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Est-ce que tu as des questions ? Euh... Non, je suis un petit peu... Ouais, stressé, angoissé, on va dire, mais ça va aller en fait. Ouais ? Ça va aller. Il pourrait se passer quoi de pas bien ? Rien, rien du tout. Non mais c'est moi qui me fous la pression tout seul en fait. Bah on va... Ça va très bien se passer. Je sais, j'ai écouté tes podcasts, t'inquiète. Je vais te lire ma petite intro. D'accord. Que j'ai écrite ce matin. Antoine, bienvenue chez moi.
Antoine, tu m'as dit « Je veux témoigner sur ce podcast parce que j'aurais aimé entendre quelqu'un comme moi quand j'étais au fond du trou pour me dire « Je ne suis pas seul, je ne suis pas un débile, je ne suis pas un monstre. » Antoine, tu as 52 ans. Un jour, tu décides de quitter Paris pour t'installer en campagne. Tu pars avec ton copain, des projets pleins de la tête, mais ça dérape et vous rompez. Vous avez été en couple pendant 14 ans, donc tu rentres en couple à 38 ans.
Et là t'as 52 ans, tu te réveilles célibataire et à la campagne. Tu redécouvres la jungle Grindr et la violence des réseaux de rencontres. Et puis la personne la plus proche est à quelques kilomètres. Si dans ta tête tu es toujours un jeune, le monde autour de toi te rejette. Trop vieux, tu dois mentir sur ton âge pour pouvoir rencontrer d'autres hommes.
Petit à petit, tu tombes dans la solitude. Et un jour, en 2022, tu fais appel à un prostitué, un escorte comme on dit aujourd'hui. Le sexe tarifé est facile, disponible. Tu me dis, faire appel à un escorte, je vois ça comme une solution pour casser ma solitude et pas passer mon temps sur l'écran à être frustré et rejeté sur Grindr. Et puis tout dérape, tu deviens addict au sexe tarifé et à la drogue. Tu vas nous raconter aujourd'hui ton chemin ?
la descente et la remontée, ou peut-être je devrais dire les descentes et les remontées, sinon on va croire que c'est un truc un peu linéaire.
Ouais, il est remonté. Parce que c'est vraiment oscillatoire, en fait. Là, je suis en procédure de divorce, donc c'est un peu... Ça commence. C'est un peu oscillatoire. J'ai des vagues émotionnelles, en fait. Toi, tu veux dire où est-ce que tu habites ? Ouais, j'habite à Bâle. Qu'est-ce que tu fais à Paris ?
En fait Paris c'est mon centre, mon point de stabilité en fait. Moi je suis parisien, je suis né à Paris, j'ai toujours vécu à Paris et j'ai tous mes amis à Paris. Donc c'est vraiment mon centre de stabilité. Je reviens ici, j'arrive gare de Lyon, j'ai un frisson automatiquement. Je me sens bien, j'ai mes repères.
je fais ce que je veux en fait je suis libre à part du coup je te propose qu'on fasse ça chronologiquement et que tu me racontes là l'avant addiction et tu as dit un des déclencheurs c'est partir à la campagne et là tu viens de me dire Paris c'est mon centre pourquoi être parti t'avais quelles attentes ?
Par amour, en fait. Parce que j'ai rencontré mon copain à Paris, il était au Savoyard, et il m'a toujours dit qu'il voulait retourner dans sa région, et j'ai été muté.
En Suisse, pour travailler en Suisse. Pour autant, c'est un région. Mais bon, voilà, par amour. Pas par choix, on va dire. Tu vois, tu dirais que j'ai cru comprendre que...
L'addiction avait poussé sur un terrain favorable de solitude et de rupture. Oui. Toi, tu dirais que ça a commencé même pendant que vous étiez en couple, tandis que ça se délitait ? Notre couple se délitait au fur et à mesure. Le Covid a été dur, vraiment dur pour tout le monde en fait. Et tu te retrouves en espèce de huis clos.
à la campagne, et t'avais le rayon de 1 km, le radius. Ici, tu fais 1 km, t'as des choses à voir, en fait. Ici, à Paris. Dans le centre de Paris, t'as un radius de 1 km à la campagne, c'est quoi ? C'est des champs, et de la forêt, et rien, en fait. Donc ça a commencé à ce moment-là. Le huis clos était vraiment étouffant.
Après, une perte d'emploi, une dépression nerveuse, un délitement du couple qui se sépare. L'un qui travaille beaucoup, l'autre qui se rend fin à sa solitude. Mais toi, à ce moment-là, t'arrives pas à lui parler ? Non. Quand t'es en dépression, tu t'enfermes, en fait. Tu...
Tu tais un peu ton mal-être, t'as pas envie qu'il se diffuse, s'infuse autour de toi, donc tu te renfermes. Mais ton partenaire, mon mari, sent que j'ai pas bien, il sait pas quoi faire, il est désarmé en fait. Parce que quand t'es en couple, en fait, tu...
t'as deux personnes mais tu vois quand ton partenaire est pas bien et tu sais pas quoi faire en phase dépressive tu sais pas comment t'es pas professionnel en fait t'as pas les mots t'as pas les gestes donc moi j'ai pas su lui dire il a pas su comment faire c'est normal en fait on ne sait pas on a peut-être dû se faire accompagner à ce moment là les deux et on l'a pas fait mais le couple commençait vraiment à
à s'éloigner si jamais on se dit que la dépression c'est un déséquilibre qui dit quelque chose c'est un symptôme qui tente d'alerter toi ça t'a alerté sur quoi ? ça m'a alerté sur le fait que j'étais pas bien que j'étais pas en phase avec moi-même que j'étais pas bien en fait à quel niveau t'étais pas en phase avec toi-même ?
Moi je suis quelqu'un de très sociable en fait, je suis un citadin donc j'aime la vie et je me rappelle j'étais revenu à Paris une fois et on était en quartier Montorgueil, j'étais avec ma meilleure amie et on marchait et à un moment je me suis arrêté.
Et je l'ai regardé, j'ai fait, mais ça, ça manque. J'entendais le brouhaha, en fait, des terrasses. Ce bruit-là, en fait. Et là, tu te dis, ça, ça manque. Dans la campagne, il n'y a rien. C'est le silence, en fait. Ça peut être reposant, mais quand c'est au quotidien, pour moi, c'était un peu le supplice de la goutte d'eau. Je disais, j'ai appris à écouter l'air un peu poussé. C'est bien, c'est la méditation pleine conscience, mais tous les jours, tous les jours, tous les jours...
C'est infernal, en fait. Et t'as pas de choix culturel non plus, par exemple. Là, je viens à Paris, j'ai envie de voir des pièces de théâtre, aller au musée, voir des copains, sortir. T'as pas le choix. Souvent, j'ai l'impression que, en tout cas dans mon expérience de la dépression...
C'est un tiraillement entre deux besoins fondamentaux. Bon, il y a de la confusion, mais c'est un tel tiraillement que ça explose. Et est-ce que dans ce cas-là, toi, ton tiraillement, c'était je ne veux pas être à la campagne et à la fois, je ne veux pas perdre mon mari ?
Parce que là, tu le dis de façon tellement claire, et même à ton ami, tu étais en capacité de dire, j'ai besoin de cette ville. C'est intérieurement, oui, parce que c'était entre mon besoin à moi, de vivre en ville, et peut-être son besoin à lui de se retrouver chez lui, en fait. Et puis, il avait un bon travail. Il a toujours un bon travail. Donc...
C'est un tiraillement entre l'amour, faire quelque chose pour l'autre, mais s'oublier soi-même en même temps. C'est un peu ça. Et tu n'arrives pas à lui en parler ? Non. Là, si ton ex-mari écoutait, ça serait une découverte pour lui ?
Non, parce qu'on en a parlé depuis. Donc c'était difficile, mais on en a parlé. Tout ce que je vais dire, il le sait, parce que je lui ai dit pourquoi, ce qui s'était passé. Il n'est pas au courant, que je témoigne. Mais il est au courant, parce que je préfère être sincère. Je ne parle pas de vérité, en fait. Je préfère parler de sincérité. Donc, après avoir menti pendant des années...
à mon partenaire, moi et mes amis, des années de 2-3 ans. Maintenant, je me suis dit, cette année, au 1er janvier, je vais être sincère, en fait. Menti sur les addictions ? Les addictions, oui, parce que l'addiction, c'est quelque chose que tu caches, en fait.
Et au 1er janvier t'as dit, déclic ? J'arrête de mentir, je veux être sincère, j'en ai assez, c'est pas moi en fait. Donc la plupart, même tous mes amis m'ont dit, on ne savait pas que tu allais aller aussi mal. On n'a rien vu. Au bureau, on n'a rien vu, ils n'ont rien vu. Ils ont simplement vu que j'avais extrêmement maigri.
mais j'ai performé dans mon travail, dans mon nouveau travail, mais personne n'a rien vu. Donc tu caches quand t'es addict, tu caches par un sourire, par une disponibilité, tu arrives à mentir en fait, tu te mets un masque, et ça c'est assez déroutant de faciliter en fait. On finit, on creuse de façon chronologique, et donc sur la...
sur ce que exprime la dépression ou moi j'ai envie de comprendre comment t'as glissé dans l'addiction toi tu dis je suis à un endroit où j'aime pas être c'est vrai comment j'ai glissé dans l'addiction ?
En fait, tu te rends compte, quand tu es un peu dépressif, tu as une faiblesse, en fait. Tu as un terrain, on va dire, favorable, un terreau favorable à différentes choses qui peuvent te permettre d'accéder à une part de bonheur. Ce qu'on appelle, c'est la chasse à ce que j'appelle la dopamine, en fait. Donc, tu vas essayer de trouver tous les moyens pour trouver ce bonheur, en fait. C'est un moment, c'est un moment de...
en suspens. Mais que je comprenne bien toi ton cerveau il t'indiquait que si tu en parlais à ton mari et par exemple que tu proposais une relation à distance, tu dis ben moi je rejoins une ville, on se voit le week-end cette petite solution un peu concrète, facile à cette époque là ton cerveau il disait quoi ? Ben on l'a faite en fait, je suis parti il y a un an j'ai quitté la région pour retourner à Bâle en Suisse c'est quand même à 3h de train 3h de route
Mais ça n'a pas marché. La relation à distance n'a pas marché parce que je pense que c'est retrouver seul dans une grande maison, lui aussi isolé cette fois-ci. Et moi, je suis dans une ville à travailler. T'étais mieux, toi ? Oui. Moi, à Bâle, j'adore la ville, en fait.
C'est la ville culturelle de Suisse, il y a plein de choses à faire. Je suis un fanat de musique électro, donc tout le week-end il y a quelque chose à faire. Donc c'est une ville qui est assez vivante, sur trois pays. Donc tu as une interculturalité assez importante. Là l'été arrive. Donc en fait, la dépression c'était uniquement...
Le lieu, et dès que tu sors du lieu, tu retrouves tes capacités, c'est ça ? Tout à fait. Ça me semble tellement simple. Ben ouais, il fallait le faire. Ça me semble bizarre. Ouais. J'ai l'impression qu'une dépression, c'est une maladie beaucoup plus complexe que ça. C'est complexe, mais il faut trouver les facteurs qui génèrent cette dépression, en fait. Et le seul facteur pour toi, c'était le lieu ? Ben non, le rejet, c'était le rejet, en fait, du lieu, des personnes où tu vis.
Parce que tu vis la campagne, t'es un couple homosexuel dans un petit village de 1700 personnes, c'est pas tellement facile. Donc t'arrives pas à connecter. On te répond, par exemple, il en faut. Ou alors, c'est pas des questions un peu stupides. J'en connais, moi aussi. Tu connais cet homosexuel, ce gars, est-ce que tu le connais ? C'est une question un peu bête. Pourquoi je connaîtrais tous les homosexuels de Terre, en fait, sur Terre ?
oui le fameux tu vois il est homo tu le connais bah non je le connais pas qu'est-ce que j'ai encore un peu de racisme aussi ça ça m'a un peu surpris j'avais un très beau t-shirt j'avais pris une expo à Paris il y a marqué Paris en lettres latines tu vois enfin Paris et en dessous en arabe c'était joli
C'était en bleu. Et Paris, c'était écrit en rouge. Je rentre dans un bar et le barman me dit « Ouais, je préfère ce qui est écrit en rouge. Paris. » Je trouvais ça un peu violent, en fait. Tu vois ? Donc tu trouves à des... Ici, à Paris, tu ne seras pas confronté à ça d'une façon, on va dire, aussi directe.
Enfin, toi. Le racisme à Paris. Moi, en tant que blanc, caucasien, je ne suis pas confronté à ça, en fait. Est-ce que tu sais pourquoi ?
Qu'est-ce qui, dans ton histoire, explique que tu... Que quand t'as des gens un petit peu ignorants, un petit peu gauches, un peu maladroits, parce que ce que tu exprimes, c'est une forme de violence. J'essaie pas de dire c'est... Et moi, j'en ai eu plein comme ça. Et il y a des jours où je navigue avec ça. Et il y a des jours où ça me met en colère.
Est-ce que toi t'arrives à comprendre pourquoi pour toi c'était pas possible ? Parce que t'es d'accord que c'est assez maladroit ce qu'on te dit, mais que c'est... J'ai pas le temps de les éduquer en fait. J'ai pas le temps de répondre ni de perdre mon temps à ça. Parce que je serais tout le temps en colère. Donc c'est une perte d'énergie assez incroyable. Tu te sens pas accueilli ? Tu te sens pas chez toi ? Je me sens pas chez moi. Et je suis hyper sensible. Enfin, diagnostiqué comme tel...
Donc, je prends les émotions. Mes émotions sont assez vives, en fait. Et comme je n'ai pas de filtre, quand on me dit une chose, moi, je prends brut de décoffrage. Je prends le truc. Avant, j'avais plutôt tendance à m'énerver ou à sauter à la gorge de la personne. Mais là, maintenant, non. Ça ne sert à rien. Je préfère cette énergie. Tu regardes la personne, tu souris ou
Tu ne prêtes même pas attention. Dans ton couple, de 14 ans de couple, il y a donc pas mal de temps que vous avez vécu en ville ?
Oui, j'en ai vécu jusqu'en 4 ans. Et t'étais heureux à ce moment-là ? Heureux, ouais, mais c'était pareil, je trouvais qu'il changeait en fait. C'était 2014, 2015, c'était un peu chaud le truc. Non, je comprends pas. Pourquoi chaud le truc ? Moi, à Paris, j'ai vu changer en fait. Il y a eu plus d'énervement, plus d'agressivité qui est venue au fur et à mesure. Bon, après, t'as eu les épisodes 2015, les attentats, donc c'était un peu violent. Donc à l'époque, j'étais content d'être loin de tout ça.
Je pense que j'avais besoin aussi de recul, tu vois, par rapport au travail, etc. Aller à la défense, c'est pas non plus quelque chose de bien. Et puis là, j'avais une belle opportunité de carrière en Suisse quand même, ce qui est intéressant. Alors attends, j'essaie d'enquêter et du coup, j'essaie de comprendre. Toi, tu étais bien en ville avec ton copain ?
Ou pas ? J'ai mal compris. En fait, on a cherché un appartement à Paris. Moi, j'aurais voulu acheter. Lui aussi, mais on n'était pas d'accord. Et puis après, bon, lui, son projet de retourner en Suisse. Moi, j'avais peut-être. Bon, pourquoi pas ? Opportunité en Suisse, c'est que tu as travaillé à Genève.
J'ai écouté les podcasts et je crois qu'on était à un moment, on a failli être voisins. J'étais au Global Health Campus. Donc juste en face et comme toi, j'étais déçu.
Ouais, à ce moment-là, pourquoi pas ? En plus, tous les ans, on allait randonner, faire des trucs à la montagne. Donc, c'était cool. Je me dis, pourquoi pas ? Soit je pose mal ma question, soit tu l'évites. Et si tu veux l'éviter, tu me dis, il n'y a pas de souci. Là, du coup, j'essaye de comprendre le contexte. Qu'est-ce qui s'est passé ? Et du coup, tu dis, c'était vraiment une souffrance. J'ai vécu une souffrance et c'était très difficile à la campagne. Tu donnes des exemples
de ces mots qui, toi, te rejettent, t'excluent et te font sentir pas bien. Donc, j'essaye de comprendre... Ça, c'est venu au fur et à mesure, doucement, tu vois. Attends, du coup, laisse-moi... Et du coup, dans les années où t'étais en ville, moi, j'essaye de comprendre comment t'étais bien. J'essaye de comprendre, à cette époque-là, si tu dis, moi, vraiment, en ville, j'étais bien. Donc, je te demandais, sur tes quatre ans que vous avez passés en couple en ville, toi, tu te sentais comment ?
Moi, je me sentais bien, à tel point que quand on a partagé notre projet de partir, l'ensemble de mes amis, je dis 100%, y compris ma famille, m'a dit « impossible que tu ailles vivre la campagne, dans six mois tu reviens ». Tout le monde disait ça. Certains de mes potes me disent « il n'y a pas plus parisien que toi ».
J'y croyais pas, mais je me disais pourquoi pas. Et j'avais besoin, en ce moment-là, peut-être de souffler aussi. Parce que d'un moment, la vie peut te prendre, t'envelopper, t'étouffer. Peut-être ce besoin à ce moment-là. C'est quoi la différence entre... Alors, t'as dit ton vrai prénom que je vais bipper, tu t'en es pas rendu compte. Je te rappelle, attends, faut que je me souvienne, tu t'appelles comment ? Tu t'appelles Antoine. C'est ça qu'on a dit, hein ?
Mais là, ça peut être... Ne le dis pas, mais tu viens de le dire, je vais te bipper. Mais donc, entre le Antoine de cette époque, où tu vas bien... En fait, t'as aussi dit à Paris, c'était compliqué. C'est ça que j'essaye de comprendre. Le Antoine où t'es en couple, à Paris, ville que tu aimes, et le Antoine à Bâle. Ils ont 20 ans d'écart. Le Antoine à Paris, maintenant que tu le regardes,
Lui, du coup, il allait bien ? Il n'y avait pas ce terrain de dépression ? Non, parce que, comme je dis, à Paris, c'est mon point de stabilité, en fait. Donc, je sais que quand je ne vais pas bien, je sais où aller, je sais comment me faire plaisir. C'est ces petits plaisirs qui peuvent te permettre d'aller mieux, tu vois. Donc, à l'époque, il n'y avait zéro terrain dépressif ? Il y en a eu un, mais bon, c'était une rupture, tu vois. Donc, ce n'était pas lié à la ville.
Par rapport au travail, c'était concomitant. Mais non, en fait, voilà. Après, c'était quand t'es en couple, quand t'as un projet, t'en as un qui veut retourner dans sa région. Je te promets que j'ai bien compris la dynamique du départ. Moi, à Paris, je suis bien. En ville, je suis bien. Oui, c'est ça. À la campagne, c'est bien. Quelques jours...
Au quotidien, non. Ce n'était pas pour toi. Mais ça, j'ai bien compris. Parce que tu vois, tu es d'accord que moi, à Paris, je vis l'homophobie que tu décris à la campagne. Elle n'a pas le même visage, elle n'est pas la même chose. Mais j'habite dans Paris, dans un des 20e arrondissements. Enfin, ils ne sont pas tous pareils. C'est un peu débile. Bon, je n'ai pas envie de dire où j'habite. Mais en gros, je tiens la main à mon copain. La dernière fois, j'ai pris note. Il y a cinq personnes qui m'ont regardé fixement où je me disais...
La personne n'a pas l'air d'être contente là. Après, on ne sait jamais ce qui se passe dans la tête des gens. Mais ce que je veux dire, c'est que j'ai de l'empathie pour toi et je vois tout à fait ce que tu veux dire. C'est différent des regards que des mots, je n'essaie pas de comparer. Ce que je voulais dire, c'est que moi en ville, je ressens aussi de l'homophobie.
toi tu l'as ressenti quand t'étais à Paris ? Alors moi en fait j'ai pas eu la même approche que toi je suis pas on va dire en début de ma relation je me rappelle mon ex me disait no public public display of affection attends on le dit en français pas de marque d'affection en public pas mal quand même t'as vu moi ça me dérange pas je vais pas prendre la main tout le temps
Mais tenir un petit peu la main ou l'embrasser, ça ne me dérange pas. Qu'on me regarde ou pas, je m'en moque. Parce qu'en fait, quand je suis dans ce moment-là, je ne vois personne d'autre. Qu'on me regarde ou qu'on ne me regarde pas, ce n'est pas mon problème.
qu'ils rejettent ou qu'ils acceptent ce que je fais quand j'embrasse mon copain, je lui tends la main, je prends la main, je le prends par la taille, je l'embrasse ou je lui fais un câlin. Ce qui est autour de moi, je m'en moque. En tout cas, lui ne disait pas de... Au début, ça a changé. Mais du coup, je ne comprends pas comment à la campagne où vous habitez, les gens savent que vous êtes homosexuel alors qu'à Paris... On ne le disait pas. On ne le disait pas. Et puis en plus, on disait que ça ne se voit pas.
comment ils savaient ? parce qu'on le disait après quand on s'est mariés on a eu un article dans le journal donc tout le monde a su qu'on était homosexuels après t'as une sorte de curiosité donc on a eu plein d'amis hétérosexuels pour se dire c'est cool d'avoir des copains homos mais à la campagne
C'est un peu plus discret, en fait. Tu vois beaucoup de garçons, ils vont pas forcément se tenir la main, ils vont pas forcément s'embrasser. T'as des lieux gays, par exemple, t'as une plage, t'as des endroits gays qui sont connus. Voilà, mais c'est pas quelque chose que tu vas pas voir dans la rue, comme tu peux voir à Paris, des gens qui se prennent dans la main et qui s'embrassent. Tu peux voir ça dans certaines villes de Suisse. À Bâle, je vois pas trop les garçons. Tu reconnais les couples, en fait, hein ?
Donc là quand t'es à la campagne vous avez un article de journal ? Quand on se marie ouais. Pourquoi ? Parce que la photographe était reporter du journal et donc on a un article. En quoi c'était news à l'époque ? Le mariage pour tous venait de passer ? Non c'était en 2020 et on était le premier couple, on était mariés, c'était le premier couple d'hommes dans notre village.
Donc ça, c'était cool. On était le premier couple paxé dans le village. Je comprends mieux pourquoi vous avez une série de remarques verbales. On l'a eu, mais bon, voilà, parce que des gens parlent. Ce que j'ai remarqué, c'était surtout la curiosité, en fait. Tu dis...
À la campagne, les hétéros, ils aiment bien avoir... Ah, c'est cool d'avoir un couple gay. C'est vrai ou c'est toi qui n'aimes pas la campagne ? Parce que je trouve que c'est une grosse généralisation. Je te dis pas qu'il n'y a pas d'homophobie, mais dans l'intégralité de tes potes hétéros suite à l'article, c'était que des gens qui voulaient avoir l'air cool ? Ouais, je sais pas parce que... Voilà, mais je sais pas, c'est... J'ai pas...
Mon ressenti à moi, c'est que j'ai plus une curiosité de leur part qu'autre chose, en fait. Tu vois ? Que c'est cool d'avoir un couple homo dans ses potes ou un couple de lesbiennes. C'est ce que j'ai ressenti. Peut-être que je me trompe, tu vois, mais c'est ce que j'ai ressenti. Ils te l'ont pas dit, mais tu l'as ressenti. C'est comme ça, ouais, tu vois. Parce qu'ils t'ont invité une fois, puis ils t'ont plus calculé. Non, mais on se voyait assez souvent, tu vois. Mais je veux dire, c'était un peu...
Un peu l'impression que j'ai eue. Et tu vas à une salle de sport à Paris, par exemple, t'as 80%, 90% d'homosexuels, tu vois. Non. Une salle de Paris. Toutes les salles de sport de Paris, 90%. Quelques-unes. À l'époque, moi, j'allais à République, j'allais au Grand Boulevard.
Et t'avais beaucoup de copains, quoi. Et là, c'était plutôt familial, les salles de sport. Des enfants, des trucs. Donc, c'est un peu différent d'une sorte de curiosité. Moi, j'ai l'impression que c'était une sorte de curiosité par rapport à nous, tu vois. Donc... Si je viens te chercher dans ton discours, est-ce que je crois qu'il y a aussi un moment donné où, quand on n'est pas bien à un endroit, on devient aussi un peu parano ?
Je suis d'accord avec toi. Tu méfies de tout en fait. Ouais, c'est ça, parce que... Tu te méfies de tout, tu analyses tout. Est-ce que tu te dis, est-ce que je fais bien les choses, je fais mal les choses ? Donc tu te remets tout le temps en question en fait.
Est-ce que je suis bien au bon endroit ? Est-ce que... Tu vois, je... Ouais, c'est ta raison. Est-ce que t'as un manque de confiance en toi qui s'installe, irrémédiablement, en fait ? Et qui n'était pas là avant ? Si, qui a toujours été là. Quand t'as un terreau dépressif, t'as un manque de confiance en toi, dès le départ, quoi. Tout à l'heure, parce que je te demandais, est-ce que t'as un terreau dépressif ? Et quand t'étais à Paris, tu m'as dit non ?
Non, mais il est là. C'est un truc au fond de toi. Quand je dis que t'es hypersensible, t'as une sensibilité en fait. Donc t'as quelque chose qui est là, t'es prêt en fait. Donc quand ça va pas, ça va pas. Et cette hypersensibilité, elle s'exprimait comment quand t'étais à Paris ? Dans le milieu campagne, j'ai...
À Paris, comment elle s'exprimait ? T'as des forces d'émotion quand même. Par des colères des fois, quand ça allait pas. Mais ce qui surprenait mon ex, c'est que pourtant ils sont hypersensibles, ils aiment pas le bruit et l'odeur, pourtant dans le métro c'est horrible. Quand t'es habitué depuis tout petit, dans le métro, tu fais ta bulle. Tu fais abstraction du reste. Tu te protèges, tu mets un masque.
C'était ça. Cette hypersensibilité, t'as d'autres... T'as d'autres façons. Parce que tu disais, quand je me mettais en colère, ou bien... En fait, si j'essayais de marcher un peu dans tes chaussures d'hypersensible, ça donnerait quoi ? J'ai reconnu un peu dans un de tes témoignages... Comment il s'appelle ? Lola Wesh. J'ai reconnu un peu dans son témoignage... J'en rappelle plus son prénom. Excuse-moi, Lola. T'inquiète, t'inquiète ?
je me suis reconnu dans ce témoignage t'as fleur de peau t'as des sautes d'humeur quelque chose qui va pas t'as du mal à exprimer parce que tu vas pas froisser les autres parce que tu penses aux autres en toi-même tu essaies de les protéger et puis à un moment ça explose
En pleurs, en colère ou en joie, tu vois, c'est des émotions exacerbées. Pour moi, c'est pas de la bipolarité, mais c'est quelque chose de fort. Un petit truc qui passerait inaperçu pour...
c'est pas toi tu viens de dire pour moi c'est pas de la bipolarité parce que le diagnostic médical est incertain non non je suis pas bipolaire en fait c'est pas bipolarité
Ok, non mais j'ai pas compris parce que si on a posé un diagnostic et après toi tu dis pour moi c'est pas de la bipolarité. En fait Lola avait dit que c'était bipolaire je crois sur son... Ah oui mais son prénom c'est Tom. Tom, je suis désolé. Ouais parce que je pense que c'est vachement important pour justement comprendre ce terrain.
De marcher dans ton... Enfin tu vois, de comprendre qui tu es, comment tu es, comment tu vis le monde. Parce que du coup, c'est aussi comme ça que quelqu'un qui pose des mots que moi, Guillaume, je pourrais considérer maladroits, qui moi d'ailleurs peuvent me mettre en colère et tout, mais toi tu les vis autrement. Et c'est ça qui m'importait de... Ouais, je comprends. Tu vois, et c'est un peu ça quand je te demandais est-ce que tu te sens parfois parano ou est-ce que t'es d'accord que...
Moi, mon enjeu, c'est de faire émerger ton discours et ton ressenti. Parce que le moment où... Donc moi, je ne questionne pas que tu te sentais une bête de foire pour les hétéros. Et j'avais besoin de comprendre comment toi, tu ressentais ça, comment tu... Parce que tu vois des gens, des hétéros qui viennent te voir souvent. Qu'est-ce qui se passe dans ton cerveau pour que tu te dises, ils ne sont pas vraiment mes amis, quoi ? Ils m'utilisent ?
Parce qu'en fait, quand tu... On a eu une conversation avec mon ex. Je me rappelle, j'étais d'accord avec lui. Il disait, moi, avec des garçons hétéros, je me sens mal à l'aise, je ne me sens pas accueilli. Il y a toujours cette retenue, en fait. Ou cette sorte d'ambivalence. Où nous, enfin moi, dans notre couple, on se rapprochait un peu là-dessus.
Quand t'étais avec... On pouvait jamais se trouver seul à seul avec un copain hétéro sans qu'une sorte... On sentait une gêne. Ok. Et toi, cette gêne, si tu parles en ton nom, c'était quoi les petites phrases dans ta tête ? Bah, pourquoi... Moi, je pense que lui plus que moi. Parce qu'en fait, là, j'ai un très bon pote hétéro. Il n'y a aucune question, en fait. Il n'y a aucune ambivalence. Ok.
parce que c'est clair tu vois il va se marier il est très bien j'ai dîné avec lui hier soir c'était super cool avec sa femme maintenant mais aucune ambivalence moi j'arrive un peu ce que je suis à on pose des questions sur ma sexualité ouvertement je réponds tu vois il n'y a aucun problème et pour moi les potes hétéros sont asexués mes vraiment amis hommes ou femmes hétéros sont asexués même homosexuels ils sont asexués c'est des amis avant tout
Après, pour entrer dans ce cercle-là, c'est un autre travail. Mais il est vrai que des fois, je me trouve face à des mecs hétéros, tu sais pas trop, ou qu'est-ce qui se passe, tu vois, les questions qu'on me pose. Je me rappelle, à la mariage, j'en posais des questions, j'étais passé à la questionnette par un mec, c'est un peu bizarre. Et pour couper court la conversation, j'ai fait, écoute, si tu veux, viens dans les chiottes, je te suce, quoi.
Tu vois, je veux dire... Il posait quoi comme question ? Il demandait comment ça se passe, comment t'as su que t'étais homo. Il est 2h du matin, t'es à un mariage, t'es un peu bu, t'as pas envie de parler de ça, quoi. T'as pas envie de faire de la psychologie de comptoir, quoi. Donc c'était un peu bizarre, tu vois, une certaine curiosité, le mec avait un peu faim, enfin un truc un peu bizarre. Le mec un peu faim ?
Il a répondu quoi à ton invitation aux toilettes ? Il s'est retrouvé un peu... Il est parti. J'ai trouvé ça bizarre. Il m'a fatigué.
Donc, toi, tu identifies ton inconfort par rapport aux hommes hétéros dès lors que tu te dis que peut-être qu'ils sont intéressés, peut-être qu'ils cherchent quelque chose. Non, pas du tout. Moi, je me dis, pour moi, je me dis peut-être qu'ils vont croire que j'ai envie d'eux, que j'ai envie de leur sexe. Non, pas du tout, en fait. Je n'ai pas envie.
C'est parce que je suis homo que tous les hommes vont m'attirer, que je suis un pervers sexuel, que je pense qu'à ça. Mais c'est vraiment intéressant ce que tu dis parce que j'ai la même chose qui se fait dans ma tête. Et pour moi, c'est ma responsabilité et c'est mes traumas.
qui font activer ces petites phrases dans ma tête. Et ça fait dix ans que je travaille sur mon rapport à mes potes hétéros, où en fait je sais qu'il y a zéro ambiguïté, mais moi j'ai peur. T'as peur de quoi ? Comme tu dis, dans ma tête je me dis...
Et s'ils pouvaient penser que j'avais envie d'un rapport sexuel avec eux ? Et t'en as pas envie ? Attends, parce que du coup, toi tu disais justement ça, tu disais exactement la même chose. Et pour moi, je sais pas comment j'ai réussi à creuser ce... un peu le podcast a beaucoup aidé aussi.
Et puis, mais ça a transformé mon rapport à mon frère. Il y a beaucoup d'hommes hétéros, donc ce n'est pas un enjeu avec la campagne ou autre. À Paris, je vis aussi ce que toi tu dis et ça a été tout un cheminement. Et je sais te dire maintenant que j'ai des potes hétéros avec qui j'ai coupé les ponts.
Parce que mon inconfort, il venait exactement de ce que tu as dit. Donc, il n'y avait pas d'ambiguïté. En revanche, je me sentais un peu toujours bête de foire. C'est-à-dire, ah ouais, cette façon dans des groupes où tu es un des seuls gays, où en fait, tu as le droit de dire tout ce que tu veux.
Mais quand toi t'as parlé, personne n'essaye de se connecter à ce que tu dis. Je suis d'accord. Je dois un peu toujours les reformer sur les violences LGBTI, FOB, et je suis là en fait...
il n'y a pas de soin moi j'ai un soin envers les hétéros de comprendre leur délire d'enfant ou tout ce qu'ils veulent et j'adore ça là je parle avec un peu de mépris parce que pourquoi pas mais tu vois genre non et il n'y a pas de soin à l'inverse
où en fait, les gens vont comprendre pourquoi je fais un podcast sur ça, c'est quoi mon chemin, c'est quoi... Il y en a pas mal, c'est de mon école de commerce. Il n'y a personne qui vient voir en disant, mais du coup, en fait, c'est passé quoi pour toi ? C'était quoi d'être un des deux seuls gays de l'école de commerce ? Et en revanche, il va y avoir des petites... Ils sont contents d'écouter mes histoires croustillantes,
Et il va y avoir des petites mimiques, des petits trucs de visage ou des petites paroles qui me font bien comprendre qu'eux sont de la norme, qu'ils comprennent pas trop mon monde et ça les fait rire, ils prennent ça avec légèreté, tu vois. Et moi, en fait, je m'y retrouve pas.
et tout dans ce rapport là donc après il y a des gens avec qui j'ai envie d'investir à qui je peux c'est ma responsabilité de dire tu sais là ça commence à me ça me va pas en fait quand tu m'as dit ça ça fait dix fois que je te bon donc une dernière fois je te réexplique mon contexte vient dans ma vie et
Et non, en fait, il faut que tu comprennes que si je parle de sexe, c'est pas parce que je suis un vieil obsédé. Non, en fait, si c'est un mec derrière un buisson, c'est pas que juste parce que je sais pas tenir mes désirs et mes machins. Et à un moment donné, moi, je suis prêt à partager tout un tas de trucs et à éduquer, entre guillemets, si en face, la personne a envie...
Et à pas un rejet profond de mon monde. Tu vois ce que j'essaie de dire ? J'ai pas envie de les éduquer. Juste pour terminer, j'ai du coup aussi identifié des potes hétéros hommes avec qui il y a l'espace de dire tout ça. C'était un peu à double sens. C'était eux, j'avais besoin qu'ils soient à un certain endroit. Et moi, j'avais aussi besoin de me poser...
De ne pas être étouffé par ma colère, de pouvoir dire « bon attends, viens, on fait une petite mise à jour, il se passe un truc important là pour moi ». Et en fait, quand j'ai osé dire, mes potes hétéros mecs, ils disaient « ah ok, ouais, je comprends ». Il y avait aussi une part de moi qui ne disait pas. Et du coup, eux, ils étaient maladroits parce qu'ils n'avaient pas chopé le truc. Et c'est vrai qu'à partir du moment où j'ai dit, ça a transformé la relation.
Ils comprennent pas... On n'a pas été éduqués dans les relations homosexuelles, tu vois. C'est pas le truc, en fait, dès le départ. Donc, après, comment expliquer quelque chose que les personnes ne comprennent pas, qui est pas leur monde ? C'est un peu compliqué aussi pour eux. Non, ça pas du tout. La capacité d'empathie quand quelqu'un vit un truc que tu vis pas, c'est pas une question hétéro-homo. C'est une question de... C'est mon avis. Moi, je cherche pas... J'ai plus d'amis-filles.
Je peux parler ouvertement de cul et me marrer. Après, je suis plus réservé avec mes potes hétéros sur ma sexualité. Ça ne les regarde pas trop. Je ne leur demande pas ce qu'ils font. Ça ne m'intéresse pas. Est-ce que pour toi aussi, il y a une peur ? Moi, j'ai été harcelé au collège et au lycée. Est-ce que ce n'est pas aussi notre peur qui se rejoue ?
Face à l'homme hétéro qui... De la primaire au collège, le PD du collège, le PD que j'ai vécu, c'était une horreur, quoi. Donc, ouais. Ça, j'ai vécu, ouais. C'était dur. Violent. Ça marque. Parce que t'as le rejet, après. Après, t'es une sorte de paranoïa. Parce que tu te dis, si j'agis comme ça, si je parle comme ça...
C'est marrant, je fume, mais j'ai commencé à fumer à 17 ans pour que ma voix soit plus grave. C'est stupide pour se cacher, alors que c'est complètement débile en fait. Mais le pouvoir des mots, le pouvoir des regards, etc., quand t'es gamin, ça te marque à vie en fait. Ça te crée une insécurité, une paranoïa, ça te crée un terrorisme.
terrain dépressif en fait, c'est quelque chose qui est là, parce que t'es jamais sûr de toi, t'es jamais sûr de ce qu'on va dire, t'es jamais sûr de ce qu'on va penser de toi, t'es jamais sûr des coups que tu vas dire, t'es jamais sûr de la personne avec qui tu as parlé, on va dire peut-être un bon pote ou une bonne copine qui peut répéter ça après quelqu'un d'autre, donc tu sais pas trop à qui te confier, tu vois, donc c'est pour ça je pense, enfin pour moi ma méfiance...
à me confier. Je suis assez extraverti, mais au niveau des émotions, je suis extrêmement pudique. Il n'y a que deux personnes qui m'ont vu vraiment pleurer à 20 ans d'écart, et la dernière c'était mon meilleur pote homo il y a deux mois. Voilà, deux personnes. Je suis extrêmement pudique parce que j'ai peur, en fait, de montrer ça.
Et des coups que tu peux recevoir. Moi je trouve que du coup quand on fait le lien avec être le couple gay du village, moi ça me fait revivre être le gay du collège.
Ouais, ou t'as la série Little Britain, I'm the only guy in the village, tu vois. C'est une série anglaise qui est assez marrante. Ah ouais ? Je la connais pas. Regarde, tu verras. Mais non, mon ex et moi, on est plutôt... Il est assez masculin. On voit pas, on a pas... On se fond dans la masse, en fait, tu vois. Parce qu'on a pas non plus envie de recevoir des coups. Parce que lui aussi, il a vécu le rejet au collège, donc on s'est retrouvés un peu...
Toi, aujourd'hui, tu vois que tu altères la performance de ton genre ? Tu t'assures de bien avoir l'air masculin pour être en sécurité ?
Je suis un homme, déjà. Être un homme et avoir l'air masculin et féminin n'a pas de rapport. J'ai mon côté féminin, il n'y a aucun problème. Si je vois une fleur, je la sens, j'aime bien la musique, j'aime bien les trucs un peu doux. Aimer les fleurs, c'est féminin ? Non, je ne sais pas. J'assume mon côté féminin, il n'y a aucun problème.
Mais je ne vais pas non plus faire... Je sais qu'on n'est pas dans un monde qui est accueillant, tu vois, de base. Et je n'ai pas envie de recevoir des coups parce que je les ai reçus, tu vois. Donc je sais que ça fait mal. Donc... C'est quoi les choses...
dite féminine que tu caches pour pas recevoir de coups quand là tu habitais à la campagne avec ton ex-mari tu faisais attention à la posture des trucs comme ça des propos des blagues etc faire un petit peu attention la posture c'est comment ton corps se met ouais
Tu vas croiser les jambes, c'est des conneries, tu vois. C'est vrai que tu as les jambes très écartées, là. On est à deux doigts du mainsplaining. Exactement, je pensais exactement la même chose. Mais tu vois, moi j'aime bien être comme ça, tu vois. Là, tu viens de replier, de croiser les jambes. Donc c'est des postures, en fait...
Moi, personnellement, t'as vécu une violence, t'as pas envie de la revivre parce que c'est une douleur, donc je te mets un masque. Parce que dans le village, vous allez au bar du coin... Non, mais j'y vais tout seul, on n'y allait pas. Moi, j'ai pas cherché des clopes ou un café, tu vois, quand je travaillais pas ou quand j'étais au chômage ou quand j'étais à la maison. Au café, tu croises pas les jambes ? Non, j'étais... On parlait pas, mais tu sens que...
Tout le monde le sait, parce que ça parle beaucoup. Oui, dans le village, t'as dit 1700 personnes. Je m'en rappelle un vieux monsieur jardinier, un vieux monsieur qui est venu me voir, qui parle avec moi, il me fait « Madame doit être contente ». Je lui fais « Non, c'est pas Madame, c'est Monsieur ». Et là, c'est lui qui m'a dit « Ah, c'est vrai qu'il en faut, des gens comme vous. » Il en faut. Des gens comme vous. Bon.
d'accord les gens sont cons il en faut moi ce que je ressens c'est j'ai pas le choix
il y a une obligation qui s'impose à moi et je hausse les épaules en disant bon bah comme il en faut je n'ai pas choix à moi de je trouve c'est vraiment pernicieux comme propos après t'as un voisin qui a un problème de voisinage à la campagne on a vraiment dit de toute façon les gens comme vous je les aime pas bon ok c'est ce que tu veux dire c'est de l'homophobie là ah oui tout à fait
mais il faut choisir mon ex, je leur ai cette phrase que des fois il arrivait à me calmer en tant que personne il disait Antoine, il faut que tu choisisses tes batailles choisis tes batailles et ça c'est un conseil qu'il m'a donné
Et avec ça, il a réussi à me calmer plusieurs fois. Choisis tes batailles. Tout n'est pas sujet à discussion. Tout n'est pas sujet à confrontation. Des fois, il vaut mieux laisser tomber, parce que ça sert à rien de discuter, en fait. Que cette personne-là dise qu'il en faut où, que j'aime pas les gens comme vous,
T'en as rien à foutre, et c'est vrai, en fait. En fait, une fois que tu te mets à répondre, une fois que tu te mets à décider d'avoir une stratégie pour dire non et stop, quand t'es dans un village, ça t'embarque, ça t'inonde. Quand tu décides de te défendre,
Je trouve que tu vas payer un prix. Et moi, ce que j'entends dans ce qu'il dit, et je suis d'accord, il faut choisir quel prix on va être prêt à payer. Mais je crois aussi qu'il y a des violences auxquelles j'ai besoin de m'affairer, de dire stop et de payer le prix que je vais devoir payer.
Alors, j'ai pas d'exemple là qui me vient et tout. Oui, des fois, je suis d'accord avec toi. Quand ça vient, ça va trop loin, il faut dire stop. Moi, ma dépression, elle est venue de ça. Elle est venue de... Au fond de moi, il y avait un Guillaume qui disait, il y a un moment donné où on va pouvoir vivre ou pas. Il y a un moment donné où on va pouvoir... Ben moi, je suis là, je t'attends et tu...
baissent les chines et tu t'accommodes, tu t'adaptes pour ne pas avoir l'air d'eux. Tous ces gens, ces gens, et volontairement je mets dans un gros sac, tous ces connards d'homophobes dictent l'intégralité de ta vie, de ce que tu as le droit de penser.
Puis, tu vas essayer de regagner de la valeur à leurs yeux. On est en échange avec les homophobes, mon petit Guillaume. Est-ce qu'il y a un moment donné où ça va s'arrêter et on va pouvoir vivre ? Il y a aussi ce Guillaume-là. Maintenant, j'ai vécu la violence et je ne veux pas la revivre. Maintenant, je m'en fous, concrètement. Ce que les gens pensent de moi, peu m'importe. Je vis ma vie comme j'ai envie de la vivre.
je vais pas les emmerder en fait, donc pourquoi ils iraient m'emmerder s'ils disent quoi que ce soit qui va me choquer moi directement tu vois, ça me dérange pas par contre, je fais très attention en ce moment sur la transphobie tu vois et je sais que quand je vois un garçon qui assume son côté féminin ou qui a fait ça, qui est en process changement de sexe
Et si je le vois par exemple dans un tramway, même ici à Paris, j'aurais un regard attentif, presque de protection. Donc je ferais attention. Tu t'autorises les combats pour les autres que tu ne t'autorises pas à toi ?
J'ai fait mon passage, ça a été dur, tu vois, 52 ans, voilà. Mais quand je vois des jeunes garçons, déjà, je sais que le passage, accepter qu'on soit homosexuel, mais le passage du changement de sexe, c'est encore plus violent. Donc j'ai plutôt, vraiment, vraiment, en ce moment...
et même depuis le début cette empathie ce soin et là je ferais vraiment attention et là je me dis si jamais il se passe quelque chose là c'est clair que je vais réagir c'est intéressant il y a deux stratégies face à une attaque je trouve je viens de cracher sur mon micro mais pas sur mon visage donc c'est parfait un énorme postillon ça ne m'est jamais arrivé en 180 épisodes pour moi il y a deux stratégies face à la violence il y a ça ne m'atteint pas
Et donc en fait, l'ignorance, je trouve, c'est vraiment une opinion personnelle, je ne suis pas thérapeute, mais il y a des ignorances que j'incarne qui sont dévastatrices. C'est-à-dire, j'en ai rien à foutre et je gagne et je suis en sécurité et je me sens bien. Et il y a une autre stratégie qui est, je n'avalerai pas ta merde. Donc non seulement je te la renvoie, je la crache et après je mets un plexiglas entre toi et moi.
et donc cette deuxième stratégie c'est plus une stratégie d'action où tu vas payer quand même un prix la première tu payes un prix si jamais ça ne t'atteint pas vraiment donc on est dans un village, il y a un voisin qui m'agresse si je fais la stratégie de ça glisse sur moi alors qu'en fait après je suis en train d'avaler sa merde et quand je rentre dans ma maison et dans mon intime ça me brise en partie pour moi c'est problématique est-ce que toi t'as déjà
Et j'entends que c'est ce que tu dis, les gens y parlent et tout, je m'en tape, ça me glisse dessus. Est-ce que toi, dans tes années en campagne, t'as parfois choisi la stratégie de stop ? Non. Parce que tu ne le souhaitais pas ?
Et pour répondre aussi... Et ça te va ? Ça me va, parce que ça ne sert à rien. Tu vas parler à des gens, je ne vais pas dire ces mots, comme toi en fait, à des personnes. Excuse-moi, j'ai lu un bouquin. Attends parce que je veux aller au bout de ma question. Toi tu dis, attends, les gens parlent et tant pis, est-ce que, et donc silence, et cette stratégie me va, est-ce que quand tu rentres chez toi, dans ton intime, est-ce que ça brise quelque chose ?
Alors, un, non, parce que j'ai appris en tant qu'hypersensible depuis tout petit à oublier. Là, on va aborder un sujet sur le sexe tarifié. J'oublie les mauvais moments. J'ai cette capacité à oublier les mauvais moments. Et ça, c'est ma stratégie de défense. Oublier les mauvais moments et ne garder que les bons moments. Donc, ma stratégie est le silence.
ce que je te dis tout à l'heure sur ma réaction mon attention que je peux porter aux jeunes garçons homos qui sont plus qui vont plus montrer leur part féminine que moi je serais attentif à ce qui se passe dans le lieu public autour de eux mais c'est la même chose pour les femmes parce que t'as aussi une violence pour les femmes hétérosexuelles on va dire qui est le harcèlement je serais attentif à ça tu vois
Mais pourquoi tu leur offres une stratégie que tu t'offres pas toi ? Je m'offre ma stratégie, moi je l'ai adaptée, et c'est le silence. Ok, dans mon comportement de tous les jours, je pense être plutôt masculin, tu vois. Au bureau, on m'a toujours dit, mais ta femme, ta femme, parce que j'ai pas montré en fait, je veux pas montrer ma vie privée. Donc on me considère comme rentrant, comme tu dis, pour reprendre tes termes, dans la norme, j'ai pas ces termes.
Parce que je pense que le monde est fait de différentes choses, différentes couleurs, différentes personnes, différentes choses. Donc on est tous dans la norme, que ce soit hétéro, transphobe, femme, homme, fourmi, chien, on est tous la même chose. C'est un peu ma pensée. Moi j'ai mis en place cette stratégie de silence, ne pas répondre, oublier.
Mais des personnes qui sont dans... Je le vois, c'est ma perception des choses, que j'ai un certain don d'empathie. Là, je pourrais leur offrir un peu d'énergie. Et ça peut être, par exemple, quand je sens... Là, le métro, c'était hier soir. Une jeune femme qui était un peu mal à l'aise, je me suis mis entre le groupe de garçons et elle, tu vois ? Voilà.
J'ai envie de... C'est la fin de cette première partie. Antoine, j'ai envie de terminer sur une petite psychologie de comptoir. Vas-y, j'adore. Moi, mon intuition, c'est qu'il y a le petit Antoine en toi qui a besoin que t'ailles aider les autres. Enfin, aider les autres dans cette stratégie que tu ne t'es pas autorisé. Ni le silence, ni j'ai l'air masculin, comme ça je me fais pas emmerder. Que quelque part...
pour moi c'est un indice déjà c'est très chouette je pense que c'est chouette que tu veuilles prendre soin des autres mais pour moi c'est un indice pour ta suite c'est qu'à mon avis il y a en toi une femme un féminin un différent entre gros guillemets qui s'est suradapté et qui a peut-être besoin de chanter de faire entendre sa belle mélodie sans doute
Rendez-vous dans la deuxième partie. Oui. Tu vas raconter... Du coup, on va aller dans cette histoire de sexe tarifé, si ça te va. Super. Merci. Merci à toi.