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Raphaël, je te lis ma petite intro ? Let's go ! Raphaël, coucou ! Moi, je suis un peu ému. Tu es mon dernier enregistrement, Raphaël. Après cinq semaines ici à La Réunion, au milieu de l'océan Indien, sous le soleil de l'été de décembre et janvier, c'est la fin de mon voyage. Je repars à Paris dans quelques jours. Et j'ai enregistré sept témoignages ici.
J'ai tout fait pour qu'on entende une jolie diversité. C'est pas mal, mais pas totalement réussi. Par exemple, j'aurais bien voulu entendre des Réunionnais de moins de 25 ans. Tu en as 28. Et des plus de 50 ans, j'aurais voulu entendre des Chinois Réunionnais, etc. Mais c'est pas faute d'avoir essayé. Figure-toi que j'ai même démarché quelqu'un sur sa serviette à la plage. Il a accepté d'écouter le podcast, mais il ne m'a jamais rappelé. Bon, mais comme on dit ici, Thia chikou groboa.
Tu la connais, celle-là ? Je la connais très bien. Merci à Nicolas, un auditeur réunionnais qui m'a aidé sur le créole. Tu veux corriger ma prononciation ? Non, ça va. Je pense que mon ti, il est un peu parisien, non ? Tu peux le dire, toi ? C'est mieux. Ça veut dire une petite hache peut couper une grosse bûche.
Il faut comprendre, à force de patience, on peut arriver à tout. Et moi, j'y ajoute aussi, et on n'a pas besoin d'en avoir une grosse. Donc je l'aime beaucoup. Donc patience, et peut-être que je reviendrai à La Réunion, on verra. En tout cas, toi Raphaël, sexuellement, ton kiff, c'est les hommes plus âgés. J'ai dit t'as 28 ans. Mais t'as un souci, c'est souvent compliqué pour toi de construire une relation avec eux. Et en parallèle, avec des gars plus jeunes, des gars de ton âge, ça coince sexuellement.
Ça bloque, tu te sens un peu perdu et tu te demandes d'ailleurs si c'est pas lié à ta toute première fois. Tu as découvert le sexe avec un homme, un homme plus âgé, un initiateur bienveillant qui va te marquer. Tu vas nous raconter. Tes blocages sont peut-être aussi liés à ton imaginaire, je me demande. Tu m'as dit « J'étais dans le schéma mariage, enfants, hétéro. Je pensais que les hommes c'était que pour le sexe. Je me voyais en hétéro curieux. J'allais construire ma vie avec une femme, avoir des enfants. »
Jusqu'au jour où je suis tombé amoureux d'un homme. Et tu as peur, c'est dur, tu es aujourd'hui encore en pleine déconstruction et reconstruction. Tu te demandes quelle est ta place dans ce rêve réunionnais famille-enfant. La famille, c'est un sujet ou un défi posé à tous les gays et les queers du monde. Mais ici à La Réunion, la famille, c'est particulièrement sacré.
Souvent, en tout cas moi, de ce que j'ai observé depuis cinq semaines, souvent on habite tous ensemble, dans la même maison, dans le même quartier. Tu hoches de la tête Raphaël. Le week-end, tout le monde se réunit, une ou plusieurs fois, tu hoches encore de la tête. On mange ensemble. Quand on ne va pas faire un pique-nique sur la plage, avec des tables, des chaises, assiettes, couverts, musique et multiples marmites, tu hoches encore de la tête. Certains parlent de pique-nique, moi je vois des festins.
Alors comment s'inscrire dans ce rêve commun quand on est gay ou queer ? Quelle place dans ce festin je peux ou je veux prendre ? Tu as récemment fait ton coming out à tes amis et tu caches encore ton homosexualité à ta famille. D'ailleurs dans ton mouvement de coming out, tu m'as dit que ce qui t'aidait pas trop, c'était la communauté queer. Les assos et les figures visibles ici à La Réunion qui justement essaient de rendre le rêve réunionnais un peu plus inclusif.
Bah toi, tu trouves que cette communauté est un chouïa expert. Non, pas du tout. C'est marrant, pourquoi j'ai fait ce lapsus ? Tu trouves que cette communauté est un peu sectaire, trop de manières, trop efféminée. Être un homme gay, ça peut passer, mais être un homme gay efféminé, est-ce que ça serait trop ? Et trop pour qui ? Nous revoilà à toquer à la porte de la masculinité réunionnaise pour lui demander des comptes.
Mais pour commencer à déplier ce témoignage, à moins que tu aies envie là de rebondir vigoureusement, moi je te propose plutôt de tirer ta première question au hasard. Question magique. Question magique dans le sens que souvent ça vient poser un truc un peu méta et tout. Et pour tirer cette question, il te faut choisir un chiffre entre 1 et 77.
Très belle présentation de Lille sur sa particularité très famille. C'est exactement ça sur Lille. Mais c'est vrai qu'à la Réunion, on est très famille. C'est quelque chose de très soudé en nous.
C'est quelque chose qui nous vient de notre histoire d'esclaves. Après l'abolition, ils ont tous vécu les uns à côté des autres, les maisons collées aux unes. Et c'est quelque chose qui est resté dans la culture. Je connais des familles encore…
On pourrait croire que le quartier leur appartient parce qu'en fait, dans le quartier, ce ne sont que des membres de leur famille, les cousins, les tatis, les tontons, les parents, les grands-parents. Et en fait, ils vivent tous là de leur naissance jusqu'à leur mort. Et c'est vrai, on n'est pas dans ce schéma comme ça pourrait être ailleurs dans d'autres pays où les enfants s'éloignent. On en a ?
Mais ça reste quand même très peu, on reste assez proche et puis aussi ce côté convivial où se dire quand j'ai des enfants c'est pratique pour déposer les enfants chez les parents, chez les grands-parents. Comme on s'entraide beaucoup, c'est plus facile de s'entraider quand on est à côté que quand on est un peu plus éloigné, même si sur l'île on n'est jamais bien loin.
Je trouve que ça impacte, de ce que je comprends et j'observe, ça impacte énormément parce que l'intime devient familial, en fait. C'est-à-dire, être de cette famille, faire famille à la réunionnaise, la question de l'intime, tu vois ce que je veux dire ? C'est exposé au vu de tous, quoi. C'est exposé au vu de tous, clairement, parce que du coup, c'est compliqué de dire je reçois quelqu'un chez moi, je reçois des amis ou peu importe. Ah non, mais moi, je n'ai pas fait beaucoup de plans ici.
Parce que moi, je ne peux pas recevoir. Parce qu'on est là sur la terrasse de mes auditeurs hôtes. Et non, je n'ai pas ramené quelqu'un ici. Et en fait, à moi, les réunionnais à 90% me disaient « j'habite en famille, je ne peux pas recevoir ».
Clairement, moi j'ai déjà eu des plans cul, où en fait c'était… Alors quand tu rentres dans l'allée, fais attention, parce que toute ma famille habite au début de l'allée, donc sois assez discret quand tu… Bon, d'accord, ok, je peux pas être plus discret que de marcher. Donc ouais, c'est une problématique qui se pose. On se tire notre question secrète ? Non, magique, ton chiffre. Le 17. Pourquoi le 17 ?
parce que j'aime beaucoup le 7 je suis né en 1er décembre baptisé en 7 décembre on approche de la date du 17 janvier qui est la date anniversaire enfin l'anniversaire de ma soeur très bien bon déception
Le 17 est une question tellement générique qu'il peut s'appliquer à n'importe quel témoignage. Quelles sont les barrières que tu as rencontrées en cherchant à t'épanouir sexuellement ? Je te propose de dire la première qui t'est venue en tête. Qu'est-ce que j'aime et ce que je n'aime pas ? Où est-ce que je suis prêt à aller ?
Quelles sont mes limites en fait ? Et c'est pas facile à pouvoir répondre à ça, parce qu'il faut pouvoir le faire, mais il faut pouvoir être en confiance avec la personne avec qui on le fait.
Et moi, je vois le sexe comme quelque chose de partage, de libérateur. Et qu'en fait, il faut essayer plein de choses. Je suis très ouverte aux pratiques. Il y a des choses que je n'apprécie pas. Parce que je ne prends pas mon kiff. Mais où est-ce que je suis prêt à aller sexuellement ?
Tu peux me donner un exemple ? Je ne suis pas sûr de comprendre. Donc là, la question, c'est quels sont les blocages ? Attends, je l'ai perdu. Quelles sont les barrières que tu as rencontrées en cherchant à t'épanouir sexuellement ? Ça veut dire, toi, ta barrière, c'est que tu n'arrives pas à savoir ce que tu aimes ou t'aimes pas parce que tu n'as pas beaucoup d'expérience ? Non, parce que je… Plutôt parce que dans le sens où, en fait…
Je suis encore dans la recherche d'un plaisir ultime. Du coup, je teste beaucoup de choses. Le blocage que j'ai avec les partenaires, c'est que je ne peux pas tout pratiquer avec tout le monde.
Parfois, c'est compliqué de trouver un partenaire à qui partager quelque chose d'agréable. C'est marrant parce qu'en préparant cet entretien, je me disais, mais je ne comprends pas la problématique de fond de Raphaël. En gros, si je simplifie, tu dis, je kiffe les hommes plus âgés et bof les plus jeunes. Et du coup, j'étais un peu avec mes gros sabots. Très bien, c'est super Raphaël.
Et il n'y a pas de soucis. Et dans tout notre pré-entretien, et c'est pour ça que je parle d'imaginaire dans mon intro, c'est que tu me ramènes toujours à un absolu, à une perfection vers lequel, qui elle, te pose beaucoup de mal, te pose beaucoup de problèmes. Est-ce que c'est quelque chose qui résonne pour toi ? Là, dans ta réponse, tu me disais, ma barrière, c'est que j'imagine un parfait que je ne peux jamais atteindre. Et donc, dans le moment présent, ça me frustre ou ça me déconnecte ou ça m'attriste.
Clairement, c'est quelque chose qui pose énormément de problèmes dans ma vie. Je suis quelqu'un qui cherche énormément la perfection, soit dans la vie personnelle, professionnelle, et aussi dans ma vie sexuelle. Et j'essaye…
Sur le professionnel, j'ai essayé de déconstruire ce truc. On peut jamais être parfait. On peut juste être un peu mieux chaque jour. Et c'est vrai que sur le côté sexuel, j'y arrive un peu moins. Je pense qu'il y a aussi ce truc de être un bon amant. Parce que on tente de plaire. Il faut être bon. Parce que… Je sais pas. J'ai été construite comme ça ou…
Ou sexuellement, tu es là-bas. Ok. Sois bon. Peut-être que ton partenaire prendra du plaisir. Peut-être toi aussi. Si tu donnes le meilleur de toi, il va jouir. C'est la performance. Il faut être au rendez-vous. Il y a une pression sur tes épaules quand tu es dans un acte sexuel. Il faut que tu sois à la hauteur. Et à la hauteur d'une certaine perfection. Est-ce que tu peux me mettre en mots
C'est quoi le souci d'être attiré par des hommes plus âgés ? J'ai pas de souci d'être attiré par des hommes plus âgés.
Moi, ce que j'aime bien avec les hommes plus âgés, c'est qu'ils m'apportent quelque chose dans cette performance sexuelle, dans cet acte. Et je pense que c'est ça que j'aime bien. Là où parfois ça peut peut-être poser problème…
c'est c'est sur ce que eux attendent enfin c'est sur les attentes entre lui et moi ok comme quoi par exemple bah souvent t'es là juste pour un plan cul et en fait le mec lui est pas dans cette optique là il cherche plus autre chose et c'est pas ce qui est défini au début de cet échange ok
Et c'est peut-être un peu ce qui me plaît, mais quand je suis là pour un plan cul, c'est pas ce que je recherche. C'est que j'ai remarqué que souvent les hommes plus âgés avec qui j'ai des relations sexuelles sont plus tendres. Moi, là, par exemple, j'ai un amant.
Qui ne dit pas, viens on baise, viens on… Lui c'est faire l'amour. Et là où c'est compliqué pour moi avec lui, avec ce mot-là, faire l'amour, c'est que moi faire l'amour c'est vraiment quand je suis en couple…
Et que je suis amoureux, je fais l'amour. Avec un amant, avec un plan cul, je baise. C'est du cul. Je discute en ce moment avec lui. Et oui, en fait, lui, il n'utilise pas le mot baiser. Donc au début de cette relation, c'était compliqué pour moi.
Faire l'amour, pour moi, c'est avoir des sentiments. À ce moment-là, je me mets une barrière. Je ne veux pas de sentiments avec lui. Je n'ai pas envie qu'il ait de sentiments avec moi. À certains moments, je sais que j'ai pu être un peu plus distant avec lui pour ne pas avoir de sentiments l'un envers l'autre. Pourquoi on ne pourrait pas avoir des sentiments l'un envers l'autre ?
Parce que dans ce cas-là, ce n'est pas ce que je recherchais. C'est vraiment quelqu'un que j'ai envie de voir de temps en temps porter du cul. Tu peux me donner des exemples de barrières ou de ce qui ne marche pas avec les plus jeunes ? C'est quoi le souci avec les plus jeunes ?
Les plus jeunes, c'est qu'on n'a pas le même rapport, j'ai pas le même rapport au sexe. Je trouve qu'ils sont beaucoup dans du cul pour du cul. Tu sens que c'est des gens qui ont grandi avec le porno et en fait, ils arrivent, ils te baisent ou tu les baises et en fait, ils repartent. Il n'y a pas de…
il n'y a pas un minimum d'échange c'est vrai que même si je ne suis pas dans vouloir des sentiments comme je te disais tout à l'heure j'aime bien quand il y a un bon feeling avec les gens je suis plus à l'aise et je m'ouvre un peu plus et eux en fait c'est vraiment ils arrivent et repartent comme s'ils avaient juste un colis à déposer ok parfois ça peut me poser problème parce que je suis là ça me après l'acte ok j'ai pas ressenti quelque chose d'agréable ok
Moi, ce que je ressens, et je le dis tout fort parce que ça engage la suite de l'interview. Moi, je ne me sens pas à l'aise qu'on continue à creuser à cet endroit-là des barrières, etc. Dans le sens où j'ai l'impression que ce n'est pas vraiment ça que tu racontes. Parce que d'un côté, moi, ce que je ressens, c'est que tu crées des barrières
Et je ne te dis pas que ce que tu vis n'est pas vrai et que c'est toi le coupable. Ce n'est pas une question de culpabilité, mais avec les plus vieux qui voudraient plus, tu veux moins. Avec les plus jeunes qui veulent moins, tu veux plus. Et du coup, tu n'as pas l'impression que ton enjeu des blocages n'est pas tellement sur « vas-y, on creuse le rapport aux vieux, aux jeunes, etc. » C'est plus toi dans ton acceptation.
Et je relis directement au coming out et à comment toi tu t'acceptes et tu t'imagines comme un homme gay ?
Tu t'es entendu dans ta contradiction ? Oui. Est-ce que tu n'as pas l'impression, c'est assez brutal ce que je te propose, mais quand une opportunité s'offre à toi, ton cerveau va de toute façon chercher à y voir ce qui n'est pas possible ou à y voir l'inconfort ou le désagrément. Celui-là, il est trop engagé. Celui-là ne l'est pas assez. Est-ce que tu observes ce mouvement-là de ton cerveau ? Ça m'est arrivé. L'insatisfaction qui fait que tout est un échec.
Ça m'est arrivé d'observer ça. Comment te dire ? Je pense que j'ai un rapport aux… Clairement, mon rapport aux hommes est compliqué dès mon enfance. Et…
Et c'est certainement dû à la carapace que je me suis construit adolescent, qui fait que j'ai peu confiance aux hommes et que je cherche souvent, comme je disais tout à l'heure, à ne pas avoir de sentiments parce que je n'ai pas envie d'être de nouveau blessé. Ok. Il s'est passé quoi dans ton enfance ?
J'ai eu une relation très compliquée avec mon père suite à la séparation avec ma mère quand ils se sont séparés. En pleine adolescence, je me suis retrouvé limite abandonné par mon père.
pendant pas mal d'années et la seule figure paternelle que j'avais c'était mon grand-père qui lui du coup était quelqu'un qui fonctionnait vraiment à l'ancienne c'était un vieux de la vieille comme on dit ça veut dire quoi concrètement ?
Quelqu'un de très rigide, dur avec moi. Parce que j'ai bien compris plusieurs années après, plus tard, que c'était pour mon bien. Mais du coup, la figure que j'avais était très…
Très patriarcal, en fait. Lui, il a eu une femme, quatre enfants. C'est un homme qui a travaillé toute sa vie et donc ça a été un peu ma seule éducation paternelle et c'était compliqué. Ça veut dire, toi, tu as eu l'impression ?
qu'il martelait ce rêve par des mots ou par des gestes ? Ou bien, plus généralement, l'exemple qu'il incarnait était très patriarcal, femme-enfant ? L'exemple est parfois plus des gestes. Voilà, moi, il m'a appris la…
Pour lui, c'était important que j'aille à l'école, que je travaille, que je devienne un peu l'homme de la maison. Je me rappelle d'une image qui est chez lui, d'une phrase accrochée chez lui qui est « un homme riche est un homme qui gagne plus que sa femme ne dépense », qui rapporte encore à ce truc de…
C'est l'homme qui doit aller travailler et ramener l'argent à la maison. Du coup, je grandis un peu avec cette image qui est aujourd'hui totalement déconstruite et qui pour moi n'existe plus. C'est vrai ça ? De ? Qu'elle est complètement déconstruite ? Cette image patriarcale ? Oui. Pour moi, oui. C'est pas elle sur laquelle on bute pour justement se connecter avec d'autres hommes ?
Là, je parle plus d'un point de vue plus personnel que… Dans ma vie de tous les jours, plus que sexuel. Moi, je fais un lien, mais pas toi. Non. Ok. Donc voilà. Ok ?
Est-ce que tu peux me ramener à cette première fois, cette toute première fois avec un homme et me la raconter ? On a quel âge ? Je ne sais pas pourquoi je dis on tout le temps. Tu as quel âge Raphaël ? J'ai 16-17 ans. Tu habites dans quel coin de l'île ? Je habite au port, chez ma mère. C'est à l'ouest le port ? C'est ça. Un peu un chouïa nord ?
ou ouest nord plus ouest c'est vraiment genre la première ville de l'ouest de l'île ok donc voilà j'habite là je suis je suis fin collège début lycée je crois non début lycée
Et en fait, je suis inscrit sur un site de rencontre qui s'appelle Badou. Je ne sais pas si ça existe encore aujourd'hui. Et je discute avec plusieurs mecs. Et en fait, avec un mec, ça se passe très bien par message. On discute longuement pendant deux, trois mois, je pense. À cette époque-là, tu te dis « je suis hétéro curieux, donc moi j'aurai une femme, des enfants ». Exactement. Tu te branles sur des pornos hétéros ou tu as des petites amies ?
J'ai une petite amie, je sortais d'une relation fin collège avec une fille. Oui, donc tu vis une hétérosexualité et qui est réelle pour toi dans le sens que tu as de l'attirance ?
alors j'étais pas amoureux on en reviendra plus tard mais j'avais de l'attirance pour les filles à ce moment là et j'avais je suis quelqu'un de très curieux donc j'avais l'envie de tester la relation avec un homme la relation sexuelle c'est pour ça que t'es sur Badou c'est pour ça que je suis sur Badou ça aujourd'hui ce sentiment cette attirance hétéro tu me dis qu'elle a plutôt disparu
Elle a clairement disparu, mais c'est vrai que je me laisse les portes ouvertes. Parce qu'aujourd'hui, dans ma déconstruction, j'ai aussi appris qu'en fait, pour moi, ce n'est pas attiré que par un genre. Ça peut être attiré par une personnalité, une personne. Je ne me ferme pas à la porte en me disant que demain, peut-être que je finirai par tomber amoureux d'une femme et que je passerai ma vie avec elle, comme ça, pour être d'un homme ou peu importe.
Ce qui arrangerait bien la mémoire du grand-père, si ça pouvait être une femme. Oui, c'est vrai. J'avoue, il est décédé il n'y a pas longtemps. C'est une des choses que je craignais un peu, qu'il parte sans que je sois encore totalement épanouie. Dans ma vie, que je l'ai dit à tout le monde et qu'en fait, je suis 100% moi. Parce que tu aurais voulu lui dire pour ton orientation sexuelle, c'est ça dont tu parles ?
Je ne sais pas. Il n'aurait peut-être pas compris parce qu'il avait un bel âge et qu'il ne comprenait plus tout. Mais je pense que ça m'aurait fait du bien de me livrer à lui même s'il ne comprenait rien. Parce que quand même, c'était quelqu'un qui a énormément compté dans ma vie et mon modèle sur plein de trucs. Aujourd'hui, je me dis que
C'est une de mes petites déceptions de ne pas lui en voir. Bien sûr. On est sur Badou. Tu te rappelles du profil de monsieur ? Tu veux qu'on l'appelle comment ? Monsieur… Je vais l'appeler Martin. Ok. Je ne me rappelle plus trop de son profil. J'ai une photo de lui. Euh…
Avaché sur un lit, torse nu. Il est plutôt mignon, blanc, métropolitain, cheveux courts. Poilu ? Non, un verbe. Grand, petit ? Taille moyenne. Gros, musclé ? Non, mince. Mince, maigre ? Non, pas maigre, mince. Taille normale. Lunette ? Non.
J'essaie de réfléchir à d'autres trucs physiques. Il y a quelque chose qui… Avachi sur le lit. Avachi. Un peu en mode pacha. Un peu genre domi… Non, un peu mi-position yoga, mi… Je suis détendu, mais… Yoga namasté. Ah ouais, donc plutôt genre je suis au-dessus de cette situation dans une respiration interne. Ouais.
Et où en fait il cache tout le bas de son corps avec une couverture, la couverture de son lit tu vois, et juste son torse, il laisse dévoiler quoi. La teneur de votre conversation elle te plaît, pourquoi ? Pourquoi tu le sens bien avec lui par écrit ?
Parce qu'on discute beaucoup et en fait on crée dans cet échange je pense qu'on crée déjà un bout de cette intimité qui va se produire et moi je crois que je lui avoue que j'ai jamais couché avec un homme et que ça va être ma première fois et que j'ai envie d'essayer
Je ne connais absolument pas les termes du milieu, donc actif, passif, versa. Je n'y connais vraiment absolument rien. Et en fait, lui me questionne énormément dans comment je vois la chose. Et c'est vrai que moi, à ce moment-là, ce que je connaissais venait du porno. Et au fil des conversations, on finit par trouver…
Un moment pour se voir chez moi. Après les cours, je me rappelle rentrer à la maison, préparer ma chambre, me prendre une douche et tout. Commencer un peu à stresser parce que c'est la première fois que je suis chez ma mère. Ce n'est pas un endroit très discret.
Est-ce que toi aussi t'as de la famille autour ? Non parce que j'y vais dans un petit immeuble où on était trois locataires et les propriétaires qui vivent à côté et en fait on avait qu'un escalier qui menait et on pouvait se croiser à n'importe quel moment de la journée parce que les propriétaires étaient à la retraite. Ta mère est partie de l'appart pour combien de temps ?
Ma mère est au travail. Je sais que j'ai jusqu'à 18h ce qu'elle sort du travail. Elle est à 5 minutes de la maison. Et son travail, jamais ça lui est arrivé de rentrer à la maison de façon inopportune ? Jamais. Parce qu'il y a eu un souci ou parce qu'il y a exceptionnellement… Non. Non, jamais. Donc tu es plutôt à l'aise qu'elle ne va pas venir avant 18h ? C'est ça. Ok.
Et puis comme je connais très bien son emploi du temps, je choisis vraiment le jour où je sais s'il y a des moments où elle ne travaille pas l'après-midi, où elle a des plus grandes pauses. Donc je choisis vraiment le moment où je sais qu'elle ne va pas rentrer à ce moment-là. Tu as des frères et sœurs ? Pas ce moment-là. Donc lui vient chez toi ?
Donc lui il vient chez moi, je l'accueille à la maison et on se pose tout de suite dans la chambre, peut-être je lui propose un verre d'eau mais très rapidement. Chambre qui est à l'étage et on se pose, donc il s'installe, il était venu avec un sac, on s'installe tranquillement, on se pose sur le bord du lit et on discute un peu et puis il commence à avoir des gestes
de tendresse à me caresser sur la jambe et tranquillement tout en discutant je pense qu'il sent que je suis un peu nerveux et il me détend il détend un peu l'atmosphère
Il fait des blagues ? Je ne m'en souviens plus exactement de cette partie-là, de ce qu'on peut se dire à ce moment-là. Il propose une respiration yogique ? Du tout, ça je ne crois pas, non. Ça m'aurait marqué quand même. Et on commence à s'embrasser. Et moi, ce que je me souviens qui va me marquer, c'est vraiment qu'il est dans un…
Je suis un enfant à qui ils donnent des connaissances en apprentissage. Et moi, à ce moment-là, j'allais être passif.
C'était ce qu'on s'était dit par écrit ? Oui. C'était préparé ? Ça, c'était préparé. Lui, il m'avait dit, il était actif. Il avait quel âge, à la louche ? Il avait entre 30 et 35. J'en avais 16-17. Et donc, lui, à ce moment-là, on s'allonge sur les lits, on s'embrasse. Et je me souviens où il me demande de m'allonger sur le ventre.
et là il commence à s'approcher de mes fesses à les masser et
j'ai un vague souvenir qui me lèche le cul et après je le vois partir à côté de son sac et là il sort deux godes de taille pour moi moyenne très fin rouge et un autre qui sort un peu plus grand
et des préservatifs.
Là, c'est un peu… Il me prépare à l'acte. Où en fait, il va me goder, il va me doiter. Et en fait, j'ai pris le plaisir à ça. Ce qui m'a marqué, c'est qu'il le fait vraiment avec bienveillance. Il ne va pas comme un bourrin. Il me demande si ça va, s'il peut aller un peu plus au fond. Toujours avec le gode. Toujours avec ça.
Et je t'interromps, j'ai mon cœur super lourd et j'ai l'impression que l'énergie de notre échange a descendu genre de quatre étages. T'as le visage grave, tu vois, dans ta façon de raconter, moi ma perception, tu fronces des sourcils et t'as le visage, tu vois, très sérieux, grave.
Tu comprends pourquoi j'ai ce ressenti ? Tu le sens aussi ? Ou c'est assez éloigné de ce que tu essaies de raconter ? C'est assez éloigné. Je suis beaucoup en train d'essayer de me mémorer les choses. D'accord. C'est pour ça, oui. Tu prends le temps, tu développes et tout. Mais le moment est joyeux. Oui. Franchement, je prends vraiment plaisir ce jour-là à découvrir tout ça. Ça se passe vraiment très… Je dis souvent…
on dit tout le temps, ouais, une première fois est jamais parfaite, on peut pas avoir une première fois parfaite, faut arrêter d'idéaliser cette chose, et j'entends souvent des gens qui me disent, ouais, mais moi, ma première fois, y'a ça et ça qui est amerdé, c'est horrible, et moi, vraiment, c'est un moment joyeux dans ma vie. Franchement, je me dis, je l'ai fait avec une très belle personne, certes que je n'ai jamais revu après, malheureusement,
Mais cette personne-là était d'une gentillesse, d'une bienveillance avec moi, sachant que j'ai pas caché que c'était ma première fois. Mais d'ailleurs, on va aller au bout, parce que c'est moi qui t'ai interrompu.
Deux godes de deux tailles différentes Le gars il arrivait équipé et tout Avec sa petite mallette Et hop il te gode Avec un seul gode d'ailleurs Il l'a fait qu'avec un seul Il avait mis un préservatif Il avait du gel Franchement parfait Sur ce moment là pour moi il était parfait Je pouvais pas rêver mieux C'est vrai ça ? Tu pouvais pas rêver mieux ?
Non, je l'ai compris plus tard, mais je pense que je me dis que je l'aurais fait avec d'autres mecs, ça aurait été totalement différent et je n'aurais peut-être pas apprécié autant et je n'aurais peut-être pas continué le sexe avec les hommes et me découvrir autant et j'aurais pu créer une frustration en moi. Il te pénètre, God, et après on y va ?
Je le suis pendant un moment et j'ai des souvenirs où il me donne quelques tips aussi. Même là-dessus, il est très… C'est marrant parce que moi, si tu essaies de me pénétrer alors que je suis allongé sur le ventre, je déteste ça parce que je ne peux pas me masturber. Et que souvent, pour me détendre, pour me réconforter, pour la masturbation, la mienne peut m'aider. Toi, ce n'était pas ton cas ? Le fait de ne plus avoir accès à ton pénis ?
Non, j'avais jamais eu de rapport sexuel avec un homme à ce moment-là, donc pour moi c'était totalement une découverte. Ce qu'on faisait pour moi était, ce qu'il me faisait pour moi était normal, donc le fait de ne pas pouvoir me toucher, ça ne me dérangeait pas, ça ne m'est même pas venu à l'idée. Une fois que tu l'as sucé ?
Une fois que je l'ai su, j'ai le souvenir qu'il me demande si je veux qu'il me pénètre cette fois-ci avec sa queue. Et je lui dis que j'ai envie de tester, je veux qu'on aille un peu plus loin.
Donc il le fait et je prends plaisir à ça et pareil, il est allé doucement au début et en fait il a toujours été un peu tendre et bienveillant dans la pénétration.
Jusqu'à ce que lui, il jouisse. Et moi, je n'ai pas souvenir d'avoir joui. C'est quoi ces tips qu'il t'a donnés ? Tu te souviens ?
Franchement, non, du tout. Je sais que je ne le fais pas bien et que ça le dérange un peu. Que tu ne le fais pas bien, ça veut dire quoi ? De sucer ? Oui. Je pense que j'ai dû peut-être mettre les dents. C'était la première fois que…
que j'avais une bite dans la bouche donc ouais je pense que comme toute première fois c'est quand tu sais pas faire un truc et puis il y en avait une qui était large donc j'ai eu un peu mal à la mâchoire à un moment donné donc ouais là dessus il était cool Pourquoi on l'a jamais revu ?
on a rediscuté un peu après mais il n'y a pas eu de passage à l'acte parce que je pense qu'à un moment donné lui comme moi on s'est un peu on a pris de la distance avec la chose on s'est un peu éloigné de cette relation sexuelle et puis en fait c'est compliqué je suis en cours tout le temps
Du lundi au vendredi, le week-end, je ne peux pas recevoir. Lui, il travaille. Lui, du coup, c'est quoi son profil ? C'est un Zoray, c'est-à-dire un français de métropole ?
Je pense que c'est un Zoray, non c'était pas un créole blanc parce qu'on a les créoles blancs tu vois, mais non c'est un Zoray, un blanc de métropole français. Bah du coup lui il peut recevoir ? Il recevait pas chez lui, je sais plus pourquoi, je pense qu'on en avait discuté à ce moment là.
Mais ils se déplaçaient. Ça ne s'est plus pas fait. Et toi, tu dis que les deux se sont éloignés parce que toi aussi, tu as peut-être moins envie ? J'ai dû me lasser de discuter qu'il n'y ait pas de rencontres possibles, de nouvelles rencontres possibles.
Ouais, je me dis, c'est marrant parce que ton souvenir, c'est la perfection. Et peut-être aussi que tu sais quand une chose n'arrive qu'une fois et il n'y arrive plus. En fait, la rareté fait la perfection aussi. Par exemple, là, moi, c'est mes derniers jours à La Réunion. Et du coup, n'importe quoi que je fais, je suis là. Ah putain, c'est ouf. Donc là, j'ai mangé un litchi. J'étais là. Ah, pardon, le litchi. J'étais là. Waouh.
Mais c'est vraiment l'outil de l'univers, quoi. Là, après, j'ai envie de prendre la voiture et la route, je suis là. Mais cette route est magnifique. César. Mais je rigole pas du tout. Après, moi, je suis un peu comme ça. Je suis un peu genre, je vois les belles choses et tout. Je vois très bien ce que tu veux dire. Et c'est uniquement parce que je pars mercredi et que je suis là. Mais attends, mais mercredi, je vais atterrir dans un Paris.
De janvier, il doit faire 3 degrés, bien sûr, une plaque de nuages gris, blablabla. Peut-être aussi que cette perfection qui t'habite encore aujourd'hui, puisque là, ma question d'après, ça va être autour de ça. Toi, tu dis que cette première relation, elle est fondatrice aussi dans les enjeux d'aujourd'hui. Tu vois ce que je veux dire ? Que suite à cette perfection, alors aujourd'hui est toujours un peu en dessous.
Peut-être que… C'est le cas ou pas ? J'ai bien compris. Le fait que ça s'est passé qu'une fois, j'idéalise un peu le truc. Mais en tout cas, sur le fait que ça a été un très bon moment, ça j'idéalise absolument pas parce que ça l'était vraiment. Bien sûr. Avec du recul. Comment ça impacte ta sexualité sur la suite, cette relation fondatrice ? C'est que à chaque fois après, les gens sont moins précautionneux, les gens sont plus brutaux, les gens sont… Autres ?
Brutaux, non. Précautionneux, pas forcément. Après ça, j'ai enchaîné quelques relations sexuelles. Certaines avec lesquelles je vais prendre plaisir, d'autres pas du tout. Et à un moment donné, se vient la question de est-ce que je prends plaisir en étant passif, finalement ?
Tu t'étais mis dans cette boîte ? Ouais, dans cette boîte de passifs. Simplement parce que t'es plus jeune ? Parce que j'avais exploré que ça. Parce que j'avais exploré que ça et en fait il va falloir attendre 2-3 ans que j'arrive à la fac, à l'université où là je décide d'avoir un rapport sexuel enfin de devenir actif et d'avoir un rapport sexuel avec un passif et que là je découvre
Je découvre quelque chose que j'aime bien aussi, tout autant que d'être passif. Et pendant quelques années, finalement, j'ai été actif. Tu n'as pas tout à fait répondu à ma question ?
Tu m'avais dit… Moi, cette relation fondatrice, elle a impacté la suite. Cette perfection fondatrice, elle est aussi en partie dans mon blocage aujourd'hui. Est-ce que tu peux m'expliquer le lien que tu pourrais faire ? Ou que tu fais ? Après ça, j'ai vu beaucoup de rapports… J'ai continué à avoir des rapports sexuels avec des hommes plus âgés que moi. Ce qui est toujours un peu le cas aujourd'hui. J'ai…
Ce que j'aime dans le fait d'avoir des relations sexuelles avec des hommes plus âgés, c'est qu'il y a une connaissance et une confiance qui sont plus présentes. Ils sont expérimentés. Oui. Pas tous. Parce qu'il y en a…
Ça dépend quand est-ce que t'as commencé tes aventures sexuelles et ta capacité à te connecter à toi et à l'autre. Et ça, c'est pas l'âge qui le décide toujours. Mais c'est vrai que plus souvent, j'ai plus pris plaisir… Enfin, à chaque fois que j'ai souvenir, c'est que quand je découvre quelque chose de nouveau, quand je prends vraiment mon pied, c'est souvent avec quelqu'un de plus âgé. Quelqu'un de mon âge ou plus jeune que moi. Ok.
je me rappelle là d'un soir où je vais chez un mec il est peut-être 2h du matin
plus âgé que moi et en fait l'acte a duré de trois heures et pareil mec bienveillant qui me met en confiance qui je crois que c'est la première fois avec lui j'utilise du poppers j'avais jamais utilisé ça de ma vie je découvre le produit sur le moment
Et en fait pareil il me dit tu y vas doucement parce que ça peut être fort machin et il utilise aussi des jouets, il est très joué ce mec là aussi et souvent c'est comme ça avec les mecs plus âgés où en fait je découvre des trucs. C'est l'initiation, c'est le fait d'être ok et je vois toujours pas le problème ?
En quoi c'est un souci ? Sur l'acte sexuel, il n'y a pas de souci. C'est sur l'après, en fait. C'est que quand tout ça m'arrive, il ne m'est pas encore arrivé le moment… Je suis encore dans ma tête hétéro-curieux. Ok.
Et du coup, je me retrouve face à des hommes à qui on n'est pas en phase sur la manière de penser, sur la maturité. Donc des hommes qui vont vouloir un peu plus, qu'on se voit plus régulièrement. Moi, à ce moment-là, c'est pas forcément ce que je recherche. Mais c'est le cas encore aujourd'hui ? Un peu moins. Je cherche à ne pas avoir des sentiments, as-tu dit ?
C'est encore en action en toi, cette mise à distance. Parce que là, le monsieur bienveillant de trois heures, c'était récemment.
Non, c'était il y a très longtemps. Il y a 3-4 ans. Il y a eu un autre monsieur, un autre plan régulier en ce moment. Il est plus âgé, lui aimerait plus, mais c'est toi qui bloques. Oui, c'est celui qui dit monsieur faire l'amour. Oui. C'est encore actif en partie en toi, cette mise à distance des sentiments ?
Lui, je… Oui ou non ? Sinon, je n'ai rien compris à ce que tu racontes depuis le début. Il y a toujours ce blocage de sentiments, mais c'est du pareil à ma carapace. Je n'ai pas forcément envie de me dévoiler, je n'ai pas envie de retomber amoureux parce que la seule fois de ma vie où je suis tombée amoureuse, ça a été compliqué. C'est avec cette personne-là que je découvre que je suis gay. Et ce n'est pas une histoire que tu as racontée ?
La première fois où t'es tombé amoureux, tu ne l'as pas encore raconté ? Je ne l'ai pas encore raconté. Bon, épisode suivant. Tu vas raconter la suite de ton histoire, la première fois où t'es tombé amoureux et comment ça t'a impacté. Je crois que je suis aussi curieux…
De comprendre où est-ce que t'en es dans ton cheminement de coming out. Et le sens que toi tu apportes à tout ça et les ponts que tu pourrais faire ou pas. Moi je te propose qu'on voit tout ça dans un second épisode. Ça te va ? Ça me va. La suite au prochain épisode. Merci. Au plaisir. Tu veux faire une petite pause ? Avec plaisir. Qui sera composée de quoi ?
Un petit verre d'eau, j'ai fait checker mon téléphone. Je suis censée travailler aujourd'hui et c'est la reprise en fait, c'est ma rentrée aujourd'hui. Je commence avec toi et ensuite je pars dans le sud travailler et du coup j'ai pas trop prévenu mes clients que…
Que j'enregistre un podcast. Sache que là, ça, c'est du vrai travail. Tu as un petit carnet Astérix Obélix à côté ? Que j'ai acheté la semaine dernière. Tu es fan ? J'adore. Astérix Obélix particulièrement ?
Ouais vraiment j'adore les personnages et j'ai grandi avec la bande dessinée et c'est vrai que j'étais allé m'acheter un stylo de base et je fais le tour parce que je me dis bah attends peut-être pour le boulot il me manque des trucs donc je check dans les rayons et je vois ça, il m'en faut un.
Je me suis toujours posé la question, moi blanc, si j'avais grandi avec uniquement des figures que mes figures d'inspiration n'étaient que blancs et que noirs.
Donc c'est ton cas là, dans le sens inverse, c'est-à-dire que toi, Astrid Sobelis, je crois qu'il y a zéro noir, sauf traité de façon ultra raciste. Ah non, c'est peut-être, je confonds avec Tintin, qui en tient des couches aussi. Je crois que dans Astrid Sobelis, c'est les Gaulois, toi… Je crois que je vois… Non, je vois pas de noir passer dans… Astrid Sobelis, t'es d'accord ? Toi, t'es noire ? Ouais. Du coup, t'es kaf ? Je suis kaf malbar. Kaf malbar. Je suis mélangée. Attends.
Après cinq semaines, est-ce que Guillaume a enfin compris son histoire ? Kaf, ça veut dire que tu es descendant de peuples, principalement Afrique de l'Ouest et Madagascar, mais principalement Madagascar, je pense, et peuple des anciens esclaves. Exactement, très bien. Malbar, alors, Zahrabe, Inde et Pakistan musulmans ?
Malbar, Inde, catholique. Exactement. Allez là. Chinois. Autre ethnie, c'est chinois. Oui. Les auréoles, c'est quand un parent est métropolitain, zoreil, et un parent est créole. Exactement. On a loupé du… Malbar, caf… Malbar, le yab. Le yab. Blanc…
Des hauts ? Ouais. Donc dans les hauteurs ? Tu ferais Yab. Moi, il paraît que je fais Yab, ouais. Parce que je suis un peu roux, non ? Oui, c'est ça. T'es un peu roux, mais t'as la couleur de peau du Yab. Parce qu'il y a un Zoray, il a une peau un peu plus blanche que toi. Moi, ça se voit que t'as un peu une peau qui bronze un peu.
Ça fait cinq semaines que je suis là, gars. Parce que sinon, ma peau, elle rougit. Moi, je suis soit écrevisse ou soit cachée d'aspirine. Avec des taches de rousseur. Mais ouais, on m'a dit que je pouvais faire Yab. C'est les taches de rousseur qui font un peu le côté Yab et tout. Puis ta petite barbe, les yeux bleus, comme ça, c'est très Yab.
Raphaël, vert. Je vois vraiment pas, alors du coup, il me faut des lunettes. Je trouve ça vachement intéressant dans l'histoire de La Réunion justement parce qu'être blanc ne veut pas forcément dire, comme dans d'autres pays, être descendant de colonisateurs et ou être descendant d'un peuple d'oppression. Parce qu'il y a des, donc ce qu'on a appelé, il y avait des petits blancs et des gros blancs.
donc soit gros blanc c'est propriétaire des terres et quand même esclavagiste du coup et les petits blancs eux sont comme les autres peuples de la Réunion ils sont venus c'est des flux de migratoires mais c'est des gens pas forcément riches qui ne se sont pas enrichis avec la il y a aussi du mélange qui partent dans les hauts qui quittent les bas et qui vont dans les montagnes
Il y a aussi eu du mélange où, en fait, c'est l'esclavagiste qui a eu des relations sexuelles avec une femme esclave et qui, en fait, a donné un enfant blanc. Et en fait, ainsi de suite, ce schéma s'est fait. Et ce qui a donné aussi les Yab de Lille. Est-ce que tu veux répondre à ma question ? Est-ce que toi… Donc moi, je me posais la question si j'avais grandi qu'avec des figures noires dans mes BD, dans mes bandes dessinées, dans mes films, etc…
Je me pose la question de comment ça m'impacterait. Est-ce que toi, du coup, avec ton carnet Astérix Obélix, c'est des questions que tu t'es posées ou ça t'a jamais traversé l'esprit ? J'ai jamais traversé l'esprit. Moi, j'ai grandi… J'ai grandi… Mes parents étaient…
Je voulais absolument que j'ai énormément de culture générale. Ce qu'on entend par culture générale, c'est franco-métropolitaine centrée, pas culture générale créole. Les deux, en fait. C'est-à-dire que moi, très jeune, j'allais à la bibliothèque, genre vraiment à 2-3 ans, j'allais à la bibliothèque.
J'allais au musée, ma mère à la maison parlait français, on regardait des reportages sur France Télévisions. Mais en parallèle de ça, ma mère m'a beaucoup appris sur la culture réunionnaise, sur ma culture, sur mes origines.
Et je me rappelle de soirées où je suis à des concerts. Enfin, je suis en poussette. Je suis à des concerts d'artistes créoles qui ont un engagement politique réunionnais très fort. Donc, je grandis avec ces deux tableaux. Donc, moi, jamais la question se pose d'avoir grandi avec une figure blanche ou une figure noire. J'ai grandi avec les deux. Qu'est-ce que t'aimes dans Astrix Oblix ?
Parce que c'est vraiment, je trouve ça vachement intéressant, c'est vraiment une histoire imaginée, française métropolitaine, les Gaulois, tu vois, et j'ai trouvé ça vachement intéressant au musée Villèle, qui est du coup le musée sur l'esclavagisme, l'esclavage, que je conseille à tout le monde, visite guidée à 2 euros, et franchement, les gens qui la donnent sont passionnés, passionnants et tout, et ils racontaient notamment que pendant tout un temps, les réunionnais
comme on est dans un département d'outre-mer se taper à l'école l'histoire des Gaulois et de la France métropolitaine sans jamais aborder l'histoire de leur île tu vois ce que je veux dire les métissages et ou l'esclavage et ou l'engagisme autre moment historique de l'île mais j'ai trouvé ça ouf je suis tombé des nues quoi et donc du coup au tableau on écrivait les Gaulois et je te dis pas qu'il faut pas aussi aborder l'histoire mondiale voire française métropolitaine donc toi à l'école
Tu n'as pas eu de cours d'histoire sur l'île de la Réunion, les langues, le créole, les cultures, les moments historiques ? Si, pendant une heure, au collège, en troisième. Mais une heure de cours sur je ne sais pas combien d'heures de cours il y a dans Histoire Géo. Et en plus, ce n'était même pas Histoire Géo, c'était la partie éducation civique, je crois. Bien sûr.
ou dans le je me rappelle du livre qui reste à la maison toute l'année et en fait un jour le prof te dit il faudrait ramener ce livre là oh putain est-ce que je l'ai encore je l'ai tu le ramènes et en fait il y a une page dans laquelle tu retrouves une carte de l'île et peut-être une image d'un esclave ou un truc comme ça c'est tout qu'est-ce que t'aimes dans la Sysobelix ?
Je pense que c'est les deux personnages qui me plaisent bien et puis en fait c'est très rouleau, je suis quelqu'un qui aime beaucoup rire et en fait c'était des…
C'est un peu l'humour que j'aime bien. Moi, j'aimais bien Asérix s'il n'a pas de femme. Il n'est pas dans une reproduction. C'est le héros. Il sauve souvent le village.
Et il fait famille avec le grand banquet, le festin. C'est rigolo qu'on termine sur un autre festin avec leur sanglier qui avait l'air tout le temps délicieux, dégoulinant de sauce. Moi, ça me donnait toujours un peu faim. Bon, après, je pense souvent à bouffer. Et je trouvais qu'il a une finesse qui est peu mascue. Et il a une force. Bon, certains diraient qu'elle vient de la potion, de la sagesse, de la vieillesse. Mais c'est quand même une substance. Il a son propre poppers.
Mais tu vois ce que je veux dire ? Je trouve ça chouette qu'il fasse famille et qu'il soit au cœur du village sans pour autant avoir d'enfants ou de femmes. En revanche, il est entouré de couples. Maintenant, il y a le barde, le chanteur là, qui chante mal. Il n'a pas de…
t'es pas du tout passionné par mon propos si il est très intéressant mais c'est vrai que moi je regarde ça encore avec mon âme d'enfant et ouais moi c'est juste des personnages qui m'ont marqué et puis bon il y a eu forcément le film donc voilà c'est vrai que sur ce genre de représentation de dessin animé de personnages de quand je suis petit je garde vraiment cette âme d'enfance où en fait j'ai pas envie de
J'ai pas envie de… D'intellectualiser. Ouais, je comprends. T'as écrit des choses dans ce carnet ? Ouais, c'est mon carnet 2025 où j'écris mes objectifs. Il y a une petite phrase pour 2025. Tu veux nous la lire ? T'as le droit de garder ça dans ton jardin secret ? Non, je vais le garder pour moi. T'es sûre ? Ouais. J'ai envie de forcer.
Non, voilà, j'écris juste un petit mot à 2025, je l'ai un peu personnifié, où je lui ai dit ce que j'attends de lui pour cette année. Attends, mais le dire tout fort serait… Non, mais là, je force. Mais attends, mais le dire tout fort, c'est comme un pouvoir magique, c'est manifester, c'est faire advenir, mais tu ne souhaites pas.
Tu dis tout fort dans ton cœur. Je le gardais vraiment pour moi. Et après, hier soir, je me suis mis un peu les idées un peu à plat pour aujourd'hui. Parfait. C'était la conclusion la plus longue de l'histoire. Comme d'habitude, il y a des gens qui sont contents. Comme d'habitude, je me fais maudire. On ne comprend rien. Il a dit que c'était terminé. Ce n'est pas terminé. Ben non !
En ce moment, je ne sais pas pourquoi l'algorithme d'Instagram et de Facebook est en train de se transformer. Mais d'ailleurs, Zuckerberg, le chef de métal, a annoncé des trucs lunaires où en gros, il dégage tous les efforts et les politiques pro-LGBT+.
Il a dit sur un podcast qu'il voulait plus d'agressivité et de masculinité et qu'à partir de maintenant, les algorithmes de Facebook et d'Instagram arrêteraient la censure et ou en tout cas de fact-checker et de limiter des contenus. Il s'avère que je pense que ça embarquait aussi mes contenus qui sont très sexos et que du coup, les algorithmes très puritains américains bloquaient. Donc là, soudainement, j'explose.
Et je me tape à longueur de journée des commentaires, je me fais engueuler, je me fais malmener et tout. Et voilà. Et je trouve ça vachement intéressant parce que dans mon cheminement de créateur de contenu,
J'ai vraiment de la joie à chercher cet équilibre entre mon alignement interne et donc en fait j'en ai, moi je suis désolé mais moi je trouve notre conversation super, ma conclusion de Milan où on change le sujet, pour moi c'est le cœur de notre discussion intime, ça va impacter l'épisode 2 parce que petit à petit tu vois, dans tout ce qu'on s'est dit qui semble être allé autour…
de notre sujet. Moi, je pense qu'en fait, on est au cœur et que quelque chose se fait et se construit. Ça m'amuse et ça me plaît et c'est ainsi. Et les gens qui ne veulent pas écouter n'écouteront pas. Et à la fois, je trouve que ça reste très intéressant de me renforcer, de me muscler dans ma capacité à entendre la critique, la différence, la divergence, d'entendre la colère. Parce qu'il y a beaucoup de colère. Je reçois beaucoup de colère. Je reçois beaucoup d'hommes. C'est que des hommes. J'ai une ou deux femmes qui sont un peu vénères.
Mais ils sont tellement en colère, Raphaël. Ils sont tellement, tellement en colère. Les commentaires, c'est vraiment genre un niveau d'insulte. Et c'est un apprentissage pour moi sur la suite du podcast parce que les réseaux sociaux sont un vrai appel d'air pour le podcast. Pour que le podcast survive, il faut que je trouve des donateurices et des futurs témoignages. Et pour ce faire, il faut que je fasse une promotion. Comme je n'ai pas assez de sous, il faut que ce soit une promotion que je ne paye pas. Et donc, en fait, faire des vidéos
qui racontent les épisodes ou qui ajoutent du complément aux épisodes et qui donnent envie d'aller écouter permet du coup de développer les audiences donc j'ai un enjeu à trouver ma place là-dedans et grandissant à prendre, c'est un métier quoi c'est un métier à se laisser comment puis-je être poreux
à cette violence parce qu'il faut qu'elle me pénètre quelque part il faut que je sois à l'écoute des gens qui parlent parce que si je deviens dans un entre-soi qu'avec des gens qui me disent Guillaume t'es génial moi un ça va me faire chier deux je pense qu'on peut pas grandir et en fait je suis très tout seul à me dire là je pense que j'ai merdé faut que j'évolue
Versus, non, là, c'est ta façon de faire, Guillaume. Donc, tout le monde ne peut pas aimer et c'est OK, mais ne perds pas cette magie. Et je trouve ça très dur de bosser seul. Ça me donne envie de conclure sur une invitation à tous mes auditoristes chéris pour justement m'envoyer un email ou un WhatsApp.
avec des retours de ce qu'ils aiment, ce qu'ils aiment moins et ou ce qu'ils aimeraient entendre sur le podcast parce que moi ça m'intéresse vraiment et en fait là je parle aux auditeuristes qui prennent jamais le temps parce qu'ils sont en train d'être au sport, de conduire et tout donc j'avoue c'est galère quand je fais des demandes mais il faut qu'ils se rendent compte que ces gens qui sont prêts à me faire des retours critiques intelligents, en fait comme ils le font pas, moi je me tape les haineux, donc faites-le guillaumefaitdepodcast arrobasgmail.com ou
Plus 33, 6, 61, 61, 57, 36. C'est ça mon numéro, je crois ? 06 61 61 57 36. Allez, à très vite !