C’est pour se cacher et être plus en sécurité qu’elles vont s’isoler dans ces endroits — et c’est là qu’elles finissent par se faire agresser.
Lana, cofondatrice de l’asso LGBTQI+ Adelphe·s, détaille les guet-apens homophobes qui ciblent les gays du coin de Montélimar depuis 2020 — et comment stopper l’impunité des agresseurs :
- Un guet-apens homophobe tous les 3 jours en France — autour de Montélimar, les mêmes individus reviennent au moins une fois par mois depuis 2020, reconnus deux fois en 2 ans par une même victime
- Les victimes ne portent pas plainte pour ne pas révéler leur homosexualité — une impunité calculée : les agresseurs savent très bien à qui ils s’en prennent
- Adelphe·s collecte des témoignages anonymes via Grindr et Instagram pour monter un dossier et forcer les collectivités locales à agir
Écoute cet épisode :
🎧 Écouter sur : Spotify · Apple Podcasts · Deezer · Podcast Addict · Amazon Music · YouTube
Les conseils de la cofondatrice
Lana est cofondatrice de l’asso LGBTQI+ Adelphe·s en Ardèche et Drôme — dans cet épisode, elle donne les actions concrètes pour alerter et protéger la communauté gay autour de Montélimar.
- Partager cet épisode à ses proches du coin. Pour Lana, c’est la première action : alerter les gays et queers des alentours de Montélimar pour qu’ils fassent attention à eux sur les lieux de cruising.
- Témoigner anonymement auprès d’Adelphe·s, même sans porter plainte. Via la messagerie Instagram de l’asso (@association.adelphe.s) ou par email (adelphes.0726@gmail.com). Selon Lana, chaque témoignage — même anonyme — renforce le dossier pour que les collectivités locales et la police soient forcées d’agir.
- Porter plainte si la situation le permet. Lana reconnaît que c’est la démarche la plus difficile pour des personnes qui ne sont pas out. Mais sans plainte formelle, les agresseurs agissent en toute impunité : un même individu a été reconnu dans deux agressions distinctes, à deux ans d’intervalle.
Questions fréquentes
Pourquoi les victimes de guet-apens homophobes ne portent-elles pas plainte ?
Selon Lana, la plupart fréquentent ces lieux dans l’anonymat et ne sont pas out. Porter plainte risquerait d’exposer leur homosexualité à la police locale — parfois connue de leur entourage — et de forcer des explications à leurs proches. L’anonymat qui les protège dans les lieux de cruising les piège face à la justice.
Comment signaler une agression homophobe autour de Montélimar ?
L’asso Adelphe·s collecte des témoignages anonymes via Instagram (@association.adelphe.s) ou par email adelphes.0726@gmail.com. Selon Lana, même sans porter plainte formellement, témoigner aide à construire un dossier pour alerter les collectivités locales et contraindre les agresseurs à rendre des comptes.
À quelle fréquence ont lieu les guet-apens homophobes en France ?
Selon Lana, des enquêtes menées par Tétu et Mediapart en 2022 font état d’environ un guet-apens homophobe tous les trois jours en France. Autour de Montélimar spécifiquement, les témoignages collectés par Adelphe·s font état d’au moins une descente par mois depuis 2020 — avec les mêmes individus identifiés à plusieurs reprises.
On en parle dans l’épisode
- 🏳️🌈 Adelphe·s d’Ardèche et de Drôme — l’asso LGBTQI+ cofondée par Lana : permanences les derniers lundis du mois en centre-ville de Monтélimar, collecte de témoignages d’agressions helloasso.com
3 épisodes que tu pourrais aimer
Rédigé avec l’aide de l’IA. Tu vois une erreur ? Contacte-nous
Lire la transcription de cet épisode
[transcription à coller ici]
Lire la transcription de cet épisode
Coucou Lana, bienvenue sur le podcast. On enregistre à Montélimar, tu es la cofondatrice de l'assaut LGBTQI+, Adelph, et tu me parles de ces guet-apens, des agressions homophobes de la part d'hommes qui veulent, entre guillemets, casser du PD. Ça a lieu en ce moment même en périphérie de Montélimar, sur des lieux de cruising notamment.
Ça dure depuis plusieurs années, mais ton assaut a reçu six témoignages d'agression en seulement quelques jours, là, récemment. Notamment parce que vous avez créé un compte Grindr pour alerter les usagers et aussi récolter des témoignages. Tu vas nous raconter. J'appelle les auditorices à partager cet épisode avec des amis vivants près de Montélimar. On a un enjeu à la fois d'alerter un maximum de personnes, mais aussi de récolter plus de témoignages parce que vous êtes en train de bâtir un dossier. T'es d'accord ?
Tout à fait. Le sujet des guet-apens est d'ailleurs un sujet national. En 2022, t'as Tétu et Mediapart qui ont fait des enquêtes montrant que t'as en gros un guet-apens homophobe tous les trois jours. Est-ce que tu peux me ramener au déclic ? C'est-à-dire, quand est-ce que les membres de ton collectif ont compris qu'il y avait un sujet ? Vous avez été alertés comment ?
Tout simplement par une personne qui a eu l'intelligence de nous appeler. Ce n'est pas une personne qui a directement vécu ces agressions, mais qui a directement été le soutien d'une personne qui venait d'être victime, qui avait été victime d'agressions physiques très violentes et qui lui a raconté toute l'histoire qui se passait autour de ces fameux lieux de rencontre aux alentours de Montélimar.
Et ensuite, on a rapidement essayé de trouver des témoignages pour en savoir plus. Ok. Où est-ce que ça se passe ? Est-ce que tu sais dire exactement où ça se passe ? Oui, tout à fait. On sait très précisément où ça se passe. On sait que beaucoup de personnes de la communauté LGBT, surtout les hommes homosexuels de la région, des alentours de Montélimar, connaissent très bien
Pour la plupart, le lieu de cruising qui est entre Montélimar et le Thaï. Il y a également un lieu un petit peu plus, on va dire, ouvert à tous, mais qui est également un lieu de rencontre et souvent de rendez-vous galants, de rendez-vous amoureux, où on sait qu'il y a également eu des petits problèmes d'agression. Qu'est-ce qui s'y passe exactement ? Lors de guet-apens, comment ça fonctionne ?
Alors, tout simplement, on nous a expliqué que c'était des personnes qui arrivaient souvent en groupe. C'est arrivé en journée, mais en général, ça se passe plutôt en soirée, voire tard, le soir. On s'est rendu compte que dans la plupart des témoignages, il y avait quand même cette façon de procéder qui revenait, à savoir une voiture, souvent avec deux, trois personnes à l'intérieur, qui arrivent d'un côté,
souvent par des chemins un petit peu plus cachés, dissimulés, donc des chemins connus aussi uniquement que des personnes vraiment de la région. Des chemins forestiers, c'est dans une… C'est ça en plus, on est vraiment dans une zone juste entre deux petites villes qui sont Montélimar et Leteil, et c'est vraiment une zone de campagne où c'est surtout des petits chemins de balade, des petits chemins de nature, des petits cyclables, mais…
Quelque chose d'assez isolé, où il n'y a pas l'éclairage, par exemple, de la ville, où il n'y a pas vraiment de route officielle. Et oui, c'est facile de pouvoir se cacher aussi, de passer par des petits chemins de traverse pour rapidement venir coincer les gens. Donc les témoignages parlent d'insultes et de coups.
Parle, oui, d'insultes, d'humiliation et surtout de violences physiques systématiques, à chaque fois souvent très très violentes avec des personnes qui sont allées jusqu'à devoir aller à l'hôpital, être en ITT pendant des temps prolongés, donc des violences souvent assez graves.
Là, tu disais que vous avez reçu six témoignages d'un coup, c'est parce que vous avez ouvert votre compte Grindr ? Oui, tout à fait. Ce n'est pas six témoignages qui ont eu lieu ces derniers jours. D'accord. Ça a été six témoignages supplémentaires qu'il se passait des choses depuis 2020, avec du coup une récurrence quand même…
Tous les mois au moins de ce qu'on sait minimum au moins une fois par mois il y a une petite descente de personnes qui viennent pour casser du pédé justement et ça continue encore jusqu'à ces derniers jours puisque le dernier témoignage qu'on a eu remontait il y a seulement quelques jours.
J'hallucine que ce soit depuis aussi longtemps. Oui, nous aussi, on s'est fait la même réflexion. C'est impressionnant que ça ne se fasse surface que maintenant. Et tu sais pourquoi ? Notamment, tu me disais que les personnes ne portent pas plainte. Et oui, c'est ça le gros problème. C'est que d'un côté, les personnes ne portent pas de plainte parce qu'on comprend les personnes qui vont fréquenter ces lieux.
En plein milieu de la nuit, c'est souvent pour des raisons d'anonymat, pour des raisons de discrétion. C'est aussi, et c'est paradoxal à dire, mais très souvent pour des raisons de sécurité. C'est à la base pour se cacher et pour être plus en sécurité que ces gens vont s'isoler dans ces endroits beaucoup plus anonymes, dans des endroits cachés. Et au final, c'est là qu'elles finissent par se faire agresser.
Porter plainte, c'est forcément dévoiler à la police locale et peut-être que du coup, la police locale me connaît ou connaît un de mes amis. Il y a aussi tout simplement le fait de se dire que si on part dans le fait de faire des démarches et de porter plainte,
on va jamais pouvoir cacher ça à notre famille, à nos proches et vient la question de justifier pourquoi on porte plainte ou même pourquoi est-ce qu'on s'est fait agresser et c'est souvent des personnes qui sont pas out officiellement ou en tout cas pas auprès de certaines personnes de leur entourage des personnes qui sont entre grosses guillemets hétéros, discrets dans la vie de tous les jours et qui n'ont pas l'entourage nécessaire et compréhensif pour vivre pleinement leur homosexualité
et qui du coup souvent se retrouvent à devoir en plus cacher une partie de la vérité auprès de la police quand ils essaient de se plaindre, puisqu'ils sont obligés d'eux-mêmes de mettre des propres détails concernant leur agression, mais aussi ils sont obligés de mentir à leur entourage sur les réelles raisons qui ont fait qu'ils ont été agressés et qu'ils doivent porter plainte.
Et c'est là où vous, vous lancez un appel à témoignage parce que c'est difficile de témoigner justement pour des personnes qui ne sont pas out, mais ne pas témoigner permet aussi aux agresseurs de continuer. Tu dis ça fait cinq ans, tu me dis qu'il y a notamment un témoin qui parle, il a été agressé deux fois par la même personne ?
Oui, tout à fait. On a reçu un témoignage d'une personne qui affirme qu'à deux ans d'intervalle, donc deux agressions différentes sur les mêmes lieux, il s'agissait bien des mêmes personnes, du même véhicule qu'il a pu reconnaître. Ce qui montre qu'en plus, des personnes, ou en tout cas les mêmes personnes, ont pu revenir plusieurs fois pour recommencer les agressions qu'ils avaient faites.
et peut-être qu'on se dit qu'il y a une impunité en tout cas les agresseurs se disent je peux continuer oui totalement il y a même une des personnes qui a témoigné qui nous a dit cette phrase il nous a écrit je cite ils savent très bien à qui ils s'en prennent
En parlant du fait que, bah oui, ils s'en prennent à des personnes qui ont envie de rester anonymes, n'ont certainement pas envie pour rien au monde que des gens de leur entourage soient au courant qu'ils sont homosexuels et qu'ils fréquentent ces lieux et que du coup, quoi qu'il arrive, ils n'iront jamais rien à personne, ils n'iront jamais porter plainte, ils n'iront jamais faire valoir leurs droits et ils se laisseront faire puisqu'ils n'ont pas le choix.
Comment un auditeur ou une auditrice peut aider ? On a dit partager cet épisode à son entourage qui habite dans le coin. Oui, c'est déjà le plus important. Témoigner si on sait quelque chose. Mais aussi, évidemment, oui. Vous essayez justement de faire la lumière…
C'est ça, ça va être une énorme part du boulot au final pour essayer d'alerter et les collectivités locales et aussi le tissu associatif local, puisque c'est quand même une question là, on touche à quelque chose qui est de l'ordre de la santé publique et du bien-être. La police aussi, non ? Et bien sûr, alerter la police, même si on sait que ça, ça va être la part la plus difficile, puisque sans personne prête vraiment à aller jusqu'au bout et à témoigner publiquement, à donner leur nom et à assumer jusqu'au bout…
et assumer encore une fois au final de s'exposer à nouveau à la violence de tout ce que ça peut impliquer et également directement aussi à la police qui n'est pas toujours très compréhensive de ce genre d'événement là et qui réagit parfois très mal ou à des paroles déplacées dans ces moments là on sait qu'on marche énormément sur des oeufs mais si on veut arriver à
Monter un dossier qui va être pris au sérieux en tant qu'association, c'est de pouvoir apporter le plus de preuves, même si elles restent anonymes, mais le plus de preuves et de témoignages de ce qui se passe pour que ça s'arrête, pour qu'on puisse faire quelque chose pour que ça s'arrête.
Lana, on est à un moment où l'intersectionnalité et les droits des personnes trans sont vachement attaqués, notamment aux États-Unis. Et donc, quand on a préparé, moi, j'étais vachement curieux de te demander, toi, en tant que femme trans…
Pourquoi ça fait du sens de te saisir de ce sujet-là, des guet-apens homophobes qui, on est d'accord, ciblent uniquement des hommes cis, cisgenres, gays ou queers ? C'est ça. Vraiment, je pense, en grande partie…
Parce que je suis trans. Je pense que c'est justement le fait, même en tant que femme à l'heure actuelle, le fait d'avoir connu ce que c'était au final la violence qu'on peut subir de la part des hommes cis, hétéros, qui se croient tout permis. C'est la même que vivent mes frères homosexuels et queers. On est clairement vus comme étant anormaux, comme étant même déviants.
Et on en subit les conséquences dans cette société, en fait. Merci. On finit sur un petit mot sur Adelf, le collectif que tu as cofondé. Tu me racontes un peu ce qui s'y passe. Imagine, j'habite dans le coin de Montélimar et je peux venir. Est-ce qu'il y a des événements festifs ? Est-ce que tu as envie de me raconter un peu les activités auxquelles je pourrais contribuer, en plus de faire un petit don ?
Oui, tout à fait. Pourquoi pas ? Bien sûr, les dons sont toujours les bienvenus, d'autant plus qu'on est une association qui est toute jeune. On a seulement deux ans, on commence à peine à entamer nos actions, à entamer nos activités. Pour l'instant, on peut nous retrouver tous les derniers lundis du mois pour une permanence où nous sommes présents sur le centre-ville de Montélimar. Toutes nos informations, bien sûr, sont sur les réseaux sociaux, Instagram et Facebook.
Je le mets dans le descriptif de l'épisode. C'est parfait alors. Et à côté de ça, on va essayer de plus en plus d'organiser des activités, notamment pendant la belle saison. Donc ça va être une petite journée par mois, une journée ou une soirée vraiment de solidarité, d'un moment familial, un moment de divertissement un peu léger.
Et sans doute également à organiser des événements et des groupes de discussion un petit peu plus ciblés sur de la sensibilisation, sur du soutien, de l'accompagnement. Donc n'hésitez pas à suivre notre programme, il y aura des choses prévues tout au long de la saison. Top !
On va dans le descriptif de l'épisode pour voir tous vos réseaux sociaux. Je vais mettre tous les liens et tout. Et pourquoi pas vous faire un coucou si on a envie. Merci beaucoup. Et bien entendu, sur les guet-apens homophobes, l'appel à témoignages.
Oui, très important. Et bien partager cette information pour que tout le monde fasse un peu plus attention à lui et son insécurité. Du coup, pour nous contacter, ça se fait soit via notre messagerie privée sur Instagram, soit à notre adresse mail, donc adelf.0726 arrobas gmail.com Super. Merci Lana. Merci à toi.