Pascal et 2 secrets : « Sexuellement je me sens femme » 1/3

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Partie 1 sur 3 – Pascal a découvert dans la chambre de bonne qu’il achète à Paris un manuel de survie pour les gays des années 60. Ce document (ci-dessous) est historique : ces 36 pages décrivent comment un homme qui aime un autre homme peut être arrêté, mis en prison ou harcelé en France : par la Police, la justice, ses amis, ses voisins.

Ce manuel de survie était partagé sous le manteau entre gays pour mieux échapper à cette répression.

Pascal garde ce manuel précieusement dans un placard pendant 17 ans. Et il y a quelques semaines il décide de le sortir du placard et de me l’envoyer.

Et au fil de nos échanges je comprends que le manuel n’était pas seul dans ce placard : c’est toute une partie intime de lui qu’il a gardé secrète et qui impacte profondément ton cheminement intime, amoureux et sexuel.

Tout a commencé l’année dernière, une conversation sur Grindr crée un premier déclic puissant. Il me parle d’une “explosion dans ma tête”.

Le film mentionné par Pascal est « Le temps d’aimer (2023) »

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Lire la transcription de cet épisode
Tu peux me redire un truc ? Eh bien, écoute, voilà, nous sommes lundi. C'est vrai qu'on est lundi. Lundi, 14h30, et on commence un podcast de ta série. Parce que tu en as fait beaucoup, apparemment. Exactement. C'est que quand j'ai compris que tu en avais fait autant, je me suis dit, ah oui, mais en fait, il sait très bien ce qu'il fait. Parce que c'est vrai que j'ai eu un petit doute hier, après notre conversation. Je me suis dit, mais quel intérêt est mon histoire, en fait ? Après, je me dis, ben… J'ai écouté le podcast et puis je me suis dit, c'est lui qui sait. C'est lui. C'est ton histoire aussi à toi, ce que tu construis. Et du coup, je me suis dit, s'il estime que ça a sa place au sein de tout son travail, ok. Tu m'as fait confiance. Oui, tout à fait. J'en suis honoré. Bonjour. Je suis content. Pascal, tu as 56 ans. Il y a 17 ans, tu achètes une petite chambre de bonne à Paris. Dans cette chambre, tu découvres une boîte et dans cette boîte, tu découvres un document, une sorte de manuel de survie pour les gays des années 60. Tu te dis qu'il a dû appartenir à un ancien locataire et tu le ranges dans un placard. Mais ce document est historique. C'est 36 pages qui décrivent comment un homme qui aime un autre homme peut être arrêté, mis en prison ou harcelé en France. Par la police, la justice, ses amis, ses voisins. Ce document, c'est un manuel de survie, comme je l'ai appelé. Il est partagé sous le manteau entre gays pour mieux échapper à cette répression. Toi, Pascal, tu gardes ce manuel précieusement dans un placard pendant 17 ans. Et il y a quelques semaines, tu vois une de mes publications sur Instagram et tu décides de sortir ce manuel de son placard et de me l'envoyer. Alors tu vois, moi Pascal, je suis un passeur d'histoire, un ouvreur de voix, un résonateur d'intime pour libérer et direct, quand on a discuté, mon radar s'est allumé. Je sentais que ce n'était pas par hasard si tu m'avais envoyé ce document à moi. Et au fil de nos échanges, je comprends que le manuel n'était pas seul dans ce placard. C'est toute une partie intime de toi que tu as gardée secrète et qui impacte profondément ton chemin intime, amoureux et sexuel. Avec ce manuel, c'est aussi ce secret que tu sors du placard. Tout a commencé l'année dernière. Une conversation, tu ne peux pas te mettre à pleurer immédiatement. Enfin, si tu peux, excuse-moi. Ça t'émeut ? T'es à l'aise que je termine l'intro ? Oui, termine. Mes larmes, il ne faut pas être intimidé par ça. Ça sort comme ça sort. Tu surfes dessus. Je t'autorise à surfer dessus. Bien sûr. Excuse-moi si je me suis mal exprimé. Elles sont bienvenues. Mais c'est vrai que moi aussi, ça m'émeut beaucoup. Je crois que ce que je voulais te dire, c'est que si toi aussi, t'es ému, on va être ému ensemble. Mais t'as bien raison, ça a toute sa place et tu ne retiens rien, bien entendu. Mais je crois que moi-même, quand j'ai préparé cette intro, je me suis mis à pleurer et je me suis dit, oulala, comment je fais pour être disponible à cet échange et faire mon métier et à la fois faire de la place à cette émotion. Je ne sais absolument pas où j'en étais, donc je vais reprendre. Avec ce manuel, c'est aussi ce secret que tu sors du placard, Pascal. Tout a commencé l'année dernière, une conversation sur Grindr, créé un premier déclic puissant pour toi. Tu m'as parlé d'une explosion dans ma tête. Ensemble, on va parler du manuel, de toi Pascal, du placard, pour j'espère y faire entrer plein de lumière et d'oxygène. Ça te va cette intro ? C'est parfait, c'est très beau, c'est très beau même. J'étais surpris en fait que tu fasses le lien, parce que je ne voyais pas le lien en fait entre le document et mon histoire en fait. Surtout aujourd'hui. Et du coup, t'as fait le lien et je me dis, ah mais oui, c'est vrai. Mais oui, en fait, c'est exactement ça. Cette histoire de sortir du placard, je ne me considère pas sortir du placard, mais c'est une partie très, très, très intime que je livre un petit peu quand même. C'est pas facile, mais bon, voilà. Je vais essayer. Est-ce que ça te va qu'on commence déjà par le manuel, après de rebondir sur ton histoire ? Oui, bien sûr, bien sûr. C'est le point de départ quand même, le manuel. Ouais, moi j'adore, c'est… Ces dominos, ces jeux de dominos. Oui, ouais. Et alors, tu te souviens, quelle publication sur Instagram que je poste te donne l'envie, l'idée de m'envoyer le document ? En fait, ça s'est fait genre un jour, je tombe sur un de tes posts, c'était sur les lavements. Et je trouvais ça génial. Je me disais, oh là là, mais si j'avais connu ça avant, parce que moi, j'ai trouvé tout seul, en fait. Et deux jours plus tard, tu publies sur l'histoire d'un oncle, de ta propre histoire en fait. Et puis vous, est-ce que vous avez d'autres histoires personnelles à raconter ? Et tout de suite, je pense à ce livret en fait, à ce document. Mais tout de suite, c'était vraiment, c'était de l'histoire ? Parce que ce livret, il me parlait aussi de l'histoire de mes ex qui ont eu des ex qui ont connu les années 50, 60, 70. Et c'était exactement ce qu'il me racontait, en fait. Et donc, voilà. Du coup, je me suis dit que c'est peut-être le moment de le livrer, ce livret. Ok. Pourquoi moi ? Je pense que tu étais là, parce que tu étais là, simplement. Parce que j'ai fait l'invitation, peut-être ? Oui, tout à fait. J'ai fait l'appel. Oui, voilà. Mais déjà, je trouvais… Je venais juste de découvrir, j'avais juste lu quelques publications, mais je trouvais ça juste génial. Et puis en plus, je sais que tu te plaignais de propos homophobes, et je trouve ça tellement… que j'avais envie aussi de t'aider, en fait, quelque part. Tu vois, te dire, non, mais c'est bien ce que tu fais. Et du coup, ce document, je te le donnais pour toi, en fait, aussi, pour construire ce que tu fais. C'est chouette. Tu l'avais sorti ? Tu l'avais envoyé, ce document, avant à d'autres ? Ah non, non, non, non, non. Je ne l'ai montré à personne. J'ai juste deux amis à qui j'en ai parlé au tout début que j'ai eu le studio. Où était la boîte dans laquelle il y avait ce document ? Alors, dans cette chambre de bonne, elle semblait être inhabitée depuis les années 70, en fait. Il y avait un fouillis, il y avait des bibelots qui traînaient, il y avait des petites étagères. Il y avait une petite armoire dans laquelle il y avait des vêtements. Et en bas de cet armoire, il y avait cette boîte. Non, ce n'était pas une boîte, mais il y avait une boîte à l'ancienne de chemise. On mettait les chemises dans les boîtes avant. Et puis par-dessus, il y avait des papiers, des lettres, des brouillons de lettres. Et puis ce manuscrit. Tout de suite, j'ai dit, ah, mais c'est incroyable. Alors moi, je l'ai pris pour… C'était le propriétaire, en fait. Ça appartenait au propriétaire. Au précédent. Oui. T'achètes début des années 2000. 2000, c'était il y a 17 ans. Donc, il y a 2000… Début des années 2000. Oui, voilà, à peu près. Et donc, toi, tu penses que… Enfin, les vêtements étaient tels quels et t'es resté 30 ans. C'est impressionnant. Oui. Ça m'a semblé, je ne sais pas si c'est ça, parce que depuis j'ai eu des petits, j'ai un peu regardé un peu mon acte d'achat et en fait ce monsieur, au moment de sa mort, c'est un monsieur qui doit avoir à peu près 80, 90 ans quand il est mort, il habitait juste à côté. Et du coup, je me suis dit, il a acheté cette chandemonne en 77. Et du coup, je me dis, peut-être qu'il s'en est servi comme un grenier ou une pièce d'entrepôt. Parce qu'en fait, il a payé ça une misère. À l'époque, oui. À l'époque, mais c'est un truc… Tu te dis, c'est incroyable ce que j'ai trouvé. D'ailleurs, je ne l'ai pas dit, mais tu as pris en photo ce document en papier. Tu l'as à la fois envoyé à une association d'archives, et tu me l'as envoyé aussi. Et moi, je le publie sur le site du podcast. Très bien. Comme ça, si les auditeurs veulent… Oui, mais c'est fait pour être lu, en fait. Et du coup, c'est dans le menu détails, comment la répression se faisait, peut se faire ? Pour que si tu en es la victime, tu puisses réagir et aussi si tu peux l'éviter, tu l'évites. Voilà, pour éviter en tout cas de savoir ce que l'on fait est répréhensible et de quelle manière et comment l'éviter. En tout cas, de savoir que ce que l'on fait, ça peut être répréhensible. Et là, quand on le relit, parce que là, je l'ai lu avant de venir, mais je n'avais même pas, il y a 17 ans… vu que rien que d'écrire des lettres, ça pouvait être pris pour preuve d'être gay, en fait. Et donc, c'était répréhensible. C'est-à-dire d'écrire une lettre à un homme qui sous-entend une possible affection ou une sexualité. Voilà. S'il y avait des preuves d'homosexualité, c'était condamné. Ouais. Donc, il y avait une répression, mais qui était énorme. Le manuel, j'ai pris ça en… Enfin, j'ai vraiment retenu ça. Le manuel, à un moment donné, mentionne l'histoire de la femme d'un homme qui… Ils sont en un sens de divorce. Et qui se rend compte que son mari a des relations avec d'autres hommes. Qui découvre une lettre. Et en fait, par effet domino, qui arrive… Enfin, qui arrive. Qui fait arrêter… 20 personnes parce que du coup la police perquisitionne c'est à dire 20 personnes qui se citaient les unes les autres par des perquisitions en fait tout simplement il y a un film il n'y a pas longtemps qui est sorti j'ai pas retenu le nom du titre mais il n'y a pas longtemps avec Vincent Lacoste et c'est ça à la fin du film En fait, la police perquisitionne l'appartement du couple et le bureau du mari pour trouver des preuves. Des preuves qu'il est gay, en fait. Tu comprends pourquoi, pendant 17 ans, tu n'en fais rien de ce document, mais pour autant, tu le gardes ? Je le garde parce que je me dis qu'un jour, pour moi, c'est un morceau d'histoire. C'est comme si j'avais gratté dans le sol en Égypte et trouvé un truc. Et je me dis qu'un jour, je vais le transmettre. Mais j'attendais le moment où il y ait un lieu pour le confier et qu'il soit pris en compte. Et je l'avais un peu oublié, c'est vrai. Et c'est toi, en fait, qui me l'as donné. À ce coup, j'y ai repensé. Et je me suis dit, voilà, c'est peut-être le moment. Et tu as décidé que ça l'était. Est-ce que tu as d'autres choses à dire sur le manuel, où on passe à ton histoire, à toi ? Des choses que tu retiens ou des choses qui… Ça a résonné parce que dans le sens où ça confirmait ce que mon ex m'avait raconté, j'ai un ex qui a 9 ans plus que moi et lui a un ex qui a 15 ans plus que lui. Donc ça veut dire que c'est quelqu'un qui est des générations 50, 60, 70. Et c'est quelqu'un qui avait des barres de nuit dans Paris. Et qui a connu exactement ça, la répression, les garçons qui dansent ensemble. Il y avait des descentes de flics. Je me permets d'interrompre. Le manuel m'apprend que dans les années 60, par décret, la danse entre deux hommes est interdite dans plusieurs départements, dont celui de Paris, du Rhône, etc. La danse entre deux hommes. Oui, mais voilà, c'est même pas un acte sexuel, en fait. Non, c'est juste danser ensemble. Mais c'est fou quand même de penser à ça. C'est… Et c'est ce que j'ai entendu. Ça correspondait vraiment à ce que j'avais entendu, ce que je lisais. Et en plus, je peux… Et moi, enfant des années 80, on n'est plus dans… Enfant des années 80 ? Je suis né… Non, mais je suis un ado des années 80. Un ado ? Je suis né en 86. Oui, oui. Non, mais je suis un ado des années 80, donc si tu veux, je… Mon éveil sexuel est déjà là, commence à être là et je commence à comprendre. Et puis mes débuts dans la vie sexuelle, forcément, moi, j'ai des boyfriends qui sont plus âgés que moi. Donc, j'entends des choses. Et je sais qu'en fait, finalement, la chasse aux gays est devenue la chasse à l'attentat à la pudeur, en fait, finalement. C'est transformé en attentat à la pudeur. On dit plus gays, mais on dit attentat à la pudeur. C'est ça. C'est qu'au final, d'ailleurs, le juriste, parce que… J'essaie d'avoir un historien sur le podcast qui peut un peu nous raconter les tenants et les aboutissants. Parce que ce que je trouve puissant dans ce manuel, c'est qu'il décrit un passé qui est encore actif aujourd'hui, qui explique beaucoup. Ça, c'est un autre sujet, mais ce que je voulais te dire, c'est… Ce n'est pas un délit, l'homosexualité à l'époque n'est pas un délit, mais la police et la justice utilisent l'outrage public à la pudeur, si je dis bien. Attentat à la pudeur. Attentat, mais il y a outrage dans le manuel. Ah, dans le manuel, peut-être, oui. Et par exemple, aller et venir dans des toilettes publiques… Oui, c'est une preuve. …est une preuve pour t'arrêter à ce fameux outrage à la pudeur. Donc tu es habillé, tu fais des allers-retours pour aller aux toilettes. Et la police peut considérer ça. Donc l'attentat à la pudeur devient un truc un peu extensible que tu utilises. Et il a été perduré, cet attentat à la pudeur, dans les années 80, même 90. Parce que moi, j'ai connu des potes qui se sont fait arrêter sur des lieux publics, si le bois de Boulogne, le bois de Vincennes, etc. Où il y avait des flics qui étaient là pour… des flics en civil qui étaient là pour arrêter le flagrant délit d'attentat à la pudeur. Et que même les employeurs, la police ou je ne sais pas qui dans le système, prévenaient les employeurs. de l'attentat à la pudeur et de la nature de l'attentat à la pudeur. Même dans les années 90. Ce qui était hier, quand même. Et moi, là où je vois que c'est aujourd'hui, c'est par exemple dans un documentaire de Mediapart sur les guet-apens homophobes. En 2022, t'as un guet-apens homophobe tous les trois jours, c'est-à-dire un homosexuel qui est manipulé grâce aux apps, notamment, par une personne qui va l'attirer quelque part et le passer à tabac, le violenter ou autre. Donc, les chiffres 2022, une double enquête de Tétu et de Mediapart. Et une des choses que les enquêtes montrent, c'est que l'accueil par la police est très compliqué. C'est-à-dire que les victimes ont du mal à aller à la police parce qu'elles ont cette crainte d'une police homophobe. Et c'est le cas, il y a eu plusieurs témoignages à Paris, notamment dans le commissariat du Marais, où tu te dis quand même que… où en fait, il y a pas mal de victimes qui ont été mal accueillies et un harcèlement de la police qui existe encore aujourd'hui dans des lieux de cruising à Paris. Des policiers qui viennent emmerder, par exemple, au Tuileries, qui est un espace de rencontres et de cruising connu, tu vois. Aujourd'hui, 2024. C'est quoi le pont que tu fais ou que tu as envie de faire entre le manuel et ton histoire ? Moi, je t'ai proposé… Alors, au début, j'imaginais que ce document était dans un tiroir. Et après, je me suis dit, mais le tiroir, c'est peut-être un placard. Et j'ai décidé d'aller dans la métaphore du placard. Et tu avais l'air OK de faire ce pont. Est-ce que tu en fais un autre ? Est-ce que tu vois une coïncidence que tu te retrouves à me raconter ton histoire ? Alors, je pense qu'il n'y a pas de coïncidence, finalement, parce que… J'ai l'impression d'être à un moment de ma vie un peu particulier, en fait. J'ai l'impression d'arriver… Voilà, j'ai 5 ans, 6 ans… J'ai l'impression de faire un bilan. En fait, je travaille un peu moins. Je repense à ce que j'ai vécu. Par exemple, tout simplement, je fais parler ma mère sur mon enfance. J'ai l'impression de recoller les morceaux, en tout cas de comprendre ce qui s'est passé en rajoutant des morceaux que je n'avais pas pensé… à interroger je ne savais même pas que ça existait ces morceaux et puis je fais aussi mon cheminement parce qu'il y a le cheminement professionnel aussi et pourquoi j'ai eu ce cheminement là Et mon cheminement amoureux, sexuel, tout ça est lié en fait. Il y a une espèce de… J'y vois une traversée en fait, jusqu'à aujourd'hui. Et voilà, je pense que je suis arrivé à un moment de ma vie où j'ai peut-être besoin de comprendre ce qui s'est passé. Et ce qui s'est passé et finalement ce que je suis aujourd'hui en fait finalement. Comment est-ce que je suis aujourd'hui ? Mes aspirations d'aujourd'hui ? Enfin, mes aspirations. Parce que je suis en questionnement, finalement, aujourd'hui. Je ne sais pas. J'ai l'impression d'être à une porte et de… Je ne sais pas s'il faut que je la traverse ou pas. Ce serait quoi, cette porte ? En fait, est-ce que tu serais à l'aise de dire ce secret de façon frontale ? Est-ce que tu veux qu'on tourne autour ? Euh… Je pense que, frontalement, c'est un peu violent, peut-être, pour moi, mais peut-être pour les auditeurs aussi, je pense. Il faut que je revienne un peu en arrière. Le petit garçon que j'ai été, moi, j'étais un petit garçon très… Je m'identifiais souvent à une petite fille, quand même. J'avais des… Des envies de petite fille. J'avais des poupées, j'avais envie d'une dinette. Voilà, j'étais très… Voilà, ça me parlait, tout ça. Mettre les chaussures de ma mère. Enfin, moi, des trucs comme ça qui… Par rapport à mes frères, j'ai deux frères qui étaient des bourrins, à côté de moi. Et puis comment le harcèlement a commencé à l'école, on a commencé les mots habituels. Mais c'est arrivé petit à petit, finalement, progressivement. Le harcèlement parce que tu étais trop efféminé. Oui, parce qu'avant que je mette le mot gay dans ma tête, le harcèlement était déjà là depuis un moment. Mais sur ton aspect efféminé, pas sur une identité sexuelle, parce qu'à l'époque, tu ne le savais pas. Je n'en avais pas. Tu étais un enfant. Oui, j'étais un enfant. Même si, avec le recul, j'avais un regard sur les garçons qui m'intimidaient beaucoup. Autant les filles, c'était des copines d'égal à égal. Mais les garçons, c'était un monde un peu… J'avais envie, mais voilà, il m'intimidait beaucoup, les garçons. Et puis, je pense que j'avais un aspect très féminin, en fait. On me prenait souvent pour… On me disait mademoiselle. On me prenait pour une petite fille, en fait. Même à tes premières années adultes, tu me disais à 20 ans, tu avais les cheveux longs. Ah oui, oui, oui. On me prenait pour… Ah oui, on me disait mademoiselle. C'était très courant. C'est quelque chose que tu cherchais, tu crois ? Non, en fait, pas du tout. C'était normal pour moi. Et ça ne me dérangeait pas quand me disent « Mademoiselle ». Joli lapsus. Ça ne me dérangeait pas. Même, je pense que j'aimais bien. Tu as entendu ton lapsus ou pas ? Non, je ne l'ai pas entendu. J'ai cru entendre des gens. Au lieu de déranger, tu as dit des gens déjouer. Ah bon ? Oui. Ah oui, c'est drôle. Peut-être que c'est moi qui ai inventé. En plus, tout ça a été enregistré. Tu vas pouvoir vérifier. Oui, ça ne te dérangeait pas ? Non, non, non, pas du tout. En plus, moi, j'étais ado, c'est des années 80. Moi, j'adorais Boy George. Donc, Boy George, ça me semblait tellement loin, vraiment dans l'expression de la féminité que moi, c'était rien du tout à côté. Vraiment, c'était peanuts. C'est un chanteur pop anglais ? Oui, voilà, qui se maquillait et tout. Mais il a été loin quand même dans le côté un peu travesti, tout ça. Puis moi, j'aimais bien Pete Burns aussi, qui a été encore lui plus loin après dans… La transformation physique, il a été très loin après. Tu grandis où ? C'est où cette scène, cette enfance ? Mon enfance, j'ai un père militaire. Région parisienne, Reims, l'Afrique. J'ai deux ans au Tchad. Mon père, il décède. Quand j'ai 10 ans, retour dans la région de mes parents, en Bretagne, jusqu'à mes 19 ans, où à 19 ans, je vais à Paris. Et depuis, je n'ai pas quitté Paris. Et… Qu'est-ce qui se passe alors pour ce jeune adulte aux cheveux longs, qu'on appelle mademoiselle et que ça ne dérange pas ? Tu t'en es éloigné ? Ah, ce garçon-là ? Si tu continues ton histoire. Oui, cette histoire-là, pardon. Euh… Je suis un jeune adulte quand même très mal à l'aise, je me sens très renfermé sur moi-même. Le harcèlement scolaire au collège m'a énormément affecté, m'a énormément replié sur moi-même. J'ai un rapport aux autres très compliqué, un rapport à mon corps très compliqué. Je suis à la limite de l'autisme tellement je suis muet. Je suis fermé aux autres totalement, mais vraiment, je me rends compte aujourd'hui à quel point c'était… Et à partir du moment où je quitte… Je n'ai pas quitté la Bretagne, puisque j'y retourne très régulièrement. Mais à partir du moment où je sors de la province, où je sors de mon cercle familial, il y a un petit peu plus de confiance en moi qui commence à arriver. et puis je me rends compte que d'être féminin c'est un peu compliqué c'est il y a une certaine violence du monde mais je sens que si je veux m'intégrer il faut que je l'efface et En plus, on est vraiment dans les fins 80, il y a un côté, les garçons un peu bad boy, le jean, le débardeur, on est dans un truc masculin quand même. Et je me rends compte que si je veux séduire, il faut que je colle au code, finalement. Et peut-être que j'ai fait l'erreur que font beaucoup de gays, c'est que j'ai voulu ressembler à ce que j'ai envie d'aimer. Et du coup, je me suis éloigné de ce garçon féminin. Même si je ne suis pas d'une grande virilité. Mais en tout cas, j'ai effacé les cheveux longs. Ils sont devenus de plus en plus courts, très courts. je suis allé jusqu'à porter des treillis enfin voilà quelque chose de très militaire à un moment ça se faisait pas trop mais début 90 il y a le mouvement grunge début 90 aussi où là tous les vêtements étaient déchirés tout était en lambeaux donc du coup je me suis totalement éloigné de ce côté féminin en fait euh Pour être plus parmi les gens, en fait, finalement. Pour essayer de… Parce que je voulais compenser mon manque de… Mon manque… Mon incapacité à dialoguer. C'était très, très dur pour moi. Pour moi, j'avais l'impression que c'était un langage que je n'arrivais pas à comprendre. Dialoguer, c'était… C'était une angoisse terrible pour moi. Mais ça l'est encore, en fait. Si j'ai mis autant de temps à t'appeler, finalement, parce que tu m'as demandé à ce qu'on s'appelle, etc. Mais j'ai mis du temps. Mais parce que j'étais angoissé à appeler quelqu'un que je ne connais pas et qui allait me demander de parler. En plus, à un micro, etc. Mais je ne voyais pas du tout le truc pour moi. Je me dis, non, ce n'est pas possible. Donc, ce garçon… Donc, voilà. J'ai envie qu'on fasse un saut dans le temps et qu'on arrive à aujourd'hui. C'est quoi le… Il y a un an, il y a cette conversation Grindr qui fait une explosion dans ma tête, m'as-tu dit. Est-ce que tu peux la raconter et comme ça on va pouvoir comprendre et après on parlera du chemin et tout, mais il s'est passé quoi il y a un an ? En fait, moi déjà, j'ai plus de relations sexuelles depuis à peu près une dizaine d'années. J'ai dit stop. J'avais plus envie. Et il y a un an, j'étais quand même sur Grindr. J'aime bien regarder ce qui se passe, même si je n'y participe pas, mais je regarde. Et souvent, quand on me contacte, je ne réponds même pas. Je fais la tour d'oreille. Et puis là, il y a un mec qui me… Je revenais du Brésil. J'ai passé deux semaines à Rio. J'étais en pleine forme, j'étais bien. Et il y a un mec qui m'aborde sur Grindr. Bon, je réponds. Je réponds, là, cette fois-ci, en me disant… Et puis… Très rapidement, il met le doigt sur des choses qui, moi, me plaisent, en fait. Ce côté un peu féminin. Il me demande si je porte de la lingerie. Et d'un seul coup, ça me fait… Il me dit des choses que j'ai envie d'entendre. J'ai envie d'un homme comme ça avec moi. Et du coup, je vais là où il a envie de m'emmener. Mais en mettant, c'est là où j'ai envie d'aller, finalement. Et je vais même plus loin que lui, parce que d'un seul coup, je commence à m'imaginer… J'ai même, à ce moment-là, je voulais parler que j'avais un trouble du genre. C'est la première fois de ma vie, enfin non, c'était pas la première fois de ma vie, mais parce que deux ans avant, je m'étais dit dans l'idée de prendre des hormones féminines, peut-être que tiens, ça rééquilibrerait les choses, je me sentirais peut-être mieux. Et sauf que là, cette conversation avec cet homme, mais j'étais à la limite de me dire, mais je suis une femme en fait, je suis pas un homme. Et ça a été dans ma tête un truc, mais c'était une explosion. Peut-être trop même, parce que je pense que ça l'a fait fuir. Il habitait à Londres, ce qui fait qu'on n'a pas pu se voir rapidement. On aurait dû se voir très rapidement, en fait. Mais en fait, en tout cas, il a mis le doigt. Il a mis le doigt pile poil sur ce qui était latent depuis plusieurs années. Et sur lequel, toi, tu ne mettais pas de mots. C'est ça que je comprends ? Je ne mettais pas de mots. Je ne me projetais pas dans ce mouvement-là féminin. Lui, en t'exprimant son désir à cet endroit, à cette part féminine en toi, l'a validé quelque part, c'est ça ? Ah ben oui, complètement. T'avais besoin du regard de l'autre ? Mais oui, voilà. Je pense que c'était un truc… J'avais un peu de mal à me… me voir en… je veux dire, en femme. Oui, en fait, oui, c'est de me voir en femme, de me considérer en étant une femme. C'était déjà là, depuis un moment, mais là, qu'un homme me dise clairement qu'il voulait que je sois sa femme, mais c'est comme si toute ma vie, c'est ce que j'avais envie d'entendre, en fait. Hum hum. Mais vraiment, c'était ça que je voulais. C'était surtout dans l'aspect sexuel et finalement, c'était vraiment un chemin que j'avais envie d'embrasser avec lui. Lui est en visite à Paris ? Non. Lui te trouve sur Grindr à partir de Londres ? À partir de Londres, en sachant qu'il vient de temps en temps à Paris. Et en fait, il n'est pas libre. Et il voulait trouver quelqu'un, il voulait trouver un amant, un amant exclusif sur Paris. Quand il vient à Paris… Voilà. OK. Et c'était précis, sa demande était précise. Ça veut dire quoi ? En fait, il n'est pas libre, je ne comprends pas. Il a un mari à Londres. OK. Voilà. OK. Et on n'a plus son numéro ? Alors, on échangeait par WhatsApp. Et puis, ça a duré trois semaines, à peu près. Mais moi, je pense que je me suis peut-être un peu mis le curseur un peu trop haut. J'étais peut-être trop en demande. Trop en demande, je pense. Parce qu'effectivement, j'étais impatient de vivre quelque chose avec lui. J'avais l'impression qu'au moins, il fallait que je vive une nuit avec lui pour vivre ce qu'il me proposait et ce que j'avais envie. C'était vraiment… Il fallait que je le vive en vrai, et pas juste être dans mon imagination, dans laquelle j'ai une imagination très puissante. Je suis capable des fantasmes, je sais ce que c'est. Mais là, pour le coup, je pense que c'était le moment où j'avais envie de passer à la réalité. Comment s'est passée la rupture de communication ? En fait, il ne s'est rien passé. C'est d'un seul coup. Lui n'a pas répondu ? Il n'a pas répondu à un message et je me suis dit, je vais attendre qu'il réponde pour voir sa réaction. Je l'ai testé en fait et il n'a jamais répondu. Et puis au bout de deux semaines, j'ai tout effacé. Tu n'as plus son numéro ? Je n'ai plus son numéro, je n'ai plus rien. Alors, tu vas dire que le hasard est vraiment… C'est juste incroyable le hasard. cette nuit j'ai un mec qui me fait un taps sur Grindr un like c'est lui cette nuit quand j'ai vu ça ce matin je me dis mais c'est incroyable alors je ne sais pas parce qu'en fait j'ai changé mon pseudo alors je ne sais plus si ce sont les mêmes photos ou pas je ne sais pas s'il sait que c'est moi Pour l'instant, j'attends que… Et je me dis, mais non, mais c'est juste incroyable. Tu as des photos de ton visage sur ton… Non, non, non. En fait, il ne sait pas que c'est toi. S'il n'y a pas de photos de visage, il n'y a aucun moyen. Si, parce que je pense que les photos qui sont sur mon profil, c'est des photos que j'ai faites pour lui. Hum ! Donc, je me dis, ce n'est pas possible. Il les a. Ou alors, je me trompe. Chronologiquement, je me trompe. Mais je suis sûr que ces photos-là, elles étaient faites pour lui. En tout cas, il y en a deux. Je suis quasiment sûr. C'est la fin de notre première partie. On va continuer ça dans la deuxième partie. Je me dis, quand est-ce que je coupe ? Eh bien, c'est maintenant. Si ça te va. Dans la suite, j'ai envie que, bien entendu, on discute de, est-ce qu'on recontacte ? Est-ce que tu veux le nommer, cette personne ? Non, mais pas forcément de dévoiler son identité, mais le londonien. Voilà, je vais moi le nommer, le londonien. Le londonien qui est brésilien, en fait. Le brésiliano londonien. Voilà, qui vit à Londres, en tout cas. Le brésilien. Le brésilien parce que ça me fait rêver. Ah oui, parce que tu revenais du Brésil. Mais oui, c'était ça à l'époque qui me… En fait, il a le côté brésilien. Ce n'est pas un bel âtre brésilien comme on peut l'imaginer. C'est le côté brésilien, le latino. C'est le genre que j'aime, un peu bourru, brun, la barbe. C'est ouf quand même, cette nuit, c'est ouf. Tu te rends compte ? Quand j'ai vu ça ce matin, je me suis dit, quand je vais raconter ça à Guillaume, c'est juste incroyable ! au moment où je voilà on a eu la discussion hier là on va en parler un petit voilà je savais que t'allais en parler donc et je me dis mais c'est fou impressionnant bon rendez-vous au prochain épisode ok merci en tout cas je t'en prie

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