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Vous écoutez la deuxième partie de ce témoignage. Pour retrouver la première partie, c'est l'épisode précédent. Facile ? Combien de temps tu es dans le masque ? Tu fais tout ton lycée comme ça ? Oui, je fais tout mon lycée comme ça. Donc il n'y a pas de sexualité pour toi ? Il n'y a pas d'amourette ? Contrairement à plein de gens…
Moi, j'ai décidé de fermer la porte de la sexualité. Je l'ai fermée à double tour. Et je me suis dit, c'est trop risqué. Je ne veux pas que mon père se rende compte que son fils, c'est un 106.
Et du coup, je ferme toute éventualité, toute rencontre. J'enlève carrément ça de ma tête. Je me focus que sur mes études. Parce qu'au moment du lycée, dans les années 2010, à la louche, à Alger, il est possible pour des hommes non hétérosexuels, queer, bi, gay, de se rencontrer. C'est possible. Il y a des lieux…
Il y a des lieux, mais c'est très caché. Très, très, très caché.
ouf. J'aurais pu même ouvrir Grindr. Là, par exemple, quand je suis venue en France, j'ai rencontré plein de potes. Ils me disent « T'as pas ouvert Grindr en Algérie ? Mais comment ça se fait ? » Et il y a des potes qui ont eu leur premier copain en Algérie. C'est illégal en Algérie ou pas ? C'est illégal. C'est quoi la peine ? La prison. C'est peine de prison. Ça, c'est une loi qui est venue avec les Français ?
Ou c'est une loi… En fait, il y a un propos assez intéressant, que souvent, c'est la colonisation qui a amené les lois qui criminalisent les personnes LGBT. Je ne pense pas. Toi, tu ne penses pas ? Elles préexistaient ?
Je ne pense pas. Je pense que ça a existé. En Ouganda, il y a une loi très connue, même, qui veut aller jusqu'à mettre la peine de mort pour les personnes homosexuelles. Et les politiciens disent « l'Ouganda a toujours été comme ça, nous on n'a pas d'homosexualité », alors qu'en fait c'est faux, c'est la colonisation britannique qui a amené…
Les lois anti-gay et qu'avant, l'Ouganda a même eu un roi bisexuel. Il y a tout un historique ougandais qui est plus queer. Tu ne sais pas ça sur l'Algérie ? Sur l'Algérie, franchement, je ne sais pas. En tout cas, c'est-il les cas ? Est-ce que la loi est utilisée ? C'est-à-dire, est-ce que la police est sur Grindr, dans les lieux LGBT et arrête des gens ?
Je ne sais pas. Parce que je n'ai pas eu cette expérience Grindr, moi. Moi, j'ai eu cette expérience Grindr, mais bien après, je te raconterai ça, après la phase un peu de ma venue en France. En tout cas, au lycée, tu fermes la porte de la sexualité. Ce que j'ai voulu comprendre, c'est qu'est-ce qui est possible dans le contexte que tu as décrit ? Certains ouvrent Grindr, peuvent faire des rencontres, c'est caché, c'est dangereux.
Il y a des lieux clandestins. De toute manière, même les relations sexuelles hors des liens du mariage, c'est aussi des lieux cachés. C'est pas comme ça devant tout le monde.
Et ça, tu parles même pour les hétéros, tu veux dire ? Même pour les hétéros, oui. Même pour les hétéros, tu as des lieux un peu détaudis, des trucs comme ça, délaissés, pas connus, qui sont utilisés pour ce genre de choses. Oui, donc il y a plusieurs couches culturelles de tabous. Il y en a une première sur la sexualité en général, et une deuxième et une troisième sur l'homosexualité, la misogynie et tout. La prison est faite de plusieurs enceintes.
Idem, moi dans mon cheminement de français région parisienne, je dirais qu'il y a les mêmes enceintes, je ne compare pas nos histoires, mais je continue à trouver ça passionnant comme ça me semble universel. Non mais les histoires se ressemblent un peu, mais… On pourrait se dire, pas la même religion, pas la même culture, pas le même endroit du monde, on pourrait se dire que…
Ok, on passe un lycée en fermant cette porte-là. Il y a un impact sur ta santé mentale ? Tu as des angoisses, tu as des problèmes de sommeil ? Alors, très angoissée parce que comme j'ai vu que ça pouvait se remarquer, donc toujours à l'affût.
L'hypervigilance dont tu parlais. L'hypervigilance, toujours à l'affût. Mais bon, je pense que ce qui m'a aidée, c'est plus parce que j'étais focus que sur mes études. Donc, peu importe, je n'avais pas beaucoup d'amis. J'avais un groupe d'amis de quatre ou trois. Je ne me souviens plus même. Qui savait ? Tu t'es ouverte ? Non, non, non, jamais. Non.
Il fallait te cacher aussi à tes amis. Oui, à mes amis. J'ai caché ça à mes amis. C'était ça, c'était cacher à tout le monde. Il n'y avait que moi qui était au courant de ce que j'étais. Et je me suis tué à la tâche, mon bac et tout, après l'université. L'université, j'étais un peu… J'étais plus mûre. Je me suis dit, là, il y a un problème. C'est que moi, je sais que je suis gay.
Mais il faut trouver une solution. T'avais toujours pas à ce moment-là des représentations positives dans des films ?
tu as frappé ce personnage c'était beau c'est très beau parce que là je me dis heureusement qu'en fait dans les séries maintenant il y a des personnages LGBT les gens ils disent dans les séries non ils nous bourrent le crâne avec des personnages LGBT mais c'est important il faut que les gens s'identifient imagine s'il y a des séries où il n'y a pas de personnages LGBT ça serait dans le même cas que moi c'est difficile de ne pas s'identifier
Bien sûr. T'as en tête des personnages LGBT ou en tout cas un personnage d'homme gay arabe ? Arabe… Pas dans mes souvenirs. Arabe, gay… C'est fou, ça n'existe pas encore, je crois. Ou en tout cas, toi et moi, parce que dans le Shameless sur la chaîne Showtime, je crois, aux Etats-Unis, c'est une famille d'Américains blancs, Américains moyens…
Il y avait le rouquin qui était gay et bipolaire. Et après, il y a eu plein d'autres séries. Et ça, du coup, à l'université, ça modifie ta pensée que tu es malade ou tu continues à penser que tu es malade ?
Non, à l'université, même à la fin du lycée, genre l'année du bac et même après l'université, je ne me considérais plus comme malade. Parce que j'ai assez fait le tour sur le sujet.
Et j'ai filtré en fait les informations. La période collège, je prenais tout. Influencé par l'environnement, influencé par la religion, par la culture macho, par plein de choses. Et moi, j'étais petite et quand t'es petite, t'es vite influencée par plein de choses.
Mais après, j'ai lu, j'ai vu, j'ai diversifié mes ressources. Je ne regardais pas que des ressources arabes, je regardais des ressources qui venaient de l'étranger. Et donc, tu avais fait ce qu'on appelle ton coming in. Je ne suis pas sûr que c'est comme ça qu'on dit, mais je crois que je ne dis pas de bêtises. C'est-à-dire, tu sais, le coming out a plusieurs phases et la première, c'est de se le dire à soi-même.
Et ça, t'as fait tout ce chemin de d'abord, ok, je suis malade, et après, tu te les fais à toi-même. Mais à cette époque de l'université, si je dis pas de bêtises, t'as pas encore fait ton coming out ? Non. Tu le fais à ton coming out, c'est-à-dire à quelqu'un d'autre. Oui, c'est bien après, c'est en France. Ok. Donc, toute la période université, au fait, c'était une période où il fallait mettre un plan d'action. C'était la période plan d'action. C'était, je suis gay, je ne peux pas être gay en Algérie, comment faire ?
C'est pas possible pour toi d'être gay en Algérie ? Pour moi, c'était pas possible. Parce que je me disais, mais j'ai un copain. Comment je fais ? Est-ce que je prends un appart ou je prendrai l'appart ? Mes parents, ils sont à une heure de voiture de mon appart.
Comment je pourrais… Parce qu'en Algérie, tu quittes généralement ta famille quand tu te maries. Tu la quittes pas avant. C'est une relation très toxique entre la famille et l'individu. Donc l'individu, il quitte pas le cocon familial jusqu'à son mariage. Mais moi, je vais pas me marier. Il y a des gens qui se marient. Ils se marient avec, par exemple, une lesbienne. Donc elle, elle fait sa vie de côté. Lui, il fait sa vie de côté. De son côté.
Non, je ne voulais pas. Je voulais mieux. Je voulais une liberté totale. Moi, je suis plus une personne soit zéro, soit cent avec moi.
C'est soit tu crèves, soit t'es réunant. J'étais toujours comme ça. Et du coup, je me dis, mais non, je veux la liberté totale. Je ne veux aucune contrainte dans ma vie. Pour la liberté totale, il ne faut pas que je reste en Algérie. Pour ne pas rester en Algérie, un plan d'action. Je me suis dit, là, je suis à l'université, je suis dans la meilleure école à Alger.
J'ai eu un bac excellent, donc je suis rentrée dans la meilleure école. Je me suis dit, c'est mes meilleures chances. Si je postule pour une université étrangère…
C'est le moment, quoi. C'est là qu'il faut utiliser ce diplôme à la fin. Je fais mes cinq ans d'études d'ingénieur. Au bout de mes cinq ans, je défends mon projet de fin d'études. Et là, je dis à ma famille, écoutez, moi, je veux faire des études à l'étranger parce que c'est toujours enrichissant, cette expérience et tout.
Avant que tu continues, excuse-moi, c'est cinq ans à l'université où tu te dis en fait je pense que je ne suis pas malade, où tu as du contenu et tout, tu n'as toujours pas de vie sexuelle. Rien, zéro. Et le soir quand tu t'endors, tu imagines des choses, tu te dis…
Moi, c'était… Moi, quand je regardais les séries et les films, quand je voyais, par exemple, une personne qui faisait son coming out à sa famille ou à ses amis et qu'elle est acceptée, je pleurais, quoi. Je disais, mais c'est injuste. C'est injuste qu'il y a des gens qui peuvent faire ça et qui peuvent être sereins dans leur vie et qu'en fait, moi, peut-être je n'aurai jamais ça.
c'était tellement absurde d'imaginer qu'un jour j'aurais un copain et que je vivrais avec mon copain et je ferais des trucs avec mon copain pour moi c'était impossible c'est impossible j'arrivais même pas à imaginer ça et même des fois je me permettais d'imaginer le truc j'étais tellement content je souriais tout seul mais à la fin quand t'es confronté à la réalité tu te dis mais waouh quand est-ce que ce moment va arriver si il va vraiment arriver
Du coup, pendant ces cinq ans, tu te dis, il va arriver le moment, mais ça sera dans un autre pays. Faut que je parte. Oui, voilà. Je me dis, il faut que je travaille pour partir. Il me faut un truc pour sortir de ce pays, quoi.
Tu dis à tes parents, je vais partir étudier à l'étranger. À l'étranger, pour mes études, en tout cas, je savais très bien que ça allait passer crème parce que eux, ils m'ont toujours soutenu quand c'est un truc lié à mes études. Et à l'excellence. À l'excellence, ils acceptent toujours.
Donc ils me disent « ouais, t'inquiète, on va te soutenir financièrement, moralement ». Ils étaient là durant tout le process. Franchement, leur soutien était indéfectible.
Je suis quand même curieux, pendant 5 ans, tu habites chez tes parents ? À l'université ? Oui. Ah oui, du coup ça… J'ai pas eu la vie de la cité universitaire. Ouais, c'est ça. Comme les autres, ils ont eu, moi j'ai pas eu ça. Il n'y a pas de rencontre un peu… Il n'y a pas de personnes autour de toi. On est plus âgés, donc je sais pas, j'imagine, non, on est toujours à Alger. Il n'y a toujours pas de personnes out ?
Dans tes classes ? Dans mon entourage, personne. À l'université, il n'y a pas un ? Il y avait des gens comme ça, un peu efféminés, que tu peux présumer homosexuels, mais être efféminé, être gay, c'est deux choses différentes. Mais tu ne peux pas vraiment savoir. Mais tu peux, par exemple, faire des hypothèses et tout, mais il ne va pas te le dire.
s'il est gay ou pas. On continue, parce que quand même, 10-15 ans sont passés, mais la situation est la même. C'est pas possible. Et toi, t'as pas l'élan, tu continues à fermer la porte de la sexualité, t'as pas l'élan d'aller dans une soirée, y'a pas un jour un peu bourré ? Non, bourré, y'a pas la notion bourré. Tu peux pas être bourré, parce que l'alcool, c'est interdit. Y'a pas ça. En fait, y'a pas…
Un moment où tu pètes un câble et où tu glisses, où tu te mets en danger ou pas, mais il n'y a pas une part de toi qui, à un moment donné, se met à hurler en utilisant des substances ou pas de cette prison. Toi, tu restes bien assis dans ta prison.
Franchement, j'étais tranquille, assise dans ma prison, j'ai fermé la porte, j'avais les clés de ma prison et j'étais dedans. Mais ça c'est important parce que moi je suis en train de colorer le truc de façon assez négative, mais c'est pas ce que tu es en train de raconter. Toi tu dis « j'étais plutôt heureux, j'étais alignée, j'étais posée dans mes études ».
C'est ça ? Oui, c'est ça, oui. Pardon. Au fait, je suis le genre de mec qui, quand il y a un problème, il faut trouver une solution. Ça ne sert à rien de râler. Donc, même dans ma vie au quotidien, s'il y a un problème, je reste, je réfléchis à la solution.
C'est vrai, il y a un problème, peut-être je pleure instantanément, mais après, c'est bon. Get over it, get your shit together and move on. C'est ça le truc. Et moi, c'est un problème qui est grand, qui a plein de variables dedans. Et donc, je me dis, mais ça sert à rien si je commence à hurler et tout, mais je hurlais, oui, intérieurement.
Intérieurement, j'étais malheureux. La nuit, je pleurais. Des fois, je pleurais jusqu'à m'endormir. Et des fois, je regardais des films qui étaient super tristes et que ça me faisait du bien de regarder des films super tristes. J'écoutais des chansons super tristes et tout. J'étais mélancolique, c'est vrai. Mais il fallait que je trouve une solution. Et tu l'as trouvée, c'était partir. C'était ça, ma solution à moi.
Ta famille te soutient financièrement ? Elle me soutient financièrement. Et tu pars ? Je pars. Tu as quel âge ? 24. Ok. 24. J'arrive en France. C'est à ce moment-là où tu t'es dit je vais devoir choisir entre ma famille ou ma vie ? C'est pas là ?
J'arrive en France. Une fois que j'ai eu mon visa, je me souviens quand j'ai eu mon visa, parce que ce visa, c'est un process hyper stressant. T'attends, t'attends, t'attends. Moi, j'ai attendu deux mois pour l'avoir.
Et tu sais pas si c'est un refus ou si c'est une acceptation. Et t'imagines si t'as un refus en mois de septembre alors que toi, tu commences tes études en septembre, c'est mort. Et pour moi, un refus, ça allait être fatal pour moi. Mais heureusement, j'ai eu une acceptation. Et là, quand j'ai le visa, quand tu vois le visa sur mon passeport, je me dis « Oh putain ! »
Check. Première étape de liberté. Check. Je prends mon billet et tout, je débarque en France. Et là, une fois que j'ai posé mes pieds en France, je me suis dit, je suis tellement loin de ma famille. Je me suis dit ça, je me suis dit tellement loin de ma famille. Personne pour me fliquer. C'est bon.
Après, ça c'était ma réaction à chaud. Après, quand je suis arrivée dans l'appart que j'avais réservé avant de venir, je me suis dit…
Ne t'emballe pas. C'est vrai, c'est tchèque, t'es en France. Mais au fait, si tu rates ton année, tu retournes en Algérie. Faut pas que tu rates ton année. T'as un titre de séjour. C'est un an validité de titre de séjour.
Tu ne vas pas faire l'enfeu avec ça. Du coup, je me suis dit, continuons sur l'élan des études. Tu te donnes un fond sur tes études. Il faut que tu réussisses ton année. Tu n'as pas le droit d'échouer. Du coup, j'ai carburé
Je me suis donné à fond, encore une fois. Ils étaient super fiers de moi, mes parents. On n'a pas ouvert la porte d'autres portes ? Aucune. Aucune. J'avais des regards comme ça à la bibliothèque, des fois, mais je ne me suis jamais permis de faire un truc au-delà d'un simple regard, un échange de regards. Tu sais pourquoi ?
Je ne sais pas. Mais ça m'a pris une année pour faire mon coming out. Toute l'année universitaire. Et durant toute l'année, mon seul souci, c'était de réussir mon année. Et deux, c'était de trancher sur la question de est-ce que je choisis ma famille ou je choisis mon bonheur ? Ça m'a pris un an pour répondre à cette question.
À la fin, j'ai eu ma réponse, en gros, quand j'ai eu mon stage. Et c'était là où je me suis dit, l'année, elle…
On arrive à la fin de l'année et en fait, je suis la même personne. Je suis toujours cette personne qui n'a aucune sexualité et qui a peur d'être libre et de se choisir.
J'avais peur de me choisir moi et de rencontrer quelqu'un ou de juste un plan, tu vois, un plan et de me décevoir.
mes parents, qui sont en Algérie, vraiment loin de moi, mais quand même, ils avaient cette influence sur moi. Même à des milliers de kilomètres, ils ont cette influence sur moi. C'est pas possible. Je me suis dit, mais c'est quoi cette lâcheté, cette peur ? Je me suis dit, mais c'est pas logique. Il faut pas être comme ça. J'ai suivi le plan à la lettre. J'arrive…
en France et je continue à avoir la même vie.
Mais tu ne justifiais pas ça en disant il faut que je réussisse et du coup, ouvrir certaines portes vont me faire perdre des capacités de réussir ? Je disais ça, ça va en gros me dévier, déconcentrer de mon objectif, que je n'allais pas être aussi performant.
Est-ce que c'est possible que la puissance de ces masques, en fait, on enfonce le masque, la cagoule sur notre visage pour la mettre et en fait, c'est plus galère que ça à enlever ?
Parce que c'est assez étroit ou peut-être qu'avec le temps, ça commence à nous enserrer le cou et le visage. C'est ça, je suis tout à fait d'accord avec ça parce que moi, à la fin de l'année, je me suis dit non, mais j'arrive à la fin de l'année. J'ai réussi mon année et j'ai même décroché un job.
Donc, j'ai de quoi renouveler mon titre de séjour. C'est bon. Donc, est-ce que je peux me permettre ? Tu te rappelles de ce moment où tu dis, non mais merde là. Oui, oui. C'était quand ? C'était à l'issue de cette première année en France ? Oui, oui. C'était à la fin de la première année. Et j'ai eu mon job. Et mon job, c'était à Paris. Et du coup, j'arrive…
J'arrive, je débarque comme ça et je me dis, merde. Et je l'ai dit, j'avais pris un blabla car. J'ai dit, dans le blabla car. Dans le blabla car, j'ai ouvert toutes les aves de rencontre. J'avais pris un blabla car, j'étais loin de Paris. J'avais pris un blabla car pour aller à Paris. Et dans le blabla car, je me suis dit, non. Faut que ça cesse. Hum…
Là, c'est la fin de cette vie étouffante. Et là, j'ouvre toutes les apps. J'ai installé Grindr, Tinder, Facebook Rencontres. J'ai la totale de toutes les apps. Et je me suis dit, je mets mon profil, je mets mes photos. Parce qu'au début, je me suis dit, non, mais je ne vais pas mettre mes photos. Je me suis dit, non, je m'en fous.
Je suis là à 100% de ma décision. Je me choisis moi et je m'en fous de ma famille. Je vais mettre mes photos, mes vraies photos sur Grindr. Je vais mettre mes vraies photos sur Facebook, sur Tinder. Je ne veux plus me cacher.
Moi, j'ai dit, si il y a une personne, soit zéro, soit cent, c'est cent pour cent, je me suis dit, je m'assume. Et après, quand j'ai ouvert toutes les apps, je me suis dit, ok, je commence à faire mon coming out. Je me dis, voilà, je commence par les meufs, c'est plus facile. J'ai fait mon coming out, le premier mois, j'ai dit à toutes les meufs que j'étais gay. C'est qui les meufs de tes études ?
Oui, c'est des potes à moi. Soit elles sont venues d'Alger, comme moi. En tout cas, tu avais des potes à Paris pendant cette année, mais à qui tu n'avais rien dit de tout ça ? Rien. On était quand même un groupe de potes qui ont fait la démarche de visa et tout, qui sont venus en même temps en France.
En fait, la première personne, c'est une question, est-ce que la première personne à qui tu as fait ton coming out, c'est la personne dans le blabla car ? Non. Ok.
Non, Blablacar, c'était juste… C'était dans ta tête, en fait. La personne conduisait et toi, tu disais, je vais arriver à Paris et ma vie va changer et ça change maintenant. Je te disais ça parce que je trouve que parfois, les premiers coming out, les premières fois où on dit quelque chose qui transforme notre vie, c'est à des gens qu'on ne connaît pas trop, qui, sans le savoir, sont les réceptacles d'un tournant de vie.
Mais moi, j'ai commencé par ceux que je connaissais. Et la première meuf, en gros, j'ai mis une heure pour dire que j'étais gay. Je tournais autour du pot, je tournais autour du pot. Et à chaque fois, je disais oui, j'ai envie de te dire un truc. Et le truc, c'est assez difficile de le dire. Et j'ai mis une heure à le dire.
et à la fin j'ai enfin pu dire gay alors que c'est un mot à trois lettres enfin pu dire gay et elle était super contente on a pleuré et tout elle me dit franchement je suis très contente pour toi et que tu puisses comme ça dire et que là maintenant tu t'assumes merci de m'avoir fait confiance franchement les meufs elles étaient vraiment super réceptives et gentilles
au fur et à mesure de ces premiers coming out ça m'a donné confiance ça m'a donné super confiance et j'ai pris trop la confiance en moi après j'ai basculé vers les mecs j'ai dit aux mecs que j'étais gay mais là c'était un peu plus compliqué donc toujours ces potes d'Alger qui ont fait la même démarche que toi là c'était compliqué j'avais des réactions top genre ok c'est cool il n'y a pas de problème ok t'es gay
D'accord. Tu vois, ils n'avaient pas un commentaire à faire, mais il y avait ceux qui étaient « Attends, mais je ne comprends pas ce que tu me dis là, mais ce n'est pas possible, tu n'es pas gay, arrête, tu es juste influencé par l'Occident et tout, mais arrête, mais tu n'es pas une tafiole, tu te vois comment tu parles et tout, on dirait un 106, je ne sais pas quoi ».
Il me disait, mais non, mais je ne peux plus écouter ce discours, j'ai envie de gerber, c'est pas possible pour moi. Il y a même un mec qui me dit, non mais là, c'est pas possible, je ne peux plus, on était dans un resto, il me dit, mais je ne peux plus t'adresser à la parole, il faut que je fume une clope. Je me dis, mais
Et ce genre de personnes, je les ai tous bloquées sur Insta ou sur Facebook. Je me dis « j'ai pas besoin de ça ». En tout cas, moi je fais toujours le tri dans mes amis. Dès que je vois que, même si la relation elle est ancienne, je me dis « mais une relation ne se quantifie pas par sa durée de vie en fait ».
par son ancienneté. Mais une relation, elle se définit par les trucs qu'on vit en commun, par plein de choses. Des fois, ça diverge. Il faut laisser les autres partir. Il faut savoir les laisser partir et que toi, tu tournes la page. Je me suis dit… Tu continues sur ton chemin de « je me choisis moi ». Quand tu te dis « je me choisis moi », je mets mes photos sur les sites de rencontres.
C'est parce que, à ce moment-là, ta famille, est-ce qu'aujourd'hui ta famille sait quelque chose ? Non, elle ne sait pas. Mais quand même, j'ai pris le risque de mettre mes photos. Je sais très bien que, par exemple, une personne peut faire une capture d'écran, l'envoyer…
C'est cette responsabilité que tu prends quand tu dis je me choisis moi. C'est que si jamais ça les atteint d'une manière ou d'une autre, j'assume complètement ma décision. Et t'imagines quoi si jamais ils sont au courant ? Ils m'ont un peu spoilé.
Ils m'ont un peu spoilé leur réaction parce que déjà, j'avais changé de style vestimentaire. Je m'habillais des fois en rose. Et ils ont vu des photos où j'étais habillée en rose et tout. Et j'ai eu la remarque. Et après, ils ne m'ont pas parlé six mois. Après, je suis revenue vers eux. J'ai parlé à ma mère.
Et après, ça va, ça s'est un peu calmé. Et après, j'ai commencé à mettre des accessoires, une boucle d'oreille. Et ça n'a pas passé. La boucle d'oreille, ça n'a pas passé. Et là, actuellement, on ne se parle plus. On ne se parle vraiment pas du tout. Et c'est triste. Hum.
des fois je pleure parce qu'on n'est pas une grande famille on n'est vraiment pas du tout une grande famille contrairement aux familles rebeux nous on n'est rien t'as des frères et soeurs ? oui j'ai un frère
Et tu lui as parlé ? Si, je suis revenue une fois, avant tout ça, avant la boucle d'oreille et tout ça, je suis revenue à Alger et j'ai fait mon coming out à mon frère parce que j'étais con.
parce que il a commencé à me partager un peu sa vie il me disait oui j'ai eu une aventure avec une meuf et tout une aventure sexuelle tu vois et je me suis dit ah mais c'est super cool il me prend pour confident et même moi
Même moi, je me suis emballée. Il me pose la question, il me dit « Et toi, est-ce que tu as une personne ? Est-ce qu'il y a une meuf dans ta vie ? » C'était ça, est-ce qu'il y a une meuf dans ta vie ? Il dit « Non, il n'y a pas de meuf, mais il y a des mecs. »
Et ça n'a pas passé. Il a commencé à hurler, à me traiter de tous les noms, dehors. On était dehors. Et tout le monde, les gens se retournaient et tout, ils nous regardaient, mais c'était un cinéma. Non mais, c'est une scène.
Et après, j'essaye un peu de le calmer, de lui dire que, ok, t'es pas d'accord, je comprends que t'es pas d'accord, alors que moi, je comprenais pas du tout. Mais j'ai essayé quand même de le brosser dans le sens du poil. J'ai dit, mais alors, s'il te plaît, juste ne le dis pas à mes parents parce que je suis pas prêt. Et on s'est mis d'accord sur ça. Il est vitalgé ?
Il habite à Alger, oui. Et du coup, il n'a pas dit à mes parents. Mais après, on ne se parle pas. Il y avait à un certain moment la période, la variole du singe. Qui est du coup une infection sexuellement transmissible. Ça s'est beaucoup propagé l'année dernière ?
Oui, c'était l'été dernier, je pense. D'accord. C'était l'été dernier et en gros, t'as des boutons sur la peau et tout. Et là, il m'appelle, il me dit « Est-ce que t'as vu ce qui se dit à la télé ? » Je dis « Covid ? »
parce que c'était aussi un sujet le Covid il me dit non non mais pas le Covid mais est-ce que t'as vu un truc qui s'appelle la variole du singe ah oui ça c'est vrai oui mais t'inquiète j'ai rien et tout moi je pensais que c'était ça parce qu'il s'inquiétait ah non non mais c'est pas ça mais est-ce que tu veux mourir comme un chien c'est ça ce que tu veux j'avais plus les mots hum
du coup j'ai raccroché je me suis dit mais c'est quand même gratuit tu vois
Depuis, des fois, il m'appelle comme ça, mais c'est très sec. Il m'appelle juste parce que, comme je ne parle pas à mes parents, il veut prendre de mes nouvelles pour leur dire que oui, ça va. Mais juste ça. Quand j'ai fait mon coming out à plein d'amis, ceux qui n'étaient pas d'accord, je les ai retirés de ma vie complètement des réseaux. Je ne leur parle plus.
Ceux qui sont restés, c'est les vrais. Et donc du coup, eux, je les vois toujours. C'est toujours aussi sympa et c'est encore plus réel qu'avant. Parce qu'avant, je n'étais pas vraiment moi-même. Et à un certain moment, j'avais ouvert en parallèle les applications et tout. Et sur les apps, c'est une jungle.
Quand je vois les profils, les gens qui t'envoient des messages et moi je veux être, moi je suis passive, moi je veux être bandée, tu me bandes les yeux, tu viens, nanani, nanana, je me dis mais qui suis-je ?
Quel est mon type déjà de mec ? Je ne connaissais même pas mon type de mec. Je ne sais même pas être actif, ni être passif, ni ce que c'est qu'être versa. Alors que j'étais submergée de plein d'informations, comme ça, un jargon bien rempli sur Grindr. Je me suis sentie tellement perdue. Je me souviens, j'ai dit à une meuf, à une pote, tu sais, je suis tellement larguée et je pense que
J'ai tellement joué le rôle de l'hétérosexuel que je ne sais pas jouer moi-même. Enfin, je ne connais pas Eamon. Tes désirs, quoi. En tout cas, tes désirs homosexuels. Je me dis, mais je ne me connais pas, en fait. C'est quoi ? Qui suis-je ? On t'a aidé ? Est-ce qu'il y a des… Moi, j'ai envie de voyager dans le temps. Parce que maintenant, avec tous les épisodes de podcast, je connais bien le jargon et deux, trois clés.
J'aurais envie de voyager dans le temps et d'être ton ami pour t'entourer, en tout cas te dire deux, trois trucs. Et t'étais tout seul, toi, t'avais pas d'autres hommes queer avec qui échanger sur ça veut dire quoi, c'est quoi le délire ? T'étais tout seul. Le début, j'étais tout seul. Donc là, on est…
On a le visa. On s'est choisis. Et là, on a un ancrage en France. On a un boulot. On a un boulot. On se met sur les apps. C'est la première chose que tu fais dans ton cheminement. Mais à ce moment-là, est-ce qu'il y a d'autres choses « gays » connectées à ton « toi gay » que tu fais ? Est-ce que tu vas dans des soirées ?
Justement, je n'ai pas encore osé faire ça. Donc, c'était juste les apps. Parce qu'en fait, je n'osais pas aller dans une soirée alors que je ne connais personne. Bien sûr. Donc, je n'ai pas osé faire ça.
Et du coup, je me mets juste sur les apps. Et là, je réponds même pas. Je reçois que des messages. Je suis même pas arrivée au stade de répondre. Mais je reçois des messages avec des photos, de nudes, de plein plein de choses, avec un jargon des fois que je ne comprenais même pas. Et là, je commençais un peu à faire ma recherche, savoir ce que c'est que Versailles, savoir… Il y avait plein plein de trucs sur les réseaux. Et au début, je me suis dit, mais je suis tellement perdue.
C'est quoi mon type déjà ? Attends, parce que moi, beaucoup de ma sexualité s'est construite avec le porno. C'était quoi la place de la masturbation et du porno dans ton intime pendant ces dernières années-là ? Parce que tu vois tous ces mots-là, tu les trouves sur le porno…
Tu n'avais pas ça, toi ? Tu ne regardais pas de porno ? Non, mais si, je regardais le porno gay. Mais tu vois, à l'université, je regardais beaucoup de porno gay. Ok, tu regardais quel type de mec ? Mais justement, pour moi, c'était juste l'essentiel que ce soit un homme et tout. De toute manière, je regardais ça vite fait. J'habitais chez mes parents, donc je ne me permettais pas trop…
une certaine liberté. Donc, pour moi, je prenais tout ce qui venait et des fois, par exemple, au début, c'était dans les super cafés, tu vois, donc il faut faire attention. Mais là, je te parle de tes années à Paris. Non, mais à Paris, justement, j'ai commencé à… J'ai appris plein de choses avec les apps.
Ma question, c'est le porno qui est, pour moi, dans mon imaginaire, c'est ton seul endroit où tu es gay. Oui, c'était ça. On est d'accord ? Tu es à Paris, là, pour le coup, tu peux un peu plus regarder du porno ou en tout cas être un peu plus détendu. Et pour autant, ça ne t'a pas donné quelques clés sur tes désirs, sur quel type de mec ? Le porno, ça m'a donné quand même… Et possiblement des mauvaises clés. Oui, oui. Comment ça t'a impacté, le porno ?
En gros, le porno, déjà, je savais très bien que j'avais une attirance vers les daddies. Parce qu'en gros, quand il y avait un mec mûr, un mec âgé dans la vidéo, ça m'excitait plus qu'autre chose. Mais par contre, je ne savais pas si j'étais passif ou actif.
Avec le porno, je n'ai pas pu savoir ça. Tu vois, quand tu te masturbais, que tu fermais les yeux, que tu regardais les pornos. En fait, c'était juste, je ne sais pas, j'avais une imagination assez large. Est-ce que tu penses que tu évitais de te connecter au désir de sodomie, d'être sodomisé ou de sodomiser, en lien avec tout ce que tu as raconté avant ? Au début, oui.
Tu penses ou pas ? Non, parce que là, c'est un peu un trait que je tire un peu grossier. Mais tu te rappelles, tu as dit plus tôt, dans les épisodes précédents, si j'ai fait des coupes, t'as dit, j'ai lu tout le Coran. T'as lu tout le Coran ?
Putain, c'est super intéressant. Pardon, excuse-moi, parenthèse. Ok, en fait, il y a Sodome et Gomorre, c'est ce passage-là où c'est la sodomie qui est vraiment le problème. Est-ce que tu as l'impression que ça, ça nous empoisonne et que du coup, c'est un peu pour ça que tu ne savais pas si tu étais actif ou passif, c'est que tu n'étais jamais connecté à ton désir ? Moi, ça m'a empoisonné la vie.
Mais tu fais ce trait avec moi ou je m'emballe ? Non, mais c'est ça, c'est exactement ça. Parce qu'en fait, l'image du mec qui se fait pénétrer est tellement interdite et dégradante que tu te dis, je ne veux pas être passive parce que je vais être le mec, la femme. Je vais être la femme.
Celles qu'on t'a interdit d'être, enfin en tout cas celles à lesquelles il ne fallait surtout pas ressembler. Et moi, mes débuts, j'étais que actif. Les débuts, genre, tous mes plans, j'étais que actif. Alors comment tu deviens sexuellement actif ? Donc c'était quoi ta première fois ? Aujourd'hui tu as, excuse-moi, je t'ai déjà demandé, tu as 27. La première fois où…
27 et demi. Un peu plus qu'il y a demi. 27 trois quarts. Tu te rappelles l'année où tu as été pour la première fois sexuellement actif avec quelqu'un ? Oui, c'était 2020. Tu me racontes cette première fois ? C'était un mec que j'ai rencontré sur Facebook Rencontre. Ok.