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Amir, je te lis ma petite intro. Amir, bienvenue chez moi. Avant de commencer, je dois prévenir nos auditeuristes que ton témoignage va parler de viol, d'inceste, mais aussi de réparation, de résilience et d'amour. Amir, tu as 43 ans, tu habites en Alsace et tu vis une double vie.
Au grand jour, une vie hétéro, en couple avec une femme et vos trois enfants, et dans le secret, une vie homo, cachée, à essayer de rencontrer des gars, faire du sexe, malgré plein de blocages et d'angoisse. Ton contexte ne te facilite pas vraiment les choses, tes racines marocaines, ta religion, l'islam, et ta fratrie de cinq frères hétéros.
Et puis ce traumatisme que tu vis enfant. Tu es victime d'inceste par ton grand frère de 13 à 15 ans. Il te viole plus de 30 fois. Alors tu te sens gay, oui, mais ta première expérience, c'est ce viol par un autre homme. Tout se mélange dans ta tête, ça casse. La question qui te hante, c'est comment je fais pour vivre ma sexualité aujourd'hui, malgré mon histoire ?
Tu m'as dit « Pour cacher la forêt, j'ai été alcoolique pendant 10 ans sans poser de mots, sans comprendre pourquoi. Ensuite, une fois sorti de l'alcool, je me suis jeté dans le travail et l'engagement associatif jusqu'à faire un burn-out. »
Mais voilà, tout change depuis deux mois, depuis que tu as brisé le silence familial en parlant à ton frère pour la première fois. Tu reconquers petit à petit ton intime. Il y a même une histoire qui se développerait avec un autre auditeur. J'ai hâte que tu me racontes tout ça.
Avec ton courage, Amir, alors que tu brises le silence, tu nous montres la direction. L'inceste, on doit vite en parler beaucoup plus, tellement ça nous touche toutes et tous. C'est un Français sur dix qui a été victime d'inceste.
Et toutes les 3 minutes, un enfant est victime d'inceste, de viol ou d'agression sexuelle. C'est des chiffres de 2023. Donc pour être très concret, dans la classe de ma nièce, de votre neveu, cousin, enfant, disons une classe de 30, c'est 3 enfants qui sont victimes d'inceste, de viol ou d'agression sexuelle.
Amir, merci d'être là. Merci. Je te propose qu'on commence au moment où tu t'apprêtes à tout dire pour la première fois à ton petit frère. Mais peut-être en fait avant de commencer par ça, ça va ? Oui, ça va. Tu te sens comment ? Emprunté, c'est-à-dire que j'ai un patient et à la fois, mais pas stressé du tout, donc c'est plutôt positif. Ok, cool. Et t'es venu spécialement à Paris ? Exactement, je suis venu d'Alsace ce matin.
Ça te va qu'on commence par là ? Oui, parfait. Tu te souviens le déclic ? Tu te souviens, tu vois, le moment où tu dis, bon allez, je le dis, parce que c'était il y a deux mois. Donc pendant 30 ans, tu te tais. Tu sais ce qui t'a fait dire ? Alors, j'ai toujours vu mon...
Le frère qui m'a violé, parce qu'il n'y a pas d'autres mots, il a toujours été là, il a toujours été présent et j'essaye de passer outre, d'effacer le... parce qu'il était là et que c'était mon frère et que je viens d'une famille où on ne peut pas...
On préfère mettre la poussière sous le tapis plutôt que de nettoyer. Il était là dans le sens où vous habitez ? Présent. Proche. Il est présent chez mes parents et donc à chaque fois que je vais chez mes parents, je le vois. Et puis il y a eu une énième dispute sur un sujet complètement... C'est nouveau ces comportements qui ont réjailli à la surface.
Et on s'est embrouillé. Et mon petit frère, donc celui à qui j'en ai parlé, m'a dit « Ouais, mais bon, ça serait quand même bien que ça va trop bien, ça va être beaucoup trop loin vos histoires ». Et puis là, je me suis dit « Attends, attends, attends, il y a peut-être un truc que t'as pas capté, mais voilà ».
Tu lui dis quoi ? On est où ? Et c'est quel jour ? Tu te dis, ok, je lui dis mardi prochain, tu lui proposes un café. Comment ça s'est passé ? Non, ça s'est vraiment passé, c'est sorti brut de pomme, comme ça, on était chez lui. Et puis il me dit, dans sa cave d'ailleurs, et il me dit, ça serait bien que vous vous réconciliez, avoir vos histoires à la con, moi j'en ai marre, il y a des histoires, à chaque fois j'entends autre chose et tout.
Et là, je lui dis, mais je crois qu'il y a une réalité que tu n'as pas encore compris. Et puis, il me dit, non, mais de quelle réalité tu parles ? Je lui dis, je pense que c'est une réalité que tu n'es pas prêt à entendre. Et là, il me dit, soit on dit trop, soit on ne dit pas assez, mais dis-moi.
Je lui dis, tu n'as pas compris que je ne suis pas pareil que toi, ni que vous tous, d'ailleurs. Et puis, il me dit, non, mais qu'est-ce que tu veux dire par là ? Va au bout de ta pensée. Et je lui dis, je préfère les garçons. Et là, il me dit, il y a un moment de silence. Et il me regarde et me dit, tu ne m'apprends rien, en fait. Je lui dis, OK, voilà. Et ce que tu ne sais pas, c'est que ce fameux frère à qui tu demandes de me...
Tu me demandes de enterrer l'âge de guerre, mais il ne faut pas oublier qu'il m'a quand même violé pendant mes 13 ans, mes 15 ans. Voilà. Et là, il a accusé le coup. Il ne savait pas quoi dire, parce qu'ils sont assez cul et chemise, les deux. Cul et chemise, très proches. Oui, très proches, les deux. Et donc, il n'a pas compris. Il m'a regardé en me disant, mais qu'est-ce que tu racontes ? J'ai dit oui, oui. Et rapidement, il a...
Il essaie d'effacer encore une fois l'ardoise et se dire « Bon, mais tu vas bien ? » Et je lui dis « Bah, je sais pas comment je vais. » Il me dit « Mais pourquoi ? » Et je lui dis « Bah, comment tu irais, toi, dans ma situation ? » Et il me dit « Bah, je sais pas, mais en tout cas, je l'ai toujours su que t'étais gay, c'était tellement évident. »
Mais voilà, je crois que tout le monde plus ou moins l'avait compris, à au moins de mes frères, donc à au moins une raison d'avoir compris. Mais voilà, il ne va pas se le dire, il ne va pas se l'avouer, c'est tout. Mais voilà, puis il m'a dit « je suis content pour toi ». J'ai dit « ouais, mais moi, je ne suis pas content avec cette situation, comment je fais pour vivre avec cette situation ? » Et puis il me dit « le plus simplement du monde, vis ce que tu as à vivre ».
Ok. D'ailleurs, au cœur de ton défi, moi, que j'entends, c'est qu'il y a un double coming out, en fait. Tu vois ce que je veux dire ? Parce que les deux sujets ne sont pas liés. Ah non, pas du tout. Mais du coup, pour parler d'un, tu parles de l'autre. Et je crois entendre que ce petit frère, sur le côté coming out gay...
Et plutôt accueillant ? Tu t'es senti comment par rapport à l'aspect gay ? Bien accueilli et bienveillant aussi.
Mais il me manque l'autre aspect. Et l'autre aspect, c'est quand même que ma seule découverte de la sexualité, c'était ce viol. Et que ça, on ne peut pas dire super, bravo, je suis content pour toi, tu l'as dit, c'est bien, affirme-toi. Et puis d'un autre côté, ignorer ce que j'ai vécu. Parce que sur l'aspect inceste, lui, il t'a tout de suite renvoyé une question, tu vas bien ?
Ouais, ouais. Mais moi, par rapport à moi, face à ma sexualité et non pas moi face à ce que j'ai vécu. Et donc... Ah oui, d'accord. Tu vas bien par rapport à être gay. Ouais. Donc sur l'aspect inceste, il a nié ? Il a complètement nié, oui. Et il a nié, il t'a dit quoi ? Il m'a dit, ouais, bon, ça c'est un premier à régler entre vous...
Moi, je pense que tous les frères le savent. Et puis, lui, a fortiori aussi, puisqu'il s'est passé ce qu'il s'est passé, mais sans mettre un mot dessus. Pourquoi lui aussi saurait ? Il est forcément au courant, puisqu'il m'a violé. Il est forcément au courant, puisqu'il s'est passé ce qu'il s'est passé. Mais il n'a même pas réussi à mettre un mot dessus. Et puis, il m'a dit, je ne sais pas quoi dire par rapport à ça. Il m'a juste dit, moi, vis ce que tu as vu, c'est tout ce que je peux te dire.
Ok. Dans l'idéal, ce que tu aurais eu envie qu'ils te disent, c'est quoi ? Ce qui t'est arrivé, c'est pas top. C'est bien que tu m'en aies parlé ou c'est bien que tu me l'aies dit aussi. Alors qu'il a dit que c'était bien que je lui en parle du fait que j'étais homosexuel, mais pas du fait que je me sois fait violer. Il y a un manque quelque part, mais après, je ne lui en veux pas.
Parce que je sais qu'il est très proche de lui et qu'accuser le coup, ça a quand même dû lui faire quelque chose. Je pense qu'intérieurement, ça doit travailler. Dans l'idéal, on dit je te crois. Première chose, au-delà de partager...
Il ne l'a pas dit ? Non. Est-ce qu'il a nié ta réalité ? Est-ce qu'il a dit « oui, tu dois te tromper » ? Est-ce qu'il a essayé de dégrader ton propos ? Non, absolument pas. Aucun moment. Non, absolument pas. Je pense qu'il le renie sur le moment, mais quelque part derrière, il n'est peut-être pas outillé simplement pour...
Pour assumer, pas pour assumer, pour accepter aussi. C'est pas quelque chose qu'on accepte facilement, surtout de quelqu'un dont on se dit proche. Tu disais cul et chemise, et c'est intéressant que Templin a cette expression particulière. Tu te demandes si ton grand frère ne l'a pas violée lui aussi ? Je me suis posé la question plusieurs fois, et j'ai pas la réponse. En tout cas, il me l'a pas donnée.
et je pensais pas à moi d'aller lui poser la question c'est peut-être aussi à lui de se remettre en question voilà parce que je pense que ça serait trop aller dans son intime et ça je pense bien sûr ouais ouais c'est bien sûr pourquoi maintenant ? il y a ce déclic d'une énième engueulade et de ce petit frère qui dit oh faudrait que vous vous mettiez ça derrière vous et là ça te donne l'élan mais c'est comme un déclic à ton avis pourquoi maintenant à 43 ans tu te dis non mais
Parce qu'il y a eu plusieurs crises avec ce frère qui m'a donc violé, plus ou moins graves. Et là, c'en est une énième. Et ça fait juste la troisième en 43 ans et c'est un peu trop. Et des crises, ça veut dire que vous vous engueulez très violemment ? Oui, on ne se parle plus pendant 3, 4, 5 ans. Et on s'ignore complètement. Sauf que là, c'est allé un peu plus loin puisqu'il dit que je suis mort pour lui. Donc...
Ok. Très violent. Le sujet de l'engueulade était lequel ? C'était un truc tout bête. Il a débarqué un jour où on fêtait un anniversaire chez mes parents. Et puis, on était tous dans le jardin, tout se passait bien, parfaitement bien. Il est venu bien plus tard, avec une tête... On voyait qu'il n'était pas dans son assiette.
Et il s'est assis, et on lui a proposé un bout de gâteau, parce que c'était un anniversaire, il l'a refusé. On lui a proposé une boisson, il l'a refusé aussi, méchamment. Et puis, ensuite, c'est parti, crescendo sur des petits détails débiles, genre pourquoi il y a une chaise qui traîne, pourquoi... Et c'est parti vraiment très très loin. Et jusqu'au moment où je lui ai dit, écoute, là c'est un anniversaire, tu débarques, t'es dans un état second, tu t'énerves, tu gâches le truc à tout le monde, t'as les gamins qui fêtent leur anniversaire qui se mettent à pleurer, enfin, qu'est-ce que t'as dans la tête, quoi ? Toi qui te dis tellement...
et c'est un éducateur spé toi qui es tellement fort en éducation qu'est-ce que tu crois qu'ils vont retenir ces gamins et là c'est allé crescendo c'est comme si sa haine qu'il avait en contre moi elle est sortie d'un coup et ça allait très très loin si c'est comme ça je rentre chez toi comment ? ça allait très loin c'est à dire dans les mots ? dans les mots et même il a levé la main
Et puis c'est deux autres de mes frères qui étaient là, qui ont dû le canaliser, qui lui ont dit maintenant stop. Il a parfaitement raison, tu viens, tu gâches tout, on comprend pas ce qui t'arrive. Si tu vas pas bien, reste chez toi. Si t'es dans un état second, reste chez toi, mais viens pas gâcher la vie aux autres. Et je suis jusqu'à lui dire que de toute façon, qu'il était toujours là pour gâcher les choses. T'es juste là pour pourrir la vie aux autres. Et la mienne en premier.
Donc là, on est encore à l'anniversaire. Comment ça se termine ?
Et donc ça, ça a encore dû le frustrer encore plus, parce qu'il est carrément intolérant à la frustration. Et le soir, j'y réfléchis, je me suis dit, bon, c'est quand même mon frère aîné d'un an. Bon, c'est débile que ça parte comme ça. Quoi qu'il arrive, même si un jour il se passe quelque chose de grave, ça restera quand même ton frère, que tu le veuilles ou non, sur le papier. Et donc, dis-lui que bon, bah...
que ses mots sont allés trop loin, que ses gestes sont allés trop loin, mais que bon, on est face à un vase, et je lui ai envoyé ce message, et là il a répondu, mais je crois que t'as pas compris, pour moi t'es mort. J'ai pleuré toute la nuit parce que j'avais perdu un frère. Je lui ai dit, ah bon, mais perdu comment ? Il m'a dit mort. Et le fait de lire mort, M-O-R-T, oh là là.
Alors je me suis dit, j'ai fait le premier pas, il l'a refusé, c'est terminé. Et dans ma tête, c'est fini. Et donc, quand on m'a ressorti, il faudrait peut-être que... Là, ça a fait électrochoc. Je n'ai pas pu retenir.
Tu disais, quoi qu'il arrive, il reste mon frère sur le papier. Moi, j'imaginais un papier légal, tu sais, le livret de famille. Oui, entre autres, oui. Il est tous inscrit. Oui. Mais...
Mais non, en fait. Pourquoi tu... Enfin, moi, après, je me dis, oui, c'est vrai que sur le livret de famille, on ne va pas pouvoir déchirer le livret de famille. Oui, voilà. Mais en fait, le livret de famille, moi, je crois que je ne l'ai jamais regardé en 30 ans. Et qu'en fait, je peux choisir d'avoir un lien...
Avec des gens de ma fratrie ou pas, de ma famille ou pas. Pourquoi toi tu choisis, pourquoi tu as choisi tout ce temps d'avoir un lien avec lui, de te battre pour avoir un lien avec lui ?
Alors qu'il t'a fait tout ça ? Alors, parce que dans ma culture, peut-être aussi, ça vient aussi de notre culture, peut-être, je ne sais pas, mais d'un point de vue général, je suis assez loin de cette culture dans laquelle j'ai grandi. Maintenant, j'essaie de... Tu peux la nommer ? Une culture plutôt musulmane, même si pas très pratiquante, mais quand même très musulmane, avec des principes et des piliers...
Pas les pili-lisins, mais les pili-musulmans de la culture. Et tu peux les citer ? Où la fraternité, c'est irrévocable. C'est comme ça, c'est tout le temps.
Et que même si tu peux avoir le pire des diables face à toi, il faut l'accepter parce que c'est ta chair. Et que personne n'a dit que ta chair, ça ne devait être donné que du positif. Il y a aussi du négatif et il faut l'accepter. Donc toi, tu grandis dans cette culture plutôt musulmane. C'est quoi le plutôt ? Pourquoi plutôt ?
Ben, du fait qu'on n'était pas pratiquants du tout, que mes parents nous ont... On ne va pas à la mosquée. Ouais, on ne nous a pas poussés à être pratiquants du tout. Vous ne faites pas des prières ? Non, non, Ramadan, mais c'est tout. Mais voilà, c'est tout ce qui reste de la culture musulmane chez moi. Mais autrement, on nous a quand même... Les fondements, on vit, mais pas le fond même, non. Ok. Et est-ce que tu veux la spécifier un peu plus ? Parce que culture musulmane, c'est ultra large. Il y a
Alors, ouais, comment dire... Toi, t'es franco-marocain ? Ouais, moi, je suis franco-marocain. Alors, moi, je suis né en France. Il y a trois de mes frangins qui sont nés au Maroc et puis trois qui sont nés en France. Et à chaque fois, un caractère de ceux qui sont nés au Maroc correspond à un caractère de ceux qui sont nés en France. C'est assez drôle, d'ailleurs. Sur les trois, trois, en fait. J'ai pas compris, un caractère ? J'ai trois frères qui sont nés au Maroc, bien avant. Et puis, c'est les trois frères aînés.
Et nous, les trois derniers, on est nés en France. Et un caractère de ceux qui sont nés au Maroc correspond à un caractère de ceux qui sont nés en France. Ça veut dire quoi caractère ? La personnalité, la façon de faire, la façon de penser, la façon d'agir. Il y a des gens miroirs. Oui, voilà. Vous êtes en miroir.
Et donc tes deux parents sont marocains ? Exactement. J'ai pas de sœurs. Ce qui fait que je pense qu'il fallait qu'il y ait un caractère un peu plus sensible ou un peu plus féminin et c'est tombé sur moi.
Et du coup, tu as un grand frère qui est aussi sensible ? Oui, plus ou moins. Avec qui tu es proche ? Oui, très proche. Mais ce n'est pas à lui que tu as dit ? Non, ce n'est pas à lui. Je l'ai dit à mon dernier petit frère. Pourquoi ?
Est-ce que c'est une façon peut-être intuitive ? Je ne sais pas si c'est inconsciemment une façon de le protéger aussi. Je suis aussi très proche de lui parce qu'il vit des choses qui sont peut-être plus semblables à ce que moi je vis à mon âge. Il a 41 ans, j'en ai 43.
Avec le recul, je me dis que c'était peut-être pour le protéger. Tu m'as dit en préparant cet entretien que tu étais le mouton noir de la famille. Ça veut dire quoi pour toi ? Justement, ma mère a toujours considéré que j'étais la fille qu'elle n'a jamais eue. Qu'elle aurait voulu avoir ? Elle l'a verbalisée, elle aurait voulu être fille. Non, elle ne l'a jamais verbalisée et d'ailleurs elle ne l'assume pas.
mais ça je lui ai dit le jour où j'ai coupé le cordon avec elle où j'ai tout balancé d'un coup pour qu'elle comprenne parce qu'il fallait à un moment donné qu'elle comprenne tu lui as balancé que j'étais la fille qu'elle n'avait jamais eu elle m'a dit mais non pas du tout je vois pas de quoi tu parles en revanche aujourd'hui sur le coming out gay il y a seul ton petit frère qui est au courant et sur l'inceste aussi exactement ouais
Alors du coup, le mouton noir, pourquoi ? Parce qu'une famille très hétéronormée, mais hyper hétéronormée, c'est-à-dire que c'est que des gars, donc on fait des trucs de gars. Donc on regarde du foot, s'il y a du foot à la télé, c'est tout le monde devant la télé. Et moi, ben non, j'ai pas envie de foot, j'aime pas ça, donc laissez-moi tranquille avec votre foot. Et puis, je suis toujours à part.
Quand il y avait match de foot que tout le monde hurlait devant la télé à cause d'un but, ma chérie m'a dit « mais vous êtes con quoi, c'est un jeu ». Désolé pour les fans de foot. Et puis moi j'ai toujours été de côté à lire mon livre ou à faire autre chose ou à aimer des musiques un peu plus fleur bleue. Genre laquelle ? Alors à l'époque j'étais marié à carré à fond, mais plus maintenant.
Non, on assume, on assume. Voilà. Les différents chapitres. La chanson de Mara Carré, pour toi, c'est ? Je crois que c'était Glitter, il me semble, un truc comme ça. Ouais. N'en dis pas plus. Voilà. Enfin, si tu peux. Ah, non, non. Mais je vois tout à fait. Voilà. Donc, j'étais un peu... Ouais, en fait, dans tes goûts musicaux et aussi, tu parles de sensibilité. Elle s'exprimait comment, cette sensibilité ? Elle a beaucoup parlé.
alors beaucoup parler de ce qu'on ressent aussi et et ben non il faut pas parler de ce qu'on ressent on le garde pour soi on est des hommes il faut pas on te l'a dit ça oui oui on me l'a dit plusieurs fois un peu manieré aussi
Enfin, manieré, il faut vraiment bien chercher, mais apparemment, j'étais manieré. Et ensuite, pareil, c'est la proximité avec la mère aussi, avec ma mère. C'est pour ça que tu penses que ton petit frère, quand tu fais ton coming-out, te dit « je le savais ». Oui, mais il me dit qu'on avait tous au moins deux raisons de le savoir, tous. Et ceux qui disent non, c'est qu'ils mentent. T'as-t-il dit ? Oui. C'est quoi les deux raisons ?
Bah je pense justement du fait que... Il t'a pas dit précisément. Il m'a pas précisé. Mais il a cité deux raisons. Ouais, il a dit au moins, on a tous au moins deux raisons. Chacun a au moins deux raisons. C'est bizarre d'être aussi spécifique. Ouais, ouais. Alors peut-être la sensibilité aussi, le fait de parler beaucoup, le fait d'être comme je suis tout simplement ?
Ou est-ce que, en fait, est-ce que c'est possible que les viols soient connus par d'autres personnes ? Non, non, non. Et du coup, il y a des amalgames ? Non, non, à ma connaissance, non. À ta connaissance ? Non, non. Absolument pas, sinon ça aurait fait, je pense, un sacré remue-ménage. Tu penses ? Oui, oui. Ça aurait vraiment éclaté quelque part, oui.
Alors, pourquoi aussi j'étais le mouton noir ? Parce que très doué à l'école, il n'avait jamais rien à dire, alors qu'eux se faisaient toujours des remarques un peu en bavardage et que c'était à des mauvaises notes. Moi, à chaque fois qu'on recevait les bulletins, c'était le jugement au tribunal par mon père. Donc, il les convoquait l'un après l'autre. Et puis après, il y a des claques qui partaient dans le décor.
C'était claque ? Oui, c'était très rude. Très rude à la maison. Avec un père qui est décédé aujourd'hui, mais qui est alcoolique aussi. Qui dit quoi aujourd'hui ? Qui est décédé aujourd'hui, mais qui est alcoolique. Il est décédé il y a trois ans. Et voilà, donc moi, je n'avais jamais rien à dire. Ensuite, quand est venu le moment de... Mais tu étais célébré pour tes bons résultats ? Alors, on me disait que c'était bien, mais pas célébré. Et en fait, j'étais systématiquement comparé à mon violeur. Systématiquement.
puisque c'était mon aîné d'un an qui avait raté une année, donc on était au même niveau systématiquement pour tout. Alors lui, évidemment, il faisait énormément de sport, il barraquait et tout, moi pas du tout. Lui était séducteur, bon parleur, moi pas du tout. Donc très souvent, j'étais dans ma petite case. Et puis, un incident aussi dont je me rappelle,
On jouait et puis je sais plus à quoi on jouait, j'avais toujours des copines partout à droite à gauche, beaucoup de filles dans mon entourage, ça me plaisait pas. Ça me plaisait pas parce que trop de filles ça veut dire que forcément il y a quelque chose qui est louche. Et un beau jour je sais plus pourquoi on courait, on jouait, je sais pas trop quoi, on jouait et puis en fait ça a été interprété comme « elles m'ont frappé » ou voilà.
Donc j'ai été enfermé dans le garage, on m'a engueulé, on m'a frappé. Enfin bon bref, il ne faut pas jouer avec des filles, etc. Il faut que tu sois plus rude. On t'a enfermé dans le garage parce qu'on a pensé que c'était les filles qui te frappaient. Donc c'était mauvais signe de faiblesse. Pas de masculinité, de trop femmelette en fait. Ok.
Ensuite, je ne sortais pas très souvent, très rarement. J'avais un ami, un garçon, qui était dans ma classe d'ailleurs, avec qui j'étais tout le temps fourré ensemble. Les rares fois où je sortais, dans mon quartier ou quoi,
Et ça a été interprété comme c'est mon copain, on nous a vu nous embrasser, etc. Alors qu'il n'y a jamais rien eu entre nous. Ça, cette interprétation et ces « on dit », qui te les répète ? C'est mes frangins qui me le répètent. Les cinq ? Ouais, on t'a vu. Non, pas les cinq.
Il y en a deux, trois d'entre eux, mais pas tous. Oui, donc il y avait quand même une fixation. Sur le fait que tu es faible, que tu traînes qu'avec ce gars-là, qui est bizarre aussi, qui n'est pas non plus extérieur, enfin, qui ne s'extériorise pas assez, qui n'est pas assez homme ou assez homme comme on le souhaiterait. Forcément, ça veut dire que tu es gay.
Est-ce que tu peux prendre un instant pour te poser là dans ta tête et te demander les détails qui sont importants pour toi de raconter sur les viols ? C'est-à-dire, on n'a pas besoin d'en dire plus. Il n'y a pas besoin. C'est à toi de choisir si tu veux dire ce qui s'est passé ou pas. Je pense que c'est encore un peu douloureux de remonter, de m'imaginer...
En tout cas, je vais quand même essayer, mais de sa part, un sentiment de toute puissance. Ça arrivait à des moments précis, parce que c'était une trentaine de fois ? C'était à toujours le même moment ? Non, ça arrivait plus souvent en fin de semaine qu'en semaine, mais...
Chez vous ou ailleurs ? A la maison, oui. Un sentiment de toute puissance, un manifeste de vouloir écraser l'autre. C'est-à-dire que je te viole et puis après je t'ignore complètement toute la journée. C'est-à-dire qu'une fois qu'il avait violé, c'était des moments particuliers où il ne t'adressait plus la parole, c'est ça ? Oui, voilà. Par rapport à d'autres jours où il t'adressait plus la parole. Exactement.
Et après, le sentiment de distance, il mettait une énorme distance entre lui et moi. Et moi, je me demandais pourquoi ?
Pourquoi cette distance ? Alors, avec le recul, je me demande si c'est parce que je voulais plus de proximité, du coup, ou c'est parce que... Alors qu'au contraire, on préfère être loin de la personne qui nous a... Enfin, j'aurais préféré peut-être être loin de la personne qui m'a violé, mais là, dans le cas présent, non. Pourquoi ? Je ne sais pas. Tu te rappelles comment ça a commencé ? Ouais. Alors, à l'époque, on prenait le bain tous les deux.
et dans la même baignoire en fait pour des soucis d'économie d'eau c'est débile je sais mais à l'époque on comptait nos sous et puis c'est là que ça a commencé et il m'a dit je vais te proposer un truc tu verras ça sera bien et ça a commencé comme ça et après je me suis dit ce serait qu'il allait s'arrêter là il est pas allé au bout en fait de son viol ce coup-ci mais après il est revenu
Aller au bout, ça veut dire quoi ? Il a fait des attouchements, mais sans plus. Il est resté en surface. Et c'est après que ça s'est dégénéré. Et je crois même, le jour même, le soir même, la première fois. Et après, ça s'est répété à 30 reprises, jusqu'au jour où, du jour au lendemain, il n'est plus revenu. Ça s'est arrêté d'un coup ? Ouais. Et toi, du coup, il se passait quoi dans ta tête quand il revenait ?
c'était alors au début toujours une gêne
Il venait dans ta chambre ou vous partagiez une chambre ? Oui, alors ils ont partagé une chambre, oui. Tous les deux, c'est-à-dire les cinq frères ? Non, on n'était que tous les deux. On n'était que tous les deux, oui. Et les premières fois, il y a eu une gêne quand il revenait. Et les fois d'après, il y avait presque... Je ne sais pas comment expliquer ça, c'est quand même très bizarre de le dire comme ça, mais... Presque ouf, enfin...
Comme si c'était quelque chose que j'attendais, alors que pas du tout. Mais c'est le sentiment que j'avais. Oui, bien sûr. Et si tu devais mettre des mots sans juger ? Parce que comme ça t'étonne ou que ça déstabilise, si tu ne juges pas et que tu mets des mots sur ce ouf, enfin, il y a quoi derrière ?
Je pense que c'était rentré dans la norme, que je me disais que la sexualité c'est ça, alors que pas du tout, puisqu'il n'y avait pas d'affect, il y a tout un pendant que je cherche maintenant que je n'avais pas avant.
Donc forcément c'est que... et d'ailleurs non, c'est pas la normalité. Tu peux m'expliquer ce que tu viens de dire ? Il y a un pendant que tu avais... de quel pendant tu parles ?
Non, je veux dire que là, le fait qu'aujourd'hui, les relations qui sont purement physiques, juste physiques, et merci, au revoir, ce n'est pas des choses qui m'intéressent. C'est quelque chose que je veux, je souhaite absolument. Le côté physique, d'accord, mais aussi le côté un peu qui est de la sensation, qui est de l'émotion, qui est de la caresse, qui est des embrouilles, des baisers. C'est quelque chose que je veux absolument, alors qu'à l'époque, pas du tout.
Parce que lui, il avait des mots violents ? Non, pas des mots, des gestes violents, mais pas des mots violents. Il avait le visage éteint, pas de propos ? Pas d'émotion, pas de propos. Quand tu dis qu'il avait des gestes violents, c'est qu'il te frappait ? Non, mais il était brusque dans ses gestes. C'était tout de suite quand lui voulait et j'avais rien à dire.
Et tu te souviens si toi ou lui, vous avez mis des mots sur ses viols ? Non. Pendant les deux ans, donc ça a duré de 13 à 15 ans. Tu avais 13 à 15 ans, donc lui avait 14 à 16. Non, il n'a pas posé de mots, il n'a jamais posé de mots. Et je pense que même si aujourd'hui je lui en parlerais, il dirait que ça n'a jamais existé. Parce que...
on est sur deux mondes séparés sa façon de voir les choses et moi la mienne sa façon de vivre aussi sauf que lui s'est reconstruit beaucoup plus vite que moi
Est-ce qu'il y a des éléments dont tu aimerais parler sur ces viols ? Non, sinon que c'est quelque chose que je ne veux plus vivre, en fait. Et... Ouais, comme dit, je suis quand même...
Assez affolé d'avoir pu, peut-être pas normaliser, mais banaliser. Dire que c'est la normalité, puisque ça se répète, c'est que c'est normal. Et le problème, c'est que c'était ma première approche de la sexualité, j'en avais jamais eu avant. Et donc, ça laissait de traces, oui.
parce qu'il y a une petite voix en toi qui te dit que t'aurais pu faire différemment ouais j'aurais peut-être dû je sais pas au moins signifier que j'aimais pas ça ou au moins dire quelque chose mais j'ai rien fait donc si quelque part dans ma petite voix elle me dit bah si t'as rien fait c'est que t'aimais ça enfin c'est assez rude à dire comme ça mais oui et tu lui réponds quoi cette petite voix bah que c'est pas aussi simple que ça pas aussi simple que ça
Alors mon grand moi répondrait, mon moi d'aujourd'hui dirait à mon petit moi, c'est pas aussi simple que ça. Il y a un sentiment d'emprise, il y a une énorme emprise en fait. Et que la première chose qu'un violeur dit c'est que tout se passera bien, que c'est normal, que c'est bien et que tu verras, ça sera bien. Alors que non, c'est pas normal et que tout se passe pas bien. Ou que même si ça donne l'impression de se passer bien sur le moment, ça va laisser des lourdes traces. Hum.
Tu m'as dit pendant qu'on préparait cet entretien que tu avais éprouvé du plaisir. Tu vois que le fait qu'il puisse avoir une once de plaisir, un ressenti de plaisir, t'a apporté beaucoup de culpabilité. Tu veux qu'on en parle ? Le fait de me sentir peut-être, pas rabaissé, mais mis de côté, rabaissé ou toujours comparé aux autres,
et finalement qu'on mettait toujours en comparaison par rapport à lui même s'il était nul en cours mais il était bien, il était beau, il était machin, il était charmant et du coup le fait d'avoir un intérêt simplement c'était plaisant quelqu'un qui s'intéressait à moi sauf que c'est mon frère quoi
Et que ça, avec le recul... Et je pense encore une fois que c'est l'emprise. Qu'il avait d'une manière ou d'une autre une emprise sur tout le monde. Sur moi, sur mes parents, sur tout le monde. Il vient peut-être de là, ton ouf, enfin. C'est que même si, alors que c'est d'une violence destructrice, nos cerveaux cherchent à être aimés, à être vus.
à part parfois tous les moyens. Donc voilà, ça, ça t'est imposé. Alors, il y a une part de ton cerveau qui dit, j'existe un peu. Tu vois ce que je veux dire ? Oui, d'une manière ou d'une autre, même si c'est brutal, mais au moins, j'existe. Et puis, tu es un enfant. Donc, en fait, tout se mélange dans ta tête. Et puis, tu... Ouais, ouais. Et... C'est que... Quand on prend du recul après, quand je me dis...
C'est dingue ce que ça fait l'air en emprise quand même. Donc toi tu ne comprends pas pourquoi du jour au lendemain il ne vient plus ? Vous êtes toujours dans la même chambre ? Ouais on est toujours dans la même chambre mais il vient plus.
et puis bon après j'ai appris qu'il avait une copine à l'époque d'ailleurs aujourd'hui sa femme et donc peut-être c'est ça qui a fait qu'il était contenté quelque part et que donc il n'avait plus besoin de moi du coup vos relations ont évolué ? ouais tout de suite en ignorance complète complète totale
Je pense à ces mots-là qu'il t'a dit récemment en disant « t'es mort pour moi », j'aurais l'intuition qu'il a besoin que tu sois mort parce qu'il sait très bien ce qu'il a fait, tu sais ce que je veux dire ? Et que ignorer, rabaisser, supprimer, c'est qu'il a besoin de ça pour survivre à sa culpabilité ?
Il a une très haute estime de lui et il est persuadé qu'il arrivera partout, même dans le pire des scénarios, il arrivera toujours à s'en sortir. Et donc il fait fi de la loi, il fait fi de tout. Dans ses agissements en général ?
Donc oui, je pense que c'est une personne qui a une haute estime de soi et qui ne supporte pas la contrariété. Il est éducateur spécialisé aujourd'hui auprès d'enfants ? Oui, en difficulté, oui.
Il a passé un concours et puis il a eu... Donc du coup, des fois, ça me dit, est-ce que c'est possible ? Après, bon... Est-ce que c'est possible qu'il viole d'autres enfants ? Oui, après, bon, les profs violent des enfants. On a vu des prêtres aussi violer des enfants. Donc je pense que tout le monde peut avoir des travers de personnalité, quoi. Ça te donne envie de le dénoncer ?
non pas pour ça j'allais dire non c'est à lui de de trouver une paix avec ce qu'il a fait et j'attends même pas qu'il s'excuse parce que tellement d'années après ça me ferait ni chaud ni froid mais je pense que la prise de conscience quand il l'apprendra ça va être douloureux aussi
Toi, là où tu en es de ton chemin, tu aurais envie de quoi ? Pour que l'inceste soit dit et dénoncé. Donc aujourd'hui, tu as fait le premier pas d'un courage exceptionnel. Mais à ta place, c'est incroyable d'y être arrivé, non ? Il y a une part de toi qui est fière. Oui, quelque chose qui est sorti quand même.
donc t'as amorcé je pourrais penser que le premier pas est le plus dur j'imagine que les suivants le sont aussi c'est quoi les suivants ? c'est quoi les pas d'après ? là j'ai d'autres frères qui reviennent vers moi qui me disent ouais mais faudrait quand même faudrait quand même que que tu lui parles va le voir va lui rendre visite je dis mais enfin non j'esquive pour l'instant mais je sais que si on croise au mauvais moment au mauvais moment où je suis pas luné ça va sortir
Et quelque part, ils vont avoir mal quand même. Ça va quand même exploser. Mais je leur dirais, mais vous étiez où pendant 43 ans ? Vous étiez où pendant 43 ans ? Voilà, ça risque de sortir. Si jamais il y a la possibilité de faire une procédure en justice, tu aimerais ? Non, non, non.
Non, parce que je pense que... Mais je sais pas, je... Malgré tout ça, je me dis... Bah, essayons de croire en l'humain. Et que l'humain, il est faillible. Il y a personne qui est infaillible. Et que... Je cherche pas à atténuer son geste ou expliquer, mais pour autant, je lui veux pas de mal, en fait. Je lui veux pas de mal du tout. T'as l'impression que la justice, c'est faire du mal à l'autre, c'est pas réparer ?
En fait, le fait de le punir parce qu'il a fait des gestes, ça ne va pas me rassurer, ça ne va pas me rendre ma virginité, ça ne va pas faire de moi un autre homme. Pas du tout. Ce qui m'apporte aujourd'hui, c'est qu'ils comprennent la portée de ses actes et qu'ils comprennent qu'il a flingué ma vie, quoi.
Donc il y a une part de toi qui aimerait lui parler ? Oui, il y a une part de moi, oui. Et il y a une autre part qui me dit, ben non, il va certainement encore moins bien que moi. Donc voilà, je laisse faire les choses, tout simplement. Tu me saisis d'avoir la capacité d'empathie ?
Ou est-ce que c'est encore l'emprise qui parle ? Non, c'est vraiment par empathie que je le fais. Ce n'est pas de la pitié, mais j'ai beaucoup de peine pour lui. Oui, mais tu parlais que selon toi, ton chemin de réparation passe par le dire à tes frères, à lui. Et donc, ne pas le dire, c'est de te faire du mal à toi. Je suis prêt à vivre avec cette douleur-là parce que je suis persuadé qu'elle est moindre que la sienne.
qu'il ne doit pas aller bien dans sa tête. Vraiment. Et que le dire va forcément pas l'aider. Oui, ça va pas l'aider. Parce qu'il est complètement réfractaire au compromis, il est réfractaire à la remise en question, il est réfractaire à tout. Quelqu'un qui se croit tout-puissant, qui se croit beau et qui se croit séduisant et beau-parleur, si on vient lui dire « En fait, ton discours, c'est de la merde »,
Il ne va pas l'accepter. Jamais de la vie il ne l'acceptera. Il faut trouver un autre moyen de lui faire comprendre, mais ce ne sera pas ça qui va le faire comprendre. Et je pense qu'à un moment donné, il va le comprendre lui-même. Dans ton chemin de réparation, il y a le podcast, il y a ta présence ici. La petite confidence, je ne crois pas que je te l'ai dit aussi, et c'est directement que ça ?
mais j'ai pas mal hésité à refuser d'enregistrer. Je t'en ai parlé ou pas ? Non. Parce que j'avais des préjugés et dans ma tête je me disais, sur ce chemin de reconquête, Amir n'en a parlé à personne, ou en tout cas juste à son petit frère, c'était pile au moment de notre préparation.
Ben non, l'étape d'après, ce n'est pas d'en faire un podcast public. Je me suis inquiété pour toi. Je me disais, ce n'est pas soigneux. Et en fait, je t'ai mis dans mon petit chemin de sélection. C'est-à-dire, souvent, le temps fait son affaire. Souvent, de laisser du temps, les gens pour qui ce n'est pas le bon moment de témoigner...
il passe à autre chose donc j'ai laissé passer du temps je t'ai reposé la question mais pourquoi tu veux le faire, où est-ce que t'en es et à chaque fois toi t'étais t'étais là et t'étais déterminé il y avait quelque chose d'une évidence, tu as dit ouais ouais mais merci Guillaume j'ai bien réfléchi, la réponse c'est oui pourquoi ça fait du sens alors que tu ne l'as dit qu'à une seule personne euh
ou à deux d'ailleurs on va en parler parce que tu l'as dit à une deuxième personne dont on n'a pas encore parlé pourquoi pouf faire un podcast public ? parce que ça fait partie de ma je viens d'une culture où on pose pas les mots sur les choses jamais c'est à dire que le verre il est à moitié vide mais on va dire non non non le verre c'est parfait il est impeccable comme ça mais il faut deux litres d'eau bah non non non mais là ça va aller ça va le faire où on s'adapte toujours de ce qu'on a
Et le fait de témoigner là-dessus, ça me permet à moi de me dire « voilà, ça c'est ton histoire, avance et arrête de te bloquer ». Parce qu'avant, j'étais complètement bloqué. Mais complètement. Pour moi, je vivais entre le marteau et l'enclume. Et avec aucune sortie possible.
Et jusqu'au jour où j'ai compris qu'une sortie c'était possible et que je pouvais voir les choses différemment et puis vivre avec ça, avec ce bagage-là. Et qu'il n'y a rien d'insurmontable en fait. Mais ça demande énormément de travail, se faire mal, c'est sûr. Et justement ce podcast en fait partie de nous. C'est poser des jalons, poser des mots sur les choses pour mieux les comprendre et puis...
Et puis il y a mieux pouvoir les voir en face. Est-ce que tu veux mettre des mots sur la contradiction que je vois ? Ce n'est pas du tout négatif, mais qu'il y a une part de toi qui veut protéger les gens en ne disant pas ?
et une autre part de toi qui a choisi un podcast public où ta voix n'est pas déformée même si c'est un prénom d'emprunt et c'est beaucoup ça d'ailleurs auquel je t'ai fait en disant on est d'accord Amir que tu peux être reconnu par rebond et qu'est-ce qu'on fait si t'es reconnu et toi tu m'as dit tu souviens ce que tu m'as dit ? est-ce que tu réponds à ça si t'es reconnu ? si je suis reconnu ça sera une bonne chose
aussi ce sera une bonne chose pour qu'on comprenne et puis que si je suis reconnu aussi peut-être d'essayer d'expliquer les choses peut-être que certaines personnes arriveront à mieux comprendre t'aurais envie d'envoyer ce podcast à ton grand frère avec qui t'es plus proche ? ouais quand ce sera le bon moment je le ferai je pense et là imagine il t'écoute ouais t'aurais envie de lui dire quoi ? ben maintenant tu sais tout
et en même temps il y a une part de moi qui me dit ouais mais il va vachement ouais il va tomber de sa chaise quand même mais bon et t'aurais peur de quoi ? de rien c'est sûr qu'il y aurait une réaction c'est sûr qu'il va être choqué maintenant c'est rien à côté de ce que moi j'ai vécu bien sûr d'intuition comme ça comment il peut être le meilleur allié pour toi ? t'aimerais lui demander quoi ? si tu pouvais lui demander quelque chose ?
Ben, juste de me prendre dans ses bras, de me rassurer et de me dire que tout ira bien. Voilà, c'est ce que mon petit moi voulait entendre et qu'il n'a jamais entendu. Voilà. Ça m'émeut. Ouais, et puis le fait de faire ce podcast-là, c'est aussi une façon à moi aussi, de mon grand moi, de dire à mon petit moi, tu vois, finalement, tout se surmonte.
Je ravale un peu mon émotion. Pour du coup te dire qu'on va arrêter la partie 1 ici, pour te retrouver dans la partie 2, ton témoignage. J'ai dit tout à l'heure, en fait, il n'y a pas une seule personne à qui tu as dit l'inceste, il y en a deux. Et d'ailleurs, je me demande pourquoi tu ne l'as pas dit pendant la partie 1. Mais il y a ta femme avec qui tu es marié depuis...
Une quinzaine d'années ? Ouais, quinze ans, ouais. Vous avez trois enfants. Et toi, tu lui as dit aussi. Ouais, ouais. Je propose que, dans la suite, tu nous racontes ça. Et puis, aussi, je trouve ça trop beau. Parce que, apparemment, avec le podcast, il s'est passé tout un tas de trucs que tu vas devoir décrire. Et je pense que, dans les parties suivantes, il y a le chemin de reconstruction, de réparation qui est en cours, quoi. Ouais.
Et qui est magnifique. Ouais, ouais. Comme toi. Merci. Merci.