Aller mieux : oser parler et trouver ma passion – Tom (Lolla Wesh) 2/2

Partie 2 sur 2
« J’ai des gens qui payent des billets pour venir me voir. J’ai transcendé tout ce qui était vu par la société comme quelque chose de misérable, j’ai transcendé en ma force. Mais c’est un long boulot. » Tom

Tom va bien depuis 2020, sans avoir tout arrêté : il consomme encore, mais il a cessé de fuir ses traumas, son trouble bipolaire et son addiction.

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⚠️ Sujet sensible : suicide

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Dans cet épisode du podcast :

  • Un CDI chez AIDES, puis une coloc à Saint-Denis : deux points d'appui qui le sortent de la solitude
  • Il quitte un mec qui lui fait du bien, en voyant que c'est lui qui rejoue les mécanismes de son ex
  • Un psychiatre spécialisé dans les violences homophobes pose enfin un diagnostic de trouble bipolaire
  • Il consomme toujours, mais il balise : il appelle ça danser au bord du gouffre

On en parle dans cet épisode
Centre de soutien psychologique gratuit et confidentiel, à Paris et à Toulouse
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Une écoute par écrit, en direct, pour qui n'a pas envie de parler au téléphone
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L'association où Tom a été accompagnateur PrEP : groupes de parole et numéro d'urgence
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Le psychiatre que Tom nomme dans l'épisode, en thérapie comportementale et cognitive
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L'art japonais de recoller la céramique à l'or, l'image que Tom emploie pour sa réparation
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Le compte du drag clown que Tom incarne, et où il annonce les dates de son spectacle
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Lire la transcription de cet épisode
Salut toi ! L'épisode que tu t'apprêtes à écouter parle de suicide, d'addiction, de mal-être et du chemin pour aller mieux. Moi j'ai déjà été mal, j'avais un peu envie de demander de l'aide mais je savais pas par où commencer et j'étais pas mal intimidé. Si c'est ton cas, j'ai fait des recherches et je t'ai mis dans le descriptif de cet épisode plusieurs dispositifs d'aide spécialement conçus pour nous, les personnes LGBT+. A chaque fois c'est gratuit, confidentiel et ça fonctionne partout en France. Prends bien soin de toi et bonne écoute ! Ça va ? Ouais, je vais boire de l'eau. Bah ouais, vas-y. Ça va super. Je trouve ça vachement intéressant. Donc ce que tu disais dans l'épisode précédent, dans la première partie du témoignage, en fait j'ai proposé qu'on découpe en deux parties. La première c'est la descente et la deuxième partie c'est la remontée. Après en vrai tu peux t'échapper aussi, c'est pas forcément binaire comme ça. Mais j'ai trouvé ça vachement intéressant, à la fin du dernier épisode, tu parlais d'Aurélien qui te dit « j'ai pas de passion » et de l'importance pour toi de ton travail sur la scène et de la passion. Et en fait, moi j'ai fait 10 ans de psychanalyse, c'est marrant mais je suis arrivé à la même conclusion. Et ma conclusion est la suivante, l'homophobie, le harcèlement, les traumas et les violences vécues bouffent toute ma libido de vie. Et la libido c'est un terme freudien qui parle bien entendu de la sexualité mais qui parle plus généralement de l'énergie de vie. Et en fait, 90% est sucé, tu me permets le jeu de mots pas ouf, par la détresse, par les traumas qui se répètent, par ce désalignement. Et en fait, le moment où, et donc là, dans les intertices, les drogues, les relations toxiques et tout viennent se mettre et créer... Un comportement à risque aussi. Exactement. plein de choses. Tout ça, ça bouffe du temps, beaucoup d'énergie, de l'estime de soi. Et le moment où en fait tu arrives, moi, pardon, le moment où je suis arrivé grâce à un travail de santé mentale et à ces podcasts aussi, à en fait me réaligner et Et j'ai senti que alors j'avais de l'énergie pour de l'énergie de vie, pour baiser, pour du sexe, mais aussi de l'énergie de vie pour faire, faire projet, tu vois. Et donc, t'as de l'espace pour te dire j'ai envie de créer quoi, comment... Et en fait, tu as complètement raison, ça t'entraîne. En fait, tu as aussi moins envie de sortir et ou en tout cas, tu as aussi moins envie de te détruire parce que tu as hâte d'être demain pour faire le truc que tu kiffes. Donc, le moment où tu te casses la gueule à répéter, soit avec l'addiction, soit avec d'autres comportements, le lendemain, en fait, tu es moins dispo pour tes projets que tu adores. Donc, il y a un peu un truc... tu finis par peser le pour et le contre et tu vois le travail que j'ai fait moi en psychanalyse moi mon travail ça a commencé par donc en gros ce qui s'est passé c'est quoi le déclic ? il y en a un ou c'est diffus ? il y en a un mais je vais revenir un petit peu en arrière donc voilà Je me suis sorti de cette relation où j'étais vraiment au fond. Je continue à avoir des comportements à risque. À l'époque, je chantais chez Madame Arthur et les pauvres. Je vais vous avouer des choses si vous m'entendez. Je ne travaille plus avec eux. Mais Cabaret-Berlesque aussi. Ma productrice, elle le sait, il n'y a pas de secret. Je n'avais pas dormi de cinq jours. Je venais pour les répètes. J'étais sous l'emprise de drogue. Je rentrais chez moi. Ce qui était assez dingue, c'est que j'ai toujours eu quelque... Je pense que c'est mon éducation militaire parce que mon père est un ancien militaire. ok je me détruis, mais là je travaille avec des gens j'avais adopté un chien parce que le chien, j'ai ce truc de j'ai des projets professionnels, j'ai des projets artistiques j'ai des choses que je sais créer, il ne faut pas que je détruise ça par contre la drogue était toujours là l'hypersexualité était toujours là, le trauma que je supposais être mon ex était toujours là donc j'étais vraiment en lutte tout le temps et c'est là aussi je refais une parenthèse où j'en veux à ces gens qui disent parler ne restez pas seul en fait les gens ne voient pas même si on fait des alertes ils ne voient pas donc là j'étais vraiment tout seul à me démerder à sentir que c'était dur En fait, je crois que j'ai été choqué par cette tentative de suicide en vélo. Ça m'a vraiment mis un coup d'électrochoc, genre le suicide raté. Si j'avoue que j'ai voulu me foutre en l'air, ça se trouve, je vais partir dans un suivi médical pas du tout géré. Je vais perdre ma réputation, perdre mes jobs, je vais tout perdre. Donc, je mens. Et là, par contre, on se ressaisit. C'est comme ça que ça s'est passé dans ma tête. Je me suis dit, tu te ressaisis. Et donc, il y avait le focus sur le travail. C'était très dur. C'était très, très dur. Mais j'avais vraiment le focus sur le travail. Mais du coup, j'arrivais défoncé. Je me disais, OK, t'as baisé toute la nuit. Là, t'as ta répétition. Tu assumes tes responsabilités. J'ai toujours eu ce truc de « assume tes responsabilités ». Et j'avais adopté mon chien, donc pareil, je pouvais faire des week-ends entiers de défonce et de baise. J'avais mon alarme où j'allais sortir mon chien. Souvent, une fois que je voyais mon chien, je restais chez moi. Il y avait une espèce de petit... Cette période-là, donc c'était 2016-2017, quand t'étais invité en Partous, tout ça, Chemsex... Il y a un petit réseau qui se créait. C'était souvent les mêmes personnes. Avant que ça explose, avant que ça devienne vraiment le gros truc, on se contactait. On était toujours un peu un microcosme. Donc on s'aimait bien. Et si je mettais mon alarme pour aller sortir mon chien, il y en avait un ou deux qui m'accompagnaient. D'une part parce que c'est plus safe d'être à plusieurs s'il y en a un qui est défoncé dans la rue. Et puis parce qu'ils étaient sûrs que je revenais avec eux une fois que j'avais sorti le chien. Mais ce n'est pas des mauvais souvenirs. Ce n'était pas spécialement sordide. Mais c'est juste que moi, j'étais dans un mécanisme où je... J'essayais de me sortir, en fait. Je n'arrivais pas à sortir du mécanisme dans lequel mon ex m'avait mis. Tu parles d'un déclic. C'est lequel, du coup ? Et il y en a eu plusieurs, des tout petits comme ça, mais je me rends compte que le truc qui peut vraiment me stabiliser, c'est un job que je n'avais pas envie de faire, mais en CDI. Je tombe sur Ed, je deviens accompagnateur PrEP, et là, ce que j'ai eu, et je pense que c'est la... Aurélien, il a eu une pulsion d'espoir quand même dans sa lettre. Ce besoin que ça soit partagé, moi je l'ai eu... En rencontrant la PrEP et en me disant il y a de l'espoir, il peut y avoir de la solidarité. En fait, tout ce que je ressens, tout l'amour et l'empathie que je ressens pour mes congénères gays, je veux le mettre au service de cette association. Ça a été une erreur parce que j'ai eu des effets miroirs. J'ai été en souffrance dans l'assaut, mais je crois que c'était nécessaire pour m'avouer à moi, genre, non mais occupe-toi de toi, tu ne vas pas pouvoir sauver le monde. Oui, parce que la PrEP, du coup, c'est la prise du traitement contre le VIH, mais en prévention pour les personnes séronégatives. Et donc, au début de cette nouveauté médicale, ça passait par aide notamment, comme une forme de test ? En fait, AID, c'était dans des hôpitaux où tu avais tes dépistages complets, etc. Tous les trois mois avec la prescription du médicament. Et en gros, le rendez-vous médical, c'était t'expliquer comment fonctionne la chimie du médicament et comment gérer tes dépistages. En revanche, la présence de hêtre, c'était vraiment ce truc communautaire. C'est des endroits alors où tu parles de sexualité. Et l'effet miroir dont tu parles, c'est j'entends des gens dire ce que moi, je pourrais dire. Et donc, je me rends compte en entendant les autres. Une forme de thérapie de groupe. Alors, thérapie de groupe, il y a un groupe. Mais là, moi, j'étais l'accompagnateur. Donc, j'étais en fait le référent. Bien sûr. Moi, j'étais... je suis pas censé dire au gars ah ouais moi aussi je souffre trop de ça je suis censé être impassible et être là pour l'accompagner l'aider et en gros je crois que c'est je crois qu'il y a beaucoup de personnes LGBT qui rentrent dans les assos toutes les assos confondues ce fameux triangle persécuteurs, sauveurs et victimes. Ou tu veux sauver à tout prix les gens, mais parce qu'en fait, au fond, tu sais que c'est toi que tu dois sauver. Mais c'est trop dur d'assumer nos faiblesses, nos failles, quand on ne les voit pas. Et c'est pour ça que le travail avec un psy, c'est hyper important. Donc voilà, je vais doucement vers le déclic. C'est passé comme ça, tout doucement, je ne voyais pas trop les trucs. Je me mets en coloc un peu à Saint-Denis, en me disant, je sors un peu de Paris Intramuros, je me mets en coloc avec une meuf, Et on est resté hyper amis. Si jamais elle écoute ce podcast, sache que tu m'as sauvé la vie. Et j'ai jamais dit. Là, maintenant, on vit chacun séparément. Et on s'est dit, c'est fou. On s'est rencontrés tous les deux à des moments où on n'allait vraiment pas bien. Et on s'est accompagnés. Elle m'a vu péter des plombs. Moi, je l'ai vu aussi dans des phases hyper down. Mais on s'est vachement occupé l'un de l'autre. On s'est permis chacun l'un et l'autre... D'ouvrir nos vannes. Tu te mets des cadres, quoi. Le boulot, la vie perso. Et tu sors de la solitude. T'aménages avec des gens. Oui, on crée un foyer, vraiment. Il y a ce truc-là. Donc, ça crée une forme de responsabilité aussi. Et de se permettre de se dire, bon, il faut que je me pose et que je m'écoute. Et le déclic, en fait, c'est que je rencontre un mec de manière un peu hasard. Enfin, c'était censé être un plan cul grinder. Et on se rencontre comme ça. Et en fait, ça devient hyper romantique très vite. Et c'est vraiment un mec super chouette. Vraiment gentil, qui rassure, rien de toxique dans ses comportements. Et deux, trois fois, on prenait un peu de coke en soirée de temps en temps comme ça, on picolait, mais on se voyait beaucoup. Il était vraiment hyper démonstratif. Même sa façon de me regarder, le sexe, c'était génial. Ça démarre bien. Sauf qu'en fait, ça s'est effrité parce que moi... J'avais l'impression de revoir des mécanismes de mon ex. Et en fait, j'étais tout le temps en alerte. Tout le temps en alerte. Il le sentait, donc on discutait. Il ne remettait jamais en question mes craintes. Il voulait comprendre. Et en vrai, là, je me suis rendu compte que c'était moi qui devenais toxique pour lui. Donc le fameux triangle, encore une fois. Lui, il faisait tout bien, il ne comprenait pas, mais il était vraiment à l'écoute. Et là, le déclic, c'est que bon, je suis avec un mec. hyper bien. Quand je suis... Quand je suis pas en crise, quand je suis net et que je prends du recul, je vois bien que là, c'est moi qui recrée des choses parce que j'ai des peurs qui sont pas réparées, machin. Et automatiquement, je me dis, bon, mon ex m'a vraiment traumatisé. Je quitte ce garçon. Et je me dis, le déclic, c'est pour en arriver à ne pas réussir à construire une histoire avec un mec où tout est super, je le quitte pour ne pas lui faire vivre un enfer. Moi, en fait, là, je vais aller voir un spécialiste. Donc, je profite de bosser à Ed pour poser des questions et dire, voilà mon parcours, voilà ce que je pense, ma blessée, vers qui je me tourne, etc. Donc, on m'envoie vers un psychiatre. Sa spécialité, c'est reconstruction après violence homophobe et agression sexuelle. Je me dis, super, ça a l'air d'être un peu... On parle du harcèlement scolaire, du viol que j'ai subi à 11 ans, de l'effet miroir que j'ai avec les gays que je peux suivre dans la PrEP. C'est à l'aise qu'on partage son nom ? Au médecin ? Oui, c'est le docteur Boniface. Il a un nom un peu mignon. Ok. Alors moi j'ai arrêté de le voir, parce qu'à un endroit j'étais... Mais ça c'est propre à tout le monde des fois. Non c'est pour des gens qui pourraient être inspirés, donc c'est à Paris. C'est à Paris, République. Près de la place de la République. Qu'est-ce que tu pensais avant ce déclic de l'aide psychomédicale ? Comme tout le monde. Alors, il n'y a pas tout le monde. Non, mais je veux dire tout le monde dans le sens... Il y a quand même un stéréotype généralisé de... C'est pour... Il y a une vie reçue généralisée. C'est pour les fous. D'accord. Je ne suis pas fou, je n'ai pas besoin. Ah ouais ? Parce qu'on est en quelle année, là ? Là, c'était... Moi, je te parle de... Il y a quelques années. Je te parle de... Allez, on va dire de... Les moments où j'ai conscience de mes souffrances, ça va être 2005. Jusqu'à 2019 ? Et tu disais, ouais, aller voir un psy, c'est pour les fous, j'ai pas besoin. J'ai essayé. Dans les moments de grande souffrance, dans les moments de grande détresse, dans l'épisode précédent, tu parlais de tentative de suicide. Jamais à ce moment-là, tu t'es dit... Ils vont m'enfermer, ils vont me donner des médicaments. Moi, j'ai grandi avec une mère bipolaire qui était défoncée par les médicaments. Donc, j'avais vraiment un rejet, une peur. Et je me disais, je suis assez fort pour m'en sortir tout seul parce que je crois que je vois où sont les nœuds. C'est une peur irrationnelle ou c'est une réalité qu'un hôpital public français peut t'enfermer contre ton gré ? Oui, c'est pas une peur irrationnelle, c'est juste que ça peut vriller. La santé mentale, c'est quelque chose qui est pas... Et je sais de quoi je parle parce que maintenant, je suis dedans. J'ai juste eu énormément de chance, moi, dans mon parcours. Attends, juste pour qu'on aille au bout de cette... Parce que moi, j'ai fait 15 ans de psychanalyse, psychothérapie, etc. Quand tu vas voir un psychiatre ou un psychologue ou un psychanalyste, il ne peut pas t'interner contre ton gré. On est d'accord ? Un indépendant, un libéral ? Si on te ramasse après une tentative de suicide, là, tu as un internement de 15 jours. Je crois que c'est ça, à peu près. Moi, c'est un truc qui me faisait flipper parce que j'ai connu par le passé des personnes à qui c'est arrivé. Et ça te faisait peur ? Non, mais je voulais préciser. Et pourquoi ne pas aller voir un libéral ? Pourquoi ? Qu'est-ce qui t'a empêché ? Parce que je ne savais pas. Je ne savais pas que c'était possible. De pousser la porte parce que ça coûte une soixantaine, 80 euros. Il y a l'argent. Il y a l'argent déjà. Et il y a aussi des choses, tu ne sais pas que ça existe. Et moi, le docteur Boniface, c'est comportementaliste cognitif. Et en fait, c'est hyper bien. C'est hyper important. Parce que lui, il va vraiment, en fonction de ce que tu lui racontes, les mots que tu choisis, comment tu te comportes, il va comprendre les mécanismes qu'il y a dans ton cerveau et pouvoir... déceler si c'est un trauma. Et c'est lui, c'est comme ça qu'il a compris aussi le diagnostic. Tu ne savais pas que ça existait. Je reste un peu... Toi, tu te disais à la fois ça a mauvaise presse, je ne suis pas fou et je ne savais pas que ça existait. En fait, je prends un temps là parce que tout ton chemin a quand même été extrêmement marqué par ces aides médicales et par les bons experts que tu as pu rencontrer. Et donc, c'est ça que je creuse. Ils ont tous leurs limites. Bien sûr. Mais je me demande, qu'est-ce qui nous a empêchés d'y aller plus tôt ? Et je pense qu'il y a des gens qui nous écoutent et qui sont, comme toi, empêchés par ces idées-là de « je ne suis pas un fou » ou bien « je vais avoir des problèmes ». On est d'accord qu'un psychiatre ou un psychologue, il y a une confidentialité, donc tu peux aussi lui partager ta prise de drogue, etc. Il ne va pas t'arrêter. Alors après, l'accès à la santé mentale, Là, je parle de mon expérience aussi bien de patients que aussi d'accompagnateurs PrEP où des gars revenaient avec des mauvaises expériences parce qu'on a un système de santé qui n'est pas adapté aux personnes LGBT. Des fois, on va s'orienter vers des personnes LGBT, mais finalement... Moi, par exemple, j'ai eu une situation avec un psy. Son mec m'avait dragué. C'était un couple ouvert. Je freine le truc une fois que je comprends que c'est le mec de mon psy. Le mec s'énerve. Pas content de ne pas pouvoir m'avoir, donc ça, je reviens à une parenthèse vite fait, comportement masculin, je veux tout, je veux, je consomme, je jette. Et ça c'est une vérité, on est dans un système où l'homme cisgenre a des comportements de merde et lui là, je me suis retrouvé confronté à ça en mode, je vais avoir un psy justement parce que c'est leur comportement violente. C'est son mec. Donc, j'ai dit au psy, on arrête de se voir. Et le psy me disait, ça peut être intéressant de continuer. Donc, j'étais dans un truc. Ben non. Et lui, il me dit, ben, comme il me dit, là, vous êtes contradictoire parce que vous déconstruisez tout le système sociétal dans lequel on est. Là, on se retourne dans une situation qui déconstruit. « Non, je n'ai pas envie. Déjà, je ne suis pas un cobaye pour faire une expérience sociologique ou que sais-je. » Les ambiguïtés. Le défi, c'est de trouver la bonne personne. Après, c'est mon expérience, mais les femmes de 30-35 ans qui bossent bien parce que ce sont des femmes et qu'elles redoublent de vigilance pour bien travailler. Moi, les femmes qui me suivent, il y a quand même des limites à certains endroits, mais... Elles écoutent. Quand on leur met un point de vigilance, ces femmes, elles écoutent. Les mecs se braquent ou n'entendent pas. En fait, ça, c'est le transfert quand même, Tom. Oui, enfin... Le concept du transfert. Toi, ça allume un truc. C'est comme ça que j'ai vécu. Pour d'autres, ça sera l'homme qui les mettra... Il faut choisir la bonne personne et faire la bonne rencontre. J'ai une question pour toi. Le moment où tu rentres dans ce processus-là et que ce docteur t'offre un diagnostic, comment le diagnostic t'aide ? D'avoir un mot, c'est un peu enfermant, ça peut faire peur. Ça a été hyper ambivalent dans ma tête et ça allait dans tous les sens parce que ça m'a envoyé à ma mère, étant donné que c'est le diagnostic qu'elle a eu. Que mes souvenirs font partie de mes traumas, de voir une mère en souffrance, une mère que le monde ne comprend pas. Des médicaments qui la mettent dans des sales états. Et le mot. Je me souviens que la première chose à laquelle j'ai pensé quand il m'a dit... En fait, il y avait eu deux diagnostics. J'ai un peu vogué entre bipolaire et personnalité borderline. Et je me suis dit, mais... Je ne peux pas le garder pour moi. Après, ma santé, ça ne regarde que moi. Si je rencontre des gens, les gens ne voudront plus être mon ami parce que je suis malade. Et à quel moment je vais pouvoir rencontrer un mec ? Personne n'a envie de se caser avec un mec bipolaire. Et en fait, ça m'a permis aussi. Et là, il s'est passé quelque chose, c'est qu'il y a eu le confinement. Et ça a été une chance pour moi. Le monde a fait pause. Et là, j'ai vraiment pris le temps. Je n'avais plus besoin de travailler pour payer le loyer. J'avais mon arrêt maladie qui tombait. Je n'avais plus la pression de quoi que ce soit sociétal. Je n'étais pas tout seul. Il y avait ma coloc. J'ai vraiment pris le temps. de me poser et de vraiment comprendre, finalement, si je rencontre un mec qui bloque parce que je suis bipolaire, tant mieux, bon débat, va-t'en. Donc j'ai commencé là à mettre des pions de « je ne sais pas ce que je veux, je ne sais pas qui je suis ou comment je veux me construire, en revanche, je sais ce que je ne veux plus, je sais ce qui m'a fait du mal et ce que je ne veux pas reproduire ». Et ça a commencé comme ça. Et c'était le travail qu'on faisait avec ce psychiatre. Pendant le confinement, je le voyais régulièrement. Et ça a été très vite. Et là, ça a été très vite parce que lui, un peu ironiquement, il a dit qu'il adorait travailler avec des consommateurs de drogue. Parce qu'en gros, on a conscience de ce que l'on attend de la chimie qu'on consomme. Et on a testé plusieurs médicaments. C'était à chaque fois 5-6 jours de laps de temps entre chaque médicament, ce qui est quand même rock'n'roll. Mais comme j'étais déjà dans l'analyse de par ma formation d'accompagnateur PrEP, j'avais des outils, déjà un peu, entre guillemets, thérapeutiques, d'analyse, d'essayer de mettre les émotions au bon endroit, etc. Et une analyse aussi de comment fonctionne la chimie sur mon corps. Donc très rapidement, je pouvais lui dire, là, ça ne fonctionne pas, je me sens zombie. Là, ça ne fonctionne pas, j'ai l'impression d'être sous tase. Donc lui, très rapidement, il a réussi à trouver ce qui pouvait correspondre. Mais ça aussi, ça fait pas mal peur de se dire Si je cherche de l'aide, peut-être qu'on va me proposer les médicaments et les médicaments vont me modifier. Toi, les médicaments, une fois que tu as trouvé le bon dosage, ça prend un temps, ça t'a aidé ? Ça fait quoi concrètement dans ton quotidien ? Là, mon médicament, je le dis souvent aux gens, c'est un médicament qui me rend normal. J'embrasse mes émotions. Même les émotions négatives, je les observe. Elles sont là, elles font partie de moi. Ça ne t'envahit pas ? Ça ne m'envahit pas. Du coup, je n'ai plus de réactions disproportionnées. Et en l'occurrence, dans mes relations avec les mecs, que ce soit sexuelles ou affectives, je mets les choses au bon endroit. C'est vraiment le sentiment que j'ai aujourd'hui. Je mets les choses au bon endroit. J'arrive de plus en plus à établir mes limites. Et voilà, à me concentrer. Et c'est pour ça aussi que je continue la consommation de drogue, je continue à sortir, à boire, je continue à avoir ce côté un peu hyper sexuel, là où ça m'épanouit. Et quand je sens que ça ne va pas m'épanouir ou que c'est l'addiction qui parle... En fait, ce médicament me permet... Là, j'ai envie. Est-ce que c'est la bête de l'addiction qui est en train de me dire qu'on sonne ? J'observe cette bête que j'apprivoise et en fait, c'est comme si on discutait. Je lui dis, là, en fait, non, c'est toi qui as envie de te nourrir. Moi, honnêtement, je suis en train de réfléchir concrètement, ça va me faire quoi ? Rien, je n'ai pas spécialement envie, donc on arrête. Et ça dure toujours à peu près 5 minutes. Et en gros, ce que je disais à mon addicto, et je suis bien et hyper en phase et aligné, c'est que j'ai compris Il y a les traumas, le trouble bipolaire et l'addiction. Ce que mes parents m'ont transmis, en gros. Et comme j'ai compris tout ça, je sais que ça fait partie de moi et ce n'est pas grave. Et le médicament, par exemple, je milite. Enfin, je ne milite pas, mais du coup, je parle du diagnostic, je parle des médicaments parce que je me dis que si on en parle, qu'on n'en fait pas un sujet, ça devient normal. Les gens auront moins honte et auront moins peur. Et je crois qu'on est dans une société où finalement... l'alchimie, les médicaments si ça peut nous aider à s'intégrer c'est comme le diabète tu prends un truc pour réaligner et manger des chouquettes ça permet d'aller bien et c'est pas dramatique de prendre des médicaments au contraire comme le fait d'avoir un diagnostic et après moi j'ai appris à m'en dissocier parce qu'au début Toutes mes réactions, je me les expliquais ou j'excusais les choses auprès des gens par rapport à ça. Sauf que des fois, on se trompe ou il y a le déni qui vient par-dessus. Mais en fait, c'est logique. C'est un parcours. Un apprentissage, bien sûr. C'est comme les histoires de deuil. Tu passes par plusieurs trucs. Et l'acceptation, après, tu t'appropries ce diagnostic, des fois trop. Et ensuite, tu te dissocies parce que j'ai compris que ce sont les médecins qui ont besoin de mettre des mots pour me donner le bon médicament. Là, ça a l'air adapté. On sait que ça peut évoluer dans le temps. Donc, il faut continuer toute sa vie à s'analyser, analyser. Moi, c'est ce que je fais. Je m'analyse, j'analyse mes émotions, j'analyse mes comportements, je continue mon suivi et ce sera à vie. Et je suis hyper OK avec ça parce que je vois qu'il y a des résultats. Et que je me sens de mieux en mieux. Moi, j'ai l'impression que dans les boucles qui se répètent, que ce soit de l'addiction ou des choses qui se répètent dans ma vie sans cesse et qui me font du mal, j'ai l'impression que je préfère vivre ça. Je préfère... Prenons l'exemple de quelqu'un qui boit trop et qui boit... Ça vient cacher quelque chose ? ça me fait très mal et pourtant je continue parce que je sais que si j'arrête, alors quelque chose de plus grand va surgir, quelque chose de plus difficile va surgir et le jour où je suis arrivé à me dire ok je suis prêt à t'écouter, toi c'était les trois choses que tu as dit, les traumas du passé, ma bipolarité et l'addiction. Donc en fait le moment où tu arrêtes de fuir ou en tout cas d'avoir des comportements qui te font d'évitement tu te prends ces trois bêtes qu'aujourd'hui petit à petit on apprend à je sais pas, à privoiser alors je sais pas si on apprend à les aimer je te laisserais toi dire moi j'apprends à les aimer d'une certaine façon moi je dis embrasser, c'est à dire je les accepte je les aime pas forcément mais c'est comme une famille on aime pas forcément les membres de sa famille ils peuvent vite nous saouler mais ça fait partie de moi, je peux pas faire semblant Et il y a un autre point aussi qui est hyper important avec le suivi, que ce soit l'addiction, une psychothérapie ou un psychiatre. Il y a quelque chose qu'on ne nous a jamais appris et surtout les hommes, et je pense que c'est pour ça que les hommes gays, on se maltraite entre nous. Pour identifier nos émotions et les accepter. Et moi, en l'occurrence, le truc qui se répétait beaucoup, c'était soit profonde tristesse, soit colère démesurée. Ce sont des émotions qui m'ont tellement toujours fait peur que je les ai fuites et j'ai tellement fuit qu'à un moment donné, ça déborde. Et là, je suis assailli. Dans mon suivi, j'ai appris à... Là, ok, je ressens une détresse. Pourquoi ? Ça va passer. Là, ok, en fait, aujourd'hui... À gérer ses émotions. Oui, à gérer mes émotions et les accepter. Là, il y a la question de la colère. Bon, tu vois, par exemple, avec ma thérapeute, on arrive un peu à une zone de limite parce qu'elle me trouve toujours en colère, qu'elle me dit, il faut régler cette colère. Et je lui dis, mais oui, mais je suis un homme gay dans une société patriarcale, sexiste, homophobe, donc tout me met en colère. Par contre, grâce à notre travail qu'on a fait ensemble... Cette colère m'habite, mais elle ne m'envahit pas. Et je l'utilise comme force. Elle me sert à quoi ? À écrire un spectacle militant et engagé dans lequel je donne un peu des pistes pour que les gens changent un peu la société. Je ne suis plus dans la lutte dans les assos, par exemple, où on est toujours indicatif. Elle est là, cette colère. Et sublimer. C'est marrant parce que c'est vraiment le processus... En fait, en ce moment, je suis en train de clore mon podcast sur la psychanalyse, donc j'écris les derniers épisodes un peu récap. C'est pour ça que je suis très axé psychanalyse aussi, j'en ai fait dix ans. Mais c'est exactement ce que Freud dit, il dit tu sublimes. Et moi, ce podcast sur la sexualité, je suis bloqué sexuellement, j'en fais un truc... un je me débloque et deux il y a un truc qui nous dépasse quoi il y a un truc qu'on digère et qu'on moi j'aime bien utiliser le mot transcender mais parce que je le ressens quand je suis sur scène il y a quelque chose où je transcende et je le dis des fois à la fin du spectacle il y a un parcours je sais difficile pour un enfant mais en fait c'est le monde qui me dit que c'est difficile et à force de se rendre compte il y a une espèce de truc aussi victimaire parfois où ça nous a pas forcément blessés mais la société va tellement nous dire être gay c'est une tuile il y a un truc victimaire de la société les pauvres enfants gays qui se font harceler et moi regardez je monte sur scène j'ai des gens qui payent des billets pour venir me voir j'ai transcendé tout ce qui était vu par la société comme quelque chose de misérable j'ai transcendé en ma force mais c'est un long boulot c'est un long boulot et je sais qu'il y a des zones de fragilité que ça peut toujours retomber c'est pour ça que je parle de danser au bord du gouffre c'est une phrase de Mylène Farmer que je trouve très belle je trouve que c'est une espèce de résilience la résilience c'est d'accepter genre c'est là je peux retomber je peux retrébucher Mais il faut que je kiffe quand même. Et c'est pour ça que la lettre d'Aurélien m'avait vraiment bouleversé. Je le disais souvent et je le dis encore, c'est un coup de poignard. Mais pour moi, c'est un coup de poignard parce que je sais très bien quelle émotion il avait là. Et c'est un coup de poignard dans le sens où, par transfert, par effet miroir, si j'avais pu le voir, je leur ai dit « gars, respire un coup, donne-toi un peu de temps, ça peut passer ». et lui il partage un message important pour qu'on fasse toute sa tension les uns aux autres moi j'ai plus envie de rebondir sur ce qu'il a écrit parce qu'il y a un endroit il dit qu'il veut pas culpabiliser mais il culpabilise quand même pas mal aussi bien lui dans ses comportements que les comportements des autres mais en fait c'est pas aussi simple c'est plus insidieux que ça c'est systémique il y a un truc sociétal systémique qui nous oppresse et on le répète ça et on aura beau se dire je vais essayer d'être bienveillant avec l'autre il y aura toujours un endroit où il y aura une limite ce qu'il faut faire c'est être bienveillant avec soi-même honnête avec soi-même apprendre à lever le voile du déni sur nos émotions sur ce qu'on attend vraiment des autres d'une communauté c'est vraiment il faut composer avec soi alors c'est très bateau ce que je dis c'est ton chemin c'est ça qui t'a éclairé en fait là je le formule en conseil entre guillemets avec lequel je suis pas super à l'aise en général mais t'as le droit, non mais t'es libre en fait ouais je suis pas à l'aise 1 parce que Je trouve que c'est ma ligne éditoriale. En vrai, moi, je donne des conseils à tout va. Donc, sens-toi bien libre et je vais moi-même à l'encontre de cette ligne éditoriale. Mais ce que je trouve le plus puissant, c'est dans le témoignage intime que les gens font leur collecte de petites graines, de petites pépites en or. Mais après, sens-toi libre. Et je trouve ça assez important. On a vraiment des expériences très différentes, toi et moi. Et moi, en préparant, je me disais, bien sûr que je vois dans quel monde je vis, je vois la vie parisienne et je ne suis pas du tout étonné. Mais je fais attention à avoir des capteurs dans ces milieux-là pour bien comprendre parce que moi, au quotidien, je ne le vis pas du tout. Donc, quand tu dis les gays ou nous... souvent moi j'ai un peu du mal tu te sens pas forcément je me sens concerné parce que tout ce que tu dis me fait vibrer parce que c'est une évidence parce que en préparant cet entretien je me suis vu ghoster un mec sur Grindr pas ghoster mais genre il m'a dit coucou et je lui ai pas répondu excuse moi j'ai une petite phrase de tu es très jolie ce qui est vrai à chaque fois mais t'es pas ce dont j'ai envie maintenant j'essaye de trouver une phrase et tout bon là je l'ai pas fait donc le mec il est avec son coucou et moi j'ai jamais répondu Et ce que je veux dire, c'est que tout ce que tu me dis, je le vis, ça m'habite et puis c'est une réalité. À aucun moment donné, je vis sur une autre planète. Mais c'est vrai que le retentissement de la lettre d'Aurélien, il me faut un vrai effort intellectuel pour me dire « Attends, ce n'est pas mon histoire, mais c'est l'histoire de nombreuses personnes. En plus, je suis connecté avec des centres LGBT qui font la larme sur ces questions de chemsex, d'addiction. » Et puis plus généralement, c'est pour ça que je trouve ça passionnant de t'avoir écouté et de t'entendre, c'est que tout ce que tu as décrit sur la réalité du trauma, d'où on vient en tant qu'homosexuel, comment ça nous brise, ou en tout cas on est un peu tous différents face à ces violences et les traces qu'elles laissent, et après comment en tant qu'adulte, on les porte, on les rejoue, et possiblement... Elles nous refendent. Certains, peut-être, écoutent et se disent, ben non, moi, elles m'ont pas refendu. Bon, ben, il y en a d'autres que ça refend, etc. Honnêtement, le truc de Aubinon... Je t'ai dit quoi ? Le truc de Aubinon... J'ai pas compris, Aubinon quoi ? Aubinon, ça me refend pas. C'est un truc... Je suis peut-être un peu radical, mais... Je ne crois pas qu'un mec gay aille bien. Ah ouais ? Je n'y crois pas. Mais peut-être que mon regard est transformé parce que j'ai dû suivre, je pense, plus de mille mecs dans la PrEP. Et moi, je vais bien ? Je suis un homme gay ? Je pense qu'on a tous un endroit, quelque chose qui est enfoui, qui peut créer des répétitions ou des peurs. Ah, mais je suis un être humain ! Quand je dis « allez bien », c'est « moi, là, je vais bien », mais... Je suis conscient de ce qu'il y a derrière, du monstre qui est à l'intérieur. Et je pense qu'il y a quand même... Tu vas bien, mais je pense que toi aussi, quelque part dans ton travail, tu as conscience de où est ta fragilité. Mais c'est en tant qu'être humain, pas en tant qu'homme homosexuel. Mais on s'en fiche que... Alors que moi, j'ai vraiment un regard de... Mais je pense que c'est vraiment d'avoir travaillé dans le milieu associatif qui m'a fait complètement changer mon regard. Aussi bien, par exemple... Je m'amuse à dire que oui, je suis hétérophobe. C'est logique d'avoir peur des hommes hétéros. Tous les mécanismes qu'ils ont... L'hétérophobie, ce n'est pas de la peur, c'est de la haine envers les hétéros. Moi, je le joue au premier degré. Oui, enfin, hétérophobe, comme tout le monde va le dire, ça n'existe pas parce que les personnes hétéros n'ont pas peur de se tenir la main dans la rue. Un mec hétéro n'a pas été harcelé à l'école parce qu'il était hétéro. L'hétérophobie, en parallèle à l'homophobie, ça n'existe pas. Mais après, oui, moi, les mecs hétéros me font peur. Je ne suis pas à l'aise en présence de mecs hétéros. Je les trouve violents, je les trouve... Mais presque tous, je généralise. Il y a toujours un endroit... Et le truc commun de tous les mecs hétéros, c'est la condescendance. Mais même quand ils sont sympas, il y a toujours un truc de condescendance. Et ils ne se rendent pas compte. Et moi, voilà, c'est des observations que j'ai faites. Parce qu'en fait, quand j'ai travaillé sur ce qui me faisait du mal, à un moment donné, il faut aussi accepter, se poser et dire « Je suis inconfort, pourquoi ? Pourquoi je ne suis pas bien ? » Et cette colère entre guillemets que je trouve saine finalement c'est une colère que j'ai envers un système hétéro patriarcal et de toute façon j'en parle dans mon spectacle, tout mon spectacle parle de ça avec de l'humour et les mecs hétéros qui viennent dans mon spectacle me remercient après en me disant je suis un autre homme là. Parce que j'attaque pas, j'engueule pas les mecs en disant « ouais c'est des connards d'hétéro », je suis plutôt en train de dire que ça fait des millénaires qu'on a un système, on croit que c'est naturel, sauf que rien n'est naturel dans ce système et ça nous met tous dans des endroits de souffrance et d'inconfort, moins chez un homme hétéro parce que c'est un système qui a été construit par lui et pour lui. En face, on a les gays avec des comportements masculins, puisqu'on est éduqués comme des hommes dans une société patriarcale. Donc on a ce comportement masculin entre hommes. Certains ne sont pas confortables avec ces comportements, d'autres le sont un peu plus. C'est vraiment des observations que j'ai faites et je crois vraiment que le fait d'avoir été accompagnateur PrEP, c'est un truc qui m'a aidé parce que... Avoir autant de témoignages de mecs d'âges complètement différents, de mecs de milieux socio-professionnels différents, mais qui ramènent toujours à peu près le même nœud de souffrance. Puis avec les mécanismes... Là, en rigolant, dans mes thérapies, je dis là, moi, les mecs, je ne les supporte plus. Mais je le dis avec presque de l'affection. Je suis quand même magnanime. Mais je vois tous les mécanismes toxiques chez un homme, que ce soit un hétéro ou un homo. Je vois que moi, je n'ai jamais eu... Et je suis même, là, je vais faire un autre parallèle, je suis même en question sur mon identité de genre, où je me dis, être cisgenre, c'est vraiment embrasser toute cette posture de condescendance, de mépris de l'autre, de prédation, ghoster. Bon, après, c'est aussi le mal de notre ère, parce qu'il y a des femmes qui le font, mais les mecs le font tellement facilement. Et moi, je suis en train de me dire, mais j'ai jamais fait ça ! et tu vois ce qu'explique Aurélien dans la lettre les mécanismes qu'il y a les uns avec les autres je vois de quoi il parle puisque je les ai subis mais j'ai parfaitement conscience que je ne les ai jamais faits parce que de toute façon ce n'est pas naturel chez moi je ne peux pas le faire c'est pas un truc moi je te rejoins sur un monde qui n'est pas fait pour moi qui n'est pas fait pour certaines parts de moi parce qu'après moi je suis blanc, assez privilégié donc le monde est assez fait pour moi quand même mais il y a des parts où ça n'est pas fait pour moi et où t'as raison c'est marrant que tu dis ça moi j'ai peur de renvoyer la haine que j'ai reçue. J'ai peur qu'à force que l'on me tabasse et que l'on... Tu vois, à force d'être tabassé, tu vois, moi, j'habite quand même en plein cœur de Paris et j'ai... Si je tiens la main de mon mec, il peut y avoir des regards, il peut y avoir des insultes et tout en plein Paris, quoi, genre dans Boboland. C'est pas possible, quoi. Et donc, cette peur, elle existe dans mon quotidien où, tu vois, cette méfiance, cette hyper-vigilance dont tu parlais tout à l'heure... Et moi, j'ai peur que je n'ai pas envie de vivre une vie où puisqu'on me tabasse, alors je tabasse. Donc, je cherche un peu à danser avec ça parce que là, c'est marrant que tu dises ça, mais il y a quelques jours, pour la première fois, j'avais mes potes d'école, mes potes d'université qui faisaient une fête, qui faisaient un dîner. Il n'y avait que des hétéros. Et pour la première fois, moi, avec moi-même, je me suis dit... En fait, je n'ai pas envie d'y aller, j'ai la flemme d'être le guet de service. Et ce que j'ai trouvé assez intéressant, donc après je le racontais à un pote, ils ne sont pas du tout homophobes, il n'y a pas d'homophobie active, il y a une homophobie passive, où en fait je suis sans cesse dans l'éducation et la sensibilisation, je suis sans cesse à pédaler tout seul dans une semoule hétéro, le dîner ils sont cinq, Je suis tout seul à devoir dire ce que ça veut dire ceci ou cela. Et ou à avoir ces petits rictus qui me rappellent que... Qui me remettent à ma condition. Où en fait, on va me demander de raconter un rapport sexuel. Donc je suis un peu aussi la bête de foire. Mais bon, j'avoue, je raconte très bien et mes performances sexuelles sont très intéressantes. Et ça ne me dérange pas que mes potes me disent « raconte ton plan cul ». En revanche, il y a ces petits rictus où toute la table, à l'issue de la conversation, elle sera hétéro, on passera au dessert et eux, ils sont au bon endroit. Et le rictus est chargé de tout un tas de trucs qui les regardent. Mais moi, pour la première fois que j'étais là, franchement, je vais regarder un film tout seul en mangeant des pâtes délicieuses. Mais moi, dans ton discours, là où je ne me retrouve pas... Et parce que je gratte cet endroit-là de la culpabilisation, on fait comment pour vivre dans un monde qui va rester de mon vivant hétéronormé, où je vais continuer à devoir me battre contre ce souffle hétéro et assez homophobe ? comment on fait pour quand même avoir... Je sais pas, moi j'ai envie d'avoir un petit cœur, j'ai envie d'avoir de la lumière, j'ai pas passé mon temps à être en colère. Mais en fait, on peut être en colère, mais la colère... Enfin moi, tu vois, je pense que les gens qui me connaissent et ceux qui suivent mon personnage depuis longtemps, même des journalistes, des gens, sont de plus en plus en train de me dire « t'as l'air apaisé, t'as l'air bien ». Mais c'est vrai, parce que j'ai fait un travail sur moi, parce que j'ai mon traitement aussi avec la bipolarité, ce qui me violentait, c'était décuplé. Là, maintenant... j'ai une posture j'ai une acceptation j'ai de la peine en fait pour les hétéros et je suis tellement heureux de ne pas être hétéro parce que les pauvres ils sont tellement piégés il faut que je te fasse un dîner avec mon frère en fait il y a un truc que j'ai beaucoup répété parce que là pendant le festival d'Avignon ça a été assez difficile le festival d'Avignon parce que j'étais toujours confronté à ce truc Des gens m'ont dit « Ah mais non, vous êtes homosexuel, c'est un sujet qui ne m'intéresse pas. » Mais je ne suis pas un sujet, je suis un individu et mon spectacle, c'est l'histoire d'un individu. On ne va pas dire à une personne juive qui va nous parler de la Shoah « Non, mais la Shoah, c'est un sujet qui ne m'intéresse pas. » Ou alors on est foncièrement antisémite. Donc j'expliquais ces choses-là et les gens ont tendance souvent, très facilement à dire « Ah non, mais je ne suis pas homophobe, mais... » quand on dit cette phrase on est homophobe et je dis un truc parce que je fais un podcast avec des amis et j'avais parlé de ça, j'avais dit l'homophobie ce n'est pas forcément la haine, le rejet ou la violence envers les personnes LGBT c'est aussi le fait de se sentir Ça va avec le sexisme ou le racisme. On peut être humaniste, universaliste. Je n'aime pas les gens qui disent ça. Pour moi, c'est se cacher derrière des pensées. J'aime les humains. Mettre tout le monde dans le même paquet. Moi, c'est mon nouveau concept de l'homophobie passive. C'est ça que tu veux dire. Les personnes vont dire que je suis universaliste ou humaniste. Ce sont des personnes qui veulent nous prouver qu'ils aiment tout le monde et ils ne voient pas les différences. Et moi, quand j'étais à Avignon, on me disait oui, mais à force d'en parler, vous créez les différences. Mais je ne les crée pas. Elles sont là. Et en fait, ce qu'il faut faire, c'est les embrasser et les identifier. Et en fait, il n'y a que les personnes privilégiées qui vont dire je suis humaniste ou universaliste et qui, en fait, soit se lavent un peu les mains de... Et c'est ça, ça les met dans une posture de domination, de mépris, de condescendance, mais c'est pas calculé, ils ne savent pas. Et c'est un truc que j'ai observé et je l'ai vu avec le sexisme. On peut être un homme hétéro et aimer les femmes et avoir un profond respect pour sa mère, sa soeur, sa femme, mais... on a un truc systémique ancré en nous qui fait que on les remet toujours à leur posture de femme parce qu'on croit qu'on est supérieur. Et je trouve que c'est important d'amener cette nuance-là parce qu'en fait, tu parles d'homophobie passive. Je pense que quand on en a conscience, on arrive quand même à dire « ça me fatigue, mais ça ne m'appartient plus. » C'est leur problème. Aurélien, dans sa lettre, je pense que c'est quelqu'un qui est arrivé à ce niveau-là parce qu'il y a tout ce qui se passe dans la communauté. qui est en fait la répétition de cette homophobie passive, qui est pour moi encore plus prégnante depuis le mariage pour tous. Parce que le mariage pour tous a créé quelque chose de ce que j'ai observé dans la communauté gay. Parisienne ? Non, toute. Tu voyages dans le monde entier ? Non, pas dans le monde entier, mais quand je retourne à Rennes ou quand je vois des gens, les grandes villes, pas que parisiennes, mais je pense à ma tante par exemple qui s'est mariée. Depuis qu'il y a le mariage, il y a des mécanismes hétéronormés qui se sont mis un peu de manière insidieuse dans les foyers LGBT. Et en fait, il y a quand même des endroits où il y a un blocage. Et c'est des personnes qui vont finir par avoir une posture homophobe sans se rendre compte. J'ai quand même croisé pas mal de mecs mariés avec des enfants qui ont une sexualité open, mais qui n'ont de cesse de dire « bon, quand est-ce que tu te cases ? » c'est une représentation hétéronormée de tu seras accompli et socialement terminé à partir du moment où tu auras rencontré quelqu'un et tu te seras marié et ça c'est un point aussi que je voulais aborder par rapport à l'être d'Aurélien où il a cette espèce de quête de l'amour que j'ai eu longtemps et puis de toute façon je suis un mec fleur bleue et je suis un grand romantique maintenant que j'ai compris ça j'embrasse mes émotions avec les mecs mais je n'attends rien des mecs c'est déjà beaucoup d'autres pressions pour eux, les pauvres et je me suis tellement dissocié de ce que la société nous a appris de l'amour moi je suis arrivé, des fois c'est un peu radical mais j'arrive à dire aux gens, l'amour tel qu'on nous l'a appris c'est quand même ultra toxique, il y a un rapport d'appartenance on a inventé la jalousie il faut réussir peut-être un peu à se sortir de ça et moi je pense que en 2016 j'aurais pu me suicider parce que Comme Aurélien, de 2016 à 2020, j'avais ce qu'il raconte dans la lettre. J'ai beaucoup baisé, toujours avec le petit espoir que mon plan cul devienne mon mec. Maintenant, je baise parce que le mec me donne envie. Et s'il a un truc mascu toxique, je ne vais pas l'attaquer et lui dire « Ah, t'es un connard de mec mascu toxique ». Je reste agréable, mais je m'en éloigne parce que ça ne me convient pas et c'est ce qui va m'abîmer. J'ai compris où étaient mes limites. Mais j'ai aussi ce truc de rien n'est fermé. Je n'ai pas d'attente. Je ne cherche pas à me caser parce que finalement, je me suis rendu compte que courir après cette validation sociétale de... Et en plus, je l'ai vu, j'ai dépassé les 35 ans. C'est hallucinant le changement de comportement des gens. Mais comme je vais bien, j'ai réussi à me dire que c'est leur problème. Ils font une projection de leur réalité à travers moi. Parce que toi, tu as beaucoup de gens qui... Tu as quel âge aujourd'hui ? J'ai 36. Et tu as beaucoup de gens qui te disent quoi ? Alors moi, c'est assez hallucinant. Déjà... Sur ça, ils te disent que tu n'es pas casé ? Quand est-ce que tu penses te caser un jour ? Pareil, mais moi, on m'a jamais dit ça. Des mecs avec qui je baise. Par exemple, j'ai décidé récemment d'arrêter de coucher avec les mecs en couple. Je n'ai aucun jugement sur le fait d'être en couple et de baiser. Parce que je requestionne pas mal la monogamie. Mais il y a des mécanismes qui se répètent à chaque fois que je baise avec des mecs en couple qui commencent à me saouler. C'est-à-dire que je dois être disponible quand ils veulent. Quand ils peuvent, je suis toujours tributaire de leur disponibilité à eux. Et comme moi, j'ai plein de choses à faire. Limite, ils me reprochent de ne pas être dispo quand je ne suis pas dispo. Mais enfin, dans tous les cas, si tu es trop en manque de sexe, tu as quand même ton mec. Et puis, j'ai remarqué aussi que les mecs en couple ne considèrent pas tant que ça les émotions du mec célibataire avec qui ils couchent. Et là, dernièrement, j'ai eu un enchaînement. J'ai couché avec plusieurs gars... Pas en même temps, mais un week-end d'un, un week-end d'un autre. Et la remarque, alors je pense que c'était un compliment pour eux, mais ça m'a vachement questionné, un peu mis en inconfort ce truc de pourquoi t'es célibataire, t'es hyper sympa et super sexy. Et j'ai vraiment le truc de t'es trop sexy. Alors déjà, premièrement, j'espère que si j'ai un mec, c'est pour autre chose que juste parce que je suis sexy et un bon coup. Mais surtout, c'est quoi cette question ? Comme si c'était désespéré, tu vois. Et ça, je pense que c'est un truc sociétal qu'on se renvoie tous. Quand on est à un endroit de fragilité, où on n'a plus l'estime de nous, comme je pense était arrivé Aurélien, il le dit, cette impasse, il y a un espèce... Et ça, c'est un truc où j'accuse, en gros. J'accuse la société. Les gens qui se suicident, les personnes comme Aurélien, qui se suicident avec autant de détresse qu'on peut ressentir dans la lettre, pour moi... Il y a des responsables. J'assume vraiment ce que j'ai dit, c'est sociétal. Et ça part déjà à l'école, au cinéma, dans la littérature. On nous bastonne de trucs qui font qu'on a cette espèce d'attente. Il y en a qui peuvent prendre du recul, mais d'autres qui, à un moment donné, sont dans l'impasse. Moi j'ai trouvé ça vachement intéressant, là quand on a abordé, tu parles du cinéma, de tout ton art, et toi et moi on a parlé, moi j'ai fait le podcast, on a trouvé, on a parlé de passion, on a dit, on s'en est sorti, on se sort de ces blessures, de ces traumas, et on injecte cette énergie de vie, cette libido dans tout un tas de trucs. Je crois que ça m'importe de dire qu'on peut sublimer sans faire un stand-up, un podcast, sans performance, parce qu'il y a quand même cette compensation de performance. On peut se croire attendu de faire un truc de ouf. avec ces traumas tu vois écrire un livre les homosexuels artistes qui viennent nourrir la société de leur grandeur ou les associations je pense que c'est ce que j'avais fait en rentrant à AED C'était ce truc de ce que j'ai traversé, ce que je traverse. Je refuse que ça me détruise. Par contre, ça va me servir pour aider les autres. Déjà, il y avait ce truc de transcendant, mais avec le regard quand même de l'autre derrière. Toi et moi, on fait des trucs publics et tout, mais en fait, il y a plein de façons et ça, c'est dans le cœur de chacun. Ça se dessine assez simplement, assez joyeusement. Une fois, je trouve que... Je pense que, personnellement, je ne suis jamais réparé. C'est jamais... Je ne sais pas comment dire... C'est un peu Kintsugi, tu sais, l'art japonais. La céramique est cassée, du coup tu prends les différents morceaux, tu les recolles avec du doré et en fait c'est un art, c'est-à-dire on considère que la pièce recollée est tout aussi belle, voire plus belle. gagne en valeur et a plus de valeur parce qu'on y a mis de l'or dedans en tout cas moi j'aime bien cette image parce que ça veut dire qu'on peut refoutre des trucs dans le bol bouffer quoi, moi j'adore manger mais il y a vraiment cet enjeu de j'ai de l'élan, j'ai envie de remettre des trucs dans mon bol et ça peut être de tout et de rien et pas forcément d'être une star de ceci ou de cela il y a la pression quoi En fait, il faut s'écouter. Oui, c'est dans le cœur de chacun. Je trouve vraiment que tout le monde a son petit délire. Après, il y a quand même, je trouve... beaucoup de personnes avec une sensibilité artistique, mais ça veut pas forcément dire public. Ouais, voilà. Tu peux faire ton crochet dans ton lit. Faire des ateliers, en fait, tu sens que ça te transporte. Parce que j'en ai rencontré quand même pas mal, des gens qui... Ce truc de se sentir mieux, parce qu'il y a... C'est peut-être un biais de ton domaine, quand même, parce que t'es artiste. Je suis artiste, et du coup, peut-être que je croise que des artistes, mais en dehors de ça, quand je bossais en boîte de nuit... C'est des observations que j'ai pu faire, des gens qui n'allaient pas très bien et qui étaient comptables ou commerciaux dans un truc et qui un jour ont un déclic et me disent « j'osais pas parce qu'il y a ces attentes sociétales, il faut un vrai métier ». C'est dans le cœur de chacun. Ça peut être d'écrire sans forcément que ce soit publié. Ça peut être plein d'autres choses. Je crois qu'il faut savoir écouter les voyages, les gens qui voyagent. Il y en a beaucoup qui disent qu'il ne faut pas avoir peur de voyager. Je crois qu'il y a le truc de se retrouver avec soi aussi qui est pas mal. Je sais que c'est ça qui m'a fait beaucoup de bien. En l'occurrence, mes dates de tournée, je les adore. Je suis de temps en temps accompagné par mon agent, mais je suis surtout avec mon chien. et moi ma vie seule souvent je dis là maintenant j'ai quitté un appartement de 65 mètres carrés avec grande terrasse à Saint-Denis en coloc pour revenir dans Paris dans un studio de 30 mètres carrés des gens qui me disent t'es revenu dans un studio à 36 ans mais j'aime trop ma vie de célibataire avec mon chien mais là j'ai la meilleure vie et je vois que j'accepte un peu plus rentrer des mecs dans ma vie parce que j'attends rien d'eux et puis avoir du chemsex où je mets en plus les balises avec ces mecs là en leur disant sans être dramatique non plus moi j'ai eu un parcours un peu compliqué je fais gaffe, si le mec il entend super c'est safe et je vais avoir des bons rapports sexuels avec lui ce rapport au consentement je pense que c'est moi tout est parti de je me recentre et on est dans une société c'est assez drôle parce qu'on est dans une société hyper narcissique mais c'est un narcissisme qui est pas du tout de nous à nous c'est beaucoup je performe quoi par rapport aux autres je le sais parce que je le joue pour mon spectacle pour vendre mon spectacle et des fois ça m'exaspère quand je vois le narcissisme des autres et c'est dur parce qu'en fait il y a de la séduction et tout un enjeu à revenir toi tout seul à toi même là en ce moment je vis ma meilleure vie je pense qu'elle sera encore meilleure en vieillissant j'ai l'impression que vieillir c'est bien T'as une dernière bafouille qu'il t'importe de dire ? Quelque chose où tu te dis, non, je l'ai pas dit, il faut que je le dise. Ça, ça sera quand je serai sur mon vélo, chez moi. Tu me feras un message vocal, je rajoute des messages vocaux à la fin. Ah ouais, c'est vrai ? Ouais, parfois. Les gens me disent « ah non, j'ai oublié » et tout, ils me racontent, je suis « ah bah vas-y, je rajoute ». Moi, comme initialement, l'élément déclencheur, c'était la lettre d'Aurélien, et que moi, de mon vécu, et puis ce qui fait qu'on s'est contacté, toi et moi, sur cette histoire, c'est qu'on a une conscience communautaire de quel détonateur ça a eu chez la plupart des mecs. On ne pense pas et on n'a pas les émotions à leur place, mais on a quand même conscience de quelque chose. Donc moi, j'avais cette envie vraiment de briser la glace, de parler. Moi, c'est salvateur. Ça va servir aux gens qui me suivent parce que je sais que je suis malgré moi quelque part un peu un référent et tant mieux finalement. Et... Hier, j'ai dit un truc qui pouvait paraître un peu bizarre, mais c'est dramatique, c'est triste ce qui s'est passé, mais il nous a offert sa lettre. Et voilà, moi, c'est pour ça que je parle de quelque chose de manifeste. Et j'en parle avec plein de gens et j'ai des potes qui vont vraiment pas bien, qui, du coup, se rendent compte qu'ils ont des difficultés. Donc, des fois, le détonateur peut être violent et dur. et moi j'ai juste envie de parler de mon parcours et le terminer sur le truc de même si dans la lettre d'Aurélien il y a peu d'espoir quand on la lit au premier degré moi entre les lignes je vois un espoir il sort de lui, il est sorti de lui et il y a un espoir c'est de vraiment s'écouter soi lui il nous conseille beaucoup d'être bienveillant entre nous etc franchement c'est facile à faire c'est juste de se dire Comment est-ce que je n'ai pas envie qu'on me traite ? Et c'est facile à faire. Si on ne le fait pas, c'est soit on est complètement psychopathe, soit on fait le réel choix de se comporter mal, mais je ne juge pas. Je crois que mal se comporter, c'est un mécanisme d'autodéfense aussi. Donc peut-être réussir à... Moi, j'ai envie de dire allons tous chez le psy, quoi. Mais... Moi, je parle de mon parcours, vraiment, j'ai l'impression que c'est parce que je fais face à mes démons, à mes peurs, à mes traumas, et moi, avec moi-même, dans l'intimité de ce rapport-là, alors il faut trouver le bon, mais que j'arrête de cracher sur les autres. Mon venin, ma peine, mes larmes. Et même à travers mon personnage de Lola, je suis moins aigri, je suis plus magnanime, et quand je trouve que quelque chose m'indigne... ok je l'accepte mais j'attaque pas les gens au pire je mets un petit point de vigilance à un endroit mais en gros bizarrement je me dis cette lettre là je pense qu'elle déclenche un endroit d'espoir et moi ça m'a fait vraiment revivre tout mon parcours et c'est pour ça je me suis dit qu'il fallait que j'en parle parce que c'est pas fini mais je suis hyper optimiste sur ce qui se passe ça ne s'arrêtera pas, je continuerai à avoir mes suivis etc et savoir que j'ai un trouble savoir que j'ai l'addiction savoir que ça se répétera, qu'il y aura peut-être des pauses que j'arrêterai, là ça fait un petit moment que je n'ai pas consommé j'y pense pas, machin savoir que ça sera toujours comme ça, que ça fluctue c'est assez là maintenant j'ai que des pulsions de vie et même dans mes pulsions sexuelles il n'y a plus trop de pulsions de mort, tout est de la pulsion de vie Merci. C'est un petit mot d'espoir. Merci d'avoir partagé tout ça. Vous êtes content ? Oui, je suis content. Ça va ? Oui, ça va. C'est bien passé ? Très bien, j'ai hâte d'écouter et de le partager, de voir les retours.

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