Cette lettre d’adieu est mon électrochoc – Tom (Lolla Wesh) 1/2

Partie 1 sur 2
« Un jour, je me fais baiser par un mec, j’avais même pas vu le mec arriver, et je suis dans une flaque de je sais pas quoi, et dans ma tête j’étais en train de me dire : c’est tout ce que je mérite, c’est là qu’est ma place. » Tom

Tom fait rire de sa vie sur scène, sous la perruque de Lolla Wesh : la lettre d’adieu d’un gay inconnu le décide à raconter ce qu’il cache.

🎧 Écoute cet épisode

⚠️ Sujet sensible : suicide

Spotify
Apple Podcasts
Deezer
Podcast Addict
Amazon Music
YouTube

Dans cet épisode du podcast :

  • En 2016, une relation de six mois le fait basculer : drogue, sexe, et un polyamour où c'est l'autre qui décide
  • Il raconte le viol subi à 11 ans par un inconnu, à la piscine municipale, et les années de silence
  • Un soir, il lance son vélo dans une rue en pente : col du fémur cassé, et sept ans à mentir sur sa chute
  • Accompagnateur PrEP, il écoutait des mecs lui raconter un viol sans savoir qu'ils avaient été violés

On en parle dans cet épisode
Le témoignage cité dans l'épisode : le sexe sous drogues avec des hommes qui ne plaisent pas
Écouter l’épisode
L'épisode que Tom a écouté, sur la culture de l'incitation à consommer entre chemsexeurs
Écouter l’épisode
Centre de soutien psychologique gratuit et confidentiel, à Paris et à Toulouse
↗ Voir le site
Une écoute par écrit, en direct, pour qui n'a pas envie de parler au téléphone
↗ Voir le site
L'association où Tom a travaillé : groupes de parole et numéro d'urgence chemsex
↗ Voir le site
Le film que Tom cite pour faire comprendre l'emprise et la violence psychologique de son ex
↗ Voir le site
Le compte du drag clown que Tom incarne sur scène, suivi depuis 2014
↗ Voir le site

💜 Tu pourrais aussi aimer

Tenir une façade pendant que ça s'effondre : Antoine s'oublie par amour, jusqu'à la dépression, dans son village
Ce que trente ans de vigilance laissent : à force de se surveiller, le désir d'un homme gay finit par s'éteindre
Le même point de rupture : Mathieu, incapable de renoncer à son désir, décide d'en finir après le bac

🏷 Plus d’épisodes sur les mêmes thèmes :


Lire la transcription de cet épisode
Salut toi ! L'épisode que tu t'apprêtes à écouter parle de suicide, d'addiction, de mal-être et du chemin pour aller mieux. Moi j'ai déjà été mal, j'avais un peu envie de demander de l'aide mais je savais pas par où commencer et j'étais pas mal intimidé. Si c'est ton cas, j'ai fait des recherches et je t'ai mis dans le descriptif de cet épisode plusieurs dispositifs d'aide spécialement conçus pour nous, les personnes LGBT+. A chaque fois c'est gratuit, confidentiel et ça fonctionne partout en France. Prends bien soin de toi et bonne écoute ! Tom, bienvenue chez moi. Tu peux répondre. D'accord. Non, c'est vrai, bienvenue chez moi. Moi, je te connais sous le nom de Lola Wesh, drag queen. Drag clown qui fait du stand-up. Mais t'es pas là pour ça. T'es là parce qu'on a échangé sur Instagram au moment où Aurélien, qui est un homme gay bordelais de 39 ans, se suicide. C'était il y a une dizaine de jours. Il se suicide en laissant une lettre d'adieu sur son Instagram, justement. C'est une lettre qui raconte l'homophobie, le sexe à outrance, vider d'amour, la drogue et la solitude. Et ce que tu m'as dit, c'est que c'est une lettre que t'aurais pu écrire. Hum hum. Et donc je t'ai invité à ce micro pour que tu viennes raconter ton chemin à toi. On a tous les deux pas mal hésité à lire la lettre, à même faire ce témoignage en se disant bof, récupération un peu macabre, sensationnaliste. Si t'es là, c'est qu'on a choisi. Et j'ai trouvé là tout à l'heure les mots du frère d'Aurélien. Donc ce jeune homme qui s'est suicidé et son frère dit sur Insta « J'ai beaucoup hésité avant de publier à mon tour la lettre d'adieu de mon frère. Aucune envie qu'on résume cet humain extraordinaire à sa sexualité et à ses addictions. Et puis je l'ai lu et relu cette lettre. Il espérait qu'elle serve aux quelques personnes qui la liraient et ça a dépassé ma pudeur, mon manque de connaissance de son monde et de cet univers qui m'était étranger. Ça a dépassé ses derniers souhaits. La lettre a été lue par des centaines de milliers de gens, concernés ou non. Elle a déjà été traduite dans des langues étrangères et on la trouve affichée dans plusieurs endroits fréquentés par les gays. Toi, Tom, tu m'as confié que tu étais prêt à dire des choses que tu n'avais jamais dit publiquement. Tu m'as dit que tu avais envie de raconter ce qui est sous la perruque. Oui, exactement. Tu portes des perruques sur scène. On va lire la lettre, tu vas lire la lettre, parce qu'on va y faire référence, donc c'est un peu compliqué de rebondir sur quelque chose qu'on n'a pas entendu. Avant ça, est-ce que tu peux me dire pourquoi toi t'as décidé de venir ? Pourquoi c'est important pour toi d'être là ? De toute façon, comme je te disais, je pensais déjà prendre la parole sur mes réseaux sociaux via la page de Lola Wesh parce qu'il y a une grosse visibilité que je suis suivi depuis 2014 sur ces réseaux. Et que les problématiques dont traite Aurélien dans sa lettre, ce sont des choses dont j'ai toujours parlé, avec humour, dans des vidéos un petit peu engagées, parfois un petit peu trop, de manière trop militante à une certaine période, et j'en reviendrai dessus tout à l'heure. Mais voilà, c'est des choses qui résonnent. Ce sont aussi les axes d'écriture de mon spectacle, qui est autobiographique. Donc, je ne sais pas, ça a été comme un détonateur où je me suis dit... En toute humilité, je ne suis pas Madonna ni Beyoncé, mais j'ai quand même une communauté, des gens qui me suivent de tout âge, des parents de personnes LGBT qui me suivent. Je partage mon expérience personnelle, mais toujours édulcorée à travers le personnage de Lola Wesh. Pour moi, la lettre d'Aurélien, c'est comme une sorte d'alerte d'urgence qui nous montre qu'il faut qu'on parle vraiment, qu'on brise le silence. Et je pense que quand des personnes, des artistes ou des personnes influentes dans le milieu LGBT ont une visibilité, peuvent parler ou sont concernées, je pense qu'il faut le faire. Et ça permet ensuite derrière d'ouvrir un peu le sillage. C'est vraiment le sentiment que j'ai. et je crois qu'il y a un truc aussi un peu égoïste c'est pareil je reviendrai un peu plus tard dessus je pense que cette lettre nous a tous bouleversés sur un plan très narcissique et personnel où il y a eu un effet miroir et je crois que là moi j'ai eu un espèce d'électrochoc et de déclic de je vais mieux je suis aligné et je crois que c'est pas par hasard que cette lettre arrive maintenant donc moi pour clôturer mon parcours personnel qui va avec l'écriture de mon spectacle il va falloir que je parle et voilà donc il y a un côté un peu thérapeutique aussi il y a deux trucs il y a l'approche communautaire l'envie un peu de donner d'autres éléments et peut-être avec un regard d'espoir une note d'espoir parce que la lettre d'Aurélien c'est quand même très dramatique puisqu'il s'est suicidé et puis un côté j'ai envie d'être un peu plus humain et moins personnage fictif de Lola Wesh à travers les réseaux sociaux voilà tu nous lis la lettre ? tout de suite ? Je souris, mais intérieurement je crie. Je blague, mais intérieurement je pleure. Dans ce monde, on lance des « Salut, ça va ? » sans même attendre la réponse. On danse, on rit, on baise, on s'amuse, mais au final, rien. Le néant, le vide. Qui a pris le temps de me connaître, de savoir qui je suis vraiment au fond de moi ? Trop peu de personnes. Sans doute parce que je leur ai caché mon vrai mal-être. Je ne veux culpabiliser personne, le monde est ainsi, dur. Je le trouve chaque jour plus difficile à affronter. On ne s'intéresse plus à l'autre, on ne s'écoute plus. Aujourd'hui je suis dans une impasse, j'étouffe, je ne trouve plus d'issue. J'avoue ne jamais avoir laissé transparaître à mes proches un quelconque mal-être. Cette obsession de vouloir plaire à tout le monde, toujours sourire, toujours être positif, toujours être beau. » J'ai rencontré dans ma vie de belles personnes, des amis bienveillants. J'ai une famille merveilleuse, mais chacun avait son lot de casseroles, de douleurs à gérer. Mon mal-être paraît tellement futile à côté des drames que peuvent traverser mes amis. J'ai toujours trouvé le monde dur, parfois cruel. Dès l'enfance ou l'adolescence, on me harcelait, on me frappait pour mon homosexualité. Puis, mes premiers pas en tant que gay, de mes 18 ans à aujourd'hui, je suis beaucoup, beaucoup, beaucoup trop sorti. J'ai malheureusement trouvé chez beaucoup de garçons, dès mes premières rencontres et les années qui ont suivi, un manque de bienveillance. On répète ce que l'on a subi, jeunes gays, visiblement. Certaines statistiques le disent, enfant battu devient violent une fois adulte. Mais il est possible d'inverser cette spirale. Le milieu de la nuit fréquenté à trop haute dose devient alors toxique quand vous ne fréquentez plus que ça. Combien de paroles, de gestes, d'attitudes malveillantes, souvent sans même s'en rendre compte. Sans doute sûrement à cause des drogues. Mais malgré ça, je continue à sortir, car la solitude me pesait tellement plus, tellement plus. Je ne supportais plus de rester seul, car seul je cogitais inlassablement. Mais paradoxalement, ces soirées me faisaient encore plus cogiter. Et j'ai fini par croire que je ne savais plus rien faire d'autre. Puis j'ai pris des drogues pour ne plus cogiter, pour oublier, pour m'oublier. J'ai toujours aimé danser, c'était d'abord mon premier intérêt pour la vie nocturne. Mais quand on sort, on cherche aussi à plaire, à faire des rencontres. Plaire, plaire, plaire, plaire était tellement ancré dès mes premières sorties. Le culte du corps y est roi. Le physique est la seule chose que beaucoup regardent ces nuits-là. Rentrer accompagné à la fin de la soirée était un petit shoot pour l'ego. Mais le lendemain, l'ego était vidé encore plus. L'amant parti et à nouveau seul. Je n'ai jamais su comment m'y prendre pour avoir ou vivre une relation sérieuse. J'en ai d'ailleurs jamais eu. Je crois que mon mal-être m'empêchait de vivre sereinement mes sentiments. J'étais tellement maladroit. Et les années passant... Je reprends. Et les années passant, je n'y croyais plus. Ou du moins, je pensais que cela était réservé aux autres. J'ai moi aussi fait souffrir des garçons avec cette même maladresse que j'ai subie. En effet, on m'a vite fait comprendre qu'il était nettement plus facile de coucher que de vivre une belle histoire d'amour. Avec une facilité déconcertante, la consommation. Ce garçon qui se donne sexuellement mais donne aucune émotion, aucun sentiment, aucune affection. Ce garçon qui m'ignore le lendemain d'une nuit de sexe, qui se rabille rapidement après avoir joui. Ce garçon qui me ment pour passer à un autre. Ce garçon qui m'approche par intérêt. Ce garçon qui ne voit en moi qu'un objet sexuel. Ce garçon avec qui je fais l'amour mais qui refuse mon baiser sur ses lèvres. Ce garçon avec qui j'ai passé une nuit horride mais qui ne répondra jamais à mon gentil message. Ou tournera la tête quand il me recroisera. Ce garçon qui me ghostera. Cette soirée, on l'ignorera. Ce garçon qui soudainement passera à un autre. Ce garçon qui utilisera mon appartement comme hôtel pour faire venir d'autres mecs. Et j'en passe. La drogue a grandement contribué à cette dégradation des relations. Je me rends compte aujourd'hui que cette surconsommation m'a petit à petit brisé. Je ne sais plus comment cela fonctionne, mon cœur est cassé. J'ai pris tout cela avec beaucoup trop de légèreté tout ce temps, mais sans m'en rendre compte. Cela m'abîmait chaque jour un peu plus. On agissait tous de façon incorrecte, moi y compris, les uns avec les autres, bien souvent sans s'en rendre compte, une spirale infernale. J'aurais pu arrêter, mais j'aimais draguer, séduire, conclure et consommer. J'étais devenu dépendant. Ce fut ma première addiction bien avant la drogue. Et au final, je répétais ce que j'avais subi ou subissais encore, à être traité comme inconsommable. Je pensais trouver le bonheur et de la compagnie dans cette consommation. Car parfois, j'espérais plus que du cul, mais non. Car l'idée était faussée d'avance. Je n'ai trouvé dans ces rencontres d'un soir que tristesse et solitude. Et je m'excuse auprès de ceux envers qui j'ai pu répéter ces actions. À ceux qui penseront se reconnaître dans ces lignes, ne vous reprochez rien. Vous n'êtes pas responsable individuellement. J'insiste, le problème est global. Je ne veux culpabiliser personne, mais vous pouvez encore réagir et vous libérer de cette spirale. Au fil des années, je suis devenu ce que je critiquais étant jeune. Cette hypersexualisation n'apporte rien de bon et fait grandir notre mal-être intérieur à tous. Cette facilité pour coucher empêche toute découverte de l'autre, toute rencontre sérieuse au final, car pourquoi prendre la peine de connaître la personne si elle se donne immédiatement ? Elle se donne physiquement, mais rien d'autre. Cela alimente un peu votre ego ou amour propre sur le moment, mais il sera complètement vidé juste après, quand on retourne dans sa solitude. Et cela devient un rituel, un automatisme, une consommation jusqu'à la nausée. J'ai consommé, j'ai été consommé. J'ai cultivé mon mal-être chaque jour, chaque plan sans lendemain. Naïvement, je pensais qu'un jour émergerait de toutes ces rencontres l'amour. Mais comment pourrait naître un quelconque sentiment amoureux quand on ne donne rien, juste du sexe ? Je me suis noyé dans toutes ces rencontres sans âme. J'écris ces mots pour cesser cette spirale infernale qui touche tant de personnes, y compris des amis. Réagissez, ne vous noyez pas à vous aussi et soyez plus attentif à l'autre. Prenez le temps de le connaître, cela peut être quelqu'un de merveilleux et cela peut aussi être quelqu'un de brisé à l'intérieur sans que vous le sachiez, comme moi aujourd'hui. Et la moindre malveillance ou indifférence de votre part le poussera un peu plus dans les détresses lui aussi. Au fil du temps, mes sorties se résumaient à draguer, sexe et drogue, je ne faisais plus que ça. La drogue donne un sentiment de bien-être, elle permet d'oublier, et avec le temps, elle rend malheureusement insipide tout le reste. Je suis mort à l'intérieur, et je n'ai trouvé aucune passion qui aurait pu m'aider à m'émanciper de la drogue et du sexe. J'espérais toujours rebondir, mais là j'ai perdu espoir. Certains disent maîtriser la drogue. Personne ne peut maîtriser quelque chose qui dirige autant votre cerveau. J'espère que ce message créera un électrochoc chez les quelques personnes qui le liront, un électrochoc de bienveillance les uns envers les autres. J'ai mis beaucoup de temps à comprendre que j'étais hypersensible, ce qui provoque chez moi cette impression récurrente au moindre mauvais signal. » Que l'on me critique, que l'on m'ignore, que l'on me snob, que l'on m'évite, que l'on me juge, que l'on se moque. Chaque geste, action ou parole est interprété, déformé, multiplié par dix. Et je reconnais que les drogues ont accentué les choses. Le milieu de la nuit est envahi par la drogue, qui a creusé petit à petit cette impasse, cette tombe de laquelle je ne peux plus sortir. Ce sentiment de dépendance, emprisonné, piégé par la drogue, sentiment de solitude, d'insécurité. J'ai cru que la drogue me permettrait d'échapper à ce monde froid et dur, mais il me rattrape toujours, toujours plus dur. La drogue n'est pas festive, elle est destructrice. Si vous consommez, arrêtez la drogue tant qu'il est temps. La drogue n'est pas festive, elle est addictive, vicieuse et vous détruira tôt ou tard, rapidement ou le lendemain. Peu de gens en dehors de la nuit connaissent mon addiction car je le cache sous mon sourire. Je le cache au travail, en famille, mais je me bats depuis trois ans maintenant avec elle. Tout ça pour arriver à la conclusion. Soyez bienveillant et à l'écoute de l'autre car au fond vous ne savez pas quel état psychologique de la personne en face de vous. Il sourit, peut-être en façade, mais crie à l'intérieur. A ceux qui vendent des drogues, vous vendez la mort sans vous en rendre compte. La mort qui aujourd'hui est ma seule issue. Ma famille, pardonnez-moi de vous laisser, ne vous reprochez rien, vous avez été merveilleux, je vous aime. Mais sachez que c'est le mieux à faire, que je serai plus heureux là-haut, enfin libéré de tout ça, que c'est la seule manière pour moi de sortir de cette impasse. que je ne peux plus vivre cette vie dans ce monde. Pardonnez-moi. C'est le plus important pour moi, à ma famille. Ne supprimez pas ce poste. Je sais que je ne raconte pas des jolies choses à mon sujet sur ce poste, mais j'espère qu'il faudra réagir et sauvera des gens. J'ai réécrit cent fois ce texte pour que vous compreniez que je n'ai plus le choix. Je regarde ce dernier coucher de soleil. C'est une belle fin, je trouve. Ne me pleurez pas. Dites-vous que je suis à présent libre. C'est difficile à lire. Ça remue beaucoup de choses. Et pourtant, je l'ai lu, je l'ai lu et je l'ai relu. Et à chaque fois, ça me fait le même effet. Tu disais que c'est une lettre que t'aurais pu écrire. Si tu m'amènes au moment où t'aurais pu l'écrire, au moment où t'es descendu très bas, il se passait quoi pour toi ? Alors, je pense que je vais raconter l'histoire et j'essaie d'être le plus clair possible. Moi, ça a surtout été en 2016, une période qui a été très, très compliquée pour moi. Je pense un peu commençant en 2015, mais ça a vraiment été 2016. où j'ai une relation amoureuse avec un mec alors amoureuse entre guillemets en fait c'était une relation ultra toxique quelqu'un qui m'a rencontré à un moment où j'allais bien mais c'est quelqu'un qui avait vu et trouvé mes failles moi il faut savoir que j'ai toujours fait la fête J'ai beaucoup travaillé dans le milieu de la nuit, le drag, le cabaret, toutes ces choses-là, ça se performe la nuit. J'ai toujours fait beaucoup d'excès, mais en conscience, même si par moment c'était un échappatoire, je le savais. Et donc j'avais une espèce de truc de garde-fou en me disant « Ok, là je lâche les chiens, j'ai eu un coup de stress pour ça aussi, ou là j'ai ce genre d'émotion. » Mais c'est déjà marqueur de quelque chose, d'un mal-être à un endroit, même si on essaie de l'apprivoiser. À cette époque-là, j'étais vulnérable sur ces zones-là. Et ce garçon que j'ai rencontré, je pense, a saisi ça et il s'est nourri de ces failles-là. Et ça n'a duré que six mois, notre histoire, mais ça a été le début de ma descente aux enfers. Et comme je consommais des produits dans le milieu de la nuit, dans le milieu festif, finalement... j'avais aucune objection à rentrer dans un schéma de chemsex. Parce que clairement, il n'en parle pas clairement dans la lettre, mais on sait qu'il en fait allusion. La drogue, le sexe, la consommation de sexe sous drogue, la consommation de drogue dans le sexe. Avant de rencontrer ce garçon, je sors pas mal. Et si j'ai un coup de mou, une angoisse ou quelque chose, j'ai déjà des comportements dits « borderline ». J'ai découvert plus tard que j'ai été diagnostiqué bipolaire, donc dans la bipolarité, il y a des comportements borderline. Ce sont des choses qui ont été dénouées dans mon suivi psy, des comportements que j'ai eu déjà tout petit. À 8 ans, j'ai voulu me pendre, par exemple. Je ne sais plus trop si c'était lié au harcèlement scolaire ou si c'était lié à la difficulté de vraiment trouver ma place dans le foyer familial parce que je savais que j'étais différent. Mais dans mon travail avec mon psy, ce souvenir m'est revenu et ma tentative de suicide à 8 ans. Donc il y a déjà des endroits comme ça de fragilité, de signe avant-coureur chez un enfant LGBT, je pense. Aurélien en parle d'ailleurs dans sa lettre du harcèlement scolaire. Et je crois que tous les gays, on en a subi. Je vais dire un autre truc. Je marche hors des oeufs, mais en même temps, j'assume. Je pense aussi que les violences sexuelles, on en a subi une bonne majorité en avoir subi très jeunes. Et je pense que ce qui fait qu'on avance, c'est qu'on est aussi complètement... Coincé dans le déni Tu parles de toi là ? Je parle de moi Je pense que je vais revenir un peu plus tard Sur mon expérience mais je t'en avais un peu parlé Quand on avait discuté, j'ai été accompagnateur PrEP Et il y a des choses Il y a des généralités que je fais Mais elles sont vraiment construites par mon expérience Par des témoignages que j'ai eu Et il y a un on qui existe vraiment Et je disais à un ami Qui est ami avec Aurélien Là, on est tous auréliens, avec des parcours différents, des expériences différentes, des émotions différentes. Mais je me souviens que quand je faisais mes accompagnements PrEP, donc ça c'était entre 2018 et 2020, je notais toujours, donc l'accompagnement PrEP, c'est les garçons, ils prennent la PrEP, ils voient le médecin et ensuite ils voient l'accompagnement communautaire. C'est pas une psychanalyse, c'est pas une thérapie, c'est plus un échange entre pairs. Je trouve que le terme accompagnement communautaire donne déjà la définition. Non, je comprends pas bien. Tu discutes avec eux du sexe ? avec la personne en face d'eux, parce que la personne en face d'eux n'est pas un médecin, et c'est quelqu'un de la communauté. Donc c'est ce qu'on appelle l'échange entre pairs. Et en gros, le prépeur peut aussi amener des éléments dans son parcours de gay à l'accompagnateur. Ça donne des outils à l'accompagnateur pour mieux façonner l'outil PrEP ou l'accompagnement en santé globale pour les gays. Et c'est là où tu as saisi une récurrence du harcèlement ou des violences sexuelles ? Oui, et puis... Beaucoup de mecs me parlaient, et moi, pendant qu'ils me parlaient, j'étais en train de me rendre compte que le gars me racontait un viol, mais il ne savait pas qu'il avait été violé. Donc ça, ça raconte plein de choses. Ça raconte notre société de la culture du viol, ça raconte l'estime qu'on va avoir nous-mêmes en grandissant, en tant que gays, parce qu'en fait, la société ne nous estime pas. Donc il y a une espèce de logique, et ça, c'est un peu ce que raconte mon spectacle, avec humour, mais mon spectacle raconte ça, c'est... Et notre sexualité, ça devient la catharsis de notre homme à un moment donné parce qu'on n'a pas d'espace, on n'a pas de référent, la société ne nous donne pas les clés ou les éléments pour se construire. Et c'est pour ça que la lettre d'Aurélien fait écho chez beaucoup de monde et que là, j'assume vraiment cette espèce de généralité sur ces ressentis-là. Après, on a tous nos individualités. Et moi, pour revenir à mon expérience, c'était un aparté, l'histoire de la PrEP, mais pour revenir à mon expérience, avant d'être accompagnateur PrEP, j'avais ces comportements un petit peu de borderline parce qu'il y avait des fragilités, des traumas, des traumas liés à la famille, des traumas liés au harcèlement scolaire et traumas violents sexuels parce que j'ai été abusé à l'âge de 11 ans par un inconnu à la piscine municipale. Donc ça fait quand même déjà pas mal de choses mis bout à bout sauf que ben on est un garçon on est dans une société où l'homosexualité est tabou donc on se construit en créant tout ça secret avec nous même je pense et moi c'est comme ça que j'ai fait Et j'allais dire je crois, non je crois pas c'est sûr puisque c'est ce qui en est sorti avec mes suivis psy, mes comportements dans le milieu de la fête, la drague, une hypersexualité, c'était un peu soit une répétition des traumas mais que je maîtrisais. Alors ça, c'est aussi vrai pour d'autres personnes parce que c'est comme ça que fonctionne le cerveau. C'est des répétitions des traumas, mais dans une espèce de conscience éclairée, on est consentant et comme une forme de se réapproprier son corps dans le trauma qu'on a subi par le passé. En gros, c'est un peu comme ça que fonctionne le cerveau. T'es à l'aise de donner un exemple ? Par exemple, chose que je ne fais plus du tout maintenant, mais c'était 2014, j'étais styliste indépendant, jeune directeur artistique pour une marque, beaucoup de boulot, pas trop de vie sociale. J'en avais un peu de temps en temps, mais du coup, je sentais que j'étais très seul. J'avais un sentiment de solitude. Et du coup, les seuls endroits où, en termes de temps, par exemple, c'était le mercredi, mon jour de repos, je pouvais sortir que le mardi soir. Et le seul endroit où je pouvais rencontrer du monde, c'était les barres à cul. Et en fait, je buvais beaucoup trop d'alcool et je me donnais un peu à n'importe qui, n'importe comment. Alors, je n'aime pas trop utiliser ces termes-là parce qu'on est dans quelque chose de très jugeant, mais il n'y a pas de jugement de valeur non plus. Tu n'avais pas de plaisir ou de kiff particulier ? a grave fait écho par rapport à mon parcours aussi où elle en plus elle est consciente de je fais ça sexuellement parce qu'il y a ça qui m'a traumatisé et je pense qu'en 2014 je commençais déjà un peu à saisir ces choses là mais par exemple je vais donner une scène très précise un jour je me fais baiser par un mec au secteur X j'avais même pas vu le mec arriver je sais pas s'il y a une capote et je suis dans une flaque de je sais pas quoi, certainement de l'urine, et dans ma tête, j'étais en train de me dire, c'est tout ce que je mérite, c'est là qu'est ma place. Donc ça en dit long sur l'estime au plus profond de moi-même, l'estime que j'avais de moi-même. Et ça vient de des années de harcèlement, des difficultés à s'intégrer dans sa famille, le fait d'être gay, tout simplement. Avec cette relation toxique qui est du coup comme un événement qui... un point de bascule, c'est ça ? Ça pousse... vers la descente plus vite, c'est ça ? Ou c'est un des facteurs, en tout cas ? Je ne saurais pas te dire. Je pense juste que c'est juste des pulsions. Moi, ma fille me parlait de pulsions de mort. Et c'est quelque chose que l'on retrouve dans beaucoup de témoignages de gays, chemsexeurs, ou même juste hypersexuels. Si on se renseigne un peu sur la santé globale, qu'on lit un petit peu la presse gay, qu'on se renseigne auprès des associations qui bossent beaucoup sur la santé mentale ou la santé globale des gays... C'est des choses qui reviennent tout le temps. Donc, en gros, il n'y a pas de scoop. La lettre d'Aurélien, pour moi, il n'y a pas de scoop, il n'y a pas de nouveauté. C'est juste que là, on commence peut-être enfin à en parler. Et en fait, pour dire que... Tu vois, dans la lettre d'Aurélien, on a l'impression qu'il y a un événement, c'est j'arrive à Paris, je sors, je ne rencontre pas l'amour, du coup je suis triste et je vais me suicider. Je fais un résumé. Je sais que moi, dans mon parcours, dans ma vie, ce qui s'est passé, je rencontre ce gars, mon ex, en 2016. Très vite, il y a beaucoup de drogue, beaucoup de sexe, sous couvert de polyamour. Parce que moi, initialement, j'ai une vision politique... où je ne suis pas hyper sûr que la monogamie, ça existe. J'ai une espèce de rejet de toute la forme patriarcale et judéo-chrétienne. Mais très OK avec ça. Cette personne a utilisé ma pensée pour me vampiriser et que je devienne son instrument. Donc on était soi-disant un couple ouvert et polyamoureux, mais c'était lui qui décidait. Et en fait, je ne choisissais pas mes partenaires, il décidait de tout. Il y a eu plein de situations hyper violentes et traumatisantes. Par exemple, il me dit « Ah, regarde, sur Grindr, il y a ce couple de versatiles qui veulent nous voir. » Si ça te dit, alors je ne suis pas hyper chaud, le couple n'est pas mal. Et je me dis « Bon, pour satisfaire mon mec, on y va. » on arrive dans un appart où il y a 15 mecs tout le monde est défoncé et en fait j'avale mon inconfort, mon malaise pour ne pas avoir de conflit avec mon ex je prends des drogues pour me mettre au niveau de tout le monde et pour oublier que je suis dans un inconfort et puis il se passe des scènes de sexe que je ne veux pas que je ne voulais pas etc donc moi je me suis dit ce mec m'a traumatisé donc j'ai galéré à le quitter ça ne durait que 6 mois entre lui et moi Mais voilà, il m'a fait rentrer dans cette espèce de spirale où on ne devient qu'un objet sexuel. On ne sait même plus ce qu'on pense vraiment. Enfin, moi, je n'arrivais plus à savoir si ce que je pensais, c'est ce que je voulais. Je voulais vraiment si c'était lui qui me l'a mis dans la tête. Il avait réussi à me convaincre que c'est moi qui créais des problèmes et des zones de conflit parce que j'ai des insécurités, etc. Donc... C'était hyper trouble. Et en parallèle de ça, si je comprends, tu sors, tu prends des drogues. Il y a un mélange. Il y a un mélange. Tu as raconté un terreau. Il y a un passif qui est quand même plein de brisures. Et c'est quelque chose qui, en effet, est très... Sur tout le podcast, les gens qui ont écouté d'autres épisodes, on se retrouve. Ce que tu as dit tout à l'heure, François, un épisode, un témoignage en trois parties d'un François qui parle notamment de chemsex. Un des titres, c'est « Pourquoi je sexe avec des hommes qui ne me plaisent pas ? » Ça m'a frappé quand tu as raconté cette universelle... Enfin, je ne dis pas que c'est universelle, mais en tout cas, comment c'est partagé. Et donc, il y a un moment où la vie fait aussi peut-être plus de stress ou on ne sait pas quoi, mais en tout cas, il y a un cumul et là, tu tombes, c'est ça ? Moi, dans mon histoire, je suis tombé avec cette rencontre. Et... Donc, à ce moment-là, j'ai pas encore de recul. Je comprends pas ce qui se passe. Je sais juste que je me sens pas heureux, que je me sens mal, que je n'ai plus confiance en moi, que mon corps me dégoûte, que je ne suis plus au clair avec ma sexualité. Et je me rends compte que c'est quand même mon ex qui me fait me rendre comme ça. Et en gros... Il y a eu deux éléments déclencheurs. Je vais essayer de ne pas trop donner de détails parce que je veux qu'il reste anonyme. Je n'ai pas non plus envie qu'il ait des problèmes, même si j'ai beaucoup de choses à charge contre lui. Et je ne veux pas non plus qu'il se retourne contre moi. Mais je ne suis pas bête. Je sais que les gens qui écouteront le podcast savent très bien de qui je parle. On va voir les Parisiens de ce domaine-là. Parce que moi, je ne vois pas du tout les Parisiens dans ce milieu. Il y a eu deux éléments déclenchants. On était partis en vacances et il était devenu dans un cadre sexuel où il me disait lâche-toi plus, tu sais, ça me fait plaisir si tu te lâches. Donc il me raconte, je sais qu'il y a un mot qui existe pour ça, mais à l'inverse de jalousie. La compersion. Voilà. Il me parle de compersion et en gros, il me dit qu'on est là-dedans, lui et moi. Et donc je me détends un peu et je me dis bon, c'est vrai, on est amoureux et tout. Et en fait, on rencontre un couple et je me lâche. Et il n'a pas du tout aimé. Et il est devenu violent. Et il a failli devenir violent physiquement. C'était la première fois. Et là, j'ai vraiment eu le truc de, quand on rentre à Paris, je quitte ce mec. Et à rentrer à Paris, l'étau s'est encore plus refermé sur moi. Et en fait, avant ça, le premier élément déclencheur, et c'est de ça dont je voudrais parler, surtout, briser la glace là-dessus, c'est que l'élément déclencheur me rendait dingue. Il y avait beaucoup de consommation de drogue. Donc, je pense qu'il y avait aussi la drogue qui me rendait dingue. Et c'est très difficile à expliquer. Il faudrait voir le film Mon Roi, parce que c'est Mai Wen qui l'a fait, ce film. C'est complètement l'histoire que j'ai vécue. Ce mec hyper solaire, nos proches l'apprécient, nous disent « il est fou, amoureux de toi », mais il fait plein de petits trucs insidieux que seuls nous voyons. ressent-on et c'est hyper dur de dire à son entourage mais là en fait il me violente parce que la violence psychologique elle est vraiment insidieuse et c'est assez horrible et je pense que pour comprendre ce que je raconte il faut voir ce film parce que c'est vraiment ce que j'ai vécu Et dans le film, il y a un accident et l'accident, donc la femme qui est sous l'emprise a un accident. Et le début du film, la psy lui parle et lui fait comprendre que l'accident, c'est un acte manqué qui est lié à sa relation. Et moi, mon histoire, c'est que ce mec-là, donc là, on était à distance, il s'était déplacé pour le travail et il arrivait à distance à me mettre dans des états de démence. Enfin, je devenais complètement fou à en souffrir à l'intérieur. Je sentais vraiment de... J'arrivais plus à respirer, j'étais dans des crises de panique et un soir, il me rend dingue et j'ai l'impression d'être la dernière des merdes. Donc je prends un vélo, j'habitais à Montmartre à l'époque et là j'ai vraiment une pulsion de « faut que ça cesse en fait, c'est le seul moyen que ça cesse » parce qu'en plus je me sentais abandonné par mon entourage. Et je vais expliquer après pourquoi mais là j'étais vraiment seul et j'ai accéléré et j'ai vu une rue en pente et je me suis jeté dans cette rue en me disant voilà c'est fini. Donc tentative de suicide que j'ai brodé autour de cette tentative de suicide un immense mensonge et ça fait depuis 2016 que je traîne ce mensonge qui est j'étais bourré je suis tombé à vélo. Un mensonge qui était difficile à tenir avec les médecins parce qu'ils n'arrivaient vraiment pas à comprendre comment j'avais... Parce que je me suis cassé le col du fémur. La chute a été violente. Arrivé au sol, état de choc, je réalise ce que je viens de faire. Ça me fait peur. Je me dis qu'il faut vraiment que je quitte ce mec parce que là, c'est parce que j'étais à vélo. Trois heures du mat', il n'y avait pas d'automobiliste, rien. Un taxi est arrivé, est-ce qu'il a vu le vélo rebondir ? Lui était persuadé que je m'étais fait renverser par une voiture. Mais sinon, il n'y avait personne. Ça m'a choqué. Je me suis dit, mais j'aurais pu aller jusqu'où ? J'aurais pu faire quoi ? Si cet état de folie m'avait amené à cet état dans le métro, par exemple. Ça m'a vraiment fait peur. Parce que je me suis rendu compte que là, c'était vraiment une pulsion. Et donc, j'ai menti. J'ai dit aux médecins que j'étais tombé à vélo. Les pompiers, pareil, il y avait toujours une espèce de... Pour eux, il y avait quelque chose d'incohérent. Les pompiers étaient persuadés que je m'étais fait renverser, mais que le chauffeur avait fui. Personne ne comprenait parce que le chirurgien m'avait dit « Vous avez fait une blessure soit d'un motard, soit une chute d'un immeuble de trois étages. » Et à l'hôpital, quand il m'a dit ça, intérieurement, je me disais « Oui ». Mais je flippais parce que je me disais tentative de suicide, c'est hôpital psychiatrique, pas forcément une bonne prise en charge psychiatrique et souvent beaucoup de sédatifs. Et moi, j'avais quand même mon travail artistique. Et je crois que le truc qui m'a toujours sauvé, c'est vraiment la scène et le travail artistique. C'est toujours été un phare dans les moments où je n'allais pas bien. Là, je savais que tous les spectacles que j'avais allaient être annulés parce que je n'ai pas marché pendant plusieurs mois. Mais voilà, moi, la lettre d'Aurélien, ça m'a fait un détonateur de... Avant ce geste un peu désespéré que j'ai eu, j'ai écrit des textes comme ça. J'en ai encore. J'en ai même écrit après. Ils me servent d'outil beaucoup sur mon travail avec ma psy. C'est des choses que je garde, que je lis des fois un peu amèrement ou avec du recul. mais voilà j'écris beaucoup puisque j'ai écrit mon spectacle et c'est vrai que des fois écrire c'est salvateur là où la lettre d'Aurélien me bouleverse c'est que voilà on sent que c'est quelque chose qui a été écrit peut-être depuis plusieurs semaines plusieurs mois qui est hyper réfléchi il y a une lucidité même à travers l'acte De l'acte, de l'écriture à l'acte, tout ça, pour moi, c'est un manifeste. En fait, c'est même pas un suicide. C'est le sentiment que j'ai. Et moi, ça m'a vraiment interpellé où je me suis dit mais j'aurais pu être un Aurélien aussi. Sauf qu'il s'est passé d'autres choses, des prises de conscience. Et tu vois, c'est rigolo. Hier, j'ai fait un spectacle et j'ai eu un petit discours à la fin. J'ai fait un petit discours sur Aurélien et sur tous les gays de manière générale, le camsex, etc. Et j'ai dit à la fin, faut qu'on garde sa lettre, faut qu'on la lise. C'est important. Faut qu'on fasse quelque chose de ça. Et le seul regret que j'ai, c'est que j'ai le sentiment qu'Aurélien ne s'est pas laissé le temps. Il n'a pas attendu, il ne s'est pas laissé de temps parce qu'il était à un endroit de détresse où moi j'ai été et où j'étais seul. Et ça aussi, c'était un truc qui était important pour moi à dire. Au moment où sa lettre est sortie, beaucoup de mecs l'ont partagée, des médias l'ont partagée avec ce truc de « si vous n'allez pas bien, ne restez pas seul, parlez ». C'était le lendemain et j'étais en colère et à chaud, j'ai écrit sur Insta « je suis en colère, j'ai tous envie de vous engueuler comme j'ai envie de vous consoler ». Parce que moi, en 2016, quand j'étais vraiment au sol, que ce soit par la relation avec ce mec-là et puis ce que je n'ai pas dit, c'est qu'après la suite, après la rupture, tous les mécanismes d'autodestruction, je n'arrivais pas à m'en séparer. Ce qu'il avait mis de vicieux dans ma vie, je n'arrivais pas à en sortir et ça a duré jusqu'à... je vais dire 2018 parce que je me suis mis en colocation et que la colocation ça m'a un peu sauvé aussi d'être avec quelqu'un mais je vais vraiment bien depuis 2020 donc de 2016 à 2020 c'est quand même très long j'ai encore un peu le fantôme de cette histoire là Et quand j'ai vu tous ces gens faire oui, et des gars que je connais et qui m'ont maltraité à un moment donné dans ma vie, et surtout à cette période-là, qui m'étaient « Oui, il faut qu'on soit plus bienveillants entre nous, il faut qu'on apprenne à plus s'aimer », j'étais en colère parce que c'est pas vrai. Et là, j'avais ce sentiment de... À l'instant T, on est en train de vivre une espèce d'hystérie narcissique où chacun se voit à travers cette lettre et donc va dire ce qu'il a envie qu'on lui dise, sauf que personne ne va... Et j'avais dit à des mecs... « C'est pas vrai. » Moi, quand j'étais au plus mal, j'ai alerté. Et si je n'ai alerté pas forcément frontalement, verbalement, il y avait, je crois sincèrement, énormément de signes avant-coureurs, de signaux, de choses. Parce qu'on me faisait des remarques en plus en disant que j'avais... Et puis c'était beaucoup lié à l'Olawesh. Jamais moi, l'humain... Lola Wesh est too much, Lola Wesh ne fait que gueuler, Lola Wesh est trop politique, elle va trop loin, elle est trop sensible. Il y avait toujours ce truc de, comme on va dire à une femme, t'es hystérique. Mais jamais personne ne s'est dit à un moment donné, mais comment est-ce qu'il va ? Parce que tout à l'heure, tu disais que tu t'étais sentie abandonnée. Oui. Tu peux m'en dire plus. Et tu disais, je raconterai un peu plus tard, en quoi tu t'es sentie abandonnée ? Par ta famille, je crois que tu disais. Alors la famille, non. C'est une autre histoire. La famille, c'est arrivé plus tard. Et c'est moi qui ai mis une distance avec la famille pour me sauver, justement. Parce que je crois que, socialement, ce que... Alors après, ça dépend. C'est mon parcours. Mais socialement, il y a des attentes. Un père doit faire ça, une mère doit faire ça. Les enfants sont censés répondre comme ça. Moi, j'ai un schéma familial assez... J'ai grandi quand même dans un milieu où il y avait de la violence, etc. Enfin bref, ce sont des marqueurs aussi qui font qu'il y a des traumas par la suite. Donc quand j'ai réalisé tout ça, j'ai mis la distance avec ma famille en me disant là, il faut que je me construise moi mon identité. Et en l'occurrence, je n'utilise plus mon prénom civil pour ça. Je me dissocie de l'appartenance de ma famille. Mais je garde et j'ai un meilleur relationnel avec eux depuis que je suis moi vraiment en dehors d'eux. Donc au moment où c'est la descente aux enfers, bon t'as pas ta famille et tu disais que tu te sentais abandonné, tu parlais de cet entourage gay. La communauté, les potes, le milieu de la nuit, les plans cul, les amants. Attends parce que moi j'ai une vie vraiment très différente de la tienne et je veux être sûr de bien comprendre. En fait le gros de tes amis c'est des potes de soirée, c'est des gens que tu retrouves au bar ou au club de cul. Alors ? Parce que le gros... En fait, j'ai très peu, très très très peu de vrais amis. Je pense peut-être 4-5. À l'époque, j'ai un très très bon ami. On était amis depuis le lycée, une amitié d'une quinzaine d'années. Et notre amitié a rompu peu de temps après cette période-là. Et je crois qu'on est tous les deux aussi victimes l'un que l'autre et aussi bourreaux l'un que l'autre sur cette histoire-là. Il y avait la consommation de drogue aussi. Et voilà, on est arrivé à un point de non-retour et il y a eu rupture. J'étais très triste à l'époque quand c'est arrivé. Là, maintenant, je suis assez en paix avec ça parce qu'il faut aussi accepter les ruptures amicales. Mais je vois bien que toute cette traversée du désert compliqué, de la dépression, des drogues, etc., ça a aussi brisé une amitié de 15 ans. Et donc, pour toi, est-ce que c'est le terreau, toutes ces violences et ces traumas qui font, parce qu'Aurélien le mentionne, qui font que c'est plus dur pour toi de créer des amitiés fortes qui pourraient t'aider là en 2016 et que donc tu te sens abandonné enfin t'es seul est-ce que ça serait lié parce qu'Aurélien avait l'air de le dire dans sa lettre alors moi tu vois donc cette amie avec qui j'étais amie depuis le lycée il y avait une amitié très forte sauf que je crois que on était tous les deux pas bien et il y avait ce truc où on s'est entraîné mutuellement donc en fait personne n'aide personne même si on pensait s'aider mutuellement en fait il y avait quelque chose on devenait l'un pour l'autre toxique et pourtant c'était une belle amitié mais ce serait ingrat de dire que j'étais complètement abandonné mais j'ai des amis très très peu plus sains je mets des grosses guillemets parce que pour moi il n'y a pas d'être sain ou malsain mais mais des amis qui sont loin du milieu de la nuit, loin de l'hypersexualisation, loin des consommations de drogue. C'est moi qui n'allais pas vers eux par honte. Parce que, par exemple, le fait de subir des violences psychologiques et sexuelles, c'est con, mais même le viol que j'ai subi à 11 ans, j'ai mis énormément de mal à en parler parce qu'il y a toujours ce truc de « qu'est-ce que j'ai fait pour que ça m'arrive ? » Mon ex, j'ai rencontré beaucoup de mecs, en fait, violents, toxiques. Et ce qui venait automatiquement dans la tête, c'est ce que je mérite ou qu'est-ce que je fais mal pour. Donc, il y a une forme de honte, d'autoflagellation. Et nos amis les plus sûrs, on a tellement peur. de les décevoir qu'on va sauver la face et Aurélien le raconte ça on cache et il y a des amitiés un peu plus éphémères et j'ai toujours été ok avec ça qui là quand on ne va pas bien peuvent le voir ou alors on va essayer de leur dire et dans le milieu de la nuit si on ne va pas bien les gens préfèrent nous tourner le dos et puis moi le problème c'est que comme j'ai un personnage public c'est déjà arrivé que des gens me disent contente-toi de nous faire rire En fait, j'ai réglé des problèmes en faisant des vidéos à travers l'Olawesh. Il y a beaucoup de vidéos que j'ai supprimées. J'ai fait un nettoyage. Je repars à zéro sur beaucoup de choses. La réécriture du spectacle, la réécriture du personnage aussi. Mais j'ai revu des vidéos. Je me disais, non, mais clairement, là, c'est un appel au secours. Et en face, j'avais que des portes qui se fermaient, du rejet, des gens qui me bloquaient. J'ai eu énormément de haters gays. En l'occurrence, quand je parlais de la PrEP, par exemple, au tout début de la PrEP. C'est en 2016 aussi. Donc... Beaucoup de violence, mais Aurélien l'a dit dans la lettre, les gens ne se rendent pas compte. Aurélien, il dit que les gens ont des casseroles, et ils ont eux-mêmes leurs propres blessures, leurs propres nœuds. Toi, t'en penses quoi de ça ? Que Aurélien sous-entend que c'est moins les autres qui nous veulent du mal, que chacun est affairé à tenter de survivre. En fait, pour moi, personne ne veut de mal à personne. C'est comme mon ex, il m'a fait du mal. J'arrive pas encore pour le moment à pardonner, mais j'ai de la peine pour lui. Je me dis, c'est quelqu'un qui a dû vivre quelque chose d'extrêmement traumatisant pour arriver à ce niveau de manque d'humanité et d'avoir autant de mécanismes qui font souffrir les autres. Et dans la communauté gay, entre gays, il y a plusieurs facteurs. Nous sommes des hommes traumatisés ou des enfants multi-traumatisés et on répète des choses. Et on a nos casseroles et moi je pense... Vraiment, en toute honnêteté, en prenant du recul, je sais pertinemment que je n'ai jamais fait de mal directement. Je n'ai jamais ghosté qui que ce soit. Je n'ai jamais jugé personne sur son physique. Je n'ai jamais été dans le rejet. Par contre, j'ai pu être quelqu'un d'hyper intense. Après, là, c'était plus lié à la bipolarité. Mais s'il y avait un truc qui ne me plaisait pas ou si on avait un endroit de conflit, je pouvais me mettre à hurler, tout péter et avoir des colères inappropriées. Et ça, ça devient toxique pour la personne en face. mais la plupart des mécanismes qu'Aurélien dénonce dans sa lettre je sais pertinemment que ça ce sont des choses que je n'ai jamais moi reproduit j'ai toujours répondu sur les appuis même pour dire à quelqu'un qui m'intéressait pas j'ai toujours eu cette volonté ok je vois que ce que font les mecs ça me met mal moi je vais pas faire pareil et ça j'en suis conscient depuis très longtemps mais effectivement il y a des gars qui s'en rendent pas compte et en l'occurrence je te parlais de la PrEP Des mecs qui me racontaient à quel point ça leur faisait du mal le rejet qu'ils recevaient de tels mecs. Puis en même temps, derrière, il y a lui qui me harcèle. Ah, puis c'est une folle, j'aime pas les folles. Et j'avais envie de leur dire, là, t'es en train de répéter ce que tu n'aimes pas qu'on te fasse. Et c'est un truc que j'ai observé dans mes suivis PrEP. Je me disais, bon, les mecs vont mal, mais en même temps... Ce qu'ils dénoncent, ils le font aussi, donc c'est un peu bizarre. Et voilà, il a raison Aurélien, dans la lettre, quand il parle de spirale, il y a une espèce de cercle vicieux comme ça qui se ferme sur nous. Et je parlais de ça à un ami, c'est le triangle Capman, je crois. triangle de tragédie où on est victime un coup on est victime, un coup on est sauveur un coup on est persécuteur et je vois bien que les relations gays c'est complètement comme ça que ça fonctionne cette espèce de chose où à chaque fois on a toujours la place au moins une fois à un moment donné moi je suis gay, j'habite à Paris je sors pas et je sors depuis peu et je n'ai jamais rencontré le monde que tu décris je ne l'ai jamais tu vois je suis un privilégié et j'allais te demander pourquoi moi je ne l'ai pas rencontré ce monde là et je pense que ça m'implique c'est ton témoignage et je trouvais ça juste intéressant de faire une parenthèse pour dire quand même que il n'y a pas une communauté gay, il n'y a pas il n'y a pas un milieu nocturne gay et il n'y a pas les gays mais il y a celles et ceux en tout cas ceux que toi t'as rencontré avec qui tu tisses tout un témoignage et je remets pas ça en question bien entendu mais moi le moment où genre tu viens dans mes chaussures jusqu'à il n'y a pas très longtemps où moi j'étais complètement bloqué pour plein d'autres raisons autre sujet on pourra en parler une autre fois mais j'étais bloqué je ne sortais pas Je ne voulais pas sortir. Tous ces endroits me faisaient peur pour des raisons très similaires à ce que tu disais, tu vois, mauvaise estime de moi, etc. Et depuis un an, je sors dans des bars au Rosa Bonheur et je me connecte. dans des assos et je me connecte avec des gens délicieux. Alors, on a tous des défauts et en fait, c'est des petits humains et le triangle me parle beaucoup. On est quand même, je crois, aussi systématiquement à répéter un peu nos erreurs et nos bêtises. Mais il y a quand même, j'ai envie de faire entendre que même à Paris alors qu'on doit pas habiter très loin toi et moi on peut avoir des expériences très différentes pareil tu vois moi je demandais autour de moi et tout le monde me disait bah ouais moi sur Grindr les gens me proposent de la drogue mais moi Tom on ne m'a jamais proposé de la drogue sur Grindr Il y a des codes. Par rapport à la drogue, je pense qu'il y a des codes où on arrive plus ou moins à cerner sur les photos. C'est très rigolo parce que ma psy m'a aidé. Ça peut paraître un peu pervers, mais pour me protéger, elle m'a aidé un petit peu à déceler les personnes qui auraient un profil narcissique. Ça ne veut pas dire que tout le monde est pervers narcissique, mais une personne qui va avoir vraiment ancré un profil narcissique, ce n'est pas forcément quelqu'un avec qui on construit quelque chose de bien. On risque vite de tomber... Et encore, moi, dans mon cas, ça me concerne parce que toutes les relations amoureuses que j'ai pu avoir, il y avait toujours ce profil soit d'ascendance sur moi, soit de personnes narcissiques qui, à un moment donné, ne me traitent pas bien. Et je l'avais montré Grindr et à regarder, elle hallucinait et elle me disait, et elle m'expliquait cette photo. La pose, l'attitude. Et en gros, c'est ce que j'allais te dire. C'est que dans notre milieu, il y a plusieurs réalités. Il y a plein de réalités. En fait, ma question, c'était, à ton avis, et je crois que tu as déjà répondu, mais ce que tu as dit, c'est... Toi, tu as glissé dans ces travers et dans ces endroits de violence par répétition de tes traumas. Et moi, peut-être, j'ai répété mes traumas différemment. Je crois, de mon expérience dans mon suivi psy, il y a un truc qui est vrai pour tout le monde. C'est que notre cerveau a une construction qui démarre à l'enfance. En gros, moi, j'ai grandi dans un foyer violent, mais je ne savais pas que c'était violent. Et le modèle amoureux que j'avais, c'était mes parents avec un amour passionnel, violent, les deux physiquement, verbalement. Et c'était une norme. Et puis, il y a le cinéma aussi à côté. Enfin, c'est pas anodin, mais... le cinéma, la littérature c'est toujours des modèles hyper violents donc en plus t'es gay il y a une extra-violence qui se met là-dedans et en gros ce que m'expliquait ma psy c'est que c'est la norme pour mon cerveau et pour que je tombe amoureux pour que je rentre dans une relation et en fait je vais le faire naturellement parce que c'est comme ça que mon cerveau est construit même si après coup je sens que je suis en souffrance et je pense qu'on va répéter chacun les choses qui correspondent déjà à notre enfance et ça dépend en fait de ce que chacun a vécu moi j'étais complètement hypochondriaque mais c'est intéressant ce que tu dis le côté hypochondriaque, la peur de sortir bloqué d'une peur anticipée j'ai aussi envie de dire que ce que j'ai dit c'est quand même à moitié faux parce que justement au Rosa Bonheur le Rosa Bonheur c'est au but de Chaumont notamment dans un parc parisien parce que c'est vrai qu'on est écouté de partout dans le monde et hors de Paris Mais toi et moi, là, on est à Paris et on parle de Paris. Quand on est gay, quand on se dit Rosa Bonheur, on voit tout de suite ce que c'est. Mais c'est vrai que parisien, c'est une espèce de petite maison dans un parc au milieu de Paris où c'est à la fois un bar. Il y a une chorale et je me suis au début quand j'ai donc moi, j'ai rejoint la chorale et j'ai rejoint une asso de sport. en dehors du Rosa Bonheur, mais je crois que les petites astuces pour aller à la rencontre de pères, P-A-I-R-S, et de personnes LGBT, et peut-être pas dans ce domaine de la nuit, je trouve que les assos, c'est vraiment chouette. Pour autant, au Rosa Bonheur, donc le dimanche soir, où je peux aller, je me suis déjà fait la réflexion de me sentir extrêmement mal à l'aise. C'est hyper drôle ce que tu viens de dire. Très mal habillé, je me dis... Tu viens de dire un truc, je te coupe, pour ne pas oublier, mais tu as dit « où je peux aller ». Parce que le dimanche soir, c'est principalement gay. Il faut dire aussi que Rosa Bonheur, c'est pour tout public. Les après-midi, c'est hyper familial. Les jeudis soirs, souvent, c'est lesbien. Ils font beaucoup de choses avec des assos, des soirées à thème, par exemple, pour les LGBT migrants, etc. Et le dimanche, effectivement, c'est la soirée gay après la chorale. Et tu as dit « où je peux aller ? » Et c'est drôle parce que moi, j'ai, pendant longtemps, été beaucoup Rosa Bonheur, en mode, le dimanche soir, c'est où je peux aller et où il y a plus de diversité de mecs. Après, moi, j'ai eu, pendant longtemps, j'ai été un peu fâché avec le Rosa Bonheur. J'ai eu plusieurs vies, moi, avec le Rosa Bonheur. Parce que j'étais en trouble bien avant de rencontrer... le mec qui m'a fait sombrer à l'époque où j'allais plutôt bien où j'avais des pulsions mais j'arrivais pas à les saisir j'étais en trouble et on allait beaucoup aux Rosa Bonheur et ce sont mes meilleurs souvenirs parce que ce trouble me rendait heureux il y avait un vrai équilibre je rencontrais du monde Et qu'est-ce que je me faisais draguer au Rosa Bonheur. En fait, c'est con, mais Aurélien, il en parle en lettres. Ça booste l'ego. Et c'était cool parce que derrière, je n'étais pas seul et j'avais mon histoire avec ce couple. Quand j'ai arrêté mon histoire avec ce couple, j'ai continué à aller au Rosa Bonheur. Et là, j'ai vu une autre facette. Et en gros, ce que je voulais te dire, c'est que tout est vrai. Et tout est différent parce qu'en fait, on a tous des humeurs et une santé mentale qui nous appartient. Et en fait, je crois que quand on va bien, qu'on est aligné avec soi-même, ancré, on peut sortir facilement, même dans les endroits qui peuvent être les plus sordides, tant qu'on est OK avec nous, qu'on n'a pas de jugement, il n'y a rien qui va nous heurter, il n'y a rien qui va nous blesser. Quand on est un peu fragile, quand on traverse une mauvaise période, et moi, en l'occurrence, la période où le rose à bonheur était violent pour moi, et je forçais, c'était horrible, C'était un moment où je n'allais pas bien et en fait j'étais ignoré par les mecs, j'avais l'impression d'être transparent. Ou alors un gars venait me rouler une pelle, dix minutes après je le cherchais pour qu'on rentre chez moi et il était en train de rouler une pelle à un autre gars. Chose qui, quand je me sens bien, n'est pas importante pour moi. Et je crois que voilà, moi ce que je voudrais dire surtout, pour recentrer le propos autour de la lettre d'Aurélien, c'est que toi j'ai dit, il ne s'est pas donné le temps et je crois qu'il était vraiment dans une impasse, il le dit. Et à croire, il pensait que personne ne pouvait l'aider. Et hier, j'ai voulu en parler à cette soirée parce que c'était pour Aide, la soirée. Et je voulais préciser, Aide ne fait pas que de la lutte contre le VIH. Il propose plein de choses et en l'occurrence, l'accompagnement communautaire. Et moi, je pense que ce qui m'a sauvé, c'est que je suis entré à Aide en CDI. Et j'avais les outils que je proposais aussi à mon public. Les sexos, les psychiatres, des choses auxquelles on ne pense pas. Et les solutions sont là, mais on ne nous dit pas que ça existe. On ne nous accompagne pas là-dedans. La santé mentale, l'homosexualité, la santé sexuelle, c'est tabou. et donc on peut vite se retrouver tout seul et avoir honte d'en parler à nos amis donc ne pas se sentir bien sortir en se disant je vais me percher un peu, je vais draguer, ça va me faire du bien sauf qu'au fait, on n'est pas bien avec nous-mêmes donc tout nous heurte, tout est violent et moi ça me parle complètement le moment où tu te sens pas très à l'aise, pas très aimé et hop tu vas au bar prendre un autre verre et ce que je voulais dire aussi c'est que je perçois quand même la place de l'alcool Et l'obligation un peu de l'alcool. Donc non, non, tout ce que tu m'as dit me parle, mais on a quand même des chemins assez différents. Toi, tu sais pourquoi la drogue ? Pourquoi ? Parce qu'il y a quand même en parallèle, tu parles de ça, de cette addiction et Aurélien... Alors là, je pense que c'est une question de produits aussi. Et il y a un endroit où je suis, je ne vais pas dire en colère, c'est beaucoup trop fort. Il y a une forme de colère, parce que j'ai travaillé dedans, dans la santé communautaire. Et il y a un endroit où il y a l'hécatinone, pour nommer ces drogues-là. Donc, c'est des drogues de synthèse. En l'occurrence, la plus connue, c'est la 3-MMC. Même si aujourd'hui, ce n'est plus vraiment ces molécules-là qui tournent. C'est des produits synthétiques qui vont réveiller une extra libido, parfois même presque de l'ordre de la prédation. Et du coup, je reviens encore un petit peu en arrière. Pour faire les points, un groupe d'hommes gays traumatisés, certainement beaucoup d'enfants multitraumatisés en nous, mais on est aussi des hommes. Et même si on vit notre homosexualité... On a grandi, on s'est construit en étant des hommes et je pense qu'il y a une majorité d'hommes gays qui ont performé, qui continuent à performer et qui se protègent ou s'enveloppent pour se protéger vraiment comme un mécanisme d'autodéfense dans la performance de la masculinité toxique. Et quand je dis masculinité toxique, c'est la prédation, la surconsommation sexuelle des mecs sans faire attention à eux. En fait, on se comporte entre nous comme des mecs hétéros traitent les nanas. Et en plus de ça, on a aussi le côté compétitif, concurrence. Et c'est pas forcément... En fait, c'est inconscient. Moi, je te parle de ce que je ressens parce qu'aujourd'hui, je prends du recul sur plein de choses. Je suis en thérapie, je vends un psychiatre et il y a plein de trucs que j'ai dénoués. Donc du coup, toi, tu prends des drogues pour être dans cette chasse sexuelle qui te donne de l'estime de toi. La chasse sexuelle, elle était avant les drogues. Non, non, les drogues... Pourquoi les drogues ? Pourquoi tu prends des drogues ? Pour s'échapper ? Alors moi, initialement, les drogues, c'était MDMA ou EXTA pour danser parce que ça décuple les sensations, la musique. Il y a vraiment ce kiff de teuffeur, de j'ai kiff le son, machin. On est en boîte, donc il y a quelque chose d'un peu plus charnel sur les toucher, machin. Et je ne suis jamais arrivé... à un endroit que l'on peut qualifier de sordide et pareil je mets des grosses guillemets parce que je veux vraiment arracher sur des oeufs parce que je veux pas que les personnes qui consomment chemsex ou festif se sentent offensées par ce que je dis parce que je continue aujourd'hui à consommer je veux vraiment montrer les deux faces c'est que quand on va bien baiser en se droguant ça peut être hyper épanouissant quand on est entre personnes qui vont bien conscientes Aurélien dans la lettre il dit on ne maîtrise pas la drogue on ne la contrôle pas Non, parce que ce n'est pas la drogue, c'est l'addiction. L'addiction, c'est une maladie. On l'a ou on ne l'a pas. Il y a des personnes qui n'ont pas de facteur addictif. En revanche, la drogue peut avoir un impact sur la santé. Mais quand on le sait, on boit beaucoup d'eau. Si on voit qu'on consomme beaucoup de drogue, on voit un addicto pour conscientiser sa consommation. Je vais recevoir un addicto sur ce podcast, mais je n'ai pas l'impression que ça soit vrai. Il y a certaines drogues qui sont faites pour te niquer le cerveau. Que tu sois sensible ou pas à l'addiction, tu n'as pas le choix. Moi, j'allais y venir et je crois que là, il y a un truc. Moi, j'ai vraiment vécu ma consommation de drogue de deux côtés. Les réactions addictives chez moi, je les ai identifiées beaucoup avec l'alcool, où ça devenait anxiolytique, où j'aimais bien boire tout seul et être un peu souple pour bien dormir. Mais ça, je m'en suis rendu compte quand j'ai commencé mon travail d'addicto, où en fait, on a remarqué que les mécanismes addictifs, c'était pas tant que ça les drogues. sauf avec l'hécatinone, la 3-MMC, mais toujours avec ce truc sexuel. Et en gros, ce qui est venu dans mon cas, c'est me remettre en état de sidération pour accepter la sexualité. Et en gros, moi, ce que j'ai traversé après ce mec, c'est un sentiment de vide, de ne pas être, de ne pas exister. J'ai écrit un texte assez lourd où je parle de ça et qu'en gros je dis que j'ai besoin d'être un peu mon auto-représentation de moi en tant que 100% passif de pourquoi est-ce que j'ai besoin un peu un besoin vital d'être pénétré et c'était enfin le texte maintenant je ressens plus ça parce que je vais mieux mais ce texte est assez on avait travaillé dessus avec ma psy et il est assez lourd parce que ce truc de je n'existerai tant que enfin je vais exister que si on me pénètre qu'importe qui me pénètre et comment on me pénètre Et en gros, je me réapproprie mon corps en le donnant un peu à tout le monde et n'importe qui parce que là, je l'ai décidé. Mais il y a les drogues. Et en gros, les drogues, c'est revivre l'état de sidération que mon cerveau a connu toute sa vie, du viol que j'ai subi à 11 ans, des violences que j'ai pu vivre, la chimie du cerveau pour qu'on... En fait, c'est un instinct de survie. va produire une molécule qui crée en fait l'état de sidération et ça c'est de la drogue pour le cerveau donc il y a ces répétitions là et c'est de là que peuvent venir les addictions mais la question que je me pose c'est vraiment une interrogation je me dis il y a plusieurs choses qui se passent en ce moment il y a de plus en plus de mecs hyper addicts qui, par exemple, prenaient de la cocaïne ou de l'AMDMA avant et n'étaient pas addicts, dès qu'ils ont commencé le chemsex ou à prendre de l'A3, ils sont devenus hyper addicts. Et il y en a même qui ne consomment plus de sexe et qui consomment de l'A3 et qui vont jusqu'à l'injection. Et il y a plein de... Là, je te parle avec ma casquette, mon ancienne casquette de aide, travailleur en santé sociale, où il y a ces observations. Il y a tous ces comportements-là qui changent de personnes qui n'avaient pas de terrain addictif. Donc... Ça nous pousse à nous interroger sur ce produit, ce qu'il crée. Et l'autre truc où je me questionne, c'est sur toutes ces questions de santé mentale. Et on est hyper nombreux parmi les LGBT à être diagnostiqués bipolaires. Énormément d'hommes gays font des dépressions, énormément d'hommes gays sont diagnostiqués bipolaires. Et moi, j'ai été diagnostiqué en 2020... Et je ne vais pas dire que j'accuse le coup parce qu'on est remonté très loin dans mon enfance et il y a des signes avant-cours, des éléments qui montrent que c'était là. Mais moi, je crois que ça a augmenté, ça s'est décuplé quand j'ai rencontré ce mec avec ces produits qui pètent vraiment le cerveau. Et ça peut être une bonne drogue dans les sensations, il se passe quelque chose, machin, mais ce n'est pas une drogue... Tu vois, j'ai écouté ton épisode avec Yann, je crois, qui parlait de cette culture d'incitation. et j'écoutais alors je crois bon lui c'est sa réalité mais je crois que l'incitation proposée c'est inconsciemment chercher un compagnon de galère ça va valider le fait de partager ça va valider ma consommation c'est pareil avec l'alcool Tant qu'on n'a pas conscientisé qu'on est alcoolique, on va toujours trouver le moyen de boire des coups avec des potes. Quand on sait qu'on est alcoolique, qu'on en parle avec l'alcool, on boit sa bière tout seul chez soi. Et là, je fais une parenthèse, il y a ce que mon addicto appelle le côté permissif. C'est bon, maintenant que j'ai compris que j'avais des addictions, des mécanismes d'addiction, Comment je les dompte ? Et des fois, moi je sais que je continue mes suivis, mais j'ai la conscience, il y a une phrase que je dis souvent, je suis en train de danser au bord du gouffre. Je danse parce que je vais bien, que ma consommation, je la régule, je la balise, je me mets vraiment des règles et j'arrive à respecter ces règles-là, mais parce qu'en réalité... je vais hyper bien en ce moment, j'ai un job qui m'épanouit, mes passions ne font que grandir donc tout va bien et ça serait trop bête de tout détruire par une overdose ou en ressombrant et je reviens tellement de loin Je connais en fait les abysses. Je n'ai pas du tout envie d'y retourner. J'ai envie de te proposer dans le prochain épisode, la deuxième partie de ton témoignage, justement, que tu nous racontes la remontée. Parce qu'il y a quand même eu... Là, tu y as fait référence. Est-ce que tu veux ajouter une dernière chose ? J'ai l'impression que tu as bien tout dit. sur les causes, tout ce qui s'est passé jusqu'à cette tentative de suicide, cette rupture. Est-ce qu'il y a quelque chose que tu veux ajouter ? Moi, j'avais envie de parler de... Avant qu'on remonte. Moi, j'avais envie de parler de comment... Au moment où j'étais... Voilà, moi, le truc où la lettre d'Aurélien a vraiment fait écho, c'est que, quand il parle d'impasse, d'être persuadé qu'il n'y a plus que la mort, mais de voir qu'en fait, tous les congénères gays vont mal et qu'on est comme impuissants. Enfin, tout ça, je me reconnais à cette époque. Et après, je ne saurais pas vraiment expliquer ce qui s'est passé. Et je pense, et Aurélien le dit dans sa lettre, je n'ai pas de passion. J'ai un ami avec qui j'ai renoué, qui était ami avec Aurélien. Et après les obsèques, il m'a écrit et il m'a dit, c'est bon, ça m'a fait un déclic. Je veux complètement arrêter les drogues, mais je crois qu'il faut que je reparte vers quelque chose qui me passionne. Et ça, je crois que c'est sociétal. on a des injonctions à travailler soit à être toujours productif donc souvent à avoir des taffes qu'on kiffe pas trop et aussi cette injonction de devoir gagner de la thune pour pouvoir sortir, avoir une vie sociable donc quelque part on n'est pas forcément épanoui là moi j'ai fait des choix aujourd'hui où c'est risqué, c'est une vie d'artiste. Mais comme je suis passé par vraiment la zone dark, je sais quoi faire pour que ça tienne. Mais j'ai réussi à m'en sortir parce que j'avais créé Lola Wesh déjà. Il y avait déjà un public derrière. Et souvent, je parle toujours de Lola Wesh à la troisième personne, mais je dis que c'est une personne qui est rentrée dans ma vie. et qui m'a fait voir le monde différemment et je crois que ces projets, les gens qui ont travaillé avec moi qui sont mes super amis maintenant depuis le début de Lola Wesh ça a été un peu mon phare, mon repère où j'avais ce truc qui me faisait garder la tête hors de l'eau et puis je me suis un peu forcé à me dire bon il y a ça mais c'est pas suffisant j'ai envie qu'on continue à en parler dans la deuxième partie merci à toi

Rédigé avec l'aide de l'IA. Tu vois une erreur ? Contacte-nous