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Vous écoutez la troisième et dernière partie de ce témoignage. Regardez les épisodes précédents pour la première et la deuxième partie. Ok, troisième et dernière partie. À la fin de l'épisode précédent, on était resté à l'aide du refuge et ce nouvel appartement que tu trouves par une relation assez toxique. Aujourd'hui, t'en es où par rapport à cette relation ? T'habites toujours dans cet appartement ?
Ouais, j'habite toujours dans cet appart parce que je peux pas changer d'appart. J'ai un bail d'un an, donc cette relation toxique-là, c'est mon garant. J'ai l'impression de comprendre que ce qui te bloque, c'est comme tu as… Donc tu racontais que t'as ton statut de réfugié, mais un blocage administratif fait que t'as pas une… J'ai pas de pièce d'identité, je peux pas prendre d'appart. C'est vraiment ça. J'ai trouvé un truc pas cher, par exemple, 420 balles,
Une chambre de bain dans le centre de Paris. Sachant qu'aujourd'hui, toi, tu es entrepreneur, tu as de l'argent. Tu as les moyens financiers d'honorer ton loyer. Oui, complètement. Là, je donne un loyer de 1000 balles. Quand on préparait cet entretien, tu me disais que tu avais un rendez-vous avec la préfecture qui allait te dire des trucs sur cette carte d'identité. Tu en es où, sur cette carte d'identité ? Tu fais le signe ?
Ouais, j'en suis nulle part. Genre, ils m'ont donné un rendez-vous, j'ai eu un rendez-vous, je suis allé du coup avec mon intervenant du refuge. Déjà l'accueil n'était pas pareil que quand j'y vais tout seul. Ah ouais ?
Moi encore ça va, je fais pas très typé, enfin j'imagine, c'est ce que les gens me disent, mais peut-être pas, peut-être qu'ils croient qu'ils me sortent ça comme un compliment, parce que je repense à qui m'avait dit ça. Bref, en tout cas, des fois, surtout au début de la demande d'asile, quand je voyais comment les gens parlaient, surtout quand ils s'imaginent pas que tu parles français, en fait ils parlent de toi comme un animal, ils te dirigent comme un animal…
Ils font des commentaires et tout. Après, hop, quand ils se rendent compte que tu parles français, ils prennent un coup. Quand ils se rendent compte que je parle très bien français, c'est encore autre chose. Mais en fait, même en parlant très bien français, moi, j'étais là, en fait, face aux administrations où je me prenais pas… Enfin, déjà, j'avais pas conscience de tous mes droits.
Du coup, je me laissais faire. Quand quelqu'un de l'administration disait « je ne sais pas », je ne disais pas « allez demander à votre supérieur » ou je ne sais pas trop quoi. Un truc à exiger une réponse, parce que c'est leur travail d'apporter une réponse. Je ne m'adresse pas à la personne telle qu'elle est. Je m'adresse aux salariés, aux fonctionnaires qui font partie d'une structure.
Donc quand je demande une information, il a la possibilité d'aller voir dans sa structure. Il ne dit pas « toi, dans tes connaissances, je ne l'insulte pas, je suis dans le respect, je suis même dans la peur ». Je me dis « ouais, imagine s'il prend mal les trucs, il me fera mon truc ».
Ouais, pardon, je t'ai coupé. Non, non, t'inquiète. Donc là, avec l'intervenant du refuge, t'as senti que la relation était différente. Est-ce que t'as des éléments ? Y'a rien de concret. Globalement, la personne lockée m'a dit que j'allais être convoqué sous un mois. Là, le mois, il va bientôt s'achever.
Mais il n'y a aucun mail. C'est qui le chef à trois plumes qui, s'il écoute ce podcast, peut t'aider, toi et d'autres, sur cette histoire de pièce d'identité ? C'est le ministre de l'Intérieur ? Je n'oserais pas. Non, mais moi, j'ose, pour toi. Non, je n'oserais pas imaginer qu'il puisse m'aider, lui. Mais plutôt le préfet de police, parce que tout ça est lié à la préfecture de police. D'accord.
— Globalement, j'ai mon extrait de naissance. Donc j'ai un document d'état civil. Comme j'avais dit avant, l'OFPRA crée des documents d'état civil, un livret de famille, un truc comme ça. Enfin l'extrait de naissance, j'ai déjà gédé. Et puis la préfecture, ensuite, c'est elle la responsable de faire la pièce d'identité. Sauf qu'elle le fait pas.
Et tant que tu n'as pas cette pièce d'identité, il y a tout un tas de trucs. Tu me parlais de pôle emploi, de la sécurité sociale. J'ai un compteur d'impostes, je n'ai pas accès à son pièce d'identité. Comme bancaire ? Oui, on me dit qu'on ne peut pas vérifier que c'est vous, donc on ne peut pas vous donner accès à ça. Et ton appartement, du coup ? Le changement d'appartement et au-delà, m'inscrire à l'université, parce que j'ai envie peut-être de refaire des études, peut-être faire un diplôme d'infirmerie ou alors faire de la sociologie. Je ne peux pas. Je ne peux pas voyager en dehors de la France.
Tu t'autorises à redemander de l'aide du Refuge ? Je suis déjà en train de leur demander de l'aide. Hier, j'ai eu un rendez-vous avec eux. J'ai demandé un rendez-vous avec leur avocate pour voir si je peux pas faire une démarche de naturalisation parce que ça fait plus de cinq ans que je suis en France.
Et que je me dis, bon, tant qu'on y est, tant qu'à faire, autant faire une demande de naturalisation. Peut-être que je remplis les conditions. Et puis, je sais que ça prend du temps. Enfin, je suis très, très pessimiste. Peut-être que je ne décris pas la réalité pour tous les étrangers. Je ne suis pas leur porte-parole. Par contre, pour ceux que j'ai croisés, sachant que j'ai fait des parcours… Par exemple, j'étais incubé à la Ruche Paris. Donc, c'est une entreprise qui aide des entrepreneurs à porter leurs projets. J'étais dans un programme qu'avec des réfugiés.
C'était la merde pour tout le monde. Les gens qui s'en sortaient un peu, ceux qui ont falsifié des papiers. Parce que les titres de séjour, ils s'achètent dans la rue. Peut-être qu'il n'y a pas de lien, mais peut-être…
Je te posais cette question parce que… Non, je te posais cette question parce que j'imaginais qu'il y a peut-être des jeunes qui nous écoutent et qui se disent je vais attendre que ça soit encore plus la merde avant d'utiliser cette carte unique du refuge. Et en fait, non. Une fois que t'es en contact avec… Même si on a peur, même si on est dans le rejet, même si on est complètement teubé dans sa tête, faut y aller. Genre vraiment, c'est comme prendre un médicament quand on est malade…
Faut pas trop se poser de questions, faut y aller, parce que malheureusement, quand on est dans la perdition, quand on est dans la souffrance, on n'est pas en capacité d'avoir un bon jugement tout le temps envers soi-même. Donc on n'est pas capable de prendre de bonnes décisions envers soi. On est facilement manipulable. Il suffit juste que quelqu'un nous caresse un peu, parce qu'on est en manque de caresse. Attends, on parle d'amour de papa et de maman qui n'est plus là, au minima. C'est hard, même quand on a 30 ans, même quand on a 25 ans, même quand on a 20 ans.
Peut-être quand on a 40 ans, on durcit son cœur, mais j'y crois pas. Je crois qu'on est fait quand même pour avoir une certaine continuité. En tout cas, moi, je recommande, et là, je le crie fort, allez voir le refuge. Allez voir le refuge, vraiment, parce qu'il y a un truc à… En fait, c'est libre, c'est ouvert. Il y a des règles sur certains aspects. Il y a un cadre. Mais globalement, si vous avez un besoin…
il y a de fortes chances que vous trouvez un début de réponse là-bas. Certes, ça peut demander un peu de patience, parce qu'ils ne tournent pas, ils ne sont pas non plus omniprésents, omnipotents, omniscients. Par contre, ils ont une telle belle volonté, une telle bonne volonté, une belle intention à aider les gens, une vocation à nous aider, nous, les jeunes, qui avons perdu tout ça et qui sont dans notre identité telle qu'on l'est, qui est introuvable ailleurs, même chez les autorités, franchement.
Tu m'as raconté que tu as récemment décidé de renouer avec ta famille. Dans les épisodes précédents, tu m'avais dit, tu as raconté ton coming out, leur réaction, la rupture totale. Tu as apparemment été un peu en lien, notamment cet oncle qui t'a aidé financièrement. Mais là, récemment, tu as décidé de renouer avec ta famille. Qu'est-ce qui t'a décidé ? Tu as eu un déclic ?
ouais mon déclic c'était que je me suis rendu compte que j'étais un peu comme un enfant sans amour et que n'importe quel connard pouvait passer et se brancher à moi sans que je m'en rende compte en fait j'ai pas envie d'avoir des daddy issues parce que j'ai un père des quoi pardon ? des daddy issues donc c'est un peu les petits jeunes qui cherchent de l'amour paternel chez des personnes plus âgées ça ça m'intéresse pas en fait j'ai toujours voulu me construire je voulais être moi le père de quelqu'un c'est bon j'ai déjà mon père
Et puis, là, si je remets des choses un peu, pour moi, ça a été la continuité de l'arrêt de mes addictions. J'étais addict un peu, beaucoup, beaucoup au cannabis, au tabac aussi, mais surtout au cannabis. Je fumais du cannabis toute la journée. Parce que pour moi, ça m'apaisait, alors qu'en réalité, je me débranchais complètement de ce que je ressentais, ou du moins de la majorité de ce que je ressentais. Sauf que ça me rendait aussi un peu concombre.
J'étais défoncé tout le temps, j'aimais bien écouter la musique, mais mon jugement, il était un peu… Il était dans les cieux. J'ai décidé d'arrêter ça, parce que j'étais quand même pas heureux avec tout ça. Et en fait, j'ai eu aussi un truc, un déclic avec mes parents, c'est que quand j'étais escorte, il y avait quelqu'un qui s'était rapproché de moi. En fait, de base, c'était un client d'escortisme.
Et en fait, elle a pris beaucoup, beaucoup de place dans ma vie. Cette personne a plus de la quarantaine, elle est en couple, elle fait sa vie. Mais en fait, j'ai l'impression, concrètement, avec le recul, je vivais avec elle une espèce de manipulation affective, où je lui ai après amassé, je l'ai amassé toutes les semaines pour que dalle.
À côté, j'avais aucun retour de bâton. Quand on allait au resto, je payais ma part quand je pouvais. À d'autres moments, non. En fait, j'avais l'impression quand même d'être resté un peu son escorte. J'ai arrêté de niquer avec lui complètement après que j'ai arrêté d'être escorte. Donc, il n'y a plus de prestations sexuelles.
Mais il voulait quand même me voir nu, il voulait me mener dans des endroits naturistes, il voulait m'intégrer dans son couple, il voulait plein de trucs comme ça, en fait. Et moi, sur un moment, je mettais ça sur le compte que c'est normal, on est amis, je trouve ça logique. Avec le recul, non. Un ami ne te prendra jamais des choses, en fait, en ne donnant pas la valeur.
Un ami, c'est un échange. En fait, même mes meilleurs amis de l'époque, que je connais depuis que j'ai mes quatre ans, ils ne me recevaient pas tous les jours avec des messages. En fait, quand je les massais, ils me payaient, même s'ils ne me payaient pas beaucoup, ils me payaient un peu. Ils insistaient. Il y avait en fait une démarche bienveillante et tout. Là, je ne l'avais pas. Là, j'avais vraiment quelqu'un qui voulait que je sois à lui et qui ne l'assumait absolument pas.
Et en fait je l'ai confronté, parce que quand j'ai arrêté mes addictions, je me suis un peu réveillé là-dessus. Je me suis dit, mais putain, mais c'est qui en fait ? Comment ça se fait qu'il en est là dans ma vie en fait ?
Oui, c'est que les substances te déconnectent, te déconnectent, mais c'est une façon de survivre aussi. Ah ouais, complètement. C'est une façon de survivre. Pourquoi t'as eu un ? Si j'avais pas fumé des joints, parce que des épisodes dépressifs, je les ai vécus en étant recorvillé sur moi-même. Par exemple, je suis déjà pété le poing en me tapant contre un mur.
Je peux me faire du mal. Je suis très content de ne pas m'être fait du mal d'une façon directe. Peut-être que j'aurais pu me buter simplement. Je suis assez fier de moi-même sur le fait d'avoir géré ça comme ça. Certes, ce n'est absolument pas la meilleure façon.
Mais en même temps, c'est une façon. Quand on survit, de toute façon, on survit. On n'a pas trop le choix. C'est quoi ton déclic pour te dire, non, en fait, il y a un souci dans ma consommation de cannabis ou de drogue, et en fait, non, j'ai envie de m'en saisir. C'est quoi le déclic ?
Ça, je l'ai toujours eu. Comme je l'ai dit dans l'épisode d'avant, la première fois que j'ai pris des cams sur 24 heures, je me suis dit que ça m'échappe de la réalité. Mais ça m'échappe de la réalité, ce n'est pas vrai. C'est nul, c'est naze. Avant, en Algérie, j'ai eu des expériences où je faisais de la randonnée toutes les semaines pendant deux ans. J'étais dans une asso de randonnée, j'avais des sensations de vie, mais on repère dans les sensations agréables de vie.
C'était vraiment plus respirer de l'air, discuter librement avec des gens en sécurité, avoir des échanges, me sentir bien, faire du sport. C'était ça mon repère en fait. Un truc avec des substances, c'était un mensonge. Et puis après, je me sentais mal. Le cannabis, c'était différent parce que je l'ai enchaîné pendant 3-4 ans tous les jours. Et même pendant ces 3-4 ans, je savais que je ne faisais pas du bien et que je n'arrivais juste pas à rendre les crochets.
Du coup, j'ai commencé, avant d'arrêter, ça s'est pas fait comme ça, j'ai commencé par avoir une addictologue, j'ai commencé à avoir une psy, donc il y a des centres pour les gens que ça peut intéresser, il y a des CPM, des centres d'addictologie, où l'accès à l'addicto, à la psy, se fait gratuitement, qu'on ait la sécu ou pas, et après chacun fait comme il veut, tranquille !
Moi, j'ai trouvé beaucoup de ressources là-dessus. Avant même d'être capable d'arrêter, j'avais besoin de me rendre compte que ça va aller, en fait. Que…
En fait, que plein de choses allaient plus ou moins bien. Il n'y avait pas que des choses désagréables. Il n'y avait pas que du bagage émotionnel, j'avais aussi d'autres bagages et que je m'étais construit de différentes façons, que j'étais qui j'étais, même en étant défoncé. Et tout ça, en naviguant, tu te dis, ok, j'ai envie de renouer avec ma famille, avec mes parents. Pourquoi ?
En fait, quand je suis redevenu sobre, je me suis rendu compte que j'essayais de remplacer l'amour de mes parents par autre chose. Et ma psy, elle m'a dit un truc très simple. Elle m'a dit, tu sais, je lui dis, ouais, mes parents, de toute façon, ils m'acceptent pas tel que je suis et tout et tout et tout. Elle m'a dit, toi non plus, t'as pas à les accepter tels qu'ils sont. Je me suis dit, mais oui, c'est vrai. Ah bah oui !
Moi, genre, après, voilà, je parle de ma réalité, je sais pas comment les gens vivent leur réalité, j'en ai rien à faire, je parle vraiment de la mienne, moi, j'ai besoin de l'amour de mes parents. J'ai pas besoin du sein de ma mère, j'ai pas besoin que mon père me tapote la tête tous les jours, j'ai juste besoin d'avoir ce sentiment, une espèce de petite connexion, quoi.
Bah du coup je me suis dit je vais prendre ce que j'ai à prendre et puis voilà, donc je les ai contactés, j'aurais fait une vidéo, je me suis excusé de les avoir dénigrés, des trucs comme ça, je me suis excusé clairement de les avoir dénigrés, j'aurais dit que j'avais arrêté de fumer des joints parce qu'ils savaient que je fumais des joints, que j'avais arrêté de fumer de la clope, tout et tout.
Et puis, ils ont réagi à ça. Donc, j'ai eu un… Oui, pardon ? Non, mais j'ai envie de comprendre comment ce que t'a dit la psy, en quoi ça t'a inspiré ? Qu'est-ce que t'as compris dans ce qu'elle a dit ? Ce que j'ai compris, c'est que, bon, globalement, mes parents, ils acceptent pas que je suis gay. Ils acceptent pas ma sexualité et mon identité. Et ça leur fait honte.
De l'autre côté, moi, j'accepte pas mes parents tels qu'ils sont. Genre, mon père, je le trouve lâche et violent. Entre autres, il est pas que ça. Mais genre, mon père, il nous frappait quand on était petits, par exemple, parce qu'il savait pas gérer ses émotions à lui. Ma mère, elle est perchée. OK, elle a une intelligence émotionnelle et tout, mais elle vole dans le ciel, genre, tranquille.
Et malgré tout ça, en fait, ils ont quand même fait une vie. Ils ont eu tous les deux une carrière. Ils viennent d'un milieu très défavorisé. Ici, en France, on dit que pour passer d'un milieu à l'autre, ça prend six générations. Mes parents, ils l'ont fait en dix ans. Donc, ça va, quoi.
Donc en fait, c'est en fait nuancer. Ce truc-là, ça m'a permis de nuancer. Mes parents, ils m'ont jamais invité dans leur intimité sexuelle. J'ai jamais vu baiser. J'en ai rien à faire. Du coup, pourquoi je les inviterais à faire ça ? J'ai la chance, en fait, avec tout ça, et j'estime que c'est une chance, c'est un privilège, que je me suis construit complètement sans eux. Hum.
Donc à partir de là, j'ai ma vie ici, ils ont leur vie là-bas. On peut se partager des trucs. Certes, ça va pas être un partage tel que je m'imaginais dans mes rêves les plus fous.
Mais ça me va bien, parce que ça, ça comble chez moi à quelque chose, en fait, de très, très, très profond. Et là, je sais que si je leur dis à nouveau « Ouais, je suis gay », je pense que ça sera reparti pour le même manège. Est-ce qu'ils ont répondu quoi à ta vidéo ? Donc, par un appel. Mon père, il m'a appelé d'abord. Puis, il a pris mes nouvelles et tout. Et…
Et il m'a dit « Ouais, c'est bien, bon courage, c'est la bonne démarche ». Il m'a dit que lui aussi, il avait bu, il avait connu du cannabis, il avait connu des trucs comme ça, il a connu une période peut-être différente, mais pareil, de perdition, tel qu'il l'a appelé. Et ma mère, en fait, elle était dans l'amour, donc elle m'a dit « Ouais, c'est bien, belle démarche et tout ». Après, on n'a pas parlé du reste, donc…
oui ta vidéo c'était j'ai utilisé des substances et maintenant je n'en utilise plus c'est ça et après voilà ils y voient ce qu'ils veulent aller voir mais ça fait qu'on se parle de temps en temps et je trouve ça assez cool parce que je me sens plus en sécurité avec moi j'ai rebranché beaucoup avec mon identité parce que j'avais ressenti une espèce de coupure avec qui j'étais en Algérie et tout sauf que ça marche pas comme ça dans la vie
Ce genre de coupure, ça créait plus des troubles psychiatriques qu'autre chose. Une coupure avec ton identité algérienne. Voilà, c'est ça, avec la musique algérienne, avec la bouffe algérienne, avec le fait de traîner avec les Algériens, avec le fait de parler arabe, le fait de repenser à ma famille d'une autre façon qu'avec la nostalgie et de la tristesse. Parce que j'ai eu plein de moments différents, j'ai eu un arc-en-ciel d'émotions, de souvenirs. Et voilà, en fait, juste en fait, même mon identité en tant qu'homosexuel, en tant que personne gay, ou en tout cas en tant que personne LGBT,
qu'elle reprenne sa place, qu'elle soit pas ma seule et mon unique identité, voire l'identité en fait dominante. Parce que non, je suis plusieurs choses, c'est juste en fait que cette identité elle prend de l'ampleur parce que j'en ai souffert, et que j'en souffre encore, des conséquences. Du coup, en fait c'est vraiment rééquilibrer, redoser des choses, je vis librement,
j'ai pas besoin de mettre par exemple du sexe dans mon travail j'en ai pas envie j'ai pas envie de permettre à des gens de me harceler sexuellement juste parce que je suis en besoin d'affection j'ai pas envie de définir toute ma vie par ça par contre je fais du bénévolat pour des causes LGBT
Je suis passionné par des choses, par de la culture LGBT. Et en même temps, je suis passionné aussi par de la culture arabe. Je suis passionné par la culture islamique. Je suis passionné par la culture française. En fait, c'est vraiment rééquilibré. C'est comme ça que je le vis. La religion a une place dans ta vie aujourd'hui ?
Alors moi, je dirais plus la spiritualité pour le coup. Ça, je l'ai découvert en me formant à l'hypnose. En fait, je suis très doué pour aller en trance, par exemple, et très profondément, très vite. Je ne sais pas si ça parle aux auditeurs et aux auditrices, mais globalement, c'est des états de conscience modifiés. C'est quand même un peu quand on est en train de conduire ou marcher et qu'on réfléchit à autre chose en même temps.
Alors c'est comme le fait qu'on respire involontairement tout le temps. C'est en fait cette dimension-là où on quitte la voix dans notre tête pour explorer autre chose, parce qu'on est autre chose aussi. En fait, le fait d'avoir récité le Coran, de l'avoir appris, déjà j'ai une très bonne mémoire, et j'ai une facilité à brancher à d'autres religions.
J'ai une facilité à brancher à des connaissances catholiques, à des connaissances juives, à des connaissances chamaniques, à tout ça. En fait, je vois un peu les choses comme si on était dans un monde où tout pouvait avoir une âme. Bon, je discute pas, je prends pas le café avec les choses, mais c'est plus un ressenti d'être en interaction avec tout, d'avoir une place dans l'univers. Genre, même dans mes projets, même dans mon travail,
Je suis plus dans ça, dans le sens où j'apporte quelque chose au monde et en échange, je prends quelque chose du monde. Et factuellement, je trouve que ça décrit bien les choses et pour moi, j'y trouve du respect vers les choses, vers les animaux, vers les êtres humains. Donc la religion en tant que telle, je trouve ça très cadré. J'ai essayé de me rebrancher à ça avec la famille.
Sauf que je me sentais un peu ouf. Genre tranquille, quoi. En fait, ça ne matchait pas avec mon vécu. Et je trouvais ça assez fermé. C'est des dogmes. Et je pense que ça peut aider d'avoir des dogmes. Mais il faut faire attention aux dogmes quand je choisis.
ou qu'on choisit pas, peut-être ils s'imposent à nous, mais des dogmes de rejet, des dogmes de haine, de se dire « cette personne est différente de moi, donc je la haïs », ou alors « j'existe, je suis quelqu'un de super parce que cette personne est merdique », je pense que ça apporte du bien à personne, en fait. C'est juste délirer. Et faire du mal aux autres et à soi-même.
On est dans deux ans, on enregistre toi et moi la suite de ce témoignage. T'aimerais me raconter quoi, dans deux ans, dans l'idéal, qu'est-ce qui se passe dans ta vie ?
Tu as une carte d'identité. J'ai une carte d'identité. C'est exactement ça. Dans l'idéal, c'est ça. Peut-être que l'extrême droite ne va pas passer, mais on a dit ma vie. Dans deux ans, je voudrais être vachement plus stable dans ma situation, donc continuer sur ce chemin. Comme tu l'as dit, une situation administrative stable.
Qui peut me permettre de faire autre chose, continuer à me construire, peut-être faire un diplôme parce que je suis passionné par les études en fait. J'ai la chance d'avoir un travail d'entrepreneur donc je peux toujours m'adapter. Je suis passionné par la sociologie, j'ai peut-être aussi envie de faire un firmier pour continuer dans cette démarche de soins et passer un match bien avec mes autres volets d'activité.
Au niveau pro, je suis président fondateur d'une association qui s'appelle Système B, Système Bien-être, et je suis trésorier aussi d'une asso qui s'appelle Way2Healing. Les deux travaillent dans le bien-être, donc dans l'accompagnement de la santé mentale, physique, émotionnelle, envers des publics vulnérables et d'une façon solidaire. Donc peut-être voir ces baby-projets avoir plus grandi, que ce soit ce que ça veut dire.
Peut-être mon activité alimentaire, donc avec mon spa et avec des clubs sportifs et des entreprises, avoir pris plus de volets. Parce que j'aime beaucoup faire ça, en fait. Et j'aime bien l'idée de changer l'image du bien-être. Au lieu que ça devienne un truc où on se soulage, comme quand je fumais des joints, ça devient un truc plus où on règle les choses. Parce qu'il suffit juste de voir les choses en face et d'accepter. Peut-être c'est un peu simple ou bourgeois de dire les choses comme ça,
mais moi c'est mon rêve et j'ai le droit de rêver comme ça à côté aussi là je suis dans un chagrin d'amour donc j'ai envie de dire retrouver l'amour parce que j'y crois toujours et que je me sens très bien avec l'amour peut-être être avec un garçon ce serait bien je m'étais donné un an il y a un mois pour recommencer là-dedans parce que chagrin d'amour ça brûle peut-être voir aussi en fait
Peut-être voir ma communauté se sentir mieux, la communauté LGBT en tout cas. Déjà, peut-être moins d'addiction, moins de camsex, plus de paroles, plus de bienveillance. C'est facile de dire les choses comme ça, mais…
En fait, voir les gens comme des plats ou comme de la nourriture, c'est faux, c'est pas vrai. Même la nourriture, c'est pas que de la nourriture. C'est ton ressenti, là, à Paris, que les gens se consomment. Ouais, complètement. Moi, j'étais choqué. Il n'y a pas que ça dans la vie, en fait. Et malheureusement, ça, c'est un échappatoire quand c'est à l'excès, comme tout dans la vie.
et c'est pas que avec la communauté gay les hétéros aussi, il y a de l'harcèlement sexuel il y a des fioles, enfin on a vu MeToo on a vu plein de trucs c'est juste que nous peut-être vu qu'on est stigmatisés ce serait cool que nous ayons plus de bienveillance du coup parce qu'on s'identifie beaucoup dans nos vécus quand même et en tout cas moi je compte agir là-dessus très clairement et je compte donner les outils parler, faire du bénévolat j'aime bien en fait ça me semble être une excellente conclusion
Est-ce que tu as un dernier mot qui te vient ? Un truc que tu aimerais, sur lequel tu aimerais qu'on termine ? Un seul mot ? Non. Ah ok. À propos ? Déjà, soutenir le refuge, franchement, je le redis et je le redis, parce que ça permet à des jeunes comme moi d'avoir de la chance, d'avoir du soutien, d'avoir des ressources.
là dans un truc en sécurité on s'attend à rien en échange de leur part donc juste ils ont le temps de de se construire de récupérer le retard de soulager leurs blessures et je vous remercie beaucoup Merci Elias
Comme Elias que vous venez d'entendre, plus de 1200 jeunes LGBT ont fait une demande d'aide au refuge cette année. Le refuge a besoin de nos dons pour continuer sa mission et aider encore plus de jeunes LGBT rejetés par leurs parents. Et si tu fais un don avant le 31 décembre, il te sera défiscalisé. Concrètement, si tu donnes 10 euros maintenant, ça ne te coûtera en fait que 2,50 euros.
Pour faire un don, c'est super simple. Tu tapes bit.ly slash refuge don dans ton navigateur. Refuge don, c'est tout attaché et don est au singulier. Voilà. Merci.