Se libérer de notre peur irrationnelle des IST 1/2

Partie 1 sur 2

Stéphane Morel est coordinateur du SPOT, centre de santé sexuelle à Paris : la peur des IST bloque la sexualité gay pendant des années, même en sachant qu’elles se guérissent.

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Dans cet épisode du podcast :

  • Symptôme d’IST une heure après un rapport : impossible, 3 jours minimum pour les gonocoques
  • Chlamydia, syphilis, gonocoque : des IST bactériennes qui se guérissent à l’antibiotique, pas des maladies chroniques
  • Vaccins recommandés pour les HSH : hépatite A et B, papillomavirus, monkeypox, méningite

💡 Les conseils du coordinateur du SPOT

Stéphane Morel est coordinateur du SPOT, centre de santé sexuelle queer à Paris.

Un symptôme peut-il apparaître moins d’une heure après un rapport sexuel ?

Pour le coordinateur Stéphane Morel, c’est impossible. La gonorrhée prend au minimum 3 jours, les autres IST bactériennes de 2 à 3 semaines, et le VIH jusqu’à 6 semaines avant de déclencher les premiers signes. Ce qu’on ressent une heure après un rapport, c’est de l’anxiété anticipatoire, pas un symptôme.

Les IST se guérissent-elles toutes ?

Pour le coordinateur Stéphane Morel, les IST bactériennes comme la chlamydia, la syphilis et le gonocoque se guérissent avec des antibiotiques, sans séquelle si traitées à temps. Le VIH et l’herpès ne se guérissent pas, mais il existe des traitements qui permettent de vivre normalement. En France, il n’existe pas actuellement de souches ultra-résistantes aux antibiotiques.

Quels vaccins sont recommandés pour les hommes qui ont des rapports avec des hommes ?

Pour le coordinateur Stéphane Morel, quatre vaccins sont recommandés pour les HSH : hépatite A, hépatite B, papillomavirus (HPV) et monkeypox. La méningite est également recommandée. Ces vaccins sont généralement pris en charge.

Comment éviter la culpabilité après avoir attrapé une IST ?

Pour le coordinateur Stéphane Morel, prévenir ses partenaires après un diagnostic d’IST est un acte positif, pas honteux. La sexualité n’est pas sale. La honte liée aux IST est alimentée par l’homophobie intériorisée, qui associe le sexe gay à la maladie. Avoir une IST, c’est simplement avoir eu une vie sexuelle.


On en parle dans cet épisode
SexoSafe
Le programme de Santé Publique France cité dans cet épisode : dépistage IST et VIH tous les 3 mois pour les HSH
↗ Voir le site
CéGIDD
Les centres gratuits et anonymes de dépistage IST et VIH mentionnés plusieurs fois dans l’épisode
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Lire la transcription de cet épisode
Je vous lis ma petite intro. Vous êtes prêts ? Super. Salut tout le monde et bienvenue chez moi pour ce cercle de paroles sur la peur des IST, les infections sexuellement transmissibles, comment ça impacte nos sexualités et ce qu'on peut faire pour se libérer. Assis sur mon canapé, j'accueille Adrien, Mathieu, Florent, Stéphane. Adrien, Florent et Mathieu sont trois auditeurs qui ont répondu à mon appel à témoignage. Merci à vous, bienvenue. Et Stéphane Morel est coordinateur du SPOT, un centre de santé sexuelle à Paris. Ce soir, chacun va raconter son chemin de conquête ou de reconquête de sa sexualité face à la peur des IST. Stéphane, tu auras une casquette d'expert. Tu interviens quand tu veux pour nous partager des infos médicales à retenir et des conseils concrets. Cet épisode est soutenu financièrement par mon partenaire SexoSafe de Santé Publique France. Un soutien essentiel car pour le moment, seulement 190 auditeurs soutiennent le podcast. Seulement. C'est quand même déjà super. Mais c'est vrai que j'ai besoin que 400 auditeurs donnent 5 euros par mois pour que je sois financièrement en sécurité. Alors si tu écoutes ce podcast, qu'il t'inspire ou t'aide, prends 5 minutes maintenant pour aller sur le site et faire un don mensuel ou en une fois. Merci. Bon, bon, bon, revenons à notre sujet. Je vais vous faire une confidence. Si on devait faire là, tous les cinq, une compète à celui qui a été le plus bloqué sexuellement à cause des IST, désolé mes amis, je pense que je gagne. Ma peur irrationnelle des IST, je rigole pas, ça m'a bloqué 20 ans, 20 putains d'années, de l'âge de 15 ans à 35 ans. J'avais du sexe, mais c'était bourré d'angoisse, avant, pendant et après. La bonne nouvelle, c'est qu'aujourd'hui, je n'ai plus aucune angoisse liée aux IST. J'ai gagné ce combat dans ma petite tête. Youpi ! Et je vais vous raconter comment. En tout cas, je participerai à ce cercle de paroles. Mais je propose qu'on commence par un petit tour de table. Enfin, de canapé. Je rigole parce que j'ai rigolé quand j'ai écrit cette blague qui n'est pas vraiment très drôle. Mais bon, on est assis dans mon canapé. Chacun, je propose, va dire son prénom en commençant par « toi ». Adrien. Et en plus de ton prénom qu'on va découvrir ensemble, parce que je ne sais vraiment pas lequel c'est, tu vas dire de 0 à 10, comment aujourd'hui la peur des IST empêche ta sexualité ? 0 étant pas du tout, genre vraiment niet, et 10 étant beaucoup. Je m'appelle Adrien. Ah ouais ? Comme par surprise. De 0 à 10 ? C'est une bonne question. Mathieu, prépare-toi, tu es le suivant. 4. Ok. Mathieu. Moi, c'est Mathieu. Et aujourd'hui, ma peur des IST, elle se situerait aussi aux alentours de 4 ou 5. Stéphane ? Bonjour. De mon côté, je pense qu'elle est... Elle est assez... Deux, trois. Pas plus. Et toi, Florent ? Moi, c'est Florent, effectivement. Moi, je me situerais actuellement... Je me mettrais trois. Moi, je me souviens, en tout cas, moi, dans ma prépa, Mathieu, tu m'as dit « la peur des IST, est-ce qu'elle te bloque ? » Tu as répondu « oui, beaucoup », mais je suis très heureux que tu changes d'avis et que tu sois une personne complexe et mouvante. Tu m'as dit « pendant de nombreuses années, je me suis complètement interdit d'avoir une sexualité de peur des IST ». Je m'interdisais tout rapport, m'enfermant dans la solitude. Quand j'ai commencé à reprendre la sexualité, je me suis rendu compte être bloqué à pas mal de niveaux. Je faisais de grosses crises d'angoisse. Aujourd'hui, tout n'est pas réglé, mais je suis en chemin. C'est la raison pour laquelle j'ai répondu 5 parce que je ne saurais pas précisément donner une note. Ça va dépendre du rapport sexuel, bien sûr. Là, depuis quelques temps, je dois avouer que mes peurs, ça me nuise et tant mieux parce que j'en ai bavé pendant un certain nombre d'années et il est temps que j'arrive à me sentir mieux. Et en vérité, oui, ce que tu mentionnes dans ce que je t'ai dit, ma peur des IST, elle est bien réelle. Elle existe encore. Elle est encore présente, mais elle est contrôlée. Tu nous ramènes au début, quand tu dis j'en ai bavé. Tu te souviens comment ? Bien sûr, je m'en souviens très bien. On repart en 2019. Ma sexualité a débuté peu de temps avant. J'ai 21 ans à cette époque-là. Je viens de quitter mon premier copain. Et je pars vivre en Espagne à cette époque-là, donc j'ai envie de m'amuser, j'ai envie de découvrir des choses que je n'ai pas encore découvertes. Donc pour la première fois, je m'inscris sur Grindr. Et c'est à partir de ce moment-là que tout devient compliqué. Alors il faut dire que là-dedans entre aussi un gros choc émotionnel familial, donc ça n'a pas aidé. Mais en fait, suite à un rapport en particulier qui m'a déboussolé, décontenancé, c'est après ça que j'ai eu mes premières angoisses et que je ne savais pas nommer en fait parce que je n'avais jamais eu de crise d'angoisse auparavant. Je ne savais pas ce qui se passait physiquement. Je ressentais des peurs incompréhensibles. J'avais du coup des symptômes aussi d'IST à ce moment-là. Donc panique à bord totale parce que je suis dans un autre pays dans lequel je n'ai pas un accès à la santé comme en France, étant étranger. Du coup, que je comprenne, avant ce rapport sexuel en Espagne, tu as un copain. En fait, la peur des IST n'était pas bloquante ? Non, pas du tout. Et tu avais une stratégie de protection ? Oui, toujours. Et il y a toujours eu de la protection en soi. Qu'est-ce qui s'est passé ? Est-ce que tu es à l'aise de raconter ce rapport sexuel ? Qu'est-ce qui s'est passé de particulier ? En fait, je ne m'attendais pas du tout à ce qui s'est passé ce soir-là. Ce mec est arrivé chez moi et on avait discuté un tout petit peu sur Grindr et son idée c'était effectivement d'avoir un rapport directement, ce qui est plus compliqué pour moi, mais je ne le savais pas forcément à ce moment-là. Du coup on a eu un rapport, j'étais consentant, il n'y a pas de soucis. mais c'est vrai que après ce rapport là le peu de temps qu'il reste chez moi je veux dire le peu de temps qu'il reste encore chez moi il m'explique que de toute façon il avait déjà vu quelqu'un la veille et puis quelqu'un même le jour même et qu'il voyait quelqu'un le lendemain et ça en fait je me suis dit waouh et du coup en fait sans rien cacher je lui ai fait une fellation sans protection et c'est à partir de là en fait que les choses commencent à me faire peur parce que parce que du coup je sais pas où il a traîné avant en fait et ça ça m'effraie à ce moment là et c'est deux semaines après en fait que je commence à ressentir des symptômes j'essaie de contacter une personne qui est infectiologue dans un CHU en France elle me fait peur du coup en me disant mais t'as des symptômes faut absolument que tu te fasses tester là très vite je peux pas me faire tester là où je suis on me le propose pas parce que je n'ai pas de carte de santé espagnole Donc, panique à bord, c'est là qu'arrivent mes premières vraies grosses crises d'angoisse. Je vois quelqu'un en même temps, c'est très compliqué. Du coup, je rentre en France en catastrophe, je me fais tester, je rentre en Espagne après. Et en fait, s'ensuit tout un processus de paranoïa qui démarre vraiment à ce moment-là et qui augmente jusqu'en février, finalement mars 2020, quand la pandémie arrive. la pandémie arrive du coup je m'enferme complètement et c'est à partir de là que j'arrête réellement pendant un certain temps d'avoir des relations sexuelles parce qu'elles m'effraient l'idée d'en avoir une me fait peur même si j'aime ça Mais je me dis qu'à un moment donné, il va falloir que tu choisisses. Soit tu sais que tu vas faire une grosse crise d'angoisse et que tu vas être dans le mal absolu. Soit tu restes dans ton coin et tu t'occupes tout seul. Du coup, en Espagne, le test était positif. J'avais rien. J'étais négatif. J'étais négatif et c'est là que je ne comprends pas. Parce que les tests, je les ai faits en France du coup. Ils arrivent négatifs et je ne comprends pas parce que les symptômes, ils étaient là. C'était quoi les symptômes ? Ça me brûlait énormément quand j'urinais. Donc, je ne comprenais pas. Je les ai même fait deux fois, les tests. Même en revenant en France à un moment de la pandémie, j'en ai refait rien. Trois mois après, rien. Bon. Donc, voilà. et donc c'est par derrière que tout continue et quand je reprends mes études en France les choses sont toujours dans le même acabit c'est à ce moment là que j'attaque une thérapie parce que je me sens trop mal parce que mon hypochondrie elle est certes sur les IST mais en fait elle prend toutes les sortes de maladies, l'hypochondrie elle est générale mais les IST prennent un gros pourcentage de l'angoisse et du coup c'est vrai que le peu de rapports que j'ai à cette époque là me terrifie Je ne sais plus où donner de la tête. À cette époque-là, c'est quoi ta stratégie de prévention ? Tu fais des fellations sans capote et sinon tu utilises la capote pour t'épénétrer ou tu pénètres les gens ? Oui, l'un ou l'autre. En général, à cette époque-là, je suis plutôt pénétré. Mais du coup, en fait, le blocage, il vient là aussi. C'est-à-dire que je ne suis plus en mesure de... Physiquement, je n'y arrive plus. À être pénétré. Ça ne marche plus, c'est bloqué. Parce que dans ta tête, il se passe quoi quand il y a un rapport sexuel ? Tu penses aux IST ? Je te fais peur, n'oublie pas que je suis là, vraiment, je suis avec toi, ta peur est là. C'est la raison pour laquelle vraiment je décide de partir en thérapie, en thérapie TCC avec une psychologue. Et pour combattre en fait cette hypochondrie parce qu'il faut s'imaginer en fait que... Une fois, lors d'un rapport en particulier, j'habitais Poitiers à cette époque-là, après un rapport, je tombe dans une crise d'angoisse qui m'a duré une heure et demie. J'étais en boule sur mon lit, en tétanie totale, j'avais une poussée de fièvre, on arrivait dans des sommets incalculables, c'était invivable finalement. Au moment de la... Je suis vraiment désolé pour toi. Non, mais non, il ne faut pas l'être. Ah ben si, moi je sais, ça m'émeut. Au moment où tu es en crise d'angoisse, c'est quoi un peu les fondements mentaux ? Ton cerveau te dit quoi ? C'est quoi les petites phrases ? Même si la crise d'angoisse, ça peut être une panique totale et... Rien dans le cerveau. Est-ce que toi, tu avais des petites phrases ? C'est du genre, je vais forcément avoir une IST ? Oui, c'est exactement ça. C'est ces phrases-là, en fait. C'est celles que tu viens de dire. Elles sont là avant même que la crise commence, finalement, puisque c'est elles qui vont démarrer, finalement, la crise. Elles sont là, ces phrases-là. C'est effectivement ça. C'est des phrases qui me disent « Bon, de toute façon, c'est foutu maintenant. T'es malade, c'est sûr, tu vas pouvoir aller te faire traiter ». « C'est bien fait pour toi, t'avais qu'à pas faire ça, tu le savais très bien », c'est des phrases même qui peuvent être violentes comme ça. Ouais, et t'es malade, tu vas devoir aller te faire traiter ? C'est-à-dire que tes angoisses savent que les IST, certaines, peuvent être traitables ? Les traitements parfois me font peur aussi, c'est ça qui est encore plus paradoxal dans cette hypochondrie là. Mais du coup je sais ce qui existe, je connais à l'époque les trithérapies, je connais peu voire pas la PrEP encore à cette époque là, parce qu'on en a jamais parlé tout simplement. ou alors j'en ai vu sur les réseaux on en a parlé sur les réseaux sociaux des influenceurs que je suis qui sont aux Etats-Unis et donc en France à ce moment là je ne suis même pas sûr que ce soit là vraiment encore parce que ton angoisse c'est je vais attraper le VIH même pas le VIH en fait le VIH j'ai toujours conscience qu'il existe des thérapies qui font qu'aujourd'hui on est indétectable et que du coup en soi il y a des choses qui permettent de vivre et de vivre correctement mais ça c'est ton cerveau rationnel L'angoisse elle pense pas au VIH L'angoisse elle pense à l'hépatite L'angoisse elle pense à la syphilis, à la chlamydia Elle pense à des choses comme ça plutôt C'est ces maladies là C'est la douleur en fait qui me fait peur Je pense Et gonorrhée et tout ça Florent est-ce que tu es au chez de la tête ? toi dans le parcours de Mathieu c'est des choses qui résonnent pour toi ? ça résonne alors beaucoup moins je ne suis pas allé jusqu'à faire des crises d'angoisse effectivement mais cette peur irrationnelle de la maladie en général pas que des IST de toute façon je suis hypochondriaque et je me reconnais dans ce qu'il dit parce qu'il dit qu'on a aussi peur du traitement De l'effet que ça peut avoir sur nous, de la douleur et tout ça. Et oui, c'est ce qui s'est passé aussi quand j'ai voulu prendre la PrEP la première fois. J'ai eu des effets secondaires de ouf, j'ai cru que j'allais mourir. Mais je pense que je me les suis un peu provoqués, parce que je suis très fort pour ça justement, de me provoquer des symptômes. Et il faut savoir que je n'ai jamais eu aucune IST, pourtant j'en ai très peur, mais j'en ai jamais eu. J'en ai jamais eu, je me suis fait dépister des milliards de fois, tu vois. Voilà, mais oui, donc du coup ma première prise de PrEP a été très compliquée parce que j'ai eu tous les effets secondaires qu'on peut lire, parce que du coup après moi je vais lire la notice, je vais lire sur internet, donc du coup comme je le lis, je l'assimile et donc je l'ai, tu vois cet effet-là. sachant que la PrEP c'est le médicament que tu prends justement selon une structure avant et après un rapport sexuel pour te protéger du VIH donc c'est pas c'est pas suite à une IST et autres mais il peut y avoir des effets secondaires plus ou moins rares et c'est cela que tu lis et que tu ressens à ce moment là ou d'autres je peux en inventer Toi, tu as l'impression que l'angoisse autour des IST, elle est là depuis le début ? Parce que tu vois, Mathieu disait, mais moi, avant, elle n'était pas là, elle est apparue. Moi, perso, moi, Guillaume, elle est là depuis le début. Est-ce que toi ? Depuis le début de ma vie sexuelle. Oui, bien sûr. J'ai eu une vie sexuelle un peu tardive aussi, donc je pense que ça tourne à peu près au 2019-2020. Tu as quel âge quand tu commences à être sexuellement actif ? 30 ans, un peu plus. Et aujourd'hui, tu as quel âge ? Aujourd'hui, j'ai 37 ans. et parce que coming out de tard on fera un autre épisode sur ça à moins que ça soit lié en fait donc je découvre un peu donc oui effectivement j'ai envie de découvrir j'ai envie de m'amuser et donc je découvre une certaine liberté en tout cas des autres quand je me connecte à Grindr et donc on constate que les gens sont très libres et très open comme on dit chose que je suis pas forcément alors je suis là pour découvrir mais bon voilà Donc on voit des choses et on vit des choses un peu hard au début. Parce qu'à 30 ans, tu débarques sur Grindr, c'est un peu ton entrée dans la vie sexuelle gay. Avant, tu avais eu une vie sexuelle hétéro ? Non. Pas de rapport sexuel avant ? Pas de rapport sexuel. Avant j'étais en surpoids, donc du coup pour moi je me dis sexuelle, je n'en ai pas avec, donc je m'étais interdit cette vie-là avant. Tu t'identifies bi ? Non. Donc tu te sentais gay ? Ouais. Tu étais au courant, tu avais ça devant toi. Moi, je savais. Quand tu arrives à 30 ans, tu dis, je découvre des trucs un peu rudes. Je ne sais plus quel terme tu as utilisé. Des pratiques très libérées. Sans capote, avec capote. C'est vrai que, tu l'avais dit dans un autre épisode, on associe souvent le sexe gay comme sale. En tout cas, moi, c'était la représentation un peu aussi que j'en avais. Et donc, après chaque rapport, j'ai culpabilisé. Alors moi, par contre, je n'y pensais pas pendant. Par contre, tu vois, je pense que l'excitation, ça me faisait complètement sortir du truc. Mais par contre, au moment où ça s'arrêtait, où c'était fini... Enfin voilà, c'était... Enfin j'y pensais, puis après je me rejouais le moment. Alors là j'ai fait ça, là il a fait ça, mais du coup voilà, je me revivais la scène pendant des jours et des jours. Et j'ai mis énormément... Alors c'est vrai qu'on va dire que la première année est très compliquée parce que je n'osais pas aussi aller me faire dépister. Je ne savais pas où aller. Dès ton premier rapport sexuel, tu as eu ces angoisses après le rapport ? Oui, tout de suite après. Est-ce que tu te protégeais pendant ces rapports ? Très longtemps par contre, je n'avais pas de rapport où j'étais pénétré ou pénétrant. Donc ça a été beaucoup de rapports avec des fellations, des préliminaires. Et des fellations sans préservatifs ? Donc ton cerveau, tes angoisses se fixaient sur cette fellation sans présentatif, qu'est-ce qui s'est passé, qu'est-ce qui est possible. Donc du coup j'avais énormément d'angoisse par rapport à ça et comme en plus je n'osais pas aller me faire dépister et je n'en parlais pas non plus à mon médecin, donc du coup je suis resté longtemps quand même avec cette angoisse jusqu'à ce que je rencontre quelqu'un sur ce Grindr, un garçon avec qui on a parlé de ça et c'est la première fois que je parlais de ça. à quelqu'un du coup il m'a dit non non mais il existe des centres donc les CEJ tout ça bah viens on y va ensemble tu vois donc je suis tombé sur quelqu'un de très sympa ah ouais l'ange gardien sur Grindr ouais comme quoi ça existe ça a pas duré désolé de spoiler mais bon vous avez eu un rapport sexuel ensemble oui et c'est après que tu lui confies ton angoisse ouais et lui l'a accueilli très bien il m'a dit bah viens on va se faire dépister ensemble et du coup pour la première fois j'ai eu avec lui où ça t'étais où à ce moment là ? à Marseille où tu habites ? où j'habite du coup donc c'était la balloncocégide à Marseille et voilà donc je n'avais rien Et tu n'as jamais rien eu. Et je n'ai jamais rien eu. Parce que tu n'as jamais rien eu, parce que du coup, tu n'as pas de pratique sexuelle, ta sexualité ? Tu m'as dit, j'ai pénétré, pénétration, non ? Oui, oui, au départ. C'est venu. Non, écoute, je n'en ai jamais eu. Alors, je pense peut-être par chance aussi des fois, parce que oui, il y a eu des accidents et... Et je n'utilise pas tout le temps la capote. Avant de prendre la PrEP, je n'utilisais pas tout le temps la capote. Alors moi, je suis plus pénétrant. Et du coup, la capote... Quand j'en mets une, ça ne marche plus. Tu te fais débander. Exactement. Attends, ça, c'est vachement intéressant parce que je me retrouve là-dedans et je suis curieux de savoir ce que les autres pensent. Ce que j'entends, c'est que tu as à la fois un cerveau très anxieux sur la possibilité des IST et que sous le coup de l'excitation dans le feu, tu peux pénétrer sans capote. Oui, j'ai fait ça. Et après, c'était terrible. C'était terrible. Alors, du coup, maintenant, c'est vrai qu'au Cégid, ils me connaissent très bien. Forcément. Parce que le moment où je suis allé, ils m'ont vu tout le temps. Donc... Ah, mais j'y vais beaucoup de fois. Même maintenant, sous PrEP, j'y vais... Si j'ai le moindre doute, et comme je doute très souvent... Du coup, j'y vais. Et alors, en plus, ils me disent que ça ne sert à rien parce que je n'attends pas. Tu sais, le délai, je ne sais plus comment il faut attendre. Moi, j'y vais le lendemain, ça ne sert à rien. J'ai dit mais tant pis, faites-le moi, ça va quand même me rassurer. Je reviendrai dans deux semaines ou je ne sais pas quoi. Oui, c'est la période d'incubation, c'est-à-dire le rapport sexuel. Si tu devais avoir une IST, et ce n'est pas évident de choper une IST, toutes les IST ne sont pas faciles à avoir. Apparemment, oui. Parfois, je crois que c'est automatique, mais non, et Stéphane pourra nous en parler. Mais même s'il y avait une possibilité d'IST, si tu sens un symptôme, genre la demi-heure d'après, Stéphane, je te posais la question, une demi-heure après, on est d'accord que ce n'est pas possible que ce soit déjà une IST qui s'exprime ? Non, ça n'a rien à voir. Il n'y a pas d'IST qui apparaissent en une demi-heure. Je crois que la plus rapide à avoir un symptôme, c'est les gonocoques, et c'est au bout de trois jours. Et c'est les gonocoques. Les autres, c'est deux semaines, en règle générale. trois semaines pour d'autres pour avoir un dépistage qui peut être positif, voire six semaines pour, par exemple, le VIH. Oui, oui. Mais moi, en préparant là, vraiment, je me souviens habiter à Genève, en Suisse, et je travaillais pour Médecins Sans Frontières. Et il ne faut pas que j'ai honte, mais j'avais une expertise sur le VIH sida. Donc, c'est quand même... Je trouve que c'est puissant. Pour moi, je dis ça parce que pour vraiment dire que l'angoisse ne s'inquiète pas de la raison, de la science ou de ton savoir. Ce n'est pas une question de est-ce que j'ai lu des trucs et tout. Et malgré tout ça, je me rappelle de nuits d'angoisse après, dans le feu de l'action, avoir sucé une bite. Et la nuit d'après, c'était terrible et c'était... Et tu vois, tu t'inventes tout un tas de trucs et c'est vraiment... Et me dire, dans la nuit, arriver à m'endormir en me disant « Ok, demain, t'iras te faire dépister. » Et c'est un peu ce que j'entends dans ton discours, Florent. La seule chose où je peux essayer de retrouver un peu du sens là-dedans, c'est d'agir. Et là où je peux agir, c'est dans un centre où ils s'y connaissent et où je vais me faire dépister. Oui, c'est ça. J'entends que les symptômes viennent. Et c'est vrai. Je crois que les symptômes arrivent, mais c'est vrai que... Moi, je peux me provoquer des symptômes. Un quart d'heure après, ça me gratte. J'ai mal quand je fais pipi. Et ça m'est arrivé de prendre rendez-vous sur Doctolib la nuit où c'est passé le truc. Je prends rendez-vous sur Doctolib. Ça t'apaise ? Oui, c'est ça. J'avais envie que toi, tu réagisses, Adrien, parce qu'à un moment donné, Florent t'a dit... C'est marrant parce que je ne savais pas que tous les deux, vous aviez eu un coming out dit tardif. Alors, je n'aime pas trop cette espèce d'échelle du temps qui voudrait que... Mais c'est intéressant parce qu'en fait, tu m'as dit un peu la même chose. Comme j'ai préparé et que tu m'avais écrit un petit truc, je vais le lire. C'est sympa ? Adrien, toi tu m'as dit « Après 10 ans de vie hétéro avec une femme dans une relation monogame, je découvre depuis quelques années ma vie gay et la santé sexuelle. » En fait, ce n'est pas toi qui l'as écrit, c'est moi qui l'ai réécrit. Je t'ai fait un vocal et tu as retranscrit mon... J'ai mis du temps à sortir de l'image sida années 90. J'angoissais à chaque dépistage, même en prenant la PrEP. Récemment, j'ai eu mes premières IST. J'avais envie de te faire rebondir quand Florent a dit le sexe gay, je le voyais comme sale. Toi ? Et toi, tu me parlais de ces images un peu sida années 90. Toi, tu t'identifies bi ou gay ? Non, je m'identifie vraiment gay. Et l'image que j'ai de la sexualité gay, elle n'était pas du tout sale. Pour moi, elle était inquiétante parce que j'ai le souvenir gamin d'avoir vu des images à la télévision de gens qui sont atteints du sida. qui se baladent dans les couloirs qui sont tout maigres complètement faméliques qui sont blancs, livides qui témoignent les yeux dans le vague moi j'ai eu une angoisse de ça et moi j'en ai parlé plusieurs fois à ma thérapeute parce que c'était aussi un stress récurrent de qu'est-ce que je fais de cette sexualité en fait tout de suite elle était liée à quelque chose de macabre en fait ouais Et de morbide au sens vraiment propre du terme, c'est-à-dire vraiment relié à la maladie, quoi. Et moi, ce que j'ai découvert, effectivement, après avoir été dix ans dans un couple monogame avec une femme, en fait, j'ai découvert la sexualité gay il y a trois ans. Et en fait, j'ai pris la PrEP et tout ça. Et je me suis dit, putain, en fait, c'est fou, la sexualité gay, en fait, elle est vachement... affilié à une médicalisation moi c'est comme ça que je l'ai vécu où en fait la PrEP que j'ai pris assez vite quand j'ai commencé à avoir mes premières relations enfin oui mes relations gays avec d'autres garçons en fait j'ai halluciné de prendre ce médicament tous les matins je me dis ah oui en fait pour pouvoir vivre sereinement dans ma tête, il faut que je prenne ce fucking médicament tous les matins. Ce qu'il n'y a pas du tout dans la culture hétérosexuelle, hétéronormée ou d'un coup monogame. Ton rapport aux IST quand tu étais dans une relation sexuelle hétéro ? ça n'existait pas parce que vous étiez monogame vous faisiez des tests pendant 10 ans j'ai jamais fait aucun test pendant plus de 10 ans j'ai fait aucun test j'ai fait mes premières prises de sang quand je me suis séparé que j'ai divorcé que j'ai commencé à avoir des relations avec des garçons et je me suis dit d'abord évidemment sans capote parce que c'était le désir qui surgissait un peu comme ça et après je me suis dit tu vas faire des conneries donc je suis allé me faire tester Et là, le médecin, il m'a dit OK, on va vous faire un test là maintenant. Et donc là, moi, j'ai totalement flippé. Je me suis dit putain, en fait, ça fait n'importe quoi. Tu t'es même pas protégé. J'étais vraiment dans une espèce d'angoisse très, très forte. Evidemment, évidemment, heureusement, les résultats au VIH étaient négatifs. Mais cette angoisse-là m'a duré pendant deux ans alors que j'étais sous PrEP. Je le prenais tous les matins. J'étais hyper rigoureux dans ma prise de PrEP et que quand je faisais mes tests, au début tous les trois mois et maintenant tous les six mois, j'avais une sexualité qui escalait. Mais avant le résultat du test, j'avais une montée d'angoisse, mais c'était horrible. C'était énorme. Toi, tu disais, tu avais quelle sexualité ? Ben moi, comme j'ai un peu mis sous cap ma sexualité pendant plusieurs années, en fait, là, depuis trois ans, j'ai une sexualité régulière avec une libido assez forte. Donc, je ne sais pas. Plusieurs partenaires. Ouais, plusieurs partenaires par semaine, dans un rythme assez régulier. Après, comme... J'ai deux enfants aussi. Du coup, en termes de logistique, j'ai la garde alternée. Du coup, je ne pouvais pas assouvir autant mes désirs que je voulais. La semaine A, c'était avec les enfants. La semaine B, dès que je pouvais, j'étais dehors. Florent disait qu'il se sent hypochondriaque avant de te faire rebondir. Stéphane, j'ai vu que tu t'es saisi d'un micro. Toi, tu te dirais hypochondriaque ? Non, non, non. Je ne crois pas. Ce rapport aux images des années 90 du VIH et effectivement le flip, il est plus sur le résultat. Ah oui, et si d'un coup... Sans le savoir, j'avais attrapé le VIH. T'avais des inquiétudes par rapport aux autres IST ? Pas du tout, aucune. Mais j'ai attrapé des IST et j'ai souffert. Je vais raconter après. Stéphane ? Moi j'avais envie de réagir par rapport à la place du médical et du soin dans nos sexualités. Et je pense que, oui, le VIH a introduit quelque chose dans la sexualité des hommes gays, bi ou non-binaires, qui est une intensité de la place du médical, des médicaments. Après, toi, tu l'as découvert, en fait, quand t'as commencé à avoir des relations sexuelles avec des hommes, et tu l'avais pas dans ton couple... — Hétéro avant. — Pas du tout. — Mais peut-être que ta copine, femme, je sais pas, l'avait, elle, avec la contraception. — Oui. — Ce rapport où t'as nécessité de prendre un médicament pour pouvoir avoir des relations sexuelles libérées, en fait, du stress de quelque chose. — Oui. — C'est pas le même stress, enfin, faut pas déconner, mais c'est un stress réel aussi pour... Oui, puis elle est tombée enceinte, elle a avorté, donc j'ai eu cette version-là aussi, mais ce n'était pas effectivement dans ma vie, dans mon corps, si je peux dire. Je comprends. Quelqu'un, par rapport à tout ce qui vient d'être dit, quelqu'un veut ajouter quelque chose ou rebondir ? Mathieu ? Stéphane, continue ? C'est pour faire part de mon expérience à moi, de l'inquiétude vis-à-vis des IST. Moi, elle ne s'est pas construite du tout de cette manière-là, c'est-à-dire que j'ai commencé ma sexualité sans la moindre inquiétude vis-à-vis des IST. probablement sans même savoir qu'elles existaient, pas même le VIH, parce que j'ai pas eu la chance d'avoir des interventions en cours qui nous racontaient ce que c'était à l'école. Donc j'ai découvert les IST et le VIH en allant dans des bars gays, mais donc vers 18-19 ans, et en voyant les petites brochures de prévention qui étaient très très très très explicites à ce moment-là, au début des années 90, donc il y avait des images... qu'on qualifierait de pornographique aujourd'hui en fait dans ces brochures produites par Santé Publique France dans son ancien nom et c'était assez intéressant mais là où mon inquiétude des IST moi elle est apparue c'est lié au VIH d'abord et quand j'ai réussi à calmer ça c'est quand j'ai commencé à bosser à parler des IST avec les gens c'est le moment où à force d'en parler j'ai juste arrêté d'avoir une sexualité pendant un an Parce qu'en fait, avoir tellement d'informations, et ça m'a fait penser à ce que tu as dit avant, la place de toutes ces informations, moi, dans ma tête, c'est ça qui a inhibé complètement ma sexualité au début de la période où je bossais. À l'époque, ça devait être le casque Infocida où je travaillais. Et ça prenait tellement de place dans ma vie que je n'arrivais plus à aller vers des relations sexuelles, des partenaires, sans que ça reste tellement présent qu'il n'y avait plus aucune place pour mon désir, ma libido et tout rien. Donc pendant un an quasiment, j'ai pas eu de sexualité de partenaire. Et puis à un moment, j'ai juste réussi à remettre doucement ça à sa place et à reprendre une sexualité tranquille. J'ai l'impression qu'il y a cette question du risque zéro. qui n'existe pas. C'est-à-dire, j'ai l'impression que moi, dans ma reconquête de ma sexualité, j'ai eu cette... J'ai déjà pris l'exemple sur le podcast, mais j'ai ma cousine qui fait de la haute montagne, elle est trop forte et tout, et elle a des problèmes de genoux. Ou en tout cas, elle peut avoir des problèmes liés à son activité hebdomadaire. Moi aussi, Adrien, je te regarde. Moi aussi, j'ai des rapports multiples. J'ai plusieurs partenaires et ça peut être hebdomadaire. À l'instar de ma cousine qui fait sa montagne, on a un peu les conséquences des activités dans lesquelles on met notre énergie. Et c'est vrai que le moment où moi, j'ai fait ce lien-là, tu vois, de se dire, ben oui, en fait, il n'y a rien où il y a risque zéro. J'ai fait de la céramique. Je peux te dire que quand tu touches les produits chimiques, même avec des masques, dans des milieux clos, il y a quand même des gros sujets de qu'est-ce que j'inhale, etc. Donc nulle part, je ne trouvais un risque zéro. Et l'autre chose que j'ai envie de partager, et je suis curieux de savoir si... Parce que je l'ai un peu entendu dans vos témoignages, mais je ne veux pas parler à votre place. Moi, ce qui a appuyé la peur des IST est parti de ce narratif commun que l'homosexuel est avant tout un malade. Soit c'est sous-entendu parce qu'il est quand même un peu mis de côté par la société. Tout ça, c'est Guillaume qui perçoit ces signaux. Je dis bien sûr que ce n'est pas une réalité. et vous allez partager votre opinion, mais moi j'ai grandi dans un endroit où je n'avais pas de repères homosexuels, ils n'existaient pas, mes parents n'avaient pas d'amis ou que sais-je. Je n'en entendais parler que par la version, comme tu as dit Adrien, de personnes qui pouvaient tomber malades et qui même dans cette maladie semblaient être quand même dénoncées et pointées du doigt. Et une immense solitude Quant à ma sexualité, c'est d'ailleurs pour ça que j'ai fait ce podcast. Je pense que c'est le petit Guillaume à Genève, j'avais 23 ans. Je pense qu'il aurait tellement bingé ce putain de podcast. Parce qu'en fait, je suis là à paniquer, à sucer des bites, mais je me rends compte, 20 ans plus tard, que ce qui m'a sauvé, ce qui m'a... Ouais, mais je dis sauvé, parce que franchement, vivre bloqué dans les angoisses, franchement, ça me rend trop triste et c'est pas une vie. Ce qui m'a sauvé, c'est mes pères, avec un A. C'est la communauté. Et que moi, je n'avais pas du tout conscience de ça. Je me disais, ouais, communauté gay, moi, ça me saoule, je n'ai pas envie d'aller dans des bars, je trouve que ça ne sert à rien. Mais en fait, c'est parce qu'il y avait d'autres personnes qui avaient des pratiques sexuelles libérées. Et qui me disaient « Ah, j'ai chopé une gono, ça se passe comme ça. Moi, je prends la PrEP, moi, je ne prends pas la PrEP. Moi, j'ai décidé de ne pas faire de fellation. » C'est parce que des gens que j'aimais, qui m'entouraient, m'ont raconté leur rapport à tout ça et les choix qu'ils faisaient. que j'ai dédramatisé, que j'ai vu que j'avais un choix à faire et que j'ai pu faire mon choix bien. Je me souviens tellement être si seul à Genève, le lendemain de mon insomnie, à courir au centre de santé ou que sais-je, et puis à le cacher, j'avais de la honte en fait. Pour moi, c'est directement lié aussi. J'ai Mathieu qui hoche de la tête. Hop, je donne le micro à Mathieu. Oui, pour le coup, c'est vrai que je suis parfaitement d'accord avec toi sur ce sentiment de honte, de je me sens coupable, de je cours au centre de dépistage. Parce que, comme l'a dit Florent, moi aussi, j'ai écumé les laboratoires d'analyse et les Cégides à cette époque-là. Du coup, c'est le dont je parlais un petit peu plus tôt. En revanche, je n'ai pas forcément grandi dans le même cercle que toi. Parce que, pour le coup, mes parents m'en avaient, des amis gays. Tu as quel âge ? Moi, j'ai 26 ans. Mes parents avaient des amis gays, donc c'est toujours quelque chose qui a fait partie de ce qui existe. En revanche, le concept de maladie n'était pas forcément lié, parce que mes parents ne liaient pas ça, ne liaient pas les homosexuels à la maladie. J'ai compris plus tard, en étant adolescent, au collège, au lycée, que oui, il y avait cette idée-là de la maladie des homosexuels qu'on a appelée le SIDA dans les années 80-90. J'ai, par la suite, plus grand vu des documents, etc. Je me suis intéressé à la chose. Ce qui n'a peut-être pas aidé, d'ailleurs... mes hypochondries mais du coup j'avais pas cette vision là des choses, en revanche la solitude elle était réelle et bel et bien là quand je faisais mes crises d'angoisse chez moi, tous ceux dans mon appartement dans mon studio ça c'était réel et ça c'était absolument atroce parce qu'à qui en parler ? Personne, parce qu'à l'heure actuelle c'est vrai qu'en tout cas à cette époque là J'étais le seul gay de tous mes potes, quoi. Et c'était très dur parce qu'à qui je pouvais en parler de ça ? À qui est-ce que je pouvais bien dire « ça va pas, tu ne comprenais pas, quoi ». Même si j'essayais d'en parler. J'en ai parlé à mon meilleur ami qui a toujours été une oreille incroyable, mais... Il ne savait pas, le pauvre, comment m'aider. Hétéro ? Hétéro, oui, mon meilleur ami. Hétéro, mon meilleur ami. Non, mais parce que je crois que c'était ce que tu sous-entendais, mais je n'étais pas... Oui, c'est ça. Non, non, c'est vrai. Il ne savait pas comment m'aiguiller parce que lui, forcément, sa sexualité était très différente. Ah, mais 100%, j'ai eu ma première chlamydia. Et j'ai un groupe WhatsApp avec deux potes gays à qui j'ai dit « Ah putain, je me sens trop pas bien, j'ai mal et tout ». Et en fait, rien que leurs messages vocaux de « Ah ouais, moi ça me rappelle ça, non mais t'inquiète », rien que ce petit espace qui dédramatisait. C'est ça qui m'a toujours manqué, moi, à cette époque-là. J'ai comme Florent jamais chopé d'IST ni quoi que ce soit malgré mes peurs et mes angoisses et mes pseudo symptômes du coup finalement mais c'est vrai qu'il y avait ça alors juste moi si je peux me permettre juste de rebondir sur ce qui a justement été dit par rapport à ça moi j'ai jamais considéré la sexualité gay comme sale du coup moi je le voyais pas comme ça au contraire j'ai toujours trouvé ça beau. mais c'est vrai qu'il y avait cet aspect plus peut-être libéré peut-être à cette époque là en tout cas à l'époque dont je parle donc 2019 2020 2021 Comme j'avais peu connaissance, je vivais quand même en province, donc il y avait beaucoup moins de... Tu veux dire quel coin ? Oui, je suis en Poitou-Charentes. Donc là, à l'époque, j'étais étudiant à Poitiers. En fait, j'avais peut-être une vision un peu libertine de ce qu'était la vie homosexuelle. Les rapports que j'avais, c'est vrai que moi, j'ai toujours préféré les rapports exclusifs, même si c'est que du sex-friend. comme j'ai peur justement des maladies ce qui me fait peur c'est moi j'ai confiance en mon corps mais j'ai pas confiance en celui des autres et donc c'est ça qui me faisait peur j'ai toujours dit à mes partenaires j'aimerais bien les coups d'un soir je le fais pas en général ça m'arrive peu voire pas parce que ça me fait encore peur et ça pour le coup c'est encore quelque chose qui est pas encore tout à fait résolu c'est en bon chemin mais c'est pas terminé encore mais à l'époque j'avais rencontré quelqu'un effectivement à qui je pensais avoir dit j'aimerais bien que ce soit exclusif parce qu'on se voyait régulièrement et ce serait bien que ça aille et en fait un jour il me dit ah bah non j'avais pas capté Pardon, je n'avais pas compris ton truc. Désolé. Du coup, on va s'arrêter là. Et lui, il a très mal pris. Il n'a pas compris, surtout. Il n'a pas compris, il n'a pas mal pris, il n'a pas compris. Toi, ton désir d'exclusivité, ça vient nourrir une part de toi et ta façon d'être dans le lien, le sexe, l'amour ? Ou c'est une stratégie pour éviter les IST ? Les deux, en fait. Moi, de base, pour avoir un rapport sexuel, j'ai besoin de ressentir des choses et j'ai besoin de connaître un minimum la personne. C'est mon truc. J'arrive plus, en tout cas. Le rapport dont je vous parlais au tout début, c'est ça qui m'a guéri de ça. Ce mec qui arrive chez moi en Espagne et qui arrive pour me défoncer, littéralement. Pardon, j'emploie des mots un peu forts, mais voilà, c'est ça, quoi. Et ça m'a dégoûté, en fait, et ça m'a perturbé beaucoup. Et en fait, non, du coup, moi, maintenant, j'insiste pour connaître un minimum la personne, avoir un date, même avant, limite, s'il faut. J'ai du mal, en fait, à sauter le pas de... Coucher le premier soir, je sais que c'est un peu fleur bleue dans l'idée, mais je suis pas ça. T'excuses surtout pas. Il y a l'histoire d'effectivement j'ai un côté assez romantique, c'est vrai, mais il y a aussi ce truc de j'ai la trouille des maladies, donc si on peut s'assurer d'un truc où on est juste toi et moi, c'est quand même pas mal. Mais je trouve que c'est passionnant ce que tu dis, t'excuses surtout pas, parce que je trouve que parfois la peur de l'IST, des IST, cette peur avec un grand P, peut-être parfois est une façon maladroite pour nous d'exprimer qu'on n'a juste pas envie de ce type de rapport, que c'est peut-être moins lié à la peur de la maladie, mais ça peut être, tu vois, quand tu dis « moi juste, je me rends compte que me faire défoncer par un mec que je connais pas et que je connaîtrais pas, c'est pas mon délire », Là, quelque part, c'est peut-être que parfois la peur de l'IST, elle raconte aussi autre chose. Et à la fois, et je me tourne vers Stéphane, et à la fois, j'ai aussi envie de dire, une fois qu'on fait un check avec soi-même et qu'on s'aligne avec ce qu'on veut comme sexualité, comme lien, j'ai envie de dire, ayez des problèmes de genoux. Ne limitez pas vos randonnées. Pardon, je ne veux pas donner de conseils. Moi, je ne veux pas... me limiter uniquement parce que je veux croire que j'aurai jamais de problème de genoux donc j'ai envie de prendre soin de mes genoux cette image va nulle part peut-être qu'elle est un peu compliquée mais en gros le point que j'ai envie de faire c'est avec toi Stéphane c'est que à part le VIH et l'herpès toutes les autres IST si jamais toutes les autres IST se guérissent Et on peut parler un petit peu de comment on se protège VIH ou herpès. Mais moi, dans mon choix actuel, en fait, ça m'a libéré d'avoir ma première chlamydia. Parce qu'en fait, on s'en fait toute une affaire. Enfin, « je », pas « on ». Je m'en faisais toute une affaire. Et en fait, une fois que t'as clamidia... Moi, dans la mesure où j'ai eu des rapports sexuels super chouettes, et c'est ça où je te rejoins, Mathieu, c'est qu'en fait, je suis là... Moi, je suis trop content de tous les gens. C'était plus ou moins réussi. Bon, j'ai chopé une clamidia. Tout de suite, j'envoie des textos aux gens en disant « Oups ! » Et ils me font « Ah bah merci, je vais me faire tester. » Et moi, je suis allé prendre mon petit traitement. J'ai envoyé mon petit message dans mon groupe WhatsApp en mode « Putain, j'ai le fion qui... » En feu. Et en plus, ça ressortait quand même de trois trucs. J'étais là, putain, mais c'est mal. Quand même, mon cerveau me disait un peu, ah, j'ai fait des trucs mal, donc j'ai dû un peu nettoyer ça pour en fait me dire, bah non, bravo Guillaume, quoi. Bravo parce que t'as... tu as fait un choix de prévention sexuelle. Moi, ma stratégie, c'est que je prends la PrEP et j'ai certains rapports sans capote selon le partenaire. Lorsque j'ai un rapport sans capote, je comprends qu'il peut y avoir des IST et j'ai un système, c'est-à-dire tous les trois mois, comme tout le monde, pour la PrEP, je vais me faire dépister. À ce moment-là, on peut capter des trucs. S'ils sont positifs, on les guérit. En tout cas, je crois que c'est ça le défi C'est de trouver son alignement dans, ok, je veux quel type de vie sexuelle, c'est quel type de randonnée, il me faut quel type de matériel et quels risques je prends et est-ce que je suis ok avec ces risques ? Mais tu vois, en fait, tout ce dont je parle, c'est vrai que ce que tu dis là maintenant, ça fait plus écho à mon présent. Ce dont je parle, c'est vrai qu'on est plus dans un passé, il y a encore une petite forme de réalité, mais le travail de cette thérapie est tel que ça me permet vraiment d'avoir réellement fait un pas en avant. Au prochain épisode, tu vas nous raconter ta thérapie. Ça marche. Tandis qu'Adrien va nous raconter ses IST, et Florent bien ce qu'il veut. Mais non, mais si je te coupe, j'aimerais qu'on finisse cette première partie avec toi Stéphane. Oui. Je trouve que dans tout cet épisode, on pourrait croire que les IST sont tout le temps très graves. Non, les IST se guérissent toutes, donc tu l'as dit, sauf le VIH et l'herpès qui ont des traitements. pour vivre avec, plus ou moins bien, notamment pour leur peste. Mais pour ce qui concerne les IST bactériennes, elles ont des traitements antibiotiques pour en guérir. On entend parler des fois de bactéries ultra résistantes, on les a pas en France. Le dépistage ça permet d'être sûr de quelle IST bactérienne on a et donc d'avoir le bon traitement et ça évite de prendre n'importe quel traitement pour éventuellement générer des résistances. Il y a des vaccins pour l'hépatite A, pour l'hépatite B, pour les papillomavirus, pour la variole du singe ou le monkeypox aujourd'hui. pour la méningite aussi donc bon bah tout ça c'est des maladies sexuellement transmissibles on peut se faire vacciner c'est recommandé quand on a un homme qui a des rapports sexuels avec des hommes c'est cool mais bon après il y a toujours ce ok une fois qu'on a tout bien fait comment en fait on se sent pas coupable éventuellement d'avoir fait un truc mal parce que finalement il y a eu une conséquence négative et moi je me dis qu'un truc qui m'a aidé moi c'est de me dire que je fais quand même quelque chose de bien c'est à dire de par exemple prévenir mes partenaires que j'ai une IST et partir du principe qu'eux ils le savent peut-être pas et que c'est pas forcément leur faute parce qu'en général les gens ils te refilent des trucs quand ils savent pas qu'ils les ont donc j'essaye de rester dans un truc positif pour pas me mettre dans un mode auto-flagellation pour j'ai fait du sexe sale alors que non mon sexe il est pas sale quand je le fais quel que soit le sexe que je fais y'a pas de problème et c'est pas la question des pratiques c'est juste Ma construction à moi qui fait qu'à un moment où il y a une conséquence et donc je voudrais dire qu'il y a eu quelque chose de mal alors que non. Ouais. Moi je suis sûr qu'on vit quand même dans un monde homophobe ou à forte tendance homophobe. Ça dépend où on vit mais je crois malheureusement que... Et là, tout le monde hoche de la tête pour dire que je ne dis pas juste tout ça des conneries. Et je pense que, je trouve qu'en piste, pour justement, dans son rapport à sa sexualité et la place des IST là-dedans, je trouve qu'elle est questionnée, justement, ce rapport à l'homosexualité. Tu vois, cette idée que... Enfin, tu vois, ma cousine, désolé, mais quand elle a un peu mal au genou, elle ne se dit pas qu'elle est sale ou qu'elle fait quelque chose de mal, tu vois. Non, mais c'est vachement intéressant. Ou pareil, tu vois, les gens qui courent des marathons... C'est quoi, 42 kilomètres ? Ils se disent... J'ai aussi ça dans mon entourage. Jamais je les ai entendus dire, franchement, je suis une mauvaise personne. Non, mais c'est intéressant parce que j'ai couru un marathon et que du coup, j'ai des impacts de santé. Et du coup, ça m'a toujours mis la puce à l'oreille sur est-ce que ce qui se raconte dans notre peur des IST est un peu irrationnel, donc au-delà de la peur juste ? Est-ce qu'il n'y a pas aussi beaucoup cette ancienne haine de nous-mêmes ou cette homophobie internalisée ou cette homophobie dans laquelle on est ? Ça sera la conclusion de cette partie 1. Merci. Nous allons... Quelques victuailles. J'ai coupé du concombre. Yeah ! Stéphane, tu peux yeah. On est bien accueillis chez Guillaume. Absolument. Vous êtes contents ? Oui, merci.

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