Tout pour ne pas être gay : mon plan pour en finir – Mathieu 1/3

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J’avais beau essayer de devenir hétéro — je n’y arriverais pas. Je me suis dit : autant me supprimer, autant arrêter là.

Mathieu a passé tout son lycée à combattre son homosexualité avec un plan précis : le bac, puis se suicider. Il raconte :

  • Le harcèlement au collège pour être « trop efféminé » dans une cité, et la décision à 15 ans : passer son bac, puis en finir
  • Un attouchement subi enfant dans une douche, et des scarifications nocturnes pour extérioriser une souffrance qu’il ne pouvait nommer à personne
  • La rencontre en 2020 avec son copain et la reconstruction progressive — jusqu’à devenir prof de SVT qui parle d’intime gay à ses élèves

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3 épisodes que tu pourrais aimer

On en parle dans l’épisode

  • 🎬 Loft Story — La première saison (M6, 2001), première télé-réalité française d’enfermement, évoquée comme modèle stéréotypé de la représentation gay dans les médias.
  • 👤 Steevy Boulay — Participant de Loft Story saison 1, seule représentation gay dans les médias que Mathieu avait enfant, et dans laquelle il ne se reconnaissait pas.

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Je vais te lire notre petite intro, enfin la mienne. Tu es d'accord Mathieu ? Aucun problème. Je te souhaite la bienvenue sur mon canapé de la confession. Ce qui n'est pas vrai puisque toi tu es assis sur une chaise, très confortable, un fauteuil, tandis que je suis moi sur le bord de mon canapé. Mathieu tu as 27 ans, tu viens de Franche-Comté et tu es prof de SVT en banlieue parisienne depuis un an. « Toi et moi, on s'est rencontrés pendant un apéro entre auditeurs ici à Paris. Ce jour-là, je venais de me prendre une énième rafale de commentaires sur mes vidéos sur les réseaux sociaux, me disant que j'étais un danger pour les enfants et qu'il ne faut pas parler d'un team gay à des enfants. » Et pour toi, c'est une vraie revanche. Parce que tu es harcelé tout ton collège et lycée, brimade, insulte, mal-être généralisé. Tu te sens attiré par les garçons et ça te dégoûte. Tu m'as dit, je découvre la masturbation, je me déteste. Quand j'allais jusqu'à l'éjaculation, je me flagellais, je me sentais si sale. Tu penses que tu ne pourras jamais être heureux sexuellement ou amoureusement. Alors tu prends une décision, tu iras jusqu'au bac, puis tu te suicideras. Mais un coup de foudre va te rattraper. Avance rapide, tu te plonges dans les études, tu mets un mur de suractivité entre toi et ton intime. Tu ne connais aucun autre gay en Froche-Comté où tu habites. Mais en 2020, tu rencontres ton copain et un nouveau chapitre s'ouvre. Ton chemin de réparation continue et ce podcast est un des clics pour toi. Ça t'aide à te poser des questions, à parler à ton copain et à d'autres d'intime de tes désirs et ta sexualité se déploie. Enfin, j'ai envie de dire, tu vas nous raconter tout ça. Oui, exactement. Tu es content de cette intro ? Très, très bien résumé. honnêtement je me retrouve dans chacune des parties et finalement tu as très bien su décrire je trouve l'évolution notamment qu'on pourra un petit peu en revenir mais sur l'évolution de ma manière d'appréhender la sexualité homosexuelle qui a énormément évolué et heureusement Heureusement. Est-ce qu'on le prend chronologiquement et on commence avec cette terrible… Et quand je lisais l'intro, j'ai eu un moment de… Ce moment où tu te dis, ok, je vais passer le bac et après je me suiciderai. Tu te souviens pourquoi tu t'es formulé cette promesse ? Complètement. En fait, pour comprendre pourquoi j'en suis arrivé là, finalement, il faut savoir que ça faisait déjà plusieurs années que je luttais contre ces désirs homosexuels que j'avais. Et du moment que j'ai compris que je ne pourrais pas changer, que j'avais beau essayer de devenir hétéro… et bien que je n'y arriverai pas et bien je me suis dit ben ok très bien autant me supprimer autant arrêter là et ne pas assumer finalement que je suis homosexuel je savais très bien que je ne pourrais pas le faire du jour au lendemain parce que mentalement pour moi un suicide ça se prépare et d'où cette idée de me dire ok je vis mes dernières années au lycée j'ai mon bac et à la fin je me suicide j'arrête là ça a été toute une évolution est-ce que tu sais Ce que tu pensais pouvoir arrêter ? Qu'est-ce que tu essayais de… Ce dégoût, tu vois, ce refus de l'homosexualité ? En fait, c'était… Moi-même, je n'arrivais pas à l'accepter. Et je voulais surtout pas le montrer à ma famille, le montrer à mes amis, parce que j'allais encore devoir être différent. J'ai subi beaucoup de harcèlement à l'école, au collège, au lycée, et c'était rajouter une couche supplémentaire de différence. Parce que ce harcèlement que tu as vécu n'était pas lié à une supposition sur ton orientation sexuelle ? En fait, je ne suis jamais rentré dans les cases, le moule du petit garçon viril qui joue au foot. On revient un petit peu au même cliché, mais… Et donc, dès l'école, j'avais des gros problèmes de sociabilisation avec les camarades. Certains élèves qui me frappaient, qui me cognaient, je jouais plutôt avec les filles. J'allais plutôt, même à la maternelle, les plus vieux souvenirs, j'allais plutôt dans le coin d'Inette et je jouais pas forcément avec les petites voitures. Donc je pense que déjà, cette scission-là s'est faite très tôt. Et oui, à l'école, j'étais dans un… Il y avait beaucoup de jeux sportifs dans lesquels je ne me reconnaissais pas, auxquels les garçons jouaient, le football notamment. Moi, j'étais plus à collectionner les diddles, ces petites fiches qui représentaient des petits animaux tout mignons qu'on s'échangeait à la récré, et qui pouvaient parfois sentir la rose… La noix de coco. J'adore. On a dix ans d'écart, toi et moi. Donc, je pense qu'à mon époque, c'était pas les… Ça me dit quelque chose, mais ça ne me dit rien. Moi, c'était les pogs. Ah, il y avait les pogs aussi. Toi aussi, dix ans plus tard. Je me souviens en avoir eu aussi. Mais c'est vrai que durant la cour de récréation, ce qui était vraiment la monnaie d'échange, en tout cas, plutôt du côté féminin, c'était… C'était ses didules. C'est marrant parce qu'hier, je déjeunais avec mon cousin qui me fait « Ah, tu regardes… » En ce moment, ça doit être… Moi, je pense que je publierai notre échange à la rentrée. Mais là, en ce moment, on est en juillet et c'est l'euro ou je ne sais pas quoi. Il me fait « Ah, tu regardes le foot et tout. » Et j'ai vraiment, dès qu'on me parle de foot, une crispation intérieure. Je dis « Ah non, je ne regarde pas le foot. » Vraiment ce truc d'hétéro. C'est vraiment mon préjugé dans la tête. Justement parce que dans la cour de récré, le foot, c'était vraiment… le truc des garçons cools qui étaient des vrais garçons par rapport à moi qui était un raté tu vois toi du coup dans ce harcèlement c'est pas lié enfin si on t'harcèle parce que t'es trop efféminé Oui, et encore une fois, je n'avais pas forcément les bons codes. Le fait, oui. Je pense qu'on peut résumer à ça. Le fait d'être trop efféminé. J'étais mal à l'aise avec les garçons. Il faut dire ce qu'il y a. J'avais peu d'affinité. Très vite, ils ont commencé à avoir un humour ou un côté un peu asexualisé, certaines choses. Moi qui m'étais très mal à l'aise parce que je… Pas dire que je sacralisais le sexe, mais un petit peu. J'étais dans une famille, on n'en parlait pas beaucoup. Et donc, dès l'école, certains élèves étaient déjà assez précoces de ce côté-là. Et moi, ça m'était assez mal à l'aise. Ils sexualisaient, ça veut dire que c'était des insultes ? Oui, bien sûr. Il y avait des insultes. Il y avait aussi… Ils jouaient un petit peu à mimer le fait de se faire sodomiser, par exemple. Ils avaient constamment leurs mains dans leur pantalon, dans leur jogging. Dès l'école, en fait. Après, j'étais dans… Je pense que le milieu dans lequel j'ai grandi aussi a peut-être favorisé un certain type de masculinité qui n'est pas forcément raccord non plus avec ce que je suis. T'as grandi dans quel milieu, tu dirais ? Plutôt cité, en fait. Il y avait vraiment le côté l'homme qui crache par terre, qui a bien le jogging, toutes ces choses qui ne me correspondent pas, en fait. Ça correspondait aussi dans… Tu disais, moi, dans ma famille, on parlait peu de sexe. Ça m'a marqué. Ça veut dire qu'on en parlait un peu, quand même. En fait, quand je dis peu, c'est-à-dire que le fait d'en parler ne provoquait pas ensuite une dispute de la part des parents. Les parents nous laissaient parler de ça, si on avait des questions. Par contre, eux de eux-mêmes n'allaient pas aborder le sujet. Et des petits, j'ai toujours eu une aptitude à pouvoir comprendre les sujets qui pouvaient être gênants. Et j'ai tout de suite intériorisé le fait que le sujet de la sexualité était gênant, donc il ne fallait pas en parler. et donc le peu est là en fait c'est à dire qu'on avait pas l'interdiction mais pour autant ça n'était pas mis sur la table et donc c'est quelque chose que j'ai gardé en moi et ça a été compliqué parce que j'étais notamment évoqué à l'école ces mains dans ces zones là j'ai eu un problème d'attouchement avec une fille plus âgée que moi et là ça a été compliqué parce que c'était directement en lien avec la sexualité dans un sens et je me suis retrouvé démuni parce que j'avais l'impression de n'avoir personne à qui en parler parce que c'était une fille ou ça a changé quelque chose ? ça a changé énormément en fait cette fille était la fille d'une je pense une copine à ma mère qui était aussi au sein de l'école et elle est venue à la maison un après-midi pour demander si on voulait aller avec elle à la piscine et il y avait juste moi qui était présent et qui pouvait aller avec elle à la piscine elle avait 3-4 ans de plus que moi donc finalement elle devait être au collège elle était pas non plus très très vieille mais par rapport à je trouve quand on est petit la différence d'âge est bien plus présente et oui à la piscine dans la douche c'est ça en ressortant de la piscine on a été dans la même douche la même cabine et oui elle a il y a eu effectivement un touchement de sa part mais je pense qu'elle se rendait pas forcément compte de ce qu'elle faisait Et moi, de mon côté, je n'ai pas su verbaliser parce que je ne comprenais pas ce qui m'arrivait. J'étais dans cette bulle où on ne parlait pas de sexualité, ni à l'école, ni dans ma famille. Et j'étais nu, elle était nue, elle se frottait à moi. Et aucun son ne sortait, j'arrivais pas non plus à dire quoi que ce soit, le moindre refus. La seule chose que j'ai réussi à faire pour clore cet événement, ça a été d'appuyer sur le bouton de la douche. Il avait coulé de l'eau, en fait, sur elle. Et donc, elle a repris ses esprits à ce moment-là. Et donc, on s'est arrêtés là. Elle m'a promis de rien dire à mes parents, que c'était pas grave. Parce que je pense qu'à ce moment-là, elle a compris qu'elle avait fait une erreur. Et quand je suis rentré, ça a quand même un petit peu interrogé ma maman. Je me suis douché, alors que j'étais censé être propre. Je revenais de la piscine, on avait pris du savon exprès. Et je me suis douché deux, trois fois. J'ai passé 40 minutes. Je me sentais terriblement sale. Et j'ai quand même demandé à ma maman, le soir même peut-être, je ne me souviens plus trop si c'est le soir même ou quelques jours après, parce que c'était avec un viol. Et maladroitement, elle m'a dit, c'est lorsqu'un garçon fait des choses pas bien à une femme. J'étais du coup le garçon dans l'histoire. J'étais la personne qui avait fait des choses pas bien. Voilà. Et je me suis complètement rendu coupable de ce qui s'était passé. C'est là où je pense que ça a joué un rôle. on a eu cette différence de genre les deux. Et que j'étais l'homme, j'étais le coupable. Donc sur le moment, t'es sidéré, comme une réaction qui est normale, une réaction du corps où tu te figes, du coup t'arrives plus à rien dire, c'est ça ? T'étais sidéré jusqu'au moment où t'arrivais à appuyer sur le bouton ? de la douche alors je veux dire quelque chose qui revient assez régulièrement dans ce genre de situation j'avais l'impression d'être en dehors de moi-même complètement surtout que c'est venu petit à petit c'est par des jeux qu'on s'est retrouvé les deux enfin tout nu parce qu'au départ on avait nos maillots de bain et ça s'est fait petit à petit et j'avais cette impression de ne pas avoir compris ce qui allait se passer elle m'a dit mais j'aurais pu en fait dire non très tôt au moment où on s'est retrouvé à se déshabiller les deux au moment où elle m'a proposé de faire un jeu on devait savoir où on se touchait les yeux bandés enfin C'était en fait à chaque fois des approches pour aller au fur et à mesure vers le côté sexuel. Et ça, j'ai absolument pas su le décider puisqu'on n'en parlait pas à la maison ni à l'école. C'est comme ça que tu… Comment est-ce que ton cerveau crée une histoire où c'est toi qui es le coupable ? Qu'est-ce que ton cerveau, à ce moment-là, une fois que ta mère te dit un viol, c'est un garçon qui fait quelque chose de mal à une fille, commence à créer un narratif dans ton cerveau où c'est toi le coupable ? J'ai pas su lui dire non. Je l'ai laissé faire. Et… Et c'est vraiment ça, parce qu'il y a eu plusieurs étapes. C'est-à-dire qu'au départ, on était censé être dans deux douches différentes. Elle m'a dit, tiens, pour des soujis, évident, on n'a qu'un sac de savon, ça va être chiant de se le passer, tu ne pourras pas venir dans la même douche que moi. Ok. Et c'est par étapes où je n'ai à chaque fois pas su dire non. Euh… la définition de ma maman qui était donc un viol, c'est quand un garçon fait quelque chose de pas bien à une fille, d'un point de vue sexuel. Je pense que c'est ça avant tout qui a posé problème. T'as l'impression que cette version est encore active dans ton cerveau un peu ? Alors… Je vais pas me sentir coupable. Mais il est vrai que je me dis finalement… un mot aurait pu tout changer peut-être une décision plus ferme de ma part de dire bah non on va pas dans les deux douches on reste séparés après je pouvais pas le savoir c'est compliqué de se refaire après à la suite de ça pendant une année chaque soir en me couchant je refaisais la scène et si j'avais dit non à tel moment et si j'avais fait ça un million de choses je me suis refait cette scène un million de fois chaque soir dans mon lit tout seul Est-ce que j'aurais jamais dû accepter le fait d'aller à la piscine avec elle ? Est-ce que j'aurais jamais dû accepter d'être dans la même douche qu'elle ? Jamais accepter de faire le jeu ? Pour me déshabiller indirectement, elle m'avait fait la remarque « Tiens, tu te laves pas ». Elle avait utilisé un vocabulaire d'enfant « Mais tu te laves pas, le zizi ». Et je m'étais senti mal, du coup j'avais dit « Bah si, si ». Donc j'avais enlevé mon maillot de bain. Et je m'étais dit « Mince, voilà. » À chaque endroit, j'aurais pu, peut-être, et je me suis refait la scène un milliard de fois, oui. empêcher ça à l'heure actuelle je pense que ça a été effectivement très destructeur pour moi parce que j'avais une vision déjà qui n'était pas incroyable de la sexualité mais après ça, ça a été encore pire hum Et je pense que pour elle aussi, ça a été malgré tout destructeur. Parce qu'à son âge, avoir des envies comme ça, c'est peut-être qu'elle aussi n'a peut-être pas eu non plus une enfance très joyeuse. Je ne sais pas si elle était dans la reproduction aussi. Tu lui en as reparlé ? En fait, un an après, j'ai gardé ça pendant un an au moins, et j'ai eu le besoin de le dire à ma maman, à un moment donné. Donc je lui ai redit, un an après, ce qui s'était passé. Le souci, et ça explique pourquoi elle avait réagi comme ça au départ, ma maman a aussi subi des violences sexuelles en étant plus petite. Et elle, on ne l'a pas cru. Donc elle m'a dit, très bien, elle m'a cru directement, elle m'a dit… C'est grave ce qui se passe, on va arranger les choses. Et en fait, le soir même, elle a fait venir la fille et sa maman qui m'avait fait cet attouchement pour qu'on puisse en parler. Je n'ai pas été prévenu. Après, elle l'a fait comme elle pouvait. Mais pour moi, c'était très violent de me retrouver devant mon agresseur un an après, sans aucune préparation, sans savoir qu'elle serait là. Elle était en pleurs. Sa mère l'engueulait. Et je me souviens de quelques questions du type, pourquoi tu t'es tu pendant un an ? Pourquoi seulement aujourd'hui dire les choses ? Et j'ai absolument pas su répondre. Quoi répondre ? Ça a été compliqué pour moi. Et après ça, elle était en pleurs, je me suis senti mal pour elle. Je me suis dit, mince, je suis en train de provoquer de la souffrance chez quelqu'un. Elle est repartie et je ne l'ai plus jamais revue. à un moment je l'ai revue de temps à autre de cette fille à l'école puisqu'elle venait chercher son autre fille qui avait environ mon âge mais voilà je n'ai plus jamais reparlé à cette famille T'as l'impression que… Moi, j'ai l'impression que nos traumas voyagent avec nous et modifient notre capacité à être épanoui sexuellement ou à se connecter, à s'autoriser… Oui. Je me suis longtemps… Quand j'ai commencé à découvrir ma sexualité homosexuelle, notamment, peu de temps après, finalement, après ma révélation, je l'ai fait en CM2. En 5e, je commençais à avoir mes premiers désirs sexuels. Il y avait quelque chose qui me rassurait dans la relation homosexuelle. C'est que c'était un homme qui allait avoir une relation avec moi. Et dans l'idée, je forçais personne. Parce que dans l'idée… C'est l'homme le violeur. C'est l'homme celui qui pénètre, qui… voilà. Et donc il y avait cette idée-là qui me rassurait. Me dire c'est bon, je fais rien de mal. Alors ça n'explique absolument pas ma sexualité. Je dis pas que c'est parce que j'ai eu ça que je pense que j'ai toujours été homosexuel. Mais en tout cas c'était une idée qui me rassurait à l'époque. Alors peut-être que ça a modifié ma façon d'appréhender la sexualité par contre. En tant que passif, en tant que… Et puis à l'heure actuelle, ma sexualité, ce que j'apprécie à l'heure actuelle, effectivement, c'est une sexualité peut-être un peu plus soumise que dominante. Et toi, tu fais un pont ? Ou tu le fais parce que tu veux me faire plaisir ? Non, je suis déjà fait ce pont-là par le passé. Tu t'es déjà demandé. D'où venaient ces envies ? On garde une petite chronologie, on en parlera après, si t'es ok. Je comprends qu'il y a des couches de cet attouchement, cette violence que tu subis, et qui te met dans un effroi long, quoi. Le harcèlement, parce que trop efféminé, si j'ai bien compris. Oui, pas assez sportif. Pas assez sportif. J'ai un peu changé physiquement, mais j'étais en surpoids à l'époque, donc en plus, physiquement, je rentrais pas dans la case… de l'enfant un peu musclé ou en tout cas sportif. J'étais dans une communauté, dans un milieu social où les enfants étaient plutôt à sortir dehors, à faire du foot, de la boxe, chose que je faisais absolument pas. Oui, c'était cette culture dont tu parlais de là où tu grandis en cité, oui, boxe et foot. Alors t'as pas un peu changé ? Tu n'es pas du tout une personne en surpoids ? Non, du tout. Et justement, je pense que ça a joué aussi avec mon rapport. J'ai changé en rentrant au lycée, dans ces zones-là, parce que je ne supportais plus mon corps. Et ce que je reflétais, en fait, quand j'ai compris que j'étais efféminé, que je vais être un peu malade avec le mot, parce que je vais parler un peu de mes ressentis à l'époque, qui ne sont plus les mêmes aujourd'hui, et qui pourraient être un petit peu… Je pense que j'ai été un peu homophobe, parce que je n'acceptais pas cette… part d'homosexualité en moi et donc effectivement à la fin du collège quand je voyais des images de moi ou des vidéos de moi un peu efféminées, ronds avec une voix en plus qui muait qui était trop aiguë ça me réfrigénait tout de suite je me détestais encore plus et donc oui j'ai vraiment voulu faire un reset de moi d'où cette idée là de changer ma sexualité et donc physiquement j'ai réussi à changer Alors, même si la baisse de poids, je pense, est plutôt liée à une sorte de dépression que vraiment une volonté propre, mais j'essaie de faire attention à ma posture, à ma façon de parler, à ne pas utiliser une voix aiguë, à ne pas avoir trop de manières, à ne pas être trop efféminé. T'as quel âge à ce moment-là ? 15 ans, je pense, dans ces zones-là, 14-15 ans. moi j'ai tellement vécu la même chose et c'est ouf qu'à 10 ans près t'es pas été plus chanceux que moi malheureusement ah bah bien sûr on se supprime et après on passe sa vie à essayer de retrouver ce petit enfant qu'on a découpé dont on a arraché la moitié des membres enfin je sais pas ce que toi t'en penses non je te rejoins je t'ai rejoint c'est vraiment en plus on prend du temps à faire ça ce découpage comme tu parles là se dire ok je me supprime j'essaye de complètement modifier la personne que je suis on prend du temps quand on se rend compte petit à petit on essaie de devenir plus viril et qu'on y arrive ça nous rassure et du coup il y a un phénomène un peu pervers de vouloir continuer au maximum et il m'a fallu beaucoup de temps pour me dire mais en fait non j'ai pas besoin de tout ça j'ai pas besoin de prendre une personne qui n'est pas de devenir une personne qui n'est pas moi Tu te souviens si t'as regagné de la valeur sociale ? En faisant ça ? Ouais. Tandis que tu maigrissais, tandis que tu re-rentrais en fait dans des codes hétéronormés de l'homme tel qu'il est perçu dans cette culture dans laquelle tu grandissais en cité. Donc t'étais plus viril. J'essayais. Mais oui. Tu vois ? pense pas, bizarrement. J'ai quand même eu effectivement plus d'amis au lycée qu'au collège. Ça a été vraiment compliqué le collège pour moi. Maintenant, il est pour moi difficile de pouvoir dire si c'est parce que j'ai fait ces changements-là que j'ai eu plus d'amis en soi. En tout cas, j'étais pas forcément plus accepté par cette part d'élève qui rentrait dans le cliché de l'homme viril. Je pense pas. Moi, j'ai beaucoup d'émotions En plus, t'es trop chou, quoi. C'est pas possible. Non, mais le tu, le toi, il est… En fait, je suis vraiment reconnaissant que tu sois là. Je suis reconnaissant que tu partages ce témoignage aussi intime qui, moi, me parle énormément. Je suis sûr que ça parle à plein de gens. Parce que c'est une reconquête, tu vois. Parce que là, ce que je vois en face de moi, c'est une personne qui est en train de recoudre et qui est en train de devenir le prof ou l'autorité ou le parent qu'il aurait voulu avoir. Et un peu, c'est comme si ta lumière, petit à petit, s'étendait de plus en plus. Et je pense que ça passe vachement… Moi, c'est le processus dans lequel je suis. Ça passe vachement par me reconnecter à mon ado traumatisé, parce que beaucoup de ces traumatismes, ils sont très actifs. Je ne sais pas si tu as écouté… Alors, attends, là, si je publie en septembre, je dois dire il y a quelques mois, en juin, fin juin, j'ai publié un poème. Je ne sais pas si tu as écouté… Justement, je vais l'écouter. J'ai vu la publication il n'y a pas longtemps. T'inquiète, t'inquiète. Mais oui. Mais c'était vraiment… En fait, tu pourras écouter l'épisode des gens qui veulent l'écouter. C'est Petit PD, l'être à mon moi adolescent, le titre de l'épisode. Et c'est exactement ça. C'est comprendre comment l'ado en soi, traumatisé et violenté, a dû mettre des masques ou a dû en partie se supprimer. Pour survivre, et moi, la nouveauté pour moi, et j'ai 38 ans, quoi, c'est… En fait, je suis là, mais t'es une superstar. En fait, t'en as chié de ouf, mais surtout, j'ai gagné, tu nous as fait gagner des compétences, enfin, la survie, t'as réussi, quoi. Déjà, un, je suis encore là, merci. Et deux, en fait, tous mes talents actuels, C'est cet adolescent-là qui les a construits. Et ça me permet donc de remercier et aussi de dire « Ah ouais, mais du coup, c'est parti là où t'as l'impression qu'il faut survivre, donc t'es en réaction, il y a une violence en toi, tu te fais violent. Ça, peut-être qu'on peut lâcher cette partie-là. » Et un peu, tu vois, petit à petit, redialoguer avec cet ado. Moi, ce poème, il est transformateur. Ouais. Toi, tu as l'impression qu'il y a ça qui se passe là dans ton témoignage ou dans ton chemin en ce moment ? Le fait d'être… De te re-raconter ? en fait la reconstruction moi j'associerais plutôt ça de la reconstruction finalement elle s'est fait très progressivement avec l'acceptation après le lycée de d'abord mon homosexualité d'être pleinement heureux dans mon couple et je pense aussi de prendre conscience qu'on a qu'une vie et que j'ai pas envie de me réveiller trop tard là j'ai l'impression d'être réveillé justement de m'être réveillé il y a quelques années en arrière et d'enfin prendre les rênes de ma vie et de pas laisser ces conventions essentielles les prendre à ma place super le moment où tu te dis c'est très spécifique comme promesse que ton adolescence est faite à toi même de dire j'irai jusqu'au bac puis je me suiciderai pourquoi attendre de passer le bac qu'est-ce que ça signifiait pour toi La fin, je pense, du parcours scolaire. Le post-bac, il y a beaucoup de voies après un bac. Je ne savais pas trop, j'hésitais encore avec beaucoup de choses et puis je ne m'étais jamais trop posé la question de ce que je voulais faire après le bac. Alors que l'école, collège, puis lycée, c'est quelque chose qui va de soi. Et puis il y avait cette idée-là du dernier examen. J'avais commencé ma première seconde avant d'avoir cette idée-là, parce que j'ai redoublé ma seconde. Et donc je m'étais dit « autant terminer ça, y aller jusqu'au bout ». Et puis moi ça me permettait aussi de m'entraîner en fait. Encore une fois, j'avais en tête qu'un suicide ça se prépare, c'est pas quelque chose qui se fait du jour au lendemain parce que c'est un mal-être que j'avais en moi depuis tellement longtemps. Je m'étais dit « j'ai réussi à faire avec, je sens bien que ça bloque, ça coince, ça va être de plus en plus compliqué et que je serai jamais heureux plus tard parce que j'arriverai pas à être épanoui amoureusement et sexuellement ». et cette idée de préparation a été vraiment quelque chose de pensé et réfléchi de se dire ok à partir de maintenant quand je vais me doucher le soir je vais passer par des scarifications pour banaliser le geste au départ très légèrement puis aller plus profondément pour vraiment ancrer ça dans une habitude et pour faire en sorte que le soir venu il n'y ait pas de doute j'y vais trop loin et j'arrête là C'est un processus qui t'a aidé, cette préparation ? Bizarrement, le fait de se faire du mal permet d'extérioriser des choses qu'on ne peut pas extérioriser autrement quand on ne parle pas. Je ne parle à personne de mes problèmes, et le fait de me scarifier le soir sous la douche, me permettait d'extérioriser finalement que j'allais mal que j'allais pas bien et souvent ça se terminait malgré tout en pleurs et ouais ça me permettait d'extérioriser je pense donc indirectement peut-être que ça m'a fait aussi c'est très perverse ce que je vais dire mais peut-être du bien aussi je sais pas ça m'a permis d'extérioriser Ouais, j'ai pas les compétences psy, mais j'ai l'intuition que les addictions, les symptômes destructeurs, ces boucles de répétition, moi quand je les ai eues dans ma vie, tu reprends un peu le pouvoir et le contrôle sur une souffrance qui sinon irradie tout, explose tout. Et là tu recrées comme une petite bulle noire terrible, hein ? Mais où tu connais chaque recoin, c'est toi qui décides comment, c'est toi qui agis. C'est plus le monde qui te fait mal, c'est moi qui me fais mal. Alors du coup, ça reprend un sens. J'ai plus mal sans comprendre dans cet invisible homophobe écrasant. J'ai mal parce que je suis en train de me scarifier. Oui, et d'autant plus que je sais quelle douleur je peux m'infliger, alors que potentiellement la douleur des autres qui peut m'être infligée est infinie. Je ne la connais pas. Elle est insondable. Et donc je reprends complètement cette idée-là de prendre le dessus là-dessus. Je me fais du mal pour… Parce que je connais finalement l'étendue de cette douleur, quoi. Il y a des rites aussi que je trouve qui apparaissent. Un rite, ça réconforte. Donc, il y a une récurrence, tu disais, le soir dans la douche. En plus, avec de la musique. En plus, j'étais tout seul. Je m'enfermais. Il y avait finalement… Si on oublie le geste, j'étais avec moi-même. Je laissais un peu couler de l'eau chaude, un peu de musique. Ça pourrait presque être une séance de confort, méditation. Non, parce qu'effectivement, je me scarifiais. Mais il y avait cette reconnexion où j'étais tout seul. Je n'avais plus besoin de porter ce masque et de faire semblant que tout allait bien à ma famille, à mes soeurs ou à mes amis. Et je pouvais enfin m'exprimer tel que j'étais. Ton cerveau te disait quoi quand… Est-ce qu'une part de toi te proposait de demander de l'aide ? Tu disais j'étais seul, je n'en parlais pas. Et ton cerveau te racontait quoi ? Pourquoi il te disait n'en parle à personne ? le rapport avec mon père était compliqué il a commencé à se complexifier au collège puis il a cessé de devenir de plus en plus compliqué parce qu'on s'engueulait de plus en plus verbalement mais aussi physiquement donc j'avais tendance à prendre mon père un petit peu comme une personne homophobe et j'avais vraiment terriblement peur de son rejet du côté de ma maman Je pense que j'avais aussi peur du rejet, parce que c'était justement la personne avec qui je m'entendais bien. C'était compliqué pour moi, en fait, de tout perdre. Et surtout, peut-être que le dire, c'était aussi pleinement l'accepter. Je n'étais pas prêt à cela. J'essaye de réfléchir honnêtement, effectivement, pourquoi je ne me suis pas sauvé à ce moment-là. Parce que ces processus de scarification, c'était en lien avec ton ressenti de petit PD, d'études santé homosexuelles. En fait, si je le faisais, c'est parce que pour moi, je n'avais plus d'avenir en étant homosexuel. Parce qu'il va falloir que je l'assume. En fait, si je me scarifiais que je voulais venir au suicide, ce n'était pas parce que j'allais mal, parce que je me faisais harceler. Parce que ça, finalement, objectivement parlant, je savais très bien que ça allait s'arrêter après le lycée. Mais maintenant… ma sexualité allait elle me rattraper mon orientation allait me rattraper et j'étais au lycée comme je disais j'avais accepté ça le fait de ok t'as essayé pendant tout ton collège de te masturber en pensant à des filles quand il arrivait c'était ouh jackpot youpi joie mais c'était pas souvent et quand je retournais sur des garçons c'était un petit peu ça y est le péché je recommençais à aller vers la déviance les choses qu'il fallait pas et donc quand j'ai compris que je pourrais pas changer bah je pense que c'est comme ça que je peux justifier en fait le fait d'être passé à cette idée là c'est vraiment lié à cette orientation que je ne voulais pas et puis surtout tout ce qui se raccroche autour les médias quand j'étais enfant la représentation de l'homosexualité était l'homosexualité que je voyais à travers les médias les téléréalités aussi et c'était en plus une homosexualité dans lequel je me retrouvais pas non plus j'avais pas de modèle qui me convenait que ce soit d'un côté hétéronormé ou homosexuel Ça veut dire quoi je me retrouvais pas ? C'était quoi l'homosexualité que tu voyais dans la culture ou dans la télé-réalité ? Alors pareil, là je vais dire ce que je ressentais à l'époque. Mais j'avais pour moi l'idée de l'homme, encore une fois, qui était censé être viril, qui était censé remplir toutes les fonctions de l'homme. Ça a encore une fois été renommé. Et quand on voyait les personnes gays dans les médias, c'était plutôt des personnes efféminées qui allaient s'habiller de manière extravagante ou qui allaient avoir des réactions un peu extravagantes. Et moi, ça allait à l'encontre du garçon que j'étais assez timide introverti et qui combattait en plus ce côté efféminé qu'il avait en lui donc moi justement ça avait tendance à encore plus me bloquer me fermer Bien sûr, ça me rappelle, j'ai eu tout de suite l'image de Stevie dans Love Story. Exactement, j'y pensais. Qui est… Ouais, ouais, mais qui… En fait, moi, je… Je reste… J'ai un fond très misogyne. En fait, je me suis tellement fait harceler parce que trop efféminé. J'ai tellement réussi à tuer tout ce qui pouvait être féminin ou femme en moi pour survivre. Je pense qu'aujourd'hui, c'est différent quand même. Mais j'ai encore des batailles. Mais en tout cas, à l'époque de Stevie, dans Love Story 1, je ne sais pas s'il y a des gens qui peuvent ne pas connaître, mais c'est dans Love Story en France. Mais on est écouté par d'autres pays. Donc en gros, c'est le Big Brother français. C'est la première saison, la première Love Story. C'est la première télé-réalité de l'enfermement pendant plusieurs semaines. qui a été quand même un moment de pop culture qui a fait la une de tous les médias, etc. Et dedans, t'avais une personne homosexuelle qui s'appelle Stevie et qui, en effet, avait ce rôle de grande folle, le même que j'avais et qui m'avait traumatisé dans Le Miel et les Abeilles ou Les Filles d'à Côté, tu sais, le AB Production. Je sais pas si tu regardais ça à la télé. Non, non. On est dans le stéréotype. On est dans ces mêmes stéréotypes. Et aujourd'hui, je dirais que je continue à trouver mon désir sexuel très segmenté. Je trouve qu'il y a des… Je me suis… J'ai rencontré des hommes efféminés où je me dis qu'est-ce qu'il est beau. J'ai senti un peu mon cœur se mettre à battre et ma tête faire non. Je sens qu'encore à cet endroit-là, je ne suis pas en train de me forcer pour avoir du désir pour des hommes efféminés. J'en ai tout court. Et je sens que je suis là… Ça me pose une série de questions où je me dis, putain, mais du coup, moi, il faut que je sois plus masculine. Je me pose plein de questions bêtes qui n'est pas trop l'endroit de ce témoignage. En tout cas, toi, aujourd'hui, est-ce que tu as l'impression que face à cette misogynie, à cette détestation du féminin, tu en es où de ton chemin là aujourd'hui sur ça ? J'essaie d'être franc. Il y a du chemin qui a été fait, honnêtement. C'est-à-dire que j'ai beaucoup moins posé des questions sur la manière de me positionner sur un fauteuil, par exemple, de quoi faire des jambes. Mais oui, je croise les jambes maintenant. Alors qu'avant, non, parce que c'était associé plutôt à une position de femme. Alors que maintenant, je m'en fous. Parce qu'en fait, je n'ai plus besoin de me prouver que je dois être cet homme viril pour exister. Je peux être l'homme que je suis pour exister. Je n'ai pas besoin d'être une autre personne. Maintenant, au niveau de mes désirs sexuels, il est vrai que, de but en blanc, je serais plutôt attiré par cette masculinité, ce côté viril, ce côté… Et comme je l'évoquais auparavant, je ne sais pas trop si c'est lié à cette idée de me dire « Ok, tu t'abandonnes à l'autre et ce n'est pas toi qui va être l'instigateur de l'acte. Ce n'est pas toi qui va prendre la devant et donc potentiellement faire des choses que l'autre ne voudrait pas. » en l'idée du consentement tout à l'heure tu parlais du désir de soumission qu'on peut avoir à ça t'ajoutes parce que tu pourrais être soumis à un homme efféminé mais non toi ton désir il est plus à l'endroit de j'ai envie d'être un peu soumis ou d'être très soumis mais je me suis construit aussi dans un milieu qui était un peu cité donc finalement je pense que ma construction peut-être sexuelle s'est fait aussi sur des hommes qui répondaient à ce stéréotype ouais Ouais. Moi, mais pourquoi tu prends tes sourcils ? Non, non, mais en parlant un petit peu, effectivement, je me rends compte que ça me permet de verbaliser des choses que je pense et ça fait du bien. Tant mieux. Moi, je crois que… grandissant dans un monde hétéro, dans un monde viriliste, dans un monde qui me présente sans cesse dans le porno, dans les films, dans la politique, vraiment une prédominance d'une certaine version de l'homme et qui est vraiment une version très sèche. Passons, je vais au bout de mon propos. je grandis traumatisé et dans mon traumatisme dans cette violence que je subis puisque je suis harcelé, attaqué parce qu'en fait cette masculinité elle vient elle rentre soit dans mon corps parce qu'en fait je me fais frapper soit dans mon cerveau parce que t'as un mec qui fait ah sale tapette, enculé etc en étant bien validé par tous ses bons potes tout autour mais ça moi je l'entends dans la rue et j'habite à Paris Pas dans une cité, mais je l'entends dans un Paris qui est quand même censé être gay-friendly. Et j'ai l'impression que dans mon trauma et dans cette expérience de vie, c'est comme si j'empruntais un peu de cette violence qui se mélangeait dans mon désir sexuel. Et que je pouvais me draper, je me déconnectais de mon désir sexuel avec des espèces d'images écran, des masques, un peu comme des films pornos assez fictionnels d'un homme, il est musclé, il est dominant, ça va m'exciter et je peux éjaculer comme ça à l'infini. Et ce que je découvre, et pareil sur le domi, soumi, etc., des masques, des écrans. Et attention, je ne fais pas du king shaming. Ce n'est pas genre c'est mal d'être domi ou soumi. Je dis que je découvre petit à petit que quand j'ose me reconnecter à mon moi intérieur, que je nettoie tous ces masques et que je peux rentrer en contact avec un autre homme. Je vais pouvoir jouir de sa masculinité, de sa féminité, de sa domination, de sa soumission, de tout un tas de trucs, mais en n'étant pas avec des masques, pas avec des écrans. Tu vois ce que je veux dire ? Pas dans un peu une reproduction pornographique. Tu sais, quand tu fais un plan cul, où en fait, tu connais tellement pas la personne. Je me branle avec quelqu'un d'autre, il y a un rapport sexuel, et je suis pas vulnérable, je suis emmuré, je suis protégé, Et du coup se joue un truc de « Ah, il est l'homme viril, ou bien moi je suis l'homme viril, je suis moi le domi, lui le soumi », il y a un truc qui se joue. En fait, il y a une autre sexualité que je découvre, où il peut y avoir de la domination, de la soumission, de la masculinité, de la féminité, mais j'ai pas les masques, je suis vraiment présent dans ce rapport sexuel et je suis vulnérable. et poreux et en fait je pense que j'ai longtemps pas été poreux Parce que j'étais peureux et puis parce qu'en fait, les masques et les murs me protégeaient. Parce qu'en fait, une fois que tu es vulnérable, quelqu'un peut te faire très mal. Et donc, si tu laisses rentrer chez toi quelqu'un qui va te violenter, donc les murs servent aussi à nous protéger, tu vois. Oui, bien sûr, bien sûr. Mais c'est ça un peu, tu vois, donc moi, je réponds à ton truc de… Et puis, ça va quand même faire 210 épisodes de podcast. Il y a quand même un moment donné où ces sujets qui m'intéressent, il y a quelque chose qui en sort, quoi. Oui. Et donc, je ne dirais pas que l'endroit des fantasmes, il est forcément « je suis traumatisé, donc je vais avoir un certain type de fantasme ». Je pense que le sexe, c'est un endroit très riche où tu peux aller déjouer des règles, des rôles, etc. Je pense en revanche que conquérir la capacité à être puissamment nu, vulnérable, pénétrant, pénétré, et être vraiment dans le moment présent, à regarder l'autre dans les yeux et à l'accueillir genre « Ah ouais, t'es vraiment là avec moi et on va baiser. » Que ça soit de façon fugace ou pour la vie amoureuse. Ça, cette compétence-là, elle est précieuse et c'est un chemin. Oui. Voilà mon petit… Non, c'est très beau. Et pour le coup, même si je ne peux pas attester de tout ce que tu dis, parce que je pense avoir beaucoup moins d'expérience que toi dans le domaine de la sexualité, ça fait écho. Et je comprends. Et encore aujourd'hui, moi, je me débat vachement avec ma sexualité écran, tu vois. C'est évident. Avec une sexualité de fuite, de films pornos, de cette image de l'homme masculin qui… Encore aujourd'hui, je suis encore en galère là-dessus. J'avais envie qu'on… J'avais envie que tu me dises comment c'en est sorti et que tu racontes à la prochaine partie, dans la deuxième partie de ton témoignage, tu ne t'es pas suicidé ? Non, je suis bien là. Tu es bien là. Tu es devenu une sacrée belle personne et tu vas nous raconter. Et tu es sur un putain de chemin. Et c'est un coup de foudre qui t'a sauvé. Tu veux en dire deux mots ? Juste pour donner envie aux gens d'écouter la suite. D'accord. Le moment du bac approchait. Et… Au CDI, les centres de documentation qu'on retrouve dans les lycées et dans les collèges, alors que je révisais pour le bac, j'ai vu une personne qui me regardait au loin, un élève en classe préparatoire, donc bien plus âgé que moi. Et nos regards se sont croisés une fois, deux fois, trois fois. Et j'avais vraiment cette impression qu'il me regardait avec insistance. Et tu ne diras pas la suite. Je ne redirai pas la suite. Excuse-moi. Parce que moi, j'étais attrapé par ton discours. J'étais là, parfait. Ça te va ? Très bien. Rendez-vous à la partie 2.