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Est-ce que t'es bon pour qu'on y aille ? Oui, je suis bon pour qu'on y aille. Tu t'appelles comment ? Je m'appelle Jules. C'est pas ton vrai prénom ?
Ce n'est pas mon vrai prénom. Ce prénom a une histoire. C'était le prénom, le pseudonyme que j'utilisais lorsque j'étais encore dans le placard et qu'on me demandait mon prénom. Et je voulais rendre hommage à ce prénom qui est maintenant délaissé depuis quelques années et l'utiliser aujourd'hui parce que je trouve que c'est un beau... En termes de symbole, c'est assez...
Assez fort. À quoi ressemblait ta sexualité ? Il y a eu une différence entre ta sexualité tandis que tu étais dans le placard et que tu t'appelais Jules et l'impact sur ta sexualité du coming out. Sachant que j'ai fait la fête toute la nuit, mes questions vont être comme ça, un petit peu toutes molles et tout, mais t'en fais ce que tu veux.
D'accord. Ma sexualité, avant le coming out, elle était... J'étais dans une forme de dissociation. C'est-à-dire que mon éducation sexuelle s'est faite principalement par la pornographie. Parce que, à cette époque... Bon, c'était pas il y a 20 ans, mais c'était il y a une bonne quinzaine d'années...
on ne parlait pas de la sexualité gay. Je me souviens très clairement d'avoir demandé à ma mère, quand elle avait, je pense, allez, 12 ans, comment deux hommes homosexuels faisaient l'amour. Elle était un peu gênée. Elle m'avait dit, je t'expliquerai plus tard. Donc, évidemment, ce que moi, j'ai fait, c'est que je suis allé taper sur Google comment deux homosexuels font l'amour. Et je suis tombé sur des sites pornographiques. Et de ça, en fait...
Ma sexualité adolescente est de... Oui, parce qu'on est adolescent à peu près jusqu'à 25 ans. Donc je vais dire, ma sexualité adolescente de mes 14 à mes 20 ans, elle a été driveée par ça. Pour autant, moi, j'avais le sentiment, et j'en étais absolument persuadé, qu'un jour, j'allais trouver la femme de ma vie, que j'allais fonder ma famille et que je serais quelqu'un de très respectable. Voilà.
Mais dans le même temps, je rencontrais... C'était sur Grindr, il y avait à l'époque un site qui s'appelait Viva Street, qui depuis a été condamné parce qu'il y avait des annonces pour de la prostitution en ligne, ce qui est toujours d'ailleurs malheureusement interdit. Et je rencontrais en fait des partenaires comme ça. C'était des partenaires qui étaient beaucoup plus âgés, donc c'était pas...
C'était pas des jeunes adultes, c'était pas des gens qui avaient 20 ans, c'était des hommes qui avaient 30, 35, 40 ans. Avec qui, du coup, tu reproduisais ce que tu voyais dans les films pornos ? Exactement, et j'étais... J'étais un vrai twink, parce que j'avais 15 ans. Donc déjà, on frisait la légalité, l'illégalité plutôt, de leur côté.
Et j'avais ce rôle, j'ai toujours été passif, je suis encore aujourd'hui, j'avais ce rôle du garçon un peu soumis à l'homme plus âgé. Ça correspond à une catégorie sur les sites pornographiques.
Et avec joie, c'est-à-dire, j'aimerais du coup que tu qualifies ce premier chemin de sexualité, c'est cool, pas cool, comment aujourd'hui, t'étais heureux en fait de vivre cette sexualité ou pas ?
C'est une excellente question et je me rends compte que je ne me la suis jamais posée. Pour plusieurs raisons. La première, elle est quasiment physiologique, hormonale, parce qu'on a les hormones d'un adolescent qui font que je n'étais pas nécessairement en contrôle. L'excitation sexuelle était là, il fallait absolument trouver un partenaire. Et une fois que c'était passé, en général, arrivait la culpabilité.
Donc en fait, le moment de l'acte sexuel était agréable parce que physiquement, ça pouvait être bien. Pour autant, je reproduisais ce que j'avais vu via la pornographie. Donc j'en étais satisfait parce qu'il y avait une espèce d'objectif qui était atteint. Derrière...
ces rapports sexuels là ne me rendaient pas heureux tout simplement parce que il y avait le poids du placard et il y avait le poids de cette culpabilité donc en fait je faisais des trucs je rentrais chez moi j'écrivais des lettres genre je ne ferai plus jamais ça c'est juré, c'est sale et ensuite je les brûlais dans la cheminée un peu un rite et ça en fait j'ai fait ça hyper longtemps alors l'anecdote assez marrante c'est qu'un jour j'ai
Au cours de mes thérapies postérieures, j'ai discuté avec une psychologue qui était un peu formée au chamanisme, qui n'est pas du tout un truc de gourou, qui a une vraie discipline, et qui m'a dit « Vous savez que chez les chamanes, brûler quelque chose, c'est l'inscrire dans l'éternité. » Donc moi, je me suis dit « Les choses sont bien faites, c'est à partir de ce jour-là que j'ai arrêté de croire au hasard. »
Après, si c'est inscrit dans l'éternité, ça veut dire qu'encore aujourd'hui, tu portes une culpabilité après des rapports sexuels ?
Ça s'estompe de plus en plus. Ça a été le cas assez longtemps, même après mon coming out. Aujourd'hui, non, parce qu'il y a eu quelques années de thérapie. Il y a aussi le fait de vivre à Paris. Ça, on ne s'en rend pas compte. Je ne l'ai pas dit, mais je ne suis pas parisien d'origine. J'ai grandi...
En province... Juste pour qu'on... Je sens que t'as pas forcément envie de dire le nom, mais c'est une province très éloignée ? Non, c'est une province riche, qui est assez loin de Paris, mais...
Si tu veux, moi, j'ai grandi dans une ville qui est une petite ville parmi les grandes et une grande parmi les petites, donc 60-70 000 habitants. Une ville quand même assez bourgeoise. Moi-même, je viens d'un milieu assez aisé. Mes parents font des métiers où ils gagnent très bien leur vie. Donc j'ai grandi un peu dans un milieu...
protégé mais quand même assez conservateur même si mes parents ne sont pas ce que j'appelle des bourgeois dans le sens où c'est pas un petit collier de perles, serre-tête machin mais voilà il y a une aisance financière certaine ça vient aussi de et de ton éducation cette connexion entre le rapport sexuel homosexuel et le sale ou c'est indépendant ça vient de la société plus large non ça vient pas d'eux parce que je pense que
C'était pas vraiment un sujet pour eux. Alors dans leur entourage, il y avait un ou deux amis gays et ça a jamais été un souci. Alors ça vient d'où ? Ça vient...
C'est une bonne question. Je pense que ça vient d'un truc de société et aussi, c'est peut-être un détail, mais cette période-là, moi j'avais à peu près 15-18 ans au moment des débats sur le mariage pour tous.
Donc de cette période extrêmement violente en termes de... On entendait quand même de façon catiquotidienne des gens dire des horreurs sur la communauté homosexuelle sous couvert de préservation des valeurs familiales. À cette époque, moi, je ne la conscientisais pas puisque je ne me considérais pas gay. Donc je ne me sentais pas visé. Je pense quand même qu'inconsciemment,
Ces paroles, elles sont entendues, elles sont intégrées. Et il y avait peut-être de ça. Bien sûr. Moi, je me rappelle... Moi, à ce moment-là, j'étais activiste. C'est-à-dire que j'étais dans une association qui défendait le passage de la loi et qui tentait de mobiliser un maximum de gens autour de ça. Et moi, je l'ai super mal vécu. J'ai vraiment mal vécu parce que j'étais en plateau télé.
Moi, j'ai grandi à Versailles, avec tous les préjugés sur Versailles qui sont plus ou moins vrais, mais quand même vrais en partie. Et j'avais devant moi celles et ceux qui m'avaient humilié ou attaqué pendant que je grandissais, même si ce n'était pas eux exactement.
C'était assez troublant. Et je pense en effet que d'avoir des débats publics sur qui on est et du coup de dire au nom de la liberté de la presse. Et ça, ça me pose des questions, notamment autour du sujet trans. En ce moment, il y a un documentaire sur M6 et j'avais cette discussion avec un ami où je me disais d'un côté...
L'état de la société est transphobe. Donc, si je suis journaliste, peut-être que je veux faire entendre aussi ça pour dire où on en est. Et à la fois, d'avoir comme ça cette libération d'une parole transphobe ou homophobe au moment du mariage pour tous, ça a des impacts énormes. Mais à ce moment-là, toi, tu es sur les réseaux de rencontres, tu t'appelles Jules, tu as des rapports homosexuels, mais tu ne considères pas encore gay, oui ou non ? Oui, absolument. Si jamais on fait un fast-forward à aujourd'hui...
Donc, tu as vécu tout un tas d'années dans cette culpabilité. Tu me disais quelques années de tes incoming out, puis quelques années de thérapie. Aujourd'hui, sur une échelle de 0 à 100, tu te dirais sexuellement épanouie à combien ? Oh ben, quasiment les 90, quoi. Pendant notre pré-entretien, c'était 60. Qu'est-ce qui s'est passé en quelques semaines ?
Je ne me souvenais plus. Que s'est-il passé ? C'est une bonne question. Je pense que ça montre à quel point cette perception est relative, en fait.
On a parlé pendant le pré-entretien de ma découverte du milieu BDSM. Je pense que le 60 était lié probablement à une volonté d'aller encore plus loin là-dedans.
Aujourd'hui, le 90, non pas que j'ai progressé en... Je sais pas, c'était il y a un mois à peu près, trois semaines, de 30 points, mais je pense que... C'est l'inflation. Ouais, c'est l'inflation. Non, mais c'est vraiment...
C'est vraiment une très bonne question. Je suis un peu coincée, je t'avoue. T'inquiète, t'inquiète. L'idée, ce n'était pas de te coincer, mais est-ce que tu peux, du coup, me raconter, me décrire le tableau de ta sexualité actuelle ? Déjà, est-ce que tu es toujours uniquement passif ? Tu as tout de suite parlé du rapport anal. Ou est-ce que tu t'es ouvert à d'autres choses ? Alors, aujourd'hui, effectivement, je suis toujours...
Alors, je ne peux pas dire uniquement passif parce que j'ai eu quelques expériences où j'étais actif plus ou moins récemment. Mais je suis passif, on va dire, 95% du temps. Alors, il y a le rapport anal. Alors, je suis en couple, moi, depuis plusieurs années. Est-ce que tu es amoureux ? Ah oui, oui, profondément, oui. Profondément. Vous êtes en couple exclusif ?
Alors, on a une règle de... On va dire semi-exclusivité. C'est-à-dire que notre règle, c'est qu'à partir du moment où on est dans la même ville, au même endroit, on ne va pas voir d'autres mecs. En revanche, ça veut dire que lorsque l'un est en week-end, en vacances, ailleurs, etc., c'est autorisé. Tu vas me dire que ton mec est steward ?
Non, même pas. Non, mon mec n'est pas Stewart. Moi-même, je voyage pas énormément. Enfin, je voyage de temps en temps, mais on voyage quand même assez souvent ensemble. Donc, voilà, c'est plutôt un bon équilibre. Ouais.
Moi j'aurais tendance à vouloir pousser la chose jusqu'à une exclusivité totale, mais voilà, ça c'est des discussions qui sont en cours. Parce que toi aujourd'hui, donc t'as des rapports sexuels avec ton amoureux et avec d'autres personnes, mais toi t'aimerais avoir un couple uniquement avec des rapports sexuels, uniquement avec ton amoureux ? Si tu n'écoutais que toi ?
tu viens de dire moi j'aimerais un couple totalement exclusif à l'inverse moi j'aimerais un couple énorme lapsus le psychanalyse j'aimerais un couple totalement en relation ouverte donc aujourd'hui t'es à 95% passif et il y a quoi d'autre dans ton univers de sexualité qui es-tu sexuellement ?
Alors sexuellement, j'ai toujours été globalement soumis parce qu'il y a une construction qui est la construction d'un mec soumis.
Avant, cette soumission et ce désir de soumission, il n'était pas tellement assumé. Et je pense qu'une part de la culpabilité vient de là. Aujourd'hui, il est pleinement assumé. Et ça m'a conduit tout naturellement à m'intéresser au milieu du BDSM. Amène-moi déjà dans ta réalité de soumission. Ça veut dire quoi pour toi être soumis ? Concrètement, ça représente quoi ?
Alors ça représente... C'est avant tout un état d'esprit. Pour moi, je n'ai pas la prétention de faire une règle générale de ce que c'est qu'être un passif soumis, sachant qu'il y a aussi des actifs soumis. Mais pour moi, être un passif soumis, c'est...
C'est quand même premièrement être la personne qui est en contrôle, parce que la soumission, on parle d'une soumission qui est consentie, évidemment. Donc pour moi, ça passe par...
Ça passe par des paroles, ça passe par des actes, ça passe par du silence aussi. Dans certaines expériences, j'ai eu des expériences sexuelles avec des mecs qui s'étaient dominants, qui m'ont dit en fait...
tu ne parles pas et tu ne dis rien pendant tout notre plan. Et c'est vrai que c'est... Moi, je suis assez... J'ai une grosse sensibilité auditive. Du coup, de beaucoup de musique, j'ai fait beaucoup de musique, donc le son est quelque chose qui est très important pour moi. Et le fait de dire, voilà, tu ne parles pas et lui-même, l'actif en question, ne parlait pas non plus, ça rendait la chose très...
très puissante donc voilà après il y a les excuse moi ça tu peux avec quelqu'un avec qui il n'y a pas un rapport dominé dominant dire viens on se prive d'un sens et c'est marrant c'est quoi du coup pour toi pourquoi mettre une étiquette de soumis dessus parce que c'est une règle qui m'est imposée et qui m'est donnée par le dominant
que j'accepte, évidemment, mais que je dois respecter. Et s'il lui parle, lui décide de ne pas parler, de rester silencieux. Moi, je le décide évidemment aussi parce que j'ai consenti à ça, mais ça reste sa règle à lui et ça reste un ordre qu'il me donne. Donc tout ça, ça donne une dimension...
Ça installe la relation du dominant sur le soumis. C'est quoi pour toi la différence ? Qu'est-ce que tu ressens différemment quand tu as eu des rapports sexuels où il n'y a pas ces statuts de domination de soumission versus quand ils y sont ? Qu'est-ce que ça change pour toi concrètement, intimement ? Ça change...
C'est... On est sur des... En fait, on est à des niveaux différents. La soumission, chez moi, en fait, entraîne une espèce de modification de mon état de conscience qui fait que je suis sur une bande passante, on va dire, très différente. Ça veut dire que je suis...
C'est un peu un état méditatif. Exactement, je suis une autre personne que la personne qui a un rapport sexuel plus, j'allais dire, classique, en l'absence de relations de domination ou de soumission. En fait, c'est un état d'esprit, c'est un état de conscience complètement différent.
Et en termes de ressenti, tu te sens plus apaisé ou tu te sens plus excité ou tu te sens plus inquiet ? Est-ce que tu peux m'amener dans, justement, qu'est-ce que ça change, qu'est-ce que ça transforme pour toi concrètement ? Ça transforme... La perception des sens est complètement différente...
Le toucher du dominant est perçu différemment. Il y a une forme de sérénité aussi quand même. Parce que lorsqu'on consent à être le soumis de quelqu'un, déjà il va falloir évidemment une confiance absolue en cette personne.
Et cette relation de confiance-là fait qu'il y a une forme de lâcher prise. Je pense que ça doit être ce que ressentent certaines personnes qui font beaucoup de sport et qui adorent ça, qui font du yoga. Moi, je fais pas mal de yoga. C'est un peu le même sentiment. C'est une méditation active, en fait, tout simplement. La méditation active du passif.
Et toi, aujourd'hui, tu disais je suis épanoui à 90 sur 100, c'est-à-dire dans tes rapports sexuels, donc tu as des plans et tu es avec ton amoureux. Toi, tu es heureux de cette sexualité. J'entendais qu'il y a un enjeu d'assumer, c'est-à-dire l'étape d'après, c'est de dire oui, moi je suis passif soumis, c'est ça ? J'ai bien entendu ?
Oui, absolument. Et ce chemin d'assumer, il est quasiment fini. Ça veut dire quoi, assumer ? Ça veut dire qu'autour de toi, t'en parles librement ? Oui, j'en parle. J'en parle autour de moi à des amis qui sont plutôt proches et qui ont la...
La capacité, en tout cas la disponibilité émotionnelle de recevoir ces paroles-là, parce que je peux entendre que certaines personnes aient du mal avec ce type de rapport. Et ça, quand on connaît ses amis, on sait en fait qui est prêt à entendre ça ou pas. Donc oui, oui, j'en parle. J'en parle avec mon mec aussi. C'est quelque chose qui est totalement aujourd'hui qui est assumé. Vous, dans votre histoire d'amour, vous n'avez pas ce genre de rapport ?
alors sans vouloir me pencher parce que mon mec n'est pas là donc je voudrais pas empiéter sur sa zone tu peux ne pas répondre mais oui on a eu ce genre de rapport c'est des périodes c'est à dire toi tu pourquoi un couple ouvert est-ce que tu vas chercher en dehors de ton couple quelque chose que ton couple peut pas t'apporter ou qu'est-ce que cette multiplicité des partenaires t'apporte en quoi ça te rapproche de toi
C'est une question... Moi, je vais répondre plutôt sur un niveau objectif, c'est-à-dire indépendamment de moi. Ça n'a quand même pas d'intérêt dans un témoignage de ne pas parler de soi. Mais je parle de mon avis en tout cas. Je pense honnêtement que l'exclusivité est un truc qui est fondamentalement...
j'allais dire contre-nature, mais c'est un terme qui a été un peu mal utilisé. Mais pour moi, c'est quelque chose de... En tout cas, pour moi, c'est pas quelque chose qui est naturel. L'exclusivité sexuelle, elle est... Elle a des racines. En fait, pour moi, l'exclusivité... Je suis désolé si je vais choquer certains auditeurs, mais pour moi, l'exclusivité, c'est un peu un truc d'hétéro. Et je trouve qu'à partir du moment où on est gay, d'autant plus où on est un homme...
On doit pouvoir s'autoriser une vision différente du couple. Et je pense vraiment qu'un couple qui est non-exclusif, sexuellement, j'entends...
échappent à pas mal d'écueils que peuvent avoir les couples exclusifs, de frustrations. Enfin, en tout cas, en ce qui me concerne, moi, j'ai besoin d'une forme de liberté sexuelle. Je sais pas si c'est par rapport à ces années dans le placard où, justement, je me sentais très... J'étais dans un carcan et où là, maintenant, je veux pouvoir vivre ma sexualité comme je l'entends. Mais en tout cas, c'est quelque chose qui est vraiment nécessaire pour moi.
Et j'entends qu'il y a aussi un pied de nez à l'hétérosexualité ou en tout cas au schéma hétéronormatif, où tu dis merde à plein de choses du passé, où tu dis je reprends le pouvoir à plein de choses du passé ou à ces tentacules d'hétéronormativité qui t'ont quand même broyé à certains moments ?
Oui, absolument. En fait, je pense que c'est un peu un pied de nez au désir que j'avais, étant plus jeune, d'avoir une femme et des enfants, un bel appartement et une belle voiture. Du coup, dans ces plans, 90% de ta sexualité, enfin, un gros part de ta sexualité est en passif soumis, j'ai bien compris, hors ta relation d'amour, ta sexualité dans l'amour ?
Oui, absolument. Et quels sont les critères pour toi ? Comment tu sélectionnes tes partenaires ? Est-ce que tu les rencontres une seule fois et tu en veux beaucoup ? Ils sont très multiples. Oh là là, je n'arrive pas à parler. Mais j'allais dire, tu les enchaînes, mais je trouve que c'est un petit peu jugeant. Mais est-ce que tu as envie d'une diversité ? Ou bien, au contraire, tu en as deux, trois, tu mets six mois à les rencontrer. C'est quoi un peu les critères ? Comment tu établis ?
Tu as dit, j'ai besoin d'avoir une confiance infinie ou très profonde. Comment tu établis cette confiance ? Oui, absolument. Alors, ça a évolué. Aujourd'hui, je suis...
J'ai des contacts réguliers, des mecs que j'ai vus plusieurs fois. Et effectivement, je les vois quasiment plus qu'eux. Combien ? Pourquoi ça te fait marrer ? Ça me fait penser à une scène de...
Sex and the City où le docteur demande à Samantha combien de partenaires elle a eu, elle ne répond pas et le médecin lui dit qu'est-ce qu'il y a et Samantha répond « je suis en train de compter ». Donc ça m'a fait penser à cette scène en fait. Alors je suis aussi en train de compter. Je pense que je tourne sur une base de...
allez 5-10 5-10 mecs qui sont des gens en plus que j'apprécie parce qu'il y a le rapport domination soumission il y a après une fois que le
Que le rapport est terminé, il y a une vraie... Enfin, une complicité. On est presque des potes, quoi. À pied d'égalité, c'est-à-dire hors du rapport sexuel, le jeu s'arrête. Absolument. Alors après, non, il peut y avoir... Mais ça, je l'ai pas trop vécu encore. Il peut y avoir...
des mecs qui sont alors là on entre vraiment plus dans le BDSM qui sont des maîtres et donc moi je continue même après la séance ou la session à m'adresser à eux comme tel ça dépend en fait mais c'est plus rare et c'est quelque chose de plus intense plus long à mettre en oeuvre c'est pas des choses que j'ai faites très fréquemment quoi
Ma question, ça serait, est-ce que pour toi, c'est un jeu de rôle ? C'est un moment un peu comme si je rencontre quelqu'un qui adore les sucettes à la fraise et on suce des sucettes à la fraise ensemble, là où d'autres aiment d'autres parfums. Mais une fois qu'on a fini de sucer, je ne sais pas où je vais exactement avec cette histoire, mais on a fini de sucer nos sucettes et...
on continue pas ça s'arrête quoi la sucette elle s'est disparue ou bien non ma question c'est que il y a d'autres personnes qui disent notamment sur ce podcast j'ai reçu des personnes qui disent notamment l'épisode du maître qui fait de la scatologie au final j'ai titré sur la scatologie mais il raconte toute une relation dominant dominé qui dépasse ses pratiques de scatologie toi tu es sur quel point ?
C'est un jeu de rôle, c'est un moment qu'on partage et moi ce qui me fait kiffer c'est qu'en dehors on est potes à égalité ou bien je me sens profondément soumis et j'aimerais ou je pourrais ou j'ai envie de développer un rapport plus constant au-delà de la sexualité. Disons que je vis un peu les deux.
Il y a, comme je le disais, la majorité de mes partenaires qui sont des dominants sexuels. Mais finalement, c'est un jeu de rôle. Même si ce jeu de rôle, il est toujours pareil et ils sont des actifs dominants. Et c'est toujours comme ça. Et moi, je suis toujours le passif soumis. Néanmoins, une fois qu'il y a eu la jouissance, après, c'est...
Ce rapport, il s'efface. Il y a... Alors, je ne l'ai jamais vraiment vécu encore. Mais là, je reprise ma question. Tu le veux ou pas ? Donc, j'ai compris que pour le moment, principalement, t'es pas avec des maîtres. Est-ce que toi, t'aimerais une sexualité qui, en fait, installe la domination-soumission plus largement, qui est une façon de vivre ? Euh...
Je n'exclus pas actuellement... Disons que le fait d'être en couple et d'avoir un lien sentimental très fort avec mon copain fait que...
Je ne pense pas avoir la disponibilité pour avoir une relation qui serait finalement une relation parallèle. Je sais qu'il y en a qui le font et ça se passe très bien. Mais moi, je pense que je ne suis pas prêt pour ça parce que...
Enfin, mon mec, c'est mon partenaire de vie. Et tu peux pas partager, mais au-delà de ça, est-ce que tu t'imagines être soumis tout le temps ? Est-ce que ça te saoulerait pas, en fait, au bout d'un moment, de perdre un pouvoir, de perdre ton... Si, probablement, puisque dans la vie de tous les jours, je suis pas... J'ai pas une personnalité...
Je ne m'efface pas nécessairement. J'ai plutôt une personnalité... J'aime bien prendre les devants. Je pense qu'il y aurait quand même une limite à cet exercice de soumission constante. Après, je ne peux pas l'exclure. Je ne sais pas comment ça va évoluer. Mais là, actuellement, non. En tout cas, oui.
Amène-moi dans ce qui t'excite dans les pratiques de soumission. Est-ce que tu peux me donner des trucs où quand il se passe comme toi t'aimes, c'est un énorme kiff ? Oui, bien sûr. Je suis très orale.
j'adore le sexe oral je suis et d'ailleurs bien souvent ça me suffit je n'ai pas besoin du rapport anal pour être satisfait en tout cas je ne considère pas que le rapport est incomplet lorsqu'il n'y a pas eu de sonomie donc moi mon gros kiff c'est vraiment le sexe oral j'adore ça
J'adore faire des gorges profondes, j'adore me sentir... En fait, je trouve que le sexe oral apporte une espèce de... On se dit, quand... Je vais parler cruin, mais quand tu as la bite du mec au fond de ta gorge, tu te sens vraiment, pour le coup, complètement... Complètement, pas à sa merci, mais en tout cas, complètement dominé. Et en fait, le mec est propriétaire...
De ta bouche, quoi. Et ça, c'est une sensation que moi, j'aime beaucoup. J'avoue que c'est ce que j'aime le plus. Après, il y a eu d'autres choses. J'aime beaucoup être entravé. Donc les pratiques de bondage. J'aime beaucoup être privé d'un sens. Par exemple, avoir les yeux bandés.
J'ai déjà fait de l'uro. La première fois que j'en ai fait, j'ai eu une sensation d'excitation immédiate. Donc bondage, c'est attaché comment ?
Alors ça dépend. Le plus souvent, c'est soit avec des menottes. À vrai, avec des personnes qui sont un peu plus expérimentées, j'ai fait avec des bracelets. Et en fait, ils me mettaient dans des positions un peu inconfortables, du style poignet droit attaché à la cheville gauche.
tout en me demandant d'aller récupérer un verre qui était sur le comptoir un peu plus loin juste avec ma main gauche ou bien les deux mains attachées aux deux chevilles et de devoir quand même rapporter un truc donc en gros tu rapportes le verre avec ta bouche donc il y a un petit challenge physique aussi qui est assez marrant
Donc ça peut être ça. Je n'ai jamais encore pratiqué de bondage avec des cordes. Mais là, je te demande le kiff. Ah, le kiff ! Tu sais, ma question, c'est les éléments qui te font le plus kiffer dans tes pratiques sexuelles. Mais dans le bondage, tu veux dire ? T'as répondu, t'as répondu. L'uro, qu'est-ce qui te fait kiffer ?
Ça encore, c'est un niveau de conscience différent. Je ne saurais pas dire ce qui me fait kiffer précisément là-dedans, mais juste la sensation. Du coup, on parle de quoi ? Tu te fais pisser dessus, t'avales ? J'avale, ça m'est déjà arrivé, mais c'est encore un peu un challenge. C'est encore un peu un challenge, mais je me fais pisser dessus, c'est...
Et vraiment, la sensation qui en découle, elle est très... C'est vraiment unique, pour le coup. Ce que je ressens quand je me fais pisser dessus, je ne le ressens pas dans d'autres circonstances.
Est-ce que tu saurais m'amener quand même dans cette expérience ? C'est quoi ? C'est de la cérébralité ? C'est-à-dire que tu te dis des pensées super excitantes ou c'est... Raconte. Mais en vrai, tu vois, si je te disais... Tu me disais, mais j'adore l'éclair au chocolat et ce que je vis quand j'en mange un, c'est absolument génial. C'est pas simple, en fait, d'expliquer cette extase. Absolument.
Absolument. Mais il y a un mix de cérébralité parce qu'il y a à ce moment-là des pensées de « je suis soumis », « je suis à la merci de mon partenaire », mais c'est quand même essentiellement du ressenti. C'est vraiment…
Mais c'est comme quand... Enfin là, je m'adresse aux musiciens. Quand t'entends une musique qui te fait kiffer, que t'as des frissons, c'est quelque chose qui est... qui s'explique pas. Je pense que certaines personnes ont cette sensation-là lorsqu'elles voient une photo, une œuvre d'art...
Voilà, c'est des niveaux de conscience tellement... Je pense que ça fait partie des choses qui... Alors, il y a peut-être une explication plus ou moins physiologique, mais c'est quand même un peu mystique, quoi. Est-ce qu'il y a d'autres choses dans notre tableau de tes pratiques les plus kiffantes ? Est-ce qu'il y a quelque chose que tu veux rajouter ? J'aime...
J'aime beaucoup le sperme quand même aussi. Ça, la PrEP a sauvé. Je ne suis pas le seul, d'ailleurs. Je pense que c'est vraiment quelque chose. Je trouve que, par exemple, de se faire éjaculer dessus, c'est un truc qui me...
Ça peut me faire jouir illico, quoi. Illico. Et la PrEP t'a aidé, du coup ? T'étais inquiet de la transmission de VIH si jamais on t'éjaculait dans la bouche ? Exactement. Parce qu'en fait, il y a eu un épisode... En fait, avant mes 19-20 ans, je n'avais pas trop intégré le risque VIH.
Et je prenais régulièrement du sperme dans la bouche. Pour moi, à partir du moment où on se faisait prendre avec capote, il n'y avait aucun risque. Jusqu'au jour où j'avais 19 ans, j'ai fait un plan avec trois mecs, trois actifs, où j'ai eu leur sperme dans la bouche. Et deux semaines plus tard, c'était en plein mois de juillet, j'ai eu une énorme grippe.
Et en fait, je ne sais plus comment je me suis... Enfin, bien plus tard, donc c'était au mois d'octobre.
Je venais d'arriver à Paris et j'ai commencé un peu à me rendre compte du risque VIH. Et en faisant mes recherches, j'ai vu que le sperme dans la bouche pouvait être une pratique risquée et qu'après une contamination VIH, il pouvait y avoir la première infection qui pouvait se manifester par une grippe. Et en fait, moi, j'ai tilté cette espèce de maladie que j'ai eue juste deux semaines après. Et du coup, immense stress.
Et à l'époque, c'était en 2015, et à l'époque, il n'y avait pas...
Les pouvoirs publics ne s'étaient pas encore autant saisis, je trouve, du sujet. Il n'y avait pas les affiches à Paris de dépistage gratuit dans n'importe quel laboratoire, etc. Et donc, en fait, je suis allé faire mon test dépistage dans le labo à côté de chez moi sans demander le remboursement pour ne pas être, entre guillemets, « fiché » si le test était positif. J'ai payé moi-même mon truc et finalement, le test était négatif. Mais ce jour-là,
Ce moment-là a été le moment où je me suis aperçu et c'est le moment où j'ai pris rendez-vous dans un cégyde. Alors à l'époque, il n'y avait pas la PrEP. Mais c'est la prise de conscience de ce risque qu'elle s'est faite là. C'est impressionnant comment on vit dans une société tellement sérophobe et ça a pénétré tous les ports de...
je sais pas si toi t'es à l'aise de dire que mais moi je sens que je porte une sérophobie quand même de moins en moins et je crois presque plus du tout mais bon mais c'est fou quand même cette peur qu'on a profonde hum
Toi, on a fini le tableau de ce qui t'est venu là pour le moment. Je t'ai posé tout à l'heure la question de comment tu choisis tes partenaires. C'est quoi tes critères ? Comment tu fais ? Tu disais du coup que tu en as entre 5 et 10. Après, c'est 5 et 10 partenaires. C'est des gens que j'ai rencontrés initialement sur les applis.
Et que j'ai choisi initialement quasiment exclusivement sur des critères physiques. Et c'est quoi tes critères physiques ? J'aime bien les poils, j'aime bien les mecs...
J'aime bien la barbe. J'avoue que j'aime bien... En tout cas, à une époque, j'aimais bien les mecs qui étaient plus grands que moi. Tu mesures combien ? Je mesure 1m77 à peu près. Je choisissais aussi quand même pas mal sur la taille du sexe.
C'est un truc que j'aime bien. Après, c'était à l'époque. Aujourd'hui, c'est plus vraiment un critère parce qu'en réalité, quand on s'inscrit dans une relation de domination ou de soumission avec un partenaire, la taille de sa bite compte moins que son état d'esprit, à quel point il est open, etc.,
Mais ça, c'est mes critères de l'époque. Du coup, ces mecs-là sont restés dans mon giron. Donc voilà, c'est pas désagréable. Mais c'est essentiellement des critères comme ça. Après, je faisais quand même un très gros filtre sur ces applis en parlant avec eux, en voyant un peu...
La manière dont ils s'expriment, leur... Ouais, enfin... Du coup, t'échanges plusieurs messages et après, si jamais t'as envie, et vous êtes tous les deux en vie, vous vous retrouvez chez l'un ou l'autre et vous avez un rapport sexuel. Ouais, c'est ça, oui. T'as pu leur faire une confiance infinie en quelques messages ? Tu sais, tout à l'heure, tu disais quand même que c'était déterminant pour toi.
C'est plus que quelques messages. En général, moi, j'ai besoin d'échanger un peu plus longtemps. Par exemple, les mecs qui sont en mode plan direct, nos blablas. Genre, salut, ça va ? Oui, mon adresse, c'est tant, viens. Ça, je peux pas. J'ai besoin quand même de capter un peu la personnalité de l'éventuel partenaire. Tu trouves pas qu'il y a un énorme...
Entre les messages qu'on peut recevoir, puis après la réalité, on capte par message très peu de l'énergie. Toi, tu fais des visios ? Ça m'est arrivé, mais c'est assez rare.
Parce que moi, j'en fais de plus en plus. Mais clairement, les gens me regardent en mode, t'es qui ? T'es un fou et tout. Mais je trouve ça assez chouette, notamment quand c'est compliqué d'aller prendre un café ou qu'il y a une difficulté de dispo. Moi, je pense qu'il y a plein de gens qui trouvent ça trop bizarre et il n'y a pas de problème avec ça. Mais moi, j'aime bien parce que là, c'est fou comment on capte beaucoup plus de choses.
Après, je suis souvent quand même... Les gens sont assez rebutés. Ils se disent, ah, j'ai pas envie de faire une visio. Toi, du coup, c'est un truc que tu utilises, tu disais ? Je l'ai fait par le passé. Après, c'est vrai que la visio...
Si je suis dans la rue au bureau, je ne peux pas faire une vidéo Grindr quand je suis au bureau. Et souvent, quand on dit « je ne suis pas disponible maintenant pour en faire une », il y a une forme d'impatience. Il y a une espèce de culture de l'immédiateté sur les applications qui fait que
Souvent quand on dit écoute je suis pas disponible maintenant si tu veux on fait ça plus tard la personne en face abandonne et met un stop. Moi j'ai du mal avec cette immédiateté là. Donc la visio oui mais en fait de fait ça ne se passe pas tant que ça parce que tout simplement il y a une forme d'impatience de la plupart des mecs qui fait que ça ne se fait pas quoi.
C'est quoi ton ratio entre t'échanges avec des gens, plusieurs messages, et quand tu rencontres, ça matche ?
Aujourd'hui, de fait, ça ne se produit plus trop parce que c'est des mecs que je connais. Mais à une époque, c'était rare. Vraiment, les super coups où tu sors et t'es exalté, t'as les hormones en folie en disant que c'était incroyable, c'est quand même assez rare. Parce qu'après, chacun a sa perception du rapport sexuel. Moi, j'avoue que...
J'aime bien poser les choses, prendre son temps. Il y a beaucoup de mecs qui se disent, vas-y, je largue ma dose et puis salut. C'est ça, parce que dans les plans Domi Soumis, j'ai l'impression qu'il y a chez les Domi, possiblement, des gens qui, du coup, utilisent
Bon, là, ça va être beaucoup de jugement de ma part, mais c'est mon opinion. Dans mon expérience, des gens qui vont vers la domination, parce qu'en gros, ils se disent, moi, du coup, je vais faire ce que je veux. Je n'ai pas à discuter. Le mec est à mon service. Et je crois que ça détend aussi beaucoup de gens qui ont des anxiétés ou qui manquent de confiance en eux. Parce que du coup, en fait, tout est tellement très cadré, quadrillé. J'aimerais qu'on termine cet entretien justement sur...
J'aimerais savoir dans quelle mesure tu questionnes ta sexualité. Là, on a entendu comment assumer d'être passif et soumis ou soumis, ça fait partie de ton chemin d'épanouissement de ta sexualité qu'aujourd'hui tu es à 90 sur 100 ?
qu'en plus, il y a eu une inflation terrible ces dernières semaines et c'est absolument génial. Cette question, elle est aussi un peu pourrie d'essayer de chiffrer, mais c'est une façon un peu de te faire parler. Est-ce que tu identifies des limites
ou des choses sur lesquelles tu te questionnes quant à cette unicité de passif soumis, quant à cette case. Et j'entends que ma question, elle est pleine de jugement. Moi, je suis quelqu'un qui a envie de sucer plein de sucettes. Et c'est vraiment moi. Et je ne dis pas que c'est une bonne idée ou une... Mais du coup, quand je t'entends, je me dis, ça me ferait trop chier d'être tout le temps au même endroit. Toi, ça te fait marrer ? Qu'est-ce que tu perds à n'être que passif soumis ?
Et tu as le droit de me dire rien du tout, Guillaume, c'est ta vision et je suis pas d'accord. Honnêtement, j'ai pas l'impression de perdre grand-chose.
Peut-être du temps. Parce qu'être passif, déjà être passif, c'est un peu plus de préparation qu'être actif. C'est un peu plus de... Mentalement, il faut être... Il faut que le corps... Alors là, je parle plutôt du rapport anal, mais que le corps soit prêt à se faire prendre par derrière. Donc peut-être du temps, mais honnêtement, à part cet aspect très matériel finalement...
et très pratique j'ai pas l'impression de perdre grand chose parce qu'en fait c'est un peu mon monde perdre est le mauvais terme c'est pas perdre parce que tu gagnes enfin ce niveau là du jeu tu l'as validé et tu vas vers le super boss et moi j'ai l'intuition c'est mon opinion elle est pas forcément juste qu'il y a d'autres niveaux et est-ce que toi t'aurais envie de les explorer est-ce que t'es attiré par ça et ta réponse c'est plutôt non ce niveau là il te fait kiffer
— Là, actuellement, ce niveau-là me fait kiffer. J'exclus pas. Comme tu dis, j'arriverai au boss final du passif soumis d'aller...
Explorer moi-même le côté dominant. D'ailleurs, je l'ai déjà fait une ou deux fois. C'était bien, mais je ne vivais pas avec autant d'intensité que le fait d'être passif. Enfin, en tout cas, d'être soumis. Mais je n'exclus pas un jour d'être, par exemple, totalement switch et de devenir aussi dominant. Ce n'est pas quelque chose que j'exclus. Je m'étonne, non.
J'entendais dans ton témoignage, tout de suite, en fait, dès le début, tu as dit « biberonner ». Passe-moi l'expression qui est quand même excellente. « Biberonner au porno ». J'ai fait mon éducation sexuelle dans le porno. Et étant donné que j'ai commencé « twink », donc j'imagine, je ne sais pas si tu veux qu'on te décrit physiquement, mais petit, peut-être un berbe, je ne sais pas.
et en tout cas plus jeune, et donc forcément passif. J'ai entendu à un moment de ton témoignage que tu es devenu passif soumis parce que c'était déjà écrit par d'autres. Et du coup, puisque tu as dit, comme j'étais twing, j'étais passif, et puis après les choses se sont faites ainsi. Après, tu as dit plein d'autres choses dans ton témoignage, mais tu as dit ça à un moment donné. Dans quelle mesure, du coup, tu es prisonnier du passé ?
Ou de la société ? Alors, prisonnier du passé... Probablement, mais finalement, cette prison-là, je me la suis appropriée et je sais que je peux en sortir. Donc, c'est une prison... C'est une prison consentie. Du coup, ça cadre bien avec la soumission. La société, honnêtement, dans ma vie sexuelle aujourd'hui, elle ne...
Elle est totalement indifférente. J'avoue que moi, en tout cas, je suis totalement indifférent à ce que peut penser la société. J'ai pas vocation à... En tout cas, j'ai décidé de ne pas me laisser influencer par la frustration des autres. Parce qu'au fond, moi, je pense qu'il y a plein...
Deux personnes qui sont très réactionnaires et très opposées à ce genre de pratiques qui, au fond, je pense, aimeraient bien se faire faire pipi dessus de temps en temps. Maintenant, effectivement, c'est mon chemin, c'est ma construction comme telle. Mais vu que je me le suis réapproprié, si tu veux, pour le dire dans des termes clairs, je la considère plus comme pathologique. Peut-être qu'à un moment, elle était...
Elle l'était un peu parce qu'il y a eu cette construction par la pornographie. On n'en a pas parlé, on en avait parlé pendant mon entretien, mais mes tout débuts de vie sexuelle se sont marqués par une agression sexuelle.
par un homme qui était beaucoup plus âgé que moi, j'avais 15 ans, donc j'ai commencé ma vie sexuelle avec ça. J'ai mis du temps à mettre des mots sur ça, sur cet épisode. Aujourd'hui, c'est le cas, il est traité, ça fait partie évidemment de ma vie et de mon histoire, mais il est dans une petite boîte rangée sur une étagère et c'est fini.
En fait, moi, je suis dans mon cheminement de podcasteur très inquiet de king-shamer. Donc, tu vois, de mettre de la... En français, je sais pas, c'est genre mettre de la honte sur les kings. Enfin, tu vois, être culpabilisant, etc. Et à la fois, j'ai envie d'avoir un espace pour questionner. Et puis, j'ai vraiment entendu, là encore plus, qu'il y a un chemin qui s'est d'abord imposé à toi.
Parce que toi tu fais un lien avec au début ton désir de passif soumis par rapport à ton agression sexuelle ? Non, parce que ce désir de soumission il est bien antérieur. Hum.
Tu te souviens comment il est... Non, finis ta phrase, excuse-moi, pour autant. Pour autant, cette agression est intervenue dans un contexte où il y avait une... C'était un plan où l'actif en question était dominant. Mais c'était un mauvais dominant. C'est aussi pour ça aujourd'hui que je suis très prudent et très... J'essaie de sentir un peu les intentions de mes partenaires.
Mais non, je fais pas de lien. Je... Tu veux raconter ce qui s'est passé ? Oui, je peux raconter. J'avais donc 15 ans, j'étais au lycée et j'étais sur Grindr. Et en fait, je suis donc allé chez un mec qui, je pense, à l'époque, devait avoir une petite trentaine. Et c'était donc...
C'était clairement affiché que j'étais le passif soumis. Je pense quand même qu'à cette époque, j'étais pas tellement en contrôle de ce que ça veut dire que d'être passif soumis. Je m'étais jamais fait sodomiser avant, donc je ne savais pas ce que c'était. Et donc je suis allé chez lui...
On a fait des préliminaires et est venu le moment de la sodomie. Je me souviens très bien de lui avoir dit, fais attention, j'ai pas l'habitude, etc. Et en fait, lui est rentré d'un coup, donc ça a une douleur absolument atroce. Et en fait, quand je lui ai demandé d'arrêter, il ne s'est pas arrêté.
Je sais que j'ai dit que ce passage est traité là. En parler, c'est encore un peu... D'ailleurs, je parle d'agression sexuelle, mais au final, le terme adéquat, c'est un viol. Je n'ai rien fait à l'époque. À cette époque-là, quand j'avais 15 ans, je n'ai même pas moi intégré le fait que c'était un viol sexuel.
Donc, j'ai mis du temps à m'en rendre compte. Je me suis rendu compte en 2019. C'est une soirée... J'avais 15 ans en 2011, donc c'était presque 10 ans plus tard. J'ai...
Une soirée dans un bar. Je ne sais pas pourquoi, à ce moment-là, ce truc est ressorti. Je ne sais pas pourquoi c'est ressorti à ce moment-là. Ça a été une période très difficile dans les semaines qui ont suivi. Mais j'en suis sorti parce que j'ai la chance d'être bien accompagné, d'avoir... À l'époque, j'étais célibataire, mais j'avais ma psy que je voyais régulièrement. Et en fait, ça a été l'occasion de continuer à travailler là-dessus. Et aujourd'hui, c'est évidemment un...
C'est un sujet qui est difficile parce que, objectivement, c'est très dur. Pour autant, il est plus douloureux, plus du tout.
Au-delà du travail thérapeutique dont tu parlais, est-ce que tu as pu l'attaquer en justice ? Est-ce que tu as pu ou eu envie de faire d'autres choses ? J'en avais parlé à mes parents. Un peu comme le coming out, je voulais que mes proches soient au courant.
et ils m'ont posé la question ils m'ont dit qu'est-ce qu'on fait parce que les faits n'étaient pas prescrits vu que j'étais mineur à l'époque des faits donc à partir de 2013 il me restait 10 ans donc 2023 il me reste encore ce temps là pour autant personnellement pour moi le sujet est traité il est clos
Je suis moi-même d'une profession qui sait que prouver ce genre de choses, c'est extrêmement difficile. C'est parole contre parole. Et clairement, moi, je n'avais pas envie de me lancer dans un processus judiciaire qui aurait pu être d'autant plus difficile que j'aurais pu ne pas être cru et ne pas être cru. Alors, je sais que je vais un peu à contre-courant de la période actuelle, mais ne pas être cru légitimement parce que
Quand il n'y a pas de preuves, on ne condamne pas des gens. Donc voilà, dix ans plus tard... Mais je sais que c'est un vrai sujet et j'entends totalement qu'une autre personne dans la même situation aurait souhaité faire ce chemin-là. Toi, ce que tu ressens, c'est que la réparation ne n'advient pas en lançant la procédure et en tentant de la mener. Elle vient si tu gagnes et du coup, cette conditionnalité fait que tu n'as pas envie de te lancer, c'est ça ?
donc toi tu sais ça ? alors je pense que la réparation ne serait même pas venue du fait que ce mec soit condamné j'ai le mépris le plus profond pour cette personne parce que quand je regarde des photos de moi à 15 ans de l'oeil de quelqu'un qui en a aujourd'hui presque 30 je me dis c'est pas possible qu'il se soit dit déjà que j'ai plus que 15 ans
et que j'ai eu des expériences sexuelles nombreuses.
En fait, c'est minable. C'est minable ce qu'il a fait. Et en fait, je m'en tiens à ça. Moi, je créerais une culpabilité en me disant que c'est ma faute. Comme je suis passif soumis, c'est moi qui autorise, c'est moi qui cherche une forme de violence. Alors que c'est faux. C'est-à-dire, aimer être soumis ou demi, c'est...
dans un cadre de consentement, comme tu l'as très bien dit au tout début. Mais est-ce que toi, cette pensée-là qui fait que du coup, tu es encore moins légitime pour avoir le droit soit de porter plainte, soit d'être légitime dans ta démarche, est-ce que ça, ça a joué aussi, le fait que ça a été dans un rapport de passif soumis ? Moi, ça le serait pour moi, je demande pour toi. Non, mais effectivement, c'est une bonne question.
Je pense que j'aurais anticipé des éventuelles questions, que ce soit de la part des autorités judiciaires, de la défense du mec. Parce que je pense qu'il y aurait eu moyen de retrouver la conversation Grinder et de voir que moi, j'avais, en fait, d'une certaine manière, consenti. Pour autant...
Je pense que j'aurais été prêt à y répondre. Mais c'est faux, tu n'as pas consenti. Bien sûr, je n'y ai pas consenti. Et de toute façon, même si on est dans un rapport de dominant versus, non j'allais dire versus, mais et soumis, si le soumis dit avant de se faire prendre « vas-y doucement, c'est un peu sensible »,
Enfin, ce n'est pas du tout antinomique. La personne qui ne respecte pas ça, elle sort du cadre du consentement. Et d'autant plus lorsque l'actif s'aperçoit que le passif a mal et qu'il dit arrête et qu'il n'arrête pas. Là, on n'est même plus... On parle de consentement, on parle surtout d'une qualification pénale de crime. Toi, tu as réussi à exprimer. Plein de gens n'y arrivent pas. Toi, tu as réussi à dire stop.
Oui, j'ai réussi à dire stop. Et je me souviens d'avoir eu des mouvements, en fait, d'essayer de m'extirper. Voilà. Et après, il m'a bloqué un temps. Et ensuite, il a lâché. Mais j'ai quand même eu le réflexe. Si tu veux, j'ai pas été sidéré ou pétrifié. Parce qu'il y avait quand même le cadre de la relation sexuelle. Et même moi, sur le moment, j'ai eu mal physiquement, mais je me suis pas du tout...
interroger sur la qualification et sur ce qu'il venait de faire. Et toi, aujourd'hui, tu as l'impression que la justice française, puisqu'on pourrait retrouver la conversation Grindr et qu'on verrait ce rapport domi-soumis, tu as l'impression que ça viendrait délégitimer ton stop, ton non-consentement très clair ?
possiblement oui qui dit du coup beaucoup du king shaming ou en tout cas de la non-intelligence de la justice face au king je sais pas alors la justice elle est je me permets d'en parler parce que je fais partie moi-même d'une profession judiciaire la justice elle est assez peu d'un point de vue moral elle est assez peu jugeante
C'est-à-dire que, par exemple, je sais pas si tout le monde est au courant, mais la Cour européenne des droits de l'homme a jugé qu'une pratique... Donc là, c'était dans le cadre d'une pratique BDSM extrême.
À partir du moment où le caractère extrême est consenti, la Convention européenne des droits de l'homme protège, parce qu'elle considère que ça fait partie du droit au respect de la vie privée. J'ai pas compris ce que tu expliquais. Pardon, je m'exprime un peu mal, mais si tu veux, pour le dire clairement, le droit protège le kink.
Là où le droit ne protège plus le kink, c'est lorsqu'il y a une absence de consentement. Où ça tombe, du coup, sous la qualification soit d'agression sexuelle ou de viol en fonction des faits en question, soit par exemple de torture ou de barbarie. Puisque dans certaines pratiques BDSM, il y a la douleur qui est omniprésente, mais quand elle est consentie, le droit considère qu'elle est légitime, alors qu'à partir du moment où elle n'est plus consentie, elle n'est plus légitime.
Ce qui s'était passé dans cette affaire dont je parlais devant la Cour européenne des droits de l'homme, c'était qu'il y avait eu une séance. C'était deux hommes qui étaient les dominants et une femme qui jouait le rôle de la soumise. Elle avait voulu arrêter.
Et ils avaient continué. Ils avaient même amplifié les pratiques. Donc là, on ne s'inscrit plus dans le kink, on s'inscrit dans le viol, etc. Mais tout ça pour dire que s'ils avaient ressorti ces échanges Grindr...
Oui, je pense qu'il y aurait eu une tentation plutôt du côté de la défense du mec en question de dire « Vous voyez, il a consenti, il n'y a aucune preuve qu'en réalité, ça ne s'inscrivait pas dans le cadre de leur pratique ».
Et pour autant, et c'est là où c'est dur de prouver qu'il n'y avait plus de consentement. Pour moi, je n'avais pas de preuves particulières. C'était parole contre parole et on ne condamne pas une personne sur la base d'une seule parole. Je me serais retrouvé en difficulté vis-à-vis de ça.
T'as pas des messages, t'en as parlé à personne, t'as pas des messages après le rapport ? Mais même le message en fait, le message c'est le prolongement de la parole. À l'époque j'en avais parlé à personne et personne n'était au courant. J'allais voir, je faisais ces plans dans l'anonymat le plus total, personne ne savait ce que je faisais, personne ne savait où j'étais. D'ailleurs quand je regarde ça avec mes yeux d'adulte, je me dis c'est pas possible, c'était tellement dangereux.
Tu disais tout à l'heure que ton désir de soumission a démarré avant cette agression. C'est pour ça que tu ne les lis pas. Tu te souviens le déclic ? Tu te souviens à quel âge le déclic ? Je pense que c'était vraiment assez tôt. Je...
Je me souviens, même quand j'étais gamin, j'adorais être le gamin quand on faisait les policiers et les bandits. J'adorais être le gamin qui était le bandit et qui se faisait mettre les menottes, quoi. Je kiffais vraiment ça, quoi. Je voulais pas du tout être le policier. Donc c'est vraiment... Après, je sais pas si ça a un lien, mais en tout cas, il y avait ce truc d'entrave et de se faire poursuivre, etc., qui était déjà là, quoi. Donc je pense que ça remonte à un petit...
Mais en fait, je pense franchement, mais c'est pour mon personnel comme réflexion, que la soumission, elle fait partie de la vie de beaucoup de personnes.
Et quand on arrive à l'accepter et à travailler dessus, et donc à la maîtriser et à la contrôler, c'est absolument génial. Comme je le disais au début, c'est un tel lâcher-prise. Et même, en fait, on se sépare de tout le poids de la société, parce qu'aujourd'hui, il faut plutôt être un dominant qu'un dominé dans la vie de tous les jours. Et
Moi, je le vois dans mon job, on préfère être celui qui domine que celui qui prend cher à cause des autres. Et je trouve qu'arriver à maîtriser cette soumission-là et se dire, là, dans cet instant donné, je vais laisser une facette de ma personnalité s'exprimer totalement et absolument, c'est hyper libératoire, quoi.
Parfait mot de la fin. Merci. Merci à toi. Est-ce que t'as un mot de la fin particulier ? Moi j'ai un mot de la fin particulier... Je vais essayer d'être général tout en n'étant pas cliché mais je...
J'ai un peu envie de dire aux gens de faire ce qu'ils veulent et de se séparer complètement de ce que peuvent penser les autres. Parce qu'au final, on se rend compte que les gens s'en foutent quand même pas mal de ce que font les autres. Donc moi, ça, personnellement, ça me rassure et je pense que c'est un beau mot de la fin.
j'ai envie d'ajouter, ou quand ils s'en inquiètent, c'est que ça vient dire quelque chose chez eux de la chose que tu fais qui les inquiète. Mais ils parlent jamais de toi. Et leur jugement est moins pour dire quelque chose sur toi que, en fait, comme tu l'as dit tout à l'heure, peut-être eux, ils rêveraient d'avoir se lâcher prise ou ils rêveraient... Ou ça vient chercher quelque chose chez eux qui leur fait peur ou quelque chose, quoi. Merci, Jules. Merci, Guillaume.