Tu n’arrives pas à parler de sexe avec ton copain (ou ton plan) : conseils d’une sexologue

« La honte, elle s’efface quand il y a de l’amour qui vient dessus. L’amour, ça passe par le regard, ça passe par une écoute non-jugeante et valorisante. »

Zoé

Antoine, à Nantes, n’arrive plus à parler de sexe avec son compagnon de 15 ans. Zoé Blanc-Scudéry, sexologue, répond :

  • Parler de sa sexualité et faire une demande à son copain : Zoé explique pourquoi confondre les deux bloque la conversation avant qu’elle commence
  • Pour démarrer sans pression, Zoé conseille de commencer par célébrer après le sexe : dire ce qui était bien crée l’habitude de parler
  • La honte autour de ses désirs s’efface quand le regard de l’autre est non-jugeant : Zoé explique pourquoi se sentir en sécurité est le prérequis

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Les conseils de la sexologue

Zoé Blanc-Scudéry est sexologue à Lausanne et fondatrice de Sexopraxis : dans cet épisode, elle aide Antoine à trouver comment créer les conditions pour parler de sexe dans un couple où le dialogue est bloqué.

  1. Distinguer partage et demande Pour Zoé, le premier blocage est de confondre « parler de sa sexualité » avec « faire une demande ». Ouvrir une porte sur son monde intérieur est un temps différent : on peut partager un fantasme sans que ce soit une injonction à le réaliser
  2. Construire un vocabulaire commun Zoé explique qu’avant d’aborder des désirs, il faut se mettre d’accord sur les signaux non-verbaux de l’autre : un son, un mouvement, un souffle. Sans ce lexique commun, on interprète, et on risque de faire mal sans le vouloir
  3. Commencer par le débrief positif Zoé recommande de ne dire après le sexe que ce qui a plu. Un seul « j’ai adoré ce moment » est suffisant pour lancer l’habitude. Le renforcement positif pousse l’autre à reproduire les gestes valorisés, sans déclencher d’angoisse de performance
  4. Choisir le moment et le canal Zoé propose plusieurs fenêtres : pendant le sexe (consentement en direct), juste après (débrief positif), ou lors d’une discussion prévue hors sexualité, sans que ça aboutisse à un rapport. Elle suggère aussi un carnet de l’érotisme où chacun dépose ses envies par écrit, et de s’appuyer sur un podcast ou une série pour lancer la conversation en douceur
  5. Poser le cadre avant d’ouvrir une zone vulnérable Si l’on veut partager un désir sensible, Zoé recommande de signaler à l’avance que l’on va ouvrir un espace fragile et de prendre des précautions dans ce qu’on va se dire. Nommer la vulnérabilité en amont protège les deux partenaires
  6. Consulter un·e professionnel·le si les besoins restent non entendus Si les besoins exprimés clairement ne sont pas respectés par le partenaire, Zoé invite à ne pas s’effacer davantage et à consulter un·e sexologue ou thérapeute de couple. Retrouver un·e professionnel·le sur l’annuaire

Questions fréquentes

Questions fréquentes

Faut-il obligatoirement parler de sexe pour être épanoui en couple ?

Selon Zoé, non. Certains couples fonctionnent sans paroles si leurs univers érotiques sont naturellement compatibles. Mais dès qu’un des deux ressent un décalage, faire l’économie des mots devient vite un mur. La parole devient nécessaire quand quelque chose ne convient plus à l’un des deux.

Pourquoi est-il si difficile de parler de sexe dans un couple gay ?

Grandir comme homme dans un monde qui tabouise la sexualité crée un manque de vocabulaire, une peur du rejet et une angoisse de performance souvent plus intenses, explique Zoé. L’homosexualité elle-même a pu être vécue comme quelque chose à cacher, ce qui renforce la difficulté à nommer ses désirs intimes.

Comment parler de sexe à son copain quand il ne veut pas en entendre parler ?

Pour Zoé, commencer par un besoin très concret et positif, sans remettre en question la sexualité passée : dire « j’aimerais qu’on prenne plus de temps, j’aimerais plus de tendresse ». L’exprimer hors d’un moment sexuel, en demandant à l’avance si c’est un bon moment pour en parler, réduit la réaction défensive.

Comment faire un débrief post-sexe sans que ça devienne stressant ?

Zoé recommande de ne mentionner que ce qui était bien dans un premier temps, jamais ce qui manquait. Ce renforcement positif crée un espace de confiance progressif, sans déclencher d’angoisse de performance. C’est seulement quand la confiance est installée qu’on peut aborder les ajustements.

Peut-on partager un fantasme à son copain sans que ce soit une demande ?

Selon Zoé, oui, à condition de le nommer explicitement au préalable. Partager un endroit de son monde intérieur est un temps différent de la demande : on peut dire « je te partage ça, je ne te demande pas de venir m’y rejoindre ». Séparer ces deux moments permet à chacun d’écouter sans se sentir obligé d’y répondre.


On en parle dans cet épisode

  • 🎙️ Baisse de libido en couple : comment faire ? : série d’épisodes avec un sexothérapeute, citée par Guillaume en fin d’épisode, avec une activité post-it validée par des auditeurs en couple écouter les épisodes
  • 💻 Sexopraxis : le centre de sexologie à Lausanne fondé et animé par Zoé Blanc-Scudéry, présenté par Guillaume en fin d’épisode sexopraxis.ch

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Lire la transcription de cet épisode
Salut ! Salut Zoé ! Zoé Blanc-Scudéry, tu es sexologue et aujourd'hui ensemble, on va répondre à la question d'Antoine. Avant ça, j'ai envie d'envoyer un petit message à mes petits auditeurs qui nous écoutent, de ne pas hésiter à poser sa question intime sur cette hotline. Il faut aller sur actifopassive.com slash hotline. C'est 100% anonyme et par rapport à la question, je vais trouver moi un ou une psy, sexologue, médecin, proctologue, queer friendly, super compétent pour qu'on ait tous et toutes une réponse sans tabou et détaillée. Aujourd'hui, c'est impossibilité de parler de ma sexualité au sein du couple. C'est Antoine à Nantes et je te propose de lire son message. Salut Guillaume, je suis en couple depuis 15 ans avec mon compagnon et il a toujours été impossible de parler de notre sexualité avec lui. « Il a grandi dans un environnement très imprégné de catholicisme. Il a refoulé son homosexualité jusqu'à ses 23 ans. Je l'ai connu quand il en avait 32, assez peu d'expérience, je crois, difficile de savoir vu qu'il n'aime pas en parler. Moi j'avais 20 ans, je suis pudique, mais pas prude. Je ne suis pas aussi à l'aise que la plupart de tes intervenants. » mais je sais mettre des mots sur ce que je ressens. On ne peut pas forcer quelqu'un à parler, mais ça me fait de la peine pour cet homme que j'aime. Je me dis que, comme chacun, il a des fantasmes, des désirs qu'il cache. Il est actif, moi passif, mais notre sexualité est totalement centrée autour de la pénétration, de ce qu'il veut, quand il veut, alors que j'aspire à plus de tendresse et de fantaisie. Lui dire, c'est m'exposer à sa colère et à une dispute, donc je me tais. Il dit que l'on n'a pas besoin de parler de ce sujet, que l'on doit sentir les désirs de l'autre, que cela doit être léger, pas un sujet « prise de tête ». Pour moi, dire ce que l'on aimerait, ce que l'on ressent, ce n'est pas forcément se faire des reproches, mais je n'arrive pas à lui en parler. En parler à un thérapeute est impossible, il ne parle pas de ça avec moi, il n'en parlera pas à un inconnu. Au-delà de mon cas personnel, je pense qu'il y a beaucoup de gens pour qui la sexualité, implicitement leur homosexualité, est un sujet qui doit être tué parce qu'ils sont mal à l'aise avec ça. Cela crée de la souffrance dans les couples. C'est peut-être moins fréquent chez les gays, mais je ne vois pas pourquoi je serais le seul dans ce cas. Merci pour l'attention portée à mon idée et merci pour le vent de liberté que tu fais souffler dans tes podcasts. Bien à toi, Antoine. Bon Zoé, j'avais envie qu'on commence, si tu es d'accord, par recontextualiser. Et ma première question pour toi qui est sexologue depuis pas mal d'années, j'ai envie de te demander, est-ce qu'il y a des études où est-ce que toi ton expérience indique qu'il faut parler de sexe dans son couple pour être épanoui ? Est-ce que mettre des mots sur sa sexualité avec mon ou ma partenaire, est-ce que c'est en fait obligatoire ? Alors je pense que comme souvent dans la sexualité, il n'y a rien qui est obligatoire et il n'y aura pas une réponse comme ça absolue. Tu n'es pas tombé dans mon piège. Il était facile quand même. Je pense qu'il y a des personnes qui ont la chance de se retrouver comme compatibles dans leurs univers érotiques sans forcément avoir besoin d'en parler et tout se passe de manière fluide et facile. Et du coup, la parole à cet endroit-là, elle n'est pas nécessaire pour avoir plus d'épanouissement. Le problème, c'est que la plupart du temps, l'autre étant un autre, c'est un autre univers que l'on rencontre et donc sur lequel il va falloir faire des ajustements pour qu'on puisse être le plus en compatibilité possible. Et donc ça, c'est difficile de le faire sans les mots. Donc, je dirais que quand tout va bien, non, il n'y a pas besoin forcément d'en parler. Par contre, quand il y a un des deux partenaires qui sent un décalage ou sent que ça pourrait être mieux, ça risque d'être compliqué de le faire sans parler. C'est possible d'essayer, mais assez vite, on va se retrouver face à un mur. Ouais, chacun est différent. Dans le message d'Antoine, son mari ou partenaire, ils sont mariés, je ne sais plus, mais à l'air un peu de le culpabiliser. Moi, ça m'est déjà arrivé dans des relations, des gens qui me disaient « tu te poses trop de questions ». C'est clair qu'ils étaient mal tombés avec moi. Mais tu te poses trop de questions. Exactement un peu ce que le copain d'Antoine dit. Ça doit se faire tout seul. Je n'ai pas envie de me prendre la tête. Donc, on est d'accord que c'est normal d'avoir envie d'en parler si on en a envie. Mais moi, j'ajouterais, est-ce que tu es d'accord que le sexe, c'est beaucoup d'interprétations ? Moi, souvent, quand j'ai débriefé avec des partenaires ou discuté avec des partenaires, ce que j'avais pris pour un râle de douleur, Et où du coup, j'ai arrêté cette pratique sexuelle, par exemple, sur le moment, ce geste que je faisais. En fait, après, l'amant me dit « Non, pas du tout, j'étais en énorme kiff ». Oui, je pense que justement, je suis d'accord avec toi, je pense que la sexualité, c'est de l'interprétation, puis c'est tout un décodage de signaux non-verbaux, justement. On a des mimiques, on a des sons, on a des gestes, on a des souffles, on a des mouvements. Et tout ça, c'est des choses que si on n'a pas le dictionnaire à un moment donné pour pouvoir décoder, on ne peut faire qu'interpréter, projeter, avoir peur de se tromper aussi pas mal. Donc il y a plusieurs manières de parler de sexualité, mais déjà se mettre d'accord sur c'est quoi notre lexique commun. Quand tu pèses visage, ça veut dire quoi ? Quand je fais ce son, ça veut dire quoi ? Parce qu'on apprend à se connaître et puis tant qu'on n'en parle pas, on peut faire des essais-erreurs. Mais le problème avec les erreurs, c'est qu'on peut blesser. Alors ce n'est pas grave de se tromper, mais c'est mieux si on ne fait pas mal à l'autre ou on ne se fait pas mal à soi-même. moi ça m'arrive souvent apparemment quand j'ai beaucoup de plaisir je fais un visage qui se contracte et plusieurs partenaires m'ont dit ah t'as mal apparemment mon visage exprime que j'ai mal alors que moi j'ai pas mal du tout est-ce qu'il te vient là on est en train de dire ok l'impact quand on ose et qu'on arrive à parler de sa sexualité si on en a envie avec son partenaire l'impact c'est pouvoir décoder j'aime bien ce que tu dis décoder des sidios non verbaux est-ce que tu vois d'autres impacts positifs d'arriver à parler de sexe avec son partenaire ? Déjà, de pouvoir rassurer aussi sur tout ce qui se passe, qui est chouette. Parce que des fois, on fait des trucs super ou on vit des trucs super et on ne donne pas de feedback à l'autre. Et du coup, l'autre se dit peut-être que ce n'était pas ouf ou peut-être que ce n'est pas vraiment. Donc, je pense qu'il y a une manière de faire du renforcement positif, de pouvoir avoir plus de pratiques qui nous plaisent en disant ce qui est bien. Et puis, je pense que ça nous permet aussi de pouvoir avoir une plus grande proximité, un plus grand rapprochement, plaisir, intimité, si on partage ce qu'on a envie de plus partager encore ensemble. Alors, il y a certaines pratiques, il y a certains fantasmes, mais je pense que le fait de pouvoir partager sur ses envies, ça permet d'être plus en lien. Ouais, si je t'invite à manger, si on va manger ensemble, toi et moi Zoé, et que c'était délicieux, moi j'ai beaucoup de joie à en parler après, à dire « Ah, comme j'ai aimé ! » Tu vois ce que je veux dire ? Et quelque part, je suis d'accord avec le rapprochement que ça fait de se dire « Ah tiens, ça c'était cool ensemble ! » Oui, et je pense que ce que tu es en train de dire là aussi, c'est qu'en fait, le partage de l'intimité émotionnelle, le fait de dire « waouh, ça c'était beau, ça, ça m'a plu », c'est encore une manière d'être en lien. Et pour les personnes pour qui c'est important de parler, le fait d'avoir quelqu'un en face qui ne souhaite pas parler, c'est comme si on était privé d'une partie du plaisir de la connexion. T'as complètement raison, ça me parle beaucoup. J'ai l'impression que dans les impacts d'arriver à parler de sexe dans le couple, il y a aussi cet enjeu de lâcher prise. En tout cas, c'est peut-être moi qui rajoute cette couche que t'as pas forcément dite, mais la sexualité ça peut être aussi un espace pas toujours très confortable. Le fait de pouvoir parler, être en lien, c'est se sentir en sécurité peut-être ? à les lâcher prise, enfin moi je pense je sais pas pourquoi c'est très spécifique à l'orgasme prostatique à la stimulation prostatique qui exige je trouve en tout cas pour moi un vrai lâcher prise un sentiment de sécurité et peut-être que le dialogue peut l'aider ce lâcher prise Alors, je pense que tout le monde, tu vois, toi, tu fais un podcast, tu es à l'aise avec les mots, avec le fait de dire des choses intimes. Et je pense qu'en fait, c'est une zone peut-être qui est sécure pour toi. Et il y a plein de gens pour qui le fait de mettre des mots sur des sensations, sur des émotions, et à force de rire, je pense, quand on est éduqué comme un homme, c'est une zone de danger. Je pense que ce n'est pas évident pour tout le monde et le fait de mettre des mots, ce n'est pas forcément sécurisant pour tout le monde, peut-être même au contraire. Ce qui peut expliquer pourquoi des fois, il y a des décalages comme ça. Pour toi, peut-être parler, c'est mettre de la sécurité. Pour certaines personnes, parler, c'est s'exposer de manière encore plus vulnérable. Oui, tu as raison. Merci, tu as complètement raison. Et moi-même, je le sens. C'est-à-dire, sur le podcast, c'est une chose, mais dans mon lit, dans mon intime, je sens les blocages. D'ailleurs, est-ce que toi, par rapport à tous les patients, patientes que tu as vues et toutes tes recherches, est-ce que tu as identifié un peu les principaux blocages à parler de sexe ? Donc, il y a en effet l'absence de désir. Des gens qui disent « je n'en ai pas besoin » et tant que ça ne crée pas de souffrance, pas de problème. Mais là, je te parle des blocages de gens qui, en fait, aimeraient en parler à leur partenaire, leur mari, et ils n'y parviennent pas. Alors, je pense qu'il y a plusieurs choses déjà. Il y a une absence de mots. C'est-à-dire que la sexualité, selon l'environnement dans lequel on a évolué, on n'a pas vraiment les mots pour en parler. Et quand on n'a pas les mots, qu'est-ce qu'on dit ? Je pense qu'il y a un manque de vocabulaire, un manque de vocabulaire commun, parce que soit on est sur des sortes de mots anatomiques, soit on est sur un langage vulgaire. Et puis ça, c'est encore si on décrit déjà des pratiques sexuelles. Mais ensuite, il faut avoir des mots pour parler des sensations, des mots pour parler des émotions. Et je pense que là, il y a vraiment tout plein de lacunes, en fait, en termes de connaissances, de vocabulaire qu'on va pouvoir utiliser. Je pense que ça, c'est un premier besoin, souvent, c'est d'avoir un vocabulaire commun. Qu'est-ce qu'on peut dire ? Ensuite, il y a « mais moi, je ne sais pas, en fait, ce que je veux ». Je ne me suis jamais posé la question, j'en sais rien, et en fait j'aurais besoin d'aide pour le découvrir, mais du coup, si tu me demandes ce que j'aime, je ne sais pas. Et ce « je ne sais pas », il me paralyse. À la fois parce que je vois bien que ce n'est pas la réponse que tu attends en face, et à la fois parce que ce n'est pas la réponse que moi j'ai envie de donner, j'ai envie de savoir moi aussi ce que j'aime, mais j'en sais rien là. Donc je pense qu'il y a souvent, quand il y a une difficulté de mots, c'est peut-être aussi qu'il y a une difficulté d'exploration, de se laisser libre, de pouvoir explorer, de pouvoir se questionner. Donc je pense qu'il y a cette liberté, et vers l'extérieur dans la parole, et vers l'intérieur dans l'exploration. Et puis ensuite, je pense qu'il y a la gêne, le fait de s'exposer sur des choses potentiellement secrètes, souvent qui peuvent être imprégnées de honte, ou en tout cas de de zones de soi avec lesquelles on est moins à l'aise, si on parle d'exprimer des fantasmes ou des pratiques un peu plus privées, disons, c'est difficile de s'exposer dans cette partie-là de la vulnérabilité. Et c'est aussi hyper difficile de potentiellement voir son ou sa partenaire nous dévoiler des zones vulnérables qu'on pourrait avoir l'impression que ça va finir par une demande. Si l'autre me dit, voilà, cette pratique, c'est hyper important pour moi, j'adore ça, et en fait, moi… Ça me bloque, c'est pas du tout dans mon univers érotique. Qu'est-ce que je vais faire ? Je vais rejeter l'autre ? Je vais me sentir obligée, par amour, d'aller dans cette pratique-là ? Donc, je pense qu'il y a l'enjeu que parler de sexualité… En fait, on confond parler de sa sexualité et faire une demande de sexualité. Donc, je pense que c'est important de pouvoir différencier ces moments-là. Je peux te partager des endroits de mon univers intérieur. Je ne suis pas en train de te demander de venir m'y rejoindre. C'est deux temps différents dans la conversation, par exemple, tu vois. C'est vachement intéressant ce que tu dis parce que je vois à quel point, moi, en fait, je ne suis pas du tout à l'aise pour parler de ma sexualité. C'est rigolo parce que tu disais sur le podcast, mais en vrai ? Moi, je coche toutes les cases que tu viens de dire, quoi. Vocabulaire. Moi, je me suis déjà entendu, genre, parler de mon anus. J'étais là… Enfin, exactement, genre, des mots où soit, en effet, ils sont insultants, enfin, ils sont… Quel terme t'as utilisé ? Dégradants. Soit ils sont ultra anatomiques et je me sens pas très à l'aise. J'aime beaucoup quand tu as dit tout à l'heure dans les blocages à parler, surtout si tu as été éduqué comme un homme, Je pense qu'il y a un enjeu culturel aussi, on est quand même entouré d'un tabou, mais encore plus si t'es un homme. Et je trouve qu'en prendre conscience, c'est-à-dire le moment où j'ai envie de me mettre sur un chemin pour reconquérir ma sexualité grâce aux mots… M-O-T-S ou peut-être M-A-U-X. Mais tu vois, c'est aussi se rendre compte qu'il y a une vague générale de fonds qui m'empêche culturel. Et donc, c'est un confort que je peux ressentir les premières fois où je vais m'essayer. Je peux peut-être aussi le connecter à ce tabou. Comme je n'ai jamais essayé et que personne autour de moi ne m'a montré comment faire et que ça a l'air tabou et pas bien. Moi, je sais que dans mon cerveau, ça joue. Le fait de conscientiser, de dire c'est OK si j'ai un peu d'inconfort parce que c'est nouveau et parce qu'on ne m'a jamais montré. Et le dernier point qui me parle énormément, c'est ce rejet et cette demande. Ah ouais ! J'ai des souvenirs d'arriver à dire des petits trucs. Et après, mon partenaire se mettait un peu en mode besogne. Je le voyais plus du tout spontané à essayer de faire ce dont on avait parlé. Et avec un peu l'impression qu'il n'avait pas trop envie. Ou bien moi, j'étais un peu gêné. Et puis en plus, ça ne se passait pas très bien. Donc je me disais, zut, j'ai déjà mis des mots une fois. Je ne vais pas lui dire, attends, non ! Pas comme ça. Tu sais ce que je veux dire ? C'est très, très vulnérable. Bien sûr. Ça me parle vachement. OK. Oui, vas-y. Non, puis en fait, là, je trouve que tu ouvres aussi tout le champ du débrief. En fait, je pense qu'en fait, parler de sexualité, ça peut arriver à plein de moments. Je pense que déjà, il y a le fait de parler de sexualité pendant la sexualité. Pour ça, moi, j'aurais envie d'encourager les gens à… à s'entraîner notamment sur ces questions de consentement, de dire « là, j'ai envie de te faire ça, j'ai envie que tu me fasses ça, est-ce que je peux te toucher là ? » Et le fait de te parler, c'est un peu du dirty talk, mais en même temps, c'est aussi apprendre à dire ces mots-là pendant la sexualité pour vérifier sur le moment que ce qu'on fait, c'est aligner l'un avec l'autre. Je pense que là, il y a le moment dans la sexualité. Après, il y a le moment dont tu parlais de débriefing post-sexualité qu'on peut faire quand on est encore dans le lit, dans les bras l'un de l'autre ou après, où là, moi, je vais surtout encourager à parler des choses qui étaient bien. Ah, c'était super la manière dont tu m'as caressé comme ça. J'ai adoré ce moment-là. Ce moment-là, il était ouf et tout. Et d'avoir comme ça… Des choses plutôt belles, plutôt agréables à entendre et à dire pour renforcer encore la connexion et pouvoir ancrer le fait que parler de sexualité, dans ces moments-là, c'est quelque chose qui fait du bien. Parce que ça me renforce et puis ça nous rapproche. Et puis… Après, évidemment, c'est important aussi d'avoir des endroits de debriefing sur les choses qu'on voudrait pouvoir changer. « Ah, la prochaine fois, ça me ferait super plaisir que ça, ça se passe comme ça, par exemple. » Ou « Je me rends compte que quand tu m'as touchée de cette manière-là, en fait, je pense que j'aurais encore plus de plaisir si tu me touchais plutôt de cette manière-là. » Donc, plutôt toujours tourner sur ce qui ferait encore plus plaisir. Après, on peut aussi avoir des moments hors sexualité. Comme ça, on est sûr que ça ne va pas aboutir à une demande implicite. Donc, des moments hors sexualité où on prévoit de parler de sexualité en disant « moi, j'avais envie de te partager une partie de… » de mon monde érotique auquel je t'ai pas encore donné accès ou quelque chose que j'aimerais voilà qui m'habite ou quelque chose que j'aimerais partager avec toi et j'en parle je sais pas vraiment dans un moment très éloigné de la sexualité pour avoir une vraie discussion qui n'aboutit pas à à de la sexualité droit derrière tu vois hum Donc, je pense qu'il y a plusieurs de ces moments. Et puis, quand je fais une… Je peux dire, voilà, j'ai envie de te partager ça. Je ne suis pas en train de te le demander. J'ai juste envie de t'ouvrir une porte sur mon monde intérieur. Voilà un de mes fantasmes. Voilà une des choses que j'aimerais. Et puis, l'idéal, c'est d'avoir régulièrement des discussions autour de la sexualité, comme on peut avoir dans un couple régulièrement, des discussions sur… je sais pas, les tâches domestiques notre équilibre vie professionnelle et vie amicale ça fait partie d'un des champs du partage de la relation et donc du coup c'est important d'avoir des rendez-vous réguliers pour pouvoir en parler et se dire on pourrait reprendre ça à un autre moment est-ce que tu y as réfléchi, est-ce que toi t'aimerais bien qu'on le réalise ou pas et que ça devienne une discussion bien sûr parfois c'est des sujets qui peuvent être sensibles mais qu'il soit une discussion qui a le droit d'exister comme sur d'autres sujets sensibles C'est vachement intéressant. Zoé, je crois n'avoir jamais mis des mots sur un de mes fantasmes à un partenaire. C'est vrai ? Non. Et j'entends fantasme dû à, tiens, oui, c'est ça, cet univers érotique. Non, j'arrive à demander des pratiques, des gestes. Mais le fantasme, et je te le dis parce que j'ai déjà rencontré des couples via le podcast qui disent, oui, mais mettre des mots, voilà, ça y est, ça devient un peu, je dois sortir mon agenda, on doit se faire des rendez-vous pour parler de notre sexe et puis mettre des mots, ça écrase. Mon univers érotique, ça devient une tâche comme les tâches domestiques. Et voilà, il y a pas mal quand ça push back, quand les gens sont en désaccord, ils disent ça. Qu'est-ce que… Alors moi, là, j'aurais envie de… Ça me touche ce que tu dis, ça me rend un peu triste. Je me dis, mais en fait, la sexualité, c'est tellement un univers qui peut être magique et créatif et lumineux, même dans ses aspects un peu dark. Et justement, c'est aussi ça qui peut être excitant. Mais de se dire… En fait, là, on va ouvrir un peu une scène de théâtre. On pourrait faire le portrait chinois de ma sexualité. On fait des jeux. En fait, on va se mettre à la table de la cuisine, et puis là, si ma sexualité, c'était une couleur, moi, ça serait quelle couleur ? Toi, ça serait quelle couleur ? OK, si c'était un animal, ça serait comment ? Et on se parle comme ça de nos sexualités, même d'un point de vue un peu métaphorique, un peu vague, si on veut, pour pouvoir donner une sorte de porte ouverte sur une de nos ambiances intérieures. Ça peut être un exemple, tu vois. Ça pourrait être écrire des situations qu'on aimerait bien vivre ou qui nous excitent sur des papiers. Et puis ensuite, l'un après l'autre, on chope un papier de l'autre et on le lit. Et on partage là autour quelque chose qui est de l'ordre de la découverte de l'autre, en fait, dans son univers érotique. Ouais, mais en fait, ça m'inspire vachement ce que tu dis. Et je me rends compte que peut-être un jour, j'aurai un autre couple à écrire. Mais même, ça peut s'appliquer, pas forcément en couple, avec mes amants, je pourrais créer cet espace. En fait, quand je t'écoutais, j'avais vraiment la honte qui vibrait en moi. Tu vois, m'imaginer faire ce que tu dis, quelque part, c'est dans un endroit, pour moi, mais moi, avec mon chemin, c'est vraiment… mais un endroit de honte. Tu vois ce que je veux dire ? Oui, bien sûr. On n'est pas obligé de partager tous ces endroits non plus. On peut aussi… Certainement que dans ton univers érotique, il y a des endroits qui sont plus marqués par la honte, qui sont plus difficiles à dévoiler. Peut-être que tu dévoileras jamais, puis c'est OK aussi de garder des choses pour soi. Peut-être qu'il y a des petits bouts de cet univers… qui ferait tellement du bien à partager. Pas forcément pour être réalisé, mais pour voir que l'autre n'a pas peur quand tu lui ouvres la porte. Parce que la honte, elle s'efface quand il y a de l'amour qui vient dessus. L'amour, ça passe par le regard, ça passe par une écoute qui soit non-jugeante, qui soit valorisante, puis peut-être que… S'il y a un fantasme ou un bout de ton univers érotique qui crée comme ça une grosse honte, le fait que quelqu'un puisse poser ses yeux dessus et dire « Waouh, moi j'aime bien ce que tu es en train de me montrer », ça peut beaucoup guérir ça, tu vois. Mais c'est sûr que ça demande de se sentir en sécurité, ça demande d'être… d'être alignée avec la personne sur le fait que ça va être un moment vulnérable. Et d'ailleurs, je pense que ça, c'est important de poser comme règle quand on parle de sexualité en couple et surtout avec les fantasmes, de dire « Ok, là, on va ouvrir un espace de vulnérabilité entre nous et on va prendre beaucoup de précautions sur les mots qu'on va dire parce qu'on sait que c'est une zone fragile pour l'autre. » Ouais, complètement. On est en train de creuser là, en fait, les idées, les astuces concrètes pour bien parler de sexe avec un ou une partenaire. Et donc, la première chose que tu as dite, c'est, bon, bien choisir le moment. Et puis, j'ai aimé parce que tu as présenté plusieurs idées. Alors, en effet, il y a cette idée de vraiment d'en faire presque une célébration, un moment. Ton idée du portrait chinois, avoir vraiment… Un temps après, hors du sexe, pour creuser. Tu as parlé du temps pendant le sexe, mettre des petits mots si on en a envie. Ça peut être aussi une communication gestuelle. On peut aussi s'exprimer par des gestes pendant le sexe. Et après, tu as parlé du débrief. Avec, je trouve, cette petite étape, moi, je la prends directe parce que je le fais déjà, mais je pourrais le faire encore plus. Ça, c'est dans mes cordes et ça ne vient pas faire résonner la honte chez moi. C'est de célébrer, de dire ça, c'était trop cool, ça, c'était bien. J'aime beaucoup cette astuce. Est-ce qu'il t'en viendrait d'autres ? Là, comme ça ? Oui, je te saisis comme ça. Je crois que tu les as toutes dites, en fait. Alors, en tout cas, là, comme ça, il n'y a rien d'autre qui me pop à l'esprit. Peut-être si ça revient encore. J'ai une idée. Après, quand même, je trouve que les trucs par écrit, je trouve que l'écrit, ça peut… Mais vas-y, dis-moi. Non, non, vas-y, vas-y. L'écrit, dis-moi. Je me dis que l'écrit, ça peut être, tu vois, avoir un carnet, le carnet de notre érotisme. Et puis du coup, quand on a envie de dire quelque chose, on l'écrit là et puis l'autre va le voir quand il est en mode lecture, tu vois. Puis comme ça, on peut avoir un temps un peu à distance de l'événement. Puis passer par l'écrit, ça permet parfois un petit peu plus de synthétiser ce qu'on veut dire et de le clarifier. Je me dis que ça, ça peut être une idée supplémentaire. Ouais, je pense que les gens qui sont en couple depuis ou qui ont des partenaires depuis longtemps peuvent, je trouve c'est une très bonne idée, ils connaissent normalement, la plupart du temps on a l'intuition de quand est-ce que notre partenaire est plus à l'aise pour parler ou comment tu vois. Donc peut-être que, en effet, si le partenaire est plus à l'aise par écrit, ça peut être une façon. Moi, l'idée que j'allais rajouter, c'était de parler des modalités, c'est-à-dire d'aller vers mon partenaire en disant, et ça, moi, je me vois bien le faire, en disant, ah, j'ai envie, j'ai entendu un podcast, là, sur bien parler de sexe en couple. Ça m'a donné, il y a plein d'idées. Moi, j'aimerais bien, enfin, je kiffe notre sexe et j'aimerais bien qu'on s'en parle plus, on n'en parle pas beaucoup. Est-ce que toi, t'en penses quoi d'en parler et est-ce qu'il y a des façons qui te, tu vois ? qui t'inspirent. Je trouve que… Qu'est-ce que tu penses de ça ? Oui, ça, ça marche super bien. En effet, t'as raison. Je pense que rebondir sur un podcast, sur une série, sur un film, ça permet d'avoir des supports de discussion qui sont plus faciles qu'entre deux plats. Dire, ça, si on pouvait parler de… Comment ça va être dans le lit ? Donc, ouais, ça, ça va être bien. Ce gratin me fait penser à la sodomie d'hier. Mais ouais, je trouve que ça aide d'autant plus. Je me souviens d'un partenaire qui m'avait dit, et j'avais trouvé ça trop cool, qui m'avait dit, ah franchement, moi, débriefer après le sexe, ça me déprime. J'ai l'impression… Il m'avait vraiment dit que ça ne l'amusait pas du tout et puis que ça le stressait. Mais qu'en revanche, donc, tu vois, mis devant cette question, toi, est-ce que tu as envie d'en parler ? Oui. Et comment ? Je trouve que ça permet au partenaire de choisir à un meilleur moment comme toi tu disais après ton partenaire qui disait qu'il était stressé par le débriefing c'est souvent parce qu'en fait on a peur de s'entendre dire que ça c'était pas super et que ça il aurait fallu améliorer et puis ça vient mettre des enjeux de performance après la performance et puis on peut même plus la rattraper donc je pense que encore une fois ça dépend c'est quoi qu'on amène comme élément du débriefing post-sexe directement tu vois Ouais. Dans des briefings, il y a quand même en effet un peu, on est au travail, c'est du management et donc on va avoir des bons points et des mauvais points. On est re dans l'évaluation et la performance. Et ça, j'avoue que ça me fait peur aussi. C'est aussi pour ça que j'aime pas parfois mettre des mots sur la sexualité. C'est qu'il y a une sorte d'évaluation et ça me ramène à mon angoisse de performance, mon angoisse de pas être assez, tu vois ? c'est pour ça que je me dis que peut-être que la règle si on sent qu'il y a comme ça des enjeux qui sont difficiles avec les mots et puis qui vont toucher à l'estime de soi assez vite sur la sexualité de se dire bah la règle c'est on dit les choses qui ont été chouettes ouais t'as raison Ça permet de faciliter, encore une fois, je pense qu'au bout d'un moment, quand on est assez à l'aise de parler de sexualité, c'est pas grave, tout va pas s'effondrer. Si on nous dit « Ouais, bon là, c'était pas ouf », parce qu'on peut accepter ça, de se dire « Bah oui, c'est vrai, c'était pas ouf ». Mais au début, je pense que c'est important plutôt de mettre en sécurité. Puis pour pouvoir mettre en sécurité, on va plutôt venir dire ce qui était bon. Donc dans les étapes pour apprendre à parler de sexualité ensemble. Ouais. Je pense que ce point-là, la spécificité queer, je serais pas étonné que grandir queer, gay, bi ou autre dans un monde hétéro fait qu'on a plus de blessures à cet endroit de l'intime. Et cette peur du rejet peut faire aussi qu'on est vraiment tétanisé à l'idée de mettre des mots sur même ce qui s'est bien passé ou ce qui ne s'est pas bien passé. Parce qu'on est vraiment dans l'angoisse du rejet, tu vois. On est dans une angoisse de performance. Et donc… Et je le dis parce que moi, ça résonne pour moi et donc ça m'indique, c'est un bon indicateur que lorsque je vais essayer de cheminer sur ce sujet-là, je vais peut-être rencontrer ces angoisses passées et que du coup, je vais avoir un fort sentiment d'inconfort. Et donc, ça réveille un peu des plaies passées, des souffrances passées. Mais en même temps, ça peut aussi les guérir parce que j'imagine bien que justement… Typiquement, en tant qu'homme gay, de se dire, voilà, si j'aime, je sais pas justement, recevoir une sodomie, c'est mal, entre guillemets, avec cette homophobie intériorisée. Et le fait de le dire, j'aime ça, et de voir que l'autre… aiment que tu aimes ça, ça permet de pouvoir renforcer le fait que c'est une pratique que tu as le droit d'aimer. Peut-être que ça vient un peu apaiser cette blessure d'homophobie qui s'applique à l'endroit de cette pratique, par exemple. Complètement. Si on devait répondre au cas d'Antoine de façon plus précise, qu'est-ce que toi, tu comprends de cette situation ? Alors, moi, j'ai l'impression que le partenaire d'Antoine, il doit avoir… Évidemment, moi, je n'ai aucune information sur lui, donc c'est toujours un petit peu délicat, ce genre d'interprétation. Mais j'ai l'impression comme ça qu'il y a quelque chose en termes de, comme tu dis, d'estime de lui. qui peut être vraiment très fragile, très vulnérable. Et il y a comme une manière de faire la sexualité. La sexualité, c'est de la pénétration. Et ça doit être simple, ça doit être spontané, ça doit être le plus dans les normes script hétéro, en fait. Et du coup, si ce n'est pas comme ça, c'est mal. Et le fait qu'Antoine ait envie peut-être d'autre chose ou de venir faire des ajustements, j'ai l'impression que son partenaire se sent très remis en question se sentaient à peur d'être pris en faute, de mal faire. D'ailleurs, il y a de la colère qui vient tout de suite, comme pour défendre quelque chose de lui, comme pour protéger une partie. Et en fait, le truc, c'est que ça me semble… douloureux pour les deux à la fois parce qu'en effet peut-être qu'il est juste dans une sexualité de performance comme il pense que ça devrait être puis qu'il éloigne peut-être de sa propre sexualité et puis pour Antoine ça lui convient pas il dit bien en fait la sexualité c'est autour de la pénétration puis c'est comme il veut et quand il veut et moi je voudrais peut-être autre chose et plus de tendresse et si je le dis il se fâche et on dirait que pour le moment pour les deux c'est douloureux cette expérience au cours de la sexualité Est-ce que tu aurais des conseils pour Antoine ? Je pense que, par exemple, pour Antoine, peut-être que le fait dans… Alors, je pense que les conseils que j'ai donnés plus tôt, ça pourrait s'appliquer. Je me dis peut-être que pendant la sexualité, dire est-ce qu'on peut ralentir ? Est-ce que tu peux d'abord m'embrasser ? Est-ce qu'on peut se faire un câlin ? Enfin, tu vois, de proposer des… Ils ont des directions qui vont plus dans le sens de cette tendresse qu'ils cherchent. Peut-être que le côté fantaisie, c'est peut-être un peu too much au début. Mais déjà, peut-être la tendresse, c'est quelque chose qui peut plus s'entendre pour son partenaire. Et puis ensuite… de demander, en fait, d'avoir une discussion hors sexualité et hors demande sexuelle. Le but, là, c'est pas de te dire « tu fais mal », mais plutôt de te dire « en fait, ça me ferait tellement du bien qu'on puisse, je sais pas, faire quelque chose d'un peu plus slow, d'un peu plus tendre, ça me ferait du bien de me sentir dans cet endroit de connexion, d'amour tendre avec toi dans la sexualité, et je le pose là, et est-ce que tu serais OK, toi, qu'on essaye une fois ? » pour pouvoir laisser à son partenaire une sorte un peu de marge d'absorption de l'information, pas qu'il se sente remis en question, genre ce que tu as fait jusque-là, ce n'est pas bien, mais plutôt de se dire j'ai envie de partager encore plus avec toi. Oui, complètement. Moi, quand j'ai lu le message, alors tu le dis très bien, c'est juste un message, on est complètement dans le surinterprétatif, mais on est à deux doigts de l'abus. En fait, ce que je trouve, pour moi, la première étape, j'aurais envie de dire à Antoine, dis-moi ce que tu en penses Zoé, de faire de la place pour sa souffrance. Parce qu'entre les lignes, il explique, il justifie pourquoi son partenaire ne parle pas du tout de sexualité. Il excuse, en fait, en disant, voilà, mon partenaire a grandi dans un environnement très imprégné de catholicisme. Il a refoulé son homosexualité jusqu'à tard. Et son partenaire aussi… réduit, dénigre les besoins d'Antoine en disant non, non, mais en fait, la bonne sexualité, c'est… Il y a deux façons. Le partenaire d'Antoine empêche Antoine à deux endroits. Soit il lui dit non, non, mais ta façon n'est pas la bonne. Soit il se met en colère et crée une… Et donc Antoine dit donc je me tais. Et je trouve que le premier espace, en tout cas, moi, je projette sur Antoine et souvent, on m'a dit ah non, mais vas-y, pas besoin de parler de sexe. Et je me suis dit ah oui, c'est eux qui ont raison parce que quand même, je trouve que dans la société en général, tous les conseils que tu viens de donner, Zoé, ils sont quand même novateurs. Ils sont faisables par n'importe qui, mais c'est quand même une autre sexualité qui peut s'écrire et qui n'est pas encore très généralisée, tu vois. Et donc, je trouve que c'est facile de se dire « Ah oui, non, mais c'est ma faute. C'est moi qui suis trop sexuel à vouloir trop débriefer ou parler de sexe. » Et la première étape que je recommanderais à Antoine, c'est « Ok, mais il y a une vraie souffrance. Et non, tu n'es pas prise de tête, comme dit ton partenaire. Non, en fait, tout le monde ne « sent pas », comme son partenaire dit, les désirs de l'autre. » Et donc d'identifier les jugements, de voir que lui, il a un autre besoin et qu'il est en souffrance. Oui, et puis qu'en fait, sa manière de vivre sa sexualité à Antoine aussi, elle est justifiée. Il dit en fait, ça ne me convient pas la sexualité actuellement. C'est important de pouvoir le dire à un moment donné. Bien sûr, son partenaire en face le prend certainement comme une blessure narcissique. Genre, je ne suis pas à la hauteur pour te satisfaire. Sous cette colère et ces accusations, il y a certainement quelque chose de l'intime qui est touché chez lui. Mais ça n'empêche pas qu'Antoine ait le droit de dire « En fait, ça ne me convient pas de faire de la sexualité comme tu veux, quand tu veux, sans que mes besoins soient pris en considération, ce n'est pas OK. » Ouais, complètement. Et je trouve que, imaginons que la situation ne soit pas aussi dramatique, s'il y a encore un peu de liant entre les deux, moi je trouve que ton idée, donc toutes les idées que tu viens de donner, elles sont super. Et je trouve que ton idée de, juste après le sexe, dire « Ah, j'ai trop aimé ça ! » En fait, commencer à parler de sexe, mais que Antoine qui dit « Ah tiens, j'ai trop aimé ça », je trouve que même les personnes pas à l'aise de parler de sexe, c'est une petite façon respectueuse de commencer à en parler parce que eux, ils n'ont pas à répondre et ils entendent juste un compliment. Oui, et puis en tant qu'humain, ça marche super bien comme renforcement positif. Si je te dis « j'ai adoré la manière dont tu m'as caressé la joue à ce moment-là », spontanément, tu vas avoir envie de retrouver un compliment la prochaine fois et donc tu vas vouloir me refaire la même chose, tu vois ? C'est un peu de la manipulation, mais en même temps, c'est une stratégie positive pour avoir ce qui a déjà bien fonctionné. Parce qu'en tant qu'humain, on va chercher toujours des signes de reconnaissance et des signes d'attention positive. Donc, je vais t'en donner là où j'ai envie que tu reproduises tes actions. Complètement. Le souci, c'est s'il n'y a rien qui convient. Là, ça va être un peu plus compliqué pour faire un débrief. Ouais et ça pour moi c'est ma conclusion mais ça n'engage que moi. Moi j'ai juste envie de dire à Antoine mais barre-toi quoi. Je trouve que c'est inacceptable, mais c'est Guillaume tu vas me dire ce que tu en penses en tant que thérapeute, je trouve que c'est inacceptable que lorsque j'exprime des besoins, Donc je ne suis pas en train de te dire des règles, je te parle juste de mon cœur et de mes besoins, qu'une conversation m'expose à de la colère et une dispute, mais je trouve que c'est inacceptable et extrêmement toxique. Est-ce que tu me trouves excessif ? Je pense que c'est bien que tu puisses mettre tes limites en tout cas, c'est sûr. Après, je pense que moi j'ai l'impression que ce qu'Antoine nous a dit dans sa question, c'est qu'il essaie d'avoir des discussions avec son partenaire, par exemple sur son passé sexuel, et que ça son partenaire n'a pas envie d'en parler. Je ne sais pas si Antoine a dit clairement, aussi clairement qu'il nous l'a dit à nous, j'aimerais que ça soit plus tendre. Parce que ça veut dire quoi, parler de sexualité aussi ? Peut-être qu'Antoine serait très à l'aise, aimerait parler de tous leurs anciens amants, de leurs découvertes, de leurs fantasmes, etc. Et puis que ça, c'est too much pour son partenaire. Mais peut-être qu'il pourrait commencer par dire, en fait, vraiment, j'ai besoin qu'on prenne plus de temps, ou j'ai besoin qu'on fasse pas de pénétration aujourd'hui. J'ai besoin que tu m'embrasses, j'ai besoin que tu me caresses. Et puis, de pouvoir formuler des besoins très clairement, peut-être que c'est une étape plus simple pour lui. Et c'est sûr que si ses besoins ne sont pas respectés, après, soit il perd, soit il faut se dire « Ok, je ne suis pas ok d'accepter cette sexualité-là, si elle ne me convient pas. » Mais s'assurer que le besoin a été clairement aussi mentionné, parce que ça fait quand même hyper longtemps qu'ils sont ensemble, de ce que j'ai compris, 15 ans, je crois. Oui. Si pendant 15 ans, ils ont eu de la sexualité sans jamais en parler ? c'est pas pour rien. Certainement qu'il y a un bout où Antoine ne doit pas être non plus complètement à l'aise avec ce sujet-là, sinon il serait peut-être arrivé plutôt sur la table. Donc je me dis que peut-être ça n'a pas non plus été si clairement dit que ça. J'en sais rien, encore une fois, on a juste une question écrite. Oui, mais c'est une nuance très intelligente. Je te remercie d'élever le niveau. Antoine, il dit « j'aspire à plus de tendresse et de fantaisie. Lui dire, c'est m'exposer à sa colère et à une dispute, donc je me tais ». La nuance que tu apportes, c'est que parfois, avec les années qui passent, on se met et on met l'eau dans une boîte et on se dit « ok, ça c'est impossible, ça c'est comme ci, ça c'est comme ça ». Et toi, ce que tu dis, c'est que peut-être qu'Antoine, il n'a jamais vraiment osé dire son désir de tendresse et de fantaisie. Ou bien, toi, ce que tu disais, je suis d'accord avec toi, peut-être qu'Antoine, il a essayé justement de faire parler du passé. Et ça, pour le coup, son mari lui dit « non, j'ai vraiment pas envie » et ça le met en colère. Et il se sent, c'est intrusif, mais peut-être qu'Antoine n'a pas juste dit exactement comme tu le dis, verbaliser ses envies de tendresse, de fantaisie. En revanche, ils ont l'air de s'aimer dans le message. On sent de l'amour. Ah non, ah bon ? Tu sens ça, toi ? Antoine il dit c'est l'homme que j'aime j'ai envie qu'il puisse aussi se connecter à ces parties là de lui quand Antoine dit j'ai envie de tendre cette fantaisie moi j'entends j'ai envie de découvrir avec cet homme j'ai envie de me barrer j'entends qu'il a peur mais j'entends aussi qu'il a envie et du coup peut-être que Peut-être qu'ils se sentent assez bien, ça fait quand même 15 ans qu'ils sont ensemble, pour qu'Antoine puisse dire « Écoute, mon amour, j'ai besoin de te dire quelque chose. J'ai un peu peur de te le dire parce que j'ai peur de te mettre en colère, mais c'est important pour moi que tu puisses l'entendre. Est-ce qu'on peut en parler ? Est-ce que c'est un bon moment pour toi pour en parler ? » Voilà, moi je me rends compte dans l'insensité que ça me manque en fait, qu'il n'y ait pas plus de tendresse, j'aurais besoin, voilà. Et puis que ça soit dit clairement, sans animosité, sans remettre en question tout ce qui a été vécu jusque-là pour autant. Complètement. et je trouve qu'en effet c'est ma conclusion à moi il y a aussi un mettre sa limite face au silence et à la compatibilité du sexuel et du parler sexuel avec son partenaire ce que je veux dire par là c'est que moi dans mon histoire et je pense que c'est peut-être ça qu'on entend beaucoup bon en gros je suis désolé mais il a quand même écrit noir sur blanc je veux plus de tendresse et de fantaisie et si je lui dis il va se mettre en colère Si c'est le cas, je suis désolé, barre-toi, c'est ultra toxique. Mais sinon, écoute, Zoé, c'est elle qui a raison. Mais je trouve que fixer ma limite, ça a été un vrai enjeu. Et en fait, m'autoriser et dire, bon, écoute, cher amant, cher mari, cher… tu veux vraiment pas parler de sexe avec moi et tu as envie d'une sexualité sans mots et c'est d'accord mais du coup moi c'est pas bon pour moi tu vois fixer sa limite quoi et je trouve pas ça évident du tout non c'est pas facile parce qu'en fait c'est affirmer un de ses besoins et s'exposer à de la distance relationnelle en face si je le fais exactement est-ce que tu as une autre conclusion tu veux rajouter une dernière chose Non, je trouve que c'est pas mal, là. Ben ouais, c'est super. Merci, Zoé. J'ai envie de rappeler Zoé Scuderi… Non. Zoé Blanc-Scuderi. C'est nul, franchement, de rater son nom en conclusion. Zoé Blanc-Scuderi, j'ai envie de rappeler que tu es sexologue, tu es à Lausanne et tu as lancé Sexopraxis, qui est un centre de sexualité en Suisse. On peut aller visiter ton site, sexopraxis.ch. J'ai aussi envie de dire aux auditeurs, oui, qu'en fait, on a déjà fait des épisodes avec un autre sexothérapeute sur les différences de libido dans le couple. Donc, je le mets en descriptif de l'épisode. C'était intéressant et notamment, le sexothérapeute avait proposé une petite activité avec des post-it. Et j'ai un auditeur qui m'a dit qu'il l'avait fait en couple et que ça avait bien marché. Et enfin, pas hésiter à te poser. On peut te poser des questions sur la hotline si tu acceptes de revenir. Mais oui, avec plaisir. Et c'est actifoupassif.com slash hotline. Ça te va ? Oui, c'est parfait. Merci beaucoup. Merci Zoé.

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