Gay dans un monde hétéro : quand le stress minoritaire bloque tes amours et ta sexualité 1/2

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David Friboulet est psychothérapeute spécialisé dans la santé mentale des hommes gays et queers : grandir gay dans un monde hétéro laisse des blocages intimes dont on ignore souvent l’origine.

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⚠️ Sujet sensible : suicide

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Dans cet épisode du podcast :

  • David distingue deux moteurs du stress minoritaire : les agressions homophobes vécues, et celles qu’on anticipe en se suradaptant
  • Habitué à se masquer, on séduit par le corps et le straight acting : se lâcher, dire non ou être vulnérable devient dur, même amoureux
  • Chems, alcool, addiction : pour David, souvent des échappatoires à l’hypervigilance permanente, pas un simple goût de la fête

Les conseils du psychothérapeute

David Friboulet est psychothérapeute et sexologue.

Comment savoir si le stress minoritaire agit en moi ?

Pour David Friboulet, psychothérapeute, il agit souvent à bas bruit. Beaucoup de gays consultent pour une rupture, le travail ou les drogues sans relier leur souffrance à la façon dont ils se sont construits dans un monde hétéro. Mettre des mots sur les agressions subies et sur la suradaptation permet d’arrêter que ça ronge en silence les fondations de la santé mentale.

Pourquoi le stress minoritaire complique la vie amoureuse et sexuelle ?

Pour David, psychothérapeute, l’habitude de se masquer pousse à séduire par le corps plutôt que par les mots. On joue le straight acting, on craint de se lâcher, de dire non ou de se montrer vulnérable. Quand l’affect arrive dans le couple, l’excitation peut se retirer et on se sabote, par peur d’être jugé sur qui on est vraiment.

Tout le monde est touché de la même manière par le stress minoritaire ?

Pour David, psychothérapeute, non. Selon le socle affectif reçu enfant et les ressources autour de soi, certains encaissent sans trop souffrir. Cliver sa vie, par exemple ne pas faire son coming out au travail, peut rester sain quand c’est choisi, organisé et maîtrisé, sans peur. Le coming out n’est pas une obligation dans toutes les circonstances.

À quel moment les drogues deviennent un signal d’alerte ?

Pour David, psychothérapeute, consommer pour se désinhiber n’est pas en soi un problème : ça peut servir de mécanisme de survie face à l’hypervigilance. Le signal d’alerte, c’est la dépendance, qu’il compare à une allergie : certains ne peuvent plus s’arrêter. Quand le produit sert à fuir une solitude intérieure et enferme davantage, il est temps de se faire aider.

Comment trouver un psy ou un sexologue gay friendly ?

Pour David, psychothérapeute, un accompagnement utile interroge aussi ta construction en tant que personne LGBT, pas seulement ton histoire familiale. Pour trouver un·e soignant·e à l’aise avec ces sujets, le podcast recense des professionnel·les recommandés par les auditeur·ices dans son annuaire des soignant·e·s friendly.


📌 On en parle dans cet épisode

🔗 Together Alone: The Epidemic of Gay Loneliness : l’article du Huffington Post (2017) que David cite pour montrer que le mal de vivre gay persiste même là où les droits progressent Voir le site

🏥 CeSAME (ENIPSE) : le dispositif gratuit de soutien psy LGBT+ que David coordonne, où il anime aussi des ateliers chemsex abordant le stress minoritaire Voir le site


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Lire la transcription de cet épisode
Salut David ! Salut Guillaume ! Je te lis ma petite intro. Bienvenue chez moi déjà. Merci. David, tu es psychothérapeute et sexologue spécialisé dans la santé mentale des hommes gays ou queers et des personnes LGBT+. Tu es le coordinateur du SESAM, de l'association ENIPS, un dispositif de soutien psy LGBT+. Et aujourd'hui, on avait envie de parler de stress minoritaire. On, moi et toi, j'imagine si t'es là ? Le stress minoritaire, c'est un stress spécifique qui touche les minorités, notamment les hommes gays ou queers. Alors tu vas nous dire ce que c'est concrètement, comment ça se manifeste, les conséquences très concrètes sur nos vies, sur moi, ma vie d'homme gay, queer et la vie des auditeurs. Et enfin, comment le soigner ou en tout cas en prendre soin ? Et pour commencer, j'aimerais que tu répondes aux auditeurs qui, là, peut-être en écoutant, se disent « Oh, stress minoritaire, encore un concept de wokiste qui me met à part, un truc qui me complique, qui me victimise et ce n'est pas la bonne solution. » Alors, qu'est-ce que tu aurais envie de leur répondre ? Pourquoi, selon toi, c'est important de parler et de comprendre ce que c'est le stress minoritaire ? — Alors déjà, le stress minoritaire, c'est pas un concept de wokisme. C'est un concept de psychosociologie qui a émergé dans les années 2003 pour comprendre un petit peu mieux pourquoi... Les gens qui grandissaient et appartenaient à des minorités pouvaient présenter des particularités après dans leur vie courante de vulnérabilité psychologique ou sociale. Et donc est né un peu ce concept avec des recherches, avec un chercheur qui s'appelait Meyer. autour de l'appartenance déjà à une minorité par rapport à une majorité. Donc cela peut toucher toutes les minorités, les minorités racisées, les minorités sexuelles. Et parfois, le stress minoritaire peut se cumuler dans la plusieurs appartenance à plusieurs minorités. C'est quoi alors le stress minoritaire ? Si tu devais l'expliquer à moi qui ne suis pas psy ou de façon assez simple, c'est quoi ? Le stress minoritaire, déjà, c'est un stress qui peut agir en toi. Ce n'est pas systématique. En fonction de ce que tu as traversé en te construisant, enfant, adolescent, c'est un stress qui te constitue et t'a mis dans des comportements dans des ressentis des choses, dans un certain sentiment de dangerosité ou de veille qui fait que tu vas avoir parfois des attitudes, des comportements plus forts que toi qui t'insécurisent ou qui te font te retirer ou qui te font te suradapter ? C'est clair ? Ouais. Donc, en fait, c'est prouvé qu'une personne LGBT subit plus de discrimination, a plus de risques de faire une tentative de suicide. Enfin, tout ça, toute cette réalité de l'homophobie et même de la transphobie que l'on vit a des conséquences sur ma santé mentale. C'est ça ? Le stress, l'homophobie est... participent au stress minoritaire. Par exemple, l'homophobie internalisée, je ne sais pas si tu sais ce que ça veut dire là-dedans, on peut en revenir, c'est-à-dire l'homophobie... que je m'applique à moi tout en étant assumé, par exemple, avec mes limites, mes mal-êtres, mes jugements sur moi, cette homophobie internalisée fait partie des conséquences du stress minoritaire que j'ai pu subir. Le stress minoritaire, il s'appuie sur deux choses. Les discriminations ou les violences ou les critiques réelles que j'ai subies, ça peut être à l'école, du harcèlement, se faire très pédé, tapette, d'être un petit peu catégorisé par les autres. dans sa famille, à l'école, au travail. Et puis, ça peut être un stress ressenti. C'est-à-dire qu'il y a beaucoup d'hommes qui vont... Puisqu'on parle là, tu me demandes de parler des gays et des queers, donc je me fais un petit focus, qui vont... très vite comprendre un petit peu leur fragilité, leur différence, mais ils vont se suradapter, ils vont jouer, ils vont jouer à l'hétéro, ils vont rentrer dans un rôle, mais ça ne les empêche pas de ressentir le danger. et de les mettre dans une hyper attention et dans une attitude un peu permanente de suradaptation qu'est-ce que l'autre attend pour pas que je me fasse démasquer par exemple quand je faisais des recherches pour préparer je vais répéter ce que t'as dit j'ai identifié et j'ai trouvé ça intéressant deux types donc les agressions réelles les agressions ou micro-agressions réelles ça c'est l'impact du stress minoritaire c'est concrètement dans ma vie il y a des agressions Et il y a ce que Internet dit, c'est auto-infliger par cette crainte. Il y a plusieurs trucs. Il y a maintenir un état de vigilance accru par le fait de s'attendre à être rejeté, dissimuler ton identité, jouer à l'hétéro comme tu disais. Troisième, c'est intérioriser les normes de la société dominante. Oui. C'est-à-dire l'hétérosexualité et les références masculins, féminins. Si on ne rentre pas dans un schéma où, malheureusement, on ne peut pas se cacher, on est pointé par les autres, on a envie d'externaliser un petit peu ce qu'on est. Et de toute façon, on ne peut pas faire autrement. Si on est, je ne sais pas, un peu plus féminin que les autres, si on a envie d'aller... avec les filles, de jouer avec des barbies, et que l'enfant, il l'assume en toute innocence, il va se faire stigmatiser. Le petit garçon qui va jouer à ne pas le faire tout en sachant qu'il est tenté ou qu'il va essayer, malgré tout, d'aller jouer au football, ça va créer chez lui... quelque chose d'une anxiété latente, d'une vigilance, d'un espèce de faux-soi. Après, le problème, c'est que quand l'enfant, l'adolescent et le jeune homme grandissent, il n'est plus habitué à s'écouter lui. Il donne d'abord priorité aux besoins ou à ce que les autres vont penser de lui. Pour s'intégrer. Pour s'intégrer. Pour ne pas être rejeté. Pour ne pas être rejeté. Ou pour ne pas subir les agressions, les micro-agressions. Exactement. Le syndrome de la machine à café au boulot le lundi matin où chacun raconte ses histoires et son week-end. Plein, plein de choses qui font qu'on peut même s'inventer une copine. On peut créer un petit peu cette partition, ce clivage pour se protéger. Mais en même temps, ça maintient un peu dans une peur, dans un double jeu qui demande beaucoup d'énergie psychique. C'est parfois fatigant. Ce qui explique parfois que c'est pour ça que les gays et les queers aiment se retrouver dans des lieux sécurisés entre eux pour se lâcher. Et ils ont même besoin plus de se lâcher, lâcher prise, pour vraiment... Ils ont tellement de barrières à se protéger qu'ils ressentent ce besoin de se libérer de temps en temps. Est-ce qu'on est tous... « égaux » les hommes gays ou queers face à ce stress minoritaire. C'est-à-dire, moi, sur Internet, sur mon compte Instagram ou quand j'échange autour de ce podcast, j'ai des gens qui disent « Non, mais moi, la machine à café, j'en ai rien à foutre de raconter mon intime, j'en ai pas besoin, donc j'invente ou je fais genre, mais ça n'a aucun impact sur ma vie. » C'est-à-dire, là, sur cet exemple concret, ça m'a rappelé cette anecdote. Moi, toujours dans ma tête, je me dis, j'ai un préjugé. Je me dis, non, mais cette personne, elle se dit indemne et pas du tout ressentie. Mais je pense qu'au fond, ça doit casser un truc. Mais ça, c'est mon jugement. Est-ce que toi, tu penses qu'en effet, on peut être un homme gay ou queer, vivre dans un monde super hétéro, en effet, vivre des agressions et ou de l'auto-ajustement ? sans qu'il n'y ait aucune séquelle, en étant vraiment... Alors, oui. Ce qui peut contribuer à ça, c'est qu'on se construit... Le stress minoritaire dont on a parlé, qui est vécu ou ressenti et internalisé, les deux façons, ou parfois les deux... va se rajouter ce qu'on appelle au stress de droit commun, à ce que toute personne vit en se construisant émotionnellement dans son identité. Comment je suis aimé par mes parents ? Comment on me rassure ? Comment on me valorise ? Comment on me dévalorise ? Quelle rupture je vais vivre ? Quel deuil je vais vivre ? Comment ma personnalité va être centrée sur moi ou sur les autres ? Ça, c'est quand même le socle de tout un chacun, de tout être humain. Et le stress minoritaire vient se rajouter et fait parfois pencher la balance dans plus de fragilité. Et c'est ça aussi qui est particulier dans un accompagnement, par exemple, psychothérapeutique d'une personne LGBT. Souvent, l'accompagnement est très bien fait au niveau classique, comment tu t'es construit, papa, maman, famille, grands-parents, histoire familiale, trauma. Mais on ne rentre pas trop sur « et ça a été quoi cette traversée du désert tout seul dans ta tête ? » Parce que c'est ça le stress minoritaire. Et encore plus pour les gays et les queers. Parce que si on appartient à une minorité racisée, on va peut-être pouvoir en parler à maman et papa quand on rentre de l'école. Parce que maman ou papa est racisé. Tandis que si on se fait harceler ou insulter à raison de son orientation sexuelle, on va tout de suite l'enfermer dans une espèce de honte de soi-même. et une espèce de solitude parce qu'il n'y a personne à qui en parler. Alors maintenant, il peut y avoir des réseaux beaucoup plus rapidement qu'avant, mais malgré tout, c'est quelque chose que tu portes tout seul et que tu ne peux difficilement partager dans ton intimité proche. Ma question c'était est-ce qu'il y a des hommes gays ou queers qui peuvent ne pas du tout ressentir les conséquences du stress minoritaire ? Et si j'adapte ta réponse, est-ce que oui c'est possible si en fait ils ont autour d'eux un socle, des aides et des façons en fait de digérer ce stress, d'être eux-mêmes des soupapes de décompression etc ? Ils peuvent en fait être en capacité de ne pas subir trop négativement les conséquences et donc cette personne qui me dit bah non moi oui je l'ai dit à personne au boulot, je me suradapte parce que je bosse dans la finance et que j'ai pas le choix et ça me va très bien, ça peut être tout à fait le cas parce qu'en fait... d'identité, de comment on la ressent pleinement, ce n'est pas une obligation. Enfin, la question du coming out, c'est un vrai travail en thérapie. C'est-à-dire, le coming out peut être thérapeutique, peut être un élément qui permet d'aller vers toi, mais pas dans toutes circonstances. Si c'est pour te pourrir la vie et te mettre en danger, autant organiser... Un clivage, mais pas dans la peur. Un truc bien organisé que tu maîtrises et dont tu ne souffres pas. Moi, je suis assez d'accord sur ce que tu viens de dire. Oui, c'est possible et ça me paraît assez sain. Si on a les forces de ne pas souffrir, de bien cliver, de dire « non, non, mais moi, ça ne m'envahit pas et je n'en souffre pas ». C'est quoi alors ce qui peut me mettre la puce à l'oreille ? Donc moi, ce que je comprends, c'est que le stress minoritaire, c'est une sorte de grille de lecture qui me permet, soit si je suis psy, de mieux aider mon patient, ma patiente, ou si je suis LGBT, d'avoir connaissance et de me poser une série de questions autour des spécificités du vécu. d'une personne LGBT et de surtout comment grandir dans un monde hétéro peut m'impacter. Et donc, si là, il y a des auditeurs qui nous écoutent, non, il y a des auditeurs qui nous écoutent, si jamais ils se demandent, moi, je ne sais pas, c'est quoi un peu les conséquences concrètes que toi, tu identifies, qu'on identifie ou tu vois chez des patients ? de ce stress minoritaire qui fait mal, qui n'est pas bien géré ? J'ai une liste, si jamais tu les connais. Oui, j'en ai en tête. Je vais répondre d'abord un tout petit peu à côté. Car tu es un esprit libre. C'est ça. Mais rebelle. Mais surtout, moi je pense déjà... Ce qui m'interpelle, comme tu dis, tu as tout à fait raison, c'est une grille de lecture. C'est conceptuel, et comme tout paradigme, tout concept, on peut le démonter, on peut dire que ce n'est pas vrai, on peut dire que c'est autre chose. Mais moi, je pense que déjà, beaucoup de gaines ne sont pas conscients de ce parcours de construction, de ce stress minoritaire. D'ailleurs, quand des LGBT viennent consulter, Quand ils vont pas bien, alors c'est sur fond parfois d'orientation sexuelle, mais c'est pour des trucs de la vie courante. Le boulot, une rupture, des amis, du rapport aux drogues, enfin un truc, mais jamais ils vont dire... Ou alors très rarement, je me suis construit difficilement, j'ai été mis à la porte ou j'ai été harcelé ou j'ai toujours cette phrase de mon père sur moi qui disait, qui parlait des PD et qui résonne toujours en moi. Et le jour où il m'a fait cette remarque et en thérapie, ça met du temps à remonter. Donc moi, c'est un axe que j'interroge. Quasiment tout de suite. C'est-à-dire, vous allez me raconter comment vous vous êtes construit, comment avec cette orientation sexuelle vous en avez pris conscience, comment c'était facile, pas facile, quels étaient les alliés, quelles sont les choses qui vous ont marqué, est-ce qu'il y a des traumatismes autour de ça, pour les rajouter au traumatisme de vie de toute personne. Oui, complètement. Et quelque part, mettre des mots à la fois sur quelles ont été les agressions, Donc en fait, les deux piliers de ton stress minoritaire, c'est mettre des mots sur le premier pilier, les agressions, les micro-agressions que tu as vécues, de remettre de la conscience là-dessus pour pas que ça soit des petits hamsters, des petites souris qui bouffent les fondations de ma santé mentale. Et il y a aussi, je trouve, l'autre pilier du stress minoritaire, Et je ne sais pas si tu peux l'amener à la conscience, mais est-ce que je me suradapte ? Et je trouve que c'est compliqué parce que quand ça fait 10 ans, 15 ans, 20 ans que tu te suradaptes, moi, quelque part, je suis là, c'est quoi le moi ? Après 20 ans de suradaptation, le moi, je ne sais pas si je me suradapte. Et est-ce que ce n'est pas trop tard ? Tu vois ce que je veux dire ? C'est jamais trop tard. C'est jamais trop tard. C'est des modes de défense, donc il ne faut pas tout lâcher. Mais c'est jamais trop tard. Tu me fais penser à un homme... Je présente ça aussi dans les ateliers de chemsex qu'on anime au Sésame, parce qu'il y a une session sur comment on s'est construit dans son identité sexuelle. Et donc, je parle du stress minoritaire et de la honte et des cours de récréation. Et toujours dans un groupe de 10 à 15 mecs, il y en a toujours au moins deux, ils se liquéfient quand on parle de ça. Ça réveille tout de suite plein de choses qu'ils pensaient avoir mis de côté alors qu'ils avaient fait leur coming out, qu'il n'y avait aucun problème, que tout le monde savait, les gens avec qui ils savaient. quelque chose qui crée chez eux cette instabilité qui va se reporter insidieusement sur plein de choses dans les relations aux autres. Tu me disais comment ça se manifeste. Ça va se manifester potentiellement sur la valeur qu'on se donne, sur l'estime de soi, sur la confiance en soi d'être capable de faire ceci, de faire cela, de se retrouver au milieu d'inconnus Voilà, le syndrome de la troisième mi-temps, par exemple, alors que tu te retrouves dans un week-end au milieu des terreaux et tu es le seul pédé de service. Donc, qu'est-ce que tu fais ? Tu assumes le PD de service ? Est-ce que tu fais un mixte ? Comment tu parles de toi ? Comment tu existes dans ce groupe ? Mais en quoi c'est la troisième mi-temps ? C'était une expression, parce que dans la troisième mi-temps, on se lâche. Et la troisième mi-temps est généralement un élément où on sexualise beaucoup. les blagues on sexualise beaucoup même on dénude beaucoup la troisième mi-temps entre mecs ok tu vois ça c'est une culture footballistique que je n'ai pas rugby rugby pardon peut-être peut-être J'ai l'impression d'entendre qu'une des conséquences, moi je suis un auditeur, je découvre un peu, je me pose toutes ces questions, est-ce que moi il y a du stress minoritaire dans ma vie ? Tout ça c'est des invitations à aller explorer ? Si jamais il y avait besoin, je vais refaire le lien. Mais pour moi, t'inviter sur ce podcast qui pose la question comment devenir sexuellement épanoui est une évidence. Mais si ça ne l'est pas, je vais la répéter. C'est que c'est en alignant, en assainissant ou en apaisant ou en soignant... mes fondations de santé mentale, mon rapport à mon orientation sexuelle et comment j'utilise ou pas le sexe et comment je l'utilise, tu vois, comment j'ose être vulnérable, rencontrer l'autre, jouir, machin. Et donc, le stress minoritaire impacte directement ma capacité à me connecter sexuellement avec un homme, tu vois. Tout à fait. Pour faire le lien, en fait, comment le stress minoritaire, il empêche de créer des liens d'intimité. Il met dans la superficialité, il met dans la distance. Les personnes qui subissent ce stress minoritaire vont se construire là-dedans en se retenant. En se retenant et en donnant plus que l'autre attend. Donc, ça pose la question de la sexualité. Est-ce que moi, j'écoute mes besoins ? Ou est-ce que je vais aller dans ce que je sens que l'autre attend de moi-même, dans une sexualité entre hommes où je pense que... En fait, je peux être homo, mais voilà, comment je vais me lâcher ? comment il va me juger, comment je peux être désiré par lui ou comment il peut s'attacher à moi. Et comment moi, après, j'assume, par exemple, les positions pénétrées, pénétrants, comment je les assume par rapport à ce que j'ai internalisé de ce stress minoritaire, du masculin, du féminin, qu'est-ce qui est acceptable pour moi ? Et qu'est-ce qui est acceptable pour l'autre ? Donc ça se rejoue aussi même au sein d'une relation potentiellement entre mecs. D'autant que quand même, l'ensemble des gays et queers qui font communauté ont réintroduit des injonctions de performance et des normes très hétérosexuées. Avec un primat du masculin. Avant tout. Donc, où on joue entre masculins, on joue à straight acting dans le cul. Straight acting, c'est avoir l'air d'être hétéro. Avoir l'air d'être hétéro, en tout cas d'être le mec. Donc, ça entraîne plein de choses dans la sexualité. Comme tu disais très bien, comment dans la sexualité, on peut se montrer aussi vulnérable, pas sûr ? Comment on peut dire ses besoins ? Comment on peut dire qu'on n'aime pas ? Comment on peut dire non ? Comment on peut dire j'ai envie ? Comment on peut se lâcher ? quand on a été habitué à jamais se lâcher et à être toujours en hyper-vigilance. Quand tu as dit ça, tu comprends pourquoi, par exemple, des chems ou des substances psychoactives, ça permet de se lâcher, de se foutre un peu du regard des autres et du regard qu'on a sur soi aussi. De dire, je ne me suis jamais senti, au début, aussi bien avec moi-même, aussi libéré. Tu vois ? Complètement. On continue la liste un peu de... Comment est-ce que le stress minoritaire peut se manifester ? Addiction ? Ouais. On a parlé d'addiction. En tout cas, recherche de décrocher de cette hypervigilance et de cette veille permanente. Donc... Alcool, trucs un peu poussés, donc beaucoup d'alcool, beaucoup de trucs pour se dépasser. Donc ça peut être drogue, addiction aux drogues, ça peut être aussi... Le problème, c'est que, voilà, quand on se construit dans le stress minoritaire, on se construit... avec le vocabulaire des autres, et la pensée des autres, et pas trop ses mots. Et construire une intimité, c'est parler. Et donc, en fait, le gay ou le queer, il se construit pendant tout son parcours, avant d'arriver, de découvrir la sexualité, il se construit dans l'espoir peut-être de pouvoir parler, de pouvoir dire, et quand il arrive... à la rencontre des autres gays, on lui dit « ça se passe pas comme ça, on parle d'abord par le corps. On parle pas avec les mots et on se confie pas. On se rencontre par le corps. Et on verra après si on parle, si on se confie, si on parle vulnérabilité. » à cause du stress minoritaire, passe par le corps et par la séduction. Donc, plan grinder. Et plan cul. Plan cul, barre. Barre, séduction, danser, transformer son corps, montrer ses muscles. Plutôt qu'un langage, voilà, de qui je suis. En tout cas, il y a cette carapace sexualisée qui aide à entrer en relation. Ouais. Je ne sais pas si... Si, si, non, complètement. Et qui n'est pas forcément... Enfin, qui n'est pas forcément toujours négative, c'est-à-dire... Du tout, du tout. Ça devient négatif si, en fait, ça t'enlève ta capacité de mettre des mots, de te rendre vulnérable, etc. Mais ça peut être, en anglais, coping mechanism, comment on dit en français ? Un mécanisme d'adaptation ? Oui, c'est ça, un mécanisme de survie qui te permet de... Mais il peut arriver que, clac ! La problématique, c'est qu'en rentrant là-dedans, si tu répètes trop ça, les modes de séduction, et tu les répètes et tu les répètes, d'abord tu vas rentrer dans un système de plus-plus et un peu d'addiction, c'est-à-dire j'en veux plus, je veux de la nouveauté. Parce que ça me fait exister. C'est-à-dire que quand j'arrive à séduire, je me sens valorisé et mon mécanisme d'adaptation marche. Sauf que dans le temps... Pour tenir un couple, par exemple, au bout de 2-3 mois, quand il n'y a plus ça, je ne sais plus l'alimenter, le couple. Voir même, j'angoisse qu'il découvre ce que je suis autre que ce qui l'a séduit. Et donc, je me retire ou je n'ai plus d'excitation pour auto-saboter la relation. Autre conséquence du stress minoritaire, auto-sabotage, difficulté d'attachement. À créer le lien, à le garder ? Parce que, donc je reformule pour voir si j'ai bien compris, alors que j'ai été, puisque j'ai été agressé à différents niveaux, obligé de m'adapter dans un monde très hétéro, j'ai créé un rapport avec moi biaisé ou en tout cas où je me sens pas tout à fait aligné, où je dois me masquer. Et cette façon de me masquer, de me déformer ou de ne pas être très connecté à mon intérieur intime reste, même quand je suis face à un homme gay que j'aime ou que je pourrais aimer et avec qui je pourrais me sentir en sécurité. Pour autant, je garde ces distances, ces machins, ces impossibilités, ces fêlures qui font qu'on ne peut pas faire couple. Oui, ou alors... Non, mais t'as le droit de dire nul. Oui, oui, on peut. Ça peut avorter beaucoup de couples. Mais c'est ça. En fait, j'ai essayé de mettre des mots. Est-ce que tu peux mettre tes mots sur le lien entre stress minoritaire et incapacité de faire couple ? Moi, je pense tout simplement à de nombreuses personnes qui viennent consulter en psychosexo et qui disent... En fait, quand même, quand je suis bien avec quelqu'un, J'ai du mal à me lâcher, j'ai du mal à entretenir mon excitation sexuelle comme si j'étais gêné. Bon, ça, ça existe aussi chez les hétéros, mais c'est particulièrement rapide et amplifié chez pas mal de gays, de cliver justement ce schéma de séduction, d'intimité par le corps, Et après, on ne peut plus mélanger l'intimité par le corps et l'intimité par les mots, par l'attachement. Donc, quelque chose qui fait que ça limite un peu l'attachement ou ça met un sécure. Si l'autre voit, continue ou considère que je ne suis que comme ça, à un moment, il va me quitter ou il va me juger. Voilà, la peur d'être jugé, la peur de se lâcher. Et donc, même dans mon couple, avec mon mec, pourtant au début, ça se passait bien et c'était l'éclate, il y a un truc qui va se retirer tout doucement. Hum hum. — Ouais. — Parce que... Bon. Et ça, c'est aussi classique dans les couples qui constituent. Aussitôt qu'il y a de l'affect, l'autre n'est plus un objet sexuel. Il devient un être humain et il réveille aussi le lien à l'amour premier, le lien aux parents, le lien aux frères et sœurs. Et donc tout de suite, il y a une dimension de jugement, de attention, de... Donc ça peut aussi poser problème, ça, et c'est pas lié au stress minoritaire, tu vois. C'est lié à ce qu'on appelle le vieux symptôme en sexologie de la mère et de la putain, avec quelqu'un avec qui je connais pas, je peux m'éclater et me lâcher, avec le futur père de mes enfants ou le mec de ma vie, voilà, il faut que ce soit un peu plus cadré, je peux pas me lâcher, en tout cas je ne peux plus tout faire. Et ce que j'entends, c'est que l'intérêt de se poser ces questions sur le stress minoritaire et sa place dans ma vie, en fait, c'est une grille de lecture et qui n'est pas limitée. C'est-à-dire qu'il ne faut pas non plus... L'idée, c'est de se poser ces questions-là et puis en fait, on va aller rencontrer plein de réponses qui ne sont pas toutes liées au stress minoritaire et on s'en tape. Exactement. Ce n'est pas le sujet de... Mais je suis un obsédé du stress minoritaire pour qu'il soit plus pris en compte par les professionnels de santé, par exemple, et que les gays en soient un petit peu plus conscients par rapport à... Dans le piège d'eux-mêmes dans lequel ils tombent sans s'en rendre compte. Oui, à chaque fois, parce que tu disais, ça peut empêcher, je disais, ça peut empêcher un couple, mais ça peut aussi faire rentrer en dépendance. Je vais tout demander à l'autre dans ce collage. Enfin, je trouve quelqu'un qui va répondre à mes besoins, qui va me reconnaître. Et là, je vais être complètement dépendant affectif. Tu vois ? Alors, le stress minoritaire n'est pas la source principale de la dépendance affective. Ça dépend de comment tu as été aimé, comment tu as été élevé, comment tu as été abandonné ou pas. Ça en rajoute une couche. En fait, quand tu as une souffrance ou un déséquilibre dans ta santé mentale, moi, ça m'inspire d'être comme un détective où tu vas essayer de chercher, de te poser des questions, faire émerger des choses. Et bien entendu, pour moi, c'est une évidence que grandir queer... Dans un monde hétéro, en fait, il y a énormément de cicatrices sur nos corps ou dans nos pensées qui, en tout cas, moi, je vais parler en jeu, qui, moi, m'impactent encore aujourd'hui dans ma vie sexuelle, dans ma vie sentimentale, dans ma santé mentale. Et moi, je peux témoigner, et ça va être mon invitation, on va terminer là un peu, c'est quoi le stress minoritaire et comment il peut se manifester ? et prochain épisode on va creuser un peu qu'est-ce que moi je peux faire pour en prendre soin c'est quoi les pistes et donc du coup j'ai perdu le fil de ce que je voulais dire moi je peux attester que me poser toutes les questions autour du stress minoritaire m'a beaucoup aidé à arrêter des processus de répétition très concrètement ma peur d'être pénétré En fait, je suis tellement le sale pédé. Je ne peux pas être plus le sale pédé de la cour de récré que quand il y a un mec qui a sa bite dans mon cul. Tu vois ce que je veux dire ? Et je sentais qu'il y avait... Je me déconnectais. Je sentais qu'autour de la pratique anal, il y avait plus qui se jouait Tu vois ce que je veux dire ? Même avec des gens avec qui j'étais bien, je sentais qu'il y avait une couche de plus, tu vois. Donc ça, dans ma sexualité, dans ma capacité à me lâcher, dans ma capacité à être vulnérable... En fait, le stress minoritaire, ça crée, par rapport en tout cas à la façon dont les gays peuvent vivre leur orientation sexuelle, leur identité sexuelle, ça peut créer la peur des autres et la peur de soi. La peur de ses envies et la peur des envies des autres. Tu vois, si je veux résumer un peu. Donc, dans les relations, dans le cul, dans plein, plein de choses. Est-ce que, selon toi, c'est pour ça que les drogues ont toujours eu un lien particulier, la communauté ? Je dirais au moins sur ce que j'ai lu sur les hommes gays. Est-ce que c'est pour ça que la communauté gay ou les hommes gays ou des hommes gays ont toujours eu un lien particulier avec les drogues ? Et j'illustre. Je lisais sur le Poppers et comment, et puis il y a des épisodes sur ce podcast avec un expert du Poppers qui racontait historiquement dans les années, je vais être imprécis, mais aux États-Unis, dans les années Précida, donc années 70. fin des années 70, on mettait du poppers dans des ventilateurs, dans des clubs gays, tu vois ? Désinhibés. Tu vois ? Et donc, j'ai reconnecté à ça. Et aujourd'hui, on parle beaucoup dans la presse du chemsex comme cette nouvelle épidémie qui cible particulièrement la communauté gay. Est-ce que le stress minoritaire est l'explication de la présence de drogue, mais de drogue en mode, bon, je compare le poppers au chemsex, c'est un peu de la merde, mais ce besoin chimique de se lâcher qui vient du stress minoritaire et qui peut avoir des conséquences dramatiques, c'est-à-dire quand la drogue devient addiction, là, c'est des vies qui s'effondrent. Oui. Il y a un lien ou pas ? Oui, il y a un lien. Mais bon, la drogue, elle n'est pas consommée que dans la communauté gay et queer. Sauf qu'il y en a plus. Et qu'il y a un article qui m'a beaucoup marqué, qui est toujours disponible en ligne. Je ne sais pas si on a le droit de faire la promotion d'articles... qui est un article du Huffington Post qui a été publié en 2017. Alors, on peut le trouver en anglais et puis avoir une traduction Google. Je vais le mettre dans le descriptif de l'épisode. Et ça s'appelle « The gay loneliness, la solitude gay ». Et dans cet article, ils expliquent bien que Voilà, putain, on n'arrête pas de progresser, même dans les zones du monde où on progresse en droit, même dans les zones du monde où, par exemple, des enfants gays sont élevés par des parents gays, où on pourrait croire qu'ils ont grandi dans une acceptation plus grande, et donc que l'auto-exclusion ou l'auto-rejet que produit le stress minoritaire devrait être un peu amoindri, eh bien on continue à avoir le même taux de mal-être, le même taux de suicidabilité, le même taux de consommation de drogue. Parce que la norme majoritaire reste quand même ce qui est normal, comment on doit être et comment on est. C'est-à-dire qu'il y a tout un cheminement à s'approprier. véritablement, et peut-être pour faire transition, l'article, là, il se termine en disant qu'il faut peut-être arrêter de se poser la question de comment on sera comme les autres. Un jour. C'est-à-dire qu'on se disait que quand il n'y aurait plus de sida, on irait mieux. On se disait que quand on aura le mariage pour tous, on irait mieux. Mais il faut juste se dire qu'on n'est pas comme les autres. Ça fait peut-être transition avec le prochain épisode. Que faire avec ce stress minoritaire ? Et puis que faire avec cette différence plutôt que de nous auto-stresser ? J'ai envie de conclure quand même juste sur cette question des drogues. Est-ce qu'on est d'accord qu'il y a des hommes gay et queer qui consomment des drogues sans addiction et en fait un peu comme quelqu'un qui parfois prend de l'alcool et que c'est pas toujours... parce qu'il y a un mal-être profond ? Et à quel moment donné, s'il y a des auditeurs qui prennent un peu parfois des drogues, qui se posent des questions, tiens, est-ce que ce n'est pas l'expression d'un mal-être ? Est-ce que tu peux dire deux, trois mots sur la différence ? Oui, je peux dire, c'est une très bonne question qui permet de revenir au stress minoritaire, une façon de réagir au stress minoritaire. Pendant toute une enfance, toute une adolescence, on s'est auto-interdit. Donc quand un gay commence à s'affirmer, à s'assumer, à faire son coming out, il n'a qu'une pensée en tête, c'est fuck, je suis libre. Fuck le monde. Fuck, et peut-être aussi parfois dans la provocation, mais j'en ai marre de m'auto-interdire. Et je vais aller voir même ce qui est interdit. Et ça, c'est plutôt quelque chose de... Voilà, de ressortir des interdits et de soi, et c'est très libérateur. Et donc, c'est pour ça que, aussi, historiquement, culturellement, dans la communauté gay, il y a toujours eu des drogues ou des pratiques qu'on peut juger extrêmes, mais non, elles sont pas extrêmes, elles sont juste... à côté de la soi-disante norme. Et que ça permet de rattraper, de réparer cette chape de béton qu'on a eue sur la gueule pendant des années. Malheureusement, on n'est pas tous égaux, comme je le disais, dans le vécu psychologique et la santé mentale, sur comment on s'est construit en fonction de son passé, en fonction de sa force, sa volonté. Et donc, le rapport au produit, ça dépend de ta dépendance. Et être dépendant, c'est comme être allergique. Si tu prends un truc, tu gonfles tout de suite et certaines personnes avec les drogues, elles ne peuvent plus s'arrêter. Donc oui, on peut faire du happy chemsex, on peut l'utiliser comme un sas de rencontres et de désinhibition. Et oui, ça peut dériver et repartir vers quelque chose qui va encore plus t'enfermer vers ce que tu veux fuir, c'est-à-dire ta solitude intérieure. Merci. Ouais, non, pardon. Non, je sais pas, tu m'as très clair. Merci. Rendez-vous dans quelques jours pour la partie 2 sur comment on va prendre soin de nos jolies belles personnes malgré le stress minoritaire. Qu'est-ce qu'on fait avec ? Merci David. Je t'en prie. À bientôt.

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