Tomber amoureux de mon meilleur ami hétéro – Lorenzo 1/3

Partie 1 sur 3
« Je me souviens que quand finalement l’amitié est terminée, c’était un peu comme une séparation de couple. Et moi, j’ai pleuré » Lorenzo

Lorenzo grandit dans le Milan des années 80, catholique et sans aucune représentation gay : ses premiers désirs naissent pour des meilleurs amis hétéros qui le rejettent dès qu’il s’approche.

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Dans cet épisode du podcast :

  • Ado, il masse un meilleur ami à travers le jean jusqu'à ce que celui-ci l'insulte de sale pédé
  • Le seul film gay qu'il croise vers 20 ans lui apprend l'existence d'un parc de cruising à Milan
  • À 37 ans il fait son coming out par lettre, son père répond en condensant tous les clichés homophobes

On en parle dans cet épisode
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Lorenzo, bienvenue chez moi. Lorenzo, toi et moi, on s'est rencontrés pendant un rassemblement de fait radical en juin dernier. On a passé une grosse semaine dans une maison cachée dans une forêt, un lieu qu'on appelle sanctuaire parce que viennent s'y retrouver des personnes queer pour se connecter, s'aimer et se réparer. Ça s'appelle sanctuaire pour une très bonne raison. Pendant ce rassemblement, tu as été mon confident. Une encre de douceur et de finesse. J'en avais tellement besoin, j'y vivais plein de secousses et j'en dis d'ailleurs un peu plus sur toutes ces secousses. C'est trop bizarre là que je fasse la pub de mon épisode, mais je trouvais ça sympa de les connecter. Mais là, soudainement, en lisant mon intro, je me dis « Ah, c'est bizarre ». Mais j'ai en effet fait un épisode intitulé « Petit PD, l'être à mon moi, adolescent ». C'est publié le 27 juin 2024 sur ce podcast. Les gens peuvent aller l'écouter ou le sauvegarder dès maintenant. Bon, toi Lorenzo, tu as 52 ans et tu as fait une dizaine de rassemblements. Les faits font partie de ton chemin pour sortir des règles de ton éducation classe moyenne italienne. Ce sont tes mots. On t'a jamais parlé de sexe ou d'intime, mais l'invitation était claire. Boulot, métro, dodo, sans sodo, très hétéro. Je t'ai inspiré apparemment. Tu vas nous raconter 30 ans de chemin intime. Pour passer d'un sexe de consommation, cruising, baiser ou se faire baiser par des corps au hasard, à la puissance d'un sexe et d'un intime plein d'amour, sensuel, connecté, libre et ouvert. Et pluriel. Car tu explores en ce moment la possibilité du polyamour. Et un désir qui reste, celui de faire famille. Lorenzo, comment ça va ? On est stressé. On est très stressé. Tout le monde parle de 30 ans de vie. Ce n'est pas évident de raconter 30 ans de vie. Après, on ne va pas tout dire, évidemment. Oui, mais la description est très mignonne. Merci. Et oui, c'est vrai. C'est vrai les choses. Tout ça. Tout ça, c'est vrai. Moi, j'ai envie de te proposer qu'on le fasse de façon un peu chronologique. Est-ce que tu peux me ramener à ce Lorenzo qui grandit en Italie et qui grandit dans un milieu où il se découvre gay et ça ne correspond pas à cette éducation classe moyenne dont on parlait ? Alors moi je suis, on peut dire que pour simplifier, je suis né et grandi à Milan en Italie et du coup oui j'ai suggéré la définition classe moyenne italienne parce que c'est la famille d'où je viens, c'est vraiment classe moyenne et Et du coup, en gros, il y avait beaucoup de valeurs dans ma famille qui étaient très, très claires, déjà à un niveau culturel, en famille catholique. Même si c'est catholique ouverte, progressiste, c'est pas un truc intégriste. Mais quand même, les valeurs viennent un peu de là. Et en plus, moi je suis grandi en voyant dans ma famille et en dehors de ma famille, que des couples hétéros mariés avec des enfants. Je me souviens que pour moi, les premiers signes de transgression de ça, de la couple mariée, hétéronormée, etc., C'est quand j'ai entendu qu'un oncle avait divorcé. Et le divorce, c'était déjà un truc plutôt bizarre, hors normes. Et du coup, ça, ça peut donner, je pense, un peu une idée de comment il était vraiment très, très, comment dire, standard, très, très fixé. Et du coup, c'était que ça. Du coup, j'imaginais que ma vie allait être ça. J'allais me marier, avoir des enfants. Tu savais que tu étais gay ? Tu t'es senti gay ? Alors, en fait... Non, c'est-à-dire que le sentiment est arrivé plutôt vers l'adolescence. Moi j'ai parlé avec plein de gens qui m'ont dit « moi je savais que j'étais gay depuis quand j'avais 3 ans, 4 ans ». Non, pas moi. Et du coup pendant l'adolescence et quand j'ai commencé à tomber amoureux des amis. Du coup moi j'avais des amis... Alors, après l'adolescence, plutôt vers les 17 ans, 18 ans. Et vraiment là, ça a commencé à devenir évident. Parce qu'en gros, j'avais toujours un meilleur ami. avec qui j'étais tout le temps j'ai commencé à avoir ce type de dynamique dans ma vie j'avais un meilleur ami c'était une espèce de couple et du coup on parlait tout le temps au téléphone on se voyait tous les jours etc etc Et à un moment donné, je vois ces meilleurs amis dont je suis tombé amoureux. Du coup, petit à petit, j'ai commencé à sentir quelque chose. Et à sentir une attirance, même physique. Et du coup, j'ai commencé à réaliser que ça était là. Mais en même temps, évidemment, pour mon éducation et tout ça, j'ai cherché un peu d'être hétéro. Et du coup, de dire non, mais peut-être que ça, c'est pas un truc... important, ça va passer, peut-être que je ne vais pas rencontrer la femme de ma vie, tous ces types de légendes. Alors que non, évidemment, ce n'était pas le cas. Parce que dans le Milan des années 80, c'est ça ? 90. 90. Ton adolescence, c'est pas en 90 ? Non, ouais, ouais, ouais. Alors, les années 80... Ton adolescence, les années 80 ? Oui. Ce mille ans-là, donc dans ta famille, il n'y a que des couples hétéros et quand l'oncle divorce, c'est une transgression. Tu grandis dans un mille ans et tu vis un mille ans où il y a des couples gays, il y a une visibilité. Non, alors... Déjà, moi, je ne suis pas... Alors, de 4 à 15 ans, ça devient un peu plus compliqué. Mais de 4 à 15 ans, ma famille a bougé dans une ville moyenne, pas une petite ville, plus ou moins, dans le nord-est de l'Italie, pas loin de Venise. Et du coup, jusqu'à 15 ans, moi, j'étais dans la Provence italienne. Après, on est retourné à Milan. Du coup, dès 15 ans, là, c'est vraiment la... Oui, l'adolescence, finalement, je l'ai fait à Milan. Et à Milan, non, j'avais... J'avais rien autour de moi, franchement. Pas de film, pas de livre, pas de représentation ? Non, pas vraiment. Évidemment, avec le temps, j'ai commencé à remarquer plus de représentation. Moi, je suis très passionné du cinéma, j'allais au cinéma tout le temps. Et à bout d'un moment, on a commencé à voir des films. Je me souviens, My Own Private Hideout de Gus Vincent, c'était un film qui... Mais là, j'étais déjà un peu plus... C'était l'année 90 déjà. En tout cas, c'était rien. Tu te détestes ? Il y a de la détestation quand tu essaies d'être hétéro. Cet amour qui pointe pour ton meilleur ami, il se passe quoi dans ta tête ? Tu te dis quoi dans ta tête ? Alors, avec ce meilleur ami, en fait, non, je ne me déteste pas. Mais évidemment, j'ai peur. J'ai peur de le faire sortir. Parce que concrètement, avec lui par exemple, je te donne un exemple très concret. En fait, on fumait des pétas tout le temps. Du coup, on se voyait, on faisait ça à deux, etc. Et à un moment donné, il y avait un jeu qu'on faisait qui était un jeu assez... assez gay. C'est en gros qu'on se touchait la... Comment dire ? On se touchait la bite avec les pantalons et tout ça. On commençait à se masser réciproquement. Et le jeu, c'était qui faisait bonder l'autre Le plus tôt, c'était la personne qui gagnait. Et évidemment, pour moi, ça, c'était... Oui, c'était un jeu, c'était rigolo, etc. Mais c'était aussi quelque chose... C'était mon opportunité aussi de le toucher, etc. Mais attends, mais lui aussi... Oui, oui, et lui aussi. Mais aujourd'hui, t'es en contact avec lui ? Non, non, non, pas du tout. Tu sais s'il est devenu une personne queer ? Non, je pense pas. Bah, attends, le moment où... Enfin, moi, j'ai pas vraiment envie, avec ma meilleure amie, qu'elle me caresse sur le pantalon pour me faire bander. Oui, oui, je sais. Il y aura aucun moment donné, j'ai envie qu'on joue à ça. Si lui, il a envie de jouer à ça, tu tombes amoureux de quelqu'un qui semble disponible, quand même. Oui, mais non. Parce qu'en fait, après, on était, on est parti. Là, j'ai dit des épisodes que je me souviens qui sont un peu représentatifs, mais on est parti en vacances ensemble en Allemagne. Et du coup, on partageait la même chambre, on dormait ensemble dans des lits séparés, évidemment. Et le soir, moi, j'étais grave, comment dire, j'avais vraiment, j'étais chaud. Je disais, en fait, on dort dans la même chambre, etc. Moi, j'avais grand envie de dormir avec lui, de faire des choses, etc. Et du coup, ma seule façon d'arriver à ça, c'était de jouer à ces jeux et de commencer à les toucher. Et là, évidemment, il a perçu qu'elle avait plus que les jeux. Et il a commencé à me dire, mais arrête de faire les sales pédés. Du coup, c'était des trucs, il avait des réactions hyper violentes. C'était une réaction hyper violente et homophobe aussi. Et du coup, il avait une homophobie qui était encore plus développée que la mienne, une homophobie intériorisée, et pas que ça. Et du coup, c'était hyper clair. C'était hyper clair qu'il avait une limite qu'on ne pouvait pas dépasser. Et je me souviens que quand finalement l'amitié est terminée, en fait, c'était un peu comme une séparation de couple. Et c'était très soudain. Et moi, j'ai pleuré. J'ai pleuré pour... Du coup, pour moi, c'était évident. Moi, j'avais des réactions émotionnelles hyper fortes. Et c'était hyper évident qu'il y avait plus que ça. Et j'étais conscient que si il y avait l'opportunité de passer les limites de juste l'amitié hétéro, etc. Moi, j'étais à fond. Moi, ça me parle. J'ai vécu des choses similaires. Et j'ai vachement l'impression que... c'est quelque chose qu'on partage j'ai envie de faire une généralisation même si c'est pas bien les personnes queer découvrent le sentiment amoureux qui est immédiatement insulté enfin les on est nombreux à avoir eu des émotions jeunes pour des gens, personne n'était identifié queer ou pas et en fait de pouvoir un peu explorer jusqu'au moment où la personne en face t'insulte Tu te traites de sale pédé. En fait, cette violence-là, moi, je crois qu'encore aujourd'hui, j'essaye de la réparer, quoi. Ce moment où, en fait, ton petit cœur tout battant qui tripote une belle bite au travers d'un jean et qui se fait gifler par la personne que t'aimes, tu m'étonnes que t'as pleuré. C'est tellement dur ! Oui, oui. Alors que je venais déjà d'un milieu qui m'avait appris qu'être gay était un truc, comment dire, chelou, quoi. C'est quoi les mots que ta famille utilisait ? Alors, ma famille... En fait, assez particulière, peut-être pas autant que ça, mais ils n'ont jamais parlé de rien autour du sexe et des sentiments. Rien. C'était le vide absolu. Du coup, il n'y avait pas vraiment... Après, j'ai su ce que mes parents pensaient sur le sujet quand j'ai vu mon coming out. Mais ça, je l'ai fait très tard avec mes parents parce que c'était hyper difficile. J'avais, je pense, 37 ans. Ouais ? Et du coup, je leur ai écrit une lettre parce que je voulais les dire aux deux en même temps et j'avais quand même une bonne communication avec ma mère, mais avec mon père, c'était impossible parce qu'on n'avait pas de communication. Bon. Beaucoup de choses. Et du coup, j'ai leur écrit une lettre. J'habitais à Londres. Et du coup, j'ai profité de ma distance, j'ai écrit une lettre, je me suis autorisé à prendre les confort de la distance, tout ça. Et mon père... Bon, OK, ma mère m'a appelé, m'a dit... Ah oui, mais moi, je le savais déjà. Comme ça, de toute façon... Mais elle m'a un peu engolé parce qu'elle m'a dit... En fait, comment tu peux le dire à ton père ? Il ne va jamais comprendre, etc. Et mon père m'a écrit une lettre... que j'ai conservé, parce que pour moi c'est vraiment un répertoire, non je sais pas si on dit un répertoire, quelque chose d'historique, parce que c'est vraiment condensé de commentaires homophobes, mais c'est un truc vraiment que... C'est incroyable. Il a réussi à condenser tous les stéréotypes homophobes. En fait, mon père, il est catho, mais il est aussi quelqu'un de très détaché de la société, de la réalité. En dehors de la famille, il n'a pas d'amis, etc. Ça a été toujours comme ça. Il regarde beaucoup de télé. Et du coup, finalement, moi je pensais, en fait, son rapport avec la réalité, c'est vraiment, d'un côté, aller à l'église tous les dimanches, et du coup, les messages qui arrivent de la religion. Et d'un autre côté, la télé. Et du coup, la réalité réelle n'est pas vraiment là dans sa vie. C'est-à-dire qu'il y a vraiment très peu. Et du coup, malgré ça, il a un peu, comment dire... mise ensemble un peu les choses qu'il connaissait sur l'argument, et il m'a commencé à dire des choses, genre « Ah, tu aurais dû nous dire plus tôt, comme ça on aurait cherché de l'aide. » Il m'a dit genre « Si quelqu'un a des problèmes sexuels comme les tiennes, En fait, il ne faut pas en parler, il faut les garder pour toi-même, etc. Des trucs aberrants auxquels j'ai répondu avec toute la bienveillance que je pouvais avoir en disant qu'en fait, on peut, comment dire en français, « agree that we disagree ». On est d'accord qu'on n'est pas d'accord. On est d'accord qu'on n'est pas d'accord. Mais la seule chose que je vais te dire, juste deux choses. Une chose, c'est que tu me blesses quand tu dis ça. Il faut que tu le saches. Et l'autre chose, c'est que je peux dire que certainement, c'est moi, entre nous deux, la personne qui connaît l'argument mieux. Parce que toi, je pense que tu n'as jamais rencontré une personne gay dans ta vie. Alors que moi, pas seulement je suis gay, mais j'ai un copain. Et du coup, moi, je peux dire que je sais un petit peu plus que toi. Et après, c'était fini comme ça. C'est quoi votre lien aujourd'hui ? Oui, on se voit. On ne parle pas de ça, évidemment. Il a évolué, tu as l'impression, sur ce sujet ? Non. Parce qu'on n'a jamais vraiment... En fait, sa façon de pouvoir gérer tout ça, c'était un peu de... On n'en parle pas. Et oui, moi, j'aurais pu attaquer et dire, ah non, mais non, je vais parler. Mais finalement, je me suis adapté à ça. De toute façon, moi, j'habite à Paris. Avant, j'habitais à Londres. J'étais toujours ailleurs. Du coup, on se voit pendant des périodes limitées. Et évidemment, ça, c'est à niveau, comment dire ? À niveau personnel et d'estime personnelle, d'estime de moi-même, c'est quelque chose d'assez... Comment dire ? Assez difficile, parce qu'évidemment, des... pas pouvoir avoir la comment dire un regard un peu humain et d'amour malgré tout c'est très blessant pour un fils en général je pense n'importe quel rapport on a avec nos parents ils sont nos parents tu vois Et j'ai l'impression aussi du système familial. Parce que je trouve la violence qui a aujourd'hui encore de l'impact sur toi, elle vient de ton père et elle vient de ta mère qui, dans sa réaction, je trouve, je ne sais pas si elle a évolué, mais du coup prend partie pour ton père. C'est-à-dire le système en place... c'est ouf ce qu'elle réagit elle aurait pu dire comment je peux t'aider avec ton père on va en parler etc tu deviens aussi coupable et c'est ça que je trouve et que moi on m'a aussi dit dans ma famille c'est que quand t'es le seul queer En fait, je trouve ça terrible parce qu'on n'a vraiment que des choix de merde. Soit tu coupes les ponts. Et en fait, il y a quand même toute une part de toi, enfant, adolescent, qui est tellement violentée. Et puis, tu as un peu la famille d'hétéros. Ils disent, ah ouais, il a des problèmes. Il a coupé. Enfin, tu deviens... À aucun moment donné, tu vois, les gens se demandent, tiens, il a coupé les ponts, pourquoi ? J'ai jamais entendu une famille qui s'est dit, tiens, il y a des ponts qui sont en train de se couper. Est-ce que moi, je fais de la merde ? C'est toujours celui qui coupe les ponts qui est... Ou bien tu as le choix de sortir du silence face à un système familial. Et je parle de système parce qu'il y a vraiment des gens qui s'entre-soutiennent dans le silence et qui te regardent un peu te noyer en faisant « mais c'est quoi le sujet ? Non mais j'ai pas envie d'en parler ». Qu'est-ce que tu nous emmerdes un peu ? Je ne sais pas si tu ressens. Sortir du silence, ça veut dire rentrer dans les conflits. Et du coup, c'est prendre la responsabilité de dire là, je vais faire ma petite guerre en famille, etc. Alors que ce sont, je ne sais pas la tienne, mais... Mais la mienne, certainement, classe moyenne, etc., c'est vraiment un milieu dans lequel, en fait, la normalisation de tout est à la base... La paix, éviter de créer des problèmes. Du coup, la sécurité et tout ça. Du coup, arriver là et commencer à... Élargir, secouer, dépoussiérer. Ouais, dépoussiérer. Questionner. Ouais, questionner. Visibiliser. En fait, c'est ça. Toi, tu dis, l'éducation, ou en tout cas la culture du silence, c'est que du coup, il n'y a pas de conflit, il n'y a pas de remous. Oui, c'est ça. Il y a une forme de stabilité, de l'unicité, etc. Oui, oui. Au moment où tu poses des questions, seulement tu mets la lumière sur des craquelures, sur des reliefs, et ça déteste. Ouais. Oui, c'est ça. Et d'ailleurs, ça me fait penser à une autre chose sur laquelle j'ai pensé dernièrement. En fait, j'ai pensé que... Après tout ça, je suis parti. Du coup, j'ai quitté Milan. Quand j'ai fini mes études, j'ai quitté Milan. Je suis allé à Rome. Quatre ans. Après, je suis parti à Londres. Je suis resté 13 ans à Londres. Après, je suis débarqué à Paris. Du coup, j'ai... J'ai toujours vécu ailleurs depuis très longtemps, en fait. Pas 30 ans, mais presque. Et du coup, seulement dernièrement, j'ai commencé à penser, en fait, moi, je pourrais me définir un migrant LGBT, finalement. Parce que c'est vrai que moi, j'étais fasciné par vivre à l'étranger, l'aventure, etc. J'avais mes ambitions de travail, etc. Mais finalement, j'ai fait des choix qui ne sont pas forcément les plus faciles, parce que quand même, quitter ton pays, devoir vivre dans une autre langue, même quand je suis arrivé en Angleterre, j'ai parlé un peu d'anglais, mais mon niveau d'anglais était vraiment nul. Et après, évidemment, j'ai développé la langue et c'était bien. C'était plutôt bien. Mais quand je suis arrivé ici, je ne parlais pas français. Je dois l'apprendre, etc. Et encore aujourd'hui, habiter dans un lieu qui n'a pas ta culture, pas ta langue, etc. Ça demande un effort additionnel. Parce que tu n'as pas vraiment le choix d'être chez toi. Oui, je pourrais le choisir, mais finalement, je pourrais choisir de rentrer. Mais finalement, mon instant, mon désir, c'était toujours de rester ailleurs et penser en fait, l'idée de retourner à Milan, ça me fait un peu peur. Et certainement, c'est quelque chose qui est lié. Je ne dis pas que c'est juste ça, mais il y a un facteur qui est assez important, qui est vraiment l'effet de... de sortir, en fait, d'une boule culturelle dans laquelle je suis grandi, qui était une boule, comment dire, répressive et violente. Et du coup, je pense, ah ben, En fait, moi je pense que parfois j'entends les histoires des personnes qui sortent des situations beaucoup plus explicitement violentes, genre émigrés LGBT qui sortent des pays, qui échappent des pays dans lesquels il y a la pandémie, des trucs comme ça, qui évidemment est un truc hyper dramatique, etc., Mais finalement, la migration LGBT, ça peut être plus subtil que ça aussi. Et du coup, c'était une réflexion que j'avais faite. Moi, j'y crois à 100%. Et j'ai l'impression que... Il y a aussi un enjeu économique, c'est-à-dire, j'ai l'impression que les queers qui ont les moyens financiers s'échappent. En tout cas, j'ai souvent entendu, et moi j'ai vécu, moi je suis allé au Canada, et d'avoir cet océan entre mes racines, enfin je me suis réinventé au Canada. Bon après, j'ai surtout rencontré l'adolescence si cassée, traumatisée, j'ai galéré, c'était... J'avais mille blocages et donc c'était pas genre putain, c'était le paradis. Mais c'est une évidence que j'avais projetée dans l'Amérique du Nord. Une liberté, un accueil. Et puis en plus, je l'ai vécu parce que j'ai rencontré plein de gens québécois que j'ai trouvé délicieux. Donc en fait, ça correspondait aussi aux préjugés positifs que j'avais. Et c'est là-bas que j'ai découvert les cabarets de Draqueen. C'est là-bas où je me suis fait mes potes gays. C'est là-bas où je suis sorti dans des boîtes gays. Et c'est là-bas où... où je pouvais embrasser un garçon, quoi. Et toi, avec quel âge ? Je ne l'ai pas trop fait. J'ai totalement coincé à ce petit Guillaume-là. À ce petit Guillaume-là, putain. Et j'avais 24. Et tu es resté longtemps ? Deux ans, au Canada. Et puis, après, je me suis vraiment senti... Je me suis senti toujours très attiré par une remigration à Paris. Je me suis toujours senti attiré À l'endroit de Paris, avec ma famille parisienne, avec ma famille, et toujours, depuis très longtemps en fait, ce combat avec ma famille que je mène en ce moment, je le prépare depuis des années et des années. Et j'ai toujours eu en moi... Ce feu là, parce que je crois qu'au fond, je sais que je serai entendu. Je crois qu'au fond, c'est pas du tout genre ouais, je suis plus courageux. Je crois que moi, je sais que j'ai déjà gagné et que je peux déplier, ouvrir, me raconter, dénoncer l'homophobie, leur demander de devenir des alliés. simplement parce qu'en fait je sais que j'ai déjà gagné qu'ils m'ont déjà dit leur amour après j'ai juste moi du temps à faire et sauf qu'il y a plein de gens qui peuvent pas faire ça parce que ce combat là il est déjà perdu il est juste violent mais en fait ça ça m'a fait penser à une question que j'ai dans la tête parfois je me dis mais en fait retourner à Milan, et du coup être dans le même endroit que ma famille et créer, peut-être aller voir plus souvent, quoi. Et peut-être que parfois je me demande, mais est-ce que ça, ça pourrait me donner en fait l'espace de me visibiliser ? Plutôt que, tu vois, rentrer une semaine, deux semaines à Noël, je ne sais pas quoi, et me mettre la pression de dire « Ah, en fait, peut-être je peux dire quelque chose. » Tu vois ? Du coup, oui, ça, c'est certainement une question que j'ai dans la tête. Mais bon, après ma vie ici, c'est comme ça. Oui, je comprends vraiment. Tu m'as dit que le cruising avait été un peu comme une première porte d'entrée dans ta sexualité avec des hommes. C'est vers quel âge que tu as fait ton premier cruising ? Je ne suis pas capable de te dire un âge spécifique, mais c'est certainement autour de mes 20 ans, genre 19, 20, un truc comme ça. On a laissé le meilleur ami, on a pleuré le meilleur ami. Après, j'ai eu d'autres amitiés un peu pareilles, mais bon, c'était pas genre que j'étais amoureux, mais quand même, toujours j'ai pensé un peu, il y avait cette idée dans un coin de mon cerveau, il faut que je trouve une façon d'être physiquement avec un garçon. Et finalement, il y a eu un épisode que, bon, moi, je rigole, mais c'est une autre chose pas drôle, pas trop, qu'en gros, il y avait un autre meilleur ami plus tard qui, en fait, avec le temps, j'ai commencé un peu à pouvoir en parler. Et du coup, comment dire, au moins à sortir un peu la... L'idée de faire savoir à certaines personnes que j'avais des désirs, etc. Et du coup, j'avais ces meilleurs amis et à un moment donné, je lui ai dit, mais écoute, et c'était évidemment, je crois que c'était des discours hyper... Hyper difficile, je n'arrivais pas à trouver les mots. C'était un truc... C'était vraiment galère. Mais bon, j'arrive quand même à lui dire... En fait, moi, ça m'est arrivé plusieurs fois de vouloir aller un peu au-delà de l'amitié, etc. Avec le cœur qui doit battre. Oui. Les mains moites. Oui, exactement. Je me souviens. Il a répondu quoi ? Et lui, non, il était plutôt cool. Il m'a dit, ah oui, je comprends, etc. Je suis content que tu me l'as dit, etc. Et rien ne passe. Après, évidemment, on se voyait tout le temps. Et du coup, en soirée, on était chez lui et on était un peu bourrés. Et on regardait la télé, je ne sais pas, un truc comme ça. Et lui, il m'embrasse. Il m'embrasse et on commence à se rouler des pelles. Il commence à... à me toucher, moi je les touche, etc. Et du coup, on fait un peu comme ça et après ça arrête là. On ne va pas trop loin. Et après, comme les podcasts, c'est un podcast de sexe, je vais partager un détail un peu plus sexuel. Et avec lui, en fait, à un moment donné, je me souviens qu'on était en train de sortir pour aller voir des amis, boire une bière, etc. Et on arrive, on garde la voiture. C'était après le premier baiser ? Oui, oui, après. D'autres, on n'a pas reparlé ? Le premier baiser, on n'en parle pas. Oui, on n'a pas... Si, on en a parlé un peu, mais c'était un truc... Franchement, je ne me souviens pas exactement comment on l'a positionné. Quelle valeur on y a donné. Je dis que tu vas en soirée, excuse-moi. On va en soirée, on arrive avec la voiture, on garde la voiture, c'était la nuit, c'était Milan... Et on était en train de discuter en fait, je ne sais pas comment on est arrivé à ça, mais en gros on était en train de négocier que je les sousse. Et du coup moi j'étais hyper, comment dire, dans un côté j'avais peur parce que je ne l'avais jamais fait et dans l'autre côté j'avais grave envie d'essayer pour voir ce que ça donne etc. Et du coup, finalement, on arrive à dire OK, c'est parti, j'étais sous. Là, maintenant, dans la voiture ? Là, maintenant, dans la voiture. Avant la soirée ? Oui, avant la soirée. Et du coup, c'est génial, non ? Là, à ce moment-là, t'es… T'es stressé et content ? Je suis stressé et content de pouvoir expérimenter. La première bite. Oui, la première bite. Mais après, je les suce. Je ne prends pas énormément de plaisir, moi. Je ne sais pas lui, mais ça dure un petit peu. Après, c'est terminé. On part et on va boire un verre avec les amis. Et je me souviens... que quand je m'assois avec des amis dans ce pub à Milan, etc., en fait, je me sentais hyper mal, je me sentais hyper sale. Et j'ai pensé, je suis dégoûtant, qu'est-ce que je viens de faire, etc. Et là, vraiment, c'était mon homophobie intériorisée qui m'a frappé. Mais d'une façon... Et je me souviens de ça, alors que si je pense maintenant à quand j'ai souci mon homme-bite, c'est génial, quoi. Et j'ai pas de sentiment de culpabilité du tout, en fait. Et du coup, ça... Et après, avec lui, une autre chose assez, comment dire, pas très encourageante pour ma émancipation « gay », Et c'est que finalement, après je pars en voyage sans lui et quand je rentre à Milan, je vois que je l'appelle, etc. Je le sens un peu changer, etc. Et enfin, finalement, je le vois et il me fait un grand discours et me dit... En fait, j'ai compris que j'ai pas trop envie de sortir avec toi, de te voir, de te continuer à voir. En fait, le truc gay, c'était pour moi plutôt une façon d'expérimenter. Mais là, c'est fini. Et bon, bye. Et du coup, c'était... Une autre fois, on a... Comment dire ? Un retour assez violent sur... Que ça ne m'a pas aidé. Bon. Mais c'est marrant. Enfin, c'est absolument pas marrant, pardon. C'est intéressant parce que, justement, dans ta sexualité cruising, ou quand on préparait cet entretien, tu me parlais... de te sentir objet. Je trouve que tout ce que tu as raconté et les violences vécues, j'aurais envie de faire un lien et je trouve le lien assez aisé, que ton cœur va vers un lieu de cruising ou dans la pénombre que j'imagine. On est tous des objets et tu peux sucer sans être violenté ? Non, c'est-à-dire... Pour moi, les liens, c'est plutôt que finalement, j'étais tellement désespéré que je ne savais pas quoi faire pour rencontrer quelqu'un. J'avais ce désir Et je ne connaissais personne qui était gay. Mais personne dans mon cercle d'amis. Il n'y avait personne. C'était incroyable, je ne sais pas. C'était hyper hétéro, etc. Et j'avais mes expériences avec des amis intimes. Et c'était mal passé, évidemment. Et finalement, un jour, je découvre qu'il y avait un parc Un parc à Milan, dans lequel il y avait des... En fait, je ne savais même pas ce que c'était le cruising. Mais il y avait des rencontres, les mecs se rencontraient. Comment tu as su ça ? Parce que, alors, je l'ai vu dans un film déjà, mais c'était plutôt une représentation plutôt liée au travail du sexe, etc. Mais c'était quand même représenté un peu comme un lieu de rencontre, un peu comme ça, dans la nuit. Le film donne... Ah ouais, toi, tu t'es pas dit, c'est une fiction, tu t'es dit, mais peut-être que ce parc existe ? C'est génial. Oui, mais en plus, j'ai commencé à faire attention quand j'ai passé dans ces parcs pour voir. Et j'ai vu des silhouettes qui bougeaient. dans certains lieux, dans certains coins du parc. Du coup, je me suis dit, là, il y a quelque chose qui passe. Et finalement, je pense que je suis allé d'abord en après-midi. Parce que je me souviens que ce n'était pas nuit. C'était plutôt... Oui, il y avait encore... C'était encore jour. Et du coup, il y avait ces mecs-là qui étaient en train de... lieu de drague, ça veut dire, je sais pas, j'imagine que tu connais, mais après, je sais pas. J'ai jamais fait de faux. OK. J'ai fait une fois du cruising sur une plage en Espagne, à Siges. Mais je ne suis jamais allé à Paris, il y en a et tout. Jamais, non. J'ai besoin qu'on se regarde dans les yeux. J'ai besoin de sentir du désir, en fait. Quand je suis juste une bite ou un trou... J'arrive pas à me connecter à la sexualité. Je sais pas si c'est un désir refoulé. Et puis, en plus, je crois que j'ai peur. Et puis, en fait, j'aime bien le confort. Et donc, je sais pas, genre... Tu me suces et je m'appuie à un arbre ? Ok. Bah... Et en tout cas, si c'est moi qui te suce et tout, moi, mes genoux, ils ont mal, en fait, sur les petites brindilles. Bon, passons. Mais ouais, lieu de drague, faut que j'imagine quoi ? Une espèce... Il y a des bosquets dans ce parc de Milan ? Oui, il y a des bosquets, du coup il y a des chemins un peu cachés. Une après-midi, tu rentres et là tu vois un homme qui marche, tu le suis ? Je vois des hommes qui sont là, qui marchent lentement, doucement, qui s'arrêtent, qui se regardent, etc. Et franchement... Dans les lieux de drague, il y a des codes qui sont assez spécifiques et que si tu les fréquentes, tu les comprends. Mais quand je suis allé la première fois, je n'avais aucune idée et ça me semblait un truc hyper étrange. En fait, je ne comprenais pas ce qu'il fallait, ce qu'il faisait, ce qu'il faisait. Comment ça a marché ? Je n'ai rien fait en fait. Et en plus, la chose que tu viens de partager à propos d'être un trou, etc. Toi, les sexes sans connexion humaine, je les partage totalement. Moi, j'étais exactement la même chose. Quand je suis allé là, je ne me suis pas senti excité en fait. Et c'est juste que pour moi, c'était, je me mettais un peu, comment dire, je me poussais à aller jusqu'au bout parce qu'en fait, j'avais compris que je devais faire quelque chose pour découvrir et pour pouvoir rencontrer quelqu'un. Et du coup, pour moi, je ne voyais pas d'autre façon. Tu vois, c'était les années 90, il n'y avait pas, c'était le début d'Internet, il n'y avait pas d'essai de rencontre encore, même pas ça, non ? Et du coup, il y avait des barquets à Milan et je suis allé quelques fois dans un barquet, mais c'était un truc hyper nul, bizarre. C'était vraiment... Du coup, tous les lieux de rencontre que je connaissais, en plus, incluant les lieux de drague, c'était des trucs... Pas très joyeux quoi. Et du coup, tu as fait combien de temps du cruising ? Alors là, la première fois, je n'ai rien fait. Et après, petit à petit, j'avais une petite habitude qui est quand j'ai sorti en soirée avec mes amis. En gros, je me bourrais la gueule et à la fin de la soirée, bourré, du coup, l'alcool m'aidait à trouver le courage et j'allais là dans la nuit et je commençais à faire des choses. Et je me souviens que la première fois que j'ai fait quelque chose avec quelqu'un... Ah, je t'arrête. Ouais. Car c'est la fin de notre première partie et que je trouve que ça donne très envie d'écouter la suite. On commencerait sur ça, sur la première fois où t'as fait un truc ? C'est très abrupt. Rendez-vous dans la partie 2 de ton témoignage. Est-ce que tu veux une petite pause pipi ? Oui.

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