Pourquoi je sexe avec des hommes qui ne me plaisent pas – François 2/3

Partie 2 sur 3
« Comme je suis déjà sous drogue de la fête précédente, j’ai plus de filtre pour me dire oui ou pour dire non. Et en fait, je m’en fiche parce que je pense que c’était en pleine période de dépression. » François

François, 33 ans, couche sous produit avec des hommes qu’il ne trouve pas beaux : ce qu’il y cherche n’est pas le plaisir, mais un tunnel d’oubli.

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Dans cet épisode du podcast :

  • En 2020 à Amsterdam, son travail et l'avenir bouché le paniquent : le chemsex passe à une fois par semaine
  • Il ne garde aucun souvenir de ces nuits, puisqu'elles servaient à oublier le moment qu'il traversait
  • Le jour où il commande de la drogue à l'avance, sans passer par la fête, il comprend qu'il glisse
  • Après trois mois de sevrage et six mois de thérapie, il ne fait plus de chemsex qu'avec des hommes choisis

On en parle dans cet épisode
Le roman dont la scène finale lui revient : le héros dévoré par la foule qui veut son parfum
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Les images d'addiction qu'il a en tête au moment où il se compte trois chemsex en une semaine
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Lire la transcription de cet épisode
Vous écoutez la deuxième partie de ce témoignage. Pour la première partie, c'est l'épisode précédent. Le chemsex exploratoire, il t'a duré un temps. À quel moment donné t'es passé à la phase 2 ? Et comment s'appelle ce deuxième chemsex ? Je dirais chemsex destructeur, qui était vraiment pendant la pandémie. Où là tu te retrouves ? Seul chez toi ? Ouais, et encore, tu vois, ça allait. Amsterdam, ça allait. On n'était pas confinés. J'avais un appart sur le canal. Chaque jour, je sortais. Vous n'avez pas eu de confinement à Amsterdam ? Non, non, non, non. J'allais prendre un café avec mes voisins sur le canal chaque midi. Tous les restos et les cafés avaient des... Tu ne pouvais pas aller à l'intérieur, mais ils avaient des sortes de petits... Tu te détales. En gros, tu prenais ton truc en takeaway. Il faisait super beau. Donc, c'était quand même un luxe par rapport à ce qui se passait au reste de l'Europe. Mais le problème qu'il y a eu, c'est déjà la situation anxiogène de fait. Et ensuite... En gros, tout était annulé. Donc, ce qui restait, c'était mon taf. Taf que je n'aimais pas du tout. Et donc, moi, ça m'a fait paniquer parce que ça a joué sur ce sentiment d'être enfermé complètement dans un taf que je n'aimais pas. Être enfermé aussi dans un avenir qui n'existait pas puisqu'on ne savait pas ce qui allait se passer. Et là, ça a été vraiment échappatoire, mais destructeur. C'est-à-dire que je faisais du chemsexe à des gens qui ne me plaisaient pas. Donc là, l'estime de soi, elle était vraiment très basse. C'est-à-dire, dans la première partie de ton rapport avec le chemsexe, tu n'avais plus que des relations sous drogue ? Ou parfois, tu faisais du sexe... Non, j'ai eu aussi des relations monogames entre-temps. C'est-à-dire que c'était... C'était diffus. C'était diffus. Et tu avais aussi du sexe sans drogue. Tu arrivais à jouir et à être excité sans drogue. Et après, là, ça shift. C'est intéressant parce qu'au final, souvent, c'est la vie qui soudainement change le jeu de cartes qu'on a et qui nous met dans des situations de plus grande vulnérabilité. Et là, à ce moment-là, ça veut dire quoi ? Je fais du chemsex avec des gens que je n'aime pas. C'est-à-dire que tu prends des drogues et tu cherches des gens Que tu trouves physiquement pas intéressant ? Moi, ça n'a jamais été prendre des drogues pour faire du sexe. Dans le sens, ça a toujours été sortir, danser en club quelque part, et ensuite finir chez quelqu'un. ou avec plusieurs personnes, en gros. Avec peut-être un passage par mon appart, je sais pas, à 6h du mat', prendre une douche, machin, et trouver des gens. Donc déjà être sous drogue, et ensuite finir. Ouais. Je crois que j'ai jamais fait prendre sobre de la drogue pour faire des chemsex. Ça n'a jamais été mon... Parce que dans mon cas, là, ça voudrait dire que j'ai franchi une étape et ça me déprimerait trop. C'est un peu bizarre de dire ça, mais... Ça, pour le coup, ça me faisait peur. Et donc, ça a toujours été sortir, puis Grindr. Et du coup, le puits Grindr, à ce moment-là d'autodestruction, qu'est-ce qui se passe ? C'est-à-dire que tu dis oui à des gens que tu trouves physiquement pas beaux ? Ouais. Il se passe quoi dans ton cerveau à ce moment-là ? Pas grand-chose. Parce qu'en fait, comme je suis déjà sous drogue de la fête précédente, j'ai plus de filtre pour me dire oui ou pour dire non. Et en fait, je m'en fiche parce que je pense que c'était en pleine période de dépression et je voulais juste un peu oublier la période dans laquelle j'étais. Et donc, ce n'est pas des gens qui me répulsent totalement, mais ce n'est pas non plus des gens que je vais trouver très attractifs. Donc, c'est plus le côté rechercher de la connexion. Là, il ne faudrait pas. Parce qu'en fait, c'est des connexions qui sont induites par des produits. Donc, c'est fake. Et c'est le... je crois que je t'en avais parlé pendant le pré-entretien mais moi j'avais vraiment cette image là du parfum du livre de Zuzkint où à la fin il meurt bouffé par la foule parce qu'il a créé un parfum qui sent tellement bon que les gens le veulent son parfum mais lui et son âme et j'avais l'impression d'être là et dévoré et de m'en foutre parce que Pas d'estime de moi, de soi, à cette époque, je pense. Dans les pratiques, c'est les mêmes ? C'est-à-dire, tu suces, t'es sucé ? C'est tout, ouais. Tu suces, t'es sucé, tu pénètre, t'es pénétré ? Ouais. Il n'y a pas eu de changement de pratique lié à cette expérience ? Non, ça aurait pu être le côté un peu douleur, mais non, c'était plus sur le KMSS en tant que tel, qui est la pratique destructrice. C'est pas lié à de la douleur, pas du tout lié à moi m'infliger de la douleur, ça j'aime pas. En quoi c'est destructeur pour toi d'avoir un rapport sexuel avec quelqu'un avec qui il n'y aura pas de futur ? Avec qui il y a une connexion pas très profonde ? Ah, alors là c'est différent, parce que pas de futur, c'est différent de quelqu'un que tu aimes ou que tu n'aimes pas. alors j'ai mal compris du coup t'as des rapports sexuels quand c'est autodestructeur t'as des rapports sexuels avec des gens qui te répulsent pas je sais pas vers lesquels je vais pas être attiré physiquement ? ouais Ok. C'est ça le... Et dans ce cas-là, t'es juste un objet sexuel. Ouais. C'était ça, je pense, le... C'est pas le problème, mais ça se traduisait comme ça, la violence du... Comme ça, ça se traduisait comme ça. C'est pas le côté pas de futur, plan sans lendemain, ça, j'ai pas de problème avec. Si c'est fun, le sexe pour le sexe. Je préfère avec une connexion. Ouais. Mais je peux trouver ça très hot de pas avoir de... d'avoir cette connexion physique de sexe pour le sexe, mais pas une connexion mentale, sapiosexuelle. Et je peux apprécier les deux, mais... Là, en fait, il n'y avait pas ça. Il n'y avait pas, non. Et en plus, tu ne les trouvais pas beaux. Tu peux me raconter une fois en particulier ? Une fois en particulier... Ce qui est assez difficile, parce que j'ai réalisé que ma mémoire était très floue. quand il s'agissait de repenser à des sessions chemsex que je n'avais pas vraiment apprécié. C'est vrai qu'il y a des sessions de chemsex, je veux dire, positives, fun, après une soirée, avec des gens que j'aime bien, des sortes d'amis ou de plein de trucs que je connais, avec qui j'ai une connexion mentale, etc. On s'entend bien. Ça, je vais m'en rappeler. Mais tu te rappelles pas des mauvaises ? Mais des mauvaises, où c'était vraiment juste... flou tunnel on oublie puisque c'était pour oublier mon présent t'as aucun souvenir d'un homme moche c'est c'est quoi moche pour toi bah pour moi moche c'est qu'il ne m'attire pas Tout simplement. Je ne vais pas lui trouver de charme. Je ne vais pas avoir envie de l'embrasser. Je ne suis pas juste une phéromone et juste attraction physique. Parfois, c'est dur d'expliquer. C'est juste si la personne te plaît ou te plaît pas. Et c'est aussi de voir... C'est un peu de la destruction dans le fait de voir que l'autre personne va être très à fond sur moi. en mode consommation. Et de mon côté, il n'y aura rien. Tu es arrivé à jouir ou avoir un orgasme ? C'est quel moment alors ? C'est vraiment, je pense, juste un moment d'oubli. C'est ça qui est assez triste. C'était une sorte de tunnel d'oubli. De fait, j'ai apprécié certains rapports parce que c'était induit par les drogues. Donc, de fait, il y a quand même du plaisir. Il y a quand même du plaisir, mais c'est un plaisir froid, un plaisir triste, un plaisir assez seul. Et je pouvais jouir, je pouvais apprécier, mais dès le lendemain, je regrettais. Là, c'était un chemsex lié à beaucoup de regrets, de pourquoi j'ai fait ça, les mecs ne me plaisaient même pas, sentiments de solitude exacerbés, parce que même pas de... même pas de connexion initiale. C'est-à-dire que si aujourd'hui je suis l'équipe MSX avec des gens qui me plaisent, je vais peut-être avoir des regrets en termes de... Je vais être fatigué, j'ai du mal à m'en remettre, ça ne va pas me servir dans la vie que je veux avoir. Mais au moins, je me raccrocherais à un plaisir plus fun, à une connexion avec la personne. Alors que là, à l'époque, 2020, c'était pas fun. C'était pas fun. C'était vraiment pour oublier. Tu t'en sors comment ? Ou en tout cas, il y a un déclic qui te fait passer à la troisième... au troisième chapitre il y a un déclic qui est que j'étais misérable en fait et j'étais à Paris d'ailleurs pendant quelques semaines et je pense que c'est une fois que j'avais commandé c'est la seule fois où j'ai commandé de la drogue en anticipation d'un chemsex le soir sans passer par la casse-fête, ce dont on parlait. Et là, ça m'a fait un déclic de, oups, je suis sur une pente, attention, et je ne veux pas glisser plus sur cette pente-là. Parce que jusqu'avant, tu ne te sentais pas addict ? Non, alors que je pense que je l'étais, mais je ne me sentais pas dans ma tête addict et je sentais que c'était trop, qu'il y avait un petit problème, mais j'arrivais à l'intégrer dans ma vie, à le gérer. Tu sais combien de fois, à peu près, c'est une fois par semaine, une fois par mois, une fois tous les six mois, on parle de quoi ? De quand c'était problématique ? À la louche, non, de ta consommation de chemsex sur ces deux premiers chapitres ? au début c'était c'est très dur à dire mais peut-être deux fois par mois sachant qu'à une époque je pouvais sortir tous les week-ends et après ça s'est accru c'est ça ? oui après ça s'est accru et dans la deuxième partie c'était toutes les semaines et là où j'ai réalisé que j'avais un vrai problème c'est quand je l'ai fait trois fois par semaine Sur deux semaines. Et là, je me suis dit... C'est pas cool. On a un vrai problème. J'ai toujours ces images de trainspotting dans la tête, d'addiction, drogue, etc. Et je me suis dit... Donc, trois fois par semaine, sous deux semaines, commander la drogue pour faire un plan. Et je me suis dit... Là, je me suis trouvé très triste et seul, mais avec de la bienveillance. Et je me disais, mais qu'est-ce qu'on fait ? Et j'arrivais pas, j'avais toujours mon taf, mais j'avais du mal à me concentrer, j'arrivais pas à travailler, je loupais des calls. Et mon mec de l'époque m'a appelé. Et là, je m'en rappelle plus très bien, mais je crois que j'ai fondu en larmes et je lui ai dit que j'avais un problème avec le chemsex. Il s'en était pas rendu compte ? On avait parlé un petit peu, mais non, j'arrivais à cacher le vrai problème. On était en relation libre. Vous habitiez ensemble ? Non, non, non. Parce que plusieurs fois par semaine... Mais c'était quand j'étais à Paris, ça, sur deux semaines. Ah oui, d'accord, oui. J'étais à Amsterdam, pardon, à l'époque. Mais même, tu vois, tu disais, c'était assez fréquent, ton usage du chemsex. Donc le lendemain, t'allais redescendre. Lui-même était dans la fête et lui-même prenait des drogues ? Oui. Ouais. Mais... Et puis, tu n'exprimais pas de détresse ? Non, c'est ça. On en parlait un petit peu et il savait que je le faisais, mais c'était intégré, c'était géré, sauf qu'en fait, je cachais la détresse. Et donc, quand je lui ai dit, il a très bien réagi. Je ne me rappelle même pas bien de l'histoire, parce qu'il y a eu cet épisode. Mais avant ça, j'ai moi-même fait la démarche. de contacter une... Comment t'appelles ça ? Une sorte de... Thérapeute ? Ouais, institution spécialisée dans les addictions à Amsterdam, qui allait me prendre en charge. Et une fois qu'on m'avait dit vous allez être pris en charge, quand j'allais revenir en septembre, c'est là où j'ai dit à mon ex que ça allait pas. Donc j'ai quand même fait moi... D'abord pour moi-même, dans cette démarche, et ensuite je lui ai dit. Et ensuite on a parlé et j'ai direct fait un sevrage. Donc t'arrêtes du jour au lendemain. Ouais, pendant un mois, pour préparer la thérapie et plus de soutien. Et je commençais un peu à m'ouvrir aussi à mes potes. Mais pas trop non plus, parce qu'il y avait beaucoup de honte liée à ce comportement, à cette époque. Parce que tes potes ne sont pas en soirée avec toi à prendre des drogues. Non, mais c'est ça qui est drôle, c'est que... Surtout là-bas, mes bons potes ne font pas trop de drogue. À Amsterdam. Ou très peu. Ou alors, ils vont sortir avec moi faire la fête, mais ils ne vont jamais aller au-delà et faire du chemsex. Donc, ils savent que ça existe, mais ce n'était pas non plus un grand sujet. Je n'ai pas du tout un groupe de potes tough chemsexeurs avec qui je sors parce que ça a été très... Je pense que j'ai toujours mis en compartimenté, etc. Mis en retrait. Et du coup, ça fait combien de temps, parce que là on est dans ce chapitre encore aujourd'hui, du thérapeutique, c'est-à-dire le moment où tu dis ok je me lance, c'était il y a combien de temps que tu contactes l'institut spécialisé dans les addictions ? Pardon ? 3 ans. C'était il y a 3 ans. Et encore aujourd'hui, tu y es ou pas ? Non. Non, non, non. C'était une période pendant 6 mois, je dirais, et qui m'a aidé à réduire, qui m'a aidé à comprendre... Mon approche au chemsex, tous les liens, le côté, ce que j'expliquais, tu vas être dans le placard, sentiment d'être isolé, d'être seul, connexion, pourquoi je consomme, comment je consomme, ça m'a aidé à avoir plus de lucidité sur moi, mon rapport au chemsex. de reconnaître mes patterns, mes triggers, si je me sens seul ou ce genre de choses. Ça m'aidait à réduire. Les patterns, c'est les habitudes, c'est-à-dire... Pardon, les patterns, c'est les... C'est quoi la condition dans laquelle j'ai du coup envie d'aller prendre de... Par exemple, si je... Si je sors et que je vais boire ou prendre de la drogue, je sais que cette situation-là... Elle va appeler du chemsex après, quand je serai chez moi. Donc c'est une sorte de situation à risque pour moi, si je veux éviter, si je veux arrêter. Ce centre que je comprenne, c'est en gros chaque semaine, tu as une rencontre avec un ou une thérapeute, c'est ça ? Donc c'est de la terpie par la parole ? Oui. Et est-ce que tu as une autre aide médicamenteuse pour le sevrage ? Non. Non. T'es sevré un mois ou six mois ? J'ai fait trois mois. De sevrage total ? Oui, parce que je voulais arrêter, en gros. Et c'est une thérapie cognitive, comportementale, assez basique, entre guillemets. Parfois, j'assistais aussi à des groupes de parole, mais en français via... J'ai oublié le nom, mais... Ici à Paris ? Ouais, à Paris, online. Tu peux trouver des ressources. Le spot ? Oui, un truc comme ça. Sûrement le spot. Donc je faisais les deux. Je faisais une fois par semaine thérapie avec un psy et groupe de parole. Et donc ça m'a aidé à réduire. Tu le conseilles ? Toi, tu te le reconseillerais ? Oui. C'était une bonne idée ? Surtout pour moi, pour... Pour comprendre que j'étais pas seul face à ce problème, parce que c'était un problème. Un peu dédramatisé aussi. Parce que moi, ma narration dans ma tête, c'était vraiment... Tu vois, rien ne va, le drama, c'est dur de s'en sortir, un peu de victimisation aussi. Et j'ai compris que mes traumas, ma peine, mes problèmes, c'était pas spécial. C'est assez commun aussi à d'autres personnes. Ça permettait aussi de mettre des mots, d'en parler et donc de le rendre très commun en fait. Un sujet comme un autre et donc de reprendre le pouvoir sur ce truc qui était un peu disproportionné. Ça m'a permis de faire ça. Tu as dit pendant trois mois tu t'es sevré. Quel a été le déclic pour refaire du chemsex ? Je pense que ça a été via la fête. Parce que pendant ces trois mois, j'avais un peu tout jeté à la poubelle. C'est-à-dire les situations à risque, comme faire la fête, prendre des verres, Et ça me manquait. Donc je suis un peu retourné là-dedans en me disant, c'est pas grave si j'en refais, du moins j'ai plus confiance en moi. Si je peux réduire, c'est déjà bien. Parce que j'étais arrivé dans cette thérapie en me disant, je veux réduire. Pas, je veux complètement arrêter. Parce qu'en fait, ce qui est important, c'est, comme tu disais, c'est ta narration et c'est tes intentions. Qu'est-ce que tu veux en faire ? Est-ce que tu veux complètement arrêter ? Est-ce que tu veux juste réduire ? Qu'est-ce que tu veux en faire dans ta vie ? Pour moi, c'était important d'arrêter pendant trois mois pour après réduire et contrôler. Parce que j'avais un peu cette illusion de contrôle et je me disais « Ah tiens, ce serait peut-être pas mal si j'en fais un tous les trois mois. » Très, très, très image fixée. Très contrôlé. De temps à autre, je choisis une bonne soirée tous les trois mois. Et ensuite, j'en fais avec telle personne. Ce sera bien. Mais c'est une image, en fait. C'est plus qu'une intention. C'est un cadre très flexible qui marche... Pas flexible, du coup. Qui marche très peu. Parce que j'ai l'impression que plus ton cadre est inflexible, plus ton subconscient, je dis tu, c'est moi, veut exploser ce cadre-là. Et donc, via la fête, je me suis un peu remis à faire du game sex, mais moins à une fréquence... moindre comparé à quand ça l'est pas et c'était du chemsex avec parce qu'en fait je me disais si t'en fais fais le pour le kiff puisque c'est quelque chose que j'aimais faire de temps à autre et j'aimais le balancer avec du sexe sobre pour me rassurer moi-même, de me dire « Ah, mais non, regarde, t'es capable d'avoir du sexe... » J'allais dire normal, tu vois. « Du sexe... » « Sobre. » « Sobre, avec des personnes que t'aimes bien, à faire ce que tu veux faire aussi, et ça marche. » Donc ça, ça permettait de me rassurer et de me dire « Toute ma sexualité n'est pas chemsex. » Parce que sinon, je pense que tu peux aussi un peu péter un câble. Tu vas te dire, je suis capable de faire du sexe que dans un climat qu'aime-sexe. Ça a marché ? Ça a marché. Du coup, j'en faisais ça. Et quand j'en faisais du qu'aime-sexe, c'était avec des personnes que j'aimais bien. Que j'aimais bien, avec qui j'aimais bien parler, avec qui j'aimais bien faire du sexe. Et donc, c'était plus valorisant pour moi-même. Et donc ça, c'est là où j'en suis aujourd'hui. C'est-à-dire que si je fais du chemsex, je vais essayer de le faire dans des conditions qui, moi, me vont. Le seul truc, c'est que ça reste du chemsex, ça reste des drogues. Et pour moi, ça reste dangereux parce que ça joue sur mon terreau un peu dépressif. c'est dur de s'en remettre, physiquement, et c'est très facile de retomber dans une fréquence, dans une cadence élevée. Puisque, comme c'est des produits addictifs, moi, ça me... J'ai ce côté addictif où mon corps, mon cerveau, mon subconscient en redemande. Donc, c'est... J'essaie de ne pas trop me voiler la face en me disant que le contrôle que je pense avoir, en fait, il est un peu illusoire. Et là, j'aimerais bien rentrer dans une période où j'arrête complètement pendant un an dans l'idée. Encore ce cadre-là. Même si c'était mieux ? Ce n'est pas satisfaisant pour moi parce que ça reste trop. Même si c'était mieux de contrôler sa consommation ? Oui, même si là, le chemsex que je fais est mieux, on va dire. C'est-à-dire que moins de conséquences négatives et plus de positifs. Ça ne te va pas ? Non, ça ne me va pas non plus. Pourquoi, à ton avis ? Oui, pardon, pourquoi ? Parce que c'est dur de s'en remettre, en fait, déjà, physiquement. Physiquement, ça me saoule parce que j'aimerais bien juste prendre... soin de mon corps un peu plus. Je joue beaucoup au tennis, je fais un peu de muscu et je suis sur une très bonne pente de m'améliorer, de voir que mon corps est fort, etc. Et dès que je prends des drogues, parce que le sujet est plus général que chemsex, pour moi, en ce moment, c'est prendre des drogues, c'est-à-dire une teuf, etc. Ça me fatigue, je mets quelques jours à m'en remettre et j'ai l'impression que ça efface les progrès que je fais dans ma vie. En fait, je suis en sorte de carrefour ou de fourche où j'en ai plus j'ai plus besoin de j'ai plus besoin de ce chemsex en fait c'est un truc que je ressens en moi que j'en ai plus besoin pour explorer pour en mécanisme de comment on dit coping mechanism de survie enfin de poursuivre en fait et J'ai accès à tout ça, moi-même, sobre. T'en es où sexuellement ? Tu sais, le chemsex t'a beaucoup permis de sortir de ta timidité, de sortir de la honte, ou de la charge mentale d'être actif. T'en es où aujourd'hui, sobre, dans ta sexualité ? Pourquoi tu te marres ? Non, c'est parce que j'ai vu le prénom de ma sœur ici, c'est pour ça. Je n'ai pas vu la côte. Tu fais référence à mon mug dans lequel tu bois de l'eau. Et c'est un mug offert par ma cousine, où en fait, sur le mug, il y a les covers de mes podcasts. C'était mon cadeau de Noël. Ah oui, parce que je me souviens que je reconnaissais ça. Et du coup, je ne t'ai pas écouté. T'inquiète. Si tu peux reposer ta question. T'en es où sexuellement aujourd'hui ? Le chemsex t'aidait à lever tout un tas de barrières. Aujourd'hui, sobre ? De 0 à 100, tu te sens sexuellement kiff, épanoui, à combien ? Alors, je prends un temps de réflexion. Je pense que je dirais 70 avec pente ascendante. Pourquoi ? Parce que... J'en ai... Parce que ça va de mieux en mieux. Je sais ce que j'aime. J'en ai moins honte. De pratique ou surtout de... J'écoute de plus en plus mes désirs. Parce qu'en fait, je vais dire je sais ce que j'aime. Oui, mais c'est quand même assez fermé. C'est-à-dire que ce que je voulais vraiment communiquer, c'est que j'écoute de plus en plus mes désirs. Et quand j'ai envie de sexe, Et d'y aller, et de demander. C'est-à-dire, par exemple, j'ai failli faire du sexe dans un train pour aller à Berlin. J'adore ! Ouais. Et parce que je parlais à un gars qui... Son pseudo, c'est dans le train, il était mignon. Et là, je me suis dit, oh là là, sexe dans les toilettes, train, go. C'est un truc qui m'excitait à cet instant T. Ensuite, je me suis dit, ah mais non, je sais pas, je me suis un peu braqué, je me suis pas autorisé. Et je viens de m'auto... Très bien, parce que mon premier psy, c'est ce qu'il me disait tout le temps. Il me disait tout le temps, monsieur... Ah non, c'est mon nom de famille. Merci. Il me disait, François, François, autorisez-vous. Hum... Et ça, c'était le grand mantra de « je ne m'autorisais pas ». Et donc là, dans ce train, je me suis tout de suite pas autorisé. Je me suis autorisé la fantaisie, ensuite je me suis désautorisé. Qu'est-ce que ton cerveau te disait ? Un peu de stress. Stress lié à l'espace public. Peut-être un peu la... Toujours une mini-honte d'avoir ce désir si... Ardent. Fort ardent et qui déborde. Et d'y aller complètement à 300%. Le doute. Toujours aussi douter de qui je suis, de mes désirs. Et ensuite, je me suis... Je sais pas, je me suis rapidement dit... Non, vas-y... parle lui et ensuite on s'est vu entre les les wagons et donc on a commencé un petit peu à parler etc et je me suis et là je me suis rendu compte que il était mignon mais il me plaisait pas assez pour le faire là tout de suite dans la toilette j'avais plus envie mais j'étais content d'être autorisé l'idée de le faire et on s'est quand même embrassé entre les wagons et ensuite je suis reparti m'asseoir Et j'étais content. Ça satisfait... Ça m'a satisfait, par exemple. Oui, c'est ça. Je vois tout à fait ce que tu veux dire. Et d'ailleurs, j'observe... Que moi, ça me parle intimement et que du coup, aujourd'hui j'ai un copain, on est en relation ouverte et j'observe que j'aime la relation ouverte parce qu'avec des inconnus, je m'autorise un lâcher prise à la rencontre de ce désir ardent qui déborde beaucoup plus facilement qu'avec mon copain. Je sens qu'il y a avec mon copain qui, du coup, me connaît intimement de plus en plus. Je ne saurais pas mettre des mots sur le blocage. Peut-être que j'ai l'impression qu'un inconnu, ça va m'exciter parce que je peux, comme je disais tout à l'heure, le faire disparaître. Comme si ça n'avait pas existé, je disais ça par rapport à Grindr où hop, je peux bloquer un compte et toute la conversation a disparu. Il y a quand même un truc, ça me parle beaucoup ce que tu dis, de ce défi à être vu avec ton désir ardent et qui est quand même lié aussi à ce qu'on disait sur Grindr, en mode, tu vois, assumer d'avoir un profil qui dit « je veux ». et j'irai même un peu plus loin je juge moi quand je vois sur Grindr un mec qui dit je te suce dans le bus c'est pas vrai je voulais juste faire cette rime mais tu vois genre je te suce maintenant et ben j'ai du jugement dans ma tête je me dis enfin tu vois je le verbalise pas et tout mais j'ai un automatisme alors qu'en fait moi j'adorais je pense parfois genre viens me sucer maintenant En fait, c'est juste que c'est verbalisé. Émoji robot. Toujours un peu de mystère. Ah, émoji robot, pourquoi ? Je suis un robot ? mais ça, le robot tu l'écris pas mais tu vas le ressentir et l'avoir dans ta tête si par exemple t'es dans le bus et que t'as un mec à côté de toi que tu trouves attirant et on va dire il est gay il échange un regard avec toi et là concrètement ça va être je te suce dans le bus mais ça va être la situation mais c'est juste le dire à froid en avant et planifié via Grindr c'est aussi un peu, tu vois, différent. Ça le crie, puisque ça l'écrit, tu vois, donc ça te le crie. Et donc, t'es là, ok, mec... Ouais, c'est plus à jugement, quoi. Alors qu'en fait, c'est la même chose que toi, tu peux ressentir et faire dans ta vie, sauf que c'est beaucoup mieux, parce que moi, de plus en plus, Grindr, c'est... Moi, mon propos, c'était juste, je me connectais à la honte, quoi. Ouais, oui, oui. Au fait que, tu vois, j'ai peur qu'un pote me voit et me dise « Ah, mais je t'ai vu sur Grindr, tu voulais être sucé un jeudi après-midi. » Et en fait, je crois que moi, j'ai envie d'accéder à un moment où je suis là « Bah ouais ! » Pas toi ? Ouais. C'est dur. C'est dur. Et je pense qu'après, on se bat aussi, je pense qu'il y a de l'homophobie, mais je pense qu'il y a aussi, la sexualité est quand même un truc, on vit dans un monde qui nous invite à taire cette sexualité, à ne pas être sexuel. Moi, je pense qu'il y a quand même tout un délire aussi beaucoup plus large autour de la sexualité un peu tabouisée, quoi. Mais du coup, tu disais, aujourd'hui, je suis à 70 sur 100 pente ascendante, tant mieux. Et tu dis, j'écoute mieux mes désirs. Et à un moment donné, tu as dit, j'ai des désirs très spécifiques. C'est quoi, du coup, tes pratiques ? C'est quoi tes kiffs sexuels ? Tu dis que c'est assez spécifique. Je dis spécifique ? Non. Mais j'ai le droit de mentir. Qu'est-ce que tu kiffes sexuellement ? Quoi pour toi du sexe réussi aujourd'hui ? Pour moi, du sexe réussi, ça va être déjà embrasser. J'ai besoin de quelqu'un qui soit compatible. Et ça, ça m'excite énormément. Juste d'embrasser quelqu'un avec qui il y a cette connexion. Faire des fellations. C'est un de mes grands kiffs. Toi, tu aimes sucer ? Oui. Et pour moi, c'est-à-dire que juste faire ça, pour moi, sans pénétration, ce sera du sexe réussi. En termes de pénétration, j'aime bien les deux. Enfin, en gros, pénétrer et recevoir. Actif, passif. Enfin, vers ça, quoi, en gros. Et tout dépend... Alors là, c'est vraiment... Tout dépend de... De plein de choses. Et parfois, j'aime bien être surpris par mon propre désir parce que ça se trouve, une fois, par exemple, j'avais l'impression d'avoir envie d'être actif. Et au final, j'ai vu la personne et j'ai été passif. Et c'est ça ce qui est le mieux, en fait, c'est d'être ouvert à la surprise. Non, j'aime bien explorer le côté soumis et dominant dans tout ce spectrum-là, en gros, avec plus une affinité du côté soumis-passif, je pense, pour moi, de ce que j'explore. Je préfère quand même ce côté-là. Et qu'est-ce que cette exploration te permet ? Pourquoi cette exploration ? Ça me permet d'avoir du plaisir, du sexe plus satisfaisant et de connecter à mon désir aussi d'oublier la honte qui est peut-être toujours un peu là. Et ce qui aide aussi, c'est le dire avec son corps, mais aussi le verbaliser. Parfois, pendant les rapports ou avant, si tu veux avoir un rapport spécifique ou... Si, par exemple, je veux voir une personne et j'ai vraiment envie de sucer cette personne, je vais être capable de le verbaliser pour que ça se passe, en fait. Parce que parfois, si tu ne verbalises pas, ce que tu veux en termes de sexe ne va peut-être pas se produire, se passer. Donc, c'est un peu important aussi de le dire avant ou pendant l'acte, si tu as envie de faire des choses. Et donc, du coup, toi, quand tu es soumis... C'est un endroit où tu te sens plus à l'aise d'exprimer ton désir ou... C'est quelque chose avec lequel je connecte plus à mon désir et avec l'autre. Ouais. Et ça, c'est pas général. Moi, j'ai un peu envie d'enquêter sur ce domisoumis qui semble être si répandu. Qu'est-ce qui... Qu'est-ce qui se dit selon toi ? Moi je dirais que c'est un... Donc je vais te donner moi ma version et tu vas me dire ce que t'en penses. Moi je dirais que c'est un moment où justement toutes les frontières sont explosées. C'est un moment où... Il y a vraiment un truc de tous ces traumas, de tous ces interdits, de toutes ces insultes d'être l'enculé, l'inférieur. Tous ces trucs emmagasinés qui sont revécus et dominés, ressaisis. Je ne sais pas, moi si j'ai un peu ce sentiment-là, il y a ça et puis il y a aussi une déconnexion profonde. Je pense que pour moi, c'est le lâcher prise. C'est vraiment une question de contrôle, de qui a le contrôle, qui ne l'a pas. Et ce qui est aussi intéressant, c'est de se battre pour le contrôle. Tu vois, un peu juste de... De lutter un petit peu. Ça aussi, c'est chouette. J'aime bien si t'es vers ça et qu'avec la personne, t'es aussi vers ça, de lutter un peu et de voir qui va prendre ce contrôle-là. Le contrôle un peu du désir de l'autre aussi, finalement. T'as l'impression que quand tu pénètres ou quand tu es pénétré, quand tu es pénétré, tu as moins de contrôle ? Si t'es soumis, si t'es dans une démarche de soumission, d'être pénétré, pour moi le contrôle, l'autre personne a le contrôle un peu sur toi. Tu trouves. Puisque tu es soumis. Mais ça veut pas dire que... Je suis pas du tout d'accord. Ça veut pas dire que tu t'effaces complètement. Mais non mais... C'est un jeu. C'est le mec qui est pénétré, qui est soumis, qui conduit tout ? Qui peut, s'il veut. Pas nécessairement. Raconte-moi la dernière fois où tu as été soumis où, en fait, t'étais vraiment pas en contrôle. Tu te souviens ou pas, la dernière fois où t'as été soumis ? Alors, attends. Je remonte dans mes mémoires. Hier soir. Non, donc c'est pas récent. Non, mais... Si, ok. Oui, c'est bon. J'en ai un.

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