Lire la transcription de cet épisode
Allez, on se lance ! Bonjour et bienvenue pour ce nouveau cercle de paroles enregistré à Paris, en compagnie de Thibaut Lambert, auteur du livre « Ce que Grindr a fait de nous » aux éditions Lattès. Coucou Thibaut ! Salut Guillaume ! Bonjour à tous ! Ton livre est une enquête et aussi un récit intime sur l'impact que Grindr a sur nous, les hommes gays et queers. Tu dissèques les mécanismes plus ou moins conscients de cette application et comment elle influence notre façon de nous connecter,
de nous rencontrer et de nous épanouir en sexe et en amour. Ton livre se demande ce que Grindr a fait de nous. Alors je propose qu'avec les 30 auditeurs assis en face de moi et qui vont dire « Ouais, d'un coup ! »
Ok, équipe de rugby, je propose qu'on réponde à ce que je veux faire de Grindr, ce qu'ensemble on va en faire. Chacun va pouvoir te poser des questions, Thibaut, et partager ses anecdotes, la place que l'application a ou n'a plus dans sa vie et ce à quoi on aspire. Levez la main en faisant cliquetis, ceux qui aiment Grindr, on va voir si ça passe.
Ah, ça va très bien passer. Il y a trois personnes, quatre qui cliquetient. Et maintenant, ceux qui n'aiment pas ou peu Grindr…
Grosse majorité, confirmée par une étude réalisée en 2018 auprès de 200 000 internautes. Une étude qui révèle que 77% des usagers de Grindr sont malheureux en l'utilisant. Une étude au Royaume-Uni. Moi, je suis très souvent dessus et en préparant ce live, j'ai compris que j'avais mis en place au fil des années une stratégie en quatre piliers très précis pour limiter la violence de l'application et utiliser son potentiel de rencontre.
Je vais vous partager ces quatre astuces qui m'aident à rencontrer via Grindr plein de délicieux amants et même des amis. Et je suis curieux d'avoir vos réactions là-dessus. J'en profite pour dire un grand merci au bar Merci Marcha qui, une nouvelle fois, nous accueille. Et pour ceux qui veulent venir au prochain live, je prépare des nouvelles dates à Paris, mais peut-être aussi à Genève, à Lausanne, à Lyon et à Bruxelles. C'est en préparation. Il faut aller sur le site du podcast pour être tenu au courant. actifsoupassifs.com
Sans transition aucune et avant qu'on se lance, j'appelle mes auditeurices avocats à m'aider. J'ai reçu ma deuxième menace de mort sur les réseaux sociaux sous une vidéo sur le lavement dans laquelle je disais qu'il ne fallait pas mettre trop d'eau.
L'agresseur, en toute impunité, poste sa menace de mort de son compte Facebook avec son vrai prénom, son vrai nom. Et en googlant, j'ai même trouvé l'adresse de son entreprise. En fait, je me rends compte que je ne suis pas bien préparé si ce genre de menace s'intensifie dans le futur. Et je connais mal mes droits et je ne sais pas comment me protéger. Donc, si vous pouvez m'aider, n'hésitez pas à me contacter. Mon email et mon téléphone sont sur le site du podcast. Thibaut.
Oui. Tu termines ton livre en voulant désinstaller l'app Grindr. On en est où ? On en est où ? Déjà, sans trop en dévoiler de ma vie privée, ce que je ne voudrais pas trop, parce que je considère que j'en dis déjà beaucoup dans le livre et qu'aujourd'hui, je veux récupérer une partie d'intimité qui finalement m'appartient.
Ce que je pourrais dire, c'est que j'ai plus les applis depuis environ six mois, à peu près. Là où on enregistre le podcast, le livre est sorti depuis deux mois. Donc on va dire que je l'avais encore. J'avais encore un peu Grindr en réalisant mon enquête. J'ai plus les applications. Et ce que je peux en dire, c'est que déjà, elles ne me manquent pas pour l'instant.
que au contraire ça me fait du bien, j'ai l'impression de gagner un temps fou. Et moi je vois cette période un peu post-appli dans laquelle je suis, même si je n'exclus pas d'y revenir un jour,
comme un combat qui est de deux sortes. J'ai un peu deux problèmes actuellement. C'est comment continuer à faire des rencontres sexuelles sans ? Comment faire sans ? Ça, c'est la question qui me préoccupe, puisque l'arrêt de l'application, pour moi, ça a été un synonyme d'un…
Très gros ralentissement finalement des rencontres, du rythme des rencontres. Et la deuxième question c'est comment aimer mon corps ? Parce que moi je fais le lien très profond entre mon expérience des applis et la dépréciation, et j'ai presque envie de dire la détestation, je vais dire ce mot,
La détestation de mon propre corps, de mon propre visage, de mon propre ventre, de ma propre attitude. C'est plutôt comment est-ce que sans ces applications qui sont Grindr où on peut avoir une réponse immédiate de est-ce que je plais à des gens ou pas ?
Comment est-ce que je peux réussir à m'aimer sans ces outils qui parfois aident à s'aimer mais qui aussi m'ont beaucoup fait me déprécier. Mehdi te demande c'est quoi les éléments les plus inattendus que tu as découvert dans ton enquête ?
Qu'est-ce qui t'a le plus surpris en fait ?
Non, alors pas forcément dans ton podcast parce que justement, ton podcast, il libère un peu la parole de ce côté-là. Mais je trouvais que de manière générale, on parlait de Grindr sous l'angle un peu de l'anecdotique, de la rencontre sympa. C'était toujours un peu teinté de légèreté, en fait, comme si on ne voulait pas…
pas beaucoup même souvent entre amis ou entre pairs queer beaucoup raconter la manière dont on peut passer parfois des heures dessus et pour au final ne rencontrer personne et se détester de passer autant d'heures dessus moi il y a quelqu'un qui m'a encore dit il n'y a pas longtemps franchement j'ai scrollé jusqu'à 3 heures du matin et je me suis vu je me suis regardé de haut et je détestais ce que j'étais
Je trouvais que ça, on n'en parlait pas beaucoup et que finalement, quand tu creuses un peu cette question-là derrière, il y a un rapport à l'application qui vient pour beaucoup pallier une solitude qui ne dit pas son nom. Il faut partir du principe que moi, quand j'ai commencé mon enquête,
Je pensais que j'étais quand même assez minoritaire à très mal vivre l'application. J'étais peut-être naïf, mais j'allais dire que j'avais peur de passer pour le ouin-ouin qui écrit un livre sur Grindr. Et je me suis rendu compte que ce n'était pas le cas. Je vais dire un deuxième autre truc qui m'a surpris. C'est plutôt que Grindr et les applis n'ont pas tué les barguets.
Ça c'était une autre découverte que j'ai fait dans mon enquête parce que j'ai fait des lectures et j'ai rencontré un géographe, un spécialiste de la géographie qui m'a expliqué que le déclin du barguet ça s'est entamé déjà bien avant Grindr en fait. Début des années 2000 aux Etats-Unis puis c'est arrivé en Europe après.
Et que finalement, il n'y avait pas de fatalité à l'apparition des applis. Il y avait plutôt des évolutions. Et nous, par nos usages, on y contribue ou pas collectivement à ces évolutions.
Et je pense que ça, ça m'a un peu débloqué un petit truc dans ma tête de se dire, ah bah, en fait, finalement, c'est pas les applis qui produisent la violence, qui nous enferment dans des comportements. C'est nous aussi, en fait, collectivement, on répète des usages et en quelque sorte, c'est un peu émancipateur parce que ça me dit qu'il y a quand même moyen de changer quelque chose. Est-ce qu'on peut passer le micro à Laurie ?
Et Laurie, dans son partage, si t'es d'accord, Laurie, toujours, Laurie dit « Je me suis rendu compte à la lecture de ton livre que mon rapport au sexe se rapproche plus de celui d'une lesbienne que d'un homme gay. » Je vais lui demander ce que ça veut dire pour lui. Et il dit « J'avais l'intuition, et c'est confirmé par le livre, que je ne suis pas parmi les gagnants de Grindr. » Avant que tu racontes, Laurie, est-ce que tu peux expliquer, t'as un concept dans ton livre, il y a des gagnants ?
Aider, tu les appelles comment ? Aider perdant, plus ou moins. Ça veut dire quoi ? Ça, c'est pour faire simple, le postulat de départ que j'avais avant de commencer mon enquête, c'était de me dire, je voyais l'appli comme un monde où finalement il y a un peu deux grands clans. Il y a les gagnants, ceux qui arrivent à utiliser Grindr comme un jeu, à faire des rencontres rapides et qui sont très désirés aussi.
et les perdants, ceux pour qui c'est laborieux de faire une rencontre sur Grindr, ceux qui ont toujours du mal à répondre à leurs envies par exemple, ceux qui sont un peu marginalisés, ceux qui galèrent globalement et je me mettais plutôt dans cette catégorie et voilà, il y a des explications sociologiques, juste pour faire vite fait, il y a des explications sociologiques qui vont
Un peu dans ce sens, avec bien sûr beaucoup plus de nuances, mais la sociologie a quand même permis de distinguer, notamment le travail d'Anthony Fouet, qui est un docteur en sociologie, qu'il y a quand même des gens qui arrivent à dominer les usages de Grindr et à en tirer profit et à utiliser Grindr tel qu'elle est, comme un jeu, parce qu'ils ont les attributs pour et il y a les autres.
Ouais, et en gros, les attributs que toi t'as identifiés, mais je sais pas s'ils sont prouvés, c'est être blanc, musclé, grand… C'est les attributs, globalement, de la masculinité qui est la plus valorisée, c'est-à-dire être un homme blanc, plutôt aisé, masculin, ostensiblement sportif. Ok. C'est quoi ton expérience, Laurie ? Pour remettre l'église au milieu du village ? Je sais pas…
Si c'est la bonne expression, mais je suis, pour les auditeurs, je suis une personne racisée. Et du coup, mon expérience de Grindr, c'est qu'en tant que personne racisée, je ne fais pas partie des gagnants de l'application. Et donc, comme je disais, c'est une intuition que j'avais.
Donne-moi un exemple. Aujourd'hui, tu es encore sur Grindr ? Oui, j'y étais ce matin. Et en fait, ne pas être un gagnant, c'est quoi l'expérience concrète que toi tu as quand tu te connectes à Grindr ?
En chiffres, on dit salut à 100 personnes, on a une réponse. Voilà, à peu près. Ça tient aussi au fait que j'ai 40 ans, 41, et que je ne rentre pas forcément dans les standards. Alors oui, je fais du sport, oui, je suis un peu musclé.
J'ai perdu du poids, mais ça c'est au mieux de mon pic. Comment tu fais le lien entre ce peu de réponses et le fait que tu sois un homme racisé ?
Pour moi, Grindr, comme c'est dit dans le livre, ça cristallise le racisme, la grossophobie, la pholophobie de la société. Donc tu as concrètement des messages insultants régulièrement ? Non, pas forcément. Mais je sais faire un plus un. Et…
Je suis politisé et je fais le rapport entre le silence assourdissant ou les quelques réponses qui disent « Désolé, tu n'es pas mon style » et mon apparence. Si tu décris ton profil Grindr, il y a plusieurs photos ?
Il y a plusieurs photos. De ton visage ou d'autres choses ? De mon visage, de mon visage plus mon torse d'ailleurs, des selfies dans la salle de bain. Qui marche plutôt bien sur le marché Grindr. C'est ok. Tu augmentes ton nombre de points ? Oui, mais je n'ai pas forcément plus de réponses. Et sur ton profil, tu as écrit quelque chose ?
Il y a quelque chose, oui. De toute façon, 200 caractères, ça permet de dire que je vais à la salle, que je suis gamer et que j'ai envie de rencontrer des gens plutôt que de faire du sexe. Et ma dernière question, c'est est-ce que tu as répondu à la question actif, passif ou autre ? J'ai répondu à cette question. Et tu as déjà essayé de changer ?
ça et est-ce que t'as vu un impact ? le sous-texte de ma question c'est un homme noir qui dit qu'il est actif j'ai l'intuition et qui va à la salle de sport j'ai l'impression qu'il remplit plusieurs critères de fétichisation et il a plus de messages est-ce que c'est c'est pas forcément assez
Le nombre de messages n'est pas assez ? Non, je veux dire, les critères ne sont pas forcément suffisants pour avoir plus de messages. D'accord. Et alors, ma question c'est, pourquoi du coup une sexualité de lesbienne ? Parce que je…
Je cherche plus une connexion et un dialogue et un moment un peu long avec vraiment un moment véritablement sympa plutôt que du fun, qui veut dire juste du sexe immédiat, brutal et court. Voilà, j'ai…
Comment dire ? Le désir est plus là quand on a discuté avant, quand on a des points communs, quand on a bu un verre, même si c'est juste de l'eau. Voilà.
Des cliquetis de soutien. C'est intéressant, moi j'ai découvert dans ton livre que les stéroïdes anabolisants sont 2,5 fois plus utilisés chez les hommes racisés que chez les blancs, dans cette exigence en fait de…
Si j'augmente mon nombre de points en ayant un corps qui correspond à cette masculinité hégémonique, j'ai un peu plus de valeur sur ce marché du cul ?
Finalement, c'est celles, ceux qui s'approchent de la masculinité hégémonique ont le pouvoir sur la pli et plus tu t'en éloignes, plus tu es en bas dans l'échelle de désirabilité, plus tu es marginalisé, etc. C'est ce que tu disais dans ton propre rapport au corps d'ailleurs. Et c'est ce que je disais dans mon propre rapport au corps aussi. Et c'est vrai que les hommes racisés par exemple, ça c'est l'étude que je cite dans le livre qui l'a montré, c'est que
Il y a ce côté de, disons, essayer de compenser un certain déficit par rapport à la, je mets plein de guillemets, vous aurez compris, un certain déficit de la masculinité hégémonique avec d'autres attraits, par exemple Bomba.
je suis racisé, je ne serai jamais blanc, mais du coup, je vais compenser, par exemple, en étant très musclé. C'est ce qui fait qu'il y a des études qui montrent que les personnes racisées utilisent plus de produits, des stéroïdes, etc., pour essayer d'avoir une musculature plus développée, parce qu'ils savent aussi très bien que c'est ce qui peut être recherché sur Grindr, c'est-à-dire une musculature, parce que derrière, ensuite, on rentre dans certaines catégories, ça rentre dans certains fantasmes…
La masculinité hégémonique, elle est blanche et elle est aussi musclée. Elle est blanche, elle est musclée. Et c'est un peu plus sournois que ça. C'est-à-dire qu'il faut être musclé, mais il faut aussi être mince. C'est-à-dire qu'il faut être musclé, mais pas paraître souvent très… Surtout quand on a moins de 35 ans, on va dire. Pas paraître… Le mot anglais, c'est beefy. C'est-à-dire gonflé ou…
Bien en chair, c'est-à-dire qu'il faut avoir quand même une musculature qui est dessinée dans un corps, une silhouette qui reste malgré tout contenue, apprivoisée et fine. Et justement, moi, j'avais une étude…
de la revue scientifique Body Image, où vraiment ceux qui ont écrit cette étude ont dit que les gays sont quand même aux prises beaucoup avec cette espèce d'impératif qui est impossible, voire presque contradictoire, c'est-à-dire être musclé et être mince à la fois.
Toi, Laurie, dernière question. Qu'est-ce que tu fais de Grindr ? T'as un désir clair de trouver l'amour ? Ou d'avoir en tout cas des rapports intimes ? Je ne sais plus ce que tu as dit exactement. Mais tu vois, en tout cas, un truc moins violent. Qu'est-ce que tu mets en place pour ce faire ?
Déjà, je me suis inscrit sur d'autres applications qui sont un peu plus tournées vers la rencontre amoureuse. Et finalement, c'est sur ces applications que j'ai rencontré des gens amoureux.
Avec qui j'ai ces rapports-là, c'est-à-dire vraiment des rapports d'abord de complicité, des choses en commun, des sujets à partager. Pourquoi tu restes sur Grindr alors ? J'allais poser la même question. Par habitude, je pense, déjà d'une. Peut-être par emprise, je dirais même. En fait, l'application, je l'ai depuis…
C'est compliqué à chiffrer, mais je ne l'ai jamais désinstallé. Je crois que je l'ai installé une fois et je ne l'ai jamais plus désinstallé. T'as Benoît, t'as Moustapha qui, sur leur petit post-it qu'on a préparé avant, parle de FOMO, Fear of Missing Out, la peur…
De ne pas être au courant d'un truc. Benoît qui dit, moi, parfois, je vais dans des endroits et je l'ouvre juste pour voir. Toi, tu as l'impression que tu nourris quoi quand tu restes sur Grindr tout en n'y étant pas bien ? C'est que tu vois qu'il y a d'autres gays autour de toi. Ça te rassure ? Il y a un truc… Il y a un peu de ça, oui. J'étais dans un congrès professionnel mercredi dernier. Et c'est un des premiers trucs que j'ai fait. J'ai regardé. J'ai autour de moi qui…
S'il y avait des gens… En tant que personne racisée, par exemple, et comme c'est arrivé aujourd'hui, quand je rentre dans un nouvel espace, je compte le nombre de personnes qui sont comme moi, qui sont racisées, ou pas forcément de ma propre couleur de peau, mais vraiment pour…
pour avoir un sentiment d'être dans un espace safe. Et donc ça participe aussi un peu de ça, je pense. Savoir que j'ai des alliés quelque part, même s'ils sont anonymes, même s'ils sont invisibles, du reste du monde. Je vais te proposer de partager le micro avec Kevin, s'il est toujours d'accord de discuter.
A l'opposé de ce qu'on vient de dire, Kevin nous a dit « J'ai trouvé mes deux plus belles histoires d'amour sur Grindr ». Est-ce que tu veux en dire deux mots ?
Oui, oui, oui. Peut-être ma première question, c'est quand tu entends tout ça et par rapport à ton expérience, ça ne te parle pas trop ce qu'on dit là ? Si, ça me parle aussi parce que tout à l'heure, tu nous as demandé entre 0 et 100 où est-ce qu'on se situait sur est-ce qu'on aimait Grindr ou pas. Je me suis mis à 50 parce qu'en fait, pour moi, sur Grindr, il y a autant de bons que de mauvais.
Et je pense que… Enfin, en fait, quand je dis oui, j'ai rencontré mes deux plus belles histoires d'amour sur Grindr, c'est vrai. Donc c'est pour ça que moi, j'ai du mal à complètement diaboliser l'application.
Parce que j'estime qu'on peut aussi faire de très belles rencontres sur cette appli et mon expérience le prouve. De 0 à 10, tu as l'impression que tu as une note de désirabilité que Thibaut a un peu définie, c'est-à-dire être blanc, être musclé, avoir l'air masculin. Qu'est-ce qu'il y a d'autre ? Viril. Viril, pas être assez fin aussi, pas être trop gros. Tu as l'impression que tu as une bonne note ? Non.
C'est dur de s'auto-estimer sans être… C'est plus un exercice, tu vois, t'as l'impression que… Sans me dévaloriser et sans être prétentieux. Je ne sais pas où me situer. Plutôt vers le haut, non ? J'estime que ce n'est pas à moi de le dire. Moi, je le dis pour toi, alors plutôt vers le haut. T'es d'accord ou pas ? Que si on est tous catégorisés et hiérarchisés, si on est tous hiérarchisés sur Grindr…
Il y a certains critères qui te donnent plus de désirabilité. Tu n'as pas l'impression qu'il y a ça qui se met en place sur Grindr pour toi ? Si, bien sûr que si, parce que c'est aussi un jeu de désir, de chasse, de conquête, évidemment. Mais moi, moto évalué, moto situé sur une échelle, non, je ne saurais pas le faire. Tu as l'impression que si tu devais nous donner un conseil,
Toi qui a trouvé deux histoires d'amour sur Grindr, si tu devais t'autoriser à donner un conseil à d'autres gens, est-ce que tu as eu l'impression de mettre des choses en particulier sur ton profil ou d'avoir une sorte de stratégie ? Ça a été plus dans la façon d'aborder, dans la façon d'orienter la conversation. Après, je l'utilise aussi pour du sexe et des soirées de passage sexuelles.
J'utilise vraiment pour tous les aspects. Il y a aussi des rencontres amicales qui peuvent se faire. Je pense vraiment que ça dépend des personnes sur qui on tombe, du moment. Ça dépend aussi de mon état d'esprit. Il y a des jours où je vais me connecter en me disant « là, je suis chaud ce soir, j'ai envie de faire une rencontre immédiate ».
Et il y a des jours où je vais être en mode, là j'ai envie de me poser, ça y est je suis prêt, je veux rencontrer l'âme sœur. Donc ça dépend de ton humeur. Pour moi, il ne faut pas catégoriser, ranger dans une case en se disant c'est que pour du cul ou c'est que pour du sérieux. Ça dépend de ton état, de ton humeur, de comment tu lances la conversation, des personnes sur qui tu tombes en face. On discutait qu'il y a des gagnants et des perdants. Toi, tu as l'impression d'être plutôt un gagnant dans le jeu de Grindr ?
Je ne m'en plaindrai pas.
Tu peux me taper le genou si tu veux parler, si je ne te vois pas. Non, il est intéressant ton témoignage, Kevin. Moi, ce qui me fait dire, c'est que tu fais partie quand même, je pense, de ces personnes chanceuses et que j'ai envie d'être plutôt aligné avec leurs désirs, surtout sur l'application. C'est-à-dire quand même de savoir à telle rencontre, je veux vraiment rencontrer cette personne pour ça.
que quand t'as envie de transformer la relation après un plan cul tu te l'autorises et tout et ça c'est chouette je pense qu'à mon avis peut-être que ça témoigne je ne sais pas, je ne te connais pas mais ça témoigne peut-être d'une confiance en soi, je ne sais pas, tu dirais que t'as confiance en toi ou tu… c'est comme tout à l'heure pour s'auto-évaluer sur une échelle non mais je sais c'est compliqué mais en fait tout ça pour dire que moi je trouve que enfin
C'est cool ce que tu me racontes mais c'est vrai que moi par exemple ça fait pas écho à mon vécu dans le sens où moi justement j'avais l'impression de pas pouvoir enfin je m'autorisais pas à transformer des relations quand elles me plaisaient tu vois à transformer des plans cul en amitié et des plans cul réguliers en relation par exemple ou des choses comme ça.
parce que je pense qu'il y a toujours un problème de confiance en moi. Ce n'est pas que Grindr qui nous dicte qu'une rencontre doit absolument se terminer après l'orgasme. Ça, c'est une évidence. Mais derrière, il y a une implication de… Déjà, est-ce que tu rencontres la personne et qu'il y a le feeling ? Il y a une question de confiance en soi, je trouve…
derrière moi c'est ce que ça moi quand je t'écoute et que tu dis ah oui bah si je veux ça et tout machin c'est être à l'écoute de son désir être aligné sur son désir ce que moi vraiment pendant 10 ans j'ai pas réussi à faire toi Kevin tu te souviens tu es encore aujourd'hui sur Grindr ? oui est-ce qu'il y a des choses en particulier sur ton profil si tu devais le décrire t'as mis des photos oui je mets des photos je mets plusieurs photos de ton visage ?
Oui, de mon visage. Pour les auditeurs, je suis chauve, donc je porte souvent des casquettes. Donc pour ne pas tromper sur la marchandise, je mets des photos avec et sans casquettes pour qu'il n'y ait pas de mauvaise surprise à la rencontre. Parce que je trouve que c'est encore pire d'en rencontrer quelqu'un et qu'il se rende compte que « Ah merde, tu ne corresponds pas à ce que tu as vendu, donc non, tu me vois tel quel, il n'y a pas de filtre, etc. » T'écris quoi sur ton profil ?
Que je cherche à la fois des potes, à la fois du fun ou à la fois du sérieux. Et que ça dépend des rencontres, ça dépend du feeling, ça dépend de ce qui se passe sur le moment. J'ai aussi mis le lien vers mon profil Instagram, comme ça on voit vraiment mon intimité. Et comme ça, tu sais dans quoi tu t'engages en fait. Si tu viens, il n'y a pas de mauvaise surprise. Tu ne pourras pas me dire après, tu t'es survendu. Parce que je déteste ça par contre, les profils qui se survendent.
Et enfin, ça sert à rien. Je veux dire, on va bien se rencontrer et se rendre compte de la réalité. Donc, sois toi-même. Tu nous racontes l'anecdote à la fête de famille ? Donc oui, c'était il y a 5-6 ans. J'étais à un anniversaire d'une personne de ma famille qui avait loué une salle, etc. pour l'événement. Donc, il y avait plein de membres de la famille qui étaient là, dont certaines personnes un peu plus éloignées que je vois très rarement.
Et pendant la soirée, à un moment, j'étais posé dans mon coin, donc je check Grindr, mais sans attente particulière, juste en me disant « bon, je check mes messages ». Et là, sur l'application, le profil le plus proche de moi se trouve être mon cousin, qui est hétéro, marié, et qui était présent à la soirée avec sa femme.
Donc là, j'ai eu un petit bug de me dire est-ce que c'est bien lui ? Et il y avait deux, trois photos, donc oui, il était bien reconnaissable. Là, j'ai eu un moment, j'ai chopé ma cousine la plus proche qui était à côté de moi et je lui ai dit « Viens, il faut qu'on sorte, il faut qu'on aille fumer une clope, il faut que je te le raconte. »
Et je lui ai montré le profil. Elle m'a dit « Oui, c'est bien lui ». Et en fait, personne ne savait que potentiellement, il était bi ou VR. Donc, je n'ai pas été le voir. Et en fait, après, je me suis rendu compte à la soirée qu'il avait bloqué mon profil. Donc, je pense qu'il m'avait vu. Et moi, je suis out auprès de ma famille. Donc, peut-être qu'il s'est dit…
Enfin, moi, je n'avais pas de problème. Tu n'en as jamais parlé avec lui ? Non, non, non. Moi, je n'avais pas de problème à ce qu'il voit mon profil parce qu'il n'y avait rien à cacher. Mais c'est intéressant parce que c'est un peu peut-être une des raisons, je trouve, peut-être tu en parlais un peu dans ton livre, Thibaut, c'est on est aussi tous sur Grindr parce que c'est savoir qu'on est entouré d'autres comme nous. C'est se rassurer, nourrir un peu sa curiosité.
C'est aussi ce que disait Laurie tout à l'heure. Il y a une sorte de révélation de l'homosexualité sur n'importe quel territoire. Ça fait ressortir l'homosexualité sur n'importe quel territoire. Il y a un écrivain, Arthur Dreyfus, qui me disait ça. Il me disait que ça se trouve réconfortant de retrouver des frères de désir. Où que tu sois, tu peux l'allumer et voir que tu n'es pas tout seul. Je pense que ça nous renvoie…
Tous, plus ou moins, à une période de notre vie où on a pensé qu'on était seul. Moi, j'en parle à mon propre compte, parce que quand j'étais adolescent, je pensais vraiment que j'étais le seul, mais le seul gay du BAHU, genre vraiment, parce que je viens d'un petit milieu rural, etc. Et il y a un psy qui me disait, mais il y a un côté aussi, Grindr, il ne faut pas se cacher, il y a un côté dépathologisant, c'est-à-dire ce côté de décloisonnement, en quelque sorte.
Et ça c'est vrai que c'est quelque chose de positif qu'on ne peut pas enlever un Grinder, après avoir quelqu'un de sa famille dessus c'est autre chose. Mais c'est marrant parce que j'ai aussi des gens dans mon enquête qui m'ont raconté, enfin il y a un gars qui m'a raconté qu'il y a son frère sur Grinder parce qu'il est gay aussi.
mais tout ça pour dire que je trouve qu'il y a en quelque sorte ça rassure de ne pas se sentir seul même si finalement c'est quand même une safe place j'utiliserais pas le mot safe place moi je levais la main
Ceux qui ont été ou ceux qui sont sur Grindr et qui ont indiqué sur leur profil ce qu'ils recherchent, mais plus spécifiquement, c'est-à-dire vous ne levez pas la main si vous avez juste dit je cherche de l'amour, du sexe, etc. Levez la main si vous avez sur votre profil des choses un peu vulnérables qui vous dévoilent sur soit vous cherchez du sexe et vous dites un peu soit les pratiques, soit comment on peut vous faire du bien, soit vous cherchez de l'amour et vous racontez un peu de vous. Levez la main.
On est 1, 2, 3, 4. Ouais. Sachant que la majorité des gens qui sont ici ont été ou sont sur Grindr, on est d'accord. Donc, tu vois, on est 4. Et moi, ça, c'est mon fucking premier pilier, là. Parce que du coup, comme je prépare ce live depuis quelques temps…
Et j'ai lu le bouquin et tout, je suis sur Grindr tous les jours, mais 95% des profils et Laurie, tu rentres dans cette catégorie, je te fais un clin d'œil, ne mettent rien sur leur profil, c'est-à-dire n'écrivent pas de façon vulnérable, c'est une chose de dire voilà le type de rencontre que je recherche.
Mais donc, je ne parle même pas des profils où on se fait engueuler. Pas de X, pas de gros, pas d'arabe, etc. Donc, ces trucs problématiques. L'autre niveau où on se fait engueuler, c'est si c'est pour jamais répondre au message. Merci de ne pas me contacter. Le niveau d'agressivité. Donc, j'imagine que vous êtes, étant donné que vous êtes des auditeurs, vous ne faites pas ça. Mais est-ce que quelqu'un peut me dire ?
Moi, mon premier pilier dans mon usage de Grindr qui a tout changé, il est double, il est un. Je me dévoile. C'est-à-dire qu'en fait, si vous tombez sur mon profil Grindr, si mon frère tombe sur mon profil Grindr, j'ai un peu la flemme. Je suis un peu genre… Je raconte des trucs de moi, mais c'est comme ça que les gens peuvent un peu agripper sur mon profil.
Est-ce que quelqu'un… Pardon, et l'autre partie de ce pilier, c'est que je suis blanc. Moi, par rapport à ce qui s'est dit là, j'ai vraiment conscience, et ton livre m'a aidé à voir ça, qu'en fait, il y a une échelle alimentaire sur Grindr et que c'est bien mignon. Moi, mes quatre astuces que je vais vous partager, bah oui, mais sauf que je pars d'une base où en fait, j'ai un corps entier, je ne suis pas trop gros et je suis blanc.
J'ai de la calvitie, j'ai des points en moins aussi. Mais je ne dirais pas que c'est juste aussi dépolitisé que ça, tu peux hop, ça peut fonctionner sur Gander. Mais la première étape, c'est dévoilons-nous. Quelqu'un peut me contrer là-dessus ? Est-ce qu'il y a quelque chose que je comprends ? Ah, plein de mains se lèvent. On commence par Clément.
Contre moi, qu'est-ce que je ne comprends pas ? Parce que c'est sûr que moi, quand je tombe sur un profil d'un joli garçon qui a même des photos, mais où il n'y a rien marqué, où il n'y a marqué pas plus de 35 ans…
Dis-moi Clément. Alors en gros, quand j'avais encore Grindr, pour faire rapide, j'ai été banni rapidement de mon téléphone. Entre temps, je l'ai remis sur un autre téléphone. Tu étais banni parce que tu étais mineur. J'étais mineur, mais à tort, parce qu'après je n'étais plus mineur lorsque j'étais banni.
et pour pas qu'on croit que t'as fait des choses je suis passé sur PC donc j'ai encore un petit historique je mettais quand même, je précisais sexuellement ce que j'aimais je voulais de l'oral, je voulais ça, ça, ça tel king j'étais vraiment précis et je remarquais quand même au plus j'apportais de la précision que ce soit dans la description, que ce soit dans les photos visage ou pas de visage corps ou juste pas corps, rien ça changeait plus ou moins le nombre de messages mais
Comme pour Laurie, je ne sais pas à quel niveau, mais je n'avais pas forcément beaucoup d'interactions tout court. Et j'ai l'impression que même si je creusais dans le détail, je creusais mon filtre de ce que moi je voulais, les autres le percevaient. Et au final, j'excluais plus facilement, ce qui fait un filtre en accéléré. Ça marche bien à Paris, mais on fait ça en province, on arrive à 100 km, donc ça ne marche pas.
Pendant que tu passes le micro à Quentin, du coup, je vais affiner mon propos. L'idée, ce n'est pas de lister une liste à course avec dans le détail et tout en mode je veux ça ou dégager, mais c'est vendons-nous du rêve. Genre en fait, draguons-nous. Donc, c'est quoi les éléments que je peux raconter à mon propos ou sur ce que j'ai envie de créer ou sur ce que j'ai envie de construire qui donne envie ?
Et c'est ça où il peut y avoir plus ou moins une grande dose de vulnérabilité. Mais en effet, je parlais peut-être moins d'une liste de courses de comment je veux être baisé ou je veux baiser. Tu veux réagir avant, Quentin ? Oui, justement, cette liste comme ça de choses de pratique, kinky, où tu rentres dans le détail et tout…
Je pense que ça peut faire peur parce que ça peut résonner comme des exigences chez les autres utilisateurs. C'est-à-dire que c'est un peu genre des critères qu'il faudrait remplir, sachant qu'on est tous, je pense, assez conscients ici que ce qui est souvent affiché sur Grindr ou en tout cas ce qui s'amorce au fil de la discussion quand on se dit ce qu'on va faire pendant le plan, etc., ça fait office de contrat généralement.
Un contrat sur lequel il est très difficile de revenir une fois qu'on a la personne en face de nous. Et je pense qu'il y a quand même aussi beaucoup de gens qui, du coup, ne mettent pas vraiment ce qu'ils aiment à part leur rôle actif, passif, etc. Parce que, justement, ils ne veulent pas être contraints dans une liste d'exigences. Ils aiment pouvoir…
participer à cette négociation qui n'en est pas une parce que finalement dès que dès qu'il y a un mec qui veut pas vraiment faire ce que tu veux faire etc il met fin à la discussion quoi tu vois si quelqu'un dit ah bah moi je suce pas ah bah tu vois genre c'est mort donc il n'y a pas vraiment non plus de négociation mais en tout cas c'est vrai qu'il y a quelque chose de il y a un chemin très très étroit entre faut pas paraître exigeant explicitement sur son profil enfin je trouve ça c'est mon analyse
Il faut laisser un peu faire croire à l'autre que vous êtes en train de négocier le rapport qui va arriver et les termes du contrat. Mais ça j'entends complètement. Moi je dirais on est chacun libre d'enfiler le pull qu'on veut pour se présenter.
Et je dis, choisissons notre meilleur pull, le pull qui nous montre le plus, qui nous montre. Donc, si jamais ton pull, c'est moi, je veux que des pratiques kinky et voilà la liste, c'est cool. Moi, mon propos, ou bien tu mets rien de sexuel. Mon propos, c'est donne-moi envie. Du coup, raconte-moi des choses. Et si tu ne veux pas me parler de sexualité, raconte-moi ce que tu aimes faire. Est-ce qu'on va au théâtre ensemble ? Raconte-moi le date. Si tu cherches l'amour, c'est quoi notre premier date ?
et je vous promets que j'en regarde des profils Grindr et en fait les gens ont plus de facilité à dire ce qu'ils ne veulent pas, ce qui les met en colère mais parfois j'ai envie de les contacter en disant ok j'ai compris ce que tu voulais pas mais tu voudrais quoi en fait ? Tu vois la nuance que j'apporte ? Oui je vois ce que tu veux dire moi je pense qu'il y a encore une histoire de masculinité hégémonique derrière ça, c'est à dire que
Ceux qui ne mettent pas beaucoup d'infos sur leur profil, juste leurs photos, peut-être leur mensuration et leur position au lit et rien d'autre quasiment, c'est ceux qui peut-être partent du principe que déjà leur mensuration, leur rôle, leurs photos donnent déjà suffisamment envie. Et après il y a aussi ce truc de choisir de se dévoiler ou pas.
Mais je pense que pour beaucoup, ça dépend de ce qu'on y met derrière. Mais il y en a beaucoup, s'ils se dévoilent un tantinet comme ils sont réellement dans la vie, s'ils font ressortir le meilleur d'eux-mêmes, c'est-à-dire « je suis un garçon drôle, j'adore le théâtre », etc.,
je pense que ça met à bas une espèce de virilité. En fait, ça déconstruit une certaine image virile de soi. Et en fait, le problème, c'est que sur Grindr, pour parvenir à faire des rencontres rapidement, il y a quand même une course un peu collective, je trouve, à essayer de se présenter sous le jour le plus viril. Et donc forcément, mettre à bas cette petite virilité, c'est aussi…
perdre un avantage perdre un avantage perdre des occasions sûrement c'est ce que beaucoup de gens se disent mais sauf que la réalité c'est qu'il y a très peu d'échanges et que le moment où tu sors du lot moi ma théorie mais c'est du Guillaume je vous la propose vous faites ce que vous voulez moi c'est comme ça que ça marche c'est que du coup bah du coup t'as Grip avec c'est peut-être 3 personnes mais c'est les 3 bonnes parce que du coup bah ils sont là ah trop marrant ce que t'as marqué enfin il y a un échange qui se lance quoi bon je vous propose un truc vous en faites c'est mon usage de Grindr mais c'est pas c'est pas du tout une science exacte Quentin ?
Oui, alors il faudrait que je lise ton profil pour m'en rendre compte. Mais moi, j'ai essayé plusieurs scripts en mettant dans les quelques caractères qu'on peut des choses amusantes, des choses personnelles, des choses beaucoup plus directes et sexuelles. Et en fait, je reçois toujours les mêmes réponses. Personne n'accroche à ce texte et c'est juste « Salut, ça va ? Tu cherches Pix ? » Ou alors pas de message du tout et directement « Dick, pique, aspique ».
sachant que sans dévoiler aux auditeuristes mais on se ressemble un peu on est tous les deux blancs tu es très beau Quentin
Si on devait comparer et tout, toi, tu trouves que ça ne change rien. Et quand tu lui réponds ce que tu cherches, il y a quelqu'un qui a trouvé l'amour sur Grindr en disant qu'il orientait la conversation d'une certaine façon. Tu as essayé d'orienter et ça ne marchait pas. J'essaye toujours. Je ne suis plus sur Grindr, mais je suis sur des applications équivalentes. Et finalement, c'est en ne mettant pratiquement plus rien, en dehors des champs qu'on remplit automatiquement, et très peu de photos, que finalement, j'ai le plus d'interactions.
Et derrière à moi de les orienter vers ce que je veux. D'accord. Des interactions qui te nourrissent. Parce qu'en fait, agripper n'importe qui, j'entends le raisonnement de dire plus je mets des photos où j'ai l'air viril, top d'homme, plus j'ai de messages. Mais si c'est que des échanges qui ne nous nourrissent pas et qui n'aboutissent pas. Moi, je ferai un autre épisode où je lirai mon profil Grindr, mais là, je ne vais pas le faire devant vous.
Mais moi, je veux faire l'amour. Moi, mon king, c'est faire l'amour. Ça, j'ai décidé de l'enlever parce que je trouvais que c'était vraiment… Mais du coup, moi, je mets en avant la sensualité. Je ne sais plus qu'est-ce que… Et notamment, on m'a dit sur Instagram, j'ai partagé un truc où en gros, moi, je parle avec des émojis. Et j'ai des gens qui m'ont dit, enlève tes émojis de tes messages Grindr, tu auras plus de succès. Et moi, je suis là, mais j'ai rien à foutre en fait !
Moi, je mets le petit émoji comme ça. En tout cas, moi, mon propos, c'est de dire que pour moi, ça marche et que le moment où t'agrippes les bonnes personnes, je préfère ça à avoir l'air super masculin et agripper n'importe qui, quoi.
c'est sûr et je suis d'accord avec toi par contre je pense qu'il ne faut pas oublier il faut recontextualiser on est dans un espace Grindr qui n'est pas neutre et où en fait beaucoup d'utilisateurs en temps réel sont en train de négocier avec une excitation sexuelle c'est à dire qu'ils naviguent sur leur téléphone et il y a un désir qui monte une excitation sexuelle qui monte au fil des gens qui y parlent des profils qu'ils voient, des photos qu'ils reçoivent
Donc en fait il y a aussi ce côté de je pense que dans les faits c'est sûr qu'on aimerait rencontrer voir des profils rencontrer des personnes etc mais je pense que plus le temps passe et plus on est excité plus peut-être certains utilisateurs moi ça m'est beaucoup arrivé.
on se concentre finalement vers les profils les plus virils, tu vois ? Les profils les plus virils, c'est pas tellement le… Et on se concentre aussi sur des considérations très… Voilà, la plastique, le physique, etc. Donc en fait, c'est très très dur d'amener un peu de la raison et de se raisonner en se disant, bon bah j'en ai que trois qui viennent me parler, mais ces trois-là, ils sont super intéressants, dans un contexte
où on est un peu en chien. Oui, tu as raison. Ou du coup, peut-être le cerveau fonctionne un peu moins bien. Jérôme, où est Jérôme ? Jérôme, tu avais une question pour Thibaut autour du business model de Grindr. Et je trouve ça vachement intéressant, notamment parce que toi, Thibaut, tu racontes ce script technique
Je trouvais que ça serait chouette qu'on termine sur ce point-là. C'est qu'en fait, cette application, elle est créée d'une certaine manière qui, en fait, limite et influence énormément qui on peut être dessus. Est-ce que tu veux expliquer ta question ? Juste pour le contexte, moi, j'avais Grindr il y a 15 ans. Je me suis remis dessus il y a deux semaines parce que je savais que j'allais participer à ce podcast. Ah !
Et j'ai donc vu l'énorme différence. Et je me suis demandé si pendant tes analyses et l'écriture du livre, tu t'es retrouvé confronté aussi à ce que moi j'appelle un peu le business model de l'addiction. C'est-à-dire que tout pousse les gens à prendre un forfait. Il y en a, je crois, une trentaine. Je pense que c'est la seule application que j'ai vue avec autant de forfaits disponibles.
Pour te permettre d'avoir 10 profils de plus avec qui tu peux chatter, pour pouvoir récupérer 10 photos de plus, pour pouvoir ne pas avoir de pub parce qu'on va pas se mentir mais en 2 minutes il y a 10 pubs.
Est-ce que c'est quelque chose que tu as toi aussi remarqué ? Je ne sais pas si tu as fait une comparaison avec comment était l'application il y a 10 ans où finalement tout était accessible très facilement. Et avant que Thibaut te réponde, toi c'est quoi les grosses différences que tu vois en 15 ans si tu devais synthétiquement ? La pub.
Il n'y en avait pas avant ? Il n'y en avait pas. Il y en avait très peu. C'est-à-dire qu'on pouvait écrire des messages sans être gêné par la pub. Dès qu'on veut lire le message de quelqu'un, on se retrouve tout de suite avec une pub. Moi, j'avoue qu'au bout de la deuxième pub, j'arrête l'application. Je suis très, très vite lassé sur ça. Et il y a d'autres choses qui existent. Par exemple, il y a 10-15 ans, on pouvait se géolocaliser ailleurs. Et du coup, voir les profils de… Par exemple, moi, j'habite là dans le 12e.
Donc si j'avais envie de déplacer un petit peu en me disant tiens je vais aller voir ce qui se passe dans le marais, parce que potentiellement il y a plus de profils, je pouvais le faire. C'est possible là aujourd'hui, c'est payant. Ah c'est payant, oui pardon. Donc tout ça est devenu ce que moi j'appelle le business model de l'addiction, un peu comme les jeux, la course, finalement quelque part l'alcool, la drogue. Et est-ce que c'est pas un petit peu inquiétant tout ça ?
Alors tu as tout à fait raison et je vais rappeler un chiffre que je cite dans le livre. Il n'y a que 7% des utilisateurs de Grindr qui souscrivent à un abonnement mais Grindr dégage 70% de ses revenus des abonnements. Donc en fait le modèle…
économique de Grindr et repose quasiment entièrement sur les utilisateurs qui payent pour avoir Grindr extra ou unlimited je crois que c'est ça les d'ailleurs c'est très cher je crois que la formule la plus élevée c'est 40 euros par mois je crois et la plus basse c'est 8 euros par mois
Et donc, évidemment, Grindr est une application, est une entreprise cotée à la Bourse de New York qui doit rendre compte à des actionnaires. Donc, évidemment que nous sommes dans un pur business model et une application qui ne cherche pas tellement à nous faire nous rencontrer ou à créer un village gay dans la poche comme elle sous-entend dans son marketing. Mais bien sûr, elle veut nous faire payer des abonnements.
Avec cette stratégie de la carotte et du fouet, c'est-à-dire, je crois que je l'ai lu dans ton livre, mais c'est une technologie où ça te satisfait suffisamment un petit peu pour que tu en aies réenvie, mais ça ne te satisfait pas à chaque fois, comme toutes les boucles d'addiction. En fait, il faut que tu aies…
C'est ce qu'on appelle la récompense aléatoire. Les mécanismes de récompense aléatoire, c'est la fameuse expérimentation des scientifiques dans les années 60 avec les souris. Les souris, si elles appuient sur la pédale et qu'il y a toujours la même quantité de nourriture qui tombe, elles ne reviendront pas tout le temps en manger. Tandis que si elles appuient sur la… Si la nourriture tombe de manière aléatoire…
Elles vont venir tout le temps appuyer sur la pédale. C'est un peu comme ça en fait. C'est que nous, on revient aussi sur Grindr. L'application est conçue pour qu'on perde plus souvent qu'on ne gagne finalement. Et ça, ça se fait par quoi ? Ça se fait par le fait que, tu l'as dit, il y a eu des évolutions. Maintenant, c'est sûr que formule gratuite, on peut voir que les 100 profils les plus proches…
la dernière évolution en date c'est que maintenant même si on rajoute des critères ça fait le tri parmi ces 100 profils là parce qu'avant on pouvait mettre des filtres mais on avait quand même toujours 100 profils que maintenant plus on en met plus ça restreint c'est à dire que si on est très sélectif on peut se retrouver avec vraiment juste 35 profils par exemple c'est vrai qu'au tout début Grindr il y avait une limite mais je pense qu'elle était toujours à 100 mais on pouvait faire plein de trucs il y avait une fenêtre où on pouvait voir les nouveaux membres qui arrivent
où qu'il soit donc c'était un moyen déjà de chatter autrement on pouvait se téléporter entre guillemets se géolocaliser ailleurs etc tout ça maintenant c'est des fonctionnalités payantes pour moi dans notre question de qu'est-ce qu'on fait de Grindr comprendre ces mécanismes et du coup choisir d'utiliser l'application ou pas en tout cas ça nous engage d'ailleurs comme les réseaux sociaux parce que c'est un peu les mêmes fonctionnements à surcontrôler notre consommation en fait
Et par surcontrôler j'entends moi tu vois je trouvais que c'était un petit peu audacieux de dire j'ai une stratégie mais en fait c'est vrai enfin je m'en rendais pas compte mais j'ai une stratégie super rigoureuse pour que le produit il me violente pas mais avec des vrais choix réfléchis de me dire ok comment je l'utilise ?
Comment ça me rétribue en termes de… Et comment j'évalue cette rétribution ? Et pour moi, l'idée, c'est vraiment, OK, si j'ai des rapports intimes avec des chouettes, jolies personnes que j'ai l'opportunité de revoir, qui peuvent soit devenir des amis, soit des amants, soit des amoureux, alors, en fait, je reste sur Grindr et j'optimise la façon dont j'utilise ce putain de produit qui, sinon, est une merde sans nom, quoi !
Non mais c'est vrai et le moment où je me suis vraiment un peu mis en colère avec moi-même c'est quand j'ai vu une interview du PDG actuel de Grindr qui du coup se pavanait en disant ah c'est absolument génial on a viré plein de gens et maintenant Grindr tourne avec tellement peu peu peu de gens qui font tellement plein plein de choses et plein de gens payent avec les pubs et tout et on en fait un truc énorme profit avec le moins de RH possible et le mec était trop content de dire ça sur une vidéo.
Mais il y a un vrai sujet qui émerve avec la pub aussi. Moi, je ne l'ai plus depuis six mois à peu près, Grindr, mais c'est vrai que vers la fin, il suffit de quitter une conversation pour vouloir revenir à l'écran d'accueil pour que tu aies une pub d'une minute. Les pubs, en plus, elles sont horribles. Il faut tuer un roi qui se fait manger par un dragon ou je ne sais plus quoi.
je suis d'accord avec ce que tu dis et en même temps c'est vrai que toi t'arrives à dire ça parce que tu as un podcast tu vois de sexualité gay et tout en fait c'est hyper difficile enfin je me rends compte que c'est un processus essayer de dompter d'en tirer le meilleur parti de ce de cette application qui est faite pour créer de la frustration elle est faite pour ça et qui est pleine de pièges ça demande on en revient pas il y a une certaine confiance en soi
Soit une certaine aisance, peut-être aussi… Alors ça, c'est ma vraie question. Dix ans de psychothérapie. Dix ans de psychothérapie, voilà. C'est mon autre pilier. Non, et aussi, moi, je me pose la question. Est-ce que ce n'est pas plus facile quand on est déjà en couple ?
Mais moi, je ne suis pas déjà en couple. Ok, d'accord. Mais parce que moi, je trouve qu'aussi quand tu es célibataire, il y a aussi ça qui rentre en jeu, c'est-à-dire que forcément, tu es moins sécurisé parce que tu as peut-être aussi une recherche d'affection que tu espères derrière, que tu ne conscientises pas toujours.
Mais ce que tu dis, c'est une évidence et je le vois dans mon rapport au sucre, à Netflix ou tous les autres trucs qui essayent de bouffer mon cerveau. Dès que je ne vais pas bien, c'est eux qui gagnent. C'est sûr. C'est F le nombre de papiers de Kinder Bueno dans ma poubelle actuellement. Je suis vraiment d'accord avec toi. La confiance en soi, je ne sais pas certainement, mais cette stratégie, utiliser cette application si je ne vais pas bien…
Et extrêmement dangereux. Ça m'impacte encore plus. Et il y a aussi un facteur qui rentre en compte dedans, c'est l'âge. À quel âge tu utilises cette application ? Et à quel moment dans ta carrière sexuelle, elle arrive ? Parce que je pense qu'à mon avis, c'est plus facile avec le temps, avec l'expérience, à partir de 30 ans, 35 ans, d'essayer de se connaître soi, de connaître ses limites, etc.
Mais quand on a 23, 24 ans, qu'on est en pleine exploration de sa sexualité, parfois même de son homosexualité encore à cet âge-là, de savoir ce qu'on aime ou pas sexuellement, de ses limites, je trouve que c'est encore plus difficile parce que Grindr, c'est un terrain…
d'exploration, et c'est un terrain aussi où on essaye forcément de mimer ce qui se fait, pour essayer de bien faire, entre guillemets, pour pouvoir être désirable, pouvoir faire des rencontres. Donc en fait, c'est vrai que c'est pas facile, et je pense que les jeunes générations, encore plus, ont beaucoup de mal peut-être à avoir du…
un recul vis-à-vis de l'application. On va continuer dans l'épisode 2 de ce live. C'est la fin de la partie 1. Un grand merci à toi, Thibaut, d'être là. Vous pouvez cliquer ici. Merci, trop sympa. Remercie Aubard, merci Marcha qui nous accueille. Pour les initiés,
Si vous étiez, les gens qui écoutent là, et même vous devant moi, si vous étiez dans le groupe WhatsApp, les coulisses du podcast, ou si vous êtes sur mon Instagram, mais ça vous n'êtes pas obligés, j'ai partagé un lien pour gagner le livre de Thibaut. Vous là qui me regardez au moment où on se parle, c'est encore possible de jouer. Les gens qui écoutent, il faut qu'ils viennent sur le groupe WhatsApp. Et enfin, n'hésitez pas à mettre 5 étoiles au podcast, je ne le dis jamais.
Mais j'en profite. En vrai, ça impacte énormément les trucs d'algorithme. Donc, n'hésitez pas. Merci. À très vite. Super. On va ouvrir grand. Il fait chaud. On se prend 10 minutes.