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On est prêt ? Je suis prêt. David, je te lis ma petite intro. Ça marche. Et après, tu rebondis, tu réagis. David, bienvenue chez moi. David, tu es journaliste à Mediapart et tu as fait partie de l'équipe qui a mené une enquête sur les guet-apens homophobes, qui sont des pièges tendus par des agresseurs souvent sur les réseaux de rencontres pour, entre guillemets, casser du PD ou les dépouiller.
Quand tu m'as dit qu'il y avait un guet-apens homophobe tous les trois jours, en vrai, sans trop penser, j'ai cru que tu parlais là de chiffres dans un des 70 pays où c'est un crime d'être gay, lesbien, bi ou trans. Mais non, un guet-apens tous les trois jours, c'est en France. Et c'est sur 2022, c'est ce que votre enquête de Mediapart a montré. Il y a une enquête parallèle de Tétu qui a montré les mêmes chiffres. Dans l'entretien qu'on va avoir aujourd'hui, on va revenir sur ce que tu as découvert dans cette enquête. Comment ça t'a changé, toi, en tant que gay ?
Comment on peut se protéger de ces guet-apens ? Comment on utilise les apps de rencontre, genre Grindr ? Et que faire si on a été victime ou qu'un ami nous dit qu'il a été victime ? Est-ce que cette petite intro te va ? Très bien. Tu voulais dire que le documentaire a été fait à plusieurs, c'est un documentaire visuel ?
Je veux citer tes coéquipiers, Pierre. Mathieu Magnodex et Sarah Brett. On peut voir le documentaire pour un euro sur le site de Mediapart, c'est vrai. Oui, exactement. C'est-à-dire qu'il est toujours en ligne sur Mediapart. Et donc, en fait, il y a une offre où pour un euro sans engagement, on peut voir le documentaire et puis voir le reste de Mediapart. Et en plus, on peut aussi offrir le documentaire à d'autres personnes. Est-ce qu'on peut aller dans le vif du sujet ? Je pense que la première question, c'est c'est quoi ?
C'est quoi un guet-apens ? Et notamment j'ai un auditeur qui demandait est-ce qu'il y a des modes opératoires où on peut reconnaître le guet-apens ?
Alors, à la base, le guet-apens, c'est un piège. Un agresseur, par exemple, va cibler une personne pour la dépouiller, la séquestrer, l'agresser. Et ce guet-apens, c'est en soi un mode opératoire parce que nous, ce qu'on a développé, c'est deux types de guet-apens. L'un sur les lieux de rencontre, par exemple, les tuileries à Paris qui sont très connues, où vous avez à avoir... Cruising, lieu de cruising. L lieu de cruising. Ok.
où vous allez avoir un homme ou un groupe qui va se dire « tiens, je vais aller casser du PD ce soir à Tullery par exemple » avec des préjugés homophobes. Généralement, les agresseurs se disent « les gays, les bis, ils sont plus vulnérables, ils ont plus d'argent, ils ne vont pas se défendre ». C'est un peu les projets qu'on peut retrouver notamment sur l'antisémitisme quand on dit que les juifs ont plus d'argent.
Donc c'est ça qui va les guider à la base pour les dépouiller. Donc souvent, ça va être un vol de portable, de carte bleue, de cash, etc. Mais ce qu'on a découvert, c'est qu'il y avait une hyper-violence. C'est qu'en fait, il y avait des coups et des violents coups qui s'abattaient en même temps. Et on a aussi développé les guet-apens via les applis de rencontre, donc Grindr, Scruff, Ornette.
Et en particulier Coco, sur lequel on va plus sur Internet, qu'on retrouve beaucoup plus en province ou en milieu rural. Et là, c'est un homme ou un groupe d'individus qui va se faire passer pour un gay ou une personne bi pour les piéger. J'ai découvert Coco cet été.
J'étais à Dôle et un amant, je sais pas comment j'arrive à voir sur son téléphone, et il est en train de parler sur un... Et en fait, il me dit, c'est Coco, c'est là où moi, je peux faire des rencontres et tout. Justement, j'ai un auditeur qui demandait, est-ce que c'est des guet-apens plus fréquents en grande ville ou pas ? La réponse, c'est...
La réponse c'est qu'on ne sait pas trop en vrai parce qu'il y a plus d'agressions dans les grandes villes. Paris c'est la ville française où il y a le plus d'agressions homophobes de tout confondu. Après nous ce qu'on montre c'est qu'on a le sommet de l'iceberg. 300 c'est la partie qu'on a pu enquêter.
300 en un an sur 2022 ? 300 en 5 ans et sur l'année de 2022, c'est la dernière qu'on avait, c'est 122 guet-apens, donc un tous les 3 jours. En quoi c'est le haut de l'iceberg ? C'est le haut de l'iceberg parce que déjà nous on a eu beaucoup de mal à...
a consolidé ce chiffre, parce qu'il a fallu contacter les associations, contacter la presse, faire des veilles sur la presse locale pour voir ce qui était ramassé dans la presse, contacter les avocats, et parce qu'il n'y a aucune comptabilité. Donc en fait, ces 300, c'est ce qu'on a découvert, un peu avec beaucoup de volonté, nous, et on sait qu'il y a tout un mécanisme qui fait que les victimes ne vont pas porter plainte.
Donc, ils ne vont pas être recensés par les autorités. Donc, on peut estimer qu'il y a beaucoup plus d'agressions que 300. Et d'ailleurs, il y a des enquêtes de sondage qui montrent que, par exemple, 25% des personnes gays disent avoir été victimes d'une agression, ce qui, sur la masse, est bien plus important que 300 personnes.
Donc là, ce sur quoi vous avez enquêté, c'est pas toutes les agressions homophobes, genre je me balade dans la rue, je me fais taper, ça c'est pas un guet-apens, le guet-apens c'est qu'il y a une volonté de l'agresseur, moi je suis sur mon grinder, et la personne à qui je parle en fait, je me rends pas compte, mais c'est pas du tout une...
En tout cas, il n'a pas envie de soit me rencontrer, soit qu'on couche ensemble. Mais l'objectif, c'est de me violenter, me dépouiller avec une mécanique, avec un narratif de « ils ont plus d'argent, les gays ont plus d'argent ». Je viens juste de répéter ce que tu as dit ?
L'intérêt n'est pas ouf. Et plus, je pense, les gays sont plus vulnérables. C'est-à-dire qu'en gros, ils ne vont pas se défendre. Et c'est vraiment... On s'est concentré que... Et d'ailleurs, on n'a pas fait... On ne s'est pas concentré sur l'agression des lesbiennes ou des personnes trans. On s'est concentré que sur les hommes bi et gays et sur ce mécanisme du piège pour aller les dépouiller et les frapper. Du coup, qu'est-ce qui se... Comment concrètement...
Donc vous avez l'idée, toi tu savais en tant que journaliste qu'il y avait un problème de guet-apens, c'est quoi les signaux faibles que tu as ressenti qui vous a donné envie de faire cette enquête parce qu'on est d'accord que c'est la première fois que le sujet est creusé ainsi ?
Ouais et alors c'est intéressant parce que du coup on était trois, deux hommes gays Mathieu et moi et Sarah hétéro et ce qui est paradoxal c'est que c'est Sarah qui est venue avec cette idée après on a questionné un petit peu tout ça mais elle en fait elle travaillait à l'AFP avant de venir à Mediapart et elle avait couvert un procès et ses collègues avaient couvert des procès de guet-apens justement
Et elles étaient marquées par ce procès parce que le caractère homophobe n'avait pas été retenu, que c'était traité comme des faits divers, alors qu'elles avaient l'intuition et quelques éléments pour montrer qu'à l'époque, c'était en Seine-Saint-Denis qu'il y en avait beaucoup. Donc elle est arrivée avec Mediapart avec cette idée en tête. Et puis c'est vrai que moi, d'un autre, et je pense Mathieu aussi, d'un autre biais, on avait des potes qui pouvaient en avoir été victimes,
On entendait ça et puis c'est vrai que Tétu avait fait un travail aussi de les recenser dès qu'il y avait une affaire de guet-apens dans la presse locale que grosso modo pas grand monde ne voyait. Eux en faisaient un article pour dire encore un guet-apens. Et c'est sur tout ça qu'on s'est dit qu'on va d'abord en faire un article. Jamais on n'a imaginé au début qu'on allait tomber sur un guet-apens tous les trois jours. Pas du tout. Nous on s'est dit qu'on va essayer de voir, ce sera peut-être une vingtaine, une trentaine maximum et on va essayer de raconter un peu le mécanisme.
Et en fait, on a enquêté pendant quelques mois et très rapidement, on a vu, je me souviens, Sarah avait dit, on pourrait même en faire un bouquin tellement il y a de choses à raconter. Et donc, c'est là que Mathieu a proposé d'en faire un véritable documentaire vidéo produit par Mediapart. C'était la première fois pour déplier tout le mécanisme. Et surtout, je pense qu'il y avait aussi une volonté...
à la fois de montrer ce que c'est une agression les conséquences pour les victimes et de leur donner toute leur place aussi parce qu'il y a un traumatisme parce qu'il y a une histoire derrière et parce qu'il y a un raté aussi des autorités donc ce que j'entends dans ta réponse c'est que toi c'est jamais quelque chose que t'as vécu
Moi, je n'ai jamais vécu de gay tapant. En revanche, c'est quelque chose qui plane. Peut-être plus à Paris qu'ailleurs, ou peut-être quand on est un peu parano. Toi, tu habites à Paris, du coup ? Oui, à Paris. Mais je pense que quand on va sur les applis de rencontre, ça fait partie un petit peu, pour certains, quand on est gay ou bi, du danger qui plane, de faire attention quand on va rencontrer quelqu'un.
toi t'as jamais eu une rencontre où tu t'es dit j'ai pris un risque parce que moi si moi je suis déjà allé chez des total inconnus avec genre deux photos
où, à la réflexion, je me suis dit, tu vois, Guillaume, on ne refera pas ça. Parce que tout s'est bien passé, pardon. Mais je me suis dit, il me manquait tout un tas de preuves et de signaux au vert pour assurer que ma sécurité était... Si, je pense que ça m'a... Alors, là, j'utilise plus les applis, mais quand j'étais plus jeune, je les utilisais. Enfin, mes 18-25 ans, je les utilisais. Tu as quel âge ? J'ai 34.
Je pense que... Enfin, évidemment que ça m'est arrivé de... En fait, aujourd'hui, j'ai un regard différent parce que, en fait, d'avoir travaillé dessus, je pense que 50% de mes façons de rencontrer sur les applis, par exemple, étaient, si jamais on devait mettre un curseur, dangereuses. Parce que... Mais après, c'est ça qui est compliqué, c'est que... Pour les auditeurs, en tout cas. Je pense qu'il ne s'agit vraiment pas de culpabiliser les gens ou de...
Laissez penser qu'il y a une méthode parfaite avec zéro risque. En fait, c'est vraiment à nous. Évidemment, on a un peu brassé le pire et le plus dur avec ce documentaire. Je pense qu'il y a des tips, il y a des astuces pour se protéger. Mais c'est vrai que... Oui, c'est sûr que le fait de mettre sur la place publique comme ça, l'idée que les guet-apens n'ont pas disparu et qu'en fait, on peut en être victime, ça fait flipper. Et quand on est guet, ça fait encore plus flipper, quoi.
Moi, j'assume complètement qu'on se fasse un peu se flipper et je suis content que tu me fasses un peu flipper. Moi, je fais de la montagne. La montagne, c'est très dangereux et il suffit juste d'avoir le bon matériel, la bonne formation et la bonne attitude pour que ce danger soit réduit. Réduire les risques. Réduire les risques, tu vois ?
Bon, je ne sais pas si je suis heureux de cette comparaison montagne-grinder-cul, mais en fait, comme n'importe quelle activité, le fait que des professionnels m'informent sur ces dangers et me donnent les outils pour naviguer, je trouve ça cool. Et non, moi, je continuerai à avoir plein de sexe tant que j'en ai envie et tout. Très bien.
Mais du coup, on passe sur... Bon, je fais comment ? C'est quoi les conseils ? Qu'est-ce que moi, Guillaume... Donc toi, tu n'utilises plus les apps, c'est ça que tu disais. Moi, je les utilise encore aujourd'hui. Est-ce qu'on peut, là, lister les trucs à faire ? Et on va voir si je suis une bonne...
Alors déjà, en préambule, ce serait là une proposition, une liste imparfaite. Et évidemment, ça dépend aussi de ce que chacun souhaite faire. Mais en tout cas, ce qu'on peut dire, c'est qu'il y a des éléments qui peuvent réduire les risques. C'est par exemple, quand on prévoit... Je prends l'exemple typique du plan Q sur Grindr qu'on négocie avant. Si on a une personne de confiance, qu'on a la chance d'avoir...
Si on a une personne de confiance, qu'on a la chance d'avoir quelqu'un à qui on sait qu'on est bi ou gay, par exemple, on va lui envoyer un petit texto, on va l'appeler pour lui dire « Voilà, à telle heure, je vois tel mec, il vient chez moi. Si jamais je n'ai pas de nouvelles dans telle heure, appelle-moi, inquiète-toi. Et puis, si jamais vraiment je n'ai pas de nouvelles, t'appelles la police ou quelque chose comme ça. » Si on va chez la personne, on donne l'adresse chez qui on va. Et il y a un truc...
Un peu qu'on peut faire encore peut-être un peu plus safe c'est à cette personne si elle a vraiment de confiance on lui dit bah appelle moi je sais pas on a le rendez-vous il est à 20h ou 22h bah appelle moi à 22h30 et comme ça si je te dis un nom de code là tu sais qu'il faut t'inquiéter il faut faire quelque chose mais sinon je te dirais je t'appelle plus tard etc.
Là, c'est déjà un bon... Moi, je ne le fais pas. Je ne le ferai pas. Trop compliqué. Je l'ai déjà fait, je me souviens, mais je ne me rappelle plus pourquoi, dans un pays étranger. Où là, j'étais là, et j'avais besoin de moi me rassurer. Moi, j'ai envie de commencer par... Moi, je passe toujours sur le téléphone.
Je trouve que j'ai d'autres façons, et notamment pour les gens qui n'ont pas forcément un entourage disponible pour faire... Je trouve ton idée pas mauvaise. J'avoue, je l'attaque un peu frontalement, mais je l'amène dans moi, mon quotidien. Et j'ai envie de commencer par pousser les gens, leur dire, avec plaisir, on se rencontre et tout, puis viens, on se parle sur WhatsApp. Moi, je fais des visios.
Je dis « vas-y, cinq minutes, en fait, on est en train de parler au clavier, on se fait une visio, on voit si ça match ». Et j'ai déjà accepté de rencontrer des gens qui me disent « non, je ne veux pas te donner mon numéro de téléphone ». Mais ça, c'est un premier signe où je me dis « ok ». Bon, après, il y a plein de raisons pour lesquelles les gens n'auraient pas envie de passer par le téléphone. Je respecte et ça ne veut pas forcément dire qu'il y a un guet-apens derrière.
Mais créer du lien, même juste des vocaux. Et sur Grindr, notamment, si c'est cette app qu'on cite, il y a la possibilité d'avoir des vocaux. La possibilité de, ah ben non, tu ne veux pas ton WhatsApp, mais peut-être ton Insta, etc. D'une certaine manière, moi, valider l'identité et la réalité de la personne, moi, me rassure et me semble être un bon point.
C'est un bon point, d'autant que nous, dans toutes les procédures qu'on a pu voir, ça a une importance de privilégier Grindr ou Scruff, qui sont des applis qui ont une traçabilité. Quand vous connectez et que vous enregistrez un compte sur Grindr,
généralement vous donnez une adresse mail ou un numéro de téléphone ce qui n'est pas le cas pour Coco c'est là où ça rend beaucoup plus dangereux ce site et après sur l'idée de passer par exemple par le téléphone certains ne veulent pas parce que justement il y a cette idée moi personne ne sait que je suis gay ou que je suis bi donc je veux être discret et franchement libre à tous de faire ça mais si jamais la personne le souhaite c'est mieux c'est mieux déjà pour la confiance et c'est mieux parce que si jamais il y a un pépin après il est plus facile d'identifier une personne avec un téléphone qu'il y a une appli qui peut disparaître
Dans les années où tu utilisais les apps, tu aurais accepté quelqu'un qui te dit ça te va, on continue sur WhatsApp ? Je pense que moi, je l'aurais fait au feeling, c'est-à-dire que je le faisais au feeling, si je sens que le courant passe bien avec la personne. En fait, il n'y avait plus ça. C'est une nouvelle étape de passer le numéro de téléphone. Donc, c'est que la personne, elle m'intéresse plus. Mais je pense que c'était pas automatique.
Je comprends. Coco semble être le truc à ne pas bannir. Mais moi, je l'ai découvert cet été, je ne savais pas ce que c'était. Et aujourd'hui, à Paris, du coup, je ne l'utilise pas. Mais je reviens à la question de l'auditeur qui demandait, est-ce que c'est plus grande ville, moyenne ville et tout ? Coco, ça m'a l'air...
Peut-être que moi, je vis dans une bulle. Est-ce que tu sais me dire si Coco est très développé à Paris ? Je n'ai jamais entendu parler de sa table de rencontre. C'est quand même utilisé à Paris. Parce qu'en fait, déjà, Coco, c'est en gros le repère de la discrétion totale. Mais pour, généralement, la plupart de choses illégales, c'est-à-dire vente de drogue, partage de fichiers pédopornographiques, etc. Donc, en gros, c'est un peu...
Toutes les choses problématiques qui se réunissent et sans comparaison, évidemment, il y a des hommes gays ou mis, plutôt généralement, c'est plutôt des mecs discrets, soit qui sont mariés, par exemple, qui ont une vie quotidienne hétéro et qui, sur un temps précis, couchent avec des hommes.
et donc c'est des forums où on peut dialoguer directement avec telle ou telle personne et en fait le site il est construit justement pour préserver l'anonymat c'est à dire qu'on s'inscrit sans laisser de traces on n'est pas obligé de mettre de photos et en plus il y a une habitude à rencontrer les personnes sans avoir justement à échanger de photos alors il y en a qui disent passe moi ton numéro de téléphone mais tout est construit comme ça et le problème c'est qu'en fait
Évidemment, beaucoup d'agresseurs savent que là, c'est une mine d'or pour eux. Donc, ils vont en masse sur ce site. Et après, quand il y a des agressions ou des guet-apens, il est beaucoup plus compliqué de retrouver les mises en cause des agresseurs. Et j'imagine aussi que pour certains d'entre nous, c'est excitant.
qui a un caractère aussi excitant. Oui, complètement. C'est ça la difficulté de donner des tips. En fait, il y a un côté excitant pour avoir parlé avec de nombreuses victimes, mais aussi des assos LGBT et des potes qui utilisent tous ces sites. Et toi ? Moi, sur Coco, je n'irais pas, par exemple. Ça ne t'a jamais excité, l'idée de cette inconnue, de cette totale discrétion ?
de ces hommes hétéros qui, soudainement, sont dans ton livre ? Je pense que je dois avoir un côté déformation professionnelle qui me rend plus chiant. Mais non, je pense que maintenant, je vois les risques. Ou alors, peut-être parce que j'ai 34 ans et que je l'aurais fait à 25, je ne sais pas, et que ça n'existait pas à l'époque. Dans ta bouche, 34 ans, on a l'impression que tu es un sage âgé, assis en califourchon dans le village. Non, non. J'ai 37 ans ?
Non, mais en plus, je pense que... En tout cas, ce qui est certain, c'est que, oui, pour beaucoup, il y a une part d'excitation, soit d'aller sur Coco et d'aller rencontrer un mec hétéro, etc., ou même d'organiser un plan cul et de ne pas voir la personne. Il y en a même certains qui vont laisser la porte ouverte et qui vont... Oui, je t'attends à quatre pattes, les yeux bandés et tout. Du coup, il ne s'agit pas de dire « c'est super dangereux, ne faites pas ça ».
Mais c'est sûr que ne pas le faire, ça réduit le risque.
Oui, mais après, on peut aussi le faire, comme tu dis, en intelligence, parce que je peux avoir ces envies-là et mettre en place. Même si je suis sur coco, qu'on m'attend à quatre pattes, les yeux bandés, je peux avoir pris le numéro de téléphone. Ça reste quand même dans les choses pour prendre soin de ma sécurité. Tu penses à d'autres ? Parce que l'autre astuce qu'on avait notée, c'est se donner rendez-vous dehors d'abord. Pour ça, ça ne marche pas. Moi, ça ne m'excite vraiment pas.
Pas voir la personne, pas lui parler. En tout cas, il y en a beaucoup parce que nous, on fait témoigner des gens pour qui c'est dans ces conditions-là que c'est arrivé. Je comprends. Non, moi, je pense qu'en vrai, un truc tout bête quand on invite quelqu'un, c'est si on a les moyens. Par exemple, on a une fenêtre qui donne sur la rue ou qui donne dans une cour et qu'on peut voir la personne arriver même de loin. Déjà, c'est de regarder par la fenêtre avant le temps qu'elle arrive parce qu'en fait...
On va voir déjà qu'elle est seule. Parce qu'il y a des dossiers où en fait, ils sont trois et ils débarquent à trois dans l'appartement alors que la personne à rendez-vous qui a vécu une seule personne. Ça fait peur ? Non, moi, ça ne me fait pas peur du tout. Non, j'étais juste triste pour cette personne qui a vécu ça. Je trouve que c'est une très bonne idée. Alors, si j'habite sous les toits et que je ne vois pas, une astuce que moi, je fais, c'est... Donc, imaginons que je suis de ouf en rute.
Et la personne ne veut pas me donner son numéro de téléphone et j'ai envie d'avoir un rapport sexuel mystérieux, fugace et aventuresque. Je vais en bas. Genre, si j'habite dans un immeuble ou dans une maison, je dis, vas-y, on se donne rendez-vous au coin de la rue. Et ça, je l'ai fait en Suisse.
J'étais dans un hôtel et tout, et un mec, je le sentais trop, c'était ultra rapide, je le sentais bien, on est allé au coin de la rue, tu vois, donc en fait, là pour le coup, si le gars me dit non, je veux pas aller au coin de la rue, en bas de l'endroit où après on va monter pour baiser, je suis là, non mais mec, en fait, c'est pas très compliqué, et rien que ce petit moment où on se voit, on se salue, t'as raison, je vois qu'il est seul, et après on marche...
Mais ça, c'est une super astuce parce que déjà, si la personne refuse, c'est un élément qui interpelle. Et en plus, moi, j'allais dire, par exemple, soit de donner un rendez-vous dans la rue, soit de ne pas donner les codes de sa porte d'entrée principale si on habite dans un immeuble et d'aller ouvrir la personne. Et en fait, c'est un truc tout con. C'est que si jamais on ne sent pas le truc ou que la personne, ils sont trois, on peut crier.
On n'y pense pas souvent parce que parfois on est paralysé ou sidéré par l'agression. Mais en fait, il y a des voisins qui peuvent bouger, qui peuvent menacer de l'appeler à la police, qui peuvent appeler la police tout de suite. Il peut y avoir une patrouille ou quelqu'un à côté qui vient vous aider. Il y a des caméras. Il y a des caméras aussi, donc ça permet aussi de les voir après si jamais il se passe un truc.
Et il y a un truc vraiment tout con, je pense, qui est quand même fondamental, c'est de faire confiance à son intuition. C'est-à-dire qu'en gros, c'est vrai que je pense qu'il y a beaucoup de gens qui n'ont pas été agressés, qui ne le savent pas, mais qui se sont protégés elles-mêmes, parce qu'en fait, elles ont senti que le plan cul, il n'était pas à faire, que la personne, elle n'était pas vraiment de confiance. Il y a un truc qui n'allait pas, et il ne faut pas hésiter, même dix minutes avant, de dire « non, non, c'est bon, on annule tout, je ne le sens pas », ou même de dire « j'annule ».
Et mon souci, ça a été d'être tellement excité. Et en fait, dans un temps passé où j'étais pas à l'aise avec mon homosexualité, Grindr et les réseaux de rencontres, c'était un lieu où j'étais super excité, mal à l'aise. Et tu sais, parfois, porté par ton excitation, alors même que tu refoules un peu tes désirs sexuels...
Je me suis déjà vu avoir des comportements à risque, débiles simplement, parce que j'ai tellement d'homophobie internalisée que le seul moment où ma tête me dit « Ok, on va aller baiser », là, j'ouvre toutes les vannes. Je ne pense plus à rien et j'ai comme une petite parenthèse. Ça fait comme un exutoire où on se permet ce qu'on se bride et ce qu'on s'interdit ?
Je pense que le risque, il est là. Tu vois, quand tu dis... Tu vois, tous nos bonnes astuces, c'est des gens qui sont, du coup, avec un cerveau disponible et qui ne sont pas en train de prendre une décision comme moi, j'ai pu faire à la va-vite. Mais tu vois, je pense qu'il y a plein de gens qui vont me dire, ouais, Visio, t'es mort et tout. Quand je dis Visio, même aller aux gens, ils me disent, mais t'es qui, en fait ?
Je trouve que ce que je retiens de ces astuces, le minimum syndical qui est « je descends en bas et je marche trois pas »,
Ce minimum-là, n'importe qui peut le faire, ça ne tue pas du tout la spontanéité du cul. Ça la déconnecte de cinq minutes et tout. Ça ne concerne malheureusement pas les gens dont le kiff, c'est « je t'attends à quatre pattes, les yeux bandés ». Mais en tout cas, je trouve que ce minimum syndical, il est faisable. Complètement. Il est simple. Oui, il est faisable, il est simple. Et puis, en fait, il y a un truc aussi, quand on met des conditions comme ça avant une rencontre,
En fait, le mec qui veut dépouiller ou casser du PD, ça l'emmerde d'avoir trop de conditions et c'est lui qui passe son chemin. C'est aussi des quelques contraintes comme ça, c'est aussi une forme de sélection. Très malin, je suis grave d'accord. C'est ce que je disais quand dehors il y a les caméras, c'est moins...
Il s'est passé quelque chose de problématique, je veux retrouver les agresseurs, mais c'est plus l'agresseur, il sait tout ça. Il sait les conditions qui sont de moins en moins favorables pour son agression. Et en fait, à un moment donné, il va dire, je ne veux pas te rencontrer. Oui, c'est ça. Je le pense. Est-ce que tu as un dernier conseil type auquel tu penses ?
Non, je pensais par rapport à des affaires qu'on a racontées, notamment quand la personne donne rendez-vous dans un parc ou dans un endroit un peu forêt, etc. Je pense que pour le coup, quand ce n'est pas des lieux de drague connus, il faut vraiment y aller en toute connaissance de cause, c'est-à-dire se dire...
soit j'y vais avant et je vais voir un peu le terrain etc soit en tout cas ne pas grosso modo aller tout de suite dans un parc vide puisque je pense qu'il y a un élu de Montreuil qui a été agressé récemment dans un parc à Montreuil à 1h du matin et en fait il y avait évidemment 3 mecs qui attendaient au lieu d'un et du coup bah
Après avoir discuté avec cette personne, il a refait le match en se disant « putain, j'aurais pu ne pas rentrer dans le parc et me donner rendez-vous devant ». En fait, c'est con, mais un endroit un peu marginalisé. On a des caméras à côté ou une rue passante. C'est l'idée d'aller vers son plan cul et pas de retrouver la personne immédiatement, là où on est censé avoir son rendez-vous. Top !
Dans notre prochain épisode, nous allons parler de... Qu'est-ce que je fais si je suis moi-même victime ou qu'un ami me dit être victime ? C'est quoi ? Qu'est-ce qui est possible ? Et que font les apps et les autorités face à ça ? Qu'est-ce qui est en train de se passer ou de ne pas se passer ? Ça te va ? Très bien. Rendez-vous épisode 2. À très vite.