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Est-ce que tu es prêt ? Écoute, il suffit juste d'être soi-même. Voilà. Et donc, que veux-tu savoir, Guillaume ? Tu t'appelles comment ? Alors, je m'appelle Hakim. Pour de vrai ? Oui, pour de vrai. J'aimerais que tu me dises qui tu es, Hakim, hors de la sexualité, sans du tout parler de sexualité. Est-ce que tu es à l'aise de raconter un petit peu des choses ?
Pas de problème. Alors je suis professeur de lettres, donc enseignant. Sinon, je suis une personne assez banale, je pense, dans le sens où j'ai une vie assez normale.
Professeur de lettres auprès de qui ? C'est qui tes étudiants ? Normalement, j'interviens au secondaire. Je suis dans l'enseignement secondaire, collège et lycée. Ça peut être un public qui va de 11 à 18 ans. Parfois même, si tu as des niveaux BTS, aller à 20, 21 ans, 22. Donc voilà, des étudiants, quoi.
Et sinon, j'ai comme tout le monde des loisirs qui vont de la culture, de la lecture jusqu'au sport. Tu t'identifies gay, bi, autre chose ? Gay, tout simplement et à 100%.
T'es out à l'école ? Tu veux dire dans mon cadre professionnel ? Oui, en général, je ne le cache pas. Après, est-ce que je le dis aux élèves ? Peut-être pas. Mais est-ce qu'on m'a déjà posé la question ? Ça m'est déjà arrivé, mais je n'y ai pas spécialement répondu.
Un élève qui te parle de ta femme ou de l'amour ? Oui, ça, c'est un classique. J'ai déjà eu des élèves qui m'ont questionné quant au fait d'être marié ou pas.
Ça passe souvent par ça, d'ailleurs, chez les élèves. Mais souvent, les lycéens, les collégiens, pour eux, je pense qu'ils ne sexualisent pas spécialement l'adulte. Mais les lycéens sont plus curieux et comme ils ne se sentent pas forcément légitimes de te demander si tu es gay ou s'ils sentent qu'il y a un truc, forcément…
Ben écoute, ça va passer par « Monsieur, vous êtes marié, vous avez des enfants ? » et ils essaient de faire leur synthèse à partir de tout ça. Et pourquoi tu réponds pas ? En fait, ça dépend du public que t'as en face de toi, ça dépend de là où tu te trouves, et puis je pars du principe que c'est un aspect de ma vie privée que j'ai pas forcément envie d'étaler. Et puis, qu'on le veuille ou pas, il y a aussi une part d'appréhension
lié au fait que homophobie enviante dans l'imaginaire collectif. Sans dire exactement où tu enseignes, c'est en Ile-de-France ? C'est en Ile-de-France. De toute façon, je ne peux pas te dire spécialement où j'enseigne parce que moi, je n'ai pas de poste fixe. Chaque année, je suis sur un établissement. Donc, ça peut être… Là, par exemple, cette année, je suis dans le 93. Donc, j'ai un public aussi particulier et je ne vais peut-être pas forcément encore clamer haut et fort…
que j'en suis, même s'il y a des choses plus qu'évidentes que je laisse transparaître. Si tu veux, j'essaie de rester moi-même, mais je ne cède pas, je dirais, à la curiosité malsaine des gens, si tu veux. Je trace une limite entre la curiosité malsaine et ce qui doit paraître de moi. Si tu veux, je ne me cache pas. Si je dois être maniéré à un moment donné ou avoir l'air gay, j'aurais l'air gay, je m'en fous éperdument.
En revanche, je n'irai pas jusqu'à céder à des questions pertinentes et intrusives et peut-être même malsaines, entre guillemets. Pourquoi c'était important pour toi de participer à ce podcast ?
En fait, la démarche était pas mal, déjà, elle m'a beaucoup plu. T'as la démarche à toi, pour le coup. Le côté mise à nu est décourageant, il peut faire peur, ça c'est sûr. Pourquoi tu le fais alors ? Je pense qu'il y avait un besoin de verbaliser certaines choses, et…
Je sais pas, t'es tombé à point nommé à un moment où j'étais un peu en train de faire une espèce de point avec moi-même concernant ma vie sexuelle, une espèce de bilan. Et le jour où j'y réfléchissais, comme par hasard, tu m'interpelles sur Guéromeo en me disant « Oui, je fais tel projet, est-ce que tu souhaiterais ? » Et là je me suis dit « Soit il lit dans mes pensées, soit il y a un truc, je sais pas, les planètes se sentent alignées, donc allez, soyons spontanés et faisons ça. »
T'en es où du coup de ton bilan sur ta sexualité ?
Qu'est-ce qu'il dit le bilan ? Alors, qu'est-ce qu'il dit le bilan ? Il dit que… En fait, plutôt le bilan, il aboutit à une nouvelle question, si tu veux. J'arrive pas à savoir si c'est une progression. Est-ce que j'ai progressé ou est-ce que j'ai régressé ? Ça, j'arrive pas à le savoir. Maintenant, si tu veux en savoir plus, tu dois te poser les bonnes questions. Si tu prends les émojis du podcast, ta sexualité aujourd'hui,
Si tu devais sélectionner les émojis qui représentent ta sexualité aujourd'hui ? Je prendrais l'aubergine. Ça veut dire quoi pour toi ? Je sais pas, déjà je vois bite, mais en fait je cherchais plus quelque chose en lien avec la masturbation, mais je la trouve pas en fait. Donc une pratique plutôt solitaire pour le coup en ce moment, donc ça se limite vraiment à des plaisirs solos.
Oui, enfin, est-ce qu'il y a du cochon dedans ? Il peut y en avoir, est-ce que… Ouais, pour l'instant, j'en suis qu'à la bite. Quand tu te masturbes, tu penses à quoi ? Toi, tu dirais que t'as une sexualité assez conventionnelle, vanille, comme on dit, ou plus curieuse ?
actuellement ou dans le passé ? parce qu'actuellement étant plus dans la pratique de la masturbation tu peux te masturber en pensant à ce que tu veux je regarde plutôt un porno donc ça va être plutôt pas très original ou parfois je fais des plans cam même beaucoup de plans cam
Raconte, c'est quoi un plan CAM ? Un plan CAM ? Sérieusement ? En fait, c'est pas forcément que moi je sais ou pas, mais c'est… C'est plus du côté didactique. Tu couperas ça alors ? Enfin, je sais pas. Je fais pas de montage. Ah bah d'accord, ok. Donc c'est pour toi. Et du coup, alors c'est quoi un plan CAM ? C'est tout simplement une…
de la masturbation aux visioconférences si tu veux à partir d'un logiciel qui permet de mener un chat vidéo Skype maintenant on en a plein avec Zoom et je pense que c'est devenu la sexualité de beaucoup de monde d'après le confinement du coup j'ai des gens qui à ce micro racontent
une sexualité pas conventionnelle. Et j'ai l'impression qu'il y a une binarité. Les gens, ils ont plutôt envie d'un rapport romantique, sexuel ou pas romantique, mais en tout cas avec de la pénétration, de la suce, etc. Et d'autres personnes ont d'autres chapitres dans leur sexualité. Toi, tu dirais que ta sexualité aujourd'hui, elle est plutôt conventionnelle ou conventionnelle et chapitre extra bonus inclus ?
Les deux, je pense. Elle peut inclure les deux, mais… C'est quoi les aspects moins conventionnels de ta sexualité ? Les aspects moins conventionnels de ma sexualité vont être peut-être de passer par des jeux plus cochons, du style…
Ça reste de la stimulation après, parce que de toute façon, on est dans un cadre de masturbation, tout simplement, et donc ça va être plutôt de l'ordre du fantasme, un peu pig, j'ai le droit de… Mais t'as tous les droits, c'est quoi, pig, un fantasme pig ?
Ça va être du genre, allez, sur des crachats, sur se faire traiter de tous les noms. Voilà, ça peut aller vers des insultes, ça peut aller vers… Alors, soit en réciproque, mais en réciproque…
Mais ce que je voudrais dire c'est qu'il n'y a pas une dimension spécialement SM pour le coup, c'est pas un rapport de pouvoir, c'est vraiment un rapport d'égal à égal, enfin bref de la branlette entre potos, frangins, cochons qui spinnent un coup quoi tu vois. Est-ce que t'as eu une insulte en particulier que t'as observée t'excite plus qu'une autre ?
C'est pas qu'elle m'excite, mais c'est plutôt récurrent et du coup tu finis par l'adopter. C'est plus un effet de mode pour le coup, mais on se traite de connard branleur. Je trouve ça totalement drôle dit comme ça hors contexte sexuel, mais quand t'es dans le mood et quand t'es dedans…
Et ben t'es à fond dedans. Ouais, alors juste pour que je comprenne, quand tu dis ils se traitent, c'est que vous êtes plusieurs ? Oui, enfin ceux qui sont dans une pratique… Des gammes.
Même pas des cames, ou de la branlette privilégiée comme activité sexuelle, si tu veux. Et du coup, c'est à un moment donné, donc chacun se masturbe, et à un moment donné, l'un dit « tu es un connard de branleur ». De branleur, ce genre de choses, et du coup, on rentre dans ça, quoi. Enfin, ça devient une espèce de jeu…
Donc, deux mecs qui sont un peu sans pudeur, sans… En fait, je pense qu'on est dans une espèce de… Là, du coup, j'analyse, mais on est dans une espèce de dédramatisation de la masturbation.
Puisque forcément c'est un tabou social et qu'il y a un souci derrière forcément socialement. En quoi toi tu sens que ta masturbation est empêchée par un tabou social ? Si tu parles en ton nom, pour que je comprenne mieux. Si je parle en mon nom, alors déjà moi j'ai un parcours un peu particulier déjà parce que j'ai vécu en Algérie.
Au Maghreb, une autre conception de la sexualité. Quand tu dis que tu as vécu, c'est que tu as grandi là-bas ? J'ai grandi là-bas jusqu'à l'âge de 22 ans. Oui, je suis arrivé en France à l'âge de 22 ans. J'ai connu deux aspects, si tu veux. J'ai connu ma sexualité en territoire répressif, si tu veux, culturellement, religieusement, socialement. Et j'ai connu aussi ma sexualité dans un cadre plus propice, en l'occurrence dans le monde occidental.
mais qu'il y a aussi ses contradictions et ses problématiques. Donc, entre les deux, forcément, j'ai ressenti, quand même, entre ici et là-bas, que, en gros, la branlette, ça reste, finalement, comme une espèce de pratique sexuelle confisquée, parce que, là-bas, de toute façon, le sexe, c'est mal, de toute façon. On peut y aller par 36 000 chemins, même si on sait tous que…
Mais on sait tous que quoi ? On sait tous que les pratiques sexuelles ont cours malgré ce que le discours social en dit, et ce que la bonne morale préconise et impose. Mais en territoire occidental, tu te rends compte quand même que la branlette est assez stigmatisée, parce qu'au-delà de la pratique sexuelle, je dirais plutôt de… Comment dire ?
Une pratique sexuelle qui est déjà censurée peut-être socialement. Mais vas-y, amène-moi dans ton quotidien. Concrètement, toi, t'es en joie quand tu te masturbes, avec une caméra ou pas, avec des gens ou pas. Et toi, t'as l'impression qu'on te juge ou qu'il y a un tabou qui t'empêche cette sexualité ? Je parle aujourd'hui en France. Je sens plutôt que c'est un peu la sexualité du loser, en fait.
Si tu veux. Qui te l'a dit récemment ? Qui me l'a dit ? Parce que quand j'en parle, même avec des amis, si tu veux, on se branlait, tu restes un peu sur ta faim. Pas vraiment, en fait. J'ai des orgasmes aussi, quand je me branle. Et ça se passe très très bien, il y a des plans branles qui se font. Ouais, mais tu conclues pas vraiment. Et donc finalement, la masturbation, c'est un peu la sexualité du loser. C'est celui qui parvient pas à conclure. Soit parce qu'il plaît pas, ou parce qu'il est infoutu d'eux, dans tous les cas.
Oui, c'est ça, il y a une injonction à la pénétration. Sans pénétration, il n'y a pas d'acte sexuel, c'est ça ? Exactement. Si tu veux, c'est comme si… Pour moi, c'est clairement très sexuel. Là, tu me dis, on sort nos bites, on se branle, pour moi, c'est sexuel. Je veux dire, il ne peut pas en être autrement. On s'est exposé nos organes génitaux. Et je trouve ça aberrant, quand même, dans le discours… C'est quand même des amis proches à qui je parle et tout…
Ouais, mais du coup, tu conclues pas. Mais c'est vrai que j'ajouterais même que j'ai l'impression que dans un acte sexuel sans pénétration et un acte raté, c'est même pas… Non, c'est pas un acte sexuel, mais c'est un acte raté. Souvent, on a tous eu ça au début de notre sexualité. Même moi, j'ai tenu ce discours là. Ouais, mais on n'est pas allé jusqu'au bout.
Au bout de quoi, en fait ? Si on s'est sucé, si on s'est branlé ou si on s'est touché les parties intimes, c'est un rapport sexuel. Toi, c'est quoi ton rapport à la pénétration ? C'est quelque chose que t'as essayé, qui te fait pas plaisir ? Je vais te surprendre, moi qui prends le branlette, là !
Tu parles à un gros gros gros gros gros ex-passif, donc est-ce que je m'en suis pris plein le cul ? Oui, comme tout le monde, je pense. Mais est-ce que j'en ai ras le cul aujourd'hui ? Eh ben oui, aussi, bizarrement, au risque de me surprendre.
Ok, donc c'est ça ton bilan quand tu te demandais est-ce que c'est mieux ou moins bien par rapport à la pénétration ?
mais je me suis rendu compte si tu veux ces 4 ou 5 dernières années en faisant un bilan que j'espère que du coup ça va te faire un peu trop classique parce que ça va faire écho à tes autres podcasts mais on en arrive toujours à la distribution des rôles actifs, passifs, vers ça et j'ai l'impression que on m'a enfermé à un moment donné dans ce rôle là alors on m'a enfermé dedans et je m'y suis enfermé aussi
Dans le rôle du passif. Dans le rôle du passif. Pour un tas de raisons. Enfin, il n'y a pas de secret là-dedans, je dirais, qui me concerne. Moi, j'ai toujours, physiquement, j'ai toujours correspondu aux petits minets minouches, quoi. Ah bon ?
Tu veux bien te décrire physiquement ? Alors là déjà tu me vois avec la barbe et tout, mais avant, sans barbe, j'ai toujours eu un physique de gamin, si tu veux, de tête. Si tu veux, moi j'ai montré une pièce d'identité pour entrer en boîte de nuit jusqu'à l'âge de 25 ans.
Donc, sans barbe, c'était dramatique. Et du coup, j'attirais souvent des mecs, soit plus âgés, ou j'attirais vraiment l'actif de base, le gros queutard qui cherche le petit passif, tu vois. Alors, le seul truc où je dénote, c'est parce que je suis quand même poilu, hein ? Je te montre, là, mes poils.
Donc, j'étais au moins pas un verbe lisse dans le stéréotype du passif. Ça, c'était avant, parce qu'aujourd'hui… Aujourd'hui, je n'y suis plus. Enfin, je veux dire…
Tu ne corresponds pas physiquement à ce qu'il y a ? Je ne correspond pas à ça déjà. Le fait que j'ai de la barbe, ça laisse entrevoir une certaine pilosité. Et puis le fait que j'ai plus de 30 ans, ça aide aussi de mûrir un peu. Mais j'avais entendu le contraire. J'avais entendu que quand on est racisé, surtout quand on est arabe,
on est plutôt dans la catégorie de l'homme actif dominant on est enfermé dans cette catégorie là j'ai mal compris ou c'est juste pas ta réalité ça peut arriver mais moi ça n'a pas été ma réalité si tu veux c'est plutôt un parcours particulier ça n'a pas été ma réalité dans la mienne j'étais plutôt déjà j'ai pas un physique hyper typé
On va pas se mentir. Et d'ailleurs, j'ai très mal vécu mon physique un peu occidental, entre guillemets, si tu veux, quand je vivais en Algérie, parce que le côté miné plus le côté un peu lissé, typé occidental, faisait que j'attirais un peu trop, justement, des mecs qui voyaient au moins qu'un passif…
On va pas se mentir, on était limite dans un jeu daddy-fiston. C'est plutôt, en vrai, des pédophiles, quoi, qui cherchaient un mec… Moi, j'ai déjà, par exemple… Je me suis déjà pris des râteaux auprès de certains mecs quand j'étais en Algérie, qui trouvaient, par exemple, que j'étais trop poilu pour eux, que c'était trop viril. Qui cherchaient, en fait, des jeunes mecs, tu vois, dans le style Efeb, Bliss, etc. Et de ça, moi, je n'avais que le visage.
Et donc, j'avais le visage d'un gamin collé sur le corps d'un mec et c'était pas… Si tu veux, je n'ai esthétiquement trouvé ma place dans tout le jeu social des attirances, etc., qu'en vivant au territoire occidental.
Ou en côtoyant une communauté gay plus diversifiée, qui se déployait… Mais j'ai du mal à… Enfin, aide-moi à comprendre, puisque tu disais… J'en ai ras-le-cul. Et t'as ras-le-cul de quoi ? Alors, j'en ai ras-le-cul… J'en avais ras-le-cul d'être passif, si tu veux, à un moment donné. Mais personne ne t'a forcé. Oui, oui, non mais je dis pas… Quand je dis j'en avais ras-le-cul, c'est-à-dire qu'à un moment donné…
Voilà, c'était un concours de circonstances. C'est le parcours. Tu te laisses embarquer dans une espèce de rôle. Tu l'interprètes. Tu joues. Non, ça, j'ai du mal. Il faut que tu m'expliques parce que je ne vois pas comment tu peux te laisser embarquer. Sur les apps, le mec qui dit « je suis actif et je vais te défoncer », c'est toi qui lui réponds. Est-ce que tu peux m'expliquer ? Je crois comprendre ce que tu veux dire, mais tu peux m'expliquer avec tes mots. Comment tu t'es laissé embarquer ? Comment est-ce possible ?
C'est que tout simplement, dans ce cas-là, je reformulerais, je dirais que ça m'a plu tant et si bien que je n'ai peut-être pas cherché à…
voir si je pouvais aussi me plaire dans un autre rôle si tu veux et d'une certaine façon c'est que moi même j'ai fini par adhérer à cette image de moi qu'on me renvoyait et du coup je n'ai pas cherché à creuser plus loin et donc en faisant mon bilan je me suis dit et ben non en fait
T'as pas à être le passif du coin. Et donc, tu peux essayer d'explorer autre chose. Tu l'as fait ? T'as essayé d'être… J'ai essayé un tas de choses. J'ai été actif, j'ai été vers ça. Aujourd'hui, je pense que je peux dire que je suis les deux. Et…
Mais voilà, je ne veux plus, si tu veux, qu'on me prenne facilement pour le passif, si tu veux. C'est quoi le problème d'être passif ? Moi, je ne mets rien derrière. C'est la contrainte. Je te le dis honnêtement. J'en ai marre. Les lavements, etc.
C'est quand même ton derrière qui prend cher. En plus, si t'as bobo au cul, c'est très compliqué, on va pas se mentir. Donc, c'est très compliqué de… Voilà, c'est un entretien, c'est tout un rôle, et en plus de ça, avec ce que ça sous-entend, socialement, le fait d'être un peu…
Toujours à la disposition des autres, sexuellement, on va dire. Ça, j'avais plus envie. Ça, c'est le passé, du coup. Mais j'ai l'intuition ou j'ai l'impression d'entendre que t'es pas tout à fait encore satisfait de ce que tu as ou de ce que tu es aujourd'hui. Non, parce que… Bah oui, forcément. On est toujours et même jamais satisfait. On ne peut qu'espérer plus.
Bah oui, dis-je, dis-je, parce que moi je me retrouve pas trop dans ton propos, mais j'entends que pour toi t'es pas satisfait, qu'est-ce qui ne te satisfait pas ? Bah disons que pour l'instant c'est assez solitaire et que dans l'idéal j'aimerais bien aussi trouver quelqu'un, ça c'est sûr, mais… Toi tu sais ce que tu vises, c'est l'amour ? Le couple ? Je pense qu'on le vise tous un petit peu, pour ceux qui ne le sont pas, qui ne sont pas célibataires, oui, mais oui…
est-ce que l'épisode si j'ai l'épisode d'Olivier qui a pas envie d'être en couple et qui raconte pourquoi non je pense pas qu'être célibataire veut forcément dire qu'on a envie d'être dans un couple et certainement pas un couple conventionnel je reformule oui je devrais pas généraliser tu as raison
mais donc toi c'est ta joie c'est ton envie mais je comprends pas c'est quoi les obstacles qu'est-ce qui t'empêche donc tu te dis j'ai été passif tout ce temps là j'ai bien kiffé maintenant j'ai envie d'autre chose et je suis vers ça et maintenant je cherche l'amour il n'y a pas de problème du coup oui mais là en ce moment je suis plutôt dans une pratique de sexualité de masturbation donc plutôt solo
Alors, ce qui est passé par là, c'est surtout la période crise sanitaire et confinement. Ça m'a un peu… Je sais pas, ça nous a un peu coupés, je pense, tous. Mais moi, en tout cas, ça m'a un peu… Cet isolement a fait que j'ai fini par faire de moins en moins de rencontres, si tu veux. Tu fais un lien avec ta sexualité, c'est-à-dire ton… Ma sexualité. Et du coup, le fait de faire de moins en moins de rencontres a fait que j'ai fini par en arriver à une pratique sexuelle de plus en plus solitaire aussi.
qui te satisfait pas tout à fait oui mais du coup j'aimerais bien trouver être avec quelqu'un avec qui je peux concilier tout ça c'est et j'ai l'impression qu'aujourd'hui quand tu fais une rencontre et ben tout le monde axe tout sur le rapport sexuel avec pénétration etc moi j'ai pas envie de ça
Mais qu'est-ce qui t'en empêche de ne pas… Non, mais rien ne m'empêche. Je veux dire, j'essaye de faire des rencontres, mais la plupart des mecs cherchent une pénétration. Donc, qu'est-ce que tu fais avec ça ? Si je t'entends bien, toi, aujourd'hui, est-ce que tu te considères vers ça ? Donc, tu es dans la joie d'être pénétré ou de pénétrer ? Ou je crois entendre que tu aimerais même une sexualité qui n'a pas ou peu de pénétration ? Qui n'a pas accès que sur la pénétration ?
Tu veux bien de la pénétration une fois par semaine ? Si on veut, mais en tout cas… Une fois par mois ?
Peu importe, j'ai pas de fréquence à spécifier comme ça, c'est pas quantifiable. Ça dépend aussi de la dynamique que t'as avec la personne. Je veux dire, c'est pas possible de s'exprimer dessus comme ça. Mais je ne veux plus vivre le rapport sexuel comme une pression au sein du couple. Moi, j'ai déjà eu une longue relation, pour être franc avec toi, avec un mec exclusivement actif, parce que j'attirais aussi souvent ces mecs-là,
Et si tu veux, j'ai vécu souvent le rapport sexuel comme une pression permanente. Et il y avait des jours où je me faisais prendre le derrière parce qu'ils me harcelaient pour, en fait.
Et je cédais pour qu'ils me foutent la paix. Je sais pas si tu vois le truc. C'était compliqué pour toi de dire non ? S'il pouvait se passer quoi si tu disais non ? Parce qu'on allait se prendre la tête, parce que, parce que, parce que… C'était pas… Oui, maintenant, avec le recul, je me rends compte que j'étais bien stupide.
J'aurais dû dire non. Mais quand t'es dans une dynamique de couple, il y a des moments où t'achètes la paix. J'achetais la paix en m'envahissant l'air contre mon gré. C'est horrible et terrible ce que je dis, je m'en aperçois.
Mais tellement vrai ce que je te raconte, du ressenti que je te raconte là, c'est tellement vrai. Et du coup, si tu veux, c'est ce schéma-là que je fuis maintenant. Je le fuis définitivement. Je ne veux plus subir une vie sexuelle
Pour garder un mec en plus, et qu'on tombe dans ce schéma vulgaire où ça devient même une preuve d'amour, je suis désolé, ça marche pas comme ça. Du coup, est-ce que j'entends que c'est moins une question de qui pénètre qui et à quelle fréquence, et plus une question d'un couple où le consentement et la parole de chacun est respectée ?
Oui, globalement, on peut rajouter ça aussi. Parce que tu as l'impression que quand tu te présentes sur les réseaux de rencontres, ça bloque au niveau de l'action, de la pénétration, c'est ça ? Et ou du consentement ? De toute façon, j'ai l'impression qu'au niveau des réseaux ou des sites de rencontres, ou quand tu essaies d'entreprendre quelque chose avec quelqu'un…
La plupart arrivent en te posant déjà leurs règles du jeu, si tu veux. Donc… Lesquelles ? À savoir, moi, je suis actif, j'aime ci, j'aime ça. OK, ben…
Dommage, tu me plais, il y a une conversation, mais ce que tu proposes, ce n'est pas un programme qui m'intéresse. Bon, ok, ciao. Fin de la rencontre, fin de la discussion. On est tous là, en camp sur nos positions, et personne ne fait de compromis. De toute façon, c'est un peu l'impasse. Mais parfois, on peut faire de belles rencontres.
Tu disais tout à l'heure que tu es arrivé en France à 22 ans et qu'il y a eu un tournant et tu t'attendais à une libération sexuelle peut-être et tu disais mais en fait c'est pas si libérateur que ça. En fait c'est quoi ta question concrètement ?
Tout à l'heure, tu me disais que tu es arrivé à 22 ans en France. Je serais curieux de savoir ce que tu as découvert de la sexualité. Tu disais qu'en Algérie, c'est quand même un endroit d'oppression et tu t'attendais à une libération. Qu'est-ce qui s'est passé pour toi à 22 ans ? Je vais d'abord te donner un bref aperçu de ma vie en Algérie. Ce n'était pas une vie spécialement traumatisante pour ma part.
J'ai mené un mode de vie à l'occidental, si tu veux. J'ai pas attendu de venir en France pour m'assumer pleinement ou pour avoir des petits copains. J'en ai eu aussi là-bas, j'ai eu des expériences. À un détail près, c'est que, si tu veux, en Algérie, tu peux pas faire des plans cul à la fréquence à laquelle tu peux les faire ici, si tu veux. Pourquoi ? Eh bien, déjà, il faut savoir que l'homosexualité est encore pénalisée en Algérie.
Je me souviens, j'ai passé quelques mois en Inde où c'était le cas, où en tout cas il y avait des descentes de police où je me rappelle plus. Je crois pas que dans la loi indienne ça soit illégal, mais j'étais impressionné de l'organisation et de la vigueur.
Tu vois, des relations sexuelles et tout. Toi, du coup, en Algérie, cette loi-là, cette pénalisation, impacte comment ? Elle peut être dissuasive, déjà. Et elle peut être un frein quant à toute forme…
Le projet ou du désir de faire des rencontres, ne serait-ce que sexuelles. Parce que les voisins dénoncent, la police descend, c'est quoi concrètement ? Que la police descende, ils n'appliquent pas spécialement la loi au fil de la lettre, ils ne sont pas là pour persécuter les gens.
Mais tu peux effectivement et aisément te faire casser la figure, agresser, etc. Et si on te dénonce pour tel, on peut te dénoncer pour tel, pour homosexualité, c'est un crime, enfin crime, un délit.
Donc, il faut le savoir, ça aussi. Donc, toi, tu prenais quelles précautions ? Tu faisais comment ? Mes précautions, elles étaient simples. Déjà, je traînais dans une sphère, dans un microcosme, avec des personnes qui menaient le même mode de vie que moi, qui n'étaient pas forcément homosexuels. Il y avait aussi des hétéros. Mais j'avais des petits copains. Je ne pouvais pas faire autrement, de toute façon. Donc, quand je suis arrivé en France…
Bah moi j'ai tout de suite enchaîné avec un petit copain. Donc euh…
Et c'est en me séparant de ce petit copain-là, dont je te parlais, avec qui j'ai eu une relation assez intense, assez longue, assez compliquée aussi, et avec qui je vivais ce rapport à la pénétration un peu compliqué aussi, c'est après lui que j'ai dû finalement redécouvrir ce que c'était que les plans cul,
puisque je n'en avais pas spécialement une certaine expérience. Et moi, les premiers temps, ça a été très compliqué, parce que quand je faisais un plan cul, enfin, quand je faisais un plan cul, je voyais un mec, ça collait, on s'envoyait en l'air, je voulais le revoir.
Mais la personne me disait « Non, on se revoit pas, c'était juste un one-shot. » Ça, c'est un truc que je pouvais pas comprendre forcément tout de suite. Ça m'avait mis dans tous mes états, je me souviens, parce que je me dis « Mais c'est quoi le truc ? C'est que je pue ? » Il y a un truc, un jour, il y a un gars avec qui on avait passé une super nuit.
J'avais fait ma première touze d'ailleurs à l'époque, c'était une tentative parce que finalement je n'ai fait que fréquenter ce garçon-là pendant toute la soirée, et on est allé chez moi, à l'époque j'habitais à Port-de-Pentin, et on a couché ensemble chez moi, et on a dormi ensemble. Puis, science radio, j'ai cherché à le revoir, je lui ai dit, il s'appelait je crois Mathias, je ne sais plus ce qu'il est devenu.
Et je lui dis, mais je croyais que ça collait. Il me dit, mais t'as rien à te reprocher, c'était très bien. Je lui dis, bah pourquoi alors ? Il me dit, bah c'était juste comme ça, c'était une fois, puis c'est tout.
Il dit « explique-moi ça ». Je ne savais pas ce que c'était une fois et puis c'est tout. Et là, il me dit « c'est juste un one-shot ». Et à cette époque-là, tu étais déjà dans ta recherche d'amour, de couple ? À ce moment-là, comme je sortais d'une relation, je n'étais pas forcément dans l'optique de me mettre en couple.
Mais il m'apparaissait comme allant de soi, même pour du sexe, d'avoir un partenaire régulier. C'était aussi étrange que cela puisse sonner.
C'était le cas. Et aujourd'hui, du coup, t'as des partenaires réguliers ? Tu parlais de masturbation principalement. Oui, là, il peut m'arriver d'avoir ça aussi, mais c'est pas forcément régulier, quoi. C'est coup-ci, coup-ça, j'ai envie de te dire. Il peut y avoir des plans réguliers comme des plans irréguliers, et puis…
Donc en fait, j'avais l'impression qu'au début de cet échange, tu disais que 100% de ta vie sexuelle, c'était de la masturbation ou des cams, c'est pas le cas ? Non, quand je dis que c'est 100%, non, c'est pas le cas, mais en tout cas ces derniers temps, oui. On va dire là, sur ces six derniers mois, pas sur ces trois dernières années, ni ces deux dernières années.
Et du coup, oui, effectivement, il y a beaucoup… Après, c'est propice aux rencontres. Il y a beaucoup de masturbation, mais c'est propice aux rencontres. C'est des mecs avec qui on se voit, avec qui on se branle. C'est pas non plus… Par contre, on s'embrasse aussi. Mais il n'y a pas de pénétration. Ce qui est sûr, c'est qu'il n'y a pas de pénétration au programme. C'est pas ce qui est recherché, c'est pas le but premier. Et d'ailleurs, j'ai envie de dire, tant mieux !
Ça me change, ça me fait des vacances. Et pour une fois, je le vis comme une espèce d'exorcisme de ce rapport conflictuel que j'avais jusque-là, la pénétration que je sentais toujours obligatoire. Donc je ne sais pas si les gens le vivent aussi de la même façon. J'aimerais bien échanger peut-être avec d'autres passifs à ce sujet. Actuels passifs, en tout cas. Pour savoir où ils en sont. Mais moi, je ne sais pas.
T'en es où aujourd'hui de ta quête d'amour, de couple ? Un peu au point mort, mais on reste optimiste. Tu dis que la crise sanitaire, les confinements… Ça m'a un peu cassé dans mon élan, mais je pense que c'est un peu… Je vois ça en fait chez les mecs finalement. Je reste quand même assez indulgent envers tout le monde parce qu'on est tous un peu cassés dans nos élans.
On est moins enclin à faire facilement le premier pas, à proposer autre chose. Dès que tu proposes quelque chose de sexuel, ne serait-ce que pour se branler, effectivement on est dispo parce que ça n'engage à rien, que ça dure 5 minutes, 20 minutes. Mais dès lors qu'il s'agit d'approfondir la chose…
C'est quoi le rapport avec la crise sanitaire ? T'as l'impression que les gens sont moins dispo ou sont inquiets du Covid ?
On va moins, de moins en moins, les uns vers les autres, j'ai l'impression. Toi, si tu dis « tu », c'est genre « toi, tu vas moins vers les autres ». Je dis « on », je mets mon « je » dans le lot, et je dis « je » dans ce cas-là, parce que je l'ai constaté chez moi aussi. Après, moi, je fais partie des gens qui ont été confinés seuls. Je sais pas si ça, peut-être psychologiquement, ça compte et ça impacte aussi les habitudes. Peut-être que c'était pas ton cas à toi, parce que tu es en couple aussi, donc…
Vous êtes à deux, quand même ? J'étais pas confiné avec mon amoureux, mais ouais, j'étais pas confiné seul. Voilà, mais t'étais pas confiné seul. Mais j'ai remarqué ça, et à chaque fois que j'en parle, même avec des collègues ou des amis, tous ceux qui ont été confinés seuls, on a constaté ça. Filles, garçons, tout le monde, on va de moins en moins vers les autres, on fait de moins en moins de rencarts ou de sorties. On a pris le pli d'une espèce de mode de vie plus casanier.
Mais on lutte contre ça. Oui, c'est ça, tu dis que c'est pas quelque chose que tu veux garder. Non, c'est pas quelque chose que je souhaite garder, et j'essaie de m'en défaire, mais bon, en même temps, quand on passe d'un décret à l'autre, d'une annonce à l'autre, de la part du gouvernement, c'est un peu compliqué. Mais oui, clairement, je ne veux pas rester comme ça, parce que c'est pas ma nature, de toute façon, de rester comme ça.
Comme un lion dans une cage à tourner en rang. Même si comme tout le monde, j'ai mes moments de misanthropie et mes moments de…
où je vais à la rencontre du monde. On arrive à la fin de notre échange. Ma dernière question, c'est, imagine, on se retrouve dans deux ans, cinq ans. On refait un épisode. T'aimerais me raconter quoi sur ton chemin intime et ton chemin de sexualité ? T'aimerais qu'il soit devenu quoi ?
D'avoir trouvé un partenaire avec qui je puisse vivre pleinement tous les aspects de la sexualité, en fait. Sans tabou, sans complexe, sans retenue, sans avoir… Sans finalement éprouver de honte…
et de réticence à l'idée de baisser sa garde. Donc oui, je reste quand même optimiste et ouvert à l'idée de trouver quelqu'un avec qui partager ça. Voilà, ce serait plutôt ça l'idéal. Tous les aspects de la sexualité, donc on a parlé de pénétration ou pas. Pas obligatoire. C'est quoi les autres aspects qui pourraient être honteux aujourd'hui ?
Ben déjà, on a parlé de la masturbation, et j'avais oublié de dire que dans mon couple aussi avec l'autre, celui avec qui j'avais donc des rapports un peu courts,
conflictuelle par rapport à ça, eh bien, sache qu'il me culpabilisait par rapport à la masturbation. Et il faisait partie de ces gens-là qui ne concevaient pas que l'autre puisse se masturber alors qu'il est en couple. Alors que, voilà, pour moi, je voudrais aussi pouvoir me masturber même en étant en couple.
Parce que pour moi, clairement, le plaisir solitaire est un plaisir à part. Et le plaisir, si je puis dire, accompagné et partagé, c'est un plaisir à part aussi. Et du coup, enfin… C'est plusieurs aspects de ta vie sexuelle. Tu parlais tout à l'heure de l'excitation autour des insultes. Est-ce que ça, c'est quelque chose que tu aimerais inclure dans ton couple ?
dans la sexualité de ton couple c'est pas obligatoire c'est juste un vecteur d'excitation parmi tant d'autres donc je dirais pas que que c'est vital mais oui j'aimerais bien l'inclure aussi j'aimerais que tout soit possible je suis vraiment dans la démarche de faire en sorte que tout soit possible pas que pour moi
Pour l'autre aussi, il faut forcément qu'on soit… Ce que je vise aussi, c'est une équité et une véritable égalité, même si ce ne sera jamais parfait. Mais il ne faudrait pas qu'on se bouffe mutuellement. Je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire. C'est un peu très parasitaire, finalement, le couple à ce niveau-là. Il faut vraiment qu'il y ait une répartition équitable
D'équilibrer. Est-ce que tu veux le mot de la fin ? Est-ce que tu as une inspiration ? Le mot de la fin ? Soyons heureux. Avant tout. Parfait. Merci Hakim. Je t'en prie. Je ne sais pas si c'était bien. Mais oui, c'était très bien.
Du coup, Hakim, on débriefait et tu m'as partagé quelque chose d'assez important que tu n'as pas dit. Moi, ce que je te propose là, c'est qu'on enregistre un petit PS supplémentaire et si tu ne le sens pas, on ne le rajoute pas, donc ça n'existera pas et tu me diras et donc tu vas dormir dessus. Est-ce que tu veux bien du coup me raconter au micro ce que tu m'as raconté une fois que j'ai appuyé sur off ?
J'avais dit donc que, tiens, je n'avais pas évoqué certaines choses, notamment le fait que j'avais subi aussi une agression dans mon pays d'origine. Et cette agression-là, si tu veux, j'ai mis du temps à la considérer comme telle.
Parce que, on n'est pas du tout dans le schéma classique du viol, ouais, je me suis fait choper, et puis bim, on m'a chopé le cul, et puis voilà. C'était, en fait, je cherchais un plan cul, j'ai fait un plan cul, sauf que quand t'arrives au moment de faire le plan cul…
À un moment donné, tu as le droit de changer d'avis. Et la personne s'y est opposée, en quelque sorte. Du coup, tu vois le truc. Et donc, pendant longtemps… Alors, ça m'est arrivé, j'avais 16 ans. Pendant longtemps, je m'étais dit que…
je l'avais bien cherché, que je n'étais qu'une petite tapiole inconséquente qui méritait ce qui lui était arrivé, et le fait que ça me soit arrivé dans mon pays d'origine, où de toute façon l'homosexualité était pénalisée, fait que…
J'arrive peut-être aujourd'hui à mieux intellectualiser la chose et à accepter le fait que de toute façon, je n'y aurais jamais pu faire grand-chose, comme porter plainte contre la personne en question, etc., etc., aller dans ce genre de démarche, parce que tout bonnement, c'était impossible. Déjà que c'est pas évident pour une femme là-bas de faire ce genre de choses, alors…
Voilà. Au moment de l'agression, t'as réussi à dire non ? Ou avec ton corps, à indiquer que c'était non ? Oui, et c'est pour ça que le nom de l'autre personne était très explicite. Et du coup, je me suis laissé faire, tout simplement. Enfin, du rapport, quoi. De toute façon, ça a duré… pas longtemps, en fait. Ça n'a pas duré très longtemps. Et…
Maintenant, avec le recul, ce que je regrette, c'est de m'être toujours un peu laissé faire, si tu veux. Parce que par la suite, c'est peut-être pour ça aussi que j'ai abordé ma sexualité au sein du couple comme quelque chose de…
Comment dire ? Comme finalement une dynamique où je ne devais que subir les choses. Peut-être aussi cet enfermement dans le rôle du passif, cette espèce de servitude volontaire, si je puis le dire. Et voilà. C'était une belle erreur de ma part. Aujourd'hui, bon après aujourd'hui je peux le dire parce que j'ai plus de 30 ans et que j'ai un recul et que… Attends, je comprends pas en quoi c'est ta responsabilité, en quoi toi t'as fait une erreur.
Quand je dis « j'ai fait une erreur », c'est-à-dire que j'aurais peut-être dû prendre le taureau par les cornes, en parler plus tôt, empêcher la chose, en quelque sorte, de me marquer autant, si tu veux. Mais bon, c'est le chemin de la vie, après, on est obligé…
Ça finit par nous façonner. De toute façon, ça fait partie de nous. Mais parfois, je me dis que j'aurais peut-être dû consulter un psy, faire quelque chose. Mais bon, je ne l'ai pas fait à l'époque. Et aujourd'hui ? Aujourd'hui, je ne vois pas de psy. Mais je vais très très bien. Je le vis comme quelque chose qui fait partie de moi, tout simplement. Je n'ai pas d'autre choix.
que d'essayer de me montrer résilient et de vivre avec. Si c'était à refaire, ce qui est compliqué, c'est ça, c'est que si c'était à refaire, je pense que la leçon, oui, c'est bien d'apprendre des leçons dans la vie,
Ça m'endurcit. Maintenant, est-ce qu'on peut s'éviter certaines douleurs et certaines souffrances ? Oui, je pense que j'aurais voulu effacer ça à la rigueur. Tout à l'heure, quand on débriefait et que le micro était coupé, tu parlais de trauma. Est-ce que tu as envie de prendre soin, c'est-à-dire de réparer ça ou de tenter de prendre soin de ce trauma qui a l'air de continuer à faire de l'effet ?
Je pense que la question d'avoir envie de prendre soin ou pas ne se pose pas parce que je m'y emploie en fait. Je le fais et j'essaye d'exorciser ça, si je puis dire. T'as pas l'impression que c'est pour ça que t'es venu à ce podcast ?
Peut-être, mais ça c'est toi qui… Comment dire ? Qui le dit. Enfin non, qui le dit, mais qui me fait prendre conscience de certaines choses. Peut-être, oui. Il y avait peut-être un besoin de verbaliser certaines choses, de les mettre…
D'arrêter de les avoir en moi et uniquement pour moi. Je pose ça là, c'est enregistré, c'est quelque part sur Internet. Je ne ferai pas une carrière dans la politique parce qu'un jour ce sera déterré. Je m'en fiche. Peut-être que c'est une démarche pour se délester. Peut-être que j'ai besoin de me défaire de ça une fois pour toutes.
Quand je t'entends parler de ces bienfaits, je ne sais plus quels étaient tes mots exacts, mais tu as parlé de « c'est bien d'apprendre ses leçons », ça m'a un peu gêné, je dois te dire, parce que je trouve que c'est assez injuste de l'histoire que tu as racontée. Ça te responsabilise ou ça te culpabilise d'une façon qui, moi, m'a rendu un peu triste ?
Oui, mais c'est peut-être la seule façon que j'ai trouvée, ou la seule parade que j'ai trouvée pour accepter la chose comme faisant partie de moi, si tu veux. Je m'en sers comme d'une leçon, si tu veux. D'ailleurs, quand je fais des rencontres ou quand je fais un plan cul, maintenant, je m'arrange vraiment pour savoir où je vais, à qui j'ai affaire, etc. Donc j'ai appris très tôt qu'il fallait faire attention quand on suit le loup !
Et du coup, c'est peut-être une façon pour moi d'exorciser la chose et de l'accepter comme faisant partie de moi, que de considérer que j'en ai au moins tiré une leçon. Parce que sinon…
Moi, en tout cas, j'espère que ce podcast contribuera à ton chemin et te fera du bien. Je suis pas compétent, je suis pas un professionnel de la santé mentale compétent, mais je suis persuadé qu'il existe.
Enfin, moi, j'ai beaucoup recours, en tout cas, aux professionnels de la santé mentale, psy et autres. Et je pense qu'il existe des gens compétents qui peuvent aider dans ce cas de trauma pour faire quelque chose. Et donc, peut-être que ce podcast, c'était une façon pour toi, tu vois, de reprendre le pouvoir sur ta parole et que peut-être qu'il y a la suite du chemin que tu auras envie de faire. En tout cas, moi, je ne suis pas la bonne personne et mes questions étaient certainement très maladroites.
Je ne dis pas que ta question était ma… Non, c'était bien aussi de pouvoir échanger. Et puis, je suis bien conscient que tu n'es pas un psychologue, tu es un psychiatre. Mais ça m'a marqué que tout au long de notre échange, tu as beaucoup parlé de consentement. Tu as beaucoup parlé de pouvoir, d'avoir le pouvoir de dire non, de ces injonctions à la pénétration. Je vais…
Même, pas me confesser, mais je vais même te confier que l'une des raisons qui font peut-être que j'appréhende aussi le fait de me remettre en couple, c'est que j'ai tellement mis de temps à reprendre la main sur moi-même, si tu veux.
à me soustraire à tout ça, au fait d'être sous la coupe de quelqu'un, quand je dis sous la coupe, c'est métaphorique, on n'était pas non plus dans un rapport SM dans mon ancien couple, mais que maintenant j'ai peur de perdre ça, j'ai peur de perdre mon autonomie psycho-affective, si tu veux,
et peut-être qu'aucune part de moi vit aussi la structure du couple comme une menace de mon autonomie individuelle je sais pas c'est vraiment de la psychologie de comptoir je me fais c'est de la gnognotte ce que je raconte c'est pas précis je me lance dans des interprétations mais peut-être qu'il y a une part de ça qui fait que
En tout cas, je te souhaite bon chemin. Je ne sais pas ce qu'on peut te souhaiter. Qu'est-ce que je peux te souhaiter ? Bon chemin, ça te va ? Oui, ça me va. Je me contente de peu. Bon cheminement. Merci. Merci.