*Hors-série* Avant de se lancer : belle-famille et pire scénario – Chris (2/5)

Partie 2 sur 5
« Marine, c’est ma pote et c’est aussi la mère de mon enfant. Et puis à côté de ça, on aura un mec, chacun, avec qui on aura une relation amoureuse, sexuelle et tout. » Chris

Chris, 37 ans, fait un enfant avec sa meilleure amie : ce qui tient leur famille, ce n’est pas l’amour romantique, mais une feuille de règles qu’ils ont signée.

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Dans cet épisode du podcast :

  • Ils essaient pendant les vacances de Noël en Bretagne : elle est enceinte du premier coup
  • Il a fait une reconnaissance anticipée : à la naissance, il sera le père aux yeux de la loi
  • Le seul à s'y opposer, le père de Marine : selon lui, un enfant se fait par amour
  • Le pire scénario qu'il envisage : que l'un des deux déménage à l'autre bout du monde

On en parle dans cet épisode
La série où un couple de lesbiennes en coparentalité se sépare, sans que la loi protège les deux mères
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Lire la transcription de cet épisode
Vous écoutez la deuxième partie du témoignage de Chris. Tu te souviens un moment, après moultes conversations, où le premier d'entre vous, la première d'entre vous a dit « Pour moi, c'est oui. Pour moi, je suis prêt à passer à la conception. » C'est Marine qui m'a lancé le truc à un moment où je ne m'y attendais pas du tout. Elle m'a dit « En fait, on va essayer la semaine prochaine. » Parce qu'en gros, elle m'avait dit... En fait, on s'était souvent dit, l'espèce de date un peu limite ou butoir qu'on se met pour se lancer dans le projet, c'est ses 35 ans à elle. Pour des histoires aussi, je pense, d'horloge biologique. On va se dire qu'après 35 ans, ça va peut-être être plus compliqué et tout. Donc, on s'était toujours dit à ses 35 ans. Et ses 35 ans, c'était l'année dernière au mois de mai. Sauf que je ne sais pas, à ce moment-là, elle vivait sa meilleure vie. Elle était tout le temps en apéro, en extérieur, sortie et tout. Moi, je venais de faire une rupture conventionnelle. Je ne sais pas, on n'était pas du tout là-dedans. On était en mode, pour l'instant, en fait, on kiffe. On reporte un peu le projet. On verra bien, peut-être l'année prochaine. Et puis là, on a prévu de se faire une semaine de vacances entre Noël et le Nouvel An. On était en Bretagne. Et en fait, c'est juste avant de partir où elle me dit, en fait, ça va être ma période d'ovulation. On est une semaine ensemble. Je me dis que c'est le bon moment. Alors on va tester, on va essayer. Et moi, j'étais là genre, ah ! Ah bah moi je m'attendais, je croyais qu'on allait commencer ça plutôt l'été prochain. J'étais là genre bon bah ok d'accord c'est parti ça marche. Je lui dis mais t'es sûr parce que là si ça marche ça veut dire qu'en septembre on a un enfant. Et elle me dit ouais mais regarde tout le monde galère, les couples galèrent de ouf, ça met des mois avant de fonctionner et tout donc... On va dire qu'on commence un peu les répétitions, tu vois, du process, de la méthode. Et on verra. De toute façon, ça va nous prendre du temps. Et je ne sais pas pourquoi, moi, je sentais le truc et je lui disais « Ouais, mais si ça fonctionne, dans neuf mois, on est par an. » Eh bien, ça n'a pas loupé, ça a fonctionné du premier coup. Mais du coup, c'est génial. C'est génial. Du premier coup ? Du premier coup. C'est-à-dire, on a fait la petite procédure que je te raconterai quatre soirs de suite, dans la même semaine. Et deux semaines après, elle était enceinte. Avant qu'on passe à comment on l'a fait. À comment vous l'avez fait. Est-ce que vous avez signé un accord ? C'est marrant, ça c'est une question qu'on nous pose souvent. On avait fait à l'époque justement, après toutes nos discussions, quand on était revenus du Cap Vert et tout, on s'était fait un espèce de contrat. Ça n'a rien de légal, d'officiel, on n'est pas allé chez le notaire ou je ne sais quoi. C'est vraiment genre on a une feuille où on s'est... inscrit des espèces de règles de base, en mode justement, si l'un des deux veut déménager, les différentes situations, les cas de figure, comment on fonctionne ? Donc, c'est ça, notre espèce de contrat. Vous aviez, à un moment donné, rédigé. Oui. Et vous l'avez tous les deux signé ? Ouais. Un jour. Oui, elle l'a encore. C'est drôle, elle l'a sorti, là, il n'y a pas longtemps. Elle me dit, j'ai retrouvé notre petit contrat. Bah, écoute, pour l'instant, à part que je suis au chômage et que je n'ai pas de CDI... Ça marche. Ça marche. Mais... Il n'a rien de vrai. Il n'a rien d'officiel. J'ai un contrat moral, je crois. Ouais. Vous êtes rencontré comment avec Marine ? On s'est rencontré par une très bonne pote à moi de la fac qui, lors d'une expérience professionnelle, a rencontré Marine. Donc moi, ma très bonne pote, c'est Pauline, ma pote de pote, et qui m'a présenté Marine un jour. On est allé voir un match à Roland-Garros il y a dix ans. Pote de pote depuis dix ans. À ton avis, Marine a correspond à quels critères qui sont essentiels pour toi, pour te projeter dans cette famille ? Elle doit avoir des défauts, elle doit avoir des qualités, mais c'est quoi ? Beaucoup de qualités. Ah oui, si elle m'écoute, beaucoup de qualités. Par exemple, moi, ça serait notre capacité à nous engueuler. Et je ne sais pas m'engueuler avec tout le monde. J'observe qu'il y a certaines personnes, on n'arrive pas à bien s'engueuler. Et c'est marrant. Notamment, je trouve qu'avec ma meilleure amie, justement, parce que moi, je me projette de ouf. C'est s'engueuler, genre le ton monte et tout. Et en fait, moi, si je me projette, ma meilleure amie, je ne trouve pas que je sais bien m'engueuler avec elle. Petit Laius, toi, il y avait des éléments Comme ça, comme moi et le conflit, où tu te dis non, mais tu vois, si je devais vraiment choisir des éléments clés pour faire famille avec Marine, c'est cela. Alors, c'est marrant parce que c'est plus, c'est limite plus des éléments. En fait, c'est des éléments où plus moi, je me dis. Elle peut être... Enfin, je la vois très bien comme coparent avec moi. Là, je suis pas sûr. Est-ce que ça va être... Je sais pas. Est-ce que je la vois avec un instinct maternel ou je sais pas quoi ? De ce que je vais te répondre, c'est plus... Moi, je me suis dit... Je vais partir avec... En fait, maintenant, je me lance dans un truc où je vais être lié avec elle à vie. Je me vois bien dans ce truc-là avec elle pour deux raisons principales. La première, c'est que vraiment, je trouve qu'on arrive à... On est beaucoup, et parfois même un peu trop, on en rigole. On est beaucoup dans, justement, exprimer, expliquer, creuser. Comment on se sent ? Mais comment tu te sens ? Ah oui, truc, machin. On est vraiment dans aller creuser, tu vois, les émotions. Et du coup, je trouve que ça, c'est pas mal parce qu'en fait, on arrive à tout se dire. On se juge jamais, on se taquine, voilà. Mais en fait, on peut vraiment tout se dire sur même des peurs qu'on a, des angoisses. On arrive à tout se dire, que ce soit dans nos angoisses affectives, amoureuses, dans nos traumatismes de l'enfance. On arrive vraiment à tout se raconter. Et souvent, on creuse l'un l'autre pour bien comprendre. Et puis surtout, je trouve qu'on passe du temps aussi à se dire, bon, mais est-ce que du coup, tu te sens mieux ? Qu'est-ce qu'on pourrait faire pour que tu te sentes mieux ? Genre là, moi, j'étais un peu angoissé avec le taf et tout. Elle essaye vachement de m'aider à creuser. Qu'est-ce qui m'angoisse ? Pourquoi je ne suis pas bien ? Comment est-ce que... Qu'est-ce que je peux faire comme premières petites étapes pour me remettre dans la recherche de boulot ? Des trucs comme ça. Donc, je trouve qu'on est vachement... À s'épauler et à pouvoir vraiment se dire... Au contraire de toi où il y a des personnes où tu sais pas bien t'engueuler avec ou pas, moi c'est il y a des personnes où je vais avoir du mal à vraiment plus me livrer complètement, me mettre à nu, tu vois. Avec elles, j'ai aucun problème. Donc ça, je trouve ça très bien. Et le deuxième truc, c'est beaucoup plus logistique, c'est que je trouve qu'on fonctionne pareil. En tout cas, je sais qu'on ne va pas avoir de mal sur le côté plus ce que j'appelle logistique, c'est-à-dire... Il faut faire à manger, allez on fait à manger, on se met en action. Il faut ranger, il faut ranger. Je trouve que ce n'est pas une flemmarde, on est plutôt maniaque du rangement, on est plutôt volontaire à faire les choses. Quand on part en vacances ensemble, en groupe, on est tout le temps à lancer les mouvements, les trucs. Et ça, je me dis, ça va être d'une aide incroyable parce que je ne me serais pas vu avec quelqu'un d'hyper flemmard, fainéant. Tu vois, là, je sens que c'est... Ah ben, il y a un truc, il faut le faire. Il y a eu du vomi, allez hop, on nettoie. Tu vois, on laisse pas traîner les choses, on y va, on fait les choses. C'est quand la dernière fois où l'un de vous deux a vomi ? Non, mais l'un devant l'autre, jamais. J'ai eu du vomi à nettoyer. Non, il n'y a pas eu du vomi. C'était un exemple. Ouais, non, mais c'est des exemples. Ouais, mais je comprends ce que tu veux dire. Elle a un chat. Bon, l'autre jour, le chat avait de la merde au cul. Elle s'est frotté le cul par terre pour nettoyer son caca au cul. Bon, ben, c'est pas... C'est vraiment tout de suite. Allez, hop, je change, je nettoie, je truque. Ah, il y a ça. Et du coup, ça, je me dis, c'est cool parce que je sais qu'on fonctionne pareil. Genre, on ouvre le frigo, il n'y a plus grand chose. On se dit, allez, on fait les courses, on y va, on fait la liste des courses. Ça, j'aime bien parce qu'au moins, je me dis, on fonctionne quand même un peu de la même façon. Et c'est pas mal, je trouve. Pour vraiment, tu vois, au jour le jour, dans ce qu'on va devoir vivre, parce qu'en fait, ça va être des actions en permanence. Il faut le changer. Il faut donner le bain, le biberon, le truc, laver un machin, faire une machine. Et ça, je trouve ça pas mal. Ça colle bien. Qu'on soit tous les deux assez réactifs là-dessus et que ça colle bien. Toujours dans, avant de passer l'accord, est-ce que tu t'es penché sur ce que la loi dit ? Tu t'es penché sur c'est quoi tes droits, c'est quoi ses droits ? Oui, je m'y suis penché, mais assez récemment. J'imagine que la loi n'est pas faite pour ça. Eh ben non, en fait, la loi n'est pas faite pour ça. Donc oui, ça peut être cata. En fait, nous, on est dans un schéma. On pourrait très bien être un couple hétérosexuel, homme-femme, qui vont avoir un enfant. Les deux parents vont le reconnaître. Et du coup, on est en fait, je pense, dans l'un des schémas les plus simples. OK. On n'est pas paxés, on n'est pas mariés, mais on va... Et j'ai même déjà fait une reconnaissance anticipée. Ce qui fait qu'en tout cas, à la naissance, elle, de fait, c'est la mère. Et moi, je vais tout de suite à la mairie dire je suis le papa. Donc, en fait, c'est très simple. Il va porter nos deux noms de famille et... Et aux yeux de la loi, il a une maman qui est Marine et un papa qui est Christophe. Dans quel ordre les deux noms de famille ? Ah ça c'est drôle, on s'était dit... Parce qu'on en avait un peu rien à foutre, je pense, tous les deux. C'était pas en mode un truc de fierté, je veux absolument qu'il porte mon nom et tout. Donc on s'était dit, on va faire très simple, on fait un peu au pif. Si c'est une fille, il aura d'abord ton nom de famille à toi et le mien ensuite. Et si c'est un garçon, c'est mon nom de famille à moi et le sien. Du coup, c'est mon nom de famille et ensuite le sien. Toujours avant de dire oui, est-ce que tu t'es penché sur ta belle famille ? Est-ce que tu t'es dit, oulala, donc du coup, tu vois, là, je reviens d'un week-end avec une pote qui a deux enfants en bas âge. Et en tout cas, tous mes potes qui ont des enfants, les grands-parents, c'est une clé qui ouvre énormément de portes. Le sommeil, vraiment, quand tu as des grands-parents disponibles, en forme et qui peuvent t'aider, ça change tout. Du coup, la belle famille, en fait, que tu sois amoureux ou amoureuse ou pas, joue un rôle. Est-ce que tu t'es penché sur ça ? Et rappelle-toi, ils vont peut-être t'écouter, attention. C'est ce que je me suis dit. Non, non, mais je vais sans filtre. Je pense que ça fait aussi partie du fait... De l'équation qui fait qu'on s'est dit « ça peut fonctionner », c'est parce que je connais bien sa famille, ses frères et sœurs et ses parents. Elle connaît très bien ma famille. Elle vient très souvent en vacances chez mes parents dans la maison de vacances qu'on a en Savoie. Je pense que ça, ça a énormément aidé et ça nous a rassurés en se disant en plus de ça, on connaît très bien la famille des uns et des autres. Du coup, les parents, les grands-parents des deux côtés, c'est plutôt un point positif dans la balance où on s'est dit c'est cool. Déjà, ils n'habitent pas très loin. On s'entend très bien avec. Moi, je connais moins bien son père. Enfin, moins bien. Je l'ai rencontré qu'une seule fois, donc on peut dire que je ne le connais pas hyper bien. Mais sa mère, je la connais depuis un moment et je la vois très souvent. Tu vois, parce que pour d'autres, je ne sais pas comment une belle famille se comporte face à quelqu'un. tous les rapports je pense sont très différents c'est très différent parce que tu rentres dans notre famille car vous vous aimez et là c'est tu rentres dans notre famille car tu es le géniteur de l'enfant de Marine et c'est à dire ils peuvent se dire parce que tu as été surnommé le plan B et moi ce qui m'a frappé je me suis dit ah c'est un peu sec Ah non mais attends, ils savaient déjà tous, genre ils connaissaient déjà Chris, elles disaient tout le temps Chris, mon pote Chris et tout machin. Et en fait au bout d'un moment elles disaient ah bah c'est Chris mon plan B. Ouais mais un plan B c'est... il y a un côté péjoratif. Ah parce que c'est le B, c'est le second ? Bah ouais. Est-ce que t'as pas l'impression de rentrer dans une famille en tant que plan B ? Et de devoir te faire une place avec ce défi-là. Ah non, non, non, non, pas du tout. Non, non, franchement, pas du tout. Tu vois, en gros, sa mère rêvant du prince charmant pour elle et pensant tout un tas de trucs qu'elle ne vous dit pas. Et du coup, sous-entendant que toi, t'es pas vraiment le père. Oui, alors... Je vois très bien ce que tu veux dire, et c'est vrai, c'est effectivement ta raison. Quand elle a annoncé justement, quand elle parlait de moi à tout le monde en mode « Ah ben ça y est, j'ai trouvé ! » En fait, c'était plus « Pour avoir un enfant, j'ai trouvé mon plan B qui sera Chris. » Ok ? C'était pas... En fait, c'est-à-dire que je les connaissais déjà, à part son père, je les connaissais déjà en tant que... Voilà, ils me connaissaient en tant que Chris et tout, et après ils ont compris que je pouvais être le plan B. Ils ont tous été hyper contents. Ils disaient c'est génial si ça se fait et tout. Et effectivement, il n'y en a qu'un seul qui a eu du mal avec ça. C'est son père qui lui disait moi, Marine, je ne suis pas d'accord avec ton projet. Un enfant, ça se fait par amour. Enfin, tu vois vraiment les trucs. Et elle, elle lui disait non, mais vraiment, tu te fous de ma gueule. T'as divorcé de maman quand j'avais six mois. Il a eu trois femmes, en tout cas trois femmes avec lesquelles il a été marié. Et en fait, il n'a fait qu'à chaque fois, en fin de relation, de les tromper avec la prochaine nana. Souvent, en plus, quand elles étaient enceintes ou quand elles venaient d'accoucher. Donc, elle lui disait, mais vraiment, est-ce que tu te fous pas un peu de ma gueule ? Et c'est pas un peu hypocrite, ce truc de me dire, ça se fait par amour. Quand tu, en fait, toi, trouvais une autre nana quand ta femme était enceinte ou quand tu divorçais quand l'autre avait accouché de six mois. Donc, elle lui disait, excuse-moi, mais bon, tu vois. Si tu enlèves l'aspect sexuel à l'amour, est-ce que votre enfant, il n'est pas fait dans l'amour ? Tu vois, est-ce que Marine, ce n'est plus une meilleure amie ? C'est un peu plus maintenant. Est-ce qu'il n'y a pas quand même un truc d'amour ? Est-ce qu'il n'y a pas un truc de l'amour dans ce que vous êtes en train de créer ? Si, pour moi, c'est sûr. Mais tout comme je trouve qu'avec des très bons potes, je dirais qu'il y a un truc de l'amour. Oui, en fait, tu sais que tu ressens quelque chose pour ces gens-là, tu es très attaché à eux. Oui. Mais oui, oui, il y a un truc de l'amour. Il y a un attachement émotionnel, je ne sais pas, affectif. Il y a un truc, oui. Donc, quelque part, la seule chose qui vous différencie de la norme, c'est que vous n'avez pas de rapport sexuel entre vous ? Oui, on n'a pas de rapport sexuel et on n'a pas non plus... Alors là, je te tombe dans le schéma très classique du couple hétéronormé exclusif, mais on n'a pas ce côté. Nous sommes deux, uniquement deux, et tu vas subvenir à mes besoins, je subis à tes besoins. Vous n'avez pas de projet commun ? Si. Si, on a un projet en commun. Vous n'avez pas de dépendance financière, c'est ça que tu veux dire ? Mais on n'a pas non plus de dépendance, je trouve, émotionnelle, affective. On est en train de décrire la situation de nombreux couples hétéros. Ils n'ont plus de rapport sexuel, ils ne s'aiment plus, mais ils font famille. C'est tout à fait normal, Christophe. Non, en vrai... Ah, t'es drôle ! Non, mais en vrai... Parce qu'en fait, le narratif qu'on nous propose, c'est vous allez tomber amoureux, puis vous aurez des enfants. Ah oui, le sexe disparaît, oui, ça fait partie du truc. Le sexe, en tout cas, est beaucoup plus dur à garder vivant. Mais après, l'amour se transforme, tu sais, il nous raconte. Mais en fait, vous êtes déjà à l'étape finale d'un couple qui a 20 ans de mariage et qui en fait fait famille, qui ne baissent plus ensemble. Mais à la différence qu'il est évident qu'on va chacun avoir des histoires amoureuses non cachées. Voilà, donc c'est beaucoup plus sain ? Oui. Mais du coup, c'est quand même un peu différent d'un couple hétérosexuel, tu vois. Mais bien sûr. Qui quand même restera dans ce truc de... Ce qui m'intéressait, c'était de mettre en lumière des normes qui sont en fait des mythes. Oui. Et des mythes, c'est du coup une histoire. Et du coup, l'histoire qu'on nous propose, c'est cette famille unie par l'amour et cette importance du rapport sexuel. Oui. Je trouve qu'au final, il y a bien plus de similitude. Oui, c'est vrai. Vous n'êtes pas tant une famille si différente de ce qui existe déjà très largement. Mais vous êtes révolutionnaire dans le fait qu'en fait, je trouve, c'est une communication beaucoup plus frontale et saine. Puisque tu n'es pas empêtré de... Voilà comment on doit agir. Parce que je pense que moi aussi, j'ai plein de potes hétéros dont la sexualité qui ont des enfants. et dont la sexualité se modifie. T'es un peu tout seul avec ton bordel intime. Oui, oui. Mais bon, c'était une petite parenthèse. Une autre question pour toi ? Je me suis dit, je rebondis, je me suis dit, il n'y a pas longtemps, finalement, je me dis, limite, ce schéma, il est presque plus simple dans le sens où je me dis, mais j'aurais été en couple hétéro, enfin, où je vois des couples hétérosexuels et je me dis, l'autre personne, donc je suis un mec, mettons, je me projette avec une nana, je me dis, cette nana, Je lui donne et elle prend et elle a tous les rôles. Elle serait donc mon partenaire sexuel, la personne avec qui je vis au jour le jour, ma coloc. C'est la mère de mon enfant. Je trouve que c'est une personne qui doit endosser tous les rôles et qui... entre guillemets, doit combler un peu aussi tous mes besoins. Donc c'est elle qui va me donner un enfant, c'est elle qui va me donner du plaisir sexuel, c'est elle qui va me réconforter émotionnellement ou affectueusement. Je me dis que ça ne doit pas être évident. Alors que là, je lui ai dit un truc plus simple de « Marine, c'est ma pote et c'est aussi la mère de mon enfant. Et puis à côté de ça, on aura un mec, chacun, avec qui on aura une relation amoureuse, sexuelle et tout. » C'est peut-être plus simple, en fait, que de faire endosser. Je trouve que c'est une pression, en fait, dans un couple, entre guillemets, classique, pour endosser tous les rôles. À méditer. Est-ce que tu t'es projeté dans le pire scénario ? Et je te demande ça parce que j'ai fini de regarder la série américaine Queer as Folk. C'est une série pour moi révolutionnaire parce que c'est une des toutes premières dans les années 2000 à suivre principalement des hommes homosexuels blancs aux Etats-Unis et un couple de lesbiennes. Et dans le fil narratif, j'ai un peu divulgaché le truc, mais il y a un moment donné où en fait, elles s'engueulent, elles se séparent. Et justement, elles sont en situation de coparentalité. Tout explose. Et j'ai trouvé ça... Parce que du coup, la loi ne protège aucune des deux mamans. On est dans les années 2000. En plus, c'était encore plus problématique. Moi, cette question, elle vient de là. Le pire qui peut arriver, est-ce que toi, tu t'es projeté là-dedans et tu t'es sécurisé d'une manière ou d'une autre ? En fait, ça fait partie des choses dont on a un peu parlé avec ce fameux contrat et tous ces points qu'on voulait aborder. Alors déjà, c'est ce que je te disais tout à l'heure, là où c'est assez simple pour nous au niveau de la loi, c'est que... Il n'y a pas d'histoire de « je vais devoir me battre pour la garde » ou pour essayer de l'adopter parce qu'il était pour l'instant au lieu de la loi par mon enfant et tout. Donc là, déjà, on sera tous les deux ses parents. Donc du coup, déjà, il n'y a pas d'histoire de « il faut que j'arrive à prouver que je suis le parent, le père ». Je trouve que là déjà, ça enlève un truc qui peut être plus compliqué. Sauf si elle ment. Et je me demande, c'est la partie de l'entretien ultra glauque, mais tu vois, je me dis, un juge, ou je sais pas, qui doit trancher dans un cas de conflit, n'a pas ce narratif de faire famille autrement. Donc il a devant lui un homme qui dit « moi je suis homosexuel », une femme qui a un enfant et qui dit mais c'est mon enfant en fait il m'a donné du sperme mais en fait oui je vois mais c'est ce que je te disais tout à l'heure là là dessus on a de la chance parce que le pire scénario que je te dis n'est pas possible Non, parce que du coup, j'ai initié la démarche de reconnaissance anticipée. De toute façon, le jour de la naissance, je vais aller le déclarer. Donc vraiment, au lieu de la loi, ce sera mon enfant, ce sera son enfant. Donc déjà, là-dessus, il n'y aura pas de débat. Donc après, ce sera comme un couple hétérosexuel qui se divorce. Donc ce sera vraiment une décision de comment on fait pour la garde. Donc attends, ta question, c'était le pire scénario. Le pire scénario, je pense, c'est... En tout cas, un scénario pas terrible, c'est qu'il y en a un qui veut déménager à l'autre bout de la planète. Donc là, pas évident pour faire de la garde alternée. Donc ça, je pense que ce sera un peu compliqué parce que qui va avoir plus de garde que l'autre ? Ça dépendra aussi en fonction, j'imagine, de l'âge et des envies de l'enfant. Final, tous les couples ? qui font famille et qui se projettent ont ces mêmes pires scénarios. Parce qu'en fait, une fois que nos chemins se séparent, quelle que soit la nature de la famille qu'on crée... Comme je suis légalement et officiellement le père, j'aurai toujours autant de droits de parole qu'elle et de garde. Du coup, je pense que... Après, le reste, c'est de la vie de tous les jours et c'est ce qui peut arriver à tout le monde. Mais bon, en tout cas, j'imagine que le pire scénario, c'est il y en a un des deux qui déménage à l'autre bout du monde en s'engueulant. Et je ne sais pas, le nouveau mec de l'un ou de l'autre déteste l'autre. Et tu vois, je pense qu'il y a du mal à rejoindre cette intime qui est déjà créée. Et ça, on en parlera un peu plus tard. On passe à la conception ? Eh bien, vas-y !

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