Dépasser le mythe de la virilité – Valentin

« J’avais envie d’enculer la masculinité toxique. Tous les gars qui se prenaient pour des durs, j’avais envie de leur dire : regarde, c’est pas comme ça que ça marche. » Valentin

Valentin, 26 ans, cheveux verts et look de hippie, n’a jamais rien eu du mec viril : il a pourtant refusé des années d’être pénétré, pour ne pas devenir une folle.

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Dans cet épisode du podcast :

  • Au lycée, repéré pour ses sarouels et ses cheveux longs, il reçoit dans sa chambre des garçons qui n'en parlent à personne
  • Entre 18 et 20 ans, il suce jusqu'à s'étouffer et pénètre pendant 45 minutes, quitte à avoir un point de côté
  • Il lit Le Mythe de la virilité, s'achète un gode et s'entraîne seul avant d'accepter d'être pénétré
  • Aujourd'hui il pratique un sexe sans génitalité, centré sur la peau, et dit n'avoir plus aucun fantasme

On en parle dans cet épisode
L'essai qui a servi de déclic théorique à Valentin avant de débloquer la pénétration
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Du coup, toi tu dis, j'ai écouté les deux premiers épisodes et mes problématiques ne sont pas là. Elles sont où alors ? Elles sont... Je pense que ce parcours de déconstruction de mes blocages et de l'homophobie internalisée que je pouvais avoir, il était il y a quelques années maintenant. En fait, je suis passé par plusieurs stades et notamment réalisé qu'en fait j'étais plutôt bi, pansexuel que gay. Et je pense que ça a été ça mon vrai déblocage, de l'admettre. Enfin de passer par un coming out gay et de me dire non en fait tous les autres genres de la planète ne sont pas pour moi, je vais m'intéresser qu'aux hommes. Ça, ça a provoqué longtemps des blocages en moi puisque dans mes relations sexuelles je ne m'y retrouvais pas. Et je n'assumais pas non plus le fait d'être attiré par des filles. Et puis, au fur et à mesure des années, j'ai rencontré des personnes et j'ai fréquenté des lieux militants, on va dire, qui étaient un peu en marge des questions classiques d'être hétéro, gay ou bi. Et j'ai commencé à fréquenter des personnes non binaires et des personnes trans. Et le genre a pris tout de suite un autre aspect, on va dire, dans les relations que j'ai eues. Et donc, le jour où j'ai admis que j'étais bi, déjà, il s'est passé autre chose. Et donc l'homophobie intériorisée, je pense qu'il y a des clés que j'ai trouvées il y a un certain moment. Parce que ma sexualité, elle a toujours été une source de revendication dans ma vie. J'identifie plus le fait d'être homo comme une identité politique presque que comme une orientation sexuelle. Parce que j'ai réussi à faire un coming out et à vivre au grand jour mon homosexualité, ça m'a fait sortir des sentiers battus. Et de là, ça m'a permis aussi d'explorer un nouveau look. Et donc dans l'espace public, j'ai jamais subi d'homophobie plus que de discrimination par rapport à ma tête. j'ai eu souvent beaucoup plus de remarques ou d'agressions envers le look que je pouvais aborder que par rapport à ma manière de me comporter et du coup mon orientation sexuelle elle est toujours passée au second plan dans l'espace public ou avec mon entourage avec ma famille les plus grosses discussions voire embrouilles qu'on ait eu c'était par rapport à mon look plus que par rapport à mon orientation sexuelle Donc j'ai toujours mené ça à côté et en vivant des relations tout à fait sereines et en rencontrant des gens qui vivaient par choix en marge de la société et donc qui remettaient tout en question, même les rapports sexuels qu'ils avaient avec d'autres gens et comment tout était... encadré par un schéma hétéronormé. Et en fait, faire du sexe pas hétéro, qu'est-ce que c'est en fait ? Du coup, j'ai l'impression que tu identifies deux Valentins. Un avant coming out bi ou pansexuel et un après. J'ai l'impression que tu fais... Ouais. Est-ce que tu peux m'amener au... Est-ce que tu peux m'amener au tout début ? Donc tes premiers mois d'activité sexuelle, ou en tout cas le début de ta sexualité, c'est qui Valentin ? Qu'est-ce qu'il pense ? Alors le tout début, c'était quand j'avais 15 ans à peu près, je pense, j'étais au lycée. Puis j'ai craqué sur un mec dans une série, je me souviens, à la télé. Sans trop capter ce qui se passait. Mais il me plaisait. Je ne sais plus, ça devait être Dexter ou quelque chose comme ça. T'as quel âge ? J'ai 26 ans. C'était il y a 10-11 ans. Et une super copine de l'époque avec qui je regardais cette série, je ne sais pas, je lui dis, ce mec à la télé me fait un truc. Et puis alors, je ne suis pas du genre à me poser beaucoup de questions ou à me torturer l'esprit, on va dire. Et donc, elle me dit, mais c'est facile, t'es gay. Elle me dit ça. Je lui dis non. Puis ça résonne dans ma tête. Je pense qu'une semaine après, je lui dis, bah ouais, t'as raison en fait, je crois. Et donc là, je commence à arrêter de regarder les filles au lycée et à plutôt regarder les mecs. Je me dis, ah ouais, en fait, il se passe un truc. Et là, j'ai commencé à fréquenter un premier mec, puis un deuxième. Alors bon, au début, c'était plutôt des bisous et des caresses. C'était très, très... au lycée donc au lycée en fait il y a c'est ok d'être homo à ce moment là et tu rencontres même des mecs ouais on a pas eu le même lycée bah en fait j'avais une grosse différence d'âge non mais j'avais déjà en fait j'étais j'étais déjà considéré comme le mec chelou de l'établissement parce que j'avais déjà un look vestimentaire je sais pas un peu outsider du coup c'est quoi le look ? C'était quoi ton look ? J'étais un hippie. Tu peux me décrire ? J'avais les cheveux longs, j'avais déjà quelques mèches colorées, je mettais des sarouels, je m'habillais de manière multicolore, je mettais des Doc Martens, je mettais des faux piercings puisque je n'en avais pas des vrais encore. Voilà, je n'étais pas du tout dans la team jean et t-shirt. Pas du tout, très très loin de ça. Donc les gens me regardaient déjà bizarrement et j'étais déjà le... Le mec chelou. Et donc quand j'ai commencé à laisser savoir que je m'intéressais au mec, ça allait de pair, en fait. C'était un. En fait, c'est déjà un dissident. Le fait qu'il soit dans les marges de la sexualité hétérosexuelle, ça a choqué personne. T'as des mecs qui viennent vers toi ? Ouais, c'était sur Facebook, surtout, qui venaient me parler. Alors au début, très hétéro, j'ai une copine, machin, mais t'as l'air intéressant, apprenons à nous connaître. Et puis bon, deux semaines après, ils venaient, je sais pas, passer un après-midi chez mes parents, et puis on passait l'après-midi dans ma chambre à expérimenter. Mais au lycée, personne ne savait rien. J'étais un peu la boîte de Pandore, tout le monde venait l'ouvrir, mais personne n'en parlait. Et du coup, cette sexualité-là, c'était quoi ? Tu te masturbais en pensant à quoi ? Ou tu vivais quoi avec ces mecs ? Avec ces mecs, je pense que je vivais beaucoup de discussions. On parlait quand même beaucoup de tout et de rien. On se draguait, on s'embrassait pendant des heures. Et pour les plus téméraires, on se mettait tout nu et on se caressait. Mais souvent, ça en restait au caleçon et on n'allait pas plus loin. Mais il n'y avait pas ni trop de sexe oral et pas de pénétration. C'était... C'était lunaire encore, la pénétration, à 15 ans. Et toi, ça t'allait ? Ouais, ça m'allait, ouais. Ça m'allait parce que j'étais déjà dans... J'étais déjà dans une adolescence où j'avais envie de tout brûler, tout remettre en question. Je luttais pour l'écologie. C'est pas frustrant de juste se mettre en caleçon et discuter et s'embrasser ? Non, parce que j'étais dans l'exploration. Il n'y avait pas de... Je regardais des porno-gays, donc je voyais très bien les images qu'on me communiquait et ce à quoi pouvait ressembler un rapport sexuel entre deux mecs. Mais j'étais tellement curieux de découvrir le corps des autres et ce que pensaient les autres que ne pas aller plus loin, ça m'allait. Et c'était quoi ton univers masturbatoire ? Ou ta sexualité, tu te masturbais en pensant à certains types de mecs ? Ou certaines pratiques ? Ouais, bon alors les pornos que je regardais quand j'avais 15 ans sont plus les mêmes que ceux que je regarde aujourd'hui. Mais je pense qu'à l'époque, j'avais vraiment très envie, enfin j'avais un fantasme de pénétrer des mecs plus vieux que moi et d'être le... Qu'est-ce que tu comprends toi de ce fantasme aujourd'hui ? Bah, aujourd'hui, si je devais le dire un peu à la rigolade et un peu vulgairement, c'est... J'avais, je sais pas, envie d'enculer la masculinité toxique. Voilà, tous les gars qui se prenaient pour des durs, j'avais envie de leur dire, regarde, c'est pas comme ça que ça marche. Je pense que c'est ça que je cherchais, parce que... Être un dur, un mec viril, ça n'a jamais été ni physiquement mon cas, ni dans ma personnalité. J'avais envie de le revendiquer au lit, de dire que l'actif, ce n'est pas celui que tout le monde pense dans la rue. Il y avait un truc où ça ne me plaisait pas. Et du coup, comment se passe la suite du chemin ? C'est-à-dire ? Après le lycée ? Après le lycée, je suis rentré en études supérieures et j'ai fait du design d'espace et de l'archi. Et donc en design d'espace, on a beaucoup étudié de scénographie et le milieu de la mise en scène et du théâtre et du spectacle vivant et comment tout était orchestré. J'ai commencé à rencontrer des gens qui venaient d'une autre classe sociale en fait. Il y avait aussi ce truc, moi je venais d'une classe sociale qui était plutôt ouvrière et plutôt pauvre. Et de rencontrer des gens qui n'avaient pas eu ni la même enfance, ni la même éducation que moi, ni le même environnement urbain dans lequel traîner. Et ça m'a amené à d'autres problématiques. Et... Et donc j'ai continué à voir des mecs et j'ai essayé de me mettre en couple une fois ou deux, de manière monogame et classique. Et là je me suis rendu compte que ça ne m'allait pas du tout. Et encore une fois, j'avais l'impression d'aller plus loin dans les marges à chaque fois, de me dire... Ok, en fait, déjà, j'ai fait un coming out, je suis gay, je suis hors de la norme hétéro. Ça m'emmène déjà dans d'autres mondes. Et là, je me rends compte que la monogamie, c'est pas mon truc. Bon, en fait, je vais aller à la recherche de gens qui pensent la même chose que moi. Alors, je ne les ai pas trouvés pendant très longtemps. Et à ce moment-là, du coup, dans les années après le lycée ? Ta sexualité, elle est principalement autour de coucher avec des mecs plus vieux ? Ou ça change, ça évolue ? Non, ça change, ça évolue. En fait, à partir du moment où je suis parti de chez mes parents et où je suis arrivé à Paris, en gros, j'ai rencontré, sans les applis, des mecs de mon âge qui fréquentaient les mêmes milieux que moi, qui faisaient les mêmes études, avec qui j'avais des amis en commun, des gens avec qui je partageais des choses. Et donc, les relations sexuelles que j'avais avec les mecs, elles ne passaient plus... par un fantasme purement sexuel. Ça passait par une rencontre, de la sympathie, de la drague. Et après, il y avait un rapport sexuel, mais parce qu'il y avait une alchimie avec les personnes. Et donc, là, c'était... Enfin... Il n'y avait pas de type en particulier. Je n'ai pas de type. Et à l'époque, c'était déjà le cas. Je suis sorti de ce truc hyper fantasmé du mec plus vieux. Je l'ai un peu évacué. Et tu as identifié pendant toute cette période de développement des blocages ou des choses que tu as eu à dépasser dans ton intimité sexuelle, dans ta capacité à jouir ? Ouais, je pense que mon plus gros blocage, c'était de me faire prendre, de me faire pénétrer. Ça, ça a été pendant longtemps un no way. Et je me rendais bien compte que ça me bloquait dans plein de rapports où j'avais envie d'explorer plus et que je m'auto-limitais, on va dire. Et après, il y avait aussi tout un... Je ne sais pas comment dire, une dimension autour de la performance. À l'époque, je devais avoir un peu moins de 20 ans, entre 18 et 20 ans. Et comme je venais de débarquer sur Paris, je rencontrais des mecs qui m'impressionnaient. J'avais toujours l'impression d'être moins bien que les mecs que je fréquentais. Et donc, au lit, je donnais tout. Voilà, je donnais tout. J'étais vraiment dans la performance. Je faisais en sorte que le mec en face de moi prenne son pied au maximum. Mais du coup, le mien passait un peu au second plan. Enfin, mon plaisir était présent, mais passait au second plan. Concrètement, ça veut dire quoi ? Tu donnais tout ? Qu'est-ce que tu faisais ? ça veut dire que quand je faisais une fellation à un mec j'y allais jusqu'à m'étouffer pendant des très très longues minutes et après quand j'étais celui qui pénètre ça durait aussi longtemps que le mec en avait envie en fait donc s'il avait envie que ça dure 45 minutes ça pouvait durer 45 minutes quitte à ce que j'ai un point de côté et que je continue même avec un point de côté ah ouais Mais je focalisais toute mon attention sur les réactions, la respiration, les regards, les frissons, tout ce que le mec faisait en face de moi, me guidait. Mais donc je m'oubliais. Je m'oubliais totalement. Mais ça me faisait du bien quand même. Et du coup sur ces deux blocages, si par exemple on prend la sodomie, tu sais dire ça a été quoi le chemin ? Est-ce qu'aujourd'hui tu es à l'aise de te faire pénétrer et ça a été quoi le chemin de déblocage ? Alors oui, aujourd'hui, je suis à l'aise totalement de me faire pénétrer. Je pense que le chemin, il a été théorique, en fait. Il y a un moment où je me suis posé, j'ai lu des bouquins sur... Les théories militantes LGBT, les théories féministes, la masculinité toxique, le mythe de la virilité. J'ai lu le mythe de la virilité de Olivia Gazalet. Et là, je me suis dit, bon, OK, il faut lâcher le truc. Enfin, il faut que je m'entraîne tout seul. Donc, tu as compris intellectuellement pourquoi tu avais peur de te faire pénétrer. Et tu sais me dire pourquoi tu avais peur de te faire pénétrer ? Je pense que j'avais peur qu'on touche à mon image de mec viril. C'était de la pholophobie. Je n'avais pas envie de devenir une folle qui se fait sodomiser. Juste avant, tu me disais que la virilité ou la masculinité ne faisaient pas trop partie de toi. Tu comprends pourquoi tu essayais de défendre quelque chose que tu n'incarnais pas ? Bah, je pense que c'était des restes d'une éducation ou d'images de médias qu'on nous montre partout. Parce que même si je revendiquais le contraire, dans l'intime, il y avait quand même un truc à débloquer. Ok, donc intellectuellement, on est malin, on lit les chapitres, on se dit ok, je suis le fruit de Smith de la virilité et t'as fait comment ? C'est-à-dire, j'ai fait comment ? Il y a plein de choses que je comprends intellectuellement, mais c'est autre chose d'arriver à aller vivre dans son corps. T'as fait comment, toi ? Je me suis acheté un gode et je me suis entraîné tout seul avec mes doigts un gode. Et après, j'ai aussi commencé à fréquenter des lieux militants où j'ai rencontré d'autres PD qui étaient beaucoup plus en avance sur ces déconstructions-là par rapport à moi. Et en parler collectivement, ça m'a libéré. Et concrètement, si là, il y a quelqu'un qui se dit « Moi, j'ai trop envie de me débloquer », dans quel assaut tu as été ? Dans quelle réunion tu as pu déconstruire ton rapport à la sodomie ? Je trouve ça trop bien. Dans des festivals queer, LGBT, il y en a plusieurs dans l'année. Il y a Bye Bye Binary qui se fait souvent. Après, il y en a d'autres qui sont... dans des milieux plus ruraux sinon au centre LGBT il y a souvent des programmations enfin il faut aller chercher les workshops et les ateliers et j'ai participé à des cercles de parole ça t'a pris combien de temps ? de débloquer tout ça ? je sais pas ça a été un parcours lent quand même ça s'est pas fait en deux mois ça s'est fait sur une année je pense au moins c'est rapide enfin on va dire que Mes déblocages sexuels allaient aussi vite que mes déconstructions intellectuelles. Et plus je fréquentais de lieux militants qui posaient des problématiques profondes, plus je me rendais compte que la sexualité avançait d'elle-même. Et du coup, tu me disais tout à l'heure que dans ton chemin, il y avait la question de l'identité sexuelle et du fait de ne pas être que homosexuel. Comment ça s'est passé, cette découverte-là ? Je pense que ça s'est passé après le fait que je réalise que j'étais polyamoureux, que la monogamie et le schéma du couple n'étaient pas faits pour moi, que j'avais envie d'explorer d'autres manières de relationner. Et donc, relationner avec plusieurs personnes, qu'est-ce que ça implique ? Est-ce que j'avais envie de relationner exclusivement avec des mecs cis ? Et en fait, j'ai commencé par rencontrer des mecs bi qui avaient des copines et leurs copines étaient ouvertes à faire du sexe à plusieurs. Du coup, j'ai commencé à faire du sexe avec des filles aussi. Elles me diraient en fait, c'est pas si mal. Et après, en fréquentant encore une fois des lieux militants. J'ai rencontré des personnes non-binaires, des personnes trans, qui ne s'identifiaient pas du tout à ce qu'est un mec cis, à ce qu'est la communauté gay, et à être attiré par ces personnes-là, et à remettre en question moi-même, de me dire qu'est-ce qui m'attire. C'est un pronom, une position sociale, des poils, des organes génitaux, qu'est-ce qui me plaît dans la vie ? J'en sais rien, et du coup, allons explorer. Et qu'est-ce que tu as découvert dans cette exploration ? Qu'est-ce qui t'excite ? Qu'est-ce qui t'attire alors ? Je ne sais pas. Ce n'est pas que je ne sais pas en fait. C'est que je pensais avoir des idées très précises. Et en fait, plus j'avais des idées précises, plus ça me bloquait. C'était quoi ces idées très précises ? Bah je sais pas, par exemple le fait d'être persuadé que j'étais gay et d'être à fond sur des mecs cis, ça orientait vachement mes pratiques sexuelles, alors qu'à partir du moment où j'ai enlevé la focale, Ça a été plus facile, donc je pense qu'aujourd'hui, je ne saurais pas dire ce qui m'excite, parce que je le découvre à chaque fois que je rencontre quelqu'un. C'est son histoire, sa personnalité, sa façon d'être, de dire ? Oui, un comportement, un sourire, une manière d'être, de danser, de parler, un rire, une conversation. Oui, c'est plein de choses qui se mélangent. Et dans ta sexualité, qu'est-ce qui est important avec ces personnes ? de plus en plus ce qui est important je pense c'est de discuter avant j'étais beaucoup dans le sexe où on parle pas Mais pas par choix, plutôt par défaut. Et de ne pas comprendre forcément ce que la personne avait envie ou ce que la personne aimait. Et maintenant, comme je prends vraiment le temps de rencontrer les personnes avec qui je fais du sexe, j'essaye toujours de... de mettre un espace de négociation, je sais pas, de parler en fait, de, ok, est-ce que t'aimes qu'on te touche ici, de quelle manière, à quelle intensité, là oui, là non, pourquoi, comment, quand t'en as plus envie tu dis stop, s'il y a un autre endroit où t'as envie que je te touche, vas-y, dis-le moi, et du coup ça devient... Très exploratoire, le sexe. C'est beaucoup moins performatif qu'avant. En fait, si la personne en face de moi est dans un truc performatif, tout de suite, ça va me désenchanter. Je vais être là, en fait, non, désolé, c'est pas ça ce dont j'ai envie. Tu me disais qu'il y avait un sujet sur la performance, qu'au début de ta sexualité, tu avais envie de satisfaire l'autre. Comment est-ce que tu es sorti de cette posture de serviteur pour te connecter à ton plaisir à toi ? Je ne sais pas si j'en suis tout à fait sorti. Je pense que c'est plus un changement de manière de voir les choses. En fait, j'ai réalisé que je prenais plaisir à donner du plaisir aux autres et que le fait de me concentrer sur le plaisir de l'autre m'en donnait. Du coup, j'ai arrêté de m'oublier. Et maintenant, je pense à mon plaisir, mais je suis toujours dans le focus sur l'autre. Et encore une fois, dans l'espace de négociation, pendant le rapport sexuel, de réussir à faire la bascule moi-même de... Ok, là, c'est moi qui reçois un truc pour mon plaisir. Là, c'est moi qui donne un truc pour le plaisir de l'autre. Ou là, c'est moi qui donne un truc pour mon plaisir. De... que dans ma tête et dans mon corps je capte à quel moment en fait je prends du plaisir et j'en prends pas et pourquoi et donc il y a des moments où par exemple la sodomie c'est donner du plaisir pour l'autre et moi je vais pas forcément prendre énormément de plaisir et très bien parce que je l'ai conscientisé ou à l'inverse des fois je vais dans un rapport de sodomie je vais donner du plaisir mais je vais me concentrer sur le mien C'est une gymnastique et du coup, je pense que je n'ai pas du tout mis de côté ce que je pensais avant. C'est juste que maintenant, je ne le conscientise plus de la même manière. Tu disais que ton apparence physique a joué un rôle important dans ton développement. Est-ce que tu peux te décrire et me dire comment ça a impacté ta sexualité ? Tu veux que je me décrive physiquement ? Oui, parce qu'on ne me voit pas. Eh bien, j'ai toujours eu les cheveux verts. Depuis 10 ans environ, j'ai les cheveux verts. J'ai des piercings sur le visage et aux oreilles. J'ai des tatouages. Ils ne sont pas visibles quand je suis habillé, mais dès que j'enlève mon T-shirt, on voit tout de suite que j'ai des tatouages. Et je m'habille souvent de manière colorée et ou comme quelqu'un qui va en festival ou en soirée. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que je mets souvent des baskets ou des chaussures hautes. Je mets rarement des chaussures de ville. Je mets rarement des jeans. Je mets rarement des chemises. Je mets rarement des vestes. Je mets plutôt des suites. Qu'est-ce que les autres te renvoient avec cette apparence ? C'est-à-dire ? En quoi c'est une apparence qui te met dans une boîte ou qui impacte ton rapport à l'autre ? Bah... Quels sont les préjugés qui naissent dans la tête des gens quand ils te voient ? Ça c'est facile, les préjugés qui naissent quand on me voit, c'est que je suis quelqu'un qui adore aller dans des soirées techno, qui adore faire la fête toute la nuit, qui prend toutes les drogues douces et dures possibles sur Terre, que je suis quelqu'un de toxique, que je suis quelqu'un de sombre, je suis un oiseau de la nuit, alors que pas du tout, je ne prends pas de drogue, je ne vais pas en soirée techno, je suis quelqu'un qui se lève tôt et qui adore dormir la nuit. Je pense aux antipodes du stigmate qu'on me donne. Et quand je rencontre un mec dans un bar, par exemple, très classique, comme je projette une catégorie sociale et un stéréotype physiquement, je projette ce mec qui prend beaucoup de drogue et qui va en soirée, les mecs qui sont attirés par moi dans les bars ou les mecs qui viennent me draguer pensent que je vais correspondre à cette description. Alors que pas du tout. Donc, il y a souvent déception ou désintérêt. Et à l'inverse, des personnes avec qui j'aurais beaucoup envie de discuter, souvent, je suis trop marginal pour ces personnes-là. Ils disent « Ouais, désolé, mais les cheveux verts et les piercings, c'est pas trop mon truc. » Si tu t'arrêtes à ça, c'est qu'effectivement, on n'a pas grand-chose à se dire. Et comment ça a impacté ta sexualité ? Ça l'a... Je pense que ça a été bénéfique parce que ça l'a restreinte. Parce que le nombre de partenaires était... Je pense que si j'avais été brun avec un passing très hétérosexuel, j'aurais pu avoir beaucoup plus de partenaires. Mais comme mon look plus ou moins marginal réfrène des gens, le peu de partenaires qui s'y tentent, on vit des expériences plus intenses. Je pense que c'est comme ça que ça a joué dans ma sexualité. C'est que... Ceux qui prennent le pari et qui ont envie d'avoir un rapport sexuel avec moi, on est tout de suite plus vite, en tout cas, dans un rapport décomplexé et plus honnête, moins performatif. T'en es où aujourd'hui de ta sexualité ? T'en es où aujourd'hui de ton chemin de sexualité, de fantasmes, de choses que t'as envie d'explorer ou que tu as explorées ? Je pense que je me suis calmé. La sexualité, en ce moment, depuis quelques mois, c'est devenu plus secondaire dans mon quotidien. Il y a eu une période où je faisais beaucoup de sexe et j'adorais ça. Tu peux définir « beaucoup » ? Beaucoup, je faisais du sexe une fois par jour et donc presque tous les jours de la semaine avec presque tout le temps des partenaires différents. Et là, beaucoup moins, j'ai quasiment pas fait de sexe depuis plusieurs mois. Et ça va très bien puisque j'essaye de me connecter différemment avec les gens. J'essaye de relationner de manière différente. Aussi, d'explorer un nouveau spectre de la sexualité sans génitalité. J'ai exploré ça cet été avec des personnes, de faire du sexe sans partie génitale. De se concentrer sur d'autres parties du corps. Est-ce que c'est quelque chose lié au tantra ou pas du tout ? Oui, ça peut, mais ce n'est pas forcément la même mise en condition et le même stade de méditation trans que le tantra. C'est plus de s'asseoir l'un en face de l'autre et de se dire, ok, si je te touche à tel endroit, qu'est-ce que ça te fait ? Si je touche plus fort, si je pince, si je griffe, si je recule, et d'explorer chaque centimètre de la peau. J'ai l'impression que ta sexualité passe beaucoup par les mots. Est-ce que c'est le cas ou pas ? Oui, je pense. Les mots sont devenus importants dans ma vie, en fait. Comment tu comprends ce changement entre plus ou moins d'activités sexuelles depuis quelques mois ? J'ai rencontré des personnes avec qui le sexe n'est pas... Ce n'est pas une priorité dans la vie, en fait. Et donc, ça m'a fait la mettre de côté, entre guillemets. Et c'est très bien comme ça. Et de me connecter et de relationner avec des personnes, même amoureusement, sur d'autres plans que le plan sexuel. Mais, oui, voilà. Parce que, du coup, tu es en polyamour. Et là, quand tu me disais, j'ai rencontré des gens pour qui la sexualité n'est pas aussi importante, tu parles de tes amoureux, amoureuses ? Oui, et même des amis. Le fait de rencontrer des personnes qui sont asexuelles et de réaliser que le mythe du sexe et l'importance qu'on lui donne dans la vie... C'est en fait parfois qu'un mythe. Et du coup, de dédramatiser la situation en mettant le sexe de côté pour des longues périodes, ça me permet de relationner avec les personnes sur d'autres plans. Parce que les enjeux de drague, de sensualité, de « est-ce qu'on va finir ensemble ce soir ? » Quand tout ça est évacué, ça donne d'autres perspectives avec les gens. Et c'est bien. Trop bien. Est-ce que tu as des fantasmes ? Est-ce que tu peux m'en parler ? Non, je pense que je n'ai plus de fantasmes. Non, je pense que j'en avais avant. J'avais un fantasme qui m'a suivi pendant des années, c'était de surprendre un couple en train de faire du sexe et de les rejoindre pour faire un plan à trois. Ça, ça a été pendant longtemps un truc qui m'obstinait. Tu l'as fait ? Oui, je l'ai fait, mais c'était un scénario très porno. Et non, en fait, maintenant que je suis vraiment dans l'exploration au quotidien, dans ma manière de relationner avec les gens, j'ai plus envie de... Et c'est même pas que j'ai plus envie, c'est que j'y arrive plus à poser des fantasmes prédéfinis, parce que je sais jamais où rien ne va mener. Et du coup, non, je pense que... Je pense qu'après, c'est plus un fantasme... Si je devais en avoir un, c'est plus une utopie, quoi. D'être dans des groupes polyamoureux où tout le monde est pansexuel et où le genre n'existe pas et où la sexualité est fluide entre les gens. Mais ça, c'est des moments et des occasions... qui sont éphémères. Et c'est pas tant un fantasme, puisque c'est des choses que je pratique déjà. C'est plus que quand ça arrive, je me dis que c'est une vraie utopie et que c'est là que j'ai envie d'être. Et est-ce que tu dirais que t'es épanoui, aujourd'hui, sexuellement ? Oui. Oui, oui, je pense que je suis épanoui sexuellement. Je réfléchis en regardant sur ces derniers mois et je me dis, ouais, quand même. Je pense que... Non, oui, je pense que je suis épanoui. En tout cas, quand je fais du sexe, ce qui arrive de manière très aléatoire maintenant, eh ben c'est souvent bien. J'ai rarement, de moins en moins, de mauvaises expériences. De me dire « Ah ouais, non, là, c'était pas possible de ressortir plus désespéré qu'au début. Non, ça, ça m'arrive plus. » Parce que j'essaie de tellement tout mettre en œuvre pour que tout se passe bien et de créer un cadre de confiance et d'être vraiment honnête avec la personne en face de moi que quand ça arrive, c'est tout le temps bien. Parce qu'on est dans un cadre où c'est OK avec la personne d'en face. Si ça doit s'arrêter au bout de 30 secondes, ça s'arrêtera au bout de 30 secondes. Si ça doit s'arrêter au bout de 4 heures, ça doit s'arrêter. Les choses sont plus fluides et plus confiantes avec mes partenaires. Du coup, quand il arrive, je ressors enrichi. trop cool. Si tu avais des conseils à donner à quelqu'un qui veut s'épanouir sexuellement, en regardant ton histoire, tu lui donnerais quoi comme conseil ? Grande question ! Alors si moi j'ai entendu « lit », tu lui conseillerais des livres, tu lui conseillerais le militantisme, qui est en fait un espace militant où on peut rencontrer des autres qui sont à d'autres moments de leur chemin et avec qui on peut faire des groupes de parole. T'as quand même dit ça ? Oui. Je pense que les espaces militants ou en tout cas même les espaces collectifs LGBT, QIA+, sont des espaces où on rencontre des personnes qui ont les mêmes vécus que nous. Les mêmes parcours que nous et donc les mêmes problématiques, souvent, les mêmes blocages. Et par extension, dans des milieux militants, le fait de partager des idées et des envies politiques avec les gens, d'avoir une direction commune dans laquelle aller et de lutter contre des choses et des valeurs qu'on a en commun. Ça permet d'ouvrir des discours. Je pense que c'est ça. Et après, le lire, oui. Je pense que mêler la pratique et la théorie, ça fait toujours du bien. Et de prendre du recul sur son vécu en lisant un ou deux bouquins, que ce soit un roman ou un essai, ça fait dézoomer la situation, en fait. Donc oui, je dirais ça. Et après, moi, ce qui a tout changé, même sur Grindr, exemple très simple dans ma vie, ce qui a tout changé sur Grindr, c'est la manière dont j'aborde les mecs à qui je parle. En fait, de juste rentrer dans une conversation sympathique, sans dire « t'es là dans combien de temps ? T'as envie de baiser ? C'est quoi les codes de l'immeuble ? » En fait, juste de rentrer dans une conversation sympa, de « tu t'appelles comment ? » des smileys, Ça change tout. À partir du moment où j'ai commencé à m'écouter et à vouloir être bienveillant avec moi-même et être bienveillant avec les personnes que je fréquente ou que je rencontre, ça change tout. Et si la personne en face n'a pas envie d'être dans un cadre bienveillant, c'est qu'on n'est pas fait pour parler. Je pense que c'est ça qui a tout changé. M'écouter et écouter les autres. Et t'aimerais... Est-ce que t'as... T'aimerais faire advenir quoi dans ta sexualité dans le futur ? Est-ce qu'il y a des choses que t'aimerais créer ? Est-ce que t'as des ambitions pour ta sexualité dans le futur ? Est-ce que t'aimerais aller à un endroit particulier dans ta sexualité ? Ou est-ce que pour toi t'es déjà arrivé à bon port et tu veux juste continuer à kiffer ? Je pense que je suis déjà arrivé à bon port et que j'ai envie de kiffer. Et c'est là où ce que je disais au début, c'est que mes problématiques actuelles, elles ne sont pas tant sur ma sexualité au niveau individuel en tant que personne. Elles sont plus sur une problématique collective de comment est-ce que mon orientation sexuelle et mon identité... elle devient politique et comment est-ce que tout ce que je mets en œuvre dans mon lit en tant qu'individu, je le fais résonner dans la société. En fait c'est ça, c'est que la manière dont ma sexualité, la manière dont je fais du sexe me va actuellement. Je suis très bien, je suis épanoui. Mais je vois tout le parcours que j'ai fait pour en arriver là, toutes les personnes que j'ai rencontrées, les lieux géographiquement où je suis allé pour trouver et rencontrer des gens. Et de me dire que je suis quand même sacrément privilégié et chanceux de vivre ça de manière épanouie. Que c'est là où ça bascule dans une revendication en fait. Et c'est là où j'ai envie d'aller en fait. Concrètement, est-ce que tu as déjà des idées, des débuts d'idées pour faire de cette revendication une réalité ? Oui, ça passe par faire écrire des choses, les poster publiquement, aller dans des manifs, revendiquer des choses, faire partie de collectifs, se réunir entre personnes concernées pour choisir ce qu'on a envie de faire et ce qu'on a envie de revendiquer. En tout cas, pour moi, le sexe, c'est une construction sociale et le désir, le fantasme, c'est une construction sociale et intellectuelle. Et même dans la culture et la communauté gay, on est formaté à aimer certains corps, aimer certaines pratiques. Il y a plein de choses qui nous conditionnent, je trouve, dans notre excitation. Mais comment on se déformate ? En fait, il ne faut pas se déformater. Il faut juste accepter de sortir des sentiers battus. Moi, je ne renie pas tout ça. C'est juste devenu une partie parmi tant d'autres choses. C'est quoi, par exemple, à ton avis, les corps ou la sexualité normée homosexuelle ? Il y a tous les codes Grindr, masque for masque, la masculinité, tous les corps bodybuildés, barbus, bruns qu'on nous bombarde, qui sont en maillot de bain, l'été, sur la plage. Toutes les plages LGBT, ils sont tous super musclés. Et toi, ça t'excite ou pas ? Non. De vrai ? Ouais, non, pas du tout. En fait, si... le mec est sympa et qu'on a une super discussion et que je vois qu'il est conscient de ce qu'il véhicule et qu'il est ok avec ça ça va en fait moi je pense que ce qui m'excite pas du tout c'est le mec qui a pas du tout conscience qui véhicule un stéréotype et qui dit bah non mais je vois pas de quoi tu parles moi je passe 4h à la salle tous les jours pour faire des couvertures de magazine et puis de toute façon les gros c'est moche et puis il faut aller à la salle et machin ça je comprends pas Mais du coup, pour toi, on peut rééduquer son pénis, on peut rééduquer sa jouissance qui... Pourtant, on peut rééduquer sa jouissance. Oui, carrément. Pour moi, on peut carrément rééduquer ça. Comment ? En arrêtant de se dire, c'est bizarre ou ça me fait peur. De toutes les pratiques... ou les zones du corps, ou les partenaires qu'on pourrait identifier comme étant bizarres, chelous, je sais pas trop, de juste se dire, ok, pourquoi pas. Et pour ne pas tomber dans des expériences qui sont traumatisantes ou déplaisantes, de juste se poser un cadre. De se dire, tiens, j'aimerais bien me faire fister. Mais quand même, je trouve ça chelou, ça me fait peur, je vais avoir mal, je n'ai pas confiance en mon partenaire. Bon bah, c'est juste déjà admettre, en fait se faire fister c'est pas chelou, ça fait pas peur. Ça c'est une auto-conclusion à soi-même, de le communiquer à son partenaire, de dire « Ok, on a envie de tester ? Oui, ok. Est-ce qu'on instaure un cadre ? On donne un mot de sécurité ? Quand on dit stop, c'est stop. Voilà, dans quelles conditions on a envie que ça se fasse ? Combien de temps ? Quelle position ? » En fait, de parler logistique et technique, de poser le cadre, Et de tenter. Et même si, par exemple, pendant un rapport, on se rend compte que finalement, le fait qu'on me lèche le coude, en fait, ça m'excite. Tiens, mais je n'y avais jamais pensé. De juste ne pas se dire, non, mais c'est chelou de se faire lécher le coude. Non, de juste se dire, tiens, en fait, vas-y, continue. Est-ce que tu peux le refaire un peu plus fort ? Ah ouais, c'est pas mal, en fait. Mais du coup là tu parles d'apprécier son propre plaisir, d'aller à la découverte de son propre plaisir, mais là nous on parlait des automatismes d'excitation, de cette norme où en fait on a tous grandi, ou en tout cas beaucoup comme moi ont grandi dans le porno, qui donne certaines catégories, et toi t'incarnes un discours où on fait un peu fille de ces catégories, on dépasse tout ça ? Et moi, le truc, c'est que le moment où t'es face à un corps qui t'a jamais fait éjaculer, qui t'a jamais fait bander, que ça soit à cause de la pornographie ou de la société patriarcale, je l'entends complètement, que je sois excité par la virilité et la masculinité toxiques et intellectuellement que je comprenne que ça soit pas bien, c'est une chose. Mais... Mais genre, comment je rééduque cette partie-là, en fait ? Bah... En explorant, je pense. Et en se disant, en fait, je vais faire du sexe avec cette personne qui, d'ordinaire, ne m'aurait pas excité. Ou peut-être même, au présent, ne m'excite pas. Mais peut-être qu'en fait, ce n'est pas grave si je ne bande pas. Peut-être qu'en fait, ce n'est pas grave s'il n'y a pas d'érection et si je n'éjacule pas. Et que peut-être que le plaisir sexuel, il sera plus dans des caresses, dans des bisous, dans une discussion, dans autre chose. Et de... en fait de dédramatiser tout ce qui va se passer en se disant bon bah en fait si j'éjacule pas c'est pas grave si je bande pas c'est pas grave si y'a pas de pénétration c'est pas grave si y'a pas de sexe génital bah c'est pas grave et en fait si rien n'est grave tout le reste peut être possible et de passer le cap en se disant bah tiens cette fois là j'ai fait du sexe avec un partenaire qui d'ordinaire m'excitait pas mais en fait on a passé un super chouette moment et peut-être que la prochaine fois que je le reverrai bah en fait il m'excitera un peu plus Et voilà, c'est une marche après l'autre. Il ne faut pas non plus viser des sommets tout de suite. Je pense que c'est ça, c'est en allant chercher un peu. En fait, c'est en admettant. En fait, il ne faut pas se voiler la face, il ne faut pas se forcer à se dire tout le monde va réussir à m'exciter, je vais tout déconstruire d'un coup. Il faut juste admettre que le fait est que ça ne m'excite pas, mais ce n'est pas pour autant que je suis fermé à le faire. Ça me parle beaucoup. Le coach en moi, complètement d'accord. En fait, tu dédramatises et tu fais des petits pas et tu muscles des muscles que tu n'as jamais musclés. Tu vois, en fait, on ne t'a jamais donné l'opportunité ou tu ne t'es jamais donné l'opportunité d'être excité par certaines choses et ça ne vient pas tout seul, tout de suite. Super inspirant. Trop bien. Est-ce que tu as envie d'avoir le mot de la fin ? Et quel serait-il ? Je ne sais pas, je pense qu'il faut être relax avec sa sexualité et se laisser le temps. En fait, on nous dit que si on n'est pas assez déconstruit, on n'est pas cool, et puis on est sectaire, et puis on est fermé, et ça met la pression, et finalement, on va vers des horizons qui ne sont pas les nôtres. C'est pour ça que je pense qu'il faut être relax et se laisser le temps. De lire de la théorie, ça fait du bien, mais il ne faut pas non plus l'appliquer dur comme fer, parce que sinon, on ne va nulle part. De se dire « Ok, je me jette à l'eau, je vais faire tout avec tout le monde. » Non, en fait, non. Non, franchement, je suis trop content, c'est trop cool. Merci, t'as passé un bon moment. Ouais, grave, c'était trop chouette. On est d'accord qu'on a froid. Ouais, on a froid.

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