trouvé c'est bien Mais c'était bien difficile parce qu'en fait, à ce moment-là, il n'y a pas de repère. Du coup, je tirais ce que je pouvais. Par exemple, une anecdote dans ce parc-là, c'est que je posais des questions aux gens. Je leur disais, par exemple, « Toi, ça fait combien de temps que tu es comme ça ? » Ils me disaient « Ouais, j'ai toujours été comme ça, j'ai toujours été… » Les gens, ils mettaient le mot « vice », par exemple, derrière le fait d'être attiré par des mecs, le mot « maladie » pour certains, le mot « situation compliquée ». Et puis, surtout, la majorité disait que chez toutes les personnes qu'ils avaient rencontrées, donc dans ce cadre-là, en fait, ça ne changeait jamais pour le restant de leur vie. Même s'ils se mariaient, même s'ils avaient des enfants, ils continuaient, en fait. Et il y en avait même un, il m'a dit « ouais, tu te prends pour un journaliste » ou quoi. Mais j'avais vraiment besoin de comprendre parce que je voulais être heureux, en fait, simplement. Et je ne m'attendais pas à ce que ce soit mes parents qui m'aident à arriver à ça. ni qui que ce soit d'autre, parce que j'associais pas forcément leur amour à mon bonheur. J'avais qu'ils m'aimaient pour quelque chose, ils m'aimaient pas gratuitement, enfin ils m'aimaient réellement, mais peut-être tous les humains aiment comme ça, ou du moins c'est comme ça que je le vois. et du coup en fait j'ai fini le chapitre du parc après ces moments là après avoir posé toutes ces questions et puis après avoir compris que non en fait là j'allais pas trouver ce que je voulais et je me sentais pas heureux en fait à faire ça c'était très compulsif c'est pour échapper à des choses et puis un peu après en fait faut savoir que je regardais beaucoup de porno aussi ah ah ah ah ah Et je regardais au début du porno hétéro et puis une fois comme ça, je suis tombé sur une vidéo de porno gay et ça m'avait fait un déclic. Ça m'avait fait « tchac tchac, ah ouais c'est ça ». Du coup j'ai commencé à regarder ça, je téléchargeais des vidéos dans notre PC de famille et tout. Savoir que mon père travaille en informatique. Donc ça s'est vite fait découvert et… Du coup, mon père, à ce moment-là, on construisait une maison ailleurs, donc il m'a dit, ouais, viens, on va aller faire des travaux dans la maison, un truc comme ça. Je me suis dit, ok, d'accord, je l'ai trouvé très bizarre, je me rappelle comme aujourd'hui. Je suis pris la voiture avec lui, tranquillou, j'avais 15 ans, je crois, à ce moment-là, 16 ans. et sur le chemin de la voiture il me dit ouais j'ai vu sur le pc des vidéos de trucs et tout et tout bah je lui dis non bah oui on t'a commencé par nier déjà et puis il m'a dit ouais tu sais quitte à montrer ça et tout tu sais c'est un truc de singe et tout c'est pas normal bah je lui dis personne je trouvais ça sur internet Et puis il insistait sur le fait, il me disait « ouais c'est pas un truc d'être humain, ça marche pas comme ça, et tout et tout, vraiment un truc d'animaux, des choses comme ça ». Il m'a filé une gifle, ce qui est léger parce qu'il m'a déjà frappé plus. Le fait de se faire frapper en tout cas ça peut être un truc très culturel chez nous, dans l'éducation en tout cas. et après ça il m'a pas parlé pendant un mois je crois ou deux mois, j'étais puni avec diverses punitions bon après c'est passé sous la trappe et puis Et puis, c'est arrivé deux, trois fois après. En fait, il m'a surpris soit en train de regarder du porno, soit il est rentré dans ma chambre alors que je faisais une sieste après m'être branlé. Du coup, c'est arrivé deux, trois fois. Et puis, la dernière fois, on s'est vu à la terrasse de chez nous. Il a juste rigolé, quoi. Et puis, alors, c'est fini, là. Ça c'est fini, vous n'en avez pas reparlé ? Et puis après ça, on n'en a plus jamais reparlé jusqu'à il y a 2-3 ans. Jusqu'à il y a quelques années. C'est devenu le silence. Après ça, j'ai découvert la sphère un peu gay, on va dire, en Algérie. à travers de faux profils Facebook, à travers Grindr un peu plus tardivement. J'ai continué à rencontrer aussi, j'allais à la salle de sport le soir, je finissais à 22h, 22h30. C'était propice un peu à la rencontre. Et puis même à la salle de sport, c'était propice à la rencontre aussi, c'était sympa. tu parles d'une sphère gay ça veut dire quoi ? c'est des événements ? parce que tout se fait dans le secret ? ouais tout se fait un peu en mode souterrain après comme tous les milieux on va dire c'est comme les milieux globalement en Algérie le sexe c'est tabou même les milieux hétéros où les gens niquent c'est des petites soirées en appart si c'est dans la prostitution c'est des endroits précis Et rien ne se dit en fait, on peut être une personne lambda et tout se passe autour de nous et on s'en rend absolument pas compte. Et pour la sphère gay, du coup c'était des petits groupes de personnes qui se connaissaient entre elles, c'était un peu du bouche à oreille. Moi je suis rentré dedans avec le faux profil Facebook, donc voilà j'ai créé un Facebook, j'ai mis un faux nom, un faux prénom, j'ai mis une photo de mentars et puis c'est parti ! j'ai invité des personnes par-ci par-là je me suis fait des amis j'ai rencontré des plans cul j'ai rencontré des personnes simplement j'ai rencontré des groupes de personnes et c'est ce que j'appelle du coup la sphère gay parce qu'au final tout le monde se connait sans se connaître c'était cool ? ouais ouais j'ai bien aimé franchement belle expérience très riche j'ai rencontré des personnes même en dehors de ma ville des personnes qui sont toujours aujourd'hui mes amis et peut-être qu'ils seront toujours hein et j'ai bien aimé ouais ouais j'ai bien aimé j'ai eu mon premier amour aussi avec un garçon à l'âge de 17 ans qui venait de ma ville natale mais avec qui on a arrêté au bout d'un moment parce que parce qu'il faisait des cauchemars parce qu'il mangeait plus parce qu'il vivait ça d'une façon très hardos très culpabilisante il se culpabilisait, il se sentait très mal j'avais l'impression d'avoir franchi ce cap là à ce moment là Ouais, ouais, j'avais grave franchi le cap. Pour moi, je ne pouvais pas mettre le mot fierté derrière, forcément. Mais j'en avais déjà rien à faire, un peu, des gens autour de moi. Alors que lui, c'était être gay ? et votre relation amoureuse était une preuve que son cerveau refusait complètement genre il s'affamait il faisait des cauchemars il retournait à la religion il faisait des conneries comme ça pour moi à ce moment là c'était vachement quelques années en arrière genre Je savais déjà qui j'étais, je savais déjà ce qu'il en était, même si ce n'était pas aussi construit que plus tard, ça sera dans ma vie. Mais je savais déjà que je ne pouvais pas changer ça chez moi. À partir de là, c'était une valeur sûre pour moi, on va dire, de juste m'écouter et de me laisser aller là-dessus. Certes, je me protégeais de l'environnement autour de moi. Même si, globalement, le sexe en Algérie, je l'ai vécu dans la rue, je l'ai vécu dans des endroits un peu discrets, mais qui ne le sont pas vraiment à la fac. J'étais déjà surpris avec des partenaires, par des gardiens, par des personnes. En fait, je le vivais en mode, on menaçait la personne et puis on se cassait. On prenait la force, on était souvent deux contre un, donc ça allait. On ne se frappait pas, mais les gens, ils avaient peur. C'est ce que je voyais dans leurs yeux, c'était la sidération. Genre… Donc, pour moi, c'était vraiment un truc où j'avais… Je le vivais, ouais. Je savais que je pouvais pas, par contre, aller loin. Parce que j'ai rencontré des garçons qui étaient en relation, qui, avec d'autres garçons, depuis 7 ans, qui ont eu des relations en langue même jusqu'à 10 ans, qui ont commencé à habiter ensemble. À chaque fois, ce qu'ils me disaient, c'était que, voilà, ça s'était cassé la gueule. Et pour moi, peut-être par rapport à mon schéma familial ou par rapport… Moi, j'ai toujours voulu avoir une famille, donc avoir un couple stable dans le temps. J'ai jamais cherché des petites relations. Quand je savais que je voulais partir de l'Algérie, j'ai arrêté de chercher des relations. J'ai eu des amourettes, j'ai eu des rencontres. Mais justement, c'est quoi ton déclic pour partir d'Algérie ? Après ce garçon, je suis sorti avec une fille avec qui c'était génial, très doux et tout. Puis je me suis rendu compte que c'était pas non plus ce que je voulais. Donc je me suis dit que je pouvais pas vivre comme ça en Algérie. Parce que dans mon besoin de construire une famille, je voulais pas bousiller mes enfants en ayant des aventures ailleurs ou en étant simplement malheureux. Et en Algérie, je voyais que c'était impossible parce que tout le monde en fait le discours. Je posais beaucoup de questions aux personnes que je rencontrais et souvent, en fait, il n'y avait pas d'assumation, il n'y avait pas de bonheur, il n'y avait pas de sérénité. Il y avait toujours une inquiétude ou alors un déni. et oui ce que tu voyais c'est je peux être gay mais ça devra toujours être caché secret et dans un environnement où genre ça prenait au bout de 5 rendez-vous au bout de 5 rendez-vous sexuels genre quand même c'est de l'intimité tu te rends compte que la personne que t'as niqué elle t'a donné un faux prénom tu vois ou alors elle t'a pas dit où elle habitait ou alors si vous croisez avec vos potes vous vous parlez pas enfin on se parlait pas c'était très gênant en fait je trouvais ça très très malaisant Oui, simplement, je sentais un malaise, en fait. Et ça ne m'allait pas de sentir ce malaise. Voilà. Je préférais être à l'aise. Parce qu'en plus, à ce moment-là, en fait, à mes 16 ans, je me suis dit, voilà, nique le complexe d'infériorité, nique tout le monde. En fait, j'ai envie de me sentir à l'aise, quoi. Je mérite d'être à l'aise. Je mérite de parler aisément aux gens quand j'en ai envie. D'où la salle de sport, d'où toutes ces démarches de… Non, en fait, je prends le pouvoir sur ma vie, je vis, et… Il faut que je reste. J'aime bien ça. Tu vas raconter dans le prochain épisode l'arrivée en France, le déclic et la suite, ça te va ? Oui, ça me va complètement. Merci. De rien. Comme Elias que vous venez d'entendre, plus de 1200 jeunes LGBT ont fait une demande d'aide au refuge cette année. Le refuge a besoin de nos dons pour continuer sa mission et aider encore plus de jeunes LGBT rejetés par leurs parents. Et si tu fais un don avant le 31 décembre, il te sera défiscalisé. Concrètement, si tu donnes 10 euros maintenant, ça ne te coûtera en fait que 2,50 euros. Pour faire un don, c'est super simple. Tu tapes bit.ly slash refuge don dans ton navigateur. Refuge don, c'est tout attaché et don est au singulier. Voilà. Merci.