Lire la transcription de cet épisode
Léo, partie de ton témoignage, nous sommes toujours à La Réunion. Et dans le premier épisode, tu nous as raconté ton chemin de passif soumis, même si parfois un peu passif domi. On parlait un peu de, mais en fait, pourquoi tu racontes tout ça ? Qu'est-ce qu'on est en train de faire là ensemble ? Et toi, tu disais, moi, c'est un chemin pour normaliser. Et je trouve ça vachement intéressant parce que moi, la norme, ça m'emmerde.
j'avais envie de te faire réagir à ça c'est que moi être normal mais ça me fait bander même pas une seconde et ce que je trouve absolument magnifique dans ma queerité dans mon homosexualité dans mon identité pédé c'est à dire j'ai transformé l'insulte
en un royaume avec des fées magiques dedans, tu vois ce que je veux dire ? Et moi, je le sens même dans mon rapport avec ma famille, d'être quelqu'un qui a marché sur d'autres chemins que ma famille d'hétéros. Mais moi, je sais, je connais des choses, je peux leur faire découvrir plein de trucs.
Mais un peu comme quelqu'un qui a un talent de musique et qui te joue un morceau et qui t'embarque dans des endroits où tu te dis « Moi, je ne sais pas jouer du piano, mais là, j'ai vécu des émotions. » Tu vois ce que je veux dire ? Et je trouve qu'on est des super belles valeurs ajoutées à des familles qui, sinon… Voilà. Et à Idem, quelqu'un qui a des talents. Idem, quelqu'un qui a des personnalités différentes. En général, la différence, c'est un terreau magnifique. Donc, quand j'entends « J'ai envie de normaliser »,
Je ne pense pas que tu l'as dit en ce sens, mais j'ai envie de te faire réagir. Tu en penses quoi ? Tu as envie d'être normal ? Envie, peut-être pas. C'est juste que c'est plus simple. C'est juste ça. Si c'est réussi, la normalisation de ton fétiche des pieds, par exemple, ta vie, elle change comment ? Qu'est-ce qui se passe une fois que tu as été normalisé ? C'est quoi la violence que tu ne subis plus ?
Par rapport au fétiche des pieds ? Ouais. Si tu veux que ça soit normalisé, c'est qu'aujourd'hui, il y a des morceaux de souffrance ou de difficulté que tu as envie de voir disparaître. C'est lesquels ?
Peut-être les difficultés que j'avais à l'époque d'en parler. Mais du coup, vu que là, j'assume beaucoup plus. Et j'estime aussi que je n'ai pas besoin d'en parler forcément avec les personnes non sexuelles, enfin avec qui je ne fais pas de sexe, on va dire. Ça reste mon jardin secret. Donc juste, c'est plus simple maintenant, aujourd'hui, d'en parler avec les gens avec qui je fais du sexe, justement. Donc normaliser, peut-être du coup, avec toute ton explication, c'est peut-être pas le bon terme. Parce que maintenant…
Toi, à la question que je posais dans l'épisode précédent, moi je disais, je demandais, est-ce qu'une sexualité soumise, c'est… En fait, j'ai des problèmes dans ma tête, moi je parle de moi, j'ai des problèmes dans ma tête, genre il y a des problématiques liées à la confiance en moi, on en a parlé, liées à mon rapport au corps, liées à mon rapport à la sexualité, qui fait que c'est dans ce setup-là que j'arrive à vivre des émotions fortes,
Mais qu'en fait, si j'arrivais à me détendre, si le monde était moins homophobe et ou rejetant, je pourrais avoir d'autres facettes dans ma sexualité. Option 1. Option 2. Toi, j'ai l'impression que tu réponds, il y a plein de sexualités qu'on peut vivre et moi, la mienne, elle est ici, elle est à cet endroit.
et en fait je kiffe c'est génial et je suis sur un chemin juste bah oui le monde extérieur me dit que je suis anormal mais en fait non pas du tout et moi j'ai pas de problème et ma sexualité me va très bien ouais je pense qu'à l'heure actuelle je suis plus dans l'option 2 ouais du coup oui parce qu'au final j'aime ça
Si j'arrive à avoir plus d'estime, j'allais dire que oui, peut-être que je changerais, mais je n'arrive pas à me voir. Là, j'essaie de m'imaginer autrement, faire du sexe autrement. Et je ne sais pas si je prendrais aussi mon plaisir. Là, tu me demandes demain matin, sois actif, etc. Avec, par exemple, toute une nouvelle confiance, je deviens actif.
Mais il n'y a pas d'obligation, moi je te propose des options. C'est pour ça que je n'arrive pas trop à me situer dans ce que tu dis, parce que ça peut très bien être l'option une par rapport à des soucis qui ont fait que je kiffe ce sexe-là, mais du coup, vu que maintenant j'ai 26 ans, demain matin j'ai plus ces problèmes-là, j'ai plus d'estime, est-ce que je vais changer ma sexualité ? Je sais pas. Il me semble que là, il faut qu'on aille creuser le…
C'est toi qui va choisir le livre dont tu es le héros. Soit on va sur les reniements que tu… rentrer dans le moule réunionnais, survivre à la réunion, pour toi, ta réunion à toi, ta ville. On peut dire la ville ou pas ?
Saint-Denis ? Oui, on peut. Qui est la plus grosse ville au nord. Donc, rentrer dans le moule pour survivre au Saint-Denis que tu as expérimenté. Qu'est-ce qui s'est passé ? Et la question que tu te poses, si j'avais grandi dans un ado, dans un truc accueillant, qui serais-je ? L'autre option, c'est d'aller dans Monsieur Compliqué. Dans la phrase que tu m'as dite qui est « Quand mes relations fonctionnent, je m'auto-savote ».
Tu t'en rappelais par laquelle des deux thématiques ? On va dire dans l'ordre que tu as dit, donc on va aller d'abord sur… Le passé ? Le passé. Les deux sont liés ? Les deux thématiques, tu penses, sont liées ? Non. Tellement pas d'accord. Non, parce qu'il y a vraiment quelque chose qui a fait que maintenant je m'auto-sabote.
On parle du coup là-dessus ? Non mais y'a pas de soucis En fait je suis désolé Parce que là je peux pas rester Les auditoristes peuvent pas non plus rester En plus je suis capable d'oublier J'ai pas très bien dormi Que là je prends pas de notes Je suis capable d'oublier Et là les gens vont me détester Et moi j'ai besoin d'être aimé
Moi aussi. C'est quoi le truc ? Non mais en vrai, réponds juste à ça, après on saute. De toute façon, il faudra décortiquer le truc. Je les suis bien appris du coup, en voyant des psys, etc. C'est juste que j'ai eu une relation assez compliquée avec un genre de pervers narcissique qui a fait que maintenant…
je m'auto-sabote pour me protéger en même temps donc en fait tout le long de la relation avec cette personne là ça a été assez compliqué parce que je me suis senti fautif, je me suis senti tout ce qui n'allait pas c'était de ma faute et donc lorsque ça s'est terminé j'avais plus du tout d'estime vraiment j'avais rien du tout tu peux m'amener dans cette relation, elle a duré combien de temps ? quelques mois, je dirais 6 mois
Ok. Est-ce que tu peux me donner des exemples de comment, justement, petit à petit, il t'a fait perdre confiance en toi, à te dire que tout est à faute ? Ça s'exprimait au travers de quels conflits ? Alors, ça a été beaucoup plus sexuel, du coup. Mais ça a commencé au tout début, il m'a peint.
un autre portrait carrément de lui et une fois que j'étais tombé un peu dans ses filets il m'a peint quelqu'un qui aimait par exemple les randos il aimait sortir, il aimait la plage la fête, les grosses fêtes c'était pas trop pour lui la drogue c'était derrière lui ce genre de choses quoi et ça a été tout l'inverse ensuite sur les 6 mois on a couché 2 fois les 2 premières semaines donc ça ça a été assez compliqué surtout que le sexe c'est quelque chose d'important pour moi
Qu'est-ce qu'il te disait ? Justement, il me disait qu'il avait des problèmes vis-à-vis de son passé, qu'il n'arrivait pas forcément à bander, qu'il le sait que c'était un souci, qu'il fallait que je sois patient, etc.
Donc je l'étais, j'ai essayé de trouver des solutions pour aviver un petit peu ce truc, j'étais le seul à chercher des solutions et lui toujours c'était des problèmes on va dire. Vous êtes parti dans votre rencontre dans un domisoumis, vous avez abordé ce sujet ?
Et lui, t'as dit quoi ? Il kiffe. Ok. Ouais. Et les deux fois où vous avez eu du rapport sexuel, c'était ? C'était très bien, ouais. C'était bien. Il y avait même le petit côté fétichiste des pieds qui, normalement, qu'il kiffait aussi, soi-disant. Et en fait, au fur et à mesure de la relation, donc surtout après la relation, j'ai appris qu'on ne faisait rien parce que lui, il avait besoin d'être sous drogue, en fait, pour faire quelque chose. Hum.
Et donc tout le long de la relation moi je me suis remis en question parce que je voyais par exemple il allait se baigner, se doucher, moi je passais juste après et je voyais très bien qu'il s'était branlé par exemple. Ah ouais ? Comment tu vois ça ?
Toi, tu vois du sperme ? Non, mais en fait, le sperme, c'est un peu collant. Et en fait, du coup, il y a des petites surfaces où il y avait des petites saletés qui restaient, en fait, qui étaient collées. Et par expérience, je sais que ça fait ça. Je me suis dit, ok, il s'est bandé, mais du coup, son envie, soit disant, il n'arrivait pas à se bander, etc. Donc, l'envie est là. Donc, je ne comprenais pas. Je lui en ai en parlé. Il m'a dit, non, non, mais c'est moi. Mais du coup…
Je savais que c'était moi du coup, parce qu'il arrivait à très bien se branler. Et quand tu l'as confronté en disant mais tu t'es branlé, il dit quoi ? Il a dit c'était normal, c'était humain, ça va exploser sinon. Phrase typique. Mais pour autant, il ne pouvait pas exploser avec toi ?
Non, dans le sens où ça va exploser, c'est un devoir. Il faut qu'il éjacule. Mais pourquoi il n'éjacule pas avec toi ? Je ne sais pas. Il ne te répondait pas ? Non. Il fuyait, je ne savais pas. J'avais même pensé à lui que c'était mon corps le souci, pas assez musclé. Parce que lui, il était très dans la jet set, très dans le matuvu, etc.
Il y a une jet set à La Réunion ? Non, mais il était en France, lui. Il adorait ce côté, ce monde-là. Alors du coup, vous êtes à La Réunion, là ? Oui. Donc lui, c'est un Zoray, comme on dit, c'est un métropolitain ? Non. C'est un réunionnais qui a fait des allers-retours ? Oui, il a vécu toute sa scolarité ici, mais pour le post-bac, il est parti là-bas.
Et là, il était de retour ? Oui, il était de retour, etc. Il avait déjà travaillé en France, etc. Donc, il avait déjà bien vécu en France. Parce que la situation du chemsex, le sexe avec des drogues, qui est un gros sujet dans des grandes villes, notamment à Paris où j'habite. Toi, tu es au courant un peu à La Réunion ? Ça existe beaucoup ? À l'époque, ça existe moins.
C'est-à-dire toi, parce que toi t'es pas connaisseur, c'est pas ton métier, je veux dire c'est que sur Grindr et dans ton expérience, toi qui pourrais être complètement erroné par rapport à une tendance générale mais bon c'est ainsi, toi t'as souvent des gens qui te proposent de la drogue, la drogue est très présente ?
non on me propose pas forcément et en général tu les vois directement sur le profil ceux qui recherchent en général ils l'écrivent directement donc ça existe quand même qui veulent du chemsex je suis tombé sur deux profils en je ne sais combien de temps donc après moi j'y suis pas énormément donc je peux pas c'est ça ok tu peux pas juger je peux pas savoir ok mais donc pardon il était très jet set c'est ça voilà et petit à petit en fait il te dit c'est toi le problème
Non, il n'a jamais dit que c'était moi le problème. Mais ce qu'il disait, ça n'allait pas dans le sens de ses actes. Donc, indirectement, je savais que c'était moi le problème. Qui a posé le diagnostic de pervers narcissique ? Une psy.
de la manière que je racontais qui ne l'a jamais rencontré par contre dans la manière que je racontais etc a dit que c'est sûrement un pervers narcissique etc et puis ça m'a aidé moi aussi qu'elle pose un mot même si c'est pas forcément peut-être pas un vrai pervers narcissique tu vois ce que je veux dire
Mais ces comportements étaient toxiques pour toi. Voilà, exactement. Et ce qui a fait qu'à la fin, j'arrivais même pas à recoucher avec… Au tout début d'ailleurs, quand je couchais avec quelqu'un, je pensais à lui. C'est-à-dire que je voulais que ce soit lui, donc je fermais les yeux, j'imaginais que c'était lui. Donc ça a pris du temps pour que ça revienne, une sexualité on va dire normal, sans que je sois perturbé, etc. Parce qu'en fait, tu te
Tu te sentais amoureux de lui et attristé dans l'incompréhension de pourquoi notre relation… Parce que pourquoi t'es resté six mois ? Parce qu'il me donnait toujours de l'espoir en fait. Comment tu es resté six mois ? Il me donnait toujours cet espoir qu'on le fera. Il a dit il va voir un psy, il prend des médicaments, on le fera. Il prend des médicaments, des antidépresseurs ?
J'ai jamais vu, il le disait Pas des antipresseurs, juste des médicaments Je sais pas quoi, j'ai jamais vu de médicaments Mais il le disait Et sinon vous aviez une relation de couple Vous mangez J'allais très souvent chez lui On regarde des films, on va en soirée On va chez ses amis, c'est sa famille T'as rencontré sa famille Il est out Il est gay ouvertement avec sa famille Mais vous n'avez pas fait de rando C'est ça que je comprends
Oui, malgré mes propositions, etc. J'ai très vite compris qu'il n'aimait pas ça, au final. Il aurait menti. C'est ça. La Réunion est une terre de randonnées. Oui. Pour les gens qui ne savent pas. Oui, il y en a énormément. Il y a 8 millions de chemins. Il y a énormément de choses à faire. Ok, puisque c'est des volcans. Ok. Comment ça s'est terminé ?
Une énième dispute sur le même sujet et il a fini par me dire « on arrête ». Mais c'était assez violent, ça ne s'est pas dit « on va arrêter là, comme ça, gentiment ». C'est monté très vite dans les tours, c'est quelqu'un de sanguin, donc ça a été assez violent.
et j'ai dû accepter en fait parce que je savais très bien que la relation même mes amis me disaient la relation c'est pas du tout celle qui te convient etc j'arrivais juste pas à lui quitter et dès le moment je sais pas
J'arrivais pas à te dire, il me donnait de l'espoir, il faisait en sorte qu'on avait des projets, il me parlait, on s'était jamais engagé mais on en parlait en tout cas sur des projets qu'on aurait pu faire ensemble etc. Des voyages etc. Et donc du coup j'aimais bien cette idée et je pense que je suis resté parce que j'avais encore cet idéal de relation qu'on aurait pu avoir.
Donc je me suis dit, allez, je reste. J'ai fait ça pendant six ans. Ça me parle de ouf. J'ai fait ça tellement longtemps. De projeter sur la situation, de projeter comment ça pourrait être mieux
Et à partir de ce fantasme où je dis « Putain, imagine, ça c'est comme ça, ça c'est comme ça, lui il est comme ça, ce pied qu'on va avoir. » Et donc être dans un déni de la réalité, ça me parle vachement. Mais moi, c'était un problème d'estime de moi. Moi aussi, du coup.
Ouais, le moment où en fait on s'inflige, parce que le fait qu'on rencontre quelqu'un qui nous dit des trucs, quelqu'un qui a des problèmes de santé ou qui a des difficultés, le fait que je reste un peu et que c'est normal d'avoir des dos d'âne, des années croches sur le chemin. Wesh, le moustique !
C'est même pas un moustique en plus. C'est une espèce de grosse mouche. Ça, c'est de la grosse mouche réunionnaise, ça. Très chantante. Je sais pas pourquoi j'ai dit ça. Ça chante pas particulièrement ici. Non, du tout. C'est juste les moustiques qui font des bruits comme ça dans ton oreille. Non, mais ça met la musique très fort sur la plage. On peut se le dire ou pas, à La Réunion ?
Oui, pas les humains, tu veux dire. Les humains, pas les moustiques. Ah mais les gens, ils arrivent avec soit la petite enceinte ou la grosse baffe. Non mais il y a des gens.
Mais je suis impressionné, sur un diable, genre il faut des roulettes et tout tellement c'est gros, et ça t'ambiance poisson compris. Pour ça, il faut connaître un petit peu les plages un peu moins familiales. Oui, c'est souvent des familles, c'est très convivial et tout. Hop, chaise, table, marmite. Moi, je vois du rougail saucisse, je me dis, mais si seulement ils pouvaient m'inviter, quoi !
Je tourne un peu autour tel un chenapan. Je n'ai pas été invité. Les gens ont leur propre vie et n'ont pas besoin de moi. Non, du coup, on était en train de parler d'estime de soi et de « Ok, il y a des années croches, je reste un peu. »
J'avais aussi ce sentiment… D'un côté, j'avais perdu l'estime que j'avais de moi. D'un autre côté, je voyais qu'il avait besoin de moi. J'étais comme une espèce de pilier. Il avait énormément de soucis dans sa vie, etc. Et donc, le fait d'être présent, ça lui faisait du bien, etc. Donc, j'aimais bien aussi ce petit côté-là. Bien sûr. Donc…
Je trouve que notre typologie, notre personnalité qui manque de confiance en soi, je me mets à des endroits où je deviens, je crois, essentiel ou en tout cas je suis aidant. J'adore la posture d'aidant.
Pire idée. Pourquoi ça te fait marrer ? Parce qu'au final, je pense même qu'il n'avait pas besoin. C'est juste qu'il me faisait croire. Et puis, c'est notre responsabilité. Moi, je m'invente des rôles et les gens ne m'ont rien demandé. Jusqu'à partir…
Oh mais lui il m'a demandé par contre. Ah oui il l'a verbalisé. Tu fais un lien entre le kiff domi-soumi, tu fais un lien entre l'estime de soi et cette relation compliquée, enfin le rôle de l'estime de toi sur ton comportement dans cette relation. Est-ce qu'il y a un lien le domi-soumi et les six mois de cette relation un peu toxique ?
Non, ça a été bien avant même cette relation. Je kiffais cette relation de domination-soumission. Il n'y a pas eu de répercussions ? Il y a une couleur sur la photo. Le fait que tu aimes le demi-soumis, aucun lien avec… Ok, je vais être précis.
Il y a des auditeurs, des auditoristes qui peuvent se dire, puisqu'il aime des mecs domi, il va vers des mecs toxiques. Parce que du coup, genre, je te roule des mécaniques, j'ai du muscle, je suis un homme, un vrai, je suis un domi. Et donc, des gens qui sont immatures. Tout ça, c'est des préjugés. Mais genre, je tire le fil et puis tu me dis ce que t'en penses.
des gens immatures, c'est-à-dire dans les domis, il y a des délices, il y a des petits chats, mais il y a aussi des gens qui endossent ce rôle parce qu'ils sont dans une détestation de leur homosexualité, qu'ils veulent jouer à l'hétéro. T'es d'accord avec moi quand même un peu ? Il y a un peu ça, oui. Donc, t'as chopé la carte ?
domitoxique et donc ça pourrait être là le lien qui est fait donc je suis d'accord avec toi que ça existe ce genre de choses mais c'est pas du tout ce que j'aime moi dans la vie de tous les jours je sais pas quelqu'un comme ça qu'il me faut quoi et là ce mec ça correspondait pas du tout à ça au début en fait comme il a peint un portrait qui me correspondait sauf que du coup au final c'était pas du tout lui ouais je comprends en quoi ça t'affecte pour la suite ?
Parce que dès qu'une relation, du coup maintenant, je sens que j'arrive à un niveau de bonheur, on va dire, qui est tel que si demain ça se finit, je suis capote, on va dire, intérieurement. Donc, je veux reprendre le contrôle et…
donc il y a plusieurs choses mais du coup je veux reprendre le contrôle de mes sentiments et donc soit je vais voir ailleurs parce que ça me permet de prendre de distance au niveau de mes sentiments avec la personne avec qui je suis et donc de me sentir plus protégé en guillemets
Et d'un autre côté, dès que je sens dans la relation une petite distance, qui est des fois tout à fait normale, je vais aller directement sur la défensive d'auto-sabotage pour ne pas me retrouver dans l'état que j'étais avant. Oui, pour toi, tomber amoureux, c'est être vulnérable, c'est être à découvert ?
Et donc, c'est un risque. Ça fait flipper de ouf. Donc, j'ai la peur de cet abandon, la peur de ressouffrir. Donc là, par exemple, ça a été compliqué avec Monsieur Compliqué. Je l'ai nommé comme ça, mais c'est injuste parce que c'est pas bien, je pense. C'était une erreur de ma part. Parce que du coup, ça sous-entend que c'est lui le problème et que toi…
Non, c'est un peu lui le problème, mais c'est beaucoup plus moi. Non, parce qu'il l'a voulu lui-même, qu'il ne m'a pas aidé non plus, mais ça a été beaucoup plus moi, ça c'est sûr. Vous vous connaissez depuis combien de temps ? Deux ans et demi. Ok. Et au début, c'était comment ?
En fait, on a commencé à se voir avant l'Australie. Donc au début, on était parti sur… Et toi, t'es parti en Australie un an ? Ouais. On était parti sur du sex-fun, quoi. Un peu un plan régulier où il n'y avait pas de statut. Mais on s'est vu trois mois avant que je parte. Et en fait, au fur et à mesure, il a commencé à être exclusif et à avoir des sentiments. Donc même avant que je parte. À être exclusif, c'est-à-dire, toi, de ton côté, tu batifolais telles les règles que vous avez dites ? Non, au final, je ne le voyais que lui aussi.
Ok, mais lui est devenu exclusif dans le sens qu'il n'avait pas d'autres partenaires et il te kiffait. C'est ça, parce qu'en fait, quand on se voyait, il voyait aussi d'autres gens, au début. Au début, compris. Et au fur et à mesure, il voyait que moi. Et moi, je pensais qu'on allait arrêter de se texter quand je serais en Australie, au fur et à mesure, au bout d'un an. Et ça ne s'est pas fait. On a toujours gardé contact, etc. Je suis revenu en vacances, soi-disant, mais après j'ai eu un problème de visa, donc je suis resté à La Réunion. Et au final, on s'est lancé dans une relation sérieuse.
Ok, et au début c'était comment cette relation sérieuse ? Très bien, comme juste avant l'Australie, c'est-à-dire qu'on ne se posait pas trop de questions, c'est juste que du coup là on a statué, c'est tout quoi. A quel moment donné tu t'es auto-saboté et comment ?
Alors, ça a été au moment où il y a eu une première baisse d'attention, mais au niveau sexuel, dans notre couple. On faisait un peu moins, etc. Pourquoi ? C'est comme ça. Il a des périodes comme ça. Il m'avait expliqué par la suite après que lui, ça marche comme ça, en fait. Il a des périodes… Et toi ?
Et moi, j'ai des périodes, certes, mais qui vont vers le haut et pas vers le bas. C'est-à-dire que moi, je suis à ce niveau-là. J'ai des périodes où ça augmente, du coup. Mais lui, c'est comme ça. Il a des périodes où il va vers le bas. La base, c'est combien de rapports dans l'idéal quand t'es en période basse ? T'es en basse saison ?
De manière générale, pas forcément qu'on vienne se rencontrer, etc. Mais une fois par semaine, c'est bien. Et après, tu peux être au-dessus en haute saison. Oui, exactement. Je peux être vraiment au-dessus. Donc là, il y a moins de sexe parce que lui, il n'est pas sur le même rythme. C'est ça. Et même quand il y en avait, ce n'était pas pareil. Et donc ça, ça me faisait peur. Ça ne faisait pas pareil ? Le sentiment que j'avais, le lien…
Oui, quand je le faisais, j'avais moins ce sentiment de plaisir. C'était différent. Il était en mode demi-soumis ? Vous étiez en mode demi-soumis ? Plus trop, non. À ce moment-là, non. Au début, vous l'étiez, mais… En fait, dans ses périodes basses, il n'est pas forcément dans ce mood-là. Mais sinon, c'est un truc qui le correspond. Oui, il adore ce côté-là. Ok.
Et en fait, moi, je n'avais pas confiance. Mais dès lors que lui était en période basse, ça me rappelait cette relation où je ne couchais plus du tout. Et c'était moi le souci. Et j'avais petit à petit une perte de confiance. Et je ne voulais pas repartir tout en bas. Et donc, j'allais voir ailleurs pour remonter cette confiance. Et aller voir ailleurs quand ?
Je suis allé voir Yur deux fois durant cette relation, une fois au bout de huit mois après peut-être, sept mois, ouais, sept, huit mois après. Il a découvert tout ça, donc ensuite on en a parlé, parce que lui était assez ouvert d'esprit, donc il me disait si j'ai le besoin d'aller voir Yur, il suffit de le verbaliser. Ensuite on échange si lui, il en ressent, enfin lui il le donne un petit coup par, tu vois. C'était en gros, on ouvre la relation. C'est ça. Et sauf que je lui disais non, j'ai pas très envie, moi je suis dans la monogamie, etc.
Et en fait, il n'arrivait pas à comprendre mes actes. Et de là, c'est là où je suis parti voir une première fois une psy, etc. Donc, on a continué sur ce chemin-là. Et on est reparti dans une espèce de période où il n'y avait plus du tout de sexe. Et moi, cette peur s'est amplifiée parce que moi, je suis parti voir ailleurs. Et au moment où on s'est réexpliqué et où il a décidé quand même de continuer, il m'a clairement dit dans les yeux…
Moi, il n'y a rien qui m'empêche d'aller voir ailleurs non plus. On a continué, mais moi, j'avais toujours cette peur et je ne me sentais pas du tout légitime d'avoir cette peur parce que je l'ai provoqué. C'est toujours ta peur de l'abandon. Oui, c'est rejoint là-dessus. Et pourquoi est-ce que ton cerveau n'entend pas qu'il t'aime ? Je ne sais pas s'il t'aime, mais en tout cas, il te dit plusieurs fois par ses actes qu'il a envie d'être avec toi et que ça marche, mais ton cerveau…
C'est un peu ça. En fait, le cerveau, il va s'occaliser que sur les actes qui ne montrent pas ça. Même s'il y en a un seul dans la semaine, alors que tous les autres jours, c'est l'inverse, mon cerveau va s'occaliser que sur le jour où je n'ai pas eu cette attention. Oui, oui.
Et je vais interpréter aussi différemment. C'est-à-dire que j'interprète toujours la communication non-verbale, mais à ma manière. C'est-à-dire que lui, ce n'est pas forcément ce que lui a voulu me faire comprendre. Et moi, je vais le comprendre différemment. Pourquoi est-ce que tu as une éloquence là aujourd'hui ? Tu sembles très au clair sur les mécanismes idiots, mais les mauvais mécanismes que ton cerveau et les mauvaises décisions que ça te fait prendre ?
Du coup, ça veut dire que le travail est fait ? Tu vois ce que je veux dire ? Là, tu me décris le truc. Donc, ton travail psy, il est fait. Et aujourd'hui, vous êtes de nouveau ensemble et tu te sens un homme différent ? Alors, le travail psy, il est toujours en cours parce que là, on a mis le point dessus, on va dire. Mais j'ai toujours ces mécanismes qui reviennent. Donc, il faut juste trouver une autre manière de faire, etc. Et maintenant que je les connais, c'est beaucoup plus simple de les contourner, de faire différemment maintenant.
Et maintenant, on est toujours ensemble, mais comme lui aussi, de son côté, ça a été la première séparation, parce que la première fois, on n'a pas été vraiment séparés. Et en fait, lui, c'était un trop-plein. C'est-à-dire que lui aussi, il a une espèce de bataille intérieure. Il a envie de me voir, mais en même temps, il a envie d'être seul. Donc c'est assez compliqué aussi de ce côté. Et du coup, nous deux, on avait besoin de temps qu'on est en train de prendre pour
Et je lui ai dit, donc je lui ai tout dit aussi que je continue à avoir la psy, donc il connaît tous mes soucis, il connaît toutes mes batailles intérieures que je dois mener.
et il est ok mais non mais attends mais du coup parce que là t'as appuyé sur une de mes blessures passées genre mais moi les gens qui font je veux qu'on soit ensemble mais je veux être seul et tout non mais en fait j'ai envie de les pourrir tel une mangue pourrie non mais du coup attends moi je croyais que il y a des hauts et des bas sexuels mais qu'en fait ils te rassuraient en te disant j'ai envie d'être avec toi c'est ce qu'ils me disaient la première fois ça
Ah ok, maintenant il te dit je veux être seul aussi ? Non, c'est juste que la première fois ça s'est passé début d'année, où là il me réconfortait, etc. La deuxième fois que je suis parti voir ailleurs, c'était vers septembre, septembre-octobre, où là il ne me rassurait pas. C'est juste qu'on se voyait beaucoup plus déjà, et en fait il ne savait pas sur quel pied danser. C'est-à-dire qu'il avait l'habitude d'aller à la plage tout seul au moins une fois par semaine, ou de temps en temps, parce qu'il avait ce moment…
Le besoin de ce moment de solitude, tu vois. Mais il voulait quand même que je vienne avec lui, ce genre de choses. Et en fait, il avait ce besoin que je sois là, mais en même temps, ce besoin de solitude. Sauf que je ne savais pas tout ça. Il ne le disait pas, etc. Ça, c'est les difficultés. Moi, je trouve que j'ai grandi dans une idée que le couple, c'est vraiment le graal. Que quand tu es en couple, c'est absolument génial.
Et donc, du coup, quand tu te mets en couple, tu galères à prendre soin de toi, à être seul, à savoir le communiquer en disant, en fait, je ne te déteste pas, mais j'ai juste envie d'avoir des moments seul. Donc, c'est tout un apprentissage. Exactement.
Et vu qu'en plus, lui, il savait un peu mes soucis de peur de l'abandon, etc. Il ne voulait pas non plus communiquer ses besoins où il avait besoin d'être seul. Ouais. Parce qu'il avait peur que j'interprète mal, etc. Donc, on a quand même décidé de continuer parce que l'amour est encore là, etc. C'est juste qu'on a tous les deux des soucis. Mais on a beaucoup plus confiance en l'avenir dans le sens où moi, je travaille dessus. Je suis plus seul, on va dire en guillemets. Donc, c'est plus simple à travailler dessus. Avec le travail thérapeutique. C'est ça. Ok.
Oui, elle me donne vraiment… En fait, la première, j'ai changé de psy en cours de route et la première, ça ne fonctionnait pas trop sur moi. Alors que la deuxième, j'ai vu vraiment des effets quasiment immédiats. Parce que juste dans son aura, dans la façon dont elle te… Il y avait l'aura et surtout la première, elle était spécialisée dans l'hypnose et je trouvais que je n'étais pas sujet à ça. Et la deuxième, elle est spécialisée ? Elle est beaucoup plus dans les devoirs à faire. Elle me donne beaucoup de devoirs sur moi. Il faut que j'écris, il faut que je fasse des tableaux, il faut que je me concentre sur moi.
Elle tire sur ta corde soumise. Exactement. Elle te donne des ordres, elle te donne des tâches. Voilà, à peu près. En fait, elle arrive à reformuler ce que je n'arrive pas à formuler aussi. Donc, quand on est en discussion, etc., moi, je dépatouille à lui expliquer la situation et elle arrive à résumer en une phrase. Génial. Elle est gay-friendly ? Je pense. Tu te sens à l'aise à dire… Elle est jeune, elle est… À dire soumise, les fétiches des pieds, tu en as parlé ? Non, du tout.
Non, non, on n'a pas… J'ai pas senti le besoin. On n'a même pas parlé de domicile ou de soumission. Parce qu'en fait, quand je suis partie la voir au début, j'étais plus avec Monsieur Compliqué. Et au fur et à mesure, je lui ai dit, on s'est remis ensemble. Et donc, le…
Le cap avait un peu changé de nos séances, mais tout simplement, en fait, c'était vraiment plus dans la construction d'une nouvelle base solide de notre relation. Oui, c'est pas sexuel. Voilà, non, c'est vraiment pas sexuel. Des relations. Exactement, c'était vraiment de l'estime que j'ai de moi, etc. Ça a été un petit peu sexuel, parce que je lui ai dit « c'est dû à ça, c'est dû à cette baisse qu'on a eue ».
Mais elle a dit directement, on est parti sur l'ancienne relation. Oui, mais pas la nature des rapports sexuels. Mais dans ces cas-là, tu pourrais la mettre dans l'annuaire. En fait, dans l'annuaire, les auditorices queer, on a créé un annuaire, ce qui fait que tu mets le nom, le prénom, l'adresse du professionnel de santé, médecin, psy, que tu as consulté, avec qui tu t'es senti bien. Et l'idée, c'est d'avoir un annuaire complètement subjectif,
Mais de gens queers qui peuvent du coup, si tu cherches un psy, un médecin, tu peux commencer par ces contacts-là. Parce que tu sais que tu as quelqu'un d'autre qui lui a raconté des trucs queers et elle n'a pas eu des… Le lien est sur le site du podcast. Je te donne le site du podcast huit fois par épisode. Je ne vais pas le refaire là. Mais tu pourrais, parce que je crois qu'il n'y a personne à la réunion. Enfin, on n'a pas de contact à la réunion. Ok.
Mais tu seras libre de le faire ou pas ? Oui, ça marche. Est-ce qu'elle, elle fait des ponts avec le passé, ta construction d'homme gay ou pas ? Indirectement, au niveau de la sexualité, oui. Mais elle n'essaye pas de mettre ça en jeu. On fait des liens avec mon passé, quoi.
Ça veut dire quoi ? Je comprends pas. Avec ma relation que j'ai avec mon papa, etc. Elle fait des liens. Elle fait des liens, voilà. Mais pas forcément avec ma sexualité. C'est pas parce que je suis gay que… Elle me fait des liens. Les liens du passé, c'est dû indirectement à ma sexualité. Mais elle ne tourne pas dans ce sens-là. C'est vachement intéressant. J'ai enregistré et si j'arrive à y penser, je vais y penser. Je mettrai dans le descriptif de cet épisode les deux épisodes que j'ai enregistrés avec un psy gay.
Qui s'est spécialisé dans l'accompagnement des hommes gays. Lui, il est queer. Il est basé à Paris. Je crois que le titre, si les gens essaient de le chercher, c'est un truc à rallonge. C'est genre cette clé psychologique sous-estimée.
Quand t'es gay, bon, en gros, on parle du stress minoritaire. Il faut taper stress minoritaire. Et en fait, ce que les études montrent, c'est que ce que tu m'as très bien dit dans des mots quand on a préparé cet entretien, où tu as dit j'ai dû rentrer dans un moule et j'ai dû m'adapter, faire tout un tas de compromis sur comment je bougeais dans l'espace, ce que je disais, ce que je pensais, tous ces reniements, parce que je suis gay et ou…
trop efféminé pour la masculinité qui m'entoure. Tout ça, en fait, ça a des impacts directs sur ta santé mentale d'adulte et ta capacité à faire lien. Point. Et c'est des études qui sont menées depuis pas mal d'années sur beaucoup de gens. Ils sourcent. C'est pas un truc marketing qui date du mois dernier, quoi.
Et bien entendu, je ne peux pas te citer le premier psy qui a fait ses recherches il y a longtemps, mais si j'étais vraiment très intelligent, je le ferais là, je l'insérerais. Mais non, mais franchement, c'est solide, c'est de plus en plus prouvé et un peu comme ce que tu disais tout à l'heure, c'est une grille de lecture lorsque le psy l'a.
on peut pas mettre dans des petites boîtes et tout catégoriser mais en fait ça te pousse à poser des questions quand t'es psy ou quand t'es patient à bien voir que l'estime de toi si je suis très très bulldozer, énorme sabot je ne suis pas thérapeute, soit mais moi j'y crois de ouf le moment où tu t'es construit
En étant humilié, rabaissé avec une estime de toi à zéro, où personne jamais ne t'a célébré pour ce que tu es vraiment. Le fait qu'Avance Rapide, 15 ans plus tard, face à quelqu'un où tu pourrais ouvrir ton cœur, tu as les mêmes automatismes de survie et une estime de toi qui a peut-être bougé de quelques niveaux mais qui reste basse.
et t'es encore en surveillance de survie et donc tu te montres pas réellement totalement et t'es sans cesse dans la peur d'être abandonné ou attaqué et donc tout ça ne te permet pas de créer des liens pour moi c'est une évidence
Comment tu veux insulter un enfant, un adolescent et penser qu'adulte, il sera en capacité de se mouvoir de… Qu'est-ce que t'en penses ? C'est sûr que tout ce qu'il y a dans l'enfance, voire l'adolescence, ça a un impact sur la vie d'adulte. C'est sûr et certain. Je te donne un travail, petit soumis. Tu vas m'écouter cet épisode et tu vas me le faire écouter à ta psy. Ok.
Et donc, dans les grilles de lecture des psys, le rapport au père, à la mère, la place dans la famille, c'est des choses qui ont été étudiées et donc qui sont des grilles de lecture. Mais je pense que la grille de lecture de grandir gay peut apporter des clés. À quel endroit tu as eu l'impression de devoir couper des morceaux de toit pour rentrer dans un moule ?
Tu sais quel bout t'as coupé ? Alors, indirectement, déjà, quand on est en primaire et tout, je n'avais pas forcément conscience, mais ça a commencé en primaire. Il est joli ton lapsus. Confiance ? Tu n'avais pas forcément confiance, j'imagine. En primeur, ça allait. Mais c'est vraiment à l'entrée du collège. Là, j'ai directement remarqué, on a commencé à efféminer, etc. Tu as efféminé ? Je ne le pensais pas, mais oui, du coup.
Aujourd'hui, on te le dit encore ? Non. Mais en primaire, je traînais un peu avec… Je ne voyais pas trop la différence, mes filles garçons et les garçons qui étaient efféminés, indirectement. Que j'ai compris après, bien sûr. Et du coup, j'ai changé. Ce n'était plus le même collège du secteur. J'ai changé de secteur, on va dire. Où là, c'était beaucoup plus cagnard, en gros. J'hyperbolise, j'exagère. Ça veut dire quoi, cagnard ? Cagnard, des racailles, quoi.
Donc là, il y avait le contraste. Ça veut dire quoi ? Parce qu'en fait, je pense que culturellement, ce terme, il est chargé de quelque chose de spécifique à La Réunion. C'est un milieu populaire, des gens qui ont peu d'argent. Les racailles ? Pas forcément peu d'argent. Non ? Non, c'est juste le comportement. Vraiment très homme, très macho. Ou même vraiment, tu vois, la démarche, c'est vraiment… Tu vois, il bouge les épaules. Il roule des mécaniques. Ouais, voilà.
C'est vraiment homme-homme. Vraiment, il faut qu'il fasse peur. Ok. Masculinité toxique. Genre, j'ai un scooter. Bien sûr, j'ai un scooter. Je pense que je vois le truc. Et ça s'habille particulièrement ? Oui, à l'époque, c'était des bas satellites. Je ne sais pas si tu vois c'est quoi. Ici, on appelait ça bas satellites. C'était des espèces de longs…
C'était un peu comme un jogging avec des rayures sur le côté, juste une rayure sur le côté. Alors ça, mais ils avaient tous ça. Des baskets requins, je sais pas si on dit ça encore, ou genre de TN quoi. T-shirt normal, casquette, bon pas forcément dans l'enceinte de l'établissement du coup, mais c'était un peu ce style-là quoi. Et en termes d'ethnie ?
Il y avait des mélanges ? Beaucoup plus des malbars, en tout cas dans l'établissement dans lequel j'étais. Mais tu avais de tout. Mais majoritairement, c'était des malbars. Toi, ton ethnie, c'est quoi ? Métis, créole. Parce qu'on a un peu parlé dans le pré-entretien. Oui, parce que moi, du coup, j'ai essayé de comprendre au travers de la carte de ce qu'on m'avait dit, mais il n'y a aucun des termes que j'ai appris dans lesquels tu rentres. C'est ça, en guillemets. Oui, parce que toi, du coup, tu veux te décrire physiquement ?
brun, barbu un peu tu dirais que c'est caramel cette couleur de peau je sais pas caramel du coup et on m'a toujours dit que je ressemble à un latino enfin pas ici du coup mais quand je voyage etc c'était plus un latino sauf que ici on appelle ça un métis c'est dans la partie 3 la partie 3 et la partie 3 qu'on va explorer la suite de ton témoignage avec justement ces moules coupés moi j'annonce d'accord
J'annonce que… Qu'est-ce que j'annonce ? Ça fait peur. Ouais, je sais, t'as peur, là. Je suis sur…
Je suis sûr que notre capacité à lâcher prise sexuellement, amoureusement, voire même artistiquement et professionnellement, à lâcher prise pour mieux prendre la prise, pour mieux choisir notre endroit, pour mieux vivre, pour être en total pouvoir de « tiens, je vais m'habiller ainsi, je vais faire ceci, je vais faire cela, sexuellement, amoureusement, etc. »
Et cette capacité-là, on peut tous la reconquérir, tous nous les queers, mais que je n'ai encore jamais rencontré quelqu'un de notre génération. Peut-être que les jeunes de 18 ans aujourd'hui me diront le contraire, mais je n'arrive pas trop encore à en avoir sur le podcast. Les gens qui ont 19 ans, ils sont aussi au début de leur chemin, ils n'ont pas trop envie d'en parler sur le podcast.
mais en tout cas on a tous été violentés il y a vraiment Didier Ribon un sociologue qui parle de tu n'es dans l'insulte il y a un moment donné où c'est le moule tu te coupes efféminé, pédé, tapette on est dans l'insulte et que ces fêlures, ces cassures on a la possibilité de les reconquérir mais que sans se réparer on peut vivre une vie cassée
Avec l'incapacité à jouir totalement, à être maître de son destin. Il y a une reconquête, tu vois. C'est ça que j'observe. J'imagine que quand on est hétéro, on a aussi une reconquête. Parfois, c'est familial. Parfois, c'est le milieu dans lequel on est, etc. Je ne dis pas du tout que les queers, mais spécifiquement les queers autour de cette capacité à aimer et à s'aimer ont des putains de défis supplémentaires.
Et j'annonce que ce que tu vas raconter est directement lié au premier épisode. Parce que les gens pourraient se croire, ouais, bon là, qu'est-ce que j'en ai à foutre de l'historique ? C'est quoi le rapport sur un podcast de l'intime ? Et moi, je vois de ouf le rapport. Et on va terminer sur une question. Pourquoi j'ai l'impression, et j'ai vraiment mes lunettes de métropolitain, et si je dis une grosse bêtise, pourquoi j'ai l'impression que tu as un accent parisien ? J'ai l'impression qu'on parle…
J'ai un accent parisien. Dans mon intonation, mon accent parisien est différent d'un accent marseillais. Le français a plein d'accents québécois. Et moi, quand je parle à des réunionnais, j'entends parfois un accent créole.
Et toi, tu as un accent… Pas créole. D'accord. Je le sais. C'est juste parce que ma mère m'a empêché de parler créole depuis petit. Bien sûr. D'après elle, c'était pour que je réussisse, que je ne galère pas en français.
Parce qu'au créole, les auxiliaires sont inversés très souvent. Donc du coup, tu observes quand ils doivent écrire en français, ils mélangent les auxiliaires, etc. en exemple. Et j'ai aussi cette faculté, on va dire, de copier un petit peu la manière de parler ou de l'accent de la personne qui est autour de moi. Comme Lara Fabian ?
Pas aussi bien. Mais par exemple, on me l'a déjà dit, M. Compliqué, avec lui, je n'ai pas l'accent. Et dès que je vais avec ma famille, il me dit, tu as totalement l'accent créole. Ah ouais ? D'accord, ok. Parce que M. Compliqué est métropolitain ? Il est métropolitain. Ok, d'accord. Quelqu'un m'a dit, et ça en métropole, moi j'ai des potes issus de l'immigration et cette génération-là,
Donc moi j'ai 38 ans, leurs parents, le français dit, le français genre des livres, et la langue du pouvoir. C'est moi, mon enfant, je veux pas qu'il parle une autre langue que la langue qui va lui permettre d'avoir un boulot. Et c'était une génération d'assimilation, genre il faut que tu t'assimiles, on gomme tout ce qui pourrait faire croire que…
Et j'ai entendu que c'est la même chose ici, qu'il y a plein de familles qui disent que le créole c'est la langue où tu vas plus trouver un taf et tu auras plus de pouvoir, mon fils, si tu parles un français comme les parisiens. Exactement. En fait, ils ne voient pas l'importance du créole dans la vie de tous les jours ou dans la vie professionnelle. Toi tu le vois ? L'importance dans la vie professionnelle, bof, mais culturellement c'est important.
toi tu te connectes plus à à la culture, tradition, créole à pas effacer certes je parle pas ou elle a pas voulu que je parle mais il faut pas non plus effacer ou oublier le créole on va terminer sur une phrase en créole tu me trouves un truc à dire en lien avec ce qu'on s'est dit je dirais va où ça ou veut, meurt où ça ou doit tu veux me dire ce que ça veut dire ?
Va où tu veux, mais tu vas mourir là où tu dois. Donc en gros, moi ça me parle parce qu'il y a plein de gens qui sont en conquête, on va prendre l'exemple de la norme par exemple, où ils chassent leur naturel et ils veulent rentrer dans les normes, mais peu importe où tu vas, tu vas mourir comme tu es. Tu vois ce que je veux dire ? Donc ouais, ça, ça me parle.
perds pas tant à être un autre parce que de toute façon tu gagneras pas cette bataille là exactement quand tu vas mourir tu vas mourir comme tu es et pas comme tu as voulu montrer quelqu'un d'autre quoi tu vois ce que je veux dire ? trop beau