Lire la transcription de cet épisode
Flora, bienvenue chez moi. Flora, tu as vécu 30 ans en Florent, un homme gay aux cheveux courts qui tentait de correspondre aux normes. Des normes qui étriquent. Petit à petit, tu laisses ta part féminine s'exprimer. Tes cheveux poussent et deviennent longs.
Tes ongles aussi, ta voix se pose dans les aigus, tes pronoms se mélangent et te voilà, Flora, une fée non-binaire. Tu t'épanouis, mais tu vois aussi ta vie intime et sexuelle s'effondrer. Les hommes... Tu te marres ?
Les hommes gays qui avant te séduisaient partent. Tu as l'impression de ne plus plaire, tu es soit trop féminine pour certains, soit pas assez femme pour d'autres. Le sexe en ce moment se limite au sauna où tu vas te faire sucer, ou à cette liaison avec Nicolas, un hétéro dont tu es devenue la maîtresse d'Omi. Tu vas nous raconter.
Alors ces rencontres sexuelles, c'est cool, mais bon, toi, au fond, t'as envie de plus. D'amour, d'une connexion intime et profonde. Comment faire pour être aimé quand on sort des codes gays ? Tu vas nous raconter ton chemin, tes trouvailles et tes questionnements, et je te propose de commencer par une question surprise. J'ai jamais fait ça avant. Oh !
Sur la petite table à ta droite, j'ai mis un jeu de cartes. Chaque carte est une question sur l'intime. Est-ce que t'es ok d'en tirer une et de me la lire ? Ah oui, en plus si c'est un oracle, moi j'y vais. C'est pas un oracle. Alors j'avais pipé le jeu en mettant mes questions préférées en haut de la pile. Mais là Flora, tu es en train d'étaler les cartes. Ah oui ? Donc, non mais je reconnais. Ah !
Que j'étais assez fan de la première question et ça ne sera pas elle. Vas-y. Ah, tu veux ? Non, non, non. Le choix divin. Ah, c'est celle-là qui est sortie. Ah ben, raconte ta première fois. Ben, j'allais commencer par ça. Ah ouais ? C'est marrant. Ben oui, quand tu m'as demandé qui était Florent.
Pendant tout ce temps, pour moi, le commencement, c'est vraiment le premier amour. Ça a été un moment incroyable, je pense, dans ma vie, dans mon imaginaire, dans ma sexualité, ma sensualité. Et je pense, encore aujourd'hui, ça m'a influencé. Parce que j'ai eu un premier amour au lycée. Genre high school musical, you know. Je matais secrètement ce jeune homme à la cour de récré. On est où ? On est à côté de Montpellier.
Et j'étais en terminale ES, j'avais remarqué qu'il était en première ES. Et donc, c'était encore un peu secret à l'époque, je l'observais. Et je n'ai pas eu mon bac, j'ai redoublé ma terminale et je me suis dit, youpi, je vais pouvoir le rencontrer. C'est ce qui s'est passé.
Je l'ai rencontré. On s'est mis ensemble au Nouvel An et ça a duré presque un an. Et cette relation, pour moi, qui est extrêmement belle et romantique, peut-être, je ne sais pas, un peu hétéronormative culturellement, mais ce n'était pas si hétéro que ça.
Elle a constitué pour moi tout mon imaginaire romantique, social, culturel, parce que j'ai remarqué qu'il y a pas mal de personnes gays qui rentrent, qui découvrent le milieu gay par des choses plus ou moins addictives ou violentes ou sexuelles ou dramatiques ou cachées ou interdites. Moi, ça a été une histoire d'amour. Et c'était super beau d'avoir ce premier amour. On est toujours amis. Et je pense que ça a constitué mon imaginaire.
Mais attends, vous pouviez vivre votre amour au lycée ? Alors oui, au début, on avait une bande d'amis qui commençaient à comprendre ce qui se passait. Lui, il se disait « florent sexuel », c'est drôle. Je ne sais pas si c'était une forme d'homophobie intériorisée. Florent sexuel, ça veut dire « moi, je suis attiré que par ce florent-là ». Voilà, c'est un peu pan, en quelque sorte. « J'aime cette personne-là, en fait ».
Et petit à petit, on a commencé à le dire autour de nous. Les parents, ça a été un peu plus tard, un peu par voie forcée, vu qu'on dormait, on a mis l'un chez l'autre, tu vois. Et du coup, c'est devenu une très jolie histoire. Alors, la première fois, pour te raconter... Ah oui, ce que la carte t'invite à faire !
La première fois, c'est le premier câlin, la première masturbation, la première fellation ou la première sodomie, je ne sais pas. Toutes, chacune, pardon. Les premiers câlins, je pense que c'était... J'avais invité deux potes chez moi et...
Et je crois qu'on s'est mis ensemble, on a dormi ensemble, tu vois. Mais officiellement, ça a été au Nouvel An. On a dormi ensemble au Nouvel An. Donc, c'était les premiers câlins. Les premières masturbations sont arrivées sûrement après. Les premières fellations, c'est moi qui lui ai donné. Il m'a dit, mais où t'as appris ça ? Je sais pas, c'était comme ça. T'étais innée. Bah oui. À l'époque, tu es en terminale. Oui. Donc, on a quel âge ? 17 ans ? 18.
18 ? Oui, parce que tu as redoublé. Et c'était ton premier amour. Et tu te sentais déjà attiré par les garçons ? Ah oui, oui. À l'époque, il y avait les petits chats de gay, gay packs, il y avait Caramel Gay, ou même MS, je ne sais plus ce qu'il y a.
Tu as quel âge aujourd'hui ? L'âge est 39. Donc à l'époque, quand j'étais jeune, ça c'est rigolo, je me suis souvenu récemment, les premières correspondances avec des guides, c'était avec des fans de Mylène Farmer. On s'envoyait des lettres, des courriers entre fans. Et j'en ai rencontré des fans, tu vois. Tu es fan de Mylène Farmer ? Ah bah évidemment !
Et du coup, ben voilà, tu vois, il y a l'écriture, après il y a eu MSN, il y a eu ce premier amour. J'ai pas connu cette époque smartphone, Grindr, etc. J'ai l'impression d'avoir connu une époque
Je ne sais pas si on peut dire plus romantique. En tout cas, ma rencontre et mon histoire étaient plus romantiques. Sachant que j'étais entre Montpellier et Nîmes, peut-être, je ne sais pas, qu'est-ce que c'est qu'un jeune gay à l'époque à Paris ? Est-ce que c'était différent que moi ? C'est étonnant, donc pas de harcèlement, pas de violence au lycée ? Oh, j'étais peut-être de turc au collège. T'es un garçon, t'es une fille, pédale, tapette, pédé. Moi, ça m'a passé complètement au-dessus parce que je ne savais même pas ce que c'était.
À l'époque, on ne connaissait pas toute cette culture LGBTQIAP+, ni les études de genre. Moi, j'étais là, mais je ne sais pas. Je ne sais pas si je suis pédé, tapette, fille, garçon. Je ne comprenais déjà pas, à l'époque, toutes ces insultes. Elles me passaient un peu au-dessus. Sans t'affecter, sans te malmener ?
J'avais peur des agressions physiques, ce que j'ai jamais eu. Mais c'est vrai que ça met une forme de pression, une forme de peur, une forme de stress quand même. On appelle ça aujourd'hui le stress minoritaire. Mais c'est vrai que tu vas à l'école, au collège notamment, tu te dis qu'est-ce qui peut se passer, etc. Sachant qu'évidemment que j'étais efféminée, évidemment que j'étais une folle, une tapette, tout ce que tu veux. Mais à l'époque, on ne pouvait pas le dire aussi beau, de manière aussi forte avec le...
Avec ses réempuissances. Comment tu arrives... On va peut-être utiliser un prénom d'emprunt pour ce premier amour. C'est Martin ?
Ok. C'est son vrai prénom ? Non. Ok. Je sais pas, t'avais tellement un énorme sourire. Non, non, ça finit par un. Ça finit par un. Martin, alors que lui est hétéro, en tout cas, c'est ça qu'il raconte. Est-ce qu'il parle de filles ? Il ne dit pas qu'il est hétéro. En tout cas, toutes les filles du collège étaient à fond sur lui. C'était le beau gosse qui avait fait du rugby. Brun qui faisait de la piscine. C'est moi qui l'ai eu !
Donc ça, c'était quand même une victoire. Comment t'as fait pour petit à petit te rapprocher ? Et tu sais, on a besoin de signes. Moi, je me rappelle quand je draguais des hétéros au collège ou au lycée. J'avais tellement peur. Je me souviens au lycée que j'ai dragué un mec. Et du coup, j'essayais de... Je me mettais derrière lui. Tu sais, on avait des tables séparées.
Donc, je me mettais derrière lui et parfois, il se balançait sur sa chaise et il venait toucher un peu mon bureau. Et à chaque fois qu'il touchait un peu mon bureau, je me disais... Puis après, j'allongeais mes jambes pour qu'ils arrivent sous sa chaise à lui. Ou au contraire, s'il était derrière moi, je repliais mes pieds, tu vois, pour essayer de le toucher. Et parfois, on se touchait et moi, je ne bougeais pas pour garder le contact.
Bon, je n'ai jamais conquis la personne, mais tu vois, j'étais sans cesse dans cette suranalyse des tout petits gestes. C'était plutôt des beaux moments. Ça s'est mal terminé parce que lui, après, il a dit qu'il ne s'est jamais rien passé entre nous, alors même qu'on a échangé des messages. Bon, je ne vais pas raconter l'histoire maintenant. Mais toi, comment tu te souviens de petits signes pour petit à petit valider qu'il y avait un intérêt plus qu'amical ?
Les premiers signes, c'est... Moi, j'étais avec un gang, une bande de filles, et lui était aussi à la récré, toujours placé dans un banc en face avec un gang de filles. Je pense que déjà là, il y a eu un signe, à mon avis, qu'il était sensibilisé aux causes féminines, à la sensualité et à la...
Peut-être qu'il y a eu ça. Après, moi, je gardais secret ça pour moi. C'est quand j'ai redoublé. Et après, moi, j'étais avec... Là, j'étais devenue extrêmement populaire à ma deuxième terminale. Je traînais avec des punks et des gothiques. Et du coup, on jouissait d'une réputation incroyable au lycée. Je suis passée vraiment du loser à une personne qui était fascinante. Et donc, je commençais à mettre du vernis et tout. Et je disais à ma copine punk, gothique, regarde, le mec là-bas, je le veux, je suis amoureuse de lui.
Elle m'a dit « Ok, yes ». Et donc, ça a commencé comme ça. Je me suis rapprochée de lui parce que je me suis rapprochée d'amis à lui. Il n'était pas dans ma classe. Malin, malin, le cercle. Mais dès le jour de la rentrée, quand je suis arrivée avec mon petit sac à dos, avec la petite croix indochine dessinée dessus et tout, j'allais tout de suite voir « Est-ce qu'on est dans la même classe ? Oh zut, il n'est pas dans la même classe ». Donc, je me suis rapprochée d'amis à lui.
Et pour moi, le moment déclencheur, quand je me suis enfin approchée de lui et de sa bande, son gang de filles, il venait de faire un piercing à l'arcane.
Arcade sourcilière. Arcade, voilà ça. Arcade, non. Arcade majeure, c'est autre chose. Et donc, du coup, je lui ai dit, c'est la première chose que je lui ai dit, c'est « Ah tiens, t'as fait un piercing et j'ai touché son piercing et kshh ! » Il y a eu un truc. Ça a démarré. Un truc dans le regard ? Ben, c'était énergétique, c'était ça y est, on est lié, quoi. À vie !
C'est quand le premier baiser ou le premier geste qui montrait qu'on était plus qu'amis ? C'est ce fameux nouvel an. La rencontre, c'était septembre et le nouvel an, c'était fin décembre, début janvier. Et voilà, là, on s'est rapprochés, on s'est câlinés. On avait une relation très romantique et très pudique.
Ce n'était pas des grosses galoches, des masturbations, des fellations et des sodomies directes. C'était vraiment extrêmement doux et progressif comme relation. Moi, j'ai trouvé ça tellement mignon. Et voilà, ça a duré une petite année. Tu ne te souviens pas, au nouvel an, c'est quoi ? C'est au moment de dire 5, 4, 3, 2, 1, ils se tournent vers toi, ils s'embrassent. Moi, je vis ma meilleure vie avec toi.
J'ai vraiment l'impression de vivre le fantasme que moi j'ai pas pu vivre. Donc c'est pour ça que je demande tous ces détails. Est-ce que c'est au nouvel an, il prend ta main, tu vas aux toilettes dans un couloir et là il est là, il te prend la main, il te tire vers une chambre et il ferme la porte ?
Moi, j'ai plusieurs scénarios à disposition. Je vais te laisser avec tes scénarios. Je ne te souviens pas. C'est difficile. Non, t'inquiète. En tout cas, ce que je me souviens, c'est me blottir contre lui. C'est son odeur, c'est son corps, c'est sa peau. Je n'arrivais pas à manger en sa présence. À manger ? Ça veut dire quoi ? Quand j'étais en sa présence, je n'avais pas faim. J'avais faim de lui.
C'était un reste très beau. Ça a duré combien de temps ? Une petite année. Ça a été très difficile, la séparation, le premier grand drame de ma vie. Il m'a quitté pour quelqu'un d'autre. Et là, vraiment, j'ai écouté Mylène Farmer...
avant que l'ombre et donc du coup je me suis fait cette promesse je me suis dit ok darling tu m'as quitté pour quelqu'un d'autre moi je vais avoir une vie incroyable et je vais avoir plein de chéri et je vais m'épanouir dans ma future vie parce que j'avais à peine 19 ans et c'est ce qui s'est passé j'ai eu plein de chéri et j'ai une vie géniale quoi
Pendant cette petite année, on est donc dans un lycée d'une ville moyenne, c'est ça ? Entre Montpellier et Nîmes. Oui, plutôt privilégié, une ville privilégiée, oui. Et lui, qui est censé être hétéro ou en tout cas... Non, pas hétéro, juste... Florent sexuel. Il vit bien le fait de vivre au grand jour votre amour ?
Ben oui, petit à petit, on l'a dit à tout le monde. Sa mère nous a découvert. Surprise ! Oui, ça c'est hyper rigolo. Elle commençait à me prendre à partie après le repas, à me dire, mais voilà, mais qu'est-ce qu'elle m'avait dit ? Tu aimes mon fils ? Je sais pas, nanani, nanana, genre je le détourne. Je le détourne de l'hétérosexualité. C'était un peu ça le message.
Et je ne sais plus, il a pris ma défense, etc. Elle a dit, de toute façon, Florent, tu dors dans la chambre d'amis. Et nous, on rigolait. Donc, on a créé un faux corps avec des boudins dans la chambre d'amis. Et je dormais avec lui. Et évidemment, elle est allée vérifier si j'étais dans la chambre d'amis. Donc, elle est rentrée en trompe dans la chambre. Elle m'a foutu dehors. Donc, je suis partie. Ah, les coussins n'ont pas fonctionné. Non. Ah, merde. Donc, je suis partie. Je ne sais plus si je suis restée. Enfin, c'est des souvenirs. Bon, bref.
C'est il y a 20 ans, quoi. Et à l'inverse, chez moi, on était sur mon bureau, j'étais sur ses genoux, on regardait des choses sur mon bureau. Ma mère, tac, elle rentre comme ça d'un coup. Pareil, pour nous surprendre. Parce que les mères, elles ont ce truc de... Elles le savent, mais elles n'arrivent pas à en parler. C'est vraiment une époque...
L'émotion, la sexualité, tout ça, c'était des femmes extrêmement pudiques. Et du coup, il y a eu cet effet de surprise qu'elles ont provoqué, comme une espèce de coming out forcé. Mais moi, ça n'a jamais été un traumatisme. Dire que je suis gay, c'était évident, il n'y avait pas de problème. Ta maman, elle a dit quoi quand elle vous a surpris ?
Oh là là, je ne me souviens plus. Un truc genre, soyez plus... Restez...
Comment dire ? Soyez pas pudique, non ? Comment dire ? Soyez... Le montrez pas. Ouais, ouais, recisez... Je sais plus ce qu'elle a dit. C'est comme ça. Moi, j'ai laissé une lettre un an plus tard en partant à l'université de Nîmes, sur sa table de nuit. Elle m'a répondu une grande lettre, je sais pas si je l'ai encore. En fait, elle s'en doutait, elle voulait me protéger, elle avait peur, elle a toujours encore peur pour moi. Elle a peur des agressions homophobes.
Elle est sérophobe, elle a peur du sida parce qu'un de ses cousins a eu le VIH et est décédé, il était gay. Et elle a assisté en tant que technicienne de labo à l'arrivée du VIH aussi. Donc elle a cette sérophobie, homophobie intériorisée. Et elle avait aussi peur du candidatant. Que vont dire les autres de moi, de nous ? Ce n'est pas une remise en question profonde de son rôle en tant que mère ?
Mais c'était vraiment le regard des autres qui était extrêmement puissant pour elle. Et encore aujourd'hui, elle me dit, voilà, est-ce que ça va ? Est-ce que tu manges ? Est-ce que tu es en vie ? Est-ce que tu n'es pas agressée ? Elle a vraiment des peurs, des peurs d'une société, des peurs légitimes. Mais je lui ai expliqué d'ailleurs la dernière fois, tes peurs t'appartiennent, ce sont tes peurs à toi. Moi, j'ai une vie de racisme.
rêve, en fait. Ne projette pas les peurs sur moi, parce que c'est peut-être un moyen de protection, mais ma vie, elle est incroyable, quoi. T'as l'impression que à l'époque, tu exprimais déjà une féminité. Est-ce que ta mère avait peur du candidat autour de la féminité ? Est-ce que ça aurait été différent si tu étais gay et très masculin, rugbyman ? Est-ce qu'elle aurait eu moins de problèmes, à ton avis ?
On appelait ça à l'époque une fille manquée. Je me souviens très bien, toutes les années primaires, je me disais « mais je suis une fille, je veux mettre des robes, je veux jouer à la corde à sauter, je veux jouer au barbie, je veux faire les élastiques, je suis avec des copines, je me sens femme, fille à l'époque déjà ».
Donc, il y avait vraiment les prémices d'une transidentité. À l'époque, c'était impossible à imaginer. Et je pense effectivement qu'en me voyant ce petit garçon efféminé, j'allais avoir des embûches toute ma vie. Ça allait être un problème pour moi, alors que pour moi, c'est une évidence. C'est le kiff d'être moi !
C'est vrai ? D'être toi, bien entendu. Mais à l'époque, toi, tu ne vis pas, à cause de cette féminité, de violences particulières. Tu as dit un petit peu, mais pas trop, c'est ça ? J'ai l'impression que j'étais comme une forme de agent. Je ne pensais pas à la sexualité, je ne pensais pas à l'identité, je ne pensais pas... J'étais juste un être vibrant, avec des amitiés très fortes et
Mais si on t'insulte dans la rue, si chaque jour, en fait, on t'insulte, c'est plus ça ? Est-ce que tu as vécu cette violence-là ? Le rejet ? C'était des questionnements. Je dirais peut-être que je dis ça pour me protéger, ma mémoire m'a protégée, mais c'était des questionnements. Mais t'es une fille ou t'es un garçon ? Déjà, c'est hyper étonnant, cette façon de genrer.
C'était des questionnements et c'était des provocations pour me faire sortir, faire dire des choses en fait, plus qu'une insulte gratuite et méchante. Je pense que je troublais, je troublais les personnes déjà à l'époque.
Les jeunes, et surtout qu'à l'époque, on avait moins de connaissances sur ces études-là. Bien sûr. Donc je pense que je troublais et on me poussait dans le trouble à essayer de comprendre qui j'étais en fait. Mais même moi, je ne savais pas. Je n'avais pas le temps de savoir. C'était trop tôt. Est-ce que tu peux me dire la sexualité de Florent ?
Et j'ai envie de prendre soin, là, juste de faire une petite parenthèse. On en a parlé avant ensemble. Parce que tu sais, j'ai envie de dire à des auditeuristes qui ne sont pas forcément sachants que quand une personne fait une transition, sauf avec accord de cette personne, on ne parle pas du prénom, du fameux dead name, du prénom qui ramène l'autre à un moment de violence et qui...
et qui efface la transition. On en a parlé ensemble, j'ai vérifié. C'est même toi qui l'as invité, en fait. Sinon, je n'aurais pas osé, moi. Apparemment, c'est plutôt pas en genre. On peut me dire Flo, Florent, mon petit Florent, mon chéri, ma chérie, ma beauté, Flora. Il, elle, y'elle, tout est possible, tant que c'est de l'amour, en fait. Moi, j'ai encore des amis qui me disent « mon petit Florent, chéri ».
Si ça leur fait plaisir, si c'est de l'amour, moi je le prends en fait. D'autres amis, évidemment, ça a été Flora direct. Tu te sens Florent aujourd'hui ? Il est encore là ? Je ne sais pas si c'est la bonne question. J'ai créé Flora en, le E dans la, le glyphe non binaire. Non, explique-moi, tu m'as perdu.
Flora en, Flora en Flora, ça fait Flora en, le A et le E comme ladies. Le A, E dans le E. Le E dans le A. Ah, le E dans le A, bien sûr, comme un œuf, c'est le E dans le O. Ah, le E dans le A, ça y est, je l'ai. C'est une ligature, un glyphe non binaire. C'est joli. C'est beau.
Du coup, j'ai créé Flora An et j'ai dit Flora An, c'est Yel, Flora, c'est El et Flora, c'est Il. Mais c'est vrai que Flora An, c'est une bonne question que tu me poses. C'était quoi ta question ? Est-ce que là, aujourd'hui, tu te sens encore Flora An ? Quand quelqu'un t'appelle mon petit Flora An d'amour, est-ce que ça vient faire vibrer une part en toi qui existe, un petit Flora An d'amour ?
Oui, je pense que c'est un petit être, j'aimerais pas dire petit garçon, un petit être qui avait envie de jouer, de créer, de chanter, de faire du théâtre, de danser, et aussi de se rapprocher de l'esthétique féminine, et il n'a pas pu, parce qu'à l'époque on n'avait vraiment pas...
Non, je crois que c'est... Non. Il y avait les travestis, cajofolles, mais ça c'est carrément limite... Vincent McDoum en tant que figure, en tant que représentativité, ça t'a inspiré, ça t'a aidé, tu as aimé ou au contraire ça t'a violenté ? Qu'est-ce que tu en as pensé d'avoir enfin cet être public ?
J'étais fascinée par sa minceur, comme moi, sa longiligne grande, de mettre des petits talons, ses cheveux longs, son aisance, cette légèreté, ça me fascinait. Je l'ai rencontrée d'ailleurs, je l'avais rencontrée après, mais j'ai été quand même fascinée. J'arrive pas à voir... Il y avait qui ? Il y avait Star Academy... Non, il y avait le Loft. Non,
Le livre Stevie Oloft. Qui, du coup, il te représentait ? Le voir à l'écran, ça t'a aidé parce qu'il était très efféminé ? Je ne sais pas. Je le trouvais rigolo, mimi, mignon. C'était des profils que je voyais déjà, que je commençais à voir apparaître, par exemple, dans certains clubs gays, etc. J'avais un de mes meilleurs amis qui était vraiment assumé gay tout de suite, très vite aussi. Ça a été une référence pour moi.
mais c'est vrai qu'on avait très très peu de représentation médiatique donc notre petit monde était vraiment et on n'avait pas les réseaux sociaux donc c'est vrai qu'on avait un petit monde assez confidentiel finalement c'est vrai c'est en 2020 que naît Flora oui
À la louche, si on termine sur l'avant 2020, Florent, ta vie sexuelle adulte, donc de 20 à 30 ans, à ce moment-là, tu as l'air plus masculin, c'est ça ?
Comment ça s'appelle ? Twink. Twink. C'est ça. Tu étais un twink, c'est quoi pour toi un twink ? C'est un petit jeune de 20 ans, mince, sans poils, miné, cheveux courts, tu vois ? Et le twink plaisait. J'avais beaucoup de succès, j'ai eu beaucoup de chéries et des histoires incroyables.
Incroyable, j'ai beaucoup voyagé, beaucoup fait de stages à l'étranger, dans des villes différentes. Stages de quoi ? Dans les musées, les lieux culturels, dans toutes mes formations artistiques. Et j'ai eu tellement d'histoires, tellement de chéries, tellement de vies, de sensualités, de sexualités, de découvertes différentes. C'est vraiment, je dirais pas des fantômes, mais c'est vraiment...
ni un passé, mais c'est des découvertes qui m'habitent encore et qui constituent aussi mon identité, mon orientation sexuelle. Parce qu'en fait, t'étais dans les codes gays, puisque le twink, le minet, a le droit d'être plus fin, de ne pas avoir de... Il est valorisé lorsqu'il est fin, sans poils, là tu winnes.
Ouais, yes. Tu incarnais bien le stéréotype et il a le droit, lui, le minet, le twink, d'être efféminé parce qu'alors des hommes souvent plus âgés vont être attirés par lui ?
Ah non, je ne savais pas. Plus âgé, je ne savais pas. Parce que moi, je dirais que j'étais plus dans la catégorie androgyne, ingénue. Je sais évidemment que des hommes plus âgés étaient attirés par moi, mais j'ai eu vraiment tous les âges, toutes les catégories sociales, tous les styles, tous les univers. Je pourrais te parler pendant des heures, écrire un livre sur toutes les vies que j'ai eues avec tous ces garçons-là.
La sexualité a été à chaque fois très variée, diverse, ou avec cette case de Minetwink, venaient aussi des rôles sexuels ? Sincèrement, non, c'était vraiment... Non, c'est vrai ? Ah oui ! Je rigolais à la fin de ma question, parce que j'avais juste envie de te dire mon avis, qui est, le Minetwink, il est attendu d'être passif. Pas du tout. D'être pénétré. Ok, génial. J'ai exploré tout, tout, tout, tout, tout, tout.
Je te dis pas toi ton désir et ce qu'il ressentait dans ton cœur, je te parlais des stéréotypes de ce qui t'est, quand on te contactait, ce miné-féminé, t'as pas eu l'impression qu'on t'attendait plus à un certain endroit sexuellement ?
Pas du tout. Je pense qu'il y avait, par contre, à l'époque, quand j'étais jeune, des codes de séduction et de romantisme un petit peu plus hétéronormatifs qu'aujourd'hui, où il y avait, en Corse, à l'époque, on s'embrassait, on sortait ensemble. Je crois que ça n'existe plus aujourd'hui. Et peut-être que ça existe ailleurs, mais je ne sais pas où exactement. Donc, t'embrasser quelqu'un,
en club d'amis amis tout ça on sortait ensemble ça créait une histoire pendant 3-4 jours une semaine un mois et après il fallait casser c'était pas le même système de dating qu'aujourd'hui j'ai l'impression donc en fait je créais des histoires et moi j'étais vraiment dans des histoires c'est pour ça que je me pose la question si je suis pas demi-sexuelle parce que
J'aime créer des histoires, un imaginaire, une culture avec la personne que tu rencontres. En plus, c'est des odeurs, c'est des caresses, c'est des touchés, c'est des manières de faire, c'est des voix. Donc, je n'étais pas dans ce système de rôle, j'étais plus dans des systèmes de sensations et d'émotions. Je n'ai pas l'impression d'avoir été piégé par des rôles à l'époque. C'est ça, l'autre ne venait pas avec des gros sabots ou des attentes ?
Non, c'était plutôt fluide. Alors qu'on n'avait pas une grande connaissance, encore une fois, de toutes les problématiques LGBTQIAP+, ni les études de genre. Donc, je trouve que c'était plutôt cool, finalement. Tu dis LGBTQIAP+. Excuse-moi, P. Pensexuel. Merci, ok.
C'est LGBTQI. Oui, d'ailleurs, on peut... Non, non, mais c'est OK. Juste, je l'entendais. Moi, je ne l'avais pas. Demi-sexuel, ce n'est pas que tu es à moitié sexuel ou que tu es très attiré par demi-mour. Oui. Très bonne blague. Oui. Ah, c'était génial, demi-mour.
Non, c'est quoi demi-sexuel pour toi, en tout cas ? T'es pas obligé de connaître la définition, mais... Je crois que ça veut dire qu'on a besoin d'une... On n'arrive pas à avoir une sexualité anonyme. On a besoin d'une... J'aime pas le mot romance, ça fait un peu cucu, mais on a besoin d'émotions, de sensations, de connaître un peu la personne. Tu ferais une différence avec sapiosexuel ?
Oui, Sapio, c'est un besoin de connexion intellectuelle, ce que j'ai évidemment aussi, j'ai besoin d'admirer la personne avec qui je relationne. Il faut qu'il y ait une attirance intellectuelle, ouais, aussi. Mais c'est différent de demi-sexuel ? Ouais, je pense, ouais. Qu'est-ce qui... Tu as l'air de me décrire une vie idéale. T'as l'air d'être... Et qu'à ce moment-là, c'est absolument génial. Euh...
Qu'est-ce qui s'est passé pour que tout s'arrête ? C'est pas possible que tous ces hommes qui cherchaient ce que tu cherches disparaissent d'un coup, même culturellement avec l'arrivée de Grindr, avec les gens qui veulent plus de sexe automatique. Qu'est-ce qui s'est passé à ton avis ?
Il y a eu une aventure assez passionnante quand j'étais à Toronto au Canada. J'ai relationné avec une personne, c'était extrêmement fort. Et j'ai eu un quasi ghosting. Donc de manière très dramatique, j'ai décidé de rentrer en France. Donc je suis partie à New York et je suis rentrée en France. Et je me suis dit à ce moment-là, ça a été un choc. Je me suis dit, je ne comprends pas pourquoi il m'avait fait toute cette espèce de drague, de romance. Vous vous rencontrez comment ?
On s'est rencontrés par des amis en commun en allant à une soirée. Ok. Vous restez combien de temps ? Vous vous relationnez combien de temps ? Un mois ensemble, oui. Un mois. C'est intense ? Ah oui. Par exemple ? Ah ben, il me disait, j'ai le passeport européen avec ma mère, on ira en Europe ensemble. Je vais te faire rencontrer ma mère qui est photographe, qui va t'adorer, blablabla.
Il me disait des trucs incroyables. Et du jour au lendemain, je ne sais pas ce qui s'est passé. Ghosting. La violence. Et je suis rentrée en France. Je suis partie à Rome, je suis revenue. Là, il m'envoie un message. Il me dit, je veux te voir. Et je lui dis, je ne suis plus là. C'était ma petite disparition en vengeance. Mais du coup, j'étais un peu sous le choc. Vous n'avez pas eu de conversation. Tu lui as dit, je ne suis plus au Canada. Je ne suis plus là. Et vous n'avez pas téléphoné ?
Donc on n'a pas la fin ? Non, on ne le saura jamais. Il a disparu, je ne sais même pas où il est. Je pense qu'il est parti à Londres à un moment. Et à ce moment-là, je monte à Paris et je rencontre un homme aussi très puissant, très fort, très beau.
Pareil, passion, sexuelle aussi. Et il me dit, non, je ne suis pas un homme bien pour toi. Je te paye ton billet retour et tu rentres dans le Sud. Je suis rentrée dans le Sud. Il m'avait payé mon billet de train. C'était absurde. Je m'étais dit, mais comment ça se fait que tu peux partir dans des histoires aussi rocambolesques ? À l'époque, j'avais un peu une colère en me disant,
Mais pourquoi on me drague, on me charme, on me dit des mots doux pour me pécho, puis après on me jette ? Je ne comprenais pas ce système de manipulation-séduction. Et juste après, dans un tout petit village, je travaillais dans un tout petit village dans le sud, et j'avais revu un pote dans un tout petit village dans le sud, on s'est retrouvés et on a couché ensemble.
C'est la première fois que je couchais avec quelqu'un sans drame, psychodrame, séduction, etc. On était juste deux potes qui se font plaisir, qui couchent ensemble. Et j'ai adoré. Et je me suis dit, mais en fait, la sexualité sans psychodrame émotionnel, c'est trop bien. C'est vrai que là, ça a été un moment important où je pense que je suis véritablement entrée dans la culture gay.
Celle où on peut avoir des relations sexuelles sans romance hétéronormative et séduction pour obtenir une faveur sexuelle. Mais je ne sais pas si je réponds à ta question. Le grand choc que tu me demandais, ça a été bien plus tard. C'est-à-dire plus tard ? Écoute, c'était les Gay Games. J'ai ce souvenir en tête. Gay Games. Les Gay Games, c'était à Paris.
À la louche, on est bon. On a compris. 2010, 2012, 2013, 2013, 2014, 2014 ? Ouais. Et donc, des amis me disent « Bon, on t'emmène avec nous dans une soirée gay, the place to be à Paris, au Grand Palais. »
Moi, vraiment, ça ne m'intéressait pas du tout. Et parenthèse, pour Gay Games, c'est une sorte de festival, un grand rassemblement de plein d'assos sportives et de jeux olympiques gays ? Oui, je crois que c'est ça. LGBT ? Oui, je crois que c'est ça.
Donc ils te disent, viens à une teuf au Grand Palais, à Paris.
Donc, on s'insère dans la nef, comme ça, au milieu des hommes gays. Petit à petit, la soirée avance, tous les hommes se mettent torse nu. Les hommes, maintenant qu'on dit ce genre gays mascus. Et il y avait, mais deux ou trois, dans cette nef de milliers de gays, il y avait trois maigrichonnes grandes comme moi, quoi. Trois folles aux cheveux longs, quoi, mi-longs.
Et on était, je me sentais mais dans un film de science-fiction, tous ces hommes cisgenres se ressemblaient, étaient tous torse nu, se péchaient, s'embrassaient, étaient plus ou moins alcoolisés ou drogués. Et moi mais j'étais complètement out of the game du coup, j'étais pas dans le truc quoi.
Et j'ai eu un choc comme ça, je suis partie dans une nef à côté vide, dans le noir, il y avait un spot de lumière, j'ai dansé dans la lumière. Et je me suis dit, ben voilà, ton destin c'est danser dans la lumière, c'est être seule, c'est que ton corps soit vu différemment, on danse différemment. Et deux, trois personnes sont venues me voir en me disant, c'était incroyable de te voir seule dans la lumière, voir te faire...
Donc, j'ai vu à quel point mon corps et mon expression de genre pouvaient susciter de l'admiration. Par contre, je n'étais vraiment plus dans la norme gay. Là, je suis sortie du Grand Palais et c'était un choc pour moi, un reveal. Je ne suis pas gay, mais qui je suis ? Si mes pères homosexuels ne sont plus moi, qui je suis en fait ?
Ça, ça a vraiment été le démarrage très profond de jusqu'à aujourd'hui. De l'arrivée de Flora. Et oui, de Flora. J'aimerais terminer sur un dernier point. J'entends une sorte de double discours dans ce que tu dis. Tu dis deux choses. Tu dis à la fois, ce passé était délicieux. J'ai eu plein de conquêtes, plein d'histoires d'amour puissantes. Et tu dis aussi, c'était une suite de psychodrames où on me contait fleurettes pour me baiser et me jeter après.
C'est entre les deux ? Oui, je pense qu'il y avait effectivement encore à l'époque cette notion de séduction qui était assez forte, qui aujourd'hui, cette romance séductive est un peu has-been. Compris, c'est-à-dire que les gens ont toujours eu envie de baiser, avant ils se forçaient à séduire et aujourd'hui ils vont direct ?
Il faut dire que moi, j'étais assez naïve. Je ne connaissais pas trop la culture. Je connaissais la culture clubbing, mais tout ce qui était darkroom, cruising, rencontres en public. Voilà, tous ces trucs-là, je ne connaissais pas.
Je ne connaissais pas parce que j'habite dans le sud, dans un petit village. J'ai pas accès, c'est ça ? Peut-être aussi, ouais. Non, pas forcément, parce que j'ai habité dans plein de grandes villes. Mais non, j'avais pas cette culture. Je connaissais pas bien cette culture gay à l'époque. Ouais. Je te propose qu'on s'arrête là pour la première partie. Je trouve que t'as très bien... Enfin, c'était très cool, je te remercie. Et donc, hâte de la partie 2 pour Flora et la suite. À tout à l'heure, Flora !