« Je fais 1m80, 80 kilos, je fais de la muscu, je suis poilu, j’ai une grosse barbe. Et tout ça, c’est exactement les critères qui correspondent au fantasme. »
— Sam
Sam grandit à Cergy sans aucune culture gay et découvre a 18 ans, sur BeurOnline, qu’il incarne sans le savoir le fantasme du « rebeu dominant TBM ». Il raconte :
- A 19 ans, son premier copain a Nancy lui impose d’être actif — sans avoir vu son corps, juste sa photo de visage sur Caramail
- Soirée Black-Blanc-Beur aux Folies Pigalle en 2001 : première plongée dans un milieu gay qu’il découvre complètement étranger a son imaginaire « Boyz II Men »
- La révélation Wesh Cousin : il comprend que 100 % des mecs qui le contactent viennent chercher le rebeu dominant TBM, pas lui
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On en parle dans l’épisode
- 🎵 Boyz II Men — Le groupe R&B qui berce les fantasmes romantiques de Sam : faire l’amour sur leurs morceaux, c’est tout ce qu’il cherchait a ses débuts
- 📍 Folies Pigalle — La boite ou Sam découvre en 2001 le milieu gay parisien pour la première fois, lors d’une soirée Black-Blanc-Beur
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On se lance et je vais te proposer une petite intro et après tu pourras réagir. Donc si je dis une bêtise, mais normalement je ne dis pas de bêtises puisqu’on a fait un pré-entretien et ce que je dis est vrai. Sam, bienvenue chez moi.
Sam, tu m’as dit être l’incarnation du fantasme de l’arabe Domi, entre guillemets. Tu es français d’origine kabyle. Après avoir rejeté cette fétichisation, un jour, tu décides de l’utiliser. Le sexe devient facile ou en tout cas plus facile. Tu reçois plein de messages et tu rencontres quelqu’un, un couple de 8 ans dans lequel tu as ce rôle. Vous êtes en couple ouvert. Tu baises en mode brutal d’homme top avec ton copain et tu trouvais la tendresse avec un autre amant.
Là, ça me fait un petit geste. Tu vas pouvoir affiner cette intro mal écrite par moi. Et puis un jour…
J’ai dit que tu trouvais la tendresse avec un autre amant, ouais. Et un jour, le 15 octobre dernier, tu me dis que tout s’arrête et t’as libido avec. Et aujourd’hui, tu te questionnes, est-ce qu’être ce domi, c’est vraiment moi ? Est-ce que je continue ou j’arrête ? Et moi, moi Guillaume, je me demande, toi Sam qui me disais être très cérébrale, je me demande quel est l’impact de ces années de fétichisation sur ta santé mentale. Et qu’est-ce que tu penses de ce petit résumé ? T’as fait un petit geste à un moment donné de bof ?
Avec mon ex pendant 8 ans, on n’a jamais été en couple ouvert. C’est avec mon chéri, quelqu’un avec qui j’ai cet amour réciproque, avec qui on n’a jamais mis de cadre du tout. On a juste connecté en moment de besoin et du coup on est totalement libre à faire ce qu’on veut.
et tout le reste ça me va ça te va plutôt et du coup j’aimerais bien qu’on reprenne au début et je pense qu’on va imaginer que toi et moi et les gens qui écoutent savent pas du tout ce que c’est la fétichisation et moi je serais intéressé et toi t’es ni chercheur ni censé être expert tu vois et j’aimerais juste que tu partages toi ton expérience de ce que tu mets derrière le mot en étant assez concret
Tu vois, ça s’invite comment la fétichisation dans ta vie ? Est-ce que tu veux que je prenne les lunettes de l’histoire ou les lunettes du fait pur ? C’est-à-dire je remonte dans le temps pour étayer ma situation, ce que je ressens, ou plutôt simplement ce qu’aujourd’hui je comprends de ce qu’est la fétichisation en tant que victime et utilisateur ?
Comme tu veux. Moi, je n’ai pas compris tout de suite. De toute façon, je n’avais aucune compréhension du milieu gay, puisque j’ai grandi à Sergipontoise, dans un milieu très hétéro. J’ai fait beaucoup de danse hip-hop, en l’occurrence, très hétéro également. Et je suis très très très très jeune que j’étais homo, mais je n’avais pas de mots pour ça. Et en fait, mes premiers échanges sur les réseaux sociaux, Caramel, j’avais 18 ans. T’as quel âge aujourd’hui ? 42 ans.
42, je n’ai connu que du réseau social en ligne pour les rencontres. Et du coup au début j’ai exploré ce qui était pour moi ma sexualité, en tout cas mon attirance vers les garçons à 19 ans, première fois. Mon premier copain en l’occurrence il habitait à Nancy, donc c’est connu sur Caramail au mois de juin 99.
Et on a parlé pendant 3-4 mois, et puis on s’appelait tout le temps, et puis il m’a invité chez lui pour mon anniversaire, au mois de novembre. Et donc c’est la première fois que je voyais un garçon, je l’ai embrassé, on avait un rapport sexuel. Et du coup, il était un peu plus vieux que moi, et automatiquement, il voulait que je sois actif. Alors moi, ok, je sais pas ce que ça veut dire, mais vas-y. Enfin, je comprenais la mécanique, mais sans plus. Automatiquement, ça veut dire que pour lui, il n’y a même pas eu de proposition, il voulait que je sois actif.
Il avait jamais vu mon corps, il avait vu juste ma tête, on s’est changé une photo en trois mois, photo de visage et tout. Donc il avait aucune visibilité sur mon corps et comment j’étais membré ou pas. Et peut-être qu’en voyant la chose il s’est dit, ah j’aimerais bien. Alors moi, 19 ans, pile poil, c’était vraiment à minuit une. Ok, donc capote et compagnie, et puis on a fait notre truc. Bon, mécaniquement je pouvais le faire, mais…
Je n’ai rien ressenti du tout. Lui a bien aimé. En l’occurrence, je n’ai pas éjaculé. Et je me suis dit à ce moment-là, bon, apparemment, je suis actif. OK. Et en fait, ça a commencé comme ça. Et bon, ça s’est terminé avec lui assez rapidement, deux, trois mois. Et donc, je me suis dit, bon, il faut bien que je fasse d’autres rencontres. Donc, j’ai découvert d’autres styles de rencontres au-delà de Caramel, comme Beurre Online, par exemple, comme à l’époque, Dial Hache,
Beurre Online, c’est le site web de rencontres spécialisées pour les communautés maghrébines, pour les maghrébins et ceux qui aiment les maghrébins. Avec mon œil très naïf, naturel et de l’époque, je me suis dit « c’est cool, je vais rencontrer d’autres groupes comme moi, on va pouvoir échanger ».
Je m’en foutais de savoir que quelqu’un pouvait avoir un kink ou quoi. Pour moi, j’aime bien les blancs, j’aime bien les rebeubles. Vas-y, go, on s’en fout. Et super rapidement, j’ai été balayé par la violence des échanges sur Uber Online, en l’occurrence, sur la rapidité, le…
la vulgarité, et en fait il y avait plein de mots que je ne comprenais pas, genre top, TBM, dominant, plein de terminologies, je suis en mode, mais de quoi tu me parles, moi je veux faire l’amour sur Boyz II Men, tu vois. Je veux faire l’amour sur Boyz II Men. Mais totalement, on s’en danse sur Hip Hop. Et du coup, j’ai bloqué tout de suite sur le truc, j’ai…
je suis reculé, j’en veux pas, ça me convient pas, super jeune, je comprends pas ce qu’on racontait, c’est d’une violence pour moi. Et je continue dans mon petit chemin sur des sites un peu plus cool, je crois qu’à l’époque ça devait être Dial H, un peu moins racisé, en tout cas stéréotypé, et par la danse, dans des rencontres de danseurs, dont un qui m’a fait connaître le milieu gay, je lui ai dit
Je ne connaissais pas le Marais, je n’avais jamais été dans le Marais. Et je découvre un peu tout ce monde-là. Le Marais, c’est le… Le Marais, le Marais, là, ici. Oui, mais nous sommes écoutés de partout dans le monde. D’accord, le Marais, c’est le quartier gay très connu de Paris, qui ne l’est quasiment plus aujourd’hui. Mais le Marais, c’était le repère parisien pour tous les homosexuels de France. Et de France, en l’occurrence, mais on savait que c’était un peu le Jérusalem, quoi.
tu pouvais un peu aller là-bas et t’étais un peu safe et t’avais des gens comme toi c’est comme ça que moi je le percevais et donc quand tu dis je ne connaissais rien du milieu gay à ce moment-là c’est quoi pour toi le milieu gay ? il y a quoi derrière ce mot ? tout
C’est quoi être gay ? C’est quoi la culture LGBT ? C’est quoi la sexualité gay ? C’est quoi un homosexuel ? C’est quoi un homosexuel masculin, féminin, bouchy, queer ?
Tous ces trucs, je les connaissais pas du tout. Pour moi, j’étais attiré par un garçon et moi je transposais une vision très hétéronormée des choses. C’est-à-dire que j’aime les hommes, donc je vais me trouver un mari, je vais avoir des enfants, avoir un chien, une maison, une voiture. Je suis content ! C’est comme ça que j’ai grandi, dans un modèle très hétéronormé. Et j’ai vite découvert tout ce que j’avais fantasmé dans ma tête, en tout cas idéalisé, c’est pas exactement transposable.
Donc je découvre, grâce à un ami à l’époque qui était également danseur, qui m’avait vu dans des compétitions, il m’a dit tiens, en fait, il me lâche mon blase, mon surnom de danseur, et sur le Boron Line en l’occurrence, et je dis t’es qui toi ? Et puis là il papote et je comprends qui c’est, je dirais pas son nom parce que, parce que, parce que, voilà. Et ça devient mon premier ami gay, et danseur en plus, je suis putain mortel, premier gay, danseur, d’origine, racisé. C’est cool, tu vois, première époque j’étais super content, fin de ma vie.
Et on se rencontre, on papote, alors qu’il se passe absolument rien entre nous. Et lui me dit « vas-y viens, moi je te montre le milieu ». Pour moi c’était comme si tu ouvrais la porte de l’arbre d’un hargna, tu vois. Et en fait je viens avec lui, il me dit « vas-y, viens dimanche à 22h, Folies Pigalle à BBB, soirée Back Blamber ». Qui avait lu Folies Pigalle, oui à Pigalle.
Et donc je vais là-bas un dimanche, j’avais jamais été en soirée gay, j’avais été une fois dans ma vie dans le marais, j’avais traversé le marais, mes capuches remontées, en mode je cours, je traverse juste les trucs pour voir comment c’est, mais tu vois j’ai fait Beaubourg, Bastille, enfin les deux limites, et puis jamais, pas deux fois, à l’époque. Et du coup je découvre, déjà je vais à Pigalle, première fois de ma vie aussi, et j’arrive là-bas et…
Je peux te raconter plein de trucs parce qu’en fait, il y a plein de trucs qui m’a pensé, comme tu le sais. Non, t’inquiète. En fait, moi, j’avais envie, et c’est super ce que tu racontes, j’avais envie que tu mettes des mots sur ce que c’est pour toi la réalité de la fétichisation. Mais justement, j’y vais. Mais t’inquiète, vas-y alors. J’y vais du coup. Et du coup, j’arrive à Pigalle, j’avais un petit peu faim, je passe au McDo qui est en face et je vois plein de mecs, costards, enfin en lacoste. C’est l’époque TN, lacoste, machin, banane lacoste, survête lacoste, machin. Donc pas costard ?
Pas cos, tu as raison. En fait, je voulais dire cos-là, parce que la cos, en vérolant, c’est cos-là. Cos-là, d’accord. Et juste, pour les gens, et en vrai, parce que parfois, je pose des questions, je connais les réponses. Parfois, je pose des questions, je ne connais pas les réponses. Et là, c’est vrai que je ne connais pas la réponse. TN, je n’ai jamais compris.
C’est une marque d’Air Max. C’est un modèle d’Air Max. Nike. C’est celle qui a des grosses bulles. C’est très collé dans le milieu. Un gros fantasme sur les mecs qui portent des Air Max TN. Ils ont des semelles comme ça, avec des bulles d’air apparentes. Ça coûte 1000 balles. C’était l’attirail du mec cité qui faisait fantasmer beaucoup d’homosexuels. Mais si ça coûte 1000 balles, qui peut se payer ça ?
les gens qui ont de l’argent ou qui trouvent de l’argent qui habitent en cité bien sûr et qui amènent 1000 balles tu sais quand tu portes un ensemble jogging survêt lacoste une banane lacoste une casquette lacoste des chaussures Air Max Nike Air Max TN t’as de l’argent tu fais ce qu’il faut pour avoir de l’argent je dis pas que l’argent est propre mais t’as de l’argent ok donc je crois tous ces mecs très caillera tu vois pour moi ok bon moi je suis habitué j’ai grandi à Cergy tu vois donc je connais tout ça
Je vais faire la queue pour rentrer dans la Folie Spigal, qui sont littéralement 10 mètres derrière le McDo, enfin 10 mètres devant le McDo. Donc je retrouve ces gars-là et tout, et puis je rentre et tout, donc je retrouve mon pote. Bonjour, il me fait rentrer, je paye pas, c’est cool, je me sens VIP. Et je rentre dans la salle, tu connais la Folie Spigal ? Non. D’accord. Bon, je rentre dans la salle, qui est pas très grande, mais c’est un petit dead floor, avec un étage en balcon.
Et là, je regarde autour de moi et je comprends rien. En fait, il y a du rail qui est joué par un DJ. Et là, je vois des mecs de toute origine, de tout physique, de tout style vestimentaire, plus ou moins efféminés. Et surtout, je vois des mecs sur le podium et tout, habillés en djellaba ou habillés limite en burqa et tout, comme des femmes maghabines ou arabes, tu vois, en train de danser, belly dance et compagnie, tu vois, en mode ils dansent sur du rail, mais comme des femmes. Et là, je bug, je fais OK. Donc, je sais que c’est des garçons. Mon cerveau enrichit l’information. Et je me rends compte que certains, je les reconnais.
C’était les mecs que j’avais vus au McDo, en train de faire la queue pour prendre leur burger, tu vois. Et là, mon cerveau comprend qu’il s’est passé un truc entre le dehors et le dedans. Bon, j’ai l’intelligence de comprendre qu’effectivement, ici, ils expriment quelque chose. Je viens d’un milieu… Enfin, moi, j’ai fait de la danse, donc voilà, évidemment, il y a de tout, puis j’ai pas mal d’art, donc je comprends des fois les problèmes d’identité, le besoin d’exprimer d’autres choses. Et là, je comprends que, ok, d’accord, donc là, c’est vraiment un endroit safe, peut-être, pour ces gens-là, du coup, pour nous. Je m’inclus dedans, mais…
Et particulièrement pour ça, ok, ça existe. Le truc, j’ai un magazine, je passe pas une super soirée. Il y a beaucoup d’informations pour moi. Je comprends beaucoup de choses, je vois beaucoup de robots, en l’occurrence. Est-ce que t’es dans cette soirée black-blanc-beurre ? Ouais, où t’as toutes les stéréotypes, puis tous les clichés, puis toutes les expressions possibles que je ne savais même pas qu’il existait. Il y avait un besoin d’avoir une place. Ça existe encore aujourd’hui ? Je sais pas du tout. C’était il y a 15 ans ? 2002. 2001, pardon, 2001.
Il y a 22 ans, 23 ans même. Je ne crois pas que ça existe encore, je ne pense pas. Bref, je découvre tout ce monde. Mon pote m’aide un peu à comprendre tout ce qui se passe. Je suis en mode, what the fuck ? D’accord, ok, d’accord. Je rentre dans mon Sergi Pontoise bien hétéronormé et je me dis, wow. Dans mon cerveau, il y a une déchirure psychique. Ah ouais, ok. Ça recoupe avec des choses que je ne comprenais pas quand j’étais gamin, comme Enikaku, par exemple, ce comédien.
Je commence à comprendre des choses que mes parents ne disaient pas, forcément. La communauté maghrébine, maghrébine juive, la féminisation, tout ça, c’est un peu borderline. Je commence à avoir des petits éléments qui tombent. Donc je navigue là-dedans, entre plusieurs sites de rencontres, et je veux tester. Je sens que ça commence à gratter en bas, j’ai envie de tester des choses sexuellement, mais je n’ose pas. Monsieur Boyz II Men romantique, il faut que je passe par du plan cul, je comprends, il faut que je passe par du plan cul pour explorer.
Je comprends que par la romance, ça passe pas. Bon, je teste, très très timidement, avec plein de peur, de phobie, de ce que tu veux, du VIH, des MST. Puis à l’époque, c’est trois mois d’attente, c’est l’horreur. Premier dépistage, trois mois. J’étais tout seul en panique, bref. Et plus le temps passe, et plus je me rends compte qu’il y a quelque chose qui est très récurrent en me concernant. La première question, c’est de quelle origine ?
A chaque fois. Dès quelle origine ? Sur les réseaux. Sur les réseaux. A chaque fois. Parce qu’il y a ma photo. Donc, je suis en mode, mes parents sont d’origine algérienne. Mais pourquoi tu dis algérienne Kabyl ? Pareil. Parce que Kabyl, c’est vraiment la région d’Algérie. Mais bon, ça reste l’Algérie. Donc, généralement, je leur réponds là. Mes parents sont d’origine Kabyl ou algérienne. Mais pourquoi c’est important ? Parce que j’aime bien et tout. Vous avez beaucoup de charme. Bon, au début, je fais pas attention.
Et en fait, ça devient ultra récurrent. Et puis, je rencontre des mecs qui sont majoritairement caucasiens, parce que c’est mon style de mec, caucasien. Et puis vraiment, je me rends compte qu’il y a un écho. C’est vraiment les caucasiens que j’attire le plus. Cool, ça me convient. Et donc, c’est quasiment exclusivement du soft que je fais. C’est quoi du soft pour toi ? Impossible de faire plus. C’est quoi du soft pour toi ? Fédération.
On s’embrasse, on se caresse, fellation. En l’occurrence, moi, je ne pratique pas du tout. Ce n’est pas du tout quelque chose qui m’attire. De quoi ? La pénétration anale ? De pratiquer la fellation sur un homme. On te suce. En gros, c’est des plans où on te suce et les deux se caressent. C’est ça, exactement. Et on s’embrasse. Et on s’embrasse avec ou sans éjaculation, pour ma part. Bon, je rencontre quelqu’un dans les deux ou trois années qui suivent.
à côté de chez moi, trop marrant, à côté de chez mon père et tout, avec qui je vivais, et un petit blanc, yeux bleus, mignon, magnin, gymnaste, nickel, ma petite cam’, quoi. Et, bon, bah, on fait nos petites romances et tout, un peu cachées, parce que, bon, voilà, on a Sergi Pontoise, on lui dit pas trop, et à un moment donné, je comprends qu’il y a un… On couche ensemble, et en l’occurrence, il y a l’événement en Boyz II Men, ma première fois avec lui, moi, je voulais mettre une bande-son, tu vois, donc j’ai vu du Boyz II Men.
erreur de casting et en fait bon bah la relation se passe pas très bien et puis je comprends qu’il m’a trompé et on en reparlera un peu plus tard il m’explique bah en fait il attendait de moi pas du tout ça et je comprenais pas il dit mais tu peux m’expliquer il me dit bah écoute moi il avait 3 ans de moins qu’on il me dit moi je sortis avec plein de rebeux et tout et t’es très différent des autres rebeux
Et là, je suis en mode, c’est-à-dire, parce que je ne me prépare pas à son tagérien, je suis né à Sergy, mais je pense que ma physique est assez magrébant, on va dire. Et donc, je comprends qu’en fait, il me dit que non, mais moi, lui, ce qu’il voulait, c’était un mec plutôt actif, dominant, nanana. Donc, je commence à entendre des mots-clés, tu vois. Et il me dit, ouais, tu vois, comme les mecs dans City Bird, dans les films Wesh Cousin.
Et là, je dis, what ? Wesh what ? Il commence à m’expliquer, il me montre. Et là, je découvre des productions. C’était Beurk, Wesh Cousin.
C’est-à-dire qu’il y a un lien avec le Sidbor Online. C’est un peu la même famille qui a fait tout ça. Et je vois les films et je vois tout le fantasme qui était construit autour de la cité, autour de la racaille, qu’elle soit maghrébine, afrique noire, antillaise ou juste blanche. Je vois tout ça et mis en scène, en fait, de manière très cheap, très mal jouée. Mais il y a plein de films comme ça. Du coup, j’étais très intrigué, donc j’en ai vu plein.
En mode documentaire arté, tu vois. Et j’étudiais le truc, je regardais ce qu’ils faisaient. Putain, ça veut dire qu’en fait, les mecs, quand ils me voient, ils voient l’Eurobeu, TBM, deux cités.
Et ce qu’ils veulent, c’est qu’en gros, je les malmène sans aucun respect, très bourrin, potentiellement et si possible sans capote, donc à risque, en les insultant, et si je peux en arabe, c’est encore mieux, et les humilier. Et là, je suis en mode, mais c’est quoi ça ? Et tu vois, je pars de mon « boys to men », j’arrive à « wesh cousin »,
Et je dis, putain, en fait, ça existe. En fait, c’est vraiment parce que là, je ne peux qu’ouvrir les yeux sur tout ce que j’avais lu et entendu depuis des années. Et je ne comprenais pas d’où ça venait. Et ça venait de ce genre de médias de support pornographique. Et tous ces mecs-là ont construit, en tout cas, une partie de ces mecs-là ont construit leur sexualité et ont fantasmé sur ce genre de contenu.
Et du coup, je me suis rendu compte que, oh putain, c’est donc ça qui se passait quand je couchais avec lui ou avec lui, qu’il ne me disait pas. Et là, ça commence à mon cerveau à se mettre en place. Je lui dis non, mais c’est hors de question. Déjà, je ne vis pas en cité, je n’ai pas de cave. Je ne te parlerai pas en arabe parce que je ne parle pas arabe pour commencer. Je viens d’un milieu assez classe moyenne, tu vois. Même si je suis TBM, même si j’ai une apparence virile ou quoi.
ben il est hors de question que je t’insulte ou que je t’humilie ou que je prendrais pas de risques en plus je mettrais une capote et là en fait je pars dans un mood de pouf je recule tout de suite de tous ces réseaux et je prends super peur en fait mais une vraie peur tu sais genre putain ça veut dire que ça fait, excuse moi, ça fait 4 ans que je me fais violer en fait sans le savoir par ces mecs là qu’en fait ils viennent vulgairement me sucer
Parce que ce qu’ils voulaient c’était de trouver de la bite de rebeu TBM et ils espéraient que derrière je les éclate contre un mur ou leur foutre des patates. La violence quoi ! Alors le petit bisou dans ce que je suis flippe et il se dit ouah ! Donc vas-y on recule, on se protège, on met en place des filtres et des protections intellectuelles, on analyse. Et là j’ai commencé à cérébraliser à mort tout ça.
en prenant tout ce qu’on me disait avec le prisme de cette affirmation. Que ça, ça existe et que ça, les gens aiment. Malheureusement, une majorité.
Donc je continue quand même mon petit chemin romantique et quand je peux sexuel, mais maintenant je sais ce qui se passe en face de moi ou entre mes jambes, tu vois, je comprends mieux. Et là je suis dans une espèce de dilemme, est-ce que j’accepte ou pas qu’on m’utilise comme un objet sexuel ? Est-ce que je viens alimenter éthiquement, moralement, même politiquement cette tendance ?
puisqu’une tendance, c’est un fracking, ou est-ce que je me bats contre ça ? J’ai deux questions à te poser. La première, tu dis majoritairement les mecs aiment ça. Toi, à la louche, tu dirais que sur dix interactions à cette époque-là, il y en a combien qui fétichisent comme ça, qui viennent parce que ? Dix.
10 sur 10 ? Jusqu’aujourd’hui. 100% ? 100%, jusqu’aujourd’hui. Ok. Je vais te donner un exemple tout con, et là on fait un retour à le futur. Là, aujourd’hui, sur Grindr, je m’amuse à faire des tests. J’enlève mes origines ethniques, j’enlève, enfin je n’indique pas mes mensurations, mon compteur de messages chute immédiatement. Donc tu mets ta photo ? Ma taille, mon poids, ma position ?
Que je suis là pour du fun, par exemple, c’est tout. Et ce que tu mets pas, c’est la taille de ta bite ? Ouais, j’indique pas, parce que du coup, tu peux le faire dans Grindr, mais dans mon texte, je mets plus que je suis DOM, TOP, REBEU, XL, machin. Je mets juste « cherche produit fun ».
Et c’est tout. Il n’y a pas d’indication sur le kink que je pourrais porter sur moi. Mes messages, je chute très vite. Je suis déjà mis à le faire. Je change. Par exemple, dans mon titre, je mets « Rub Dom Top XL Daddy », par exemple. J’indique dans mes critères que je m’indique à ce kinder, mes origines, peut-être même ma tribu. Tu m’as indiqué. Tribu, papa, daddy, machin, tout ça. En 10 minutes chrono, je vais avoir 15 messages.
C’est ultra flippant, et du message de partout, pas que dans la région, pas qu’en Normandie, parce que je suis en Normandie, pas que dans l’île de France, de partout. Aujourd’hui, tu habites en Normandie. C’est ça, exactement. Tu as souvent fait référence à ton physique, qui selon toi, enfin, ce que tu as dit, ça incarne le fantasme. Est-ce que tu es à l’aise de te décrire physiquement ? Je suis en mètre 80, 80 kilos, je fais de la muscu, je suis poilu, je suis une grosse barbe, j’ai un peu de cheveux, pas partout.
Tu vois, pas partout. Voilà. Jeux bruns, yeux marrons. Et tout ça, c’est exactement les critères qui correspondent au fantasme. Exactement ce que j’ai compris.
Que ça matchait sur le fantasme du rebeu dominant, machin, machin. Et quand tu ne mets pas les kinks en mots, rebeu dominant, tu mets juste ta tête. Et comme tu dis que tu as une tête qui incarne…
Et juste du fun, est-ce que tu as quand même dans tes messages, c’est quoi la proportion des messages qui veulent ce fantasme, qui disent est-ce que tu es arabe ? Aujourd’hui, en 2024, tu as beaucoup moins de mecs qui ont les couilles de dire directement, parce que c’est politiquement incorrect, peut-être que l’origine.
Ça se fait de moins en moins, et c’est cool, je suis super content. T’en as quand même. On va dire que quand j’indique pas mes origines, sur 10 messages, on en aura 2 qui vont quand même me demander telle quelle origine. Assez intéressant, ça peut être une personne d’origine caucasienne ou maghrébine qui peut te demander ça. C’est intéressant.
Parce que t’as deux phénomènes, tu vas avoir le caucasien, j’ai pas choqué personne, le caucasien qui va t’attirer par le méditerranéen et ou le maghrébin, qui lui peut être frontal, puis tu vas avoir le maghrébin, maghrébin, arabe, on s’en fout, qui va lui vouloir coucher qu’avec du rebeu. T’as les deux phénomènes. Faut qu’on se mette de la même manière à la fin, ça répond au même fantasme. C’est pas la même approche. Donc ouais, 2 pour 10, on va dire. Est-ce que tu te souviens à quel moment donné je t’avais interrompu ?
Juste pour préciser. Je vais t’expliquer le fait qu’aujourd’hui, parce qu’on faisait ce jeu-là, justement, je faisais ce jeu-là des fois d’enlever pour voir si ça marchait. J’ai un peu ce côté… J’aime bien tester et étudier ce qui se passe. Donc je remontais au ministère en disant que j’étais face à un dilemme entre est-ce que j’exploite finalement…
Ce que je ne peux pas contrôler, qui est mon apparence. Je ne peux pas changer la communauté LGBT, en tout cas qu’on connaît à Paris, par exemple, en Ile-de-France ou en France. Je ne peux pas lutter contre des kings qui ont été créés à tort ou à raison, qui ne sont pas que pour les homos. Il y a aussi la petite borette chez les hétéros. Moi, j’ai des copines maghrébines.
Et ce que je leur raconte, c’est totalement adéquat avec elle. La petite beurrée de Chienas, ils kiffent aussi. La petite beurrée ? La petite beurrée de Chienas, c’est aussi un kink côté hétéro. Et qui vient du même truc de la cité. Et plutôt même, on peut même remonter plus loin. Les colonies, tu vois, t’as vraiment une histoire derrière. Et juste pour que je comprenne, parce qu’il y a des gens qui écoutent qui pourraient se dire…
À l’époque, il te suffisait, tout ça c’est des gros guillemets, mais de ne pas faire référence à ces kinks pour rencontrer. Alors sur dix messages, tu en as deux suspicions, mais il y en a huit qui ont l’air plus de se connecter à toi en mode, salut, moi aussi je cherche. Alors à l’époque, je te parle d’aujourd’hui, les deux sur dix. À l’époque, c’était systématique. À l’époque, on ne disait même pas bonjour des fois. C’était directement, tu es de quelle origine ?
Il y avait un SLT ou un CC ou un SAVA, t’es de quelle origine ? CC c’est coucou. T’avais soit un semblant de politesse et derrière tout de suite t’es de quelle origine ? Mais t’avais soit directement soit en deuxième ?
à l’époque, donc entre 2003 et 2008, à peu près. Et souvent, quand j’acceptais de répondre, du coup, franchement, mes parents sont d’origine magérienne, la question qu’ils suivaient, c’était « t’es monté combien ? » quand c’était pas indiqué. Et ensuite, ok, les questions qu’ils pouvaient suivre, une fois que je répondais,
Je pouvais avoir… C’est quoi tes tripes ? Ça, on connaît tous. Tu kiffes quoi ? OK. Et ensuite, arrivait une des questions qui me faisait le plus sourire. Est-ce que t’as une cave ?
Les gens te demandaient si t’avais une cave ? J’ai une anecdote d’un mec que j’ai… Putain, j’étais jeune, putain, j’étais en école de danse, j’étais en 2004, je crois. Un mec de Paris, qui était Stuart, je crois, et qui me kiffait, il m’arrivait pas à envoyer des messages, et je fais, écoute, moi je suis trop loin, puis t’es disponible que la nuit, c’est galère, tu vois. Il me dit, je m’en fous, je viens te chercher. Bon, un jour, ça gratouillait un peu en bas, bon, bah écoute, moi… Ça gratouillait un peu en bas. Peut-être que t’avais des morpions ? Voilà, non !
ça m’est déjà arrivé une fois horrible non mais en gros j’avais envie un peu voilà il y a un autre il y a un autre élément qu’il faut que je te mette en perspective aussi ok je fais une aparté la première fois que je me suis branlé j’avais 23 ans
Avant ça, rien. Avant 23 ans, je ne m’étais jamais touché. Soit on me suçait, soit on me touchait. Mais moi, je ne le faisais pas. Ça ne m’intéressait pas. Pourquoi c’était une aparté ? Parce que du coup, j’arrive au truc. Et je me dis, c’est cool, le mec, il veut s’occuper de moi. Moi, je suis très clair. Je n’aime pas ci, je n’aime pas ça. C’est très, très clair. Moi, ça me plaît, pas de souci. Tu n’as rien à faire. En mode pacha, tu t’allonges, tu fais. Pour moi, c’est comme si tu me dis, tu vas à une séance de massage, taille, et c’est gratos. En plus, je viens te chercher.
Bah oui, ok, d’accord. Donc il vient me chercher de Paris-République, en l’occurrence jusqu’à chez moi, Sergi Pontoise, à 1h du matin. Il me ramène chez lui, dans son appartement, un appartement hausse manière plutôt sympa. On se gare dans le sous-sol, il n’y a rien de sa voiture dans son box, et alors bon, je sors de la voiture, et il loue l’escalier, tu vois. Il dit « Ah non, mais il n’y a pas d’escalier. Ah, il y a un ascenseur, non plus. »
Je ne comprends pas. Elle me dit « On fait ça là ? » Et là, je le regarde, je lui dis « Oui, dans mon box. » Et là, c’était l’hiver, je lui dis « Non, j’ai froid. J’aime bien qu’il y ait quatre murs et un lit. »
Et peut-être une douche après, tu vois ? Et des toilettes, peut-être aussi, mais… Non, non, le mec, il voulait absolument… Donc il comprend que c’est niet, et il a un peu faim, j’imagine. Et finalement, on monte chez lui, et on fait nos affaires, c’était nul. Et je rentre par le premier RER, quoi, Sergi. Et ça, je l’ai vécu de manière différente, mais souvent.
Et ça, ça n’a jamais été, à aucun moment donné, discuté avant. Jamais. Et je pense que ça fait partie du fantasme de ne pas en parler, mais d’espérer que je le propose.
Donc ça vient de moi. Du coup, t’es dominant, t’es top, t’es rebeu, forcément. T’aimes les caves, forcément t’aimes tout ça. Ça, je l’ai souvent vécu. Tu dis que c’était nul. C’était nul. Pour qu’est-ce qui s’est passé ? Déjà, je pense qu’il était sous le cacheton. Je ne sais pas lequel. Il n’était pas dans son état stable et pour moi, qui me rassurait. Je n’avais déjà pas été rassuré par le coup de la cave, tu vois. Du boxe, en l’occurrence. Mais quand on est monté et qu’on a commencé nos affaires…
Il avait une espèce d’hyper-activité au niveau du corps, une précipitation, quelques petits gestes qu’à l’époque, je ne savais pas lire, qui incluaient des petits frottements de narines, tu vois. Et à l’époque, je ne comprenais pas ce qu’il faisait, en fait. Et je l’ai compris beaucoup plus tard, qu’il était sous substance, que… Voilà. Donc ça, ça fait partie des petites anecdotes…
Parce qu’en fait, soit ce que tu comprends à ce moment-là, ou pas d’ailleurs, mais ce que je comprends moins après, c’est que pour kiffer ton moment, même si t’es assez inactif et que tu te fais sucer, t’as besoin de regard et ou de quelqu’un qui… Parce qu’on pourrait aussi dire… À ce moment-là, je reste un voice to man. Je le suis encore. Je le suis encore, d’ailleurs, aujourd’hui. Mais à ce moment-là, je reste un voice to man. Et du coup, moi, ça me bloque immédiatement
J’en étais pas encore accepté, ce rôle. C’est venu beaucoup plus tard, l’acceptation de mon rôle au Dom Top. J’étais encore en mode, je jongle entre les mondes, j’essaye de prendre mes pas trop donnés, mais ça marche pas. Est-ce que tu peux me décrire ce rêve Boyz II Men ? Tu peux me décrire un mec qui te suce en mode Boyz II Men ?
Non, je ne veux pas dire que ça ne marche pas là-dessus. Pour moi, le mode boys to men, le mode romantique, R&B lover, dans lequel j’ai un peu évolué par la danse, c’est de dire que j’avais une construction hétéronormée du couple. Je m’en foutais que dans mon imaginaire, ce soit un homme ou une femme, on s’en fout. C’est que c’est deux personnes qui s’aiment, on prend soin l’un de l’autre, on partage. Donc on commence par un date ? On commence par un date, exactement.
J’ai envie de retrouver le jeune adulte Sam. C’est celui dont tu parles ? C’est celui dont je parle. On parle, évidemment, on se voit, on prend un verre. Si ça matche bien, on peut en manger un bout. Attends, quand ça matche, pour ce Sam-là, c’était quoi ?
Il te fait rire ? Je me sens bien. Ça veut dire qu’on arrive à échanger, qu’on a des points communs, qu’on a des sujets où ça clique, tu vois. C’est absolument pas sexuel à ce moment-là. C’est vraiment l’humain, c’est qu’il t’est comme un ami.
Ok, est-ce que toi et moi, on peut devenir potes, on peut devenir amis ? Ok. On se plaît physiquement, c’est super important, sinon on reste amis. Mais ok, on se plaît physiquement, cool, première étape. Deuxième étape, est-ce qu’humainement on est compatibles ? Cool. Troisième étape, sexuellement, qu’est-ce qu’on peut faire ensemble ? Parce qu’à l’époque, j’y connais rien. Je me rends pas compte des rôles, je sais pas trop ce que j’aime. Pour moi, tu vois, sky is the limit, quoi. Pfff.
Je m’en fous de savoir actif, passif, ça n’a aucune importance pour moi. Ce n’est pas ça qui va déclencher mon envie de partager mes fluides avec toi. Et donc je suis là-dedans, je suis dans ce mécanisme, pour le coup, qui est très hétéronormé et très hétéro-structuré, et pour le coup très hollywoodien aussi, on ne va pas se mentir.
Attends, c’est pas hétéronormé de dire j’ai envie de me connecter à quelqu’un que je kiffe ? Non mais tu vois la démarche, la démarche très pour moi romancée voire télévisualisée, on se rencontre, on prend un verre, on mange un bout, on va au cinéma, on se revoit, on va chez l’un, on va chez l’autre, on fait un bisou, on met un bisou dans la rue.
Puis on se revoit et puis à un moment donné, on a envie d’aller plus loin. On trouve soit chez toi, chez moi ou à l’hôtel. J’en sais rien. Pas dans une cave. Et voilà. Et tu vois, le truc, c’est comme une plante. Tu vois, les racines se développent et ça commence à faire un truc sympa. J’essaye de chanter Boyz II Men, mais ce qui me revient, c’est Darling, faisons l’amour. C’est pareil. C’est pas Boyz II Men. Non, mais c’est la même époque. On est d’accord que c’est la même époque. C’est quoi ce que je chante ?
Ah, je ne sais pas du tout. Mais je vois de… Oui, oui, oui, c’est ça, c’est cette époque-là. C’est l’époque R&B lover. Qui est d’ailleurs très populaire dans la communauté. Et toi, à populaire dans la communauté ? Afro-caribéenne. Et toi, tu disais, tu sautes entre… Non, mais moi, je suis un lover, j’ai envie de ça. Je le cherche sur les sites de rencontres. Et ça gratte, comme ton expression, ça gratte en bas. Tu as du désir sexuel qui monte.
J’ai la libido qui est là, mon corps a envie de faire des choses, à besoin de choses, un appétit sexuel auquel je ne sais pas répondre en fait. Il y a une raison pour laquelle cette libido, c’est pas exactement ce que tu as dit, excuse-moi, tu as dit je ne me suis pas masturbé avant 23 ans. Il y a une raison particulière ? Je n’en avais rien à foutre.
Et est-ce que tu avais du désir sexuel avant 23 ans ? Oui. Quand j’ai commencé avec mon premier, du coup, il y a eu un amorce de quelque chose de très superficiel. Puis du coup, la première fois qu’un mec m’a…
et que j’ai trouvé ça agréable, tu vois. Pour moi, c’est quelque chose qui est super agréable, ça me détend. Et puis, s’il y a une éjaculation, c’est le truc en plus. Mais il y a quelque chose pour moi qui est très de l’ordre du tactile, du sensuel. Et puis, du coup, l’éjaculation qui détend, tu vois, où tu as un lâcher-pris, c’est cool. Et pourquoi tu n’as pas envie d’aller le chercher tout seul chez toi ? À l’époque ? Ouais. Parce que je ne savais même pas que c’était possible. Je n’ai aucune compréhension, connaissance que je peux faire ça tout seul, que je peux atteindre ce truc-là tout seul.
Avant 23 ans, tu ne consommais pas de porno ? Oui, ce master. C’est une bonne question. Si, vite fait. Vite fait. Mais je n’ai pas beaucoup de souvenirs. Je pense que c’est quand je suis tombé sur du Wesh Cousin et compagnie que j’ai eu là-dedans des petites séquences qui m’ont fait… Ça réagit en bas. Il y a des petits trucs que j’aimais bien là-dedans. Je me suis dit, OK. Alors, je n’aime pas du tout le film. Il est pourri. Il me choque en plus. Mais là-dedans, il y a peut-être des miettes que je peux réexploiter. Et en collant les miettes…
Peut-être que ça éveille un truc en moi. Pourquoi ça ne s’est pas éveillé dans les contenus pornos que tu regardais avant 23 ans ? Je n’en regardais pas. Quasiment. Quasiment. Quasiment. Tu as l’impression que c’était tabou, tu as refoulé quelque chose avant 23 ans. C’est bizarre de regarder quasiment pas de porno. C’est parce qu’il faut que tu imagines que ma sexualité, elle est venue…
Par des personnes, par des hommes et pas par moi-même. J’ai pas découvert mon corps et l’érection et l’excitation et l’éjaculation par moi-même, j’ai découvert par la main et la bouche d’autrui. Et du coup, pour moi, c’était autrui qui devait pratiquer et me donner du plaisir.
Moi, tout seul, ce n’était pas intéressant. Tu sais à quoi je comparais ça ? C’est comme essayer de me chatouiller tout seul. Je n’arrive pas à me chatouiller tout seul. Moi, c’était pareil. Et toi, aujourd’hui ou à cette époque, tu avais l’impression que c’était un problème ? Non. Voilà. Rien à foutre. C’est ça. Il n’y a pas de souffrance connectée à ça. Non, non, non. Tu sais, j’ai eu des pollutions nocturnes tard en plus. Mais en l’occurrence, super tard. Pollutions nocturnes. Ouais, des petites éjaculations nocturnes, quoi.
Il y a plusieurs terminologies pour ça. Non, mais c’est joli. T’es médecin ? Non, mais c’est mon médecin qui a dû m’en parler, je pense, à l’époque. Ok. Non, mais je voulais pas sous-entendre que mes questions, c’était « Ah, je trouve ça anormal ». Je voulais comprendre… Oui, bien sûr. Mais non, pour toi, c’était pas lié à un tabou, à un refoulement et tout. Non, pas du tout. C’est une façon d’entrer. T’es avant tout, à ce moment-là, et c’est peut-être lié à « Boys to Men », t’es d’abord connecté à l’autre dans ta sexualité que…
qu’au fait organique de la masturbation. Tout à fait. Donc, je peux arrêter, mais mon cheminement est celui-là. Et je vais te couper. Vas-y, coupe-moi. Car nous avons terminé la première partie de ton témoignage. Il me semble être le bon moment. Et tu vas continuer à raconter au prochain épisode. Là où on en était, c’était cette question. Est-ce que je me saisis de cette petite case, de cette fétichisation ?
Est-ce que j’y vais dedans ou est-ce que j’y vais pas dedans ? Ça va ? Ça me va. Merci.