J’ai fait une “thérapie” de conversion anti-gay pendant 6 ans – Raphata 1/2 🇨🇦

Partie 1 sur 2
« Quand je croisais un certain profil de gars qui me plaisait, je bandais. Donc voilà, les signes étaient déjà là. Mais je n’avais pas conscientisé ça à ce moment-là. » Raphata

Raphata, 35 ans, Guadeloupéen installé au Québec : à 22 ans, il jeûne et prie chaque jour pour éradiquer l’homosexuel en lui, et bande quand même en croisant un homme.

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⚠️ Sujet sensible : viol

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Dans cet épisode du podcast :

  • À trois ans, un proche dit déjà à sa mère qu'il marche comme un makoumé, l'insulte créole pour pédé
  • Le pasteur lui prescrit vingt et un jours de jeûne, de 6 heures à 18 heures, avec deux psaumes
  • S'il mange ou se masturbe une seule fois, il doit tout reprendre à zéro : six ans de cycles ratés
  • À 20 ans, il rencontre un chanteur connu de 38 ans, et n'ose jamais dire non pendant trois mois

On en parle dans cet épisode
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Petit message de service avant votre épisode, je suis vraiment désolé, j'ai mal réglé mon micro dans cet épisode. Guillaume, Guillaume, à quoi tu pensais ? Et donc on entend parfois un peu de friture quand je parle. En vrai c'est léger, ça s'oublie bien et ça ne va pas vous empêcher de vous connecter au témoignage puissant de Rafata. Bonne écoute ! Rafata, bienvenue sur le podcast ! On est à Montréal, au Québec, où je suis pendant six semaines pour enregistrer des témoignages et visiter. Et en préparant ce voyage, j'ai tout de suite repensé à toi. En fait, tu m'avais proposé ton témoignage il y a un an et demi et il m'avait vraiment marqué, Rafata. Tu as fait pendant plusieurs années une thérapie de conversion pour éradiquer le gay en toi. C'est une série de prières et de jeûnes qu'il faudrait suivre quotidiennement pour devenir hétéro. Alors ces pseudo-thérapies sont illégales dans de nombreux pays et dangereuses, mais ça existe encore. Alors je trouvais qu'avoir ton témoignage et ton chemin étaient super importants. Tu vas raconter comment t'es tombé là-dedans, ça a commencé en Guadeloupe où tu as grandi, ce qui s'est passé pour toi pendant cette fausse thérapie, ta première expérience sexuelle qui est en fait un viol, et puis le déclic pour te sortir de là. Cette dame québécoise dans ce groupe Facebook qui te tend la main est ton chemin de reconstruction ici au Québec où tu vis depuis plus de dix ans. Comment tu renoues petit à petit avec qui tu es ? à tes désirs, à l'amour et à la joie du sexe entre hommes ? Moi, je pense que ma première question, c'est si on essaie de le prendre un peu de façon chronologique, si tu reviens, tu as autour de 22 ans, tu es en Guadeloupe, tu as grandi, tu es guadeloupéen, si je ne dis pas de bêtises. Oui, c'est ça. Comment tu entends parler de cette thérapie de conversion la première fois ? Alors la première fois que j'en ai entendu parler, je ne savais pas que ça s'appelait thérapie de conversion. Ça n'avait pas été nommé comme ça. Donc j'en ai parlé dans une église évangélique que je fréquentais à l'époque. Et j'avais confié entre guillemets mon problème au pasteur. Et c'est là qu'il m'a dit que pour me libérer, puisqu'on disait que c'était un esprit démoniaque qui était en moi, Donc un esprit d'homosexualité, ils aiment bien dire ça, un esprit d'homosexualité. Donc pour me libérer de cet esprit d'homosexualité, ce qu'ils m'avaient recommandé, c'était une série de jeûnes et de prières que je devais faire pendant trois semaines. Pendant trois semaines, de 6h du matin à 18h. Donc je ne devais pas manger durant ce créneau horaire, juste boire de l'eau et prier. En général, il y avait des prières qui m'avaient suggéré scrupuleusement de suivre. C'était le psaume 23 et le psaume 91 que je devais lire. Et bien sûr, ça c'était des choses primordiales à faire, mais aussi dans mes prières, de demander à Dieu de me libérer, de mes dames libérées de cet esprit d'homosexualité. Donc c'était ça en fait, toujours me connecter au Seigneur. Est-ce que tu peux me ramener un peu à ton contexte ? Qu'est-ce qui fait que ce pasteur te dit ce que tu as envie d'entendre ? Mais c'est moi en fait qui lui ai posé la question parce qu'à ce moment-là, je ne m'acceptais pas. J'ai pris conscience de mon attirance envers les hommes à l'âge de 18 ans. Et donc ça a été compliqué, sachant dans l'environnement religieux dans lequel j'avais grandi. Tu peux me le décrire un peu ? L'environnement ? C'est que, en général, ma mère m'amenait... Bon, déjà, j'étais catholique, j'ai grandi dans le catholicisme, donc elle m'a inscrit au catéchisme. donc j'ai fait la communion jusqu'à la confirmation et il y avait toujours tous les dimanches où on allait à l'église donc c'était un petit peu ça et le truc c'est que j'ai été témoin de comportements que mon entourage avait vis-à-vis de personnes homosexuelles particulièrement des hommes surtout on va dire les hommes efféminés puisque c'est le cliché Dès qu'on entend homme homosexuel, on a tout de suite l'image du mec qui est féminin. Il y a un mot que tu m'avais partagé, tu peux le redire ? Oui, c'est en créole, en créole, on dit « macomé ». Mais c'est péjoratif, c'est un peu l'équivalent de « tapette », « pédale », en français, dans le français qu'on connaît. Mais c'est le terme qui est utilisé... Pour qualifier les hommes homosexuels, mais les hommes efféminés. Et ces insultes et ces agressions, ils apparaissent comment ? Est-ce que tu es au marché avec ta maman et elle le mentionne ou est-ce que c'est devant la télé ? Ils sont où ces hommes homosexuels efféminés ? Ça peut être des hommes qu'on va croiser dans la rue, ce genre de choses. Il y a aussi la télé ou bien une gestuelle, tu vois, parce que là-bas, ils sont très regardants, c'est culturel en fait. Les gens aiment regarder tes pieds, de la tête aux pieds. pour voir ce que tu fais, comment tu vas t'asseoir, comment tu vas manger, comment tu vas danser, comment tu seras habillé. Donc rien que par rapport à cela, les gens vont te porter un jugement sans même te connaître. Donc par rapport à cela, tout de suite, On va avoir un mec assez, tu vois, parce que le code, le schéma typique d'un vrai mec, c'est le mec, tu vois, il a les jambes écartées, on ne sait pas à combien de degrés, voilà. Alors qu'aussi un mec croise les jambes tout de suite, tu vois, on va dire qu'il est homosexuel. J'étais ce sujet de moquerie au quotidien et je ne savais pas ce que cela signifiait. Parce que tu vois, j'étais petit, j'avais trois ans. Tout de suite, il parlait en créole, mais je vais le dire en français. Il disait en créole à ma mère, « Mais regarde, regarde comment il marche. Regarde comment son gestuel, ton fils, il est homosexuel. » Mais il disait « Macomé, c'est un Macomé. » À trois ans ? Oui. C'est toi qui as ce souvenir ? Non, c'est moi. C'était marquant. On n'arrêtait pas de dire, regarde l'homosexuel. C'était plutôt péjoratif. J'aurais dit, regarde la saletapette. Moi, j'étais petit, je ne comprenais pas. Je ne savais pas ce que ça signifiait à l'époque. Mais je sentais que c'était négatif. Je sentais le mépris et aussi les moqueries. Et tu vois, donc ça, c'était très méchant. Je me disais, mais pourquoi les gens, pourquoi est-ce qu'ils sont méchants comme ça ? À commencer par Maméo. Dire que son fils est une tapette, c'était pas très réjouissant pour elle. Donc tu commences, tu parlais de ces pseudo-thérapies de conversion, donc prière, jeûne, la période de 21 jours, il faut dire des psaumes, il faut jeûner tous les jours ? Oui, au même créneau horaire, entre 6h et 18h. Qu'est-ce que tu penses les premières fois où tu essayes ? Est-ce que tu y crois ? Où est-ce que tu es par rapport à ça ? Non, au départ, j'y croyais du comme faire parce que pour moi... Je pensais que c'était une abomination à l'époque, l'homosexualité, puisque c'est comme ça qu'on le présentait. Surtout que j'ai grandi dans cet environnement religieux, donc je me disais ça. Et je me suis dit que c'est aussi d'ailleurs pour ça que j'étais discriminé par les membres de ma famille, à cause de mon côté efféminé et de l'homosexualité. Donc, Ils ne m'ont pas dit directement « va faire une thérapie de convivialité », pas directement, mais leur comportement, leur agissement me montrait que peut-être c'est ça que je devrais faire. Donc je me suis dit « peut-être ça va être une solution pour régler ce problème ». Et est-ce que ça l'a été ? Non. Tu t'es senti comment ? On est d'accord que ça ne marche pas et que c'est très dangereux. Je n'étais pas en train de... Tu as raison. Mais est-ce qu'au début, tandis que tu répétais les prières... Tu t'accrochais à un espoir ? Est-ce que ça fonctionnait ? Est-ce que tu te disais ? Pas du tout. Pas du tout. Mais j'étais, comme à ce moment-là, j'étais tellement focussé sur le fait que je veux être hétéro aussi pour que ma famille soit fière parce que je recherchais l'approbation et l'amour de ma famille puisque... J'étais rejeté par rapport à ma différence, le fait d'être efféminé, de jouer à des jeux codifiés pour les filles. Donc ça seulement, je sentais déjà cette déception parce que surtout, si tu vois, il y a le truc qui est vraiment... Je cherche le mot... Quand série jeune, c'est ce qui me vient. Tu vois ces comparaisons. Il y avait souvent des comparaisons. Oui, mais regarde ton cousin. Regarde comment il fait. Et toi, t'es comme ça. Voilà, parce que mon cousin, lui, il était garçon, entre guillemets. C'était un vrai garçon, selon les codes, tout ça. Alors que moi, j'étais une fille, entre guillemets. Il se passait quoi alors quand tu jeûnais, quand tu faisais ces prières? Il se passait quoi pour toi? C'était difficile parce que je ne pensais pas que ça aurait été aussi intense. Tu vois, de manière théorique, tu te dis, mais quand tu commences à l'expérimenter, c'est plus dur parce que, oui, les fois où j'ai commencé à ressentir le manque, la faim, j'ai envie de manger, mais non, non, non, je suis en période de jeûne. Il faut que je tienne. Donc ça, j'ai trouvé ça difficile. Mais après, tu vois, je me suis dit que... Tu vois, c'est un peu ce vieil adage « il faut souffrir ». On te disait « il faut souffrir pour être beau », mais là, il faut souffrir pour être libéré. Donc, je me dis que c'est le prix à payer pour me libérer. Donc, je passais au travers de ces inconvénients, même s'ils étaient très durs. Par rapport à cela, parce que moi, j'étais focussé sur l'objectif de devenir hétéro. Donc ça prenait la place, tu vois, c'est ça qui m'animait. Le fait de devenir hétéro et de me dire que ça va, je vais me libérer parce que j'étais persuadé que j'étais habité par un esprit de l'homosexualité, comme ils aiment le dire. Donc j'ai dit pour ça, il faut que je respecte à la lettre. Les recommandations, si je veux me délivrer de cet esprit d'homosexualité. T'arrivais à suivre à la lettre les recommandations? Pas du tout. Pas du tout. Il y a eu des périodes où j'allais vraiment tomber dans les pommes, donc j'ai mangé. J'ai mangé quelque chose, pas grand-chose, mais j'ai mangé, mais j'ai culpabilisé parce que je ne devais pas manger durant ce créneau horaire. Parce que tu vois, c'était de 6 heures du matin à 18 heures. Et je devais faire ça pendant trois semaines. Donc tu vois, j'ai bien commencé les premiers jours, mais après... À partir du quatrième jour au cinquième jour, c'est beaucoup plus dur. Donc, il y a des moments donnés, j'ai, on va dire, je n'ai pas respecté, j'ai mangé. Et aussi, si tu manges, tu rates le truc parce qu'il faut le faire d'un coup. Donc ça veut dire qu'il fallait que je recommence tout à zéro. Le processus dure 21 jours, si je rate au cinquième, je repars à zéro pour les 21 jours. C'est ça, parce que ça compte pas, parce qu'il faut le faire d'une traite, sans flancher, sinon tu ne respectes pas, comme on disait, donc ça c'était important. Et ça, c'était mon cas personnel, parce que je précise, tu vois, la thérapie de conversion, d'un endroit à un autre, d'une édition à une autre, selon les personnes qui mettent ça en place, ça va très varier. Sinon, en général, c'est vrai que ça passe par le jeûne, la prière. Mais il y a des personnes, ça peut être plus long. On peut leur dire de le faire sur 40 jours. Ça va vraiment dépendre des endroits, des situations. Et aussi, des fois, ça peut être plus intense, comme je disais. Moi, mon cas est comme ça. C'est pourquoi les auditeurs ne pensent pas que c'est seulement ça. Non, non, bien sûr. J'imagine qu'il y a des thérapies de conversion qui sont... Plus denses. Oui, et qui ne sont pas toujours reliées à la religion, même si principalement elles le sont. Il y a quand même un lien. Oui, le type de torture change selon... Oui, selon l'endroit, parce que tu vois, il existe dans certains pays des centres de conversion. Donc là, des fois, il y a des personnes, ça a été beaucoup plus drastique que moi, ils ont eu droit à des électrochocs. Je ne sais pas comment on prenait leur tête, ils remplissaient une bassine d'eau et à chaque fois, on les mettait leur tête dedans. Tu sais dans quel pays et quelle année ? Il y a aux Etats-Unis, tu vas voir, je ne sais plus l'état, mais si tu fais des recherches, ils en parlent parce qu'il y a même eu des personnes qui ont réussi à en sortir et qui parlent du traumatisme qu'elles ont subi par rapport à cela. En tout cas, c'est des pratiques qui sont considérées comme de la torture, illégales dans de nombreux pays et au Canada depuis 2021, on va en parler. Et la seule chose qui est prouvée, C'est les dommages sur la santé mentale, c'est-à-dire qu'à aucun moment donné, c'est complètement des pratiques infondées qui n'ont pas été éprouvées par des études. Tu vois, si on devait aller pousser pour dire que ça pourrait exister, mais non, c'est des mensonges... Et tu sais, il y a aussi des personnes, moi je n'en ai pas pris, mais il y a des personnes, tu vois, les hommes efféminés ou les femmes garçons manqués, on leur donne des hormones. Oui, bien sûr. Tu vois, pour les filles, les féminisés et les gars, les masculinisés. Moi, je n'ai pas pris ça, mais je veux te dire, il y a toute cette forme aussi qui rentre dans la thérapie de conversion. D'ailleurs, on ne devrait pas appeler thérapie de conversion parce que je trouve qu'en utilisant le terme de thérapie, on les légitime. C'est pour ça que depuis le début, je dis pseudo-thérapie. Ah oui, mais en fait, je te dis ça parce que c'est le terme. On est d'accord, c'est le terme aussi qui est utilisé pour que ça passe aussi. Crème. Exact. Voilà. C'est pour ça que moi, j'ai envie de dire pseudo-thérapie. Est-ce que toi, le moment où tu commences, tu as 22 ans, tu vis encore chez ta mère ? Non. Tu le dis à ton entourage que tu es dans ce processus-là ? Pas du tout. En fait, j'avais déjà quitté le domicile familial à 18 ans. Donc je vivais par mes propres moyens, j'habitais chez moi. J'étais dans un appartement que je louais à l'époque. Donc tu vois, c'était ma propre décision. Donc Je n'ai rien dit et aussi, quand j'ai quitté le domicile familial, je n'ai pas quitté le domicile en restant en bon terme avec mes parents. Donc il y a eu aussi une rupture très drastique avec les membres de ma famille, incluant ma mère, tout ça. Et donc c'est à ce moment-là où tu te dis peut-être que la thérapie peut m'aider à reconnecter avec eux ? Oui, parce que je savais que toutes les choses que notre relation était difficile, il n'y avait pas que ça, mais il y avait entre autres ce problème-là. Le fait que je sois efféminé, je savais que c'était le nœud du problème. Parce que comme je t'ai dit, ça a commencé depuis quatre ans. Tu n'as pas comme ça. Des fois, quand j'aimais bien m'amuser... Et je dansais. Je dansais, moi, voilà. Mais les gens disaient « Ah, il danse comme une fille. » Les mots crient. Donc, tout ça, ça a été traumatisant parce que moi, j'exprimais... Je m'exprimais tel quel. Moi, tu vois, je ne me disais pas ça, mais eux, c'était ça. Donc, il y a eu tellement de choses, tu vois, qui me passionnaient, comme la danse. Tu vois, j'aimais danser. Je me laissais porter par le son de la musique et je laissais mon corps faire... Mais même ça, je me rencontrais à cause de ça. Il y a comme, tu vois, un blocage à ce niveau-là. Des fois, j'entends des musiques, j'ai envie de danser, mais il y a cette peur, tu vois, d'entendre des remarques. Ah, il danse comme une fille, tu vois. Tout ça commence à l'impact que ça a eu encore aujourd'hui. Oui, encore aujourd'hui. Parce que toi, ça a été une période de six ans, tu m'as dit. Six années où tu... C'était pas tous les jours. T'as pas pendant six ans fait les prières et jeûné. Non, mais c'était des périodes qui se sont étalées sur six ans. Mais oui, c'est quelque chose que j'ai fait. Hum... Tu sais ce qui t'a fait tenir 6 ans ? Parce que je trouve que c'est une torture terrible et une torture terrible aussi parce que ces blâmes dont tu me parles me touchent beaucoup. Tu sais quand tu manges parce que sinon tu vas tomber dans les pommes et que du coup tu recommences à zéro et tu me disais, je m'en prenais à moi-même en fait, je me disais je suis pas assez fort. Ouais, effectivement je me suis dit ça à ce moment-là. Comment t'as tenu 6 ans ? Tu vois, l'objectif qui était de devenir hétéro, entre guillemets, normal. Donc c'est ça, en fait, c'est ça qui occupait la place dans mon esprit. Donc je me suis focussé sur ça. Donc oui, je me suis infligé volontairement ces souffrances en gardant cet espoir, tu vois, de... de devenir hétéro. Et tu sais, il y a eu un moment où je me suis infligé la souffrance et j'ai réussi à tenir les 21 jours durant le créneau horaire que je t'avais expliqué. Et tu vois, c'est là que ça montrait déjà que ça ne fonctionnait pas, mais je n'avais pas conscientisé ça à l'époque. Mais quand je croisais un certain profil de mec et ça montait en bas, Ça montait en bas si tu bandais ? Oui, voilà. Moi je ne suis pas très subtil. Oui, je sais, mais bon, des fois j'aime bien, parce que des fois les gens sont tellement choqués quand on dit les vrais termes, donc je parle en parabole, mais après ça ne me dérange pas de dire « je bandais », mais tu vois, je n'ai pas tout de suite tilté que c'était ça qui ne fonctionnait pas. C'est là que je me suis autoblamé, je me suis dit… Il y a peut-être quelque chose que j'ai mal fait dans la thérapie. Peut-être que je n'ai pas suffisamment prié. C'est ça que je me disais. Parce qu'une fois, j'ai réussi vraiment, durant les trois semaines, de 6h à 18h, je n'ai pas mangé. Ça a été difficile. J'ai réussi à tenir et j'ai réussi à le faire pendant 21 jours. Mais... Et pendant les 21 jours, c'était quoi les indicateurs que tu suivais pour savoir si ça marchait ou pas ? C'est-à-dire, je croise un homme, est-ce que je bande ou pas ? Mais est-ce que tu devais être en hyper-vigilance sur tes désirs ? Tu vois, tu... Ben oui, mais en fait, tu vois, parce que quand je faisais ça, le plus souvent, j'étais chez moi ou bien sinon j'allais à l'église. J'allais à l'église prier parce que tu vois, pendant cette période de jeûne, pour ne pas rester seul, même le pasteur m'avait dit ça, de venir. Comme ça, au moins, tu vois, je ne serais pas tout seul. Donc, j'allais à l'église. Mais quand je me rends à l'église, je sors, je croise des gens. Donc, je vais croiser... Autant des hommes comme des femmes, mais voilà. Et quand je croisais un certain profil de gars qui me plaisait, je bandais. Donc voilà, les signes étaient déjà là, tu vois, par rapport à cela. Mais je n'avais pas conscientisé ça à ce moment-là. Plusieurs fois, tu m'as raconté avoir demandé de l'aide au pasteur. Tu étais en lien avec lui, vous échangez. Oui. En fait, je lui faisais un petit topo, tu vois, avec lui, comment ça se passe. Je lui disais des fois que c'est difficile. Il me disait que c'est normal, mais de tenir au bon. Il me disait aussi, surtout quand je suis seul... Et comme l'église était ouverte tous les jours, donc tu vois, j'y allais tous les jours. À ce moment-là, tu n'avais pas de travail ou tu travaillais de nuit ? Non, à ce moment-là, quand j'ai commencé, j'avais fini mon travail, j'étais sous contrat, j'avais fini mon contrat et tu es arrivé à terme, donc je touchais les allocations chômage. Tu étais disponible en tout cas pendant la journée ? Honnêtement, rien. En fait, de l'indifférence, parce qu'il faisait son travail. Il faisait son travail, c'est pourquoi il a été formé. Donc non, je ne lui en veux pas, j'en veux plutôt à ce système encore qui a été mis en place et qu'il continue de mettre en place parce qu'il continue de penser, d'avoir cette pensée que... Je vois des gens comme toi ou comme moi, qu'on est des abominations. Ils sont persuadés qu'on est habité par un esprit démoniaque, qu'on est dans le péché. Alors, excuse-moi, je me dis, eux qui disent que nous sommes des créatures, nous sommes des créations de Dieu, si on existe, c'est que Dieu l'a permis. Donc pourquoi se comporter comme ça ? C'est plus cette incohérence que je suis un peu triste, que j'en veux. Mais même lui, il est victime de tout ça. Tu vois, avec ce recul, je n'ai pas de colère vis-à-vis de lui, mais c'est plus envers le système. Ce système religieux, qu'ils mettent en place pour pouvoir décider du sort des autres. Qui a le droit de vivre, qui n'a pas le droit de vivre, et qu'il y a un schéma standardisé qu'il faut suivre. Du coup, j'imagine que pendant toute cette période-là, tu ne te masturbes pas ? Tu n'as pas de sexualité avec toi-même et avec d'autres personnes ? Non, c'est sûr que j'ai quand même été... Il y a eu des tentations, tu vois, mais... Je suis désolé, ma question était nulle. Non, non. Elle était très mal posée parce qu'elle... Non, je voulais une question plus ouverte, excuse-moi. C'était quoi ta vie sexuelle pendant ça ? Parce que je ne sais pas pourquoi j'ai préjugé... Excuse-moi. Ouais. En fait, il n'y avait rien. La tentation, c'était que j'avais envie de me masturber ? Non, c'est que je désirais un gars quand ça bandait. Là aussi, on a envie d'assouvir ce désir. Alors qu'il n'était pas assouvi. C'est vrai que, et oui, tu vois aussi, parfois, il y a eu certains ratés. Quand je faisais... la thérapie il y a eu soit c'était j'ai mangé à un moment donné ou bien sinon ça l'envie était forte j'étais très excité donc oui je me suis masturbé ou des fois je regardais du porno avec du coup un sentiment de culpabilité mais là c'était plus fort que moi c'était intense donc tu vois j'avais besoin de l'assouvir Voilà. Donc je me masturbais. Ouais. Avec du coup, rebelote, la culpabilité. La culpabilité, tout ça. J'ai ressenti de ouf aussi, ça me parle. Et de recommencer encore, parce qu'après, c'est un raté. Tu recommences les 21 jours ? Ben oui, il faut recommencer parce que j'ai loupé. Tu vois, même si je n'avais pas mangé, mais la masturbation, c'est aussi considéré comme étant un péché. Ouais. Est-ce que tu veux parler de ton premier rapport sexuel ? Tu as eu ta première fois deux ans après ? Non, deux ans avant. Pas deux ans avant, un an avant. C'était avant de commencer ? Oui, la thérapie de conversion. Les pseudo-thérapies. J'ai cru que c'était pendant. Non, non, non, c'était avant. Tu veux en dire deux mots ? Oui, par quoi tu aimerais que je commence ? Oui, c'est vrai que c'est un peu large. Toi, tu as fait un chemin et tu as compris que c'était un viol, mais sur le moment, tu ne l'as pas compris. Je ne l'ai pas compris comme ça. Est-ce que tu veux... Premièrement, peut-être, pourquoi ça fait du sens pour toi ? Et je vois que tu prends ton téléphone pour voir tes petites notes, mais Rafata, cette histoire elle est en toi et on en parle autant que tu veux, on n'est pas obligé d'en parler, on peut changer de sujet au moment où tu en as besoin, mais tu ne peux pas rater et tu n'oublieras rien de ce qui est important, je pense. Pourquoi ça fait du sens pour toi d'en parler publiquement sur un podcast ? Parce que tu vois, c'est quelque chose qui est très tabou, tu vois, déjà aussi dans la communauté LGBT, toutes les violences qu'il peut y avoir. Et d'autant plus aussi concernant les hommes. Il y a encore, autant chez les hommes hétéros, alors imagine... les hommes homosexuels, il y a ce gros tabou au niveau de la violence et je me suis dit que ce serait important déjà de briser la glace, tu vois, là-dessus, pour faire comprendre que ce n'est pas seulement les femmes hétéros qui vont vivre des violences, tu vois, en fait c'est tout humain en fait. Comment briser le tabou t'aide-toi ou prend soin de toi ? Là tu m'as parlé de l'importance sociétale de briser le tabou et pour toi à ton niveau Rafata ? C'est pour, déjà, détabouiser tout ça. Pour toi, avec toi-même ? Déjà, moi, et aussi, tu vois, sociétalement parlant. Parce que je sais que ce qui m'est arrivé, je ne suis pas le seul, je ne suis pas le dernier. Tu vois, donc, il y a ce sentiment de honte. Et tu vois, le fait d'oser en parler, ça va aussi, bon, déjà m'aider aussi à me libérer de ce sentiment de honte. Et aussi, tu vois, probablement faire écho à des personnes, tu vois, qui vont écouter. Oui. Parce que tu vois, il y a souvent ce sentiment d'être seul. Oui. Tu vois, d'être seul, puisque surtout, on n'en parle pas, on garde pour soi, donc on a l'impression qu'on est les seuls à vivre ce genre de choses. Et c'est quand tu entends d'autres témoignages, donc je me dis aussi, ça pourra aider, soulager quelqu'un qui va écouter mon témoignage. Oui. Est-ce que tu veux dire qui est cet homme et comment vous vous êtes rencontrés ? Oui. Enfin, on ne va pas dire. Oui, on ne va pas dire le nom, machin, mais je vais expliquer tout ça. Alors, en fait, c'était un chanteur qui était très connu localement en Guadeloupe. Et à l'époque, moi, je pensais qu'il était hétéro. Je pensais qu'il était hétéro, donc moi, je n'aurais jamais connu. Quand je l'ai connu, c'est par rapport au succès qu'il avait eu à l'époque. Et à ce niveau-là, je me rappelle, on était en concert, je dansais, je chantais la musique. Je me rappelle, je connaissais la chanson pas au cœur. Mais, et puis après, les choses sont passées, puisque comme il se produisait beaucoup, donc Je le voyais se produire et puis voilà, donc sans plus. Mais c'est vraiment après quelques années, parce que ce que je te dis là, c'est en 2006 et quelques années après, vraiment en 2011, où là, même si je ne m'acceptais pas encore, Et tu vois, en 2006, je n'étais même pas encore conscient. Je pense que je ne l'avais pas encore conscientisé, même si les signes étaient là. Parce que justement, à l'époque, quand il se produisait, ce chanteur, je bandais aussi. Mais tu vois, j'étais dans ce déni. de la réalité donc j'ai pas voulu admettre que c'était ça en fait tu vois même si les signes étaient là quand je regarde avec le recul j'avais déjà des signes avant-coureurs tu vois par exemple aussi ça arrivait on regardait surtout c'était très courant on regardait des feuilletons tout ça les amours, la beauté je regardais pas les actrices c'était les acteurs mon attention était souvent sur les acteurs donc tu vois les signes étaient là mais je refoulais tout ça Ce chanteur, tu le rencontres en ligne ? Oui. C'est pour ça que vous vous connectez et que vous allez prendre un verre ? Voilà. En fait, je l'ai revu et j'ai dit, mais c'est quand j'ai vu la photo, mais j'ai dit, mais il ressemble au chanteur. Parce qu'au départ, je me suis dit, peut-être c'est un sosie. Parce qu'il faut savoir, tu vois, j'ai quand même voulu essayer. Je me suis dit quand même, à l'époque, je vais essayer. J'avais 20 ans et je vais essayer. Essayer ? De rencontrer, voilà, de rencontrer, tu vois, tout ça. Mais je n'étais pas à l'aise. Je n'étais pas vraiment à l'aise, tu vois, par rapport à toutes les croyances, l'éducation religieuse que j'avais, tout ça. Donc, même si je l'ai fait, mais il y avait quand même cette gêne, cette culpabilité, parce que j'étais encore persuadé à l'époque que c'était une abomination. Donc je me suis dit, le fait de faire ça, je vais aller en enfer, mais il y avait quand même ce désir profond qui était là et qui demandait à être assouvi, à être écouté et à être assouvi. Donc tu vois, ça a été plus fort que moi, donc j'y allais parce qu'avant de le rencontrer, j'ai rencontré d'autres gars et tu sais, il y en a certains que j'ai vus, mais après tout de suite, j'ai refait marche arrière. oui t'es arrivé au date et puis tu voilà des fois on se rencontrait vite fait on parlait mais ça n'allait pas plus loin avec lui c'est allé plus loin ? Oui, avec lui, c'est allé plus loin. Puisque tu vois, à l'époque, ça montre que je suis vieux. Bref, Grindr n'existait pas encore à ce moment-là. Donc, c'était des blogs. Tu n'es absolument pas vieux, Rafata, car tu as mon âge, tu es plus jeune que moi. Donc, je refuse que tu dises que tu es vieux. Non, mais entre guillemets, c'est pour dire que j'ai quand même un certain âge. Quel âge ? 35 ans. c'est absolument pas vieux t'es sur t'es en ligne on rencontre lui c'était un des blogs enfin il y avait un blog spécifique pour ça donc tu devais déposer une annonce tu devais mettre soit ton numéro de téléphone ou bien une adresse email donc c'est comme ça après que je suis venu il y a eu d'abord en fait c'est par le biais d'une autre personne d'un gars que j'avais rencontré par le biais de ce blog qui avait répondu à mon annonce On s'était rencontrés, lui et moi, mais bon, il n'était pas mon style parce que là, il n'y avait pas de photo. Tu voyais juste l'annonce. Il y avait une description puisque tu devais dire ton âge, ton poids. Tu devais faire une description les plus réalistique. Et donc, tu tombes sur le profil de ce chanteur ? Non, il n'était pas là-dedans. Comme je t'ai dit, je suis tombé sur le profil d'un autre gars. On a sympathisé, on a parlé. Et c'est comme ça que lui, comme il avait déjà fait des rencontres, il m'en a parlé parce que c'était... Parce que tu vois, comme on avait à peu près les mêmes goûts, donc il me disait, voilà, qu'est-ce que tu penses de lui, tout ça. Et c'est comme ça qu'il m'a montré le profil du chanteur. D'accord. Voilà, il m'a montré le profil du chanteur, puisque à ce moment-là, j'étais sur Facebook. Donc, il me partageait des fois des profils Facebook de gars homosexuels ou bi qu'il avait connus. Et je dis « Ah, ok. » Et c'est de là qu'il m'a partagé le profil du chanteur. J'ai dit « Hein ? » Mais j'ai dit « Il ressemble au chanteur. Est-ce que c'est lui ou bien c'est un sosie ? » Il m'a dit « Non, c'est bien lui. » J'ai dit « Ah, ouais. » Et c'est là que j'ai su qu'il était homosexuel. Et donc, tu le contactes ? Oui, c'est comme ça que je le contacte. Je l'ai contacté, il m'a répondu. Vous rencontrez ? Oui, on se rencontre, tout ça, pour voir. Et curieusement, tu vois, au moins, il avait été direct. Il m'a dit, il ne va rien se passer. La première fois, le premier contact, il m'a dit, il ne va rien se passer. Mais tu vois, en tout cas, sexuellement, tout ça, ou même amoureusement. Tu vois, et puis... Mais on avait quand même gardé le contact. On avait échangé de numéro. Donc, de temps en temps, on échangeait. Et puis, une autre fois, on s'est rencontrés de nouveau. Et là, je ne sais pas pourquoi, bon, là, il est tombé, je ne sais pas. Je dis ce qu'il m'avait dit. Il avait vu mon bras et ça l'avait séduit, mon bras. Et il avait envie de voir ce qui se cachait derrière. Voilà. Et c'est comme ça que là, on avait été dans un endroit où il travaillait et c'est là qu'on n'avait pas fait, mais il y a eu des bisous, des choses comme ça, avec fellation et tout. Et c'est à cet endroit-là où il n'y avait pas ton consentement ? Non, non, ce n'est pas là. Parce qu'en fait, il n'y avait pas eu... Là, comme tu vois, c'était des préliminaires. Donc là, ça allait. Et aussi, comme c'était une découverte pour moi, tu vois, donc on va dire que je laissais faire pour voir est-ce que j'allais aimer ou pas. Parce que tu sais, là, je suis en train de découvrir. Donc là, je ne vais pas lui dire non, je n'aime pas, je ne sais pas. Donc c'était quelque chose de nouveau. Donc je me suis dit qu'on va tester pour voir. Et je t'avoue, il y a des choses aussi que j'ai aimées. Ce n'est pas tout que je n'ai pas aimé. Il y a eu des trucs qui m'ont fait que j'ai bien aimé, comme il y a aussi des choses que j'ai détestées. Mais tu vois, c'est comme ça que j'ai pu découvrir ce genre de choses. Et je t'avoue, par exemple, ce que je n'ai pas aimé, c'est un peu comme tu vois dans les scénarios de films pornos, c'est pendant la fellation de vouloir me prendre la tête. secouer la tête pour aller plus vite. Tu vois, quand on te montre des scènes lors de la partie où il y a l'affilation, où il prend la tête du gars et... Voilà. Ou bien il fait des mouvements de... Voilà. Ça, par contre, j'aimais pas. Déjà, j'avais ce sentiment d'étouffé. tu vois comme si j'étais en train d'étouffer et lui c'est ce qu'il faisait mais tu vois j'ai quand même essayé parce que tu sais il y a des gens qui aiment ça mais moi par contre non ça j'ai détesté mais du coup à quel moment donné comment tu t'es rendu compte parce que c'est plus tard où tu remets des mots et tu utilises le terme parce que quand c'est vraiment parti à la partie prénétration et là il s'est passé quoi ? Voilà. Ben, il a été boutel, comme dans les films. Comme dans les films, tu vois où ils vont. Voilà, il a été comme ça. Et toi, t'as pu dire non, t'as pu... Où tu étais figé ? Parce que parfois on peut se figer dans le silence. Est-ce qu'on peut aussi parfois se déconnecter de soi ? On se regarde par au-dessus. Qu'est-ce qui s'est passé pour toi à ce moment-là ? C'est sûr que la première fois, j'avais mal. Mais là, pour la première fois, tu vois, il a quand même été doux parce qu'il s'en est rendu compte. Je t'avoue que c'était quand même une sensation désagréable parce que son truc n'était pas petit. ça a été désagréable mais là il a été mais c'est après parce qu'il y a eu d'autres fois où on a réessayé et là j'ai pas aimé mais tu vois c'est comme je sais pas si je dois dire que j'étais figé mais j'avais du mal tu vois je connaissais pas c'était quoi mes limites donc j'avais du mal à pleinement à nommer ceux-là Et du coup, à les vivre et à les exprimer. Voilà. Tu te disais que si tu disais non ou stop, parce que lui, il était plus âgé que toi. Oui, il avait 38 ans à l'époque. Est-ce que tu t'étais dit que tu ne t'autorisais pas à dire non ou à mettre des limites parce qu'il y aurait des impacts ? Oui, je pense que ce que tu dis là, c'est plus parlant quand je regarde la situation de l'époque. Parce qu'aussi, tu vois, j'étais dans cette fragilité. Donc, il a eu quand même une certaine emprise sur moi psychologique et émotionnelle. Donc, c'est ce qui fait que pour ne pas le décevoir, parce qu'il y avait aussi ce jeu de manipulation, où des fois, quand il y avait des choses, il avait tendance à toujours rejeter la faute sur moi. Même à un moment donné, dans un acte, tout ça, il m'avait reproché, tu vois, de ne pas gémir, tu vois, tout ce cliché qu'on voit dans le porno. Parce qu'il me disait, tu ne gémis pas, ce genre de choses. Tu vois, je ne ressentais pas forcément l'envie de gémir, mais pour lui, c'est ça qui l'excitait. Je me rappelle, il y a eu des situations où j'ai même simulé. Tu disais juste avant que témoigner, c'était aussi mettre derrière la honte que tu peux ressentir. Elle te dit quoi, cette honte ? Pourquoi tu devrais avoir honte, toi ? L'éducation, tu vois, genre, et qu'on a surtout quand tu es un homme dans cette société. Tu es supposé être fort quand tu es un gars. Et donc si tu avais été fort, il se serait passé quoi ? En tout cas, ça ne se serait pas passé comme ça et... Et j'aurais su, tu vois, dire au nom ça, tu vois, comme ça, j'aime pas. Et que je n'aurais pas tenu trois mois dans cette relation toxique. Tu vois, j'aurais mis un terme. Voilà, donc c'est tout ça qui m'a fait faire cette association à l'homme faible. Voilà. Et aussi, je n'aurais pas subi ce VIOL. Voilà, tu vois, c'est tout ça. Parce que tu vois, dans l'inconscient collectif, tu vois, un homme, il est supposé être fort. C'est bien comme ça qu'on associe le sexe de l'homme. On dit bien le sexe fort. Donc, il est supposé, dans l'inconscient collectif, être fort. Donc ça, c'est forcément une forme de faiblesse. En tout cas, c'est comme ça que je le voyais à l'époque. Est-ce que tu fais un lien entre cette première fois et ces pseudo-thérapies de conversion qui arrivent un an plus tard ? Tu disais que tu tentes les pseudo-thérapies de conversion pour être l'homme que ma famille voudrait voir, pour être hétéro. Est-ce que tu fais un lien aussi dans ce contexte-là ? Non, je t'avoue que je n'ai pas fait de lien parce que surtout aussi quand je l'ai rencontré, tu vois, je ne m'acceptais pas encore. Donc, je faisais ça, mais il y avait aussi cette culpabilité. Tu vois, en fait, le fait d'avoir fait ça, même quand je me rappelle, je lui avais fait une fellation, mais... Tu vois, il y avait comme ce... Tu me sentais sale. c'était plus fort que ce que je ressentais véritablement et même ça aussi je pense qu'il a dû le sentir même des fois aussi quand il m'embrassait quand on s'embrassait tu vois j'étais pas pleinement dedans il y avait une forme de retenue parce que il y avait toutes ces voix dans ma tête regarde ce que tu fais tu es en train de commettre un péché je n'ai jamais su profiter pleinement aussi de tout ça à cause de ça. Et lui, il était très exigeant. Tu vois, il avait beaucoup d'exigences, comme je te disais, que ce soit dans les préliminaires et tout ça. Donc, c'est ça aussi, tu vois, tout ça qui a... Oui, toi, tu étais fragile et lui... Je pense qu'il en a tiré parti. Oui, c'est ça, il t'a... Il surfait sur cette fragilité. C'est ça. Est-ce que... Moi, je pense qu'on va s'arrêter là pour la première partie. Tu te sens comment ? Ça va. C'est sûr, remonter... Remonter dans ses souvenirs, c'est quand même douloureux, mais c'est quand même nécessaire. Dans le prochain épisode, tu vas raconter le déclic pour justement sortir de ces six années de thérapie de conversion. Et on va aussi raconter dans la suite ton chemin de reconstruction. Où est-ce que tu en es aujourd'hui ? Se reconnecter à notre magnifique queerness.

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