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Vous écoutez la deuxième partie de ce témoignage. Pour la première partie, c'est l'épisode précédent. Je ne sais pas si j'ai le droit de dire ce jugement. On va voir si on s'en sert sur quelque chose. Il émane de toi un truc très, très masculin. Tu as une énergie et j'en vois passer des gens. Et ce n'est ni positif ni négatif.
Mais très, très ingénieur. Je suis un peu moulé par un milieu assez masculin, etc. Mais d'ailleurs, du coup, c'est vrai que la plupart du temps, les gens avec les stéréotypes ne me pensent pas gay. Après, moi, je suis out au boulot, etc. Tu es d'accord ?
T'as l'impression ? Je sais pas dans quelle mesure je le force un petit peu. Je pense que là, je le force peut-être plus que dans la vraie vie. Je suis pas non plus à avoir énormément de gestuelle, avoir une voix plus aiguë, etc. Mais je pense que j'apparais peut-être plus masculin là. C'est possible. Mais c'est difficile parce que je me vois rarement de l'extérieur.
Et pourquoi là, particulièrement au micro, ça serait important d'avoir l'air très viril ? Je sais pas si c'est pour le micro ou si c'est le fait que quand je rencontre quelqu'un pour la première fois, il me faut d'abord un peu tomber mes barrières d'être à l'aise, etc. Enfin, peut-être. Grave ?
Peut-être que le micro aussi, je me dis, il faut quand même être un homme, tout ça, je prends du bas très grave. Je ne sais pas. Le narratif que moi, qui est très puissant dans cet entretien et du coup que j'expose parce que ça peut biaiser tout.
En gros, moi, je sens en moi qu'il y a quand même un Guillaume qui veut être viril, puissant, masculin. Il y a quand même un truc un peu animal. Je ne veux pas être efféminé, pénétré, homosexuel et perdant. Tout ça, c'est très schématisé. Oui, je comprends.
Et je sens que t'incarnes un peu mon fantasme de dire, putain, mais si j'étais lui, mais avec mes potes de lycée, mes potes d'école de commerce, mais je serais passé, mais tranquille, quoi. Et il y a un autre Guillaume qui se met du vernis, qui a aussi envie de ne pas être...
écrasé par en fait toutes ses obligations et qui d'ailleurs peut avoir envie de faire un jeu domination soumission parce que dans ce moment là vas-y j'enlève tous les masques et tout et que du coup peut-être que toi aussi sur ce chemin là d'épanouissement tu rends compte de cette masculinité cette virilité et puis on sait pas trop quoi en foutre ça te parle ou ça te parle pas du tout ? Je pense que je suis d'accord mais moi c'est marrant parce que je pense que je suis dans la construction un peu inverse où
J'ai l'impression d'avoir trop... Enfin, pas trop de masculinité, ça fait vraiment... J'ai l'impression d'avoir... Enfin, je suis pas sûr que ma masculinité est 100% naturelle, etc. Même si je la calcule pas forcément, etc. Mais je cherche à m'autoriser plus à être dans un genre de... Fluidité, le mot est très fort, mais...
je sais pas m'autoriser plus à être moins dans la caricature entre guillemets viril ou quoi que ce soit mais je sais pas dans quelle mesure ça me correspond etc mais par exemple je sais pas je vais plus accepter ou enfin plus aimer même me traverser etc mais même dans ça je pense que j'ai un truc parfois où je vais quand même dire ah regardez je suis un peu musclé regardez un peu rouler des mécaniques etc faire le un peu représenter parfois aussi auprès de mes amis etc le ah bah moi je suis le je suis le PD mais le PD un peu euh
horrible ce que je vais dire mais le non pas masquement parce que moi en tout cas c'est pas ce que je veux en tout cas dire mais je pense qu'inconsciemment il y a quand même un truc de regardez je suis pédé mais je suis le bon pédé je déteste cette expression mais il y a ce truc de mes potes ils disent ouais mais toi c'est pas pareil alors que mes potes sont globalement ouverts d'esprit etc hétéro homme potes hétéro j'ai pas mal de potes hétéro homme même si je me fais des potes gays etc voilà le problème c'est ça le problème les hommes hétéro c'est toujours le problème je te taquine mais non non je taquine et
et pour moi on est ultra puissant le moment où on se dit ça c'est pour ça que je trouve que tu vois le moment où on peut se dire avoir un peu une licence et se dire tiens quel rôle je joue et qu'est-ce que j'ai envie de jouer après libre à toi de choisir quoi mais est-ce que je suis en train de moi j'ai beaucoup entendu tout au long de ton discours que la masculinité te permettait de survivre
Je pense qu'à une époque, ouais, beaucoup. Ouais, parce qu'en plus, t'as pas pu faire ton coming out aussi. Je pense qu'à une époque, beaucoup, parce que contrairement à pas mal de mecs qui, naturellement, en tout cas, enfin, je sais pas si naturellement, mais qui étaient plus efféminés dans leur expression de genre, qui du coup, au collège, au lycée, allaient être traités de pédés et du coup, allaient soit réussir à le contrôler complètement et...
Et soit être forcé de faire leur coming out, mais ce qui n'est pas forcément très agréable non plus. Moi, je suis passé un peu à travers les balles sur cet aspect-là. Après, moi, j'étais extrêmement timide. Je pense qu'il y a aussi un truc où je me suis construit très tard. Donc, quand j'ai commencé à avoir un peu l'assurance pour ça, je me suis dit, OK, je vais être un rôle de mec un peu...
Mais clairement, il y a eu un truc, je me suis construit à une période de ma vie comme quelqu'un bien sous tout rapport selon la norme, etc. Donc, ça a été mon choix, mes choix professionnels. Je ne suis pas allé dans des trucs passion, après des trucs passion, je n'avais pas forcément d'idée, mais je suis allé être ingénieur. À part la bite. Pardon ? À part la bite. À part la bite, mais ça, c'est mieux plus tard.
J'aimais bien... Excuse-moi, j'ai essayé de faire une blague, c'était pas drôle. Mais je trouve... Moi, j'ai beaucoup d'amour pour ce Guillaume qui a pris des choix pour passer entre les balles. Après, on est au volant de nos vies, donc on peut tourner le volant. Mais le fait d'avoir aussi choisi, moi, à des endroits, d'être dans la norme, moi, je comprends. La question, c'est pourquoi tu y restes ? C'est-à-dire, aujourd'hui, quand tu joues
quand même en partie un rôle pour rassurer tes potes hétéros que t'es un bon gay. Tout ça est très essentialisé, mais on a compris l'énergie parce qu'à mon avis, plein de gens qui écoutent, moi inclus, on l'a déjà fait. Pourquoi tu restes ?
J'essaie de ne pas le faire, mais c'est difficile de savoir dans quelle mesure c'est naturel, dans quelle mesure c'est moi. Je pense que je change à ce niveau-là. Je pense qu'aujourd'hui, je suis probablement plus efféminé que je l'étais avant. Pas forcément plus efféminé, mais plus en relâche que je l'étais avant. Parce qu'aujourd'hui, je vais beaucoup plus parler d'émotions. Avant, c'est quelque chose que je ne faisais pas. D'ailleurs, même les...
j'arrivais à un peu ceinturer mes émotions même avant ça mais il y avait un truc de j'étais vraiment tout le temps à me dire ok je vais être découvert que je suis gay parce que quelqu'un va tomber sur mon historique internet quelqu'un va lire dans ma tête j'en sais rien j'étais à m'imaginer des scénarios j'ai une période où je fumais un peu de drogue enfin de weed j'avais l'impression de perdre un peu le contrôle donc j'avais peur de dire que j'étais gay il y avait ce truc de je me contraignais beaucoup
aujourd'hui j'essaie vraiment de déconstruire j'essaie vraiment de changer pas forcément de changer ça mais d'être plus à l'écoute de ok bah moi j'ai envie d'être comme ça moi j'aime ça et donc ça va passer par avec mes potes hétéros même si je vais avoir le truc du bon gay je vais quand même être aussi le gay qui passe son temps du coup à les mettre mal à l'aise comme ils mettent mal à l'aise les meufs en faisant des remarques en mode de cul etc mais qui les objectifient qui les mettent comme...
comme au centre du truc j'essaie aussi d'avoir un truc de avoir un discours qui va pas dans ce sens là justement si j'ai un pote qui me dit oh mais toi c'est bon t'es pas efféminé t'es pas comme ça je fais c'est pas ok d'avoir ce discours là quoi après je peux pas dire ah bah non mais moi je vais enfin je vais pas je peux pas à l'inverse me forcer à me forcer à être plus efféminé être plus maniéré mettre à faire des envolées de doigts etc parce que c'est pas comme ça que je crois pas que c'est ça dont on parlait
Ce dont on parle, c'est la performance exigeante, perpétuelle, dont tu ne dois pas glisser quand tu es avec des hommes hétéros, parce que sinon tu serais découvert.
Non, aujourd'hui, je pense qu'il n'y a plus cette performance. Je pense qu'on ne parlait pas du... Tu vois ce que je veux dire ? Quand on parle de comment nous, les gays, on s'adapte pour survivre, c'est pas genre, putain, je rêve d'agiter ma main d'une certaine façon efféminée et je m'en empêche, tu vois. En revanche, c'est se fliquer en permanence et avoir tellement internalisé ce que c'est un bon gay
où ton pote hétéro dit « oui, mais toi, t'es pas efféminé », c'est qu'on l'a tellement internalisé que tu n'as même plus le choix d'être toi-même. Tu es juste la copie de ce que l'on attend de toi pour ne faire aucun remous. Je pense qu'il y a des remans, des restes de ça toujours assez élevés, c'est sûr. Mais je pense qu'aujourd'hui, j'ai quand même beaucoup moins qu'avant. Je vais du coup te challenger. Un pote qui me dit « non, mais toi, t'es pas efféminé »,
en fait il est convoqué dans ma réunion de l'amitié et je lui dis mec en fait c'est la dernière fois et pour moi c'est ultra blessant et en fait c'est quelqu'un qui quitte ma vie très radical c'est très radical c'est pas vrai parce que je fais pas vraiment ça mais je crois que là j'ai envie de te partager un truc j'ai envie de te challenger nous challenger à un endroit de ah ouais mais du coup
ça me donne trop envie d'avoir des potes gays donc en fait c'est trop cool d'avoir des potes quels qu'ils soient de mes chemins de vie mais en fait j'ai envie de prendre soin à la non mixité tu vois à en fait et ça moi je l'ai fait dans ma vie depuis septembre là au travers de plusieurs projets en fait on se retrouve entre hommes gays
Et avant, j'étais là, tu sais, il y avait pas mal de débats sur la non-mixité, de l'importance de se retrouver entre gens qui sont... Je suis d'accord que c'est important. Moi, en fait, je n'ai pas compris au début. J'étais là, non, on s'accueille les uns les autres et tout. Depuis que je suis avec parfois des groupes qu'avec des hommes gays, ça change absolument tout. Et ça m'aide justement à me découvrir en mode... En fait, je suis qui quand je n'essaie pas d'être le bon gay ?
Et en parallèle, de me challenger à choisir qui est dans ma vie. C'est peut-être pas aussi radical que de rayer les gens sans... Je pense que tes potes, ils ont le droit à de l'amour et que t'as plein d'autres façons plus intelligentes de réagir. Si jamais j'ai un pote hétéro qui tombe sur le podcast, il va dire on est horrible. Non, c'est pas le cas, mais...
mais si mais pourquoi tu les protèges un mec qui dit non mais c'est ok parce que toi t'es pas efféminé pour moi mais là je te parle la dernière fois qu'on me l'a dit c'est une fille qui me l'a dit pareil une meuf qui dit ça bah ouais mais pour moi moi je lui ai dit écoute enfin je lui ai dit
je lui ai dit ton discours c'est un peu de la merde mais c'est pas un peu de la merde c'est ça que je trouve vachement intéressant c'est que je protège après tous mes potes sont pas du tout comme ça j'ai plein de potes qui sont super qui à l'inverse sont beaucoup c'est pas non plus ce que je disais mais c'est marrant c'est que
il y a en toi quelqu'un qui ne se lève pas là. Tu vois, comme Adèle, elle se lève. Je pense que parfois, d'ailleurs, je culpabilise... Je culpabilise de ne pas justement plus leur dire... Par exemple, il y a ce truc que je fais au boulot ou avec mes potes, d'essayer de déconstruire le mot « enculé ».
qui m'énerve, parce que moi je suis plus un enculé, et le fait que ce soit utilisé comme une insulte, donc à chaque fois que quelqu'un va dire enculé, je vais dire, c'est pas une insulte. Au fur et à mesure, ils le conscientisent. C'est un petit truc, mais voilà. Avoir ce truc-là, mais sur plus de choses, mais d'un côté, il y a aussi ce truc, j'ai pas envie d'être le relou de service, mais c'est un juste milieu dur à trouver. Et très dur à trouver, parce que du coup, je vais prendre le contre-pied de ce que je viens de dire,
Moi, en ce moment, depuis cet été, depuis l'été dernier, j'enquête sur ma famille, la place de l'homosexualité, de l'homophobie. En gros, mon grand-oncle, j'ai découvert qu'il avait eu un amoureux secret. En tout cas, il est secret de moi puisqu'on ne me l'avait jamais dit. Et je découvre tout un tas de trucs. Et donc, je me mets à interviewer les gens. J'essaie d'en faire un podcast, c'est galère. Mais dans les interviews, j'entends une homophobie. Et en fait...
Je ne sais pas quoi faire parce que d'un côté, il y a une part de moi qui est là, mais on se lève et on se casse. Je trouve que c'est inadmissible. Et tu as la colère que je te partageais tout à l'heure est là. Et donc, je suis là, mais rien à foutre. C'est ma tante, c'est mon oncle et tout, mais rien à foutre. C'est fini ça. Moi, je ne veux plus de ça dans ma vie.
Et d'un autre côté, comment veux-tu, moi qui dénonce leur agression, me voilà en train d'en créer une nouvelle ? Et du coup, on repart pour un tour, parce qu'eux vont se sentir agressés. Ils vont se camper sur leur position. Globalement, quelqu'un qui se fait engueuler, il va pas trop avoir tendance à changer d'asie. Or, les potes, c'est comme la famille, parfois.
C'est pas juste quelqu'un que tu peux rayer. C'est ça, c'est de trouver le juste milieu entre réussir à faire changer d'avis les gens, enfin faire changer au moins de discours les gens pour qu'ils soient dans un truc plus ouvert, etc. Et à la fois réussir à pas trop être chiant pour qu'ils se braquent et qu'ils se bloquent. Et pour moi, le plus important, c'est pas les autres, c'est toi. Alors, bien sûr, les autres sont importants, mais...
C'est qu'en fait, là, ton enjeu, pour moi, mon enjeu, c'est d'être homosexuel et que du coup, l'autre, dans son homophobie, ne vienne pas m'empêcher d'être moi. Et donc, le moment où je passe un super moment, je ne sais pas ce que tu fais avec tes potes, et que j'ai un cri que certains pourraient penser efféminé, en fait, j'ai le droit de faire ce cri-là, je me l'autorise parce qu'en fait, je suis en lâcher prise, quoi !
Et c'est ça qui m'importe le plus, c'est comment évoluer dans un milieu où je suis sans cesse sur mes gardes de peur d'être plus le bon gay. Je comprends. Je pense que déjà, moi aussi, je fais ce parcours plus ou moins exprès, je sais pas, d'avoir plus de potes gays. Enfin, ça arrive aussi naturellement parce qu'en fait, il y a ce truc de... Je me suis bien rencontré des mecs sur les applis et puis il y en a qui on s'entendait bien et qui en est potes, etc. Et donc, parfois, je me retrouve en non-mixité, etc. Et...
Et je n'ai pas l'impression d'avoir une... Enfin, je pense que je suis plus... Je pense que je suis quand même plus ouvert sur... Je suis quand même plus à l'aise sur certaines choses. Après, c'est pas non plus dans le... Il n'y a pas non plus une différence énorme entre moi avec mes potes gays et moi avec mes potes hétéros. D'ailleurs, ça m'intéresse de mixer un peu certains de mes potes hétéros avec des potes gays pour justement avoir un truc de... Après, je sais que j'ai aussi des potes hétéros qui malheureusement...
je sais pas dans quelle mesure c'est vrai mais qui ont aussi un peu une construction de la masculinité un peu dans le sens de ok faut que je sois un mec etc quoi malgré le fait que je sois gay et du coup vous savez qu'on est pas non plus complètement dans un truc de ok je veux dire des mecs qui disent masque pour masque par exemple j'ai pas de potes comme ça heureusement parce que quelqu'un qui dit ça je dis j'espère que tu parles des masques covid
Dans le pré-entretien, tu disais « je m'inquiète que mon témoignage soit mal perçu comme fétichisant les gros ». Qu'est-ce qui t'inquiète ? Je suis assez prudent sur les mots que j'utilise et ça m'énerve de l'être trop. Mais oui, parce que je sais que c'est des personnes qui sont sujettes à être fétichisées et que je ne sais pas ce que je...
J'ai l'impression que la place parfois des gros et des grosses dans notre société, c'est soit d'être jugé, d'être insulté, etc. Soit d'être fétichisé en mode... T'as des discours. Moi, je suis abonné à un compte sur Instagram qui s'appelle Gros vs Grindr, où t'as juste des screenshots de mecs gros qui se font parler sur Grindr. Et t'as des trucs... C'est violent. Après...
Qu'est-ce que tu as fait justement pour être du bon côté de tes valeurs ? Je pense que j'essaie de prendre en compte le discours. Si jamais j'ai quelqu'un qui me fait des remarques et qui lui est concerné, je l'écouterai primairement. Après, ça ne m'est pas forcément arrivé. J'essaie de faire attention à la façon dont je...
après c'est ça qui est super difficile c'est dans quelle mesure on a le droit de dire à un mec qui est gros typiquement j'aime ton gros ventre quoi est-ce que c'est fétichisant ou est-ce que c'est juste j'aime telle partie de ton corps et c'est ok au même titre qu'on dirait quelqu'un dirait j'aime tes gros bras pour quelqu'un qui est musclé j'aime enfin
c'est à quel moment où s'arrête la fétichisation et t'as pas la réponse je sais pas trop non c'est super difficile j'ai du mal à trouver et du coup même quand je suis dans mon rapport avec quelqu'un qui me plaît énormément physiquement et pour moi c'est telle caractéristique physique en plus de toute la personne qui vont m'exciter bah j'ai du mal parfois à l'exprimer alors il y a certaines choses où je sens que c'est plus ok que d'autres
Mais il y a des trucs où je me dis, si je dis ça, est-ce que ça ne va pas un peu le renvoyer aussi à parfois... Parce que j'entends que dans la fétichisation des personnes grosses, c'est peut-être qu'il y a pas mal de fétichations, c'est prendre un truc négatif et en faire un truc qui nous fait kiffer, comme si on kiffait, que ça leur fasse du mal un peu. Je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire. Moi, de ce que j'ai compris, la fétichisation, c'est le fait que la personne devient un objet et elle n'est plus sujet. C'est-à-dire que tu balayes l'identité, l'individu,
et tu le réduis au truc qui te fait kiffer t'as des discours violents genre à tes noirs donc t'as une grosse bite et donc je veux ta grosse bite de noir bah du coup
t'instrumentalises, la personne n'est plus vivante elle a plus de prénom et t'es pas à la rencontre d'un individu t'es à la rencontre d'un cliché d'une plastique façon Kleenex moi c'est ce que j'ai compris de la fétichisation c'est que il y en a que pour toi
Et il y a un élément humiliant et destructeur pour l'autre. Et il y a aussi une méconnaissance ou une ignorance de la réalité de ce qu'on aime. C'est-à-dire, être gros, c'est avoir des problèmes pour aller chez le médecin parce qu'il y a des médecins qui te refusent, des chirurgiens qui te refusent. Si tu ne rentres pas dans la place d'avion, tu dois payer deux billets. Il y a une réalité.
et en fait idem pour une personne noire et le racisme et tout et du coup moi je me dis ouais mais en fait toi tu kiffes un certain physique et voilà là une autre
impossibilité. Tu m'as juste rajouté une autre barrière pour continuer à ne pas vivre ta sexualité. En vrai, t'es un gros con ou pas ? Est-ce que tu prends les gros ? Est-ce que tu prends n'importe quelle personne ? Comme tout le monde, pour moi, il y a des mecs gros qui ne me plaisent pas, il y en a d'autres qui me plaisent. En fait, ce qui me met sur la piste, c'est que si c'était vrai ce que tu disais, tu serais allé lire
les trois articles sur la fétichisation et tu serais dit bon attends je fétichise ou pas tu serais allé au bout de ça pour t'autoriser et trouver le chemin qui est respectueux pour toi et pour l'autre tu vois ce que je veux dire je fétichisais vraiment dans ma tête comme avoir vraiment un kink pour tel ou tel truc j'aurais fait ah ok je fétichise ok comment je...
En fait, ce qui m'interpelle, c'est que je trouve ça très chouette que tu sois soigneux. Moi, mon avis, c'est que je trouve ça important qu'on fasse, qu'on check nos désirs et tout. Et le fait que tu l'as, c'est... Mais en fait, en préparant cet entretien, j'étais là, non, mais en fait, le vrai sujet, c'est...
voilà, tu rajoutes une nouvelle problématique, une nouvelle question sans réponse qui complexifie encore plus ton cheminement de sexualité. Parce qu'en vrai, tu sais quoi ? Répondons à la question. Va contacter des personnes qui s'y connaissent en fétichisation et
Et reviens à ce micro en me disant si oui ou non tu fétichises et si c'est problématique et si tu plaises des gens. Je pense que ma réponse que je me suis donnée à moi-même, mais justement sans trop faire, enfin un petit peu quand même parce que j'ai déjà regardé des vidéos qui parlent de mecs qui sont fétichisés.
enfin de mecs ou de meufs d'ailleurs des trucs comme le compte insta dont je parlais etc c'est des choses dans lesquelles moi je reconnais pas mon discours je reconnais pas ma façon de procéder et du coup moi je me suis dit ok c'est bon t'es pas fétichisant mais dans le fait d'avoir un oeil extérieur il y a un peu autre chose où je me dis ok est-ce que vraiment t'es pas fétichisant mais en effet je pense qu'il y a vraiment un truc de rajouter un interdit entre guillemets à mon propre désir parmi les interdits que je vais mettre dedans parce que voilà
c'est mon narratif je suis assez d'accord et c'est quelque chose que j'ai vu avant c'est qu'à un moment je vais me dire par une vieille norme sociétale machin c'est pas normal entre guillemets normal dans le sens sociétal d'aimer les mecs gros
alors que je dis on s'en fout et ensuite derrière c'est ok bon tu l'intègres c'est bon t'as le droit tu te l'autorises ok mais est-ce que tu les aimes pas un peu trop mais pas de la bonne façon encore une barrière quoi toujours à gratter mais c'est comme ton kiff de la prostate de tu vois d'être pénétré tu te dis ton cerveau nos cerveaux créés en fait c'est comme si on avait ancré en nous
Nos désirs homosexuels, j'ai vu à la Pride, nos désirs font des ordres. Et ce matin, je me suis réveillé en pensant à ça. C'est marrant comment... C'était une personne qui tenait un panneau. Et c'est marrant comment ce slogan a voyagé avec moi. Et je me suis réveillé en me disant, nos désirs font des ordres parce que j'ai entendu le double...
font désordre le désordre et aussi désordre ça donne désordre et en fait on a intégré ok mon désir homosexuel est pervers et déviant et du coup on a de cesse de re-rencontrer cet argument qui semble ancré en nous qui nous dit ah bah il est pas bon regarde à cause de ça parce qu'il y a tel truc dans ton désir qui l'invalide entre guillemets quoi
Comme un désir qui est ok. Alors que globalement, tout désir est ok du moment qu'il est consenti, librement machin, etc. Oui, et puis que t'es en fait l'intelligence et le soin de dire attends merde, est-ce que je suis en train de fétichiser ? Moi, je suis fan des grosses bites. Je vais pas te le reprocher. C'est-à-dire ? Moi je le mets aussi.
après plutôt large que longue mais on pourrait faire des dessins et tout ça va durer des heures je ne sais pas dessiner j'ai vraiment un truc d'excitation autour de la taille de la bite qui correspond pas à 100% de ma sexualité tout tourne pas autour de ça et c'est pas excluant
mais c'est vrai que sur les apps de rencontre j'ai souvent envie d'envoyer un message enfin j'ai souvent envie d'aller sur ce sujet mais si j'ai une personne de couleur en face de moi je me dis mais merde en fait c'est obligé que la personne elle se tape ses messages tout le temps et moi j'ai un peu envie de dire
J'aime les grosses bites, mais en fait, quelle que soit ta couleur de peau, j'aime les grosses bites, du coup. Et je ne sais moi-même pas, tu vois, ce que je fétichise. Oui, tu n'aimes pas les grosses bites de noir, tu aimes les grosses bites. Oui, si elle est noire, c'est bien, mais si elle n'est pas noire...
Je veux dire, le fait que ce soit de noir n'est pas un critère qui fait que tu vas l'aimer plus. Non, mais je reconnais que nos désirs font des ordres. En fait, moi qui ai fait de la psychanalyse, je peux te dire que le moment de mon kiff sexuel, si tu m'enlèves toutes les couches sociales de ce que j'ai le droit de penser ou pas, de comment je heurte l'autre ou pas dans mon fantasme, si t'enlèves ces couches de soins, en fait, dans mon moi profond, j'en ai rien à foutre. Il y a une bête en nous, l'inconscient, qui veut jouir...
et qui se fiche de est-ce que j'ai le droit ou pas et au contraire moins j'ai le droit plus ça m'excite donc je suis pas moi très au clair non plus sur mon niveau de fétichisation je pense que la fétichisation est beaucoup dans le discours que tu donnes aux autres typiquement quand tu dis je fais attention si je discute avec quelqu'un noir de la façon dont je vais amener le sujet je pense que rien que ça c'est déjà ça ton travail sur la fétichisation
je pense que la fétichisation elle est dans le discours dans l'image etc et c'est parce que finalement l'effet de la fétichisation si c'est que dans ta tête ça blesse personne mais à partir du moment où tu l'exprimes je pense que quand c'est dans ta tête ça impacte le sous-texte de ton discours et sans t'en rendre compte tu dis de la merde je pense que si t'es pas vigilant tu peux blesser quoi
Toi, pour le moment, en tout cas, tu continues sur ton profil. Tu as un profil ? J'ai un profil. J'ai toutes les applis. Après, je ne vais pas beaucoup sur toutes. Et tu indiques ça ? Tu trouves des mots pour indiquer ce qu'on a dit ? Non, je n'ai pas mon téléphone. Je ne sais plus comment je dis. J'aime plutôt les mecs plus épais que moi, plus épais et plus poilus que moi. Et je mets le petit symbole d'ours.
parce que moi sur les rencontres j'aime pas les profils où il y a des trucs no ou pas de quand il y a ça je trouve que c'est un peu en tout cas quand c'est dirigé vers des personnes après s'ils disent pas de kems par exemple oui pour eux chacun fait ce qu'il veut mais par exemple quelqu'un qui va dire no blacks no fats no fems mais moi ça y est à 37 ans maintenant tous les pas plus de est-ce que tu perds vraiment de ne pas coucher avec eux ?
Peut-être. Je ne sais pas. Moi, vraiment, il y a ce truc de quand le mec est un gros con, je suis content de soit pas le savoir et on fout l'ensemble. Soit si je le sais, je suis en mode, après, tu vas te sentir comment ? Écoute, il y a longtemps, j'ai couché avec un mec mignon et tout, cool. Ça se passe, en tout cas, de mon côté, plutôt bien. Et on éjacule.
En tout cas, on termine notre affaire et on commence à discuter. Et là, je crois que c'était les élections. Et en fait, il est sur mon canapé, là, ici. Et il commence à me parler de Marine Le Pen. Et j'étais...
Et en fait, ça m'est arrivé pareil sur un autre mec où, à la fin d'une date, je crois pas qu'on ait couché ensemble, il me dit, ouais, mais quand même, le Covid, on est d'accord que ça a été inventé pour que les puissants de ce monde s'en mettent plein les poches. Ah, le sketch, quoi. Et du coup, j'étais là, attends, comment François Hollande, c'est pas du tout François Hollande, mais comment le président va s'enrichir ?
Bon, tout ça pour dire que le sexe, c'était très bien. Oui, parce que tu le savais pas avant. Et après, quand t'as fait ça, t'as fait... Moi, j'ai trouvé ça passionnant. En tant que journaliste, j'ai trouvé ça passionnant. En fait, ça allait être un peu ma prochaine question, c'est est-ce que parfois, peut-être que c'est le défi que j'aurais envie de te lancer, si t'avais envie que je te lance un défi, il y a moyen que tu me dises mais regarde bien tes défis pour toi. Mais c'est de...
de vivre l'imprévu en sortant des codes et des catégories et moi quand même à chaque fois quand ça m'est arrivé
tu rencontres des gens différents, tu découvres des choses différentes sur toi, sur ton corps. Et ça, je l'ai vachement vu avec... Moi, dans mon chemin, j'étais vachement confortable passif. Non, je ne veux plus utiliser ce terme-là. Car on n'est pas passif quand on est pénétré. Facile pour moi d'être pénétré, plus compliqué d'être pénétrant.
d'être actif parce que je me mets la pression je me dis putain là c'est moi qui conduis il faut que ça soit smooth et tout je me mets une pression j'ai l'impression de devoir performer un truc et là de plus en plus je vais à la conquête de ça j'hésitais à faire un épisode là-dessus mais en vrai j'ai vraiment utilisé des techniques et en fait ça marche quoi franchement le sexe ça s'apprend tout ça pour te dire que c'est un peu la surprise des rencontres
Je trouve que c'est bien de laisser une certaine place à la surprise, clairement. De toute façon, il y en a forcément quand on rencontre quelqu'un qu'on n'a jamais vu. Après, moi, je sais pas, j'ai du mal, par exemple, tu vois, sur Grindr ou quoi, à faire ça. Parce qu'en fait, il y a ce truc de genre, je vais me déplacer, ou le mec va venir, et genre, si ça marche, si ça marche pas...
à la flemme parce que ça m'est arrivé des fois de pas m'autoriser aussi à mettre fin au rapport parce que je me disais attends, ça fait trois semaines qu'on se parle le mec est venu jusque chez moi des trucs comme ça quoi et du coup dans ce cadre là moi c'est difficile tu disais que t'habites moi j'habite en banlieue sud donc j'habite de Paris et assez loin je prends quand même 40 minutes à venir 30 minutes à arriver à Châtelet quoi
Du coup, en fait, un plan, c'est quand même pas la même logistique. C'est pas la même logistique du tout, non. C'est pour ça que, surtout parfois, il y a des mecs qui me parlent, ils me disent, ok, je vais en voiture, je suis à 16 kilomètres, 16 kilomètres, j'ai déjà des mecs, un mec l'autre jour qui vient d'Orléans, quoi. Mais ne t'inquiète pas, ça ne me dérange pas de bouger. Je dis, mais mec, comment ça se passe ? Comment on fait si tu ne me plais pas, quoi ? Je ne te plais pas, enfin, voilà.
Oui. Moi, je pense qu'il vit en voiture. Moi, je pense qu'il écoute des super podcasts. Je lui donnerai ça. Je lui dirai, écoute, ça ne va pas le faire. Par contre, écoute ce podcast. Non, mais est-ce que tu arrives à sentir des choses qui te plaisent chez les gens, qui ne sont pas baires, ours, imposants, plus grands que toi ? Tu n'as jamais des petites étincelles d'attirance ? Si, mais c'est plus en vrai, je trouve. Oui.
Je pense qu'il y a vraiment plus ça en vrai. Et typiquement, quand je vais dans des lieux un peu liés au cul ou même dans des bars, ou même juste parfois dans le métro. Après, globalement, je vais quand même largement plus entre guillemets crushé sur des mecs qui correspondent à ce qui me plaît. Mais parfois, je vois un mec qui sort du sport dans le bus.
Alors, je suis peut-être un peu fétichiste des odeurs, mais pas très fort. Ils sentaient un peu la transpiration. Et pour le coup, il n'était pas trop mon genre, parce que c'était clairement le genre de mec qui fait pas mal à la salle de sport, mais qui est assez fin, etc. Et je ne sais pas, j'étais en mode, putain, super sexe, quoi, vraiment. Et parce qu'il y avait un truc dans l'énergie, je pense que c'était vraiment les phéromones, l'odeur. Absolument pas. J'ai eu énormément de mal à faire, ça va. Ah oui, t'étais plus...
non mais même c'est super dur quand t'es gay de faire ça dans le bus en banlieue et tout plus moi j'habite pas non plus une banlieue qui est très bien fréquentée tu vois je l'ai fait un peu au sport moi je fais de l'escalade je suis en train de donner l'élément de ma vie je fais de l'escalade et je l'ai fait deux fois l'escalade je me suis pris des méga vents enfin pas des vents juste les mecs m'ont dit ah bah désolé je suis hétéro quoi mais j'étais super fier de moi mais grave j'étais hyper fier de moi j'avais un peu raconté à mes potes ils sont en mode c'est un peu bravo
Parce que c'est hyper improbable de faire ça, c'est des mecs avec qui j'avais pas particulièrement parlé, donc vraiment j'arrive quasiment de but en blanc et je fais « Salut, ça va être bizarre, mais... » plus en bafouillant à moitié et tout. « T'es hétéro ? » Surtout que juste à côté de ça, je suis dans un terrain connu, donc je vais avoir l'air d'avoir de l'assurance, etc. Je vais performer un peu la masculinité aussi, parce que c'est une salle de sport, voilà. Et à côté de ça, je vais arriver tout bafouillant et dire...
excuse moi je suis désolé de te déranger voilà je voulais savoir tu serais pas t'es rouge par hasard vraiment en mode hyper timide et le mec gentil me disait ah bah non désolé voilà quoi et j'étais hyper fier hyper c'est génial c'était super bien mais j'ai pas fait souvent mais parce que c'est un milieu relativement safe quand même tu vois ouais
Il y a ce truc où ils ont quand même un petit drapeau gay sur le truc. Globalement, les gens qui vont dans ce genre de salle de sport, c'est quand même des gens qui ont plutôt pas mal d'éducation, ce qui est lié quand même à une classe sociale plutôt élevée, qui généralement est liée à moins d'homophobie. Bon, souvent. Pas trop élevée, ça dépend. Des sociologues à quelle heure du matin ?
Je veux dire, la classe sociale des gens qui vont à l'escalade, c'est quand même des bobos parisiens. Oui, donc on a plus de chances de moins d'homophobes. C'est plus ça. J'aurais plutôt dû dire bobos parisiens. Du coup, presque sans les applis, ça pourrait t'aider à élargir...
Plus, c'est d'être... Alors, je sais pas, mes expériences dans les bars parisiens ont pas été folles, quoi. J'aimerais bien en faire plus, mais j'ai pas non plus des milliers de potes gays qui veulent bien aller dans les bars, etc., et avec qui c'est super cool d'aller dans les bars. Puis maintenant, mon expérience quand j'y suis allé, c'était...
Les gens se regardent un peu, mais c'est très difficile d'aller voir des gens. Les gens ne viennent pas trop te voir. Ce que je comprends, parce que moi, je ne vais pas voir les gens non plus. Et des assos sportifs LGBT, moi, j'en fais partie. Du coup, tu rejoins au niveau du sport. Du coup, il y a une activité commune. J'ai déjà pensé, mais je n'ai jamais passé le pas. De toute façon, tu vis bien la vie que tu veux. Oui, mais ça fait partie des trucs que j'essaie de...
C'est chelou d'essayer d'échanger des regards, voir si ça soutient, etc. En fait, mon intuition, je pense que je t'attire à cette direction, c'est qu'en fait, les réseaux sociaux, les Grindr & Co, nous enferment un peu plus dans ces « genres ». Tu as souvent dit « mon type » ou « mon genre ». Et c'est marrant parce que moi, je trouve ça assez limitant.
Enfin, je me dis, dans ma tête, quand tu le dis, je dis arrête de le dire, en fait, parce que tu t'auto-crées toi-même ton... Et surtout quand après, tu me décris qu'il y a d'autres trucs qui peuvent faire virer ton petit cœur, quoi. Et comme si, ouais, en sortant de Tinder...
Deux, dans la vraie vie, dans des mecs avec qui je relationne fréquemment, il y en a qui sont plutôt loin de mon idéal parce qu'ils ont d'autres choses qui me plaisent. Alors globalement, les mecs vont quand même plutôt correspondre à ce que j'aime. Notre troisième sujet, c'était le cul pour le cul. Ouais.