Fête et chemsex pour enfin lâcher prise – François 1/3

Partie 1 sur 3
« Je pense qu’on a un trauma collectif chez les gays d’avoir passé pas mal de temps dans le placard. Pour moi, ça a été vraiment horrible. » François

François, 33 ans, s’est effacé dix ans durant pour cacher son homosexualité : la fête et les drogues sont ce qui l’a enfin libéré, avant de l’abîmer.

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Dans cet épisode du podcast :

  • Il sort pour la musique, prend de la MDMA, puis finit ses soirées sur Grindr : le glissement commence là
  • De 11 à 21 ans, il calcule chaque conversation pour que personne ne devine qu'il est gay
  • Bon job, copain, amis à Paris : en 2016 toutes les cases sont cochées, et il commence une thérapie
  • Avant les drogues, télécharger Grindr lui prend un mois, et une semaine de plus pour y mettre sa photo

On en parle dans cet épisode
Le témoignage envoyé par son ex : Yann raconte comment il est entré dans le chemsex
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La partie qu'il a écoutée en premier, où Yann raconte sa sortie du chemsex
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Est-ce que tu as des questions ? C'est ça, est-ce que tu as des questions avant qu'on commence ? Non, c'est juste étrange, mais allons-y. Pourquoi c'est étrange ? Pourquoi c'est étrange ? Parce que je n'ai jamais témoigné pour un podcast et que ça fait un peu interview. D'avoir ce micro en face de moi aussi, un peu menaçant. Mais c'est chouette en même temps. Je pense que ça peut être ce que je te disais, si ça peut aider quelques personnes à processer des trucs, à se rendre compte de choses ou de ne pas se sentir seul. Let's go. Parce que toi, justement, tu as découvert le podcast. Tu m'as dit qui t'a envoyé le podcast et quels épisodes ? C'est un ex qui m'a envoyé deux podcasts au sujet du chemsex parce qu'on avait une conversation autour de ce thème et il m'avait dit « Ah tiens, j'ai découvert ce podcast-là, c'est cool et je pense que ça peut t'aider ». Il n'avait pas tourné comme ça, mais il m'avait dit « Écoute, moi, ça me fait du bien d'écouter des témoignages de gens, soit qui sont sortis, soit qui parlent de ça ». Et donc il me les a envoyés, j'ai écouté, j'ai oublié les noms, les titres des podcasts, c'était le... Non j'ai oublié leur prénom, mais il y en a deux ou trois je crois, il y en a un en deux parties, j'ai écouté la deuxième partie. Tu t'appelles comment du coup ? François. Ton vrai prénom ? Oui. Super. Aujourd'hui, on va parler de ça, de chemsex et de plus largement ton cheminement de sexualité. Du coup, s'il y a déjà eu des témoignages chemsex, t'as l'impression, toi, que t'as autre chose à dire ? Quand t'as écouté ces témoignages, tu t'y retrouves pas tout à fait ? C'est pas que je m'y retrouve pas, mais quand je t'avais envoyé un message Instagram, c'était pour te parler du micro-dosing de psilocybine, en gros des magic truffles, des champignons lysinogènes, parce que j'avais lu que cette substance en micro-dose peut aider... à combattre ou à aider à arrêter en fait les substances alcool et drogue et moi je venais juste de commencer mon micro-dosing et je m'étais dit que ça pourrait toi t'intéresser peut-être d'en parler ou si jamais t'étais en train de travailler sur le sujet c'est un peu comme ça que c'est ça qu'on a amorcé je pense que c'est ça que j'avais envie de partager enfin pas que ça mais c'était un peu je pense aussi que par rapport aux autres témoignages Toi, tu me sembles être à un autre moment de ton rapport au chemsex. Là où Yann, dans les épisodes précédents notamment, t'as Yann qui raconte comment il est rentré et il en est sorti. Toi, j'avais l'impression, et on va l'entendre aujourd'hui, tu te sens toi libre de ne pas coller à cette étiquette, mais moi dans ma tête, ce que j'ai compris dans notre pré-entretien, c'est que toi, tu te poses encore des questions et t'es encore... Au milieu du guet et que je trouve ça intéressant parce qu'on a pas mal d'histoires de j'étais dedans et je m'en suis sorti un peu genre poster boy, un peu genre success story et je trouvais ça intéressant. En tout cas, au moment où on a fait notre pré-entretien, toi, t'étais saisi au milieu, en fait, où tu te posais tout un tas de questions, où tu faisais du chemsex, où parfois t'en faisais pas, où tu avais commencé, en fait, tout un chemin de réflexion là-dessus, que je trouvais vachement riche. Avant que l'on creuse ensemble, François ? Petite intro, les coulisses du podcast. Le sais-tu que je tente de vivre de ce podcast ? Le sais-tu ? Tu ne le sais pas. En fait, au début de mes épisodes, j'en parle. Et moi, je vois quand je regarde mes audiences, en fait, tout le monde saute l'intro. Ah, tu peux voir ça ? Ouais, en mode genre, non mais gars, en fait, on s'en tape de ton délire. Non, c'est pas vrai. Mais en tout cas... Il y a 47 personnes qui sont donateurs, donatrices mensuelles. Et je me suis mis un objectif de 400. Ça me permettrait d'avoir 1600 euros net par mois. On ne roule pas sur l'or, mais au moins sécurité financière minimum. Et donc, j'ai envie de faire une petite danse de la joie, puisque cette semaine, il y a eu quatre nouvelles personnes que je vais remercier. Gabrielle, Augustin, Pouchelache et Reptédoze. Ce dernier pseudo me pose question. Reptidos. Et donc, voilà, trop cool. Donc, c'est des gens qui donnent chaque mois. Et donc, j'invite à plus de gens de le faire parce que 47 sur 400. Parfois, je me dis, mais je ne vais jamais y arriver. Et parfois je me dis, c'est quand même 47, c'est beaucoup, je suis vachement fier, je dois la reconnaître. Et donc voilà, celles et ceux qui sont chauds, c'est dans le descriptif de l'épisode. L'autre petite danse de la victoire, c'est qu'un auditeur m'a dit « Ah, c'est nul, il n'y a pas de communauté en ligne derrière le podcast, si j'ai envie de discuter avec des auditeurs et tout ». Et il m'a dit, pourquoi tu ne fais pas un Discord ou un groupe Facebook ? Là, sur Instagram, j'ai dit, ça vous intéresse ? Les gens ont dit oui. Et j'ai même un auditeur qui m'aide à animer un Discord. Lien toujours dans le descriptif de l'épisode. Je crois que tu cliques sur le site et après tu trouves le Discord ou je mettrai directement le lien vers le Discord. Discord étant un truc de jeunes... Mais moi, je ne suis plus trop « Jones », quoi. Mais en vrai, tu télécharges. C'est une autre application, donc c'est vrai que ça peut saouler les gens. Nous sommes 50. Mais il y a pas mal de gens qui rejoignent en mode « je ne fais que lire, je ne contribue pas ». Donc, on a un enjeu à ce que les gens se saisissent. Là, par exemple, je pose des questions sur un épisode futur. C'est un peu pour moi un petit labo où je pose des questions, où je chope des témoignages. Et là, en ce moment, je demande si un sujet sur les hémorroïdes, un épisode sur les hémorroïdes, ça peut intéresser. Et quelles sont les questions des gens ? Pour le moment, personne ne m'a répondu. Yay ! Mais j'ai 7 pouces vers le haut. Yay ! C'est déjà ça. Tu te sens comment, du coup, là ? Parce que toi, du coup, t'habites... Pourquoi tu rigoles ? Non, c'est parce que j'ai actuellement des hémorroïdes. Du coup, ça me fait rire que tu en parles. Mais en fait, on n'en parle pas assez et c'est un truc chiant, quoi. mais grave, moi j'ai eu plein d'hémorroïdes et j'ai trouvé une proctologue géniale qui a fait sa thèse sur la communauté LGBT donc qui est vachement au courant elle dit qu'il y a plein de mythos enfin plein de fausses vérités de proctos hétéros qui disent par exemple la sodomie c'est dangereux pour l'anus et elle dit mais pas du tout et de contre-vérités toi du coup si t'avais une procto qui a fait plein d'études et qui est brillante et qui est gay-friendly, tu aurais des questions à lui poser ? T'aimerais que l'épisode couvre quoi ? Parfait, j'ai pas besoin d'un Discord. Non, c'est pas des questions en particulier, c'est juste que moi j'habite à Amsterdam et les médecins sont nazes. C'est-à-dire que tu vas pour hémorroïdes ou pour autre chose, on va te donner du paracétamol et te renvoyer chez toi. Et si après deux semaines, tu es au bord de la mort, peut-être que tu peux aller voir un spécialiste. GP, c'est General Practitioner, c'est notre médecin généraliste. Et pourquoi ne vas-tu pas chez le proctologue, qui est l'expertise de le gastro-entérologue ? Pour avoir un rendez-vous, il faut que j'ai un référeau de ma médecin. Et donc, c'est assez chiant. Là, en gros, ça faisait un mois que ça ne disparaissait pas. Et elle a enfin dit OK pour m'envoyer chez un spécialiste. Genre dans deux semaines, quoi. Donc en fait, un épisode qui te dit c'est quoi des hémorroïdes concrètement ? Qu'est-ce qui se passe dans ton corps ? Comment ça vient ? Le traitement. Je pense que je sais un peu. C'est plus autour du traitement et les différents cas. Généralement, on te dit non, mais c'est bon, deux jours ça passe, t'inquiète. En fait, ça peut être beaucoup plus long en fonction de ce que tu as, de ton corps, de plein de choses. Ouais. Ok. On se lance dans le vif du sujet. Je crois que ma première question, c'est est-ce que tu te souviens comment tu es arrivé dans le chemsex ? Comment t'es tombé dans le chemsex ? Je sais pas comment qualifier. Oui. Ça a commencé par, en gros, sortir. Sortir en... Enfin, en club, en teuf, etc. Avec des potes. Plus le côté aller voir des DJ, des musiques que j'aime bien. Commencer à prendre des drogues récréationnelles, style MDMA, etc. Pour la musique. Et petit à petit, en gros, à la fin de ces soirées, de temps à autre, je pouvais aller sur Grindr et faire des plans. Pas nécessairement plans chemsexe, Mais de fait, c'était plan sous produit parce que c'était à la fin d'une soirée, en gros. Et il y a eu un peu une sorte de tournant où je me retrouvais dans des situations où là, les gens... prenait des drogues en appart après ce genre de teuf. Et je commençais à voir ce changement-là, parce que moi, c'est pas quelque chose que je faisais avant, c'est-à-dire que c'était juste un plan du sexe, mais après une teuf. Et en fait... Tu vois le lien entre fête, drogue, où il n'y a pas un rapport au sexe, c'est ça ? Tu teufs, tu danses, et puis en fait, ça glisse vers du sexe. Oui, et de plus en plus, c'est-à-dire que... Plus je faisais des plans Grindr après ce genre de teuf, plus je voyais des gens prendre des drogues pendant les rapports. Et c'était ça, ce glissement, en fait. Et donc, tu as une addiction qui se crée un peu. Pour moi, le chemsex, c'est vraiment... Tu es en appart avec une ou plusieurs personnes et tu prends des drogues pour le sexe, en fait. Ce que je ne considère pas comme sexe, moi, c'est faire du sexe après une teuf où tu as pris de la drogue, en gros. Et progressivement, du coup, ça fait un glissement comme ça. Et moi, je restais dans ces plans un peu plus longtemps, à prendre de la drogue. Et là, ça se transformait vraiment en chemsexe. Oui, c'est ça. Là, on est en quelle année ? Là, on est en... Le tout début. Alors, 2017-2018. T'as quel âge alors ? Je pense 27. Et aujourd'hui ? 33. Donc, c'est il y a 6 ans que ça commence. Oui. Tu te souviens comment ça allait ? Alors, comment ça allait ? Parce que je pense à toute la grande histoire. En gros, ça allait bien et pas bien en même temps. C'est ça qui était un peu compliqué. C'est-à-dire que j'ai commencé ma vie d'adulte professionnel en 2016, au même moment où j'ai commencé à aller voir un psy. Parce qu'en fait, après mes études, j'avais un job qui était considéré comme un très bon job, un peu le golden job. J'avais... J'avais un mec, j'avais des potes, j'étais à Paris, donc toutes les cases étaient cochées pour aller bien. Et en fait, ça n'allait pas. Tout un peu ce qui était caché, toute la merde, on va dire... est ressorti. Et j'ai commencé à aller voir un psy, ce qui a fait que j'ai ouvert un peu le barrage psychologique de tout ce qui n'allait pas. Et je pense que j'ai trouvé dans la fête un exutoire. Du coup, si t'avais la vie qui cochait les cases, du mec, du boulot, des amis, qu'est-ce qui n'allait pas ? C'est-à-dire, ma première question, c'était quoi les symptômes de mal-être qui t'habitaient ? Alors, c'était des épisodes dépressifs, des hauts et des bas. Un sentiment d'être enfermé dans ma vie, au taf, dans des relations aussi. De ne pas vivre ma vie, c'est un sentiment un peu bizarre de ne pas vivre ma vie, de ne pas être moi. toujours une recherche de quêtes identitaires de comparaison avec les autres de pas faire un taf que j'aimais dans le fond de pas trouver ma place aussi une sorte de mal-être généralisé avec plein de portes d'entrée avec plein de variantes dans l'équation et c'est tout ce que je n'avais pas d'îlés dans ma jeunesse, adolescence et après études, ressortaient à ce moment-là. Mais en même temps, la fête, c'était top, parce que moi, j'aime bien faire la fête, j'aime bien aller voir les DJ que j'aime, et ça m'a permis une expression de soi que je ne regrette pas du tout, mais ça allait aussi avec consommation de drogue. Donc, t'as les deux côtés. Ça me permettait aussi de... de let go, de m'explorer aussi sexuellement au début, et de complètement lâcher prise sur moi, mon propre contrôle, qui j'étais et qui je pensais que je voulais être, l'image que j'avais de moi-même à cette époque-là. Toi, tu dis que tu as eu trois types de chemsex, et la première, ça a été justement forcer un peu le déblocage, c'est un peu sous-entendu, mais avant qu'on rentre là-dedans, Est-ce que tu te posais des questions sur la dangerosité des drogues ou du chemsex, c'est-à-dire tu as le moment où ça glisse, tu te sentais au courant du danger potentiel ? Pas du tout. Pas du tout parce que je pense que j'ai un côté très destructeur qui s'en fout. Qui s'en fout d'une sorte de pulsion thanatos qui se dit « Ok, on va se détruire, mais c'est pas grave, on s'en fiche des conséquences. » ont essayé la drogue une fois et qui se sont dit « non, c'est pas du tout pour moi, ça me donne plus d'angoisse, les lendemains sont horribles, et perte de contrôle, destruction, addiction », et qui voient ce danger très clairement ? et qui réalisent que c'est pas bon pour eux et qui ensuite se disent bah non plus jamais mais j'ai essayé moi j'étais envieux de ça parce que j'ai pas du tout ce côté préservation en fait et même quand je glissais un peu plus dans le chemsex à en faire beaucoup plus chemsex un peu plus destructeur on va dire là je voyais les dangers et c'est pour ça qu'après j'ai voulu en sortir mais c'est pas très clair en fait quand tu glisses dedans tu sais que tu te fais du mal tu sais que c'est pas bon pour ton corps et t'as tous les arguments rationnels qui te disent bah non c'est pas bien mais la destruction vient remplir quelque chose Pour moi, ça ne remplit pas quelque chose. C'est plus un facteur. C'est une résultante du manque de self-esteem et de self-love que tu as envers toi. Estime de toi, amour propre. Toi, tu me disais dans le pré-entretien que tu faisais le lien entre tes années dans le placard. Tu faisais le lien entre l'acceptation de ton homosexualité ce manque d'estime de soi et donc ce chemsex qui détruit ? Oui, parce qu'en fait, je pense qu'on a un trauma collectif chez les gays d'avoir passé pas mal de temps dans le placard. Pour moi, ça a été vraiment horrible. Pas dans le sens où j'ai été... Enfin, tu vois, bullying, maltraité, etc. Enfin, j'ai toujours eu des amis, j'ai toujours... T'as grandi dans quel coin ? Alors, je suis né à Paris, j'ai un peu grandi à Paris, mais en Normandie aussi, genre dans un village. Et en Vendée, un peu. Donc très aussi campagne. Je dis que ça avait vraiment un poids négatif et péjoratif sur le côté campagne. Pas très ouvert d'esprit. Mais tu dis que dans ces endroits-là, tu avais des amis. Alors, j'avais, mais c'est parce que je cachais aussi mon homosexualité. C'est-à-dire que c'est ça le problème, en fait. Concrètement, je n'ai pas eu de violence physique, verbale, parce que j'en suis toujours sorti. Parce que j'avais une sorte d'intelligence sociale de cacher. Mais le problème, c'est que de 11 ans à 21 ans, j'ai fait en sorte de m'effacer complètement. D'effacer qui j'étais, de calculer toutes les conversations que je pouvais avoir avec certaines personnes, de savoir quand est-ce qu'un sujet allait être abordé et que j'avais besoin du coup d'écarter ce sujet, de fuir et de changer de situation. Donc d'avoir une vigilance constante de cacher qui on est. pendant 10 ans et ça laisse des traces. Ça laisse des traces en termes de tu sais pas qui t'es, t'écoutes pas tes envies, tes besoins, tu penses que t'es différent et que c'est une mauvaise chose du coup. Et tu te caches et donc ton estime de soi est zéro et ton amour de soi pareil. Mais tout ça, tu ne le savais pas avant d'utiliser des drogues. Enfin, tu vois, tout ce rationnel-là, c'est six ans de chemin où tu te dis « Ah, ok, là, je connecte les ponts ». Pas au début. Effectivement, je te fais une post-rationalisation, mais c'est plus des choses que je ressentais. C'est juste qu'en allant vers les drogues, la fête, etc., moi, ça me permettait juste d'oublier ce mal-être généralisé. Donc effectivement, je ne me disais pas rationnellement... Que ce que je faisais, c'était en lien avec ça. J'ai commencé à le faire après avoir commencé le psy. Donc, peut-être vers 28 ans, 28-30 ans, je commençais à avoir une bonne idée aussi de pourquoi j'essaie de connecter les liens de grandir dans le placard, manque d'amour, etc., manque de connexion, isolation, chemsex. J'arrivais à faire le lien rationnel, à voir un peu les patterns, etc. Mais je faisais quand même. Mais je pense qu'il y a tout ce grand trauma que j'ai sous-estimé de toutes ces années dans le placard qui ont été aussi renforcées Enfin, comment dire ? Renforcer, empirer, c'est le meilleur terme. Par le fait que... Collège-lycée, je vivais avec ma mère, mes parents étaient séparés. Et ça se passait très mal. Donc on était dans une espèce de guerre de silence. Où moi, je me fermais complètement à elle. Et aussi parce que j'étais dans le placard. Donc en fait... C'était un double effacement encore plus. Et donc, je pense que c'est ça qui a créé aussi une sorte d'anxiété sociale qui est plus la peur du jugement des autres de voir qui je suis. C'est-à-dire qu'en fait, être vu... Pas nécessairement être sous le spotlight, tu vois, mais être juste vu pour qui je suis à 100%, c'est très dur parce que ça joue sur ce terrain d'adolescence où si tu me posais une question en personnel, en direct ou dans un groupe, panique, panique totale, rougissement, situation, envie de fuir, envie de se tairer. Et j'ai toujours des conséquences de ça aujourd'hui un peu. Du coup, tu parlais de ton premier rapport au chemsex qui était assez positif ou en tout cas déblocage. Et ça, je trouve ça vachement intéressant parce que la fuite... Comment dire ? Si je suis enfermé de péter d'un coup toute la prison, même si ça crée des conséquences long terme, même s'il y a plein de... Je ne suis pas du tout en train de dire c'est génial. Mais moi, je comprends assez bien. Enfin, moi, je vois dans ma vie que j'ai d'autres c'est pas des substances mais j'ai d'autres façons de parfois de façon exploser la prison et toi au début en fait ça a quand même ça t'a débloqué d'un coup avec cette anxiété etc tous ces impossibles la drogue bam explosait tout et donc te faisait quand même te donner accès à des expériences et à des ressentis que tu cherchais quoi Oui. En fait, c'est ça, la puterie des drogues, c'est que c'est d'abord une solution qui se transforme en poison, mais t'as au tout début un truc quand même. C'est sûr que quand tu prends des drogues pour la première fois, enfin moi, je vais parler pour moi, pas généraliser, c'est assez génial. Parce que pour avoir été dans un contrôle absolu pendant des années sur qui j'étais, qui je voulais être, mon image très fixe a toujours pensé en cadre... cadre... Cadre fermé, pas du tout flexible, à tout contrôler, mes gestes, mes images, tout, tout, tout. Tu prends des drogues et finalement, tu t'écoutes beaucoup plus et tu t'écoutes ton corps et tu la salais, tu t'écoutes tes désirs. Donc... Ou plutôt, tu crois que t'écoutes. Non ? Pour toi, tout ça, c'était très réel ? Il y a deux choses qui m'ont aidé à un peu exploser tout ce modèle que j'avais créé pour un peu survivre. C'est les antidépresseurs et les drogues. Enfin, non, les antidépresseurs et les drogues récréationnelles. Parce que les antidépresseurs, ça reste des drogues. Parce que tu changes la chimie de ton cerveau. Et ça m'a aidé à tout exploser, à avoir moins peur. Pour tout, en fait. Dans la vie, à faire des choses. Et je ne regrette pas. Ce n'est pas du tout un regret parce que ce premier chemsex exploratoire m'a aidé. Du coup, tu as fait quoi ? Et c'était fun aussi. Je ne peux pas nier le fait que c'était fun. Après, dès le début, il y avait des conséquences aussi... C'est négatif d'être fatigué, d'avoir un peu des come-downs, c'est-à-dire tu as les lendemains difficiles. Des redescentes, ouais. Mais le problème, c'est qu'en fait, comme moi, j'ai toujours grandi avec ces hauts et bas dépressifs qui étaient liés à être dans le placard, la situation avec ma mère, etc., etc., En fait, c'était habituel. C'est ça qui était assez bizarre pour moi. C'était quelque chose à laquelle j'étais habitué parce que j'étais habitué à parfois me sentir de manière très random, à me sentir mal, à me sentir déprimé pour pas de raison. Donc, ça m'apportait du fun et les conséquences négatives, je les connaissais déjà hors drogue, ce qui est encore plus fucked up. Mais ouais, ça m'a quand même aidé. T'as fait quoi concrètement ? Qu'est-ce que tu peux me raconter des expériences ? Tu dis le chemsex m'a aidé à m'écouter. Du coup, t'as fait quoi de différent de d'habitude ? J'ai du mal à reconnecter avec ce moi du premier chemsex. J'ai du mal à reconnecter à des expériences. Pour moi, c'était plus lié à la fête, à danser, sortir, connecter avec mes amis, me lâcher. Je pense à dire... Peut-être un peu plus ce dont j'avais envie, être moins passif sur mes désirs. Sexuel ? Je pense aussi sexuel, oui. Par exemple, à plus, si on va prendre des cases et des labels, à plus dire ce que j'aime, à plus explorer mon côté actif aussi. Ça veut dire qui pénètre ? Ouais, qui pénètrent. Parce que je pense que j'en avais un peu peur, parce que pour moi, ça voulait dire prendre ses responsabilités. Et take charge, prendre ses responsabilités. Et être en charge, ouais. Parce que ta sexualité avant le chemsex, elle ressemble à quoi ? Donc j'ai été... T'avais un copain ? J'avais un copain pendant 5 ans, c'était ma première relation. Et j'étais à 90... 40% passif. Et à ne pas vraiment initier le sexe, à en avoir, je pense, honte. Toujours une sorte d'homophobie internalisée, un peu honte de se désir. Vous avez combien de rapports à la louche ? Vous avez souvent des rapports ou pas, votre sexe ? J'ai du mal à me soigner. Vers la fin, plus trop. Mais pendant ces rapports-là, c'est rarement toi qui inities et il y a beaucoup de sodomie, il y a régulièrement de la sodomie dans laquelle toi tu es pénétré, c'est ça ? Oui, à chaque fois, mais oui. Principalement. Et de 0 à 100, avant le chemsex, tu te sentais épanoui à combien ? Je dirais 40 ou 30. Parce qu'en fait, le point principal de la dissatisfaction pour moi, c'était que je n'avais pas d'autres expériences avec d'autres hommes, puisque j'étais dans une relation monogame dès le début. Et cette frustration a grandi. en moi et je pense que c'est aussi ça qui a fait que moi j'avais envie d'aller voir ailleurs parce que j'étais comme un ado qui venait un peu de s'assumer qui s'assumait de plus en plus et donc j'avais envie d'autres expériences je me sentais un peu piégé tu vois et mais tu n'arrivais pas à le dire non impossible parce que tu avais honte tu dis la honte tu veux dire le dire à ton mec ? Ma non-satisfaction ? Non, oui, parce que pour moi, si j'en parlais, ça voulait dire la fin du couple. Parce qu'à l'époque, je n'avais pas non plus la maturité émotionnelle de parler de ce type de sujet. Pour moi, je gardais ça et ça m'asserrait et ça devenait encore pire. J'ai l'impression que tu décris ma première relation. D'être incapable de parler de sexe, parce que du coup ça voulait dire que j'étais un objet qui désire. Ça me parle vachement, ouais. Et du coup, tu ronds ? Et tu fais du chemsex ? Non, c'est un peu... Non, là, le raccourci... Non, d'ailleurs, c'est lui qui a initié la rupture, mais c'est juste que ça n'allait plus, en fait. Des deux côtés, il a eu le courage de faire ce que moi, j'arrivais pas à faire. Donc, en fait, le chemsex, c'est... J'ai plus peur, je me sens plus fort, et j'ai du sexe à foison, et donc, soudainement, je me sens plus emprisonné. C'est ça, d'abord, le chemsex exploratoire, comme tu l'appelles ? Un peu oui, mais ce qui est important pour moi de dire, c'est qu'entre cette relation et les chemsexes, j'ai eu quand même une exploration plutôt sobre avec des verres de vin, etc. L'alcool qui est quand même une drogue et qui aide aussi à se lâcher un peu plus. J'ai eu cette première exploration sexuelle sans drogue avec d'autres personnes. C'était comment alors ? Stressant. Ouais. C'est ultra stressant. J'ai mis Grindr pour la première fois parce que je ne savais pas que cette application existait. Grindr ? Grindr, ouais. Et entre le moment où j'ai voulu m'y mettre et le premier date, je pense qu'il y a eu un mois. C'est-à-dire que juste de télécharger l'application, je me rappelle avoir... Très honte de me mettre à rougir moi-même en train de télécharger cette application. Ensuite, j'ai essayé de parler à des personnes. Je n'avais pas une photo. Énorme stress parce que ça voulait dire moi. être visible sur une application et, en gros, me demander du sexe et me dire, voilà, j'ai des désirs, je veux faire du sexe. Allons-y. Impossible. Et après, quand j'ai mis ma photo, pareil, une semaine après, j'ai réussi à mettre ma photo. Mais c'était un chemin de croix, quoi. Parcours du combattant, c'était très, très, très, très dur et symbolique. Non pas que, tu vois, la finalité, je me dis maintenant, c'est pas... C'est OK de pas être... être sur ce type d'application soit pas agréable mais je le voyais pas à l'époque pour moi c'était naturel en fait chez les gars d'être à l'aise avec ce type de rencontre avec ce type d'application en fait maintenant si tu l'es pas c'est c'est complètement normal mais mais à l'époque tu disais c'est quoi mon problème bah Ouais, mais c'était mon moyen privilégié d'avoir accès à ce sexe-là parce qu'aller en soirée au bar et rencontrer, je pense que j'étais un peu trop timide et trop honte pour ça. Dans cette exploration sexuelle sans Kemps, tu disais que c'était difficile, tu as quand même pu avoir des rapports sexuels ? Oui, et des bons rapports sexuels que j'ai appréciés, mais c'est juste la démarche. pour y arriver, qui était compliqué. Ouais. Et du coup, le chemsex, il n'y avait plus de complications. Non, parce que... Non, il n'y a plus de complications. Je pense que ça masque des complications que moi, j'avais sobres à mon sexe, tu vois. Mais je comprends mieux pourquoi les drogues, dans ce cas-là, peuvent attirer ta personnalité où il y a une barrière à l'entrée exceptionnelle. Tu vois, c'est épuisant de devoir se combattre pour y aller et du coup moi ça me parle vachement parce que c'est marrant parce que tu vois même aujourd'hui je fais un podcast sur la sexualité Je ne peux pas être plus homosexuel publiquement. Moi, il y a mon prénom, mon nom. Et encore aujourd'hui, quand j'écoute ton témoignage, j'identifie des séquelles, des similarités. Aujourd'hui, sur Grindr, je n'ose pas mettre mon désir sexuel. Je n'ai pas mis actif, passif. Et tu vois, s'il y a des moments... ou j'ai envie de ceci ou de cela, je pourrais me mettre à jour en indiquant mon désir, ma recherche. Je n'ose pas. J'ai peur. Un peu comme encore aujourd'hui. J'ai peur que les gens se disent quelque chose de moi. Je trouve ça aussi un peu enfermant. J'ai peur de croiser ces gens dans la rue. Enfin, je me sens mal à l'aise de dire là, j'ai envie de te baiser ou là, j'ai envie d'être baisé. Ou bien là, j'ai envie de cet autre truc. Je crois que si, sur mon Grindr, il n'y a qu'à je chasteté. Mais tu sais, tu as des petits mots clés. Et j'ai mis ça et du coup, c'est un petit peu mystérieux. Mais tu vois, je sens que je ne suis pas totalement à l'aise. Deuxièmement, quand je partage des nudes, des photos nues, j'ai quand même une inquiétude. Au fond, tu vois, je suis quand même un peu en mode... Tu vois, si le mec ne me répond plus après... du coup j'ai bien envie que t'aies plus accès à mes photos de nu comme s'il y avait en gros mon cul ma bite et en plus comme je suis beau pourquoi pas mais je sens qu'au fond il y a un truc qui se encore très présent aujourd'hui et le dernier truc que j'ai observé que je fais moi ma stratégie Grindr c'est je contacte qui je veux deux fois En gros, moi, je considère, je crois beaucoup au narratif qu'on se fait. Et du coup, quand tu as des histoires qu'on se fait dans sa tête, j'envoie un message, le gars répond pas. Moi, direct, l'histoire, c'est « Ah, il est con » ou « Moi, je suis pas assez » ou j'ai une histoire très négative qui émerge et je suis là « En vrai, non ». Moi, parfois, je suis en train de courir, il y a un mec mignon qui m'envoie un message. Je me dis, tiens, il faudrait que je lui réponde. Je ne lui réponds pas. Et en fait, moi maintenant, je ne me force pas, mais je fais l'effort de relancer. J'ai dit une fois bonjour et j'ai dit une deuxième fois bonjour. En revanche, si tu ne me réponds pas la deuxième fois, je te bloque. Et il y a un petit truc un peu de... J'ai aussi un peu honte de gratter et d'être rejeté. Et du coup, le fait d'être bloqué, je suis là, ça n'a jamais existé, je n'ai pas l'air d'un loser. Mais je trouve que ces trois éléments-là... Alors que je suis sur un chemin où je tente quand même d'assumer mes désirs et tout. Bah putain, pas tout à fait quoi. Donc ça me parle vachement ce que tu dis. Alors même que moi, ce que je veux dire, c'est que j'ai pas du tout une personnalité timide. J'ai pas cet enjeu-là, tu vois. Bon, c'était mon petit blabla sur Tinder. Ça te parle ou pas ? Ouais, mais c'est juste parce qu'en fait, on fait tous la même chose. Ah ouais, toi aussi ? C'est juste que cette application est... et très bien tu vois, mais aussi atroce.

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