3 polyamoureux racontent (1/3) Les débuts entre angoisses et évidence 🇨🇦

Partie 1 sur 3

Avec trois auditeurs québécois polyamoureux depuis dix à vingt ans, réunis à Montréal, ce live demande si aimer plusieurs personnes libère des normes du couple ou impose les siennes.

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Dans cet épisode du podcast :

  • Julien refuse l'exclusivité sexuelle que la monogamie impose et voit le polyamour comme une déconstruction des normes du couple
  • Pascal a traversé huit ans de jalousie et de contrôle avant que thérapie et partenaire rassurant rendent le polyamour vivable
  • Miguel, polyamoureux depuis vingt ans, a besoin de routines qui se répètent pour ne pas sombrer dans l'anxiété
  • La compersion : se réjouir qu'un partenaire rentre rouge et excité d'un rendez-vous, et vouloir qu'il le raconte

On en parle dans cet épisode
Le guide de Dossie Easton et Janet Hardy sur les relations libres, cité par Julien comme sa porte d'entrée dans le polyamour
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Ok, on se lance. Ça vous va ? Oui ! Allons-y ! Allons-y ! Salut tout le monde et bienvenue dans un nouvel épisode du podcast Actif ou Passif. Attendez ! Non, non, non, on est à Montréal au Québec et ici podcast se dit balado, actif se dit top ! Et Passif se dit bottom, alors je reprends. Salut tout le monde et bienvenue sur le balado Top ou Bottom. J'ai avec moi trois auditeurs québécois, Miguel, Pascal et Julien. Allô ? Allô ? Bonjour ! Vous étiez prêts, c'est parfait. Vous êtes tous les trois polyamoureux. Pascal et Julien depuis plus de 10 ans et Miguel, toi depuis plus de 20 ans et on va se jaser, comme on dit ici, de votre expérience en polyamour. Le polyamour, c'est la possibilité de vivre plusieurs relations amoureuses en même temps avec transparence et consentement des partenaires. Vous allez raconter comment ça marche pour vous, vos joies et vos défis. Et ensemble, on va tenter de répondre aux questions que les auditeurs m'ont envoyées sur le polyamour. Avant qu'on se lance, merci Julien de nous accueillir dans ton salon. Bienvenue, ça fait plaisir. On est au cœur du quartier gay de Montréal. Et figure-toi qu'en regardant sur Google Maps, je me suis rendu compte qu'on était à deux pâtés de maison de ma colocation où j'habitais quand j'ai étudié ici à Montréal, il y a 18 ans. Et en vrai, ça m'émeut. Montréal, c'était mes premiers pas de petits gays qui se cherchent. J'étais tellement bloqué sur le sujet du sexe et de l'amour. Si on m'avait dit que je reviendrais presque 20 ans plus tard enregistrer un podcast sur le polyamour, je ne l'aurais pas cru. Bon, on se lance. Moi, j'ai envie de vous demander, j'avais envie qu'on commence par c'est quoi pour vous le polyamour ? Je vous relis ma petite définition que je viens de dire. Le polyamour, c'est la possibilité de vivre plusieurs relations amoureuses en même temps avec transparence et consentement des partenaires. Est-ce que vous avez envie de la compléter ? Est-ce que ça représente bien ce que vous vivez ? Ça représente bien, c'est une définition standard. Julien ? Oui, c'est moi Julien ! J'aimerais rajouter peut-être l'aspect de déconstruction de certaines normes, qui généralement est un processus qui vient avec le polyamore, de se questionner sur quelles normes on veut et ne veut plus, surtout dans le couple. OK. Tu veux m'en dire un peu plus? Exemple, la monogamie. C'est une des règles de la monogamie. Il y en a plusieurs. Je pense qu'il faut que je parle dans le micro. Tu fais très bien. Pascal te tient le micro. Ils sont tous les trois sur un canapé. Je les ai collés pour qu'ils puissent se partager les micros. On t'écoute, Julien. Par exemple, l'exclusivité sexuelle, qui est une règle standard en monogamie, les polyamoureux vont généralement la refuser. Donc, oui, c'est d'avoir plusieurs relations avec différents partenaires avec le consentement de tous. Est-ce que pour moi, il y a un aspect intellectuel de déconstruction de normes aussi qui vient avec ça? Oui, parce que tu me disais, et Miguel, après tu pourras embrayer, tu me disais quand je t'ai demandé tes joies, pourquoi c'est cool d'être polyamoureux pour toi, parce qu'au final, on fait quand même ça pour se faire du bien. Toi, tu as dit la légèreté d'esprit d'être débarrassé des normes monogames hétéronormatives. Donc, dans le polyamour, il y a aussi un... Une libération, un laisser-aller d'attente, de comportement et de normes. Ok, ça vous parle. Miguel, tu voulais rebondir sur ça ou autre chose? Oui, moi aussi, j'ai réfléchi à la question parce qu'on s'est préparé quand même. Mais moi, c'est la question de la disponibilité avec les gens avec qui je suis au moment où est-ce que je suis. plutôt que de me baser justement sur une attente de ce que la relation devrait avoir l'air. Je rebondis un peu sur ce que Julien a dit, mais moi, c'est vraiment la disponibilité, c'est-à-dire que je suis là, ici, maintenant. Les gens qui sont autour de moi, je peux leur parler, je peux leur poser des questions, je peux développer avec eux quelque chose qui nous ressemble. Ces choses-là vont finir par changer en fonction de quand le contexte change. Quand il y a des nouvelles personnes qui arrivent dans la vie parce qu'il y a un nouveau contrat, parce que tu as changé de coin de rue, parce qu'il t'arrive quelque chose de nouveau, tu rencontres des nouvelles personnes, mais avec ces personnes-là, pourquoi est-ce que ce seraient les mêmes normes qui s'appliquent si ce n'est pas la même chose que tu veux vivre avec eux? C'est peut-être abstrait un peu, on pourra en parler tout à l'heure, mais ça veut dire qu'une relation prend la forme des gens qui sont dedans au moment où ils en ont besoin. Pascal, hoche de la tête, ça te parle, toi? Oui, ça me parle beaucoup. Puis je pense que ce que je gêne dans ta définition, c'est le mot possibilité. Parce que... Être polyamoureux, ça ne veut pas nécessairement dire qu'on est toujours en relation avec plusieurs personnes amoureuses. Mais le fait que ce soit possible, soudainement, tout le spectre de l'amour devient possible. C'est-à-dire même dans les amitiés, on ne se limite pas à certains cadres. L'amitié peut grandir en amour, peut grandir dans le toucher, peut grandir dans des émotions plus complexes ou moins carrées. Ça donne la liberté. Je pense que le fait que ce soit possible, finalement, tu n'es plus en train toujours d'auto-analyser. Est-ce que je suis en train de tomber en amour avec mon ami? Est-ce que ça va venir menacer ma relation principale? Le fait qu'on est polyamoureux ou qu'on affirme sa possibilité d'aimer d'autres personnes, ça allège. Le cerveau devient plus léger. Moi, j'ai l'impression, en t'entendant, que tu dis même que ça déconstruit la norme de l'amitié. C'est ça que je t'entends dire. On pourrait dire qu'il y a deux normes dans lesquelles on grandit, qui est l'amour, c'est avec une seule personne, et l'amitié, c'est... Je ne sais pas le définir. C'est un lien très fort, Julien, tu veux essayer ? Un lien très fort sans sexe. Et toi, tu dis, en explorant le polyamour, c'est ces deux normes que je reconsidère, que je relibère, c'est ça ? Absolument. Je pense que toutes les relations deviennent propres à la relation qui existe maintenant devant toi et qui se cultive dans le moment présent et prend une forme unique à chaque fois. À chaque fois ? À chaque fois. Alors, parce que, aidez-moi, mais c'est pas mal, mais j'ai pas encore compris. Je pense que l'idée, tu me diras si je me trompe, c'est que chaque type de relation est normée. Pour les amitiés, les amants, les amours, la famille, il y a toujours un ensemble de normes qui vient baliser c'est quoi une bonne relation de ce type-là. Puis le polyamour, c'est aussi un peu de lâcher prise sur ces causes-là. Puis quand t'es plus dedans, bien, c'est plus si grave. Miguel? Moi, je voulais, parce que là, on a parlé de liberté, de légèreté et de présence. Puis moi, bien, je riais dans le chat avant, mais je suis une vieille personne et moi, j'ai besoin de routine. Et puis aussi... Attends, définis vieille personne. Bien, vieille personne. Ça fait 20 ans que je suis polyamoureux, c'est ce qu'on a dit. Je dirais pas mon âge. Ha! Ha! Ha! Mais c'est ça, mais tu sais, aussi dans le fait de déconstruire, pour moi, en tout cas, il y a aussi le fait de construire quand même des relations qui sont… où est-ce qu'il va y avoir aussi de la redondance, de l'attente, puis que ça va devenir aussi quelque chose qui va se répéter. Moi, j'en ai besoin parce que sinon, je fais de l'anxiété. Mais tu sais, au moins, je vais comprendre d'où viennent ces routines, c'est quoi les normes auxquelles est-ce que je vais être d'accord. Il y a un aspect de déconstruction, effectivement, de normes qui ne sont pas utiles. Mais il y a aussi un aspect de construire quelque chose, des relations avec des gens. Puis construire une relation, pour moi, ça veut aussi dire construire des choses qui se répètent, qui sont attendues, puis qui sont sécurisantes aussi. C'est pas juste enlever la sécurité, c'est construire ce qu'on a besoin pour se sentir en sécurité aussi. OK. Oui, puis pour toi, en plus, si je comprends bien, les normes que tu utilises, c'est des normes qui sont fondées sur tes besoins à toi puis sur tes partenaires. Tu veux pas juste prendre celles qui existent. Effectivement, ça va être à partir de nous. On peut lire un peu ou on peut justement partager des histoires avec d'autres personnes. Ça nous donne des idées. J'ai lu des zines, j'ai vu des films, j'ai réfléchi à mes relations. Mais quand même, au final, ça va être nous deux, nous trois ou ce groupe-là qui va finalement prendre une décision différente. Mais on est d'accord que c'est quoi les composantes ? Moi, ce que j'entends, c'est que vous dites grande liberté à repenser différemment ces normes super enfermantes de l'amour versus l'amitié et de comment on comprend l'amour. Et j'entends que vous êtes beaucoup plus, tous les trois, vous partagez ce ici et maintenant. Je me base de ce qui se passe avec la personne plutôt que d'essayer de la mettre dans une boîte. Je vois ce qui émerge. Mais on est d'accord qu'en fait, on est en train de parler de passer du temps amical ensemble, aller au cinéma, voir des expos, se masser, etc. Et passer du temps sexuel avec quelqu'un et tisser un lien amoureux pour être certains de ses critères, c'est ça ? Je voulais juste être un peu terre-à-terre On est d'accord, c'est ça dont on parle. Oui, on est d'accord. Moi, en tout cas, je te suis là-dessus. Et donc, ce que vous me dites, c'est qu'il y a des gens avec qui vous n'allez qu'au cinéma. C'est un peu caricatural, mais tu vois. Il y a des gens avec qui il n'y a que ces deux, trois activités avec ou sans sexe. Oui. Et qu'il n'y a pas besoin de l'écraser par « est-ce que c'est un ou une amie ? Est-ce que c'est un amoureux ? » On est d'accord ? C'est que souvent, on ne rencontre pas les gens dans un vacuum. On vit dans une société, on vit dans une communauté, on rencontre des gens parce qu'il y a une raison pour laquelle est-ce que tu rencontres les gens. Ça peut être sur des applications, puis l'objectif, c'est seulement la rencontre. Mais moi, souvent, je vais rencontrer quelqu'un à travers des amis. L'activité, c'est quoi? C'est l'activité qu'on était en train de faire jusqu'ici. Je vais donner un exemple. Je fais de l'escalade. J'ai rencontré quelqu'un à l'escalade. À un moment donné, je vais t'inviter à l'escalade, mais je vais finir par t'inviter à boire une bière. Justement, comme dans tout début de relation amicale adulte, c'est ça. Mais il peut aussi y avoir une recherche... parce qu'on parlait de sexualité tout à l'heure, ça peut aussi... La sexualité peut être une activité qui est recherchée pour elle-même. Je peux aller au sauna, je peux aller au spa rencontrer quelqu'un. La première activité, l'activité sociale de base, c'est la sexualité. Puis là, à force de coucher ensemble, je finis par te trouver chouette. Donc là, peut-être qu'il va y avoir une relation qui va se développer aussi. Je veux dire, la sexualité est une activité parmi d'autres que tu peux faire avec les gens. C'est ça. C'est quoi les préjugés que vous entendez le plus ? Ils sont tous en train de haucher de la tête. C'est bon, c'est bon. On est d'accord ensemble. C'est quoi les préjugés ? C'est quoi les trucs dans lesquels on vous enferme le plus souvent ? Il y en a tellement. De pour... Vouloir s'engager. Je pense que c'est un classique. De me faire dire qu'au final, tout ce qu'on veut, c'est pouvoir coucher avec qui on veut, être libre, puis que c'est un mécanisme causé par une peur de l'engagement. Ça, je me le fais... Ça revient souvent dans des conversations. Oui, et il y a deux auditeurs qui ont en gros posé cette question-là. Est-ce que c'est juste une manière de camoufler une absence d'engagement ? Je suis sûr qu'il y a des gens à qui ça arrive. Je ne dis pas que c'est impossible de rencontrer quelqu'un qui le fait. Dans la communauté polyamoureuse montréalaise, il y a un groupe qui s'appelle Polyamour Montréal. Il y a de tout. Il y a gay, bisexuel, straight, tout. Et un des classiques, c'est le gars straight qui utilise le père d'amour comme bouclier pour tromper. Straight, c'est hétéro. Hétérosexuel, oui, exactement. Donc, ça arrive. Je comprends que ça traumatise des gens. Se faire tromper, personne n'aime ça. Mais je pense que c'est une minorité. Chez les polymores, généralement, c'est dans le consentement. Tout le monde est au courant. Bien au contraire, mon but, c'est de construire des relations fortes et de m'engager. Je suis loin d'une stratégie d'évitement de relations. Je pense qu'il y a ce préjugé ou ce jugement que les polyamoureux se déresponsabilisent. Ou la personne que tu dates va toujours être la deuxième personne moins importante. Puis cette personne-là, elle recherche une certaine validation pour se dire qu'elle est importante. Puis moi, j'ai la prise sur le tas, le polyamour puis la gestion. Je pense qu'il y a le polyamour puis après la gestion du polyamour. Le calendrier Google. Le calendrier Google qui devient complexe. Moi, je trouve que c'est quelque chose qui est vraiment difficile, la gestion. Puis je pense que j'ai traumatisé du monde justement parce que les gens s'attendent à… avoir de la disponibilité. C'est normal, on veut de la disponibilité émotionnelle et de la disponibilité du temps. J'ai réalisé après coup que finalement, c'est vrai, ma vie est déjà remplie avec des activités pour moi-même, des activités sociales avec mes amis, le travail, mon partenaire que j'ai depuis 10 ans. Donc, il reste combien de place après ? Puis si l'autre personne s'attend à une norme où on va passer du temps, vraiment beaucoup de temps ensemble, il faut le définir que ça ne peut pas se passer comme ça. Donc là, c'est presque un préjugé qui est vrai, c'est-à-dire le préjugé que selon là où la personne est dans son polyamour, si elle a déjà plusieurs partenaires, ça peut être difficile en termes logistiques un peu bébêtes de... Sauf, et là j'ai réalisé que le seul... polyamour possible dans ma vie à moi, parce que je suis assez occupé, c'est si la personne habite à moins de 5 minutes ou 10 minutes de marche de chez nous. C'est vraiment logistiquement ça. Ou si elle habite en colocation avec moi ou dans le même bâtiment. Puis c'est arrivé deux fois dans ma vie où on habitait tous ensemble dans le même appart, on était des colocs. Mais tu vas raconter ton entrée dans le polyamour. Julien, on finit sur les préjugés, tu voulais rebondir ? Non, je me demandais en fait si vous connaissiez le terme polysaturé, j'imagine. Quelqu'un sera dit polysaturé lorsqu'il n'a plus de temps ou d'énergie à consacrer à des nouvelles relations. Donc, admettons, moi, je sais que ma limite générale, à moins que je ne travaille pas… Trois partenaires, c'est le gros maximum que je peux entretenir. Après, j'ai juste plus de temps. À ce moment-là, je vais me dire polysaturé. Il y a des gens qui peuvent, à certains moments dans leur vie, être polysaturés avec un seul partenaire ou même avec zéro partenaire. Ils n'ont juste plus de temps à donner. Ça ressemblait à ce que tu exprimais. Oui, complètement. J'ai l'impression qu'il y a un autre terme qui est au cœur du polyamour tel que je le comprends. C'est la compersion. Est-ce que quelqu'un veut définir la compersion? La compersion, ce serait, souvent on va le poser à jalousie, mettons, l'attente que si ton partenaire ou tes partenaires ont d'autres partenaires, que ce que tu vas ressentir a priori, c'est un sentiment de manque ou un sentiment de jalousie ou une colère ou une crainte. Puis la compersion, ça serait plutôt l'idée que soit tu vas te sentir empathique de cette situation-là ou même que tu peux ressentir de la joie parce que l'autre est joyeux. Mettons, mon partenaire rencontre quelqu'un d'autre, puis il revient à la maison, puis il est tout rouge, il est un peu excité, il m'a ramené des fleurs parce qu'il a pensé à moi, puis il veut me raconter sa date. Ça, ça peut arriver chez moi parce que moi, j'aime bien me faire raconter les histoires de mes partenaires. Puis moi, je vais vouloir poser des questions. Je vais vouloir savoir c'est qui cette personne-là. Puis tu sais, quand tantôt je parlais de communauté, c'est un peu ça aussi. C'est qu'à un moment donné, je peux recevoir chez moi l'amant de mon amoureux qui passe parce qu'il vient de New York. Puis là, tout d'un coup, bien... Sauf que là, lui, il est en train de faire un film. Puis là, il est en train de coucher avec quelqu'un d'autre. Fait que là, ce soir, on s'en va sortir avec l'ami de l'amant de mon chum. Puis là, on va parler d'un nouveau film qui est en train de se faire. Puis c'est super cool. Puis, je n'aurais jamais appris ça si ces connexions-là n'existaient pas. Ça, c'est un exemple de à quel point ça peut enrichir la vie, mais de compréhension aussi. C'est-à-dire que le fait que je sois excité, parce qu'au fond, je suis excité qu'il réalise sa vie et qu'il se réalise lui-même. Puis, en faisant ça, il m'apporte des choses sans arrêt. On fait juste un petit point. Toi, Miguel, c'est quoi ton statut relationnel ? Moi j'ai deux conjoints en ce moment. Un que ça fait 15 ans que je suis avec, puis l'autre ça fait 7 ans. Et vous vivez ensemble? J'habite avec un des deux, puis l'autre il vient me visiter un ou deux soirs par semaine à peu près. Et donc vous n'êtes pas en trouble? Non. Le trouble c'est quand les trois relationnent ensemble et là, toi tu relationnes avec l'un et tu relationnes avec les autres, mais ils ne relationnent pas entre eux. En effet, mais j'ai déjà été dans un trouble pendant 12 ans. Oui, quand même. Julien et Pascas, on a wow. Toi, Julien, dans notre préparation, tu as dit « je suis plutôt célibataire ». Ça a l'air que je suis célibataire. C'est parce que j'ai une relation qui est comme en pause. D'ailleurs, à cause du sujet du polyamour, après quelques temps, il a réalisé que ça travaillait beaucoup, ça vient réveiller des insécurités. Notre relation est un peu sur la glace, disons. Et toi, pour finir, Pascal, tu es marié. Je ne sais pas pourquoi j'ai dit marié. Oui, je suis marié. Parce que c'est vrai. C'est le statut. Je suis marié, ça fait 5 ans qu'on est marié. Puis on a célébré ça l'année dernière. C'est un immigrant de l'Angleterre. On a fait les papiers pour ce mariage-là. Le mariage, je n'y crois pas tellement. Ça n'a pas vraiment d'incidence sur ma relation avec lui. Hierarchiquement, elle n'est pas au-dessus parce que tu es marié? Non. Mais je pense que c'est l'historique ou tout le vécu qu'on a qui fait en sorte que c'est une relation qui est importante. Mais ce n'est vraiment pas parce qu'on est marié que c'est important. Je peux me diverser le domaine. Et du coup, tu as d'autres partenaires en ce moment? Non, je n'ai aucun autre partenaire. Mais... ben je couche avec d'autres personnes mais puis j'espère je recherche tu fais une différence entre je couche avec quelqu'un et je relationne avec quelqu'un c'est ça ça peut être plus flou que ça je pense être partenaire c'est on se l'est dit qu'on était en train de nouer un lien c'est peut-être ça mais il y a des gens avec qui tu as des rapports sexuels mais vous n'êtes pas dit on est en train de nouer quelque chose non j'ai pas ça Pour revenir à la question de normes, je pense que les normes, dans le polyamour, je pense que ce qui est transformatif, c'est que les normes deviennent des modèles plus que des normes, des boîtes. Je me dis, avec ces normes-là, on est en relation ou on ne l'est pas, c'est des statuts qu'on met des étiquettes dessus. Plutôt, c'est genre, est-ce que ça, ça a l'air de ce qu'on est présentement ? On a une relation où on s'investit et on se donne du temps pour cultiver quelque chose de constant ou de régulier. Ça ouvre la conversation à ce genre de choses. Oui, c'est ça. Quel niveau de soin on apporte pour créer le lien. Miguel ? Moi, j'ai dit que j'avais deux partenaires, mais j'ai un amant régulier. Puis c'est parce que la question que tu soulèves revient dernièrement dans notre relation. Parce que là, je dis que c'est mon demi-chum, parce qu'au fond, ça fait comme un nom qu'on se voit. Chum, c'est copain. Oui, copain. Les Belges, les Suisses. Oui, pour tous les autres. Mais c'est drôle parce que chum, justement, c'est amoureux, mais ça peut aussi être un ami. Le mot chum, il contient à la fois amoureux et amis. Parce que ça peut être ma chum de fille, ça peut être mon chum de gosse. Si c'est mon chum de gosse, c'est juste un ami. Mais si c'est mon chum, c'est... Mon amour. En tout cas, le mot lui-même, il est ambigu. Mais donc, demi-chum parce que, en fait, ça fait un an et quelques. Au début, c'était principalement sexuel. Je voulais lui faire une fellation. C'est comme ça que ça a commencé. Régulièrement, tu voulais lui faire une fellation. C'est ça, exactement. Puis là, je voulais recommencer parce que j'avais bien aimé ça. Puis là, tu sais, finalement, de fil en aiguille, lui, il a rompu avec son copain, ce qui n'a aucun rapport avec mes fellations, quoique. Puis... de puissante relation puis tu sais il lui est arrivé autre chose puis j'ai essayé d'être là pour lui évidemment parce que je l'aime bien puis au final on va à des fêtes ensemble on s'invite à des événements quand il arrive des trucs fait que Il y a une relation qui se développe. Là, dernièrement, c'était un peu, ah bien, on serait rendu au point où dans ma vie, tu deviendrais mon partenaire, mais je suis polysaturé, exactement. Là, je n'ai pas le temps de faire ça, je ne peux pas faire ça, mais by the way, on est à l'endroit où est-ce que… Tu lui as dit? Oui, on a eu cette conversation-là. J'étais comme, ou alors c'est satisfaisant à l'endroit où on est maintenant, continuons un peu comme ça. Mais si les attentes, c'est plus, moi, je ressens de la pression, puis je n'y arrive pas, puis ça me stresse parce que j'ai l'impression de ne pas répondre aux attentes. Mais c'est juste qu'il faut que ça soit dit et conscientisé qu'en ce moment, en tout cas, ça ne peut pas aller plus que ça. Puis justement, d'avoir une conversation sur ça qui est le plus honnête possible. Je pense qu'on n'est pas non plus tout le monde transparent à soi-même et aux autres. C'est quand même un exercice de réfléchir. Ça prend du temps, ça prend de l'énergie de faire ça. Mais en même temps, on a eu la conversation. Ça s'est bien déroulé. Puis ça a augmenté notre confiance d'avoir la conversation. Même si la situation n'a pas nécessairement changé, le fait qu'on ait communiqué sur la situation fait en sorte que je suis plus à l'aise maintenant. Oui, c'est ça. Tu mets des mots. Julien, je t'ai vu ta petite main, mais j'aimerais bien qu'on aille dans comment vous êtes rentré dans le polyamour ou comment vous vous êtes dit polyamoureux avant qu'on creuse plus vos joies, vos défis et les enjeux. Parfait. Et j'avais envie de commencer par toi, Pascal. C'était le bordel. Parce que moi, tu m'as dit, ça fait dix ans que je suis polyamoureux et pendant huit ans, ça a été très dur. Je me suis dit, waouh. En vrai, ça m'a parlé personnellement parce que tu parlais d'anxiété, tu parlais de jalousie, de choses que moi, je peux vraiment ressentir. Déjà, est-ce que tu sais pourquoi t'as tenu huit ans ? Pourquoi tenir huit ans ? Oui. Bien, avant Marc, mon partenaire principal maintenant, Avant, toutes les autres relations que j'avais eues ont juste duré trois mois à chaque fois maximum. Puis, ça finissait toujours par le même pattern où je devenais jaloux et j'étais pas mal contrôlant. J'étais très insécure. À chaque fois que mon partenaire voulait aller à des endroits où je le voyais zyoter d'autres personnes, je me sentais menacé. Puis, surtout en début de relation, je ne me sentais toujours pas assez calme. Et puis là, à un moment donné, quand j'ai rencontré Marc, mon partenaire, je lui ai dit, si on va faire une relation, ça va être en polyamour parce qu'il faut que je brise le cycle de la jalousie. Puis je ne sais pas comment le faire, mais je vais le vivre. Il faut que je le vis. Mais tu savais quoi à ce moment-là de polyamour? Je ne savais rien. Rien? Rien du tout. Donc c'est par intuition, par hasard, par défi? Par intuition, par hasard. Je n'avais pas lu de livre. On m'avait parlé, il y avait des amis qui m'avaient jeté ce terme-là, mais je connaissais juste le mot. Et puis, les premières huit années, c'était beaucoup de défis. Les premières années, c'était... Je voulais toujours décrisser mon camp, c'est-à-dire, genre, partir en colère, puis débarquer de la relation. Mais Mark était très sécurisant, puis il me répétait pourquoi il est ici, pourquoi il est dans la relation, pourquoi il m'aime, puis comment ses autres relations, ça n'affectait pas la relation qu'il y avait avec moi, puis qu'il y avait des choses à construire entre nous, puis qu'on allait prendre le temps, fait que... Bon, ça a pris de la thérapie, ça a pris de la thérapie de couple, ça a pris de lire des livres, ça a pris de parler avec des gens, ça a pris d'être en cercle avec d'autres personnes qui font le polyamour. Et j'imagine que si au début c'était un peu presque par hasard, non je dis pas par hasard, mais tu avais l'intuition que le polyamour... pouvait t'aider. En fait, je crois comprendre qu'en cheminant sur ce chemin et en découvrant plus ce que c'est, ça t'a parlé, non ? Parce que sinon, j'ai du mal à y croire. Franchement, j'ai du mal à croire que tu restes huit ans dans la souffrance du polyamour. Non? J'embarque. Je suis intéressé. Je suis curieux. Mais au fond, c'est le lien de confiance avec le partenaire aussi. Il était là pour toi. Ce n'est pas juste la souffrance. En fait, c'était thérapeutique aussi. Comme tu t'es transformé. Là, je parle vraiment à sa place. Mais genre, moi je trouve ça vraiment beau que le partenaire soit comme, non mais oui, je t'entends qui capote, je te vois capoter, mais je suis encore avec toi, regarde, on est ensemble, on est en train de parler. C'est le cas, c'était thérapeutique? C'était extrêmement thérapeutique. J'ai appris tellement sur moi-même, sur qui je suis, sur mon rapport avec la sécurité, mon rapport dans le monde, je ne sais pas, ça a ouvert plein de portes que je ne savais pas que ça allait ouvrir. Mais c'est ça, lui, quand on s'est rencontrés... Parce qu'on s'est rencontrés en voyageant, en plus. Puis lui, il me suivait partout où je voyageais. On s'est rencontrés au Vietnam. Moi, je déménageais en Australie. Il m'a suivi en Australie. Puis après, moi, je suis parti au Mexique. Il m'a suivi au Mexique. Puis après, on est allés à Montréal. Puis finalement, on a déménagé ensemble. Il y avait plein de... Lui, il m'avait dit... « Même si toi, tu ne m'aimes pas, Pascal, je vais être dans ta vie. » Cette phrase-là, c'est hyper sécurisant comme phrase. Jusqu'à aujourd'hui, il est toujours dans ma vie. C'est une promesse qu'il a faite envers lui-même. Et puis à un moment donné, moi, j'ai dû faire cette promesse-là envers moi-même que peu importe si lui, même pas, ou si c'est pas réciproque, parce que ça a été à un moment donné où son amour envers moi a dissipé un tout petit peu. Puis moi, j'ai dû faire cette promesse que moi, je vais être dans ta vie, Marc, même si c'est asymétrique. Au moment où, justement, t'es insécurisé pour de vrai parce que, justement, il te dit ou tu sens que son amour se délite un peu, Là, du coup, tu vis la jalousie qui disait « il ne m'aime pas ». Là, elle devenait un peu réelle. Comment tu as navigué ça avec le polyamour? En pleurant beaucoup, d'abord. Mais ça donnait... Pendant ce moment-là, on était en train de briser, disons. J'étais au Mexique. Puis finalement, on s'est séparés. Et ça donnait que j'étais chez un gars que j'avais... Un ami qui était straight. Puis il m'avait hébergé. C'est un ami d'ami, dans le fond. Je ne le connaissais même pas, cette personne-là. Puis on est devenus vraiment des amis proches. Mais à chaque matin... Il me voyait pleurer. Il me disait « Non, on va se réveiller à 6h du matin. On va faire de l'exercice pendant une heure. Après, on va aller bien manger. » Tu as eu un ange gardien. J'ai eu un ange gardien. Puis qui m'a vraiment soulevé, qui m'a dit, écoute, on va vivre plein d'affaires. On va aller à des musées. Chaque jour, il me donnait sur sa moto. On allait voir des musées. On allait rencontrer des amis. Voir plein d'endroits différents dans la ville du Mexique. Puis ça, finalement, je me suis retrouvé moi-même. Puis je me suis dit, dans le fond, qui je suis, moi, à l'extérieur du couple ? Qu'est-ce que moi, j'aime ? Qu'est-ce que je veux ? et puis donc c'est ça le polyamour ça a vraiment été un voyage de comme qu'est-ce que moi je veux dans le fond et comment j'exprime mes propres besoins ouais et pour terminer il y a Julien qui fait yeah je suis d'accord mais juste avant de lui passer le micro toi tu dirais de 0 à 100 si 100 c'est vraiment t'es le Yoda du polyamour genre t'as cheminé la bosse tu sais de quoi ça parle t'es vraiment le maître Et zéro, c'est tu n'y connais strictement rien. Tu es vraiment une petite biche. C'est quoi l'animal où je peux rentrer dedans en voiture au Québec ? Il faut que je fasse attention. Un cerf ? Non. Un chevreuil ? Non. Un porcupine ? Tu peux rentrer dans tous ces animaux. Un ours ? Je ne sais pas. Non, sur l'autoroute, il y a des panneaux où si ça clignote, ils peuvent traverser. Du coup, il faut que je fasse attention. Les orignaux ? Oui, merci. Les orignons, le problème, c'est qu'ils sont vraiment gros. C'est vraiment gros, un orignal. Fait que si tu rentres dedans, c'est pas... Je meurs. Comme l'animal et toi, mais genre... Tout le monde meurt. Oui, c'est ça. OK. Bon, du coup, si t'es à 0 sur 100, c'est que t'es un orignal avec les yeux pris dans les fers de ma voiture et puis tu sais pas bouger, quoi. T'es à où? Je dirais entre 7 et 8. Sur 100? Sur 10. T'as dit sur 10. T'inquiète. 70%, tiens. Mais je pense que la compersion, c'est un sentiment que je commence à ressentir depuis un an. Mon partenaire, récemment, il a fait son coming out en tant que bisexuel. Puis là, il commence à dater des filles. Tu vas nous raconter ça. Mais je suis content pour lui parce que je suis comme, je comprends c'est quoi l'éveil sexuel, genre de rencontrer pour la première fois. Je suis juste excité pour lui. En tout cas, bref. On va creuser plus après. On finit sur comment vous êtes rentré, votre découverte du polyamour. Julien? Moi, j'ai découvert le polyamour à travers la littérature. philosophique sur le sujet. J'avais ma meilleure amie du moment pendant mes études de maîtrise en philo. Au début, début. On commençait à s'intéresser aux théories queer. Donc, questionner le genre, toutes les normes liées à l'hétérosexualité. À quoi? À l'hétérosexualité. C'est quoi? Je ne sais pas. Le polyamour est venu assez rapidement. J'ai lu The Ethical Slut. C'est quoi en français déjà? La salope éthique. La salope éthique. Ça n'a pas été très long que j'ai compris les avantages pour moi de faire le switch vers le polyamore. Je peux t'en parler d'ailleurs. Je peux exprimer ces avantages-là. Moi, dans mes relations monogames avant, dans les premiers huit ans de ma vie romantico-sexuelle, j'ai toujours eu une libido vraiment plus basse que mes partenaires. Il y avait toujours cet enjeu-là de pression sexuelle Dans une relation monogame, il y a une des normes, c'est que tu es responsable de la satisfaction sexuelle de l'autre. C'est un classique. Monogame exclusif, du coup. Monogame exclusif, en effet. Et donc, je me retrouvais à me forcer à avoir du sexe constamment. Pour moi, le polyamour, quand je l'ai lu, c'était une porte de sortie. Là, mes partenaires peuvent aller voir ailleurs. Je n'ai plus besoin d'avoir du sexe si je n'ai pas envie. Je suis capable de gérer ma jalousie. J'avais confiance que j'étais capable. Ça a été rough, mais j'ai réussi. Mais ça, tu aurais pu aussi faire un chemin vers le couple ouvert. C'est ce que j'ai fait au début. Et c'est quoi la différence que tu fais avec le polyamour? Donc, dans un couple ouvert, mettons une personne monogame en couple ouvert, il peut y avoir des partenaires sexuels extérieurs, mais généralement, s'il tombe amoureux d'un autre partenaire, ça va être interprété comme un signe que la relation est terminée. C'est ça l'espèce de jeu qui se passe. C'est aussi ce que j'ai déconstruit avec le temps. C'est justement que quand tu tombes amoureux de quelqu'un d'autre, c'est pas un signe Ça peut l'être dans certaines situations, mais ce n'est pas un signe nécessairement que ta relation est en danger. Moi, ma question, excuse-moi, c'était plus le moment où tu te dis, moi, je n'ai pas envie de porter cette charge. Voilà, et puis j'ai envie que le sexe soit plus libre. Tu aurais pu aller vers une typologie plus de couple ouvert ? Mais toi, tu es allé vers le polyamour, c'est-à-dire que tu rajoutes des sentiments. Moi, je t'ai entendu plusieurs fois parler de politique, parler de philosophie. J'ai l'impression, mais dis-moi si c'est faux, que tu te poses même à un endroit méta en disant que philosophiquement et politiquement, tu trouves ça intéressant. Et tu as un grand sourire, donc peut-être que j'ai vu un peu juste. C'est pour ça que tu es allé vers le polyamour plutôt que le couple ouvert. Oui, moi, je le voyais comme un genre de révolution relationnelle. Juste un changement d'angle complet sur comment on peut vivre nos relations. En philosophie, c'est un projet qui est discuté depuis Aristote et avant. Savoir c'est quoi une amitié, c'est quoi les normes de l'amitié. Moi, c'était naturel de juste continuer à explorer ces normes-là. J'ai commencé en déconstruisant ma jalousie sexuelle. Mais très rapidement, quand tu couches avec quelqu'un, tu ne peux pas bloquer tes émotions. Ce n'est pas le même que ça marche. Tu vas possiblement tomber amoureux et développer des sentiments amoureux pour tes partenaires sexuels. Donc là, après, la question se posait, est-ce que je me donne ce droit-là? Est-ce que je fais le pas de la non-exclusivité sexuelle vers le polyamour? Oui, c'est ça. T'as cheminé, t'as ressenti les choses et ça s'est un peu invité aussi au-delà du côté un peu méta et philosophique. Miguel? Je veux juste rebondir sur ça parce que moi, ça, ça a été long à comprendre. Mais... On a l'idée, dans l'idéal masculin ou dans ce qu'on attend des hommes, que la sexualité peut vraiment exister à l'extérieur de l'amour ou des relations. En tout cas, moi, je suis une personne plutôt romantique. Peut-être qu'il y a des arts romantiques et qu'ils sont vraiment juste sexuels. Mais à travers mon expérience, en tout cas, c'est qu'il y a souvent des feelings. Il y a souvent des émotions. Puis, tu peux sucer quelqu'un d'anonyme quelque part. Et là, si tu ne connais pas son nom, ça va peut-être bien aller. Mais assez rapidement, et beaucoup plus rapidement qu'on pense, il y a des attentes. Puis ça, il faut quand même faire attention parce que vraiment, les gens... ne le réalisent même pas. Mais finalement, ils viennent avec quand même tout leur bagage. Si tu sais quelqu'un, c'est chargé. C'est ça. Si tu sais quelqu'un, c'est chargé. Mais là, ce que je trouve, ce que tu amènes, c'est que... Peut-être pas tout le temps, mais en tout cas. Qu'on le veuille ou pas... En fait, les normes avec lesquelles on négocie, qui seraient un peu les normes d'antan, amour, amitié, coupe monogame, coupe ouverte, sous-entendent, cachent la réalité des sentiments qui, en fait, peut fleurir beaucoup plus souvent qu'on ne le veut. Mais on ne veut pas voir, en fait. Moi, c'est en tout cas comme ça que j'interprète ce que tu viens de dire. c'est que ça ne nous arrange pas, c'est très confrontant, même en couple ouvert. Imaginons, il y a des gens qui nous écoutent qui sont en couple ouvert, ou même moi, quand j'ai été en couple ouvert, bien sûr qu'il y a des sentiments, qu'il peut y avoir des sentiments, mais à différentes échelles, à différentes formes, etc. Et je peux comprendre qu'on soit à l'aise de ne pas les nommer et de dire non, non, je ne suis pas polyamoureux, je suis juste en couple ouvert, c'est juste du cul. Mais c'est un peu faux. C'est ça que tu dis. Moi, en tout cas, mon expérience, parce qu'on a dit qu'on parlait au jeu, moi, en tout cas, je pense qu'il y a souvent des émotions qui vont venir avec. Puis mon exemple, parce que tu me demandais comment est-ce que j'étais devenu polyamoureux. Oui. Moi, je viens d'une famille pauvre, puis pour me sortir de la pauvreté notamment, mais parce que ça s'adonnait comme ça. Mais j'habitais en collectif, donc avec plusieurs personnes quand j'étais plus jeune, pendant longtemps. Puis à l'intérieur de ça, c'est des collectifs où il y avait majoritairement des personnes qui s'identifiaient comme hétérosexuelles. Mais j'ai couché avec beaucoup de gars hétérosexuels dans ce contexte-là. puis des hommes qui avaient beaucoup de difficultés à discuter de leurs émotions, puis qui, ben, ils parvenaient pas, en fait, puis qui essayaient de toujours réduire ça à la sexualité tout le temps, tout le temps, tout le temps. Puis là, peut-être parce que moi, je suis un homme gay, majoritairement, fait que moi, je développe des émotions, mais où, en fait, quand je les regarde, puis que je réfléchissais avec eux, j'étais comme « En fait, toi aussi, t'as des émotions, ah, mais regarde ! » Puis là, genre, je nommais des choses ! Puis là, il était comme « Ouais ». Puis là, j'étais « Bon, bien, c'est correct, tu as le droit. » Mais tu sais, on peut-tu juste considérer que si tu reviens me voir plusieurs fois, bien, à un moment donné, il va falloir qu'on en parle, tu sais. Bref, ça a été mon introduction à réfléchir concrètement dans ma relation avec les autres. Justement, c'est quoi les attentes, c'est quoi les normes. Étant donné que la norme était majoritairement hétérosexuelle, que ce n'était pas ce que moi, je faisais, je n'avais comme pas le choix un peu de réfléchir aux normes. Tu devais de toute façon te créer, c'est ça ? Ou tu avais la possibilité de te créer ? C'est-à-dire que les normes qui étaient là ne correspondaient tellement pas à mes désirs. Ce n'est pas tant parce que je l'ai lu dans un livre que c'était la même chose, c'est juste que ça ne correspondait absolument pas. À un moment donné, il faut se mettre à réfléchir à ta propre pratique et à ce qui fait que tu te sens bien dans la vie. Puis les mots du polyamour, puis les réflexions autour de ça répondaient plus, puis développaient une vie vraiment plus satisfaisante finalement. Et juste, comment est-ce que t'as vu le terme polyamour, tu te souviens ? Toi, quand tu disais « je suis en collectif », on est où là au Québec ? Les ateliers de création libertaire avaient produit un petit magazine. Les ateliers de création libertaire, je pense que c'est français, I don't know. Puis il y avait un truc sur Abba l'amour, c'était comme un magazine anarchiste contre l'amour, puis avec un titre comme Abba l'amour, c'était quand même crunchy. Fait que je suis allé pour le lire, mais j'avais quoi, j'avais... Je veux pas dire mon âge, mais j'étais jeune, j'étais jeune ! À l'époque, j'avais moins de rides et je lisais des zines plutôt que des livres. Voilà. Ok, super. Je vous propose qu'on arrête là pour la partie 1. On va faire une petite pause et on se retrouve, nous, Très rapidement, les auditorices, plus tard, pour la partie 2, j'aimerais qu'on explore, en fait j'ai pas mal de questions sur vos défis, comment vous les avez navigués, parce que là-dedans il y a des morceaux de conseils, il y a des intuitions, il y a des idées, il y a pas mal d'auditorices qui sont curieux, à la fois de c'est quoi le polyamour, certes, mais aussi c'est quoi la réalité du polyamour ? quand justement ça me défie, ça vient me chercher, c'est quoi les différents outils que vous avez mis en place et comment ça vous rend heureux ou pas. J'imagine que c'est nuancé. Bien sûr. Absolument. A très vite.

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