Élevé chez les Témoins de Jehovah et sortir de la culpabilité liée au sexe – Garry

« J’expérimentais ma sexualité. Ensuite, je culpabilisais. C’était un cercle infernal. Je me sentais comme un pécheur qui ne va jamais y arriver. » Garry

Garry, 30 ans, a grandi chez les Témoins de Jéhovah, son père dans la hiérarchie : il couchait avec des garçons, puis restait prostré trois jours à demander pardon.

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Dans cet épisode du podcast :

  • Chez les Témoins de Jéhovah, trois offices par semaine rappellent que l'homosexualité est un péché
  • Au lycée, un élève lit ses messages à voix haute devant la classe : il s'isole une année entière
  • Convoqué à 16 ans devant les anciens, non pas pour un garçon, mais pour être sorti avec une fille
  • À 29 ans, il fête son premier anniversaire et fait son coming out à ses amis le même soir

On en parle dans cet épisode
Le compte qui documente le racisme et la fétichisation subis par les personnes racisées sur les applis
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Le livre de Daniel Helminiak, ancien prêtre, qui a aidé Garry à relire les textes de son enfance
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L'enquête de deux journalistes infiltrés dans les thérapies de conversion pratiquées en France
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Le compte de Garry, qui dirige une galerie d'art de street art dans le 10e arrondissement
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Les afterworks organisés par Garry, un verre dans une main et un pinceau dans l'autre
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Lire la transcription de cet épisode
Bon Gary, il y a des travaux chez mon voisin juste en face, du coup on est allé dans un parc et on a la chance qu'il fasse beau. Oui, il fait très beau. Je me suis rendu compte en arrivant qu'il y avait un sacré boucan, donc on a bien fait d'aller ailleurs. Est-ce que tu peux commencer par te présenter, sans parler du tout de sexualité, s'il te plaît ? Alors, je suis Gary, j'ai 30 ans. Je vis à côté de Paris, à Roy-Malmaison, mais je passe beaucoup de temps dans le 10e arrondissement. C'est un peu ma vie quotidienne. Et qu'est-ce que tu fais ? Est-ce que tu es à l'aise de... Donc Gary, c'est ton vrai prénom ? Oui, c'est mon vrai prénom. Est-ce que tu veux raconter une passion, un truc qui fait de toi Gary ? Quelque chose qui te différencie des autres ? Alors à ce jour, ce qui me vient direct à l'esprit, c'est le projet dans lequel je me suis lancé il y a deux ans. J'ai créé avec mon meilleur pote une galerie d'art dans le dixième. Donc voilà, je passe beaucoup de temps sur ce projet qui m'anime énormément. Et c'est un peu ma vie en fait. J'en suis assez fier des projets que je monte autour de ce lieu dans le dixième. Et tu veux dire ce que c'est comme lieu ? Oui, en fait, c'est un espace d'exposition pour des artistes du courant street art et pop art. Donc, on organise des expos, des vernissages, des moments privilégiés avec des artistes aussi. On a lancé des after work qui n'existent pas dans le milieu de l'art qu'on appelle Drink and Paint et on passe des moments super. Et voilà, bientôt, je vais lancer une édition, Rainbow Edition, destinée aux hommes gays. Donc, je suis assez fier de tout ce qui se prépare. T'es ok que je mette un lien que tu vas me donner dans le descriptif de l'épisode, comme ça les gens peuvent aller jeter un oeil ? Oui, je suis tout à fait ok avec ça. Pourquoi t'as eu envie de participer au podcast ? Pourquoi c'était important pour toi de participer à ce podcast ? Parce que je pense que j'ai des choses à dire aussi comme les autres. J'ai écouté pas mal des épisodes des précédents podcasts et je pense que mon parcours peut aider d'autres hommes gays comme moi pour plusieurs raisons que j'aurais le temps d'exposer, je pense, avec toi. Et si tu devais nous donner un teaser, ça serait quoi la raison qui a fait que tu as pris du temps dans ta semaine pour venir te poser dans ce parc ? Bon, j'avoue, il fait trop beau. Mais c'est quoi la raison qui te donne envie, une seule, de participer au podcast ? Alors s'il faut trouver une seule raison, je dirais en teasing que j'ai grandi dans un milieu avec pas mal de restrictions et un fort niveau de culpabilisation de tout ce que j'étais en fait. Et maintenant que j'ai réussi à me libérer de ça, j'ai envie d'en parler pour que d'autres puissent se libérer peu à peu de ces entraves-là. Ok, du coup, j'ai envie qu'on commence par là. Est-ce que tu peux raconter cet univers dans lequel tu as grandi ? Alors moi, j'ai grandi dans une tradition religieuse chrétienne assez rigoriste, qui est connue de plein de gens, je pense. J'ai grandi dans une famille témoin de Jéhovah. Et mon père fait même partie de la hiérarchie locale. Donc c'est un milieu où il y a énormément d'interdits. Durant toute mon enfance et surtout l'adolescence, le moment où on se construit, où on sent qu'on a envie de certaines choses, ça a été une période et un parcours très difficiles pour trouver une forme de liberté. Et donc, voilà, j'ai pris beaucoup de temps et je pense que j'ai été libre. Alors maintenant, j'ai 30 ans et je pense que le moment où je me suis senti vraiment libre, c'était à mes 28-29 ans. Donc, c'est assez frais et ça dit comment ça peut prendre du temps, en fait, de se sentir autorisé à vivre sa vie, tout simplement. Est-ce que tu peux m'expliquer ce que sont les témoins de Jéhovah ? J'ai volontairement fait aucune recherche et j'y connais vraiment rien, donc imagine que je sois vraiment sans aucune connaissance. Est-ce que c'est considéré comme une secte aujourd'hui en France ? Et est-ce que tu peux m'expliquer un peu les principes et ou les pratiques dans lesquelles tu as été éduqué ? Alors c'est une religion qui est née aux États-Unis, qui est un dérivé des religions adventistes et évangélistes qui ont pignon sur rue aux États-Unis. Et en fait, c'est un mouvement qui veut une pratique assez rigoriste de la Bible. Aujourd'hui, en France en tout cas, c'est un mouvement qui est considéré comme ayant des dérives sectaires, mais il n'est pas établi que c'est une secte en France. Il y a plusieurs ouvrages des écrits de journalistes, notamment très récemment, qui ont pointé les dérives sectaires du mouvement, mais pour l'heure, ce n'est pas établi clairement. Et du coup, concrètement, si tu peux me donner trois exemples qui a différencié nos éducations. Moi, je n'ai pas été éduqué avec des témoins de Jéhovah. Est-ce qu'il y a, juste pour que je me rende compte de ce que ça veut dire, grandir au sein des témoins de Jéhovah ? Alors grandir au sein des témoins de Jéhovah, ça signifie ne pas avoir le droit de fêter son anniversaire, donc pas de fête d'anniversaire, pas d'autres fêtes, notamment Noël, c'est également interdit. Pas le droit, quand on est enfant, de fréquenter d'autres enfants qui ne sont pas du mouvement. Donc ça veut dire qu'on est dans des écoles publiques le plus souvent ou privées mais pas catholiques en tout cas puisque c'est interdit mais on ne peut pas se faire vraiment des amis puisque c'est constamment rappelé que les gens qui ne sont pas du mouvement ont forcément une influence très négative. que c'est des gens qui sont vus comme étant sous l'influence du diable puisque le monde est considéré comme étant le monde du diable et j'ai grandi dans cet environnement je ne pouvais pas nouer vraiment de lien avec des gens hors du mouvement et je ne fêtais pas d'anniversaire donc c'était très dur de me faire des amis aussi en réalité et au-delà de ça tout ce qui a trait à la sexualité est évidemment proscrit en dehors du mariage par exemple Et évidemment, l'homosexualité est un péché absolu. Est-ce qu'on peut rentrer dans ce sujet-là ? Qu'est-ce qui s'est passé pour toi en tant qu'homosexuel ? Est-ce que tu t'identifies homosexuel ou bi ? Et qu'est-ce qui s'est passé pour toi sur ton évolution et ton lien avec cette communauté des témoins de Déjava ? Alors, c'est très dur de savoir par où commencer, mais je commencerai simplement par le fait que je pense que quand j'étais enfant, on voyait déjà quand même assez bien ma différence par rapport aux autres jeunes hommes de la communauté locale. En quoi tu étais différent ? Alors j'étais un peu efféminé, et d'ailleurs j'aimais fréquenter que des filles en fait, et ça m'était très souvent reproché, notamment par mon père. Et donc les autres garçons en général, au sein de la communauté, il y avait des petites moqueries, des choses, des remarques sur la démarche, sur la façon de s'exprimer, sur la prétendue exubérance des jeunes garçons qu'on identifie comme étant efféminés, etc., Et concrètement, ton père t'a dit, t'a parlé de ce côté féminin ou de ta possible homosexualité ? C'était surtout le côté féminin qui le pointait, mais pas que lui, mais d'autres proches aussi, mais lui en particulier, c'était le côté féminin, le fait de ne pas aimer, par exemple, faire du foot, alors qu'il n'y a aucun rapport, mais tout ça s'était mis un peu dans le même sac. Et tout ça, c'était aussi, je pense, un peu la honte, en quelque sorte, pour lui qui fait partie de la hiérarchie au sein de... de la communauté Témoins de Jervas, donc avoir un fils un peu efféminé, ça devait être compliqué. Mais au-delà de ça, comme si j'aimais jouer avec des poupées, des choses comme ça, donc tout ça était assez mal vu. Par contre, on n'abordait pas vraiment l'homosexualité en direct avec mes parents, parce que comme les offices religieux chez les Témoins de Jervas, c'est trois fois par semaine, quand j'étais petit, c'était trois fois par semaine, donc trois fois par semaine, tu entendais que l'homosexualité était un péché, donc il n'y avait même pas besoin de rappel, en fait. Le sujet était vraiment... On parlait du sujet trois fois par semaine, chaque semaine. La question de l'homosexualité est super présente dans le tissu religieux des témoins de Jéhovah ? C'était très fréquent. Donc, trois fois par semaine, ça dépendait des sujets de discours, mais dès qu'on abordait des thèmes liés à la sexualité, ce qui était donc assez fréquent, puisque c'est totalement proscrit, le thème de l'homosexualité revenait. Ouais. Euh... Quel impact ça a eu sur ton développement, à ton avis ? Est-ce que toi, tu as eu des symptômes particuliers ? Est-ce que tu as dû te cacher ? Comment ça s'est passé pour la suite, pour ta construction ? Je dirais que ma construction a été assez anarchique, j'ai envie de dire. C'était plus de la déconstruction qu'autre chose parce que... Alors, moi, quand j'étais adolescent, il y a des moments où j'étais plus attiré par les filles et des moments plus par les garçons. Et après, au milieu du collège, j'ai commencé à être beaucoup plus attiré par les garçons. Et je tentais des choses. Ça ne m'empêchait pas de tenter des choses, en fait. Mais ce qui était vraiment très difficile à vivre, c'était le sentiment de culpabilité qui venait juste après. C'est-à-dire, il suffisait que, je ne sais pas, quand j'ai embrassé un garçon pour la première fois... J'ai plutôt apprécié de mémoire. Mais en fait, tout ce que je faisais, il y avait un gros sentiment de culpabilité parce que je croyais vraiment à ce qui m'était enseigné dans les offices religieux. Et dans ma construction, ça a été ça. Chaque fois que je ne m'autorisais pas à être moi, et chaque fois que je faisais quelque chose qui maintenant me paraît naturel, la culpabilité me rendait littéralement malade. J'avais des états d'anxiété assez importants. Et ce qui était extrêmement compliqué, c'est que comme je n'avais pas le droit vraiment d'avoir de vrais amis à l'extérieur, mais en même temps, en quelque sorte, j'étais rejeté à l'intérieur aussi puisque les autres garçons m'adressaient à peine la parole parce que je me comportais en tout cas comme un pédé. Donc du coup... Donc ça a été des années assez solitaires en fait, où je me réfugiais dans l'écriture, dans les choses que j'aimais, dans la lecture beaucoup aussi. Mais par contre ça a été des années avec beaucoup de déprime au sein de cette communauté. Est-ce qu'on peut faire un... C'est quoi ? C'est pas un flashback, au contraire, c'est comment on dit. Là, on va sauter dans le futur, au Gary d'aujourd'hui. T'as 30 ans, t'as dit. Est-ce que tu peux me dire, si tu reprends ton téléphone, avec la couverture du podcast, que tu me racontes ta sexualité au travers de ces émojis. Aujourd'hui, ta sexualité, c'est quoi ? Interdit aux moins de 18 ans, oui, je pense, bien sûr, évidemment. Je dirais plus la flèche qui se lève. Donc tu es plus actif ? Voilà, c'est ça. Par plaisir ou parce que tu te sens un peu bloqué sur ta passivité ? Pendant longtemps, oui, puisque être actif, c'était en quelque sorte correspondre un peu plus à la norme hétérosexuelle. de l'homme qui est dans la situation où il pénètre aux truies. En l'occurrence, moi, c'était des hommes, mais c'était moins bloquant pour moi dans l'esprit que de recevoir. Donc je pense que c'est pour ça. Mais cela dit, durant l'adolescence, j'ai expérimenté en tout cas beaucoup de choses. Ensuite, je dirais les gouttes. C'est de la sueur ou du sperme pour toi ? Pour moi, c'est plus du sperme, en fait. Et du coup, le sperme dans ta sexualité, c'est quoi sa place ? Je fantasme beaucoup autour de ça, du sperme, mais je n'ai pas eu énormément d'occasion de vraiment jouer avec. Pourquoi tu n'as pas eu beaucoup d'occasion ? Parce que je suis resté pendant certaines périodes en couple et je ne me suis pas beaucoup éclaté durant ces périodes-là. Et maintenant que je suis célibataire depuis presque deux ans, j'ai la possibilité de faire des choses, mais je pense que je ne prends pas vraiment le temps de le faire. Et puis voilà, je n'ai pas trop l'occasion. Mais par contre, ça me fait... Quand je regarde, par exemple, dans la pratique de la masturbation, je regarde des films pornos et ça m'excite beaucoup. Les deux garçons qui se tiennent la main. Donc, ouais... En tout cas, ça qualifie pas ma sexualité, mais ça qualifie, on va dire, ce dont j'ai envie maintenant d'avoir une relation où on se tient par la main. Pourquoi pas ? C'est ça que tu cherches en ce moment ? C'est une relation à deux, l'amour ? Oui, d'autant plus que maintenant, je pense que j'ai la maturité qu'il faut, puisque avant, comme j'étais tellement bloqué par toute la culpabilité religieuse et tout ce truc qui me semble totalement absurde maintenant, j'ai eu des relations que j'ai en quelque sorte auto-sabotées, je pense. Et maintenant que je suis assez mûr et totalement libre pour envisager plein de choses, oui, c'est clairement ce que je recherche. tu veux rajouter une ou deux émojis ? oui donc je dirais la main qui est en train de se mettre du vernis oui parce que je trouve que c'est hyper intéressant d'interroger tous les codes de la masculinité, de la féminité et d'en faire quelque chose d'assez commun en fait de pourquoi pas se vernir ou se maquiller ou plein de choses et toi concrètement tu fais quoi ? Moi, je ne l'ai pas encore expérimenté, mais c'est quelque chose que je n'ai plus rien qui m'empêcherait. En réalité, si je trouve que ça colle avec un style que j'ai envie d'expérimenter, pourquoi pas ? Alors qu'avant, je me serais dit « mais non, c'est absurde ». Et maintenant, je me dis « mais c'est normal, en fait ». C'est marrant parce que tout à l'heure, tu disais que plus jeune, tu étais plus efféminé. Et ça m'est arrivé aussi. Quand j'étais plus petit, j'étais plus efféminé. J'ai reçu pas mal d'insultes et j'ai avalé cette partie-là. Si, peut-être que je l'ai bouffé, peut-être que je me suis mis à manger et tout. Mais en tout cas, je l'ai fait disparaître. Toi, aujourd'hui, quand je te regarde, je ne sais pas si je peux te décrire, mais en fait, tu as vraiment des atours très masculins. Je ne vois plus rien pour le moment. d'une part de féminité en toi. Alors, excuse-moi, c'est très réducteur ce que je dis. Ça voudrait dire que la féminité, c'est uniquement des gestes. En tout cas, toi, est-ce que tu as l'impression d'avoir de la place pour exprimer ta féminité, même si moi, je ne l'ai pas perçue à notre rencontre ? Alors, longtemps, je me suis auto-censuré. J'ai eu l'impression, quand j'y réfléchissais à la fin de l'adolescence et au jeune âge adulte, que c'est comme si j'avais une poterie et que je l'avais façonnée d'une certaine façon pour correspondre à ce qu'on attendait de moi. Et je pense que c'est ça qui fait que maintenant, c'est vrai qu'au niveau du style et au niveau des manières, je pense que j'ai beaucoup censuré ce que j'aurais pu faire. Mais... Mais maintenant, je suis totalement ouvert à ça. Ça serait quoi, par exemple, le truc ? Un peu pour sortir de la masculinité qu'un jour tu pourrais tester pour toi ? En fait, ce serait peut-être porter un crop top une fois. Je trouve ça vachement cool en termes de style, quand c'est bien porté. Et j'aime bien quand les mecs le portent bien. Je ne sais pas si je porterais ça aussi bien que d'autres mecs que je vois, mais je trouve ça canon en fait. Je suis sûr. Attends, t'es grand, t'es un peu baraqué, ça serait trop stylé. Tu m'enverrais une photo ? Ok, avec plaisir, bien sûr. Tu veux ajouter, donc là on était sur l'émoji vernis, est-ce qu'il y en a une autre qui représente ta sexualité aujourd'hui ? L'arc-en-ciel, donc je sais pas si on peut lier ça, oui, à la sexualité, oui, puisqu'il y a des liens, évidemment, mais je trouve que c'est intéressant d'avoir un symbole qui puisse réunir des gens, Voilà, qu'on croit ou pas à l'existence d'un milieu gay, mais je pense que c'est intéressant d'avoir comme ça un symbole. On sait que, par exemple, quand on marche dans une rue et qu'il y a un drapeau arc-en-ciel, on sait qu'on est potentiellement dans un safe space et c'est hyper important parce qu'il y a des endroits qui ne sont pas du tout safe, en fait, pour nous, les personnes qui sortent, qui sont un peu à la marge. Est-ce que toi, aujourd'hui, dans ton lien à ta famille, c'est un safe space ? Est-ce qu'il y a des choses qui ont changé, évolué ? Ou quelle est ta relation à ta famille par rapport à ton homosexualité ? Donc t'es gay ou bi ou autre ? Je dirais que je suis gay, majoritairement gay, avec quelques tendances bi. Quand je dis ça, mes amis, ça les fait systématiquement sourire. J'ai eu des aventures récentes avec des filles, mais c'est vraiment marginal dans ma sexualité d'être attiré par les filles. Du coup, je dis homosexualité ou bisexualité pour essayer de définir pour la suite de l'entretien ? On va plutôt dire homo. Qu'est-ce que ta famille dit aujourd'hui de ton homosexualité ? Est-ce que tu es encore en lien avec eux ou tu as dû couper les ponts ? Non, je n'ai pas coupé les ponts parce que ce n'est pas nécessaire pour l'heure, en tout cas pour ce qui concerne mes parents. Déjà, ils vivent assez loin, à 8000 kilomètres, puisque j'ai grandi en Guadeloupe et je me suis installé ici il y a 6 ans. Ça va très vite. Donc mes parents sont loin, donc ça me permet d'avoir une certaine liberté par rapport à ça. Et quand on prend des nouvelles, on reste assez positif parce qu'on est loin, on aimerait savoir un peu plus et tout. Ils savent qu'aujourd'hui que tu es homosexuel ? Enfin, que tu as fait un coming out auprès de ta famille ? J'ai pas fait ça avec mes parents et j'en voyais pas la nécessité, en fait. Par contre, avec ma sœur, oui. Et il y a eu des moments un peu compliqués avec ma sœur. Et maintenant, je pense que ça va mieux, mais on n'en parle pas du tout. En revanche, ici, en Ile-de-France, j'ai quand même de la famille. J'ai des tantes qui vivent ici depuis des années. Donc quand je vais chez elles, ça se passe très bien. J'en ai parlé à deux tantes avec lesquelles je suis proche. Et avec elle, ça ne pose pas de problème. J'ai déjà présenté des gens et tout. Donc c'est plus safe, on va dire, quand même. Et avec tes parents, tu es satisfait de l'état de la relation ? Alors, avec mes parents, comme ça a été le chaos total durant l'adolescence, ça ne peut pas être pire en quelque sorte que cette période-là. Tu entends quoi par chaos ? Oui, chaos. En fait, dans la mesure où on ne communiquait absolument pas. Quand on communiquait, c'était assez violent. Verbalement, je précise. Il y a eu des moments assez violents où je ne me suis pas du tout senti... à ma place en fait et donc pour moi c'était assez chaotique dans la mesure où c'était très déprimant et j'ai même eu des idées assez noires pendant assez longtemps et ensuite quand je suis parti du domicile familial pour finir mes études sur Paris j'ai pu nouer des relations un peu plus normales avec mes parents et même passer de bons moments quand ils venaient ici me voir en vacances donc c'est dans ce sens là où je me dis même si un jour je fais un coming out en fait ça peut pas être pire que quand j'étais ado donc en fait ça devrait aller quoi L'élément le plus compliqué potentiellement, c'est que vu que maintenant j'ai des positions anti-religion par rapport à la religion dans laquelle j'ai grandi, et je suis assez contre, c'est vraiment l'élément qui pourrait déclencher une vraie cassure. Parce que chez les témoins de Jureva, Quand on a été baptisé témoin de Jerva et qu'on décide de quitter le mouvement, les règles du mouvement, c'est que les gens n'ont plus le droit de t'adresser la parole, ni même de déjeuner avec toi. Que ce soit ta famille ou tes amis, tu perds tout le monde, en fait. Les gens qui appliquent stricto sensu les normes du mouvement. Tu penses que tes parents appliqueraient, ton père étant un officiel de cette église, je ne sais pas comment on appelle ça, cette religion, tu crois qu'il couperait les ponts ? Je pense que c'est possible. En fait, au fond de moi, je me dis qu'ils ne peuvent pas être à ce point dans le déni de l'absurdité que c'est de couper les ponts totalement. Mais j'ai eu des exemples dans ma famille où les gens ont vraiment coupé les ponts. Il est joli ton lapsus. Oui, effectivement, parce qu'en même temps, je pense à péter les plombs, en fait. Et je pense que c'est cet effet potentiellement que ça me ferait. Mais j'ai des exemples concrets, en fait, où ça s'est passé comme ça. Et je me dis, j'espère que dans ma famille, ce ne sera pas ainsi. En fait, le coming out, si je t'entends bien, le coming out le plus difficile pour toi, que tu imagines, c'est celui de dire que tu ne crois plus en cette religion, plus que ton orientation sexuelle. C'est le cas ou pas ? Oui, en fait, on peut résumer ça ainsi. On peut dire ça, effectivement, parce que je pense que c'est su de façon assez tacite, ma sexualité. Parce que c'est un mouvement où les gens se marient très tôt. Moi, j'ai 30 ans et du coup, je n'ai présenté personne à mes parents, etc. Donc c'est quelque chose qui se sait et qui est, je ne dirais pas accepté, mais on fait comme si ce n'était pas là. Par contre, ils ne pourront pas ignorer le fait que si officiellement j'annonce que je ne suis plus dans leur religion, ils seront obligés de prendre une décision. Est-ce que tu peux me raconter du coup comment tu t'es libéré de cette culpabilité ? Parce que j'ai eu l'impression que tu as sous-entendu que tu n'étais pas revenu à te transformer. Comment tu as fait ? Alors je pense que le fait de me lancer dans une aventure passionnante où j'ai pu me prouver des choses à moi-même, j'ai pu expérimenter plein de choses, ça m'a libéré d'un coup en fait de... du poids de cet héritage religieux et de ce parcours. Et ça a été déterminant. Il y a eu cette première chose-là, le lancement avec mon meilleur pote de notre entreprise. J'ai ressenti vraiment que j'étais moi, je suis gagné, je peux faire plein de choses, m'éclater, et puis que c'est ma vie. Et parallèlement à ça, je me suis lancé aussi dans l'écriture d'un récit d'un récit qui, pour moi, était comme une espèce d'autofiction de mon adolescence. Et ça m'a vraiment permis de remonter à des moments qui étaient très douloureux dans ma construction, mais ça m'a aussi libéré. Et je pense que ces deux éléments-là réunis ont fait que maintenant, je me sens bien. Comment tu te sens dans ta sexualité aujourd'hui, dans tes pratiques sexuelles ? Est-ce que tu identifies des blocages ou des choses que tu aimerais continuer à développer ? Ou est-ce qu'aujourd'hui tu te sens bien et aligné ? Je pense que globalement je me sens plutôt bien. Après je sais qu'il y a des choses que je pourrais explorer davantage. Comme le fait d'être peut-être un peu plus passif à certains moments. Mais au-delà de ça, je pense que je fais des choses et surtout je ne ressens plus de culpabilité à les faire. Donc ce que je fais, je le trouve bien. Je m'amuse, même si je suis plutôt actif jusqu'à présent. Mais dans tous les cas, j'essaie de m'amuser. Tu peux me raconter la dernière fois où sexuellement tu as appris du plaisir ? Oui, c'était la semaine dernière, avec un mec que je voyais pour la deuxième fois. Et en fait, je l'ai revu parce que j'aimais bien la personne, mais la première fois où on s'est vu pour du sexe, c'était pas la meilleure expérience. Du coup, je l'ai revu quand même. Pourquoi c'était pas la meilleure expérience ? J'ai ressenti moins de plaisir que ça aurait pu l'être, en fait. Et par comparaison, la deuxième fois, ça a été vraiment... Enfin, j'ai vraiment aimé, en fait. J'ai pris mon pied. Je me suis bien amusé avec lui. On était en phase. Est-ce que c'était parce que tu le connaissais mieux, tu lui avais parlé ? Ou c'est quoi la différence entre ces deux fois-là ? non je pense parce que la première fois on a beaucoup parlé avant de passer à l'acte mais je sais pas c'était un peu plus tendu dans le mauvais sens du terme on s'était pas vraiment libéré c'est peut-être de son côté que lui il était peut-être plus à l'aise la deuxième fois et en plus la première fois comme je venais chez lui il me connaissait pas donc on est resté dans son salon et je pense que le fait d'être allé dans sa chambre la deuxième fois ça nous a permis d'être plus à l'aise voilà Donc c'est la dernière fois que j'ai pris mon pied au lit, c'était avec ce garçon. Et moi je suis assez inspiré, mais j'ai envie de creuser un peu plus. Comment tu fais pour ne plus avoir de culpabilité ? Parce que tu dis... Comment tu t'es nettoyé de cette culpabilité ? Moi je te dis ça aussi parce que je pense que personnellement, elle est encore présente dans ma sexualité. Et toi, j'ai l'impression que tu as réussi à t'en libérer. Est-ce que tu peux me donner des astuces ? Donc, tu m'as dit entreprend, ça je le fais. Est-ce qu'il y a d'autres choses là, quand tu regardes ton chemin de sexualité qui t'ont permis de te libérer ? Tu m'as dit écrit, c'est-à-dire que tu as ressaisi ton histoire ? Ces deux ingrédients, est-ce que tu veux en rajouter un ou deux autres ? Oui, donc principalement entreprendre, écrire, voilà, c'est ça qui m'a libéré. Mais j'ai aussi lu des ouvrages qui m'ont beaucoup aidé à me rendre compte que de l'absurdité de tous les clichés qui sont des héritages, en fait... des héritages religieux et ça m'a permis de questionner même le principe de religion, le principe de l'existence de Dieu ou sa non-existence. Et j'ai notamment lu l'ouvrage de Daniel Almignac, le prêtre, qui parle de ce que dit la Bible réellement de l'homosexualité. et ça m'a permis de mettre plein de choses en perspective c'est-à-dire l'interprétation des textes et même le fait de considérer ou pas des textes comme étant sacrés ça m'a aidé à relativiser évidemment je veux être respectueux des croyances de chacun Mais je suis arrivé à un point où je considère par exemple la Bible ou d'autres textes sacrés comme des ouvrages de littérature qui sont très intéressants du point de vue littéraire, mais absolument pas des guides de vie à respecter stricto sensu, surtout que le contexte n'est absolument pas le même dans lequel ça a été écrit. Donc tout ça, ça m'a permis de relativiser. Donc j'ai cité ça. C'est quoi le titre ? C'est quoi, tu veux donner le titre du livre ? Alors, c'est de Daniel Elminiak, et ça s'appelle « Ce que dit réellement la Bible de l'homosexualité », tout simplement. C'est l'un des ouvrages qui m'ont aidé, mais il y a aussi « Duet d'amour », l'enquête journalistique de... Alors, je n'ai pas envie d'écorcher son nom, Timothée de Rochandre, je crois ? qui a écrit toute une enquête sur les thérapies de conversion qui se passent en France, qui sont très connues aux États-Unis et qui n'étaient pas si connues que ça il y a quelque temps. C'est quelque chose qui a failli t'arriver ? En quelque sorte, oui, parce qu'en fait, ça n'existe pas vraiment chez Témoins de Jéhovah avec cette appellation et de cette façon. Mais par contre, il y a des entretiens avec ce qu'on appelle les anciens, qui sont les membres de la hiérarchie. Et je suis passé par là. Et ce sont des méthodes assez impressionnantes quand même, mais je ne pense pas qu'on puisse comparer ça réellement aux thérapies de conversion. T'es à l'aise de me raconter, de nous raconter, c'était quoi ? T'as été sommé de venir te justifier devant une table d'anciens, et qu'est-ce qui s'est passé ? En fait, c'est assez absurde. Tu avais quel âge ? J'avais 17 ans, entre 16 et 17 ans. Mais ce que je vais te raconter, je dis que c'est absurde parce que c'est même presque drôle puisque ce qui s'est passé en réalité, c'est que quand j'étais au lycée... Pendant un cours, il y a des élèves qui ont pris mon téléphone portable et je suis parti aux toilettes et je n'ai pas vu, j'ai laissé mon téléphone à quelqu'un qui a lu mes messages privés à haute voix. Je n'avais pas fait de coming out en fait, dans ma classe de lycée, je devais être en seconde. Et en fait, quand je suis revenu, il y avait des messages de garçons qui m'écrivaient des choses un peu explicites ou des choses d'amour, quelque chose comme ça. Et quand je suis revenu, je voyais que les gens étaient différents, ça rigolait pas mal et tout. Et quelqu'un m'a dit « Gary, quelqu'un a lu tes messages à haute voix pendant que tu n'étais pas là ». Et ça m'a tellement traumatisé que je me suis totalement isolé pendant quasiment toute l'année scolaire. Et j'ai commencé à sortir avec une fille pour essayer de me donner une image de mec hétéro en fait. Et en fait, ce qui m'est arrivé avec les anciens, c'est que quelqu'un est allé dire « Oui, il y a Gary qui sort avec une fille ». Et ça aussi, c'est proscrit de sortir avec une fille sans que ce soit quelqu'un de la religion. Alors moi, je me suis fait... engueulé et dans une réunion très stricte avec les anciens parce que je sortais avec une fille et en fait c'est pour ça que c'est absurde parce que je me disais mais s'il savait vraiment ce qui se passait que j'aime les garçons et que je faisais exprès des garçons mais c'était quand même assez dur parce que on m'a fait vraiment beaucoup de reproches mon père m'a beaucoup culpabilisé pour cette histoire avec la fille ma mère faisait des... criait énormément faisait je sais pas des crises de nerfs on peut dire ça comme ça tellement c'était quelque chose de tout à fait horrible d'être sorti avec une fille et de l'avoir embrassé Et je me disais mais en fait si vous saviez en réalité tous les problèmes que je traverse, que personne ne me parle en cours, que je me suis isolé totalement et que je suis perdu dans ma sexualité etc. Je ne sais pas ce qui se passerait en fait. À ce moment-là du coup tu dis que tu avais 16-17 ans, tu habitais où ? J'habitais chez mes parents en Guadeloupe. Et tu arrivais à converser avec des garçons via des... Tu les trouvais comment ? Via des apps ? Oui, mais en fait, à l'époque, je ne sais plus à quelle année c'était, mais il n'y avait pas... À l'époque, t'as pas 70 ans. Non, mais je veux dire, il n'y avait pas Green Dog, que je sache, en fait. Et donc, du coup, on rencontrait des garçons. Quand j'ai eu un téléphone portable et Internet et tout, je ne sais pas si beaucoup de gens connaissent, mais c'était un peu l'ancêtre de Facebook, il y avait Netlogs. Et je sais pas si t'as connu ça toi, mais c'était un réseau social, c'était un des premiers réseaux sociaux où on pouvait rencontrer, discuter avec des gens. Donc je rencontrais des gars comme ça. Il y avait aussi des... Dans des magazines, il y avait des numéros où tu pouvais rencontrer des mecs, fallait taper tel numéro et tout. Et tu pouvais parler, c'était comme des chats en fait. Et donc c'est comme ça que je rencontrais essentiellement des mecs. Et aussi il y avait quelques soirées, des soirées gays dans lesquelles j'allais en cachette. Je sortais de chez mes parents. Et du coup, j'ai rencontré des mecs comme ça aussi. Je trouve que quand même, tu avais du courage. Je ne sais pas ce que tu en penses, tu avais du courage envers et contre tout d'aller à la rencontre de toi et de trouver des façons pour quand même vivre cette orientation qui naissait ? Alors, en fait, j'ai toujours été très audacieux, par contre, sur la sexualité, malgré la culpabilité, et c'est assez paradoxal, mais ça fait partie de moi, mais je tentais des choses, j'avais envie de plein de choses, et j'y allais, j'y allais en cachette, je faisais des trucs, ce qui était très dur à vivre, c'est qu'après, je pouvais rester prostré trois jours, à culpabiliser, à me dire « je vais plus jamais recommencer », à faire des prières de demande de pardon à Dieu... à faire des trucs. Et après, je refaisais. J'expérimentais ma sexualité. Ensuite, je culpabilisais. C'était un cercle infernal. Mais c'était assez difficile psychologiquement à vivre. Parce qu'en ce sens, je me sentais comme un pêcheur qui ne va jamais y arriver. Et c'était constamment ça. En réalité, si je dis que ça fait deux ans que je suis libre, ça veut dire qu'il y a deux ans, je ressentais encore des trucs de cet ordre-là. Peut-être moins fort qu'à l'adolescence, donc c'est vraiment très compliqué de s'en sortir d'un mouvement, d'une éducation un peu sectaire et d'en arriver là. Bravo. Merci. Il y a deux ans, il y a eu un moment clé. Tu parles de deux ans comme si tu avais peut-être un anniversaire. Il s'est passé un événement clé où tu te dis « là, je ne me sens plus libéré » ou ça a été diffus ? C'est vrai que je dis ça très souvent, et je pense qu'il y a eu un moment clé, mais j'ai du mal à l'identifier, parce qu'il s'est passé plusieurs choses un peu en même temps. Pour mes 29 ans, j'ai décidé de fêter officiellement mon premier anniversaire. Tu te rends compte, t'as 29 ans. Parce qu'avant, ça m'était arrivé de faire des trucs, mais c'était pas vraiment un anniversaire. Je disais à mes amis, bon, on va au resto, parce que j'ai tel âge et tout, mais je fêtais jamais vraiment, en fait, mon anniversaire. Et pour la première fois, je disais à mes amis, voilà, c'est mon anniversaire, c'est ma fête officielle anniversaire. Certains étaient choqués et tout, Et c'était trop drôle. Pourquoi ils étaient choqués ? Parce qu'ils savaient que je fêtais jamais. Et que même, limite, ils hésitaient à me souhaiter parce qu'ils savaient, oui, Gary, il était au Manjurva et tout, et ils connaissaient pas trop ce que c'était et tout. Mais ils voyaient qu'il y avait quand même un poids de ce truc où il doit pas fêter, quoi. Ils fêtent pas Noël, ils fêtent pas les anniversaires officiellement. Et en fait, il y a eu ce truc où je me suis dit non, c'est ma fête. Et ce soir-là, j'avais quelques amis à tabler chez moi et j'ai dit bon, je pense que tout le monde sait que je suis gay. Et là, tout le monde a rigolé. Certains étaient en mode mais comment il fait son coming out ? Là, c'est quoi ça ? C'était assez drôle comme scène. Et voilà, je me suis senti tellement libre que j'ai tout déballé. Puis j'étais moi-même en fait. Et je pense que ça a été une espèce d'étape importante. Je trouve ça vachement intéressant ce que tu dis. Et c'est marrant parce que moi, du coup, j'ai grandi à Versailles. Donc, beaucoup de ce que tu me racontes, je l'ai un peu touché du doigt dans un milieu catholique traditionnel. Moi, mes parents ne sont pas trop de ce milieu-là, mais j'étais dans un lycée et un collège catho. Et donc, ça me parle complètement de ce que tu dis. Et ça me parle aussi beaucoup, cette idée de... En tout cas, c'est moi qui te l'ai dit, d'avaler, d'enlever cette féminité. Du coup, moi, mon gros délire, et tu peux le voir, toi, les auditrices ne peuvent pas le voir, mais je mets du vernis maintenant, parfois. Aujourd'hui, il est jaune pétant, tant te dire que je kiffe. et qu'elle galère. En fait, il m'a fallu tout un temps pour intellectuellement comprendre la masculinité et puis voir mon espace de liberté et dire, en fait, Guillaume, tu fais bien ce que tu veux. Et puis, en plus, t'as 35 ans, du coup, genre, c'est maintenant. Enfin, t'es un adulte, ça y est, je te donne la validation maintenant, sois libre. Mais j'ai eu du mal quand même à y aller, quoi, à m'autoriser. Et... Et c'est extrêmement difficile pour les gens comme nous qui avons été harcelés, réduits par l'autre. Moi, je trouve que ce que tu racontes par rapport à ton collège ou lycée où les gens ont volé ton téléphone, ont volé ton intimité, ont raconté cet isolement pendant un an... Il faut arriver à renouer avec cette confiance. Il faut arriver à se réouvrir. Je trouve qu'il y a un truc intellectuel et puis un truc du corps aussi. Parce qu'il est en stress, il est là. Je peux mourir socialement à tout instant. J'ai l'impression que tu es en chemin et en tout cas tu as réussi. à faire, ou t'es en train de faire, je sais pas, à toi de me dire, toutes les étapes pour reconquérir toute ta liberté. C'est le cas ? Oui, c'est un peu ça. Il y a des choses que je n'ai pas encore accomplies, évidemment, que j'aimerais arriver à accomplir, mais... Ah bah super, ça m'amène à ma question, parfait. On se retrouve dans 5 ans. T'aimerais, pour un deuxième épisode, t'aimerais me raconter quoi sur ton chemin d'intimité, de sexualité ? Dans 5 ans, j'aimerais te dire que je suis très entouré d'amis qui me ressemblent. Parce que quand j'ai quitté chez mes parents, j'étais encore très... J'avais vraiment... Je m'auto-censurais encore, en fait. Donc je fréquentais personne qui était gay, par exemple. Donc je me suis jamais fait d'amis gays, en réalité. La plupart de mes amis, je dirais 100%, sont hétéros. J'aimerais me faire des amis, avoir des potes gays avec qui je sors, avec qui on parle de tout... Et dans cinq ans, j'aimerais te dire que je suis entouré, j'ai aussi quelqu'un dans ma vie avec qui ça se passe bien et que peut-être que l'histoire que j'ai écrite pour me libérer, peut-être que je pourrais te dire qu'elle a été publiée et que je suis hyper content et fier de ça. Voilà, c'est en gros, en substance, ce que j'aimerais te dire dans cinq ans. Et peut-être que tu auras porté un crop top ? Et peut-être bien, voilà, exactement, que je te montrerai mes photos en crop top et tout, voilà. Pour être sûr que je comprenne ce que c'est, c'est genre un t-shirt ou un pull coupé au-dessus du nombril ? Oui, c'est ça, en fait, exactement. C'est un t-shirt ou un pull coupé qui laisse voir un peu le ventre, un peu jusqu'au nombril ou un peu plus haut, voilà. Je suis sûr que ça t'ira super bien. Merci pour ton optimisme. On arrive à la fin. Est-ce que tu veux ajouter quelque chose par rapport à tout ça ? Oui, j'aimerais dire que pour les gens qui vont, les gars qui vont écouter, ou peut-être pas les gars, ou les personnes non-binaires, tous les gens qui vont écouter, qui sont encore aux prises avec une culpabilité liée à la religion, il faut chercher à déconstruire tout, tout, tout. Tout ce sacré qu'on met autour de religions qui ont été créées par des humains, en fait. Et je pense à Boris Cyrulnik, qui est un intellectuel français dont j'aime énormément le travail, qui dit « Ce n'est pas Dieu qui a créé les humains, ce sont les humains qui ont créé Dieu. » Et donc, ça montre que ce qui a été écrit pour culpabiliser des gens pour leur sexualité, pour ce qu'ils font, leur pratique et qui ils sont, c'est souvent des choses à relativiser, à déconstruire. Soyez vous-même, éclatez-vous. Voilà. Trop bien. Ça me permet de faire un appel. J'aimerais beaucoup trouver quelqu'un qui a réussi à naviguer entre sa croyance, donc j'aimerais trouver quelqu'un de croyant, et d'homosexuel ou bisexuel, ou en tout cas, qui a réussi à naviguer sa religion et ça ou ses sexualités. Je trouverais ça intéressant. Peut-être ça existe ? Ouais, c'est fort possible, en fait. C'est fort possible, oui. Toi, il n'y a plus rien de religieux en toi, tu dirais ? J'ai beaucoup de mal à... Comment dire ? Évidemment que les gens... La liberté de culte, c'est quelque chose de primordial, et comme toutes les formes de liberté, selon moi. Mais j'ai vraiment du mal avec cette idée qu'il y a un Dieu qu'il faut déifier en tant que personne. S'il existe des forces supérieures, j'ai plus tendance à me dire que je crois en l'univers, au fait qu'il y a un ordre plus global. Mais le fait que Dieu soit personnifié et que ce soit souvent une figure masculine qui soit déifiée ainsi... Je pense que ça sert, en fait, la manière dont le système est construit, c'est-à-dire un système patriarcal qui déifie en plus une divinité qui est aussi patriarcale, qui représente souvent un homme. Et je pense qu'il y a peut-être une autre approche vers le sacré qu'on pourrait imaginer, qu'on pourrait créer, peut-être. Donc, j'ai du mal avec, effectivement, la religion telle qu'elle existe dans notre monde actuel. Trop bien. Merci, Gary. Merci, Guillaume. Super ! Allô, allô ? Ouais, c'est bon. Gary, on était en train de débriefer et on va se rajouter un petit PS si t'as envie. T'étais en train de me dire qu'il y a peut-être un sujet dont on n'a pas parlé qui pourrait être intéressant à ajouter sur rencontrer l'amour, la sentimentalité. Ça veut dire quoi ? Je trouve que c'est assez compliqué, telles que les choses sont faites actuellement sur les applis, de créer une vraie relation, de rencontrer déjà des gens. Et sur Tinder, par exemple, vu que je me suis inscrit après ma rupture en 2020, J'ai rencontré des gens, mais en fait, le plus souvent, on match, on se parle une ou deux fois et en fait, il n'y a pas de rencontre. Du coup, on n'a pas de réponse. Et je me demande souvent comment rencontrer des mecs au-delà des applis, est-ce qu'il y a des lieux où on peut aller hors les bars, etc. Et c'est pour ça que je me dis que ce serait bien de connaître un peu plus des endroits où on peut... Juste que je comprenne, toi quand t'es sur les apps et que tu proposes à des mecs d'aller prendre un café, ils répondent pas, c'est ça ? Parfois oui, parfois ils répondent, mais le rendez-vous se fait jamais parce que je sais pas, peut-être qu'on est happé par nos emplois du temps. Et je trouve qu'il y a toujours ce truc où c'est toujours la même conversation, salut ça va, tu fais quoi dans la vie, etc. Et au moment où on doit se rencontrer... Comme on parle à tellement de personnes sur ce genre d'appli, c'est très dur de se fixer sur quelqu'un. J'ai vraiment l'impression qu'il manque un truc, qu'il y a une case. Le monde de la nuit, c'est-à-dire on va aller dans des bars et voir des mecs danser, ça existe, bien que le contexte limite un peu les choses. et il y a les applis et entre les deux je trouve pas et c'est pour ça que je disais à mon pote avec qui on a la galerie qu'on devrait créer des after work pour les hommes gays comme ça ça permettrait aux mecs de se rencontrer dans une ambiance peut-être plus feutrée mais moins moins axée sur sur le monde de la nuit que dans des bars ou dans des boîtes gays et que ça me permettrait éventuellement de rencontrer quelqu'un aussi bah génial quand est-ce que tu lances ça ? j'espère j'espère courant février Donc ça veut dire qu'on est en février 2022. Donc voilà, tu mettras de toute façon, je pense, un lien sur mes pages. Mais à la Galerie Wahoui, bientôt, les mecs, vous pourrez vous rencontrer et peut-être rencontrer l'amour. Trop bien. J'ai une question pour toi. Il y a un sujet dont on n'a pas du tout parlé. que toi tu n'as pas amené et que je n'ai pas amené, mais que du coup en PS j'ai envie de... je suis curieux. Tu es noir. Est-ce que le racisme, dont moi j'entends beaucoup parler en tant que blanc, est-ce que le racisme est une réalité pour toi dans ton intimité sexuelle, romantique et autre ? Ça l'a été à plusieurs reprises. En fait, j'ai l'impression que souvent, il y a deux extrêmes quand on est une personne non blanche et quand on est une personne noire en particulier. C'est que si on les applique du type Grindr, voire Tinder, quand les mecs me parlent, c'est souvent par rapport à ma couleur de peau, avec tout un tas de fantasmes qui vont avec et de clichés. Tu peux les dire ? Souvent, on me demande, par rapport à ma queue de noirs, souvent c'est des gens qui n'osent pas dire noir ou qui disent « j'adore les noirs, j'adore les queues noires, j'adore ». Et tout le « j'adore », c'est un peu de la fétichisation des corps noirs et c'est un peu dérangeant. et je peux comparer ça quasiment à la haine aussi parce que dans les deux cas on est un peu dépersonnalisé en fait on nous voit plus que comme des corps et pas comme des individus et moi j'adorerais rencontrer un mec qui me voit avant tout comme un individu, un entrepreneur ou un mec qui essaye d'écrire des trucs et avant de me voir comme un corps noir potentiellement noir ou potentiellement blanc ou autre et c'est ce truc qui est un peu compliqué Parce que la société telle qu'elle est fait qu'on projette des choses sur les gens avant même qu'ils ouvrent la bouche. Et ça fait que je pense qu'on rate plein d'histoires potentielles avec des gens formidables à cause de tout ça. Ouais. Est-ce que tu voudras que je coupe cette partie-là ? Parce qu'au final, si toi, tu ne l'as pas amenée, est-ce que tu n'avais aussi pas envie de parler de cette question dans ton témoignage ? Non, tu peux la laisser. Je pense que ça apporte aussi quelque chose au témoignage. Ok. C'est intéressant en tout cas parce que moi, dans ma présence sur les réseaux sociaux, les seuls messages que je reçois, c'est est-ce que j'ai une grosse bite ou pas ? Je suis blanc. Et du coup, est-ce que tu sais m'expliquer la différence ? C'est-à-dire, je ne suis pas du tout en train de dire que c'est la même chose. Je suis en train de dire que je sais même... En fait, j'ai l'impression que tous les messages que je reçois, moi, sur les réseaux, c'est de la fétichisation. C'est-à-dire, on me dit, moi, j'ai un kiff, tu rentres dans ça ou pas ? Est-ce que tu peux m'expliquer la différence pour toi ? En fait, je pense que ça a été très bien présenté sur la page Instagram Grindr vs personnes racisées, qui retrace plein de messages que des personnes non-blanches et en particulier noires reçoivent sur Grindr, si certains veulent voir à quoi ça peut ressembler. Mais en fait, l'origine de tout ça, c'est qu'on est dans un monde qui s'est construit sur des bases coloniales, en France notamment, et donc les corps génèrent des histoires, qu'on le veuille ou non, Et le corps noir a été le sujet de plein de fantasmes qui se retrouvent beaucoup dans la sexualité. Donc ça veut dire que oui, pour toi, effectivement, en tant que personne blanche, le fantasme et la fétichisation sera sur une action à faire, sur une situation. Tandis que pour moi, le fantasme et la fétichisation va commencer déjà par mon corps, rien qu'avant que je dise ou que je fasse quoi que ce soit. Et ça change la donne parce que toi, on te voit en tant qu'une personne, directement, il y a une forme de neutralité. Tandis que rien de ce que je vais faire ou dire, en tout cas, de prime abord, sera vu comme étant neutre. On verra un noir, un grand mec noir, un grand mec black, comme on dit souvent, qui a fait telle chose. Oui, le mec black qui a fait telle chose. Et toi, ce sera le mec... Ça peut permettre de se matérialiser, ce que ça peut être. Et voilà. Et toi, tu parles de l'essentialisation. C'est ça, oui. Parce qu'en tout cas, moi, sache que je réponds pas ou je réponds non, et ils me dégagent. Du coup, tu peux répéter l'Instagram à suivre pour s'éduquer sur ces sujets-là ? Alors, c'est Grindr VS Personnes Racisées. Et en fait, il y a même eu une expo où les captures d'écran étaient exposées dans une galerie il y a quelque temps. Et ça montre l'ampleur que ça a en fait. Et en fait, je suis effectivement pleinement conscient que souvent, c'est inconscient. C'est inconscient parce que ce sont des choses avec lesquelles on grandit et on ne se rend pas compte que des choses peuvent être offensantes. je ne veux pas être accusé les gens individuellement les gens qui vont écouter ce podcast mais par contre c'est intéressant de s'interroger sur les biais parce qu'on est tous influencés par des biais soit des biais de classe des biais de race plusieurs biais qui nous influencent dans la vie de tous les jours et c'est très intéressant de se poser la question quand je rencontre un mec, quand je parle avec un mec est-ce qu'il ne me plaît pas parce que je le trouve moche ou est-ce qu'il ne me plaît pas parce que J'ai des a priori sur peut-être ce que véhicule rien que sa couleur de peau. Est-ce que je peux présenter à ma mère un mec qui est non blanc ou un mec qui est non X ? On peut remplacer par plein de choses. Et je trouve que c'est une réflexion hyper intéressante dans la société actuelle. Moi j'ai une question en plus. Imagine une personne blanche qui fantasme sur les grosses bites. Comme toi tu peux fantasmer sur le sperme. Comment elle peut nettoyer son racisme dans son rapport à l'autre sur Grindr ? Donc du coup elle est sur Grindr, elle est là, moi je kiffe le sperme ou je kiffe les grosses bites. Donc ça va être la première question qu'elle va poser à n'importe qui. Comment elle peut s'assurer qu'elle le fait d'une façon non raciste ? Tu vois ce que je veux dire ? Je pense que si une personne aime les grosses bites et qu'elle demande à quelqu'un si elle a une grosse bite, il n'y a pas de sujet en fait, puisqu'elle ne l'aura pas dans un premier temps. catégoriser la personne par rapport à sa couleur de peau, mais si elle dit « montre-moi ta grosse bite de noir », en fait, sans même avoir parlé à la personne et savoir si effectivement la personne a une grosse bite, ça veut dire que dans sa tête, les noirs ont forcément une grosse bite et là, on est dans le cliché, effectivement. Ah, je n'avais pas compris. Oui, d'accord. En fait, toi, les gens, ils viennent à toi en disant « salut le noir ». Donc, avec le mot « noir », vient un catalogue dans lequel je t'essentialise, et du coup, tu dois être ça. Oui, alors je ne dirais pas que ça m'arrive tout le temps, tous les jours, toutes les fois que je me contacte sur Grindr. Mais il y a pas mal de témoignages, notamment sur l'insta dont j'ai parlé tout à l'heure, Et c'est vrai que c'est ce truc de venir directement en appliquant des clichés qui sont liés aux personnes noires, ou ça peut aussi arriver aux personnes asiatiques, sur l'idée qu'ils n'ont pas forcément une grosse bite, ou tous ces clichés. Aborder les gens directement comme ça, ça peut être très offensant. C'est dans ce sens-là. J'ai mieux compris. Je te remercie. Merci à toi. Sous-titrage ST' 501

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