Sexe dans les douches du vestiaire, muscles et militantisme = mon plan de reconquête – Quentin 🇷🇪 2/3

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Partie 2 sur 3 – Après avoir quitté La Réunion et ses violences pour s’installer en métropole, Quentin se confronte à de nouveaux défis : des schémas toxiques dans ses relations sexuelles, l’addiction, et le poids des attentes autour de la masculinité.

Il raconte comment le sport lui a permis de se réapproprier son corps et sa virilité, comment une première relation marquante a transformé sa sexualité, et comment son engagement associatif chez SOS Homophobie l’a aidé à mettre des mots sur ses blessures. Quentin explore les questions de désir, de domination et de réconciliation avec soi-même.

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J'ai un petit message pour mes auditeurs réunionnais, mes petits choux, je galère à trouver des témoignages de réunionnais locaux. J'y suis donc du 8 décembre au 16 janvier. On me dit que c'est une île que tout se sait, alors raconter son intime peut être dangereux ou coûteux. Alors sache que je peux modifier électroniquement ta voix pour que tu sois 100% anonyme. On me dit aussi ce que j'ai à dire n'est pas assez intéressant. Je te promets que ce n'est pas vrai. Pareil, si tu n'es pas out ou pas très épanoui ou peu actif sexuellement, ce n'est pas un souci pour témoigner. Bien au contraire, j'aimerais beaucoup faire témoigner un réunionnais qui n'est pas out et qui raconte. Contacte-moi, on s'en parle et c'est sans engagement. Mon WhatsApp au signal, plus 33 6 61 61 57 36. Quentin, partie 2 de notre aventure. C'est parti. Alors, je ne vais pas refaire une intro de 10 minutes. Je ne te ferai pas cet affront. Peut-être dire que tu es réunionnais et que tu nous as raconté dans la première partie, toi, de 0 à 22 ans. Non, pardon, pas 0, je m'emballe. Mais en tout cas, tout ton cheminement à La Réunion, qui a été très dur, que tu as fui et t'es arrivé en métropole. Et petit à petit, tu as appris à réparer et à te rencontrer. Mais qu'au final, quand tu es arrivé en métropole à 17 ans pour les études, en fait, les vieux démons étaient encore à l'action. Tu enchaînais de la sexualité pour être aimé, mais où tu n'avais pas de plaisir et où… Toi, tu te souviens, comment tu te sentais quand tu repartais de ces plans ? Est-ce que tu étais en dissociation, donc tu pensais à ta semaine ou que sais-je ? Ou est-ce que tu te sentais sale, mal ? Je pense que je n'étais pas bien, mais que je ne le comprenais pas parce que de toute façon, dans ma vie en général, je n'étais pas très bien. J'étais toujours dans une espèce d'état de survie et de mal-être. Mais de toute façon, mais ça, ça a été aussi une des parts de ce qu'il fallait réparer chez moi. J'ai toujours eu des tendances un peu toxiques et addictives. Donc avec l'alcool, mais aussi plus tard avec la drogue. Je pense que le sexe, c'était aussi une espèce de relation comme ça, toxique, addictive. Et ouais, dans une espèce de schéma où il fallait que j'assouvisse quelque chose, mais en même temps, après l'avoir fait, t'es pas fier. Et ouais, une espèce de schéma comme ça, pas très sain. Tu vois le premier déclic, la première marche de l'escalier de la réparation ? déjà il y a eu parce que j'ai expliqué le côté un peu problématique avec les hommes mais il y a aussi un côté avec les femmes qui a été très compliqué c'est que pendant toutes ces années où je couche avec des hommes et où je ressentais rien à l'inverse j'ai aimé beaucoup de femmes mais sans jamais être en relation avec elles et ça a été aussi ça très compliqué parce que souvent on me voyait comme le meilleur ami en fait Et pourtant, je pense à une que j'ai beaucoup aimée et je sais que je lui plaisais aussi. Mais pour elle, le fait que je couchais avec des hommes aussi, c'était problématique. Et ça, ce côté-là, ça… ça me faisait beaucoup de mal parce qu'il y avait aussi ce côté même avec les femmes d'être frustré aussi dans ma sexualité parce qu'il y avait un côté de moi qu'on n'acceptait pas et aussi on me renvoyait aussi souvent à l'image que j'étais le mec parfait entre guillemets mais pas assez viril donc il y avait aussi ce côté là de virilité qui était beaucoup aussi conforté par les femmes en fait donc on c'est les femmes que tu dragues te répondent ça. C'est des mots qu'elles t'envoient. Tu as l'impression que tu as beaucoup changé ou pas ? Là, on a quel âge à Bordeaux ? À Bordeaux, à ce moment-là, je devais avoir une vingtaine d'années. Pourquoi t'as souri quand je t'ai demandé si t'avais beaucoup changé ? Et en même temps, parce qu'en fait, pendant très longtemps, ça a été très dur de vivre tout ça. Et j'étais dans une espèce de position de victimisation aussi, de me dire, mais pourquoi ça m'arrive ça à moi ? Pourquoi je suis si mal ? Pourquoi je cumule autant d'oppression, de discrimination ? Et je ne comprenais pas. Et maintenant, je suis arrivé à un stade où je suis fier de qui je suis. Et je m'en sers aussi dans mon engagement, dans mon activisme. Et c'est aussi pour ça que je fais ce genre de choses, ce podcast. Je pense aussi que j'ai un parcours assez atypique où je suis toujours dans la frange des choses. autant dans mon identité culturelle, mais aussi dans mon identité sexuelle et aussi de genre. Parce que même si je suis un homme cis, je me suis beaucoup questionné sur ce que ça voulait dire être un homme. Et pour moi, il y a plein de choses où on dit qu'un homme doit être aujourd'hui. Et pour moi, ce n'est pas OK. Je suis vraiment profondément contre ces mécanismes de machisme, de virilité, de domination. Est-ce que tu as l'impression que l'expression de ta masculinité a changé depuis que tu as 20 ans et que ces femmes te disent que tu n'es pas assez homme répétant les propos de ton père ? Clairement. Qu'est-ce qui a changé ? Je suis passé par toute une phase, d'ailleurs depuis que je suis à Paris, de réappropriation de ma virilité tout à fait. et ça s'est passé par à la fois ma relation avec mon corps ou des choses basiques mais moi j'ai toujours été très frêle, très maigre et je me suis mis à la salle j'ai commencé à avoir un peu plus de volume Me sentir plus à l'aise aussi dans mon corps, dans la manière dont je prends l'espace, je me sens moins… Avant j'avais tendance à être peut-être un peu en retrait, réservé, j'arrive plus à affirmer que je suis là, qui je suis. et aussi dans ma sexualité qui a complètement changé où j'ai toujours certaines problématiques donc on y vient par rapport à la question la question c'est à l'épisode 1 en tout début je t'ai fait tirer au hasard une carte qui nous a mis dedans les gens ont qu'à aller écouter je répète la question non ? tu peux vas-y c'est sympa pour ceux qui n'iront pas écouter le premier épisode Comment communiques-tu tes désirs et limites à tes partenaires ? Franchement, c'est assez ouf. Franchement, c'est assez ouf. En plus, je t'ai vu les mélanger et tout. Tu as vraiment tiré… J'ai envie de te faire une réaction, mais j'ai un peu peur. Je n'arrive pas tout à fait à comprendre pourquoi je te fais cette réaction et ça me déstabilise parce que du coup… Mais… La raison pour laquelle je t'ai demandé, mais tu as beaucoup changé depuis l'âge de 20 ans, parce qu'aujourd'hui, la personne que j'ai devant moi me coche toutes les cases d'un homme dit masculin, tu vois. C'est-à-dire, et je n'essaie pas de dire plus que ça, mais dans la façon, le corps que tu me présentes, la façon dont tu es habillé, la façon dont tu te tiens, est-ce que tu es à l'aise que je décris comment tu te tiens ? Oui, parce que tu es bien droit, les jambes très écartées, les mains sur tes genoux. Et c'est vrai que le moment où je me dis, attends, il faut que je m'imagine un Quentin dans les rues de Bordeaux à qui les femmes disent t'es pas assez masculin. Tu as du poil facial. Il n'y a plus rien d'efféminé en toi, on est d'accord ? C'est gentil. Déjà, ça me fait beaucoup plaisir parce que je pense que c'est une espèce de revanche un peu sur la vie. Après, je ne me définis pas non plus comme hyper masculin parce que je sais qu'il y a toujours une part de moi où j'ai une sensibilité. Comme je disais tout à l'heure, j'ai un profond rejet du machisme, de la domination. Je suis à fond sur les questions de féminisme contre les abus sexuels. Mais tu ne veux pas avoir l'air efféminé ? C'est pas que je veux pas avoir l'air efféminé, mais… Moi, je te faisais pas un compliment, là. Toi, tu l'entends comme un compliment, mais… Moi, je le prends comme un compliment dans le sens où c'est une espèce de revanche sur la vie. Après, c'est pour ça que je m'identifie pas complètement et je sais que… En fait, je dirais que j'ai, comme tout le monde, et ça, ça va aussi avec ma conception de la spiritualité, on a tous des… Les deux dynamiques, on a une dynamique plus féminine, une dynamique plus masculine. Et je dirais que j'ai été très longtemps dans la dynamique féminine, pas forcément pour les questions de genre et de sexualité, mais même dans la sensibilité, dans la réception des choses, dans la manière dont je me positionnais, dans ce truc de faire plaisir aux autres. Ça, c'est très féminin d'être au service des autres. J'ai très longtemps été là-dedans et maintenant je commence un peu à rééquilibrer et à prendre ma place dans un masculin que jusqu'à présent moi je catégorisais toxique. Et petit à petit je commence à explorer et à choisir ce que je peux affirmer dans cette masculinité qui est ok aussi avec ma personne sans être toxique. Est-ce que tu sais pourquoi ? J'ai l'impression qu'il y avait une myriade de chemins que tu aurais pu prendre. Et si je devais de façon binaire, moi ce que j'observe, c'est qu'il y a des personnes qui du coup, face à cette oppression misogyne qui interdit n'importe quoi d'efféminé, de visible, il y a des personnes qui choisissent plein de différents chemins. Mais en gros, les deux trucs binaires, c'est je vais à fond dans mon féminin et je le… Et je l'arbore, je le dis, je le vis. Et en fait, je serai cette folle que je n'ai pas le droit d'être. Là où d'autres vont à la salle et prennent une masse musculaire et prennent de l'espace. et j'ai vraiment pas envie de sous-entendre je pense qu'on entend un peu mon opinion dans la façon dont je présente les trucs et je pense que parce que ça parle de mon histoire moi j'ai choisi un chemin entre les deux et où quand tu me dis c'est un compliment que j'ai l'air super masculin moi ce que j'entends mais c'est vraiment mon histoire personnelle de Guillaume c'est une part de toi qu'on a dû enfermer, enterrer, et donc c'est pas un compliment, quoi. C'est un deuil. D'accord. Comment, toi, tu le vis ? C'est intéressant parce que, tu vois, moi, je me suis toujours, mais tous mes amis le savent, positionné comme, justement, le… Contraire de l'hypermasculin. Même si je vais à la salle et que tu me décris comme tu m'as décrit. C'est vrai ou pas ? Oui, c'est vrai. Moi, quand j'évolue dans la société, quand j'interagis, quand je parle, quand je prends position, je ne prends jamais position pour le machisme et l'hypermasculinité. C'était pas mon… Moi, je parle là de ce qui est visible du monde. Je ne te parle pas de ton cœur et de tes valeurs militantes. Non, bien sûr. Mais du coup, c'est intéressant parce que quand je me pose ces questions, ça peut aussi m'interroger. Je me dis peut-être que quelque part, il y a une part de moi aussi qui… qui intègrent et accentuent ces normes de masculinité. Donc c'est intéressant, je ne m'étais jamais posé la question. Ouais mais attention, on s'en fout. Non mais franchement, parce que moi je le fais aussi et franchement j'ai certainement pas envie, là on est dans un espace d'échange et j'avais envie de te faire réagir et tout, mais en vrai rien à foutre. Non, mais vraiment, je veux dire, à partir du moment où on fait du mal à personne, moi, il y a des moments où j'ai envie d'avoir l'air masculin pour, un, avoir la paix dans l'espace public. Deux, parce que c'est une revanche sur le petit Guillaume qui a été harcelé, qu'on a traité de tapette et de pédé et tout. Et c'est aussi OK. Et on n'est pas… Enfin, moi, en tout cas, j'ai certainement pas envie que dans notre échange… ça vient une nouvelle couche de culpabilisation en mode ah t'as tué le féminin en toi bon c'est une invitation à la réflexion mais en vrai bon ça suffit on va pas non mais tu vois c'est relou si le moment enfin j'ai pas envie de créer ça c'était pas ce que je voulais dire non non pas du tout c'est en fait je me pose la question parce que Encore une fois, moi, je ne m'identifie pas du tout comme quelqu'un, même aujourd'hui, de masculin. C'est-à-dire que je continue en fait à avoir des remarques qui sont blessantes et problématiques. Je ne pense pas que ce soit forcément pour des questions de masculinité, mais justement, je pense que je suis quelqu'un de très ambigu dans ce que je dégage. On ne sait pas trop, est-ce que je suis hétéro, bi, gay ? Est-ce que je suis… dans une dynamique de charme, de sexualité ou pas du tout. Et donc souvent, dans mes rapports, on va me tester là-dessus. Et ça m'arrive souvent en soirée où la question de ma sexualité va être le premier sujet, le premier truc qu'on va tester. Et moi, ça me met profondément mal à l'aise parce que je suis autre chose que quelqu'un de sexualisé, d'hypersexualisé. mais c'est quelque chose qui revient toujours. Donc en fait, je me dis, j'arrive toujours pas quelque part à cacher ces… Pourquoi je pourrais pas juste être un mec lambda qui évolue dans la vie et sur qui on va pas projeter des choses et qui a pas ces questions de problématiques de masculinité, féminité, sexualité ? Pourquoi je pourrais pas juste être un mec… Entre guillemets normal, même s'il n'y a pas de normalité. Je vais répondre à la question. À ton avis, pourquoi est-ce que dans une soirée, les gens viennent te chercher à cette frontière-là, à ton avis ? Sincèrement, je ne sais pas. C'est quelque chose qui continue toujours à me questionner et qui me fait toujours du mal, en fait. Parce qu'il y a quelque part, ça me renvoie aussi à cette hypersexualisation que j'ai toujours vécue, où on va m'apposer un espèce de rôle d'objet sexuel que je n'ai pas voulu. Ça m'envoie à ces abus… C'est compliqué. Souvent, je pense que je n'allais jamais vraiment parler à personne. Souvent, je me sens d'ailleurs mal en société, en soirée, ce genre de choses pour ça. Et je rentre chez moi, je suis vidé à cause de ça. Tu peux me donner un exemple concret d'une interaction qui t'a blessé dans une soirée récente ? Par exemple, moi, ça m'arrive souvent de me faire draguer par des couples hétéros. ou d'ailleurs même par des couples gays. Et c'est vraiment… Je dis pas que c'est forcément moi et que c'est pas des choses qui arrivent à n'importe qui, mais vraiment, c'est très récurrent et c'est comme si j'étais un objet qui allait pouvoir apporter du piment dans la vie sexuelle des couples. Et c'est hyper… C'est spécial à recevoir, tu vois. Je pense qu'il y a beaucoup de gens qui pourraient en être excités, mais moi, de par mon histoire, ma construction et de par la répétition aussi, c'est vraiment quelque chose qui me… Ouais, j'aime pas trop. Comme c'est en métropole, j'imagine que la majorité de ces coupes sont blancs. Est-ce qu'il n'y a pas cette couche aussi, cet imaginaire sur l'homme de couleur des îles ? Parce que tu as utilisé le terme de piment. J'ai l'impression que dans les clichés, qu'est-ce que tu en penses ? Certainement. Après, là, on entre dans un autre sujet, qui est le sujet du racisme. Autant je peux le vivre dans un côté… fétichisation et qui paraît pas si nocif mais moi j'ai plutôt l'impression d'avoir tendance à le vivre du côté racisme pur c'est à dire que bon les gens me voient pas mais aussi c'est comme ça qu'est la culture réunionnaise c'est à dire que les auditeurs ne te voient pas pardon excuse moi j'avais pas compris C'est comme ça, c'est dans la culture réunionnaise, on est très métissé. C'est-à-dire que l'histoire de la Réunion, il n'y avait personne sur l'île. Et au XVe siècle, quand les Français sont arrivés, ils ont fait de l'esclavage des peuples d'Afrique et de Madagascar. Puis à l'abolition de l'esclavage, il a fallu apporter des mains-d'oeuvre dans les champs. Donc ils se sont fait de l'engagisme, ce qu'on appelle engagisme. Mais concrètement, c'est de la déportation de mains-d'oeuvre venant du Pakistan, de Chine et d'Inde. Et donc, la population réunionnaise est très métissée de ces cultures-là. Et moi, je suis l'exemple type. J'ai du sang européen, italien, africain, malgache, indien, ce que l'on appelle chez nous les Arabes, mais originairement, ce sont les populations du Pakistan. Et aussi chinois. Des francophones peuvent croire qu'on est en train de dire A-R-A-B-E-S, mais ce n'est pas le cas. Non. Et aussi des chinois. Donc voilà, moi je suis mélangé de tout ça et je pense que ça se voit sur mon faciès. C'est-à-dire que, d'ailleurs c'est l'autre question qui revient souvent après ma sexualité ou avant, d'où tu viens ? C'est-à-dire que je suis très ambigu, je suis entre guillemets un citoyen du monde et ça se voit. Et donc moi, j'ai plutôt ce côté-là où, comme on ne sait pas trop d'où est-ce que je viens, on peut m'associer à des catégories discriminées. Par exemple, ça m'arrive quelques fois où je suis en boîte gay ou en boîte queer, je me mets à danser, il y a des mecs qui commencent à m'approcher et puis on va passer une musique du Maghreb ou du Moyen-Orient. J'adore la danse. Je suis très intéressé par les cultures de danse du monde. Et j'apprends les pas des cultures. Donc, je vais me mettre à danser comme une personne qui serait originaire de ces pays-là. Et donc, je vais avoir la réflexion. Ah non, mais c'est un arabe. Et puis tout le monde qui s'écarte. Moi, je le vis plutôt de ce côté-là. Le côté racisme discriminant. J'ai envie de rajouter une couche. Est-ce que c'est ultra malvenu ? Tu vas me dire ce que tu en penses ? Est-ce que tu te rends compte aussi que tu es socialement beau ? Est-ce que tu te rends compte qu'en fait, tu coches des critères sociétalement acceptés de ce qui est considéré comme un homme beau ? C'est gentil. Non, non, c'est pas… Non, non. Je crois que… Enfin, oui, tu peux le prendre comme un compliment, mais je pense que c'est aussi pour ça que peut-être tu es le centre de l'attraction de la soirée. J'avais envie de visibiliser ça. Ou au contraire, qu'ils me disent non, non, pas du tout. En gros, t'es grand, t'as une carrière massive, tu pourrais être mannequin en vrai. Et tu le sais parce que j'ai vu ton Instagram et je sais que tu le sais. Me la fais pas trop à l'envers. Je dirais que je sais que je plais et j'aime beaucoup en jouer. Je suis un charmeur, je reste malgré tout un mec des îles et pimenté. Et c'est vrai que tout ce côté de… Sexualité débridée, ça a aussi développé chez moi un rapport au fait de plaire. J'aime plaire, j'aime séduire, j'aime entrer dans les jeux de séduction. Après, je ne dirais pas forcément que je suis beau. Je trouve qu'il y a plein de gens qui sont beaucoup plus beaux que moi. J'ai dit que tu corresponds aux critères que notre société valorise. J'ai l'impression qu'il y a… d'autres personnes qui pourraient entrer dans des critères plus fortement que moi moi je pense justement que je suis justement pas vraiment dans les critères je suis un peu à la marge de tout tu vois on va plutôt me dire que je suis quelqu'un de charmant que quelqu'un de beau d'ailleurs en général je suis profondément en désaccord mais ça n'est que des opinions personnelles et je pense vraiment que j'ai très raison d'accord Non, je te taquine. Non, mais en tout cas, moi, je trouvais ça… Donc, tu es plutôt en désaccord avec la couche que je rajoute et je le respecte. Je suis en désaccord personnellement, mais je sais que beaucoup de gens sont en accord avec toi. Ouais. Et je trouvais ça intéressant, en fait, de montrer la complexité dans cette objectification et cette fétichisation avec lesquelles toi, tu essaies de te débattre. Moi, j'ai entendu qu'à la fois, de par ton histoire, toi-même, tu joues avec des frontières, pas toujours avec ton propre accord ou un alignement personnel. Et à la fois, le monde te voit aussi au travers de tout un tas de trucs. Et tout ça, en termes de désir et de plaire, parce qu'une de tes batailles et une de nos batailles, je crois que tout le monde qui écoute, il est grave d'accord, c'est d'être aimé. Et donc tout ça se mélange et ça m'invite à revenir un peu à l'endroit de ta chronologie. On est à Bordeaux, on est peut-être maintenant à Paris et petit à petit, ma question c'était quand est-ce que petit Petit à petit, ça commence à se réparer. Et je crois que moi, je m'attendais à ce que tu me répondes, je suis tombé amoureux. Mais tu as répondu, je me suis engagé dans l'association. Je crois que chronologiquement, tu es d'abord tombé amoureux, non ? Tu veux nous raconter ? Je vais juste rebondir un peu sur la question d'avant. Oui, bien sûr. Quand je disais que je sais que la plupart des gens sont d'accord avec toi, il faut savoir que dans mon groupe d'amis queer, on m'appelle Beauty Privilege. Ok, merci de ton… Merci, Quentin. Et moi, ça m'énerve profondément. Mais voilà, j'ai quand même cette étiquette. voilà et donc on disait les déclics du chemin de réparation alors effectivement je suis d'abord tombé amoureux c'était avec un garçon un militaire pourquoi tu le précises ? avec un sourire j'ai un gros king pour les uniformes ah tu l'as rencontré comment ? c'était Grindr il y avait marqué qu'il était militaire ? non pas du tout Il t'a envoyé des photos de lui en uniforme dès le début ? Non. Je peux te raconter un truc qui m'est arrivé ? Il y a quelqu'un qui me drague et donc on échange deux secondes et tout de suite dans les photos qu'il m'envoie, il m'envoie une photo de lui en uniforme et je reconnais que ça a marché. Et ça m'a surpris parce que moi, le militaire, j'ai une famille qui a été très impactée. Mon grand-père est mort à la guerre d'Algérie. Et donc, pour moi, la guerre, c'est un univers. J'ai de la détestation parce que ça a impacté ma grand-mère, ma mère. Et donc, moi, d'une façon puissante, c'est un peu ça, rationnellement, qui est dans ma tête. Et quand j'ai été excité par sa photo en uniforme, je me suis dit « Putain, Guillaume ! » Enfin, non, je n'étais pas vénère contre moi, mais j'étais… Toi, tu vis bien ton kink ou pas ? Disons que j'ai été beaucoup déçu. Par les militaires ? Par les uniformes en général. J'ai aussi pompiers, gendarmes, policiers. SNCF ? Douaniers. En vrai, quand le contrôleur passe et tout, ça t'excite ? Non, pas ce point-là. Eh bien, moi, je ne suis pas indifférent. Ok. Déjà, je suis très fier de lui montrer que j'ai un billet, mon monsieur. Et je me suis dit, bon, excuse-moi, mais non, donc toi, non, SNCF, non. Un petit mépris pour la SNCF, Quentin. Peut-être un peu. Ça fait quand même six ans que je vis à Paris, il y a des gros problèmes. Non. Deux SNCF, deux problèmes d'autre. Ah oui, ça te saoule les graves et tout. Ok, donc vous échangez sur Grindr, tu le trouves beau, puis tu découvres qu'il est militaire et lui ne t'a pas déçu. Alors, Oui et non. Au premier abord, non. C'est-à-dire qu'on s'est vus, c'était pour un plan cul. Et pour la première fois, le sexe était bien, voire même au-delà du bien. C'est vraiment comme s'il avait débloqué quelque chose chez moi. C'était hyper naturel, hyper… Bon, c'était… Amène-moi dans la chambre. Écris-moi ce qui s'est passé. Bah attends, putain, enfin, c'est génial, non ? T'as quel âge ? Je devais avoir 20… À la louche. 22, je pense. Génial. Qu'est-ce qui s'est passé de différent ? Ça remonte, je répète tous les détails, mais pour la première fois, c'était naturel, il y avait une alchimie, il y avait du plaisir. Du désir, c'était… Il y avait de l'empathie, de… C'est vraiment… Tu vois, quand on parle d'une alchimie, quelque part, c'était ça. Il y avait une alchimie. En pratique sexuelle, est-ce que… Parce que toi, t'avais des automatismes sur Grindr où t'allais chercher des hommes plus âgés et une absence de plaisir, tu te positionnais en passif. Tu t'es vu communiquer avec lui différemment ? Ce qui était assez dingue, c'est que la communication, même après, plus tard, quand on était en couple, elle n'était pas verbale. Elle était beaucoup dans le physique, les situations, comment… Souvent, il me montrait qu'il se préoccupait, mais pas forcément en le verbalisant, par des gestes. Et même dans la sexualité, c'était comme ça. Et aussi, cette fois-là, majoritairement avec lui, j'étais actif aussi. Et je pense que… Tu l'avais depuis le début, dans les échanges Grindr ? Pas forcément. Non. Mais c'est vrai qu'avec Retrospective, ça a été une des premières relations où j'étais majoritairement actif et où j'aimais ça. Parce que ça renversait tout de suite le rôle où je… En fait, j'étais plus la personne à qui on impose des choses, mais c'est moi qui prenais le lead. Et ça, je kiffais. Ouais. Moi, ça m'est arrivé récemment. Je dirais vraiment que ça a fait quelques années que je suis l'actif. J'ai vraiment senti dans mon chemin propre à moi de réparation avec ma masculinité et ma virilité qu'il y a un truc de reconquête dans comment je suis un actif domicensuel, comment je prends l'espace en fait. Pour faire kiffer l'autre et tout. Et ça, ça fait du bien, tu vois. Il y a vraiment un petit Guillaume efféminé en moi qui dit putain stylé et tout. Et moi, mon enjeu, c'est d'arriver à être un peu tout ça parce que je suis un peu tout ça. Mais pardon, je t'ai interrompu. Mais toi, tu as eu ce kiff aussi là, peut-être en lien avec ces attaques parce que trop efféminées ou pas ? Sur le coup, je ne l'ai pas pris comme ça, mais quand tu parles de reconquête de sa virilité, maintenant je peux mettre les mots dessus, de me dire, mais même avec les relations après, que c'était une conquête de ma virilité en fait. que c'était une posture de reprendre possession de mon corps, de ce côté masculin, de rejeter les abus, de décider aussi, de prise de décision, d'action, de contrôle. Vous êtes restés combien de temps ensemble ? Et donc pourquoi aussi il m'a déçu ? C'est que mine de rien les militaires c'est pas évident parce qu'ils partaient en mission assez souvent et à chaque fois qu'ils partaient en mission, bon après il y avait un contexte, c'était pas quelqu'un qui s'assumait. En tout cas, il était en phase, en processus de s'assumer. Donc ça, ça compliquait vachement les choses. Je me suis retrouvé dans des situations pas très confortables à me faire passer pour le cousin au lieu du petit copain. Aux yeux de l'armée, aux yeux de ses collègues de l'armée. Et donc après, il y avait ce côté-là où il partait en mission et quand il partait en mission, il me disait « ne m'attends pas ». Alors que moi, j'étais follement amoureux et c'était même pas comme si c'était une discussion, tu vois. C'est vraiment, m'attends pas. Et après, quand il revenait, peut-être que maintenant, on peut emménager ensemble et voilà. Et puis après, en fait, je pars un an en Antarctique. Donc, ça a été comme ça, très compliqué pendant trois ans et demi en tout, je pense. Qu'est-ce que les militaires français foutent en Antarctique ? Alors en fait, il y a là-bas une base scientifique où ils font des études par rapport au climat ou ce genre de choses. Et il y a des militaires qui sont censés les accompagner pour la sécurité. Mais il m'expliquait à l'époque que c'est quelque chose qui est censé disparaître parce que ça leur fait perdre de l'argent plus qu'autre chose au ministère de l'armée. Excuse-moi, c'est moi qui t'ai fait glisser. Donc, c'est super insécurisant comme relation. Exactement. Ça, après, je l'ai conscientisé aussi après. Mais il y a une psychologue qui a écrit un livre sur les cinq blessures de l'âme, je crois, quelque chose comme ça, où… on te donne en fonction de ton type de blessure ta manière d'aimer et nos deux types de blessures étaient hyper compatibles c'est à dire que lui c'était le fuyant Et moi, j'étais le dévot. Le dévot, ah oui, ôté. Ôté, exactement. Celui qui se donne inconditionnellement. La dévotion. La dévotion, exactement. Et lui, c'était celui qui fuyait, qui donnait des signes, mais qui repartait, qui donnait des signes et qui partait. Et c'était exactement ça, cette relation. Les 5 blessures c'est par Lise Bourbeau pour la cité tu conseilles le bouquin ? j'ai pas lu le bouquin mais j'ai écouté beaucoup de podcasts je suis à fond dans la psychologie et j'ai écouté pas mal de podcasts qui le mentionnent vous êtes resté combien de temps ensemble ? toute l'histoire 3 ans et demi en tout et ça a été à ce moment j'étais à Bordeaux et j'ai commencé aussi à venir à Paris J'ai l'impression qu'il y a un autre déclic qui t'a aidé. Et effectivement, l'association. Et effectivement. Entrez chez SES Homophobie. Et en fait, c'est assez drôle parce qu'en fonction des groupes dans lesquels je suis entré, parce qu'en fait, chez SO et Somophobie, il y a différents groupes d'action et de préoccupation, d'intervention. En fonction des groupes dans lesquels je suis entré, c'est comme si à chaque fois, ça débloquait quelque chose chez moi. Donc, j'ai d'abord commencé par les IMS, les interventions au milieu scolaire. Et c'était à la base, pour fixer le contexte, je me suis engagé dans le milieu associatif. Ça faisait longtemps que je voulais moi faire de l'humanité, m'engager dans le milieu associatif, mais je ne savais pas dans quoi. Et un jour, il y avait l'histoire de la petite Dina, qui est une jeune lycéenne qui vivait, je crois, en Alsace et qui s'est suicidée. Elle était lesbienne de confession musulmane et d'origine réunionnaise et vivait des attaques lesbophobes et racistes, du harcèlement qui l'a poussé à se prendre à son armoire. Et ça, ça m'a profondément énervé cette histoire, d'autant plus que la position de De l'éducation nationale, de l'école, c'était vraiment pas du tout assumer les conséquences, de dire qu'ils n'étaient pas au courant, alors que la mère éprouvait qu'elle avait alerté depuis des années, qu'il y avait des messages. Tout ça, ça m'a profondément énervé. Donc, je me suis mis à taper sur Google « Lutter contre les LGBTphobies et le racisme ». Et je suis tombé sur SOS Homophobie et plus précisément, à l'époque, sur un groupe qui s'appelait Le Red. Et donc, j'ai postulé pour entrer. Et en fait, quand on m'a répondu, on m'a dit « Tiens, tu pourrais peut-être aller faire les interventions au milieu scolaire. » Ce que je ne voulais surtout pas faire. Parce que je savais que ça allait réveiller des choses très compliquées chez moi, le retour au harcèlement scolaire. Et je sais que les enfants, ça peut être génial, mais ça peut être aussi… compliqué qu'un enfant puisse te dire des choses qui mesurent pas et j'avais peur de ne pas pouvoir gérer ça mais après ils m'ont rassuré en me disant qu'il y a un processus de formation et qu'on y va petit à petit donc j'ai commencé à le faire et effectivement c'était assez génial comme expérience Et ça m'a permis de, quelque part, guérir cet enfant harcelé. Ensuite, je suis entré, donc… Je suis devenu co-référent du RAID parce qu'en fait, il se trouve que ce groupe-là était endormi. En fait, on ne m'avait pas répondu parce qu'il était endormi et il n'y avait personne. Et au fil de mes rencontres, j'ai rencontré un garçon qui est devenu mon meilleur ami et avec qui on a ravivé ce groupe qui s'appelle maintenant UNIR. Et en fait, devenir co-référent de ce groupe… ça m'a permis de conscientiser tellement de choses. En fait, concrètement, ce groupe, il s'intéresse à l'intersection entre les LGBTIphobies et les racismes, mais aussi à la relation entre les identités culturelles avec les identités sexuelles et de genre. Et toutes les identités culturelles en général. Et donc, on a plusieurs projets. En faisant ces projets, j'ai vraiment conscientisé à quel point tout ce qui m'était arrivé était induit par un contexte culturel et social. Et c'est là que j'ai commencé à conscientiser pourquoi mon père avait été si violent envers moi. Pourquoi j'avais vécu ces abus, dans quel contexte ils intervenaient. On reprend le pouvoir ou une puissance. Exactement. C'est exactement ça, c'est la force de la conscientisation. Quand tu commences à comprendre les choses, l'environnement, le contexte, et mine de rien, on est dans un système, et un système oppressant et discriminant et hiérarchisant et notamment pour nous les personnes LGBTI mais pour plein d'autres personnes les personnes en situation de handicap les personnes racisées pour les questions de classe sociale pour les questions de genre pour tellement de choses Et quand tu commences à comprendre en fait où est ta place dans ce système et qu'est-ce que ça invoque, là tu peux quelque part reprendre le pouvoir et te dire « Ok, tout ça, ça m'est arrivé, mais ça ne me définit pas. Et maintenant, qu'est-ce que je veux faire avec la personne que je suis dans ce système ? » Et c'est là que j'ai commencé à renverser les choses et en faire ma force et à tourner mon histoire comme quelque chose de puissant qui peut sensibiliser les gens. Parce que moi, j'ai vraiment envie de foutre un coup de pied dans la fourmilière et pousser les gens à s'interroger sur… Sur ces normes qui sont problématiques et à les changer en fait, et les blessants tout à fait. Est-ce que tandis que mettre des mots et conscientiser t'aide toi et répare, est-ce que tu vois un impact sur ta vie sexuelle intime ? Est-ce que tu continues parfois à aller sur Grindr et à aller avec des hommes plus âgés ? Je vais faire un parallèle. Ça, ça m'a vachement aidé personnellement. Il faut savoir qu'on a fait un grand événement le 12 octobre dernier où j'ai témoigné et où j'ai raconté mon histoire. Et ça a été le premier coming out que j'ai fait devant une centaine de personnes. Témoignage qu'ensuite j'ai envoyé à ma mère. dans lequel je raconte vraiment en détail tout ce qui m'est arrivé même les abus sexuels etc c'était complètement égoïste je pense pas qu'elle était en mesure de le recevoir je pense pas que c'était forcément la bonne manière mais j'avais besoin de le faire et ça vraiment une fois que je l'ai fait c'est comme s'il y avait un poids qui s'était enlevé de ma vie et comme si je pouvais enfin avancer Et dans les autres groupes dans lesquels j'ai intégré, j'ai aussi intégré Bipan, qui s'occupe des questions de biphobie, panphobie. Et c'est là que j'ai conscientisé toutes les questions en rapport de ce rapport de panphobie et biphobie que je vivais notamment avec les femmes. Donc ça aussi, ça m'a permis de guérir ce côté-là. Et en parallèle, j'ai un espèce de changement aussi qui s'est créé en moi. de reconquête de ma masculinité, comme on le disait tout à l'heure, par rapport à mon corps, ma posture, etc. Mais aussi par rapport à ma sexualité, où j'ai commencé à avoir ciblé mes rapports sexuels pour que ça me donne du plaisir. Parce qu'enfin, je savais ce qui me faisait du plaisir. Sortir aussi de ce schéma toxique, problématique avec le sexe, Et donc, quand je sentais que j'allais vers ce schéma-là, d'arrêter, de stopper, de ne plus le faire. Et à l'inverse, quand je sentais que c'était quelque chose qui me plaisait, de l'affirmer. Et notamment, on en a parlé là de l'enfant, mais moi, j'aime beaucoup les endroits publics. Tu veux dire, on en a parlé en pré-entretien ? Oui, en pré-entretien, pardon. Non, non. Euh… Et je suis passé par toute une phase où j'avais conscience que les applications, ça ne me convenait plus. Et je me donnais comme défi de séduire les gens, mais dans la vraie vie. Et donc, soit par les lieux de cruising ou mon grand terrain de jeu, c'était la salle de sport. Et voilà, on va dire que j'ai fait quelques… plusieurs choses dans les vestiaires. Tu étais plus souvent dans les vestiaires qu'à la salle. Pas plus souvent. Je faisais d'ailleurs toujours après ma séance. Comme ça, j'étais sûr d'avoir fait ma séance avant d'être… Le travail bien fait. Exactement. Tu t'es mis… En fait, pour toi, c'était une étape de s'autoriser à draguer en public, c'est ça ? C'était pour moi une étape de m'assumer aussi, en fait, dans ma sexualité, de prendre mon aise dedans. Parce que mine de rien, être LGBT, on a toujours cette charge-là d'être caché, de faire les choses en secret. Et ce qui est assez génial, je trouve, surtout moi avec la culture réunionnaise, parce que c'est pas quelque chose qui est peut-être de plus en plus, mais c'est difficilement à accepter et assumer. et donc être dans cette ville de Paris où en fait quelque part tu peux être qui tu veux ça ça a été libérateur pour moi de voir que il y a des mecs que tu peux croiser dans la rue et qui te draguent que tu peux faire des choses à la salle de sport il faut au moins une chose à la salle de sport tu peux pas la citer trois fois tu peux pas me narguer genre moi j'ai jamais osé Moi, c'est un endroit qui me fait peur. Oui, c'est vrai. Passons. En tout cas, je suis mal à l'aise que je me dis que je ne suis pas assez musclé alors qu'on est dans une salle de sport. Ok, l'horreur. Mais ça, c'est mes affaires. Du coup, tu ouvres le casier et là, tu tournes la tête et tu fais des jeux de regards pour signifier, amorcer. On fait comment ? – Déjà, il faut savoir que moi, je suis passé par ta phase aussi, où je me sentais très mal à l'aise dans la salle de sport. Pour moi, à la base, maintenant, j'y vais minimum cinq fois par semaine. Mais à l'époque, mettre le pied dans une salle de sport, pour moi, c'était… Inconsidérable. Je n'étais même pas fan de sport de base. C'était un environnement qui me faisait peur. Déjà au collège, j'avais peur des vestiaires. C'est un endroit où je ne me sentais pas à l'aise. Je n'étais pas à l'aise avec mon corps. C'est de là d'où vient mon angoisse à moi. Je te remercie. Donc, tu as été moi. J'ai eu cette phase. Et petit à petit… Tu t'approprie les lieux, tu te rends compte que ça ne fait pas si peur que ça. Même dans le sport, j'ai commencé à y trouver mon compte parce qu'au-delà du côté physique… Apparence. Apparence, exactement. Pour le bien-être, c'est génial. Je ne me suis jamais senti aussi non stressé que quand je suis dans une salle de sport. En fait, je ne pense à rien d'autre que le sport. En santé mentale, moi je cours une fois par jour et ça c'est vraiment un tuyau ouf. Je te vois, essayez d'échapper ma question, on revient. On est dans le vestiaire, comment ça se passe ? Fais croustiller. Si ça te met en joie, c'est plutôt une anecdote joyeuse, t'es d'accord ? Oui, oui. Il nous gavait ce… Il y a quand même la moitié des mecs de la salle de sport qui sont gays. Celles où tu vas. En tout cas, qui sont attirés par les hommes. En tout cas, à Paris, je pense. Peu importe la salle de sport. Tu t'emballes. Non, vraiment. OK, d'accord. Parce que c'est quand même assez important dans la communauté, la culture du physique. Et donc, je pense qu'on y est beaucoup. Vous y êtes beaucoup. Dans votre communauté à vous. Mais bon, passons. Et donc il y avait ce mec que j'avais un peu repéré, qui était sexy, je voyais qu'il y avait des jeux de regard et je pense que c'était repéré l'un et l'autre. Et j'avais commencé un peu à comprendre ses mécanismes. J'avais remarqué qu'après la salle, il allait toujours prendre une douche, ce que moi je faisais pas ou que je fais pas, je préfère la prendre chez moi. Et lui, j'avais remarqué qu'il en prenait tout le temps. … Et c'est là que je vois que j'ai un petit côté un peu chasseur quand même. Et donc, ce jour-là, je ne sais pas, je me suis lancé comme défi de la voir, entre guillemets. Et donc, on finit la séance à peu près en même temps. J'avais repéré à peu près à quel moment il finissait sa séance. On l'a fini en même temps. Il va prendre sa douche. Donc, je n'avais pas prévu d'en prendre, mais du coup, j'y vais aussi. En vrai, si tu avais envie de le tuer, tu ferais la même chose. On est d'accord ? Je rigole, j'ai peur. Pas psychopathe à ce point-là. Mais non, je te taquine. Je te vois avec ton petit carnet à noter les horaires chaque jour. Je suis quelqu'un qui fait beaucoup attention aux détails. On se retrouve dans la douche. Et on est combien dans la douche ? En fait, c'est un endroit où il y a quatre douches, deux face à face et la paroi est vitrée. Parfait. Après, il y a quand même des bandes qui te cachent un peu les parties, entre guillemets, intimes. Mais du coup, forcément, je choisis la douche qui est en face. Et donc, j'avais prévu aussi, du coup, forcément, je n'avais pas mes affaires pour prendre des douches parce que je n'avais pas prévu d'en prendre à la base. Donc, je lui ai demandé, est-ce qu'il a du gel douche ? Bien sûr. Bien sûr, mais suis-je bête ? Quelle bonne idée ! Mais bien sûr, le gel douche ! Et il se trouve que moi, je suis quand même très réceptif corporellement. Donc, j'étais dans un état d'excitation. Donc, je bandais. Donc, on ouvre les portes pour se passer le gel douche. Donc, il voit que je bande. Donc, lui, il réagit. Enfin, il est interloqué, mais il ne réagit pas tant que ça. Et après, je finis par lui… Donc, je repasse le gel douche en souriant et je lui dis « Tu veux venir ? » Ah ouais, bravo ! Parce qu'attends, c'était quoi les indications que tu avais ? Parce que tu as dit interloqué. Ah oui, il y avait les jeux de regard pendant que vous faisiez du sport. Disons que je suis quelqu'un comme ça, je suis assez entreprenant quand je me mets l'idée en tête. Le chasseur tire ! Je vais mettre le contexte en place pour que ça se passe. Et après, si ça ne se passe pas, ce n'est pas grave. Il a dit oui. Et il m'a dit, moi, de venir. Et ce que j'ai fait… Attends, c'est quoi cette affaire ? Il a la flemme de bouger ? En fait, dans le… Il y avait un passage au milieu qui, lui, était visible. Ah, il est malin, il est malin. Moi, je n'avais pas peur de ça, donc j'y suis allé. Et voilà, on a fait nos affaires dans la cabine de douche. Après, toujours, c'est mieux dans la tête qu'en réel. C'est-à-dire, le moment était cool. Et pour moi, c'était un accomplissement énorme. pour plein de choses qu'on a déjà évoquées avant. Mais l'acte en lui-même n'était pas… Qu'est-ce qui lui manquait à cet acte ? C'était très égoïste. C'est-à-dire que, concrètement, c'était plutôt son plaisir. C'était très rapide. Alors que moi, j'aime prendre mon temps. Et… Et voilà. Et donc déjà, ces deux choses-là, pour moi, c'est compliqué. Je te propose une partie 3. Tu as l'énergie ou pas ? Parce que j'ai envie qu'on conclue sur « et aujourd'hui ». En fait, ta sexualité d'aujourd'hui… Et cette question de retourner à la réunion ou pas, à un moment donné, puisqu'on se dit que des cartes peuvent être magiques et qu'elles te servent la question, peut-être qu'on pourrait y répondre. Et aussi, il y a eu un moment où j'ai eu comme un… Je me suis dit… Ah mais en fait, il est en train de prendre un espace et de se muscler pour être prêt à rentrer à la Réunion. J'ai cette image, tu vois. Oui, toi tu l'as pris comme ça. Je l'ai pris comme ça et donc j'aimerais que tu réagisses à ça après, que tu racontes. Ça te va ou pas ? Super. Rendez-vous dans quelques jours pour les auditeurs.

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