Hétéro et attiré par les mecs virils – Baptiste 1/2

Partie 1 sur 2
« Je suis très binaire, j’aime les femmes féminines, j’aime les hommes très masculins » Baptiste

Baptiste, homme trans en couple avec une femme depuis six ans, sent monter un désir pour les hommes qui menace l’identité masculine qu’il a mis des années à conquérir

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Dans cet épisode du podcast :

  • Enfant, Baptiste subit des attouchements et déteste les hommes pendant des années, ce qui retarde sa transition
  • À une soirée, il confie pour la première fois à un ami gay qu'il se pense bi
  • Il redoute que coucher avec un homme le renvoie à un ancien corps féminin qu'il rejette

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Coucou. Tu m'entends ? Et moi je t'entends. Ok. C'est une énorme victoire de canard. Je n'ai pas compris ce qui s'est passé. Moi non plus. Baptiste, est-ce que tu es ok que je te lise la petite intro et que tu y réagisses ? Oui. Alors, bienvenue Baptiste. Normalement, je dis bienvenue chez moi, mais là tu n'es pas chez moi, pas dans mon canapé, parce qu'on enregistre en visio et tu es dans le sud de la France, à Montpellier, où tu habites. Toi Baptiste, tu es en couple avec ta copine depuis 6 ans et tu l'aimes. J'ai mis petit smiley cœur. Petit à petit, ton désir pour d'autres hommes a pris de l'ampleur. Mais assumer tout ça n'est pas facile. Tu es un homme trans et tu m'as dit avoir tellement galéré à être reconnu en tant qu'homme. Une part de toi a peur qu'en accueillant ce désir homo, ça pourrait te rendre moins homme aux yeux des autres. C'est aussi pour ça que tu as du mal à l'idée d'être pénétré d'ailleurs. Et puis tu fantasmes sur les hommes dits virils, les sportifs, musclés, un cliché pas forcément évident à accepter pour toi. Au moment de notre pré-entretien, tu n'avais encore jamais eu d'intime avec un autre homme, tu te posais tout un tas de questions et tu n'avais d'ailleurs pas encore parlé de ses désirs homos à ta copine. Alors tout ça c'était vrai au moment de notre pré-entretien il y a quelques semaines et j'ai envie de commencer par te demander si des choses ont bougé. Non, non, pas pour l'instant. J'ai pas dit, l'intro est pas devenue complètement obsolète ? Non. Est-ce que, moi j'avais envie de mieux comprendre la genèse de tout ça, est-ce que tu te souviens à quel moment tu mets des mots sur ce désir homo ? Quand est-ce que ça s'invite dans ton intime ? Je pense en fait, je m'en suis toujours un peu douté, Je me suis toujours posé des questions sur la sexualité. Je pense que la sexualité, ce n'est pas quelque chose de stable, quelque chose qui évolue tout au long de la vie. Après, mettre des mots vraiment dessus, je pense que je réfléchis beaucoup dans mon coin. J'étais à une soirée avec un ami gay. On est amis. Je me suis confié à lui parce que je peux lui faire confiance, je peux lui parler. Je sais qu'il est gay, il connaît, donc... Et je lui ai dit que je pensais être bi. C'était la première fois que je le disais, en fait. Et là, je pense que dans ce podcast, c'est peut-être la deuxième fois que je le dis en vrai. Ouais, c'est un cheminement un peu compliqué, mais bon. Oui, parce que jusqu'à présent, tu te sentais homme trans, hétéro. C'est vrai que... En fait, c'est vrai que j'ai fait un parcours de transition, mais au quotidien, je ne me dis pas forcément en train, je me dis juste homme. Après, ça, ça dépend. Je crois que j'avais envie de notifier ça parce qu'il y a peut-être des auditeurs qui confondent les deux sujets et de dire qu'en fait, toi, tu te sentais hétéro. Et que du coup, il y a un mouvement vers la bisexualité. C'est ça dont tu me parles là, c'est ça ? Ouais, alors après, on va partir du principe que je suis un homme, un homme tout simple. Et donc, je suis dans une relation hétéro actuellement. Et bon, je me pose des questions et finalement, je suis bisexuel, voilà. En tout cas, c'est ça que tu te confies à ton pote. Il répond quoi ? Après, je lui ai confié tout mon cheminement parce que ça n'a pas été quelque chose de facile. Il m'a dit que c'était courageux de ma part et qu'il fallait bien se connaître pour en arriver là parce qu'en fait, l'orientation sexuelle, ça se met beaucoup aussi à mon parcours identitaire. C'est pour ça que je pense que le parcours des personnes trans, c'est un peu différent de ce que les personnes lambda peuvent connaître, expérimenter. C'est pour ça que je voulais notifier ça, mais tu m'as repris. Est-ce que tu peux m'expliquer pourquoi tu as dit une nuance que je pense que je n'ai pas bien compris ? C'était sur quoi ? C'était sur homme trans homme ? Ouais, c'est ça. Au moment où j'ai dit que t'étais un homme trans hétéro qui se sent bi ou qui est en chemin vers la bisexualité, j'ai eu l'impression que tu me reprenais. non mais après ça c'est mon ressenti après chaque personne trans peut l'exprimer différemment moi la transidentité c'est une partie de mon identité mais c'est pas toute mon identité donc c'est pour ça quand je vais me présenter à des gens je vais jamais dire que je suis un homme trans c'est une partie de ce que je suis mais c'est pas tout ce que je suis à la base je suis un homme tout simplement je trouve que faire la différence entre homme trans et homme c'est justement marquer qu'il y a une différence alors que Ma vie quotidienne, je la vis en temps. Oui, bien entendu. Après, ça, c'est mon ressenti. Non, mais bien sûr, on est là pour ça. En fait, je le soulignais parce que justement, tu m'avais dit ça. Tu m'avais dit que ce cheminement identitaire et ce cheminement sexuel étaient liés. Tu peux m'expliquer en quoi ils le sont, en quoi ils se répondent ou en quoi ils se connectent ? C'est compliqué parce que même si je vis ma vie quotidienne en tant qu'homme, c'est-à-dire qu'on me voit dans la rue avec ma copine, on nous prend vraiment pour un couple hétéro classique. La sexualité, ce n'est pas le cas. J'ai quand même des restes d'un corps dit féminin. Et ça, c'est difficile pour moi de l'accepter. Après, il y en a qui l'acceptent très bien. C'est le parcours de chacun. Moi, de mon côté, c'est difficile. Et donc, de m'imaginer dans une relation peut-être un jour avec un homme, J'aurais peur que ça me renvoie à cette ancienne partie de moi qui ne me correspond pas. Parce que dans les représentations sur internet, là je vais partir sur un côté sexuel, j'ai regardé du porno comme tout le monde. Et quand on regarde du porno avec des hommes trans, les hommes trans c'est toujours la position du passif. désolé il y a mon chat qui se mêle et donc moi c'est quelque chose qui me pose problème parce que on nous met dans une catégorie qui ne me correspond pas à moi en tout cas moi je me verrais plutôt versatile et j'ai l'impression qu'on me renvoie forcément à mon ancien sexe et c'est ça qui me met mal à l'aise et c'est ça qui me ferait un peu peur de m'engager dans une relation avec un homme gay Ouais, et ça c'est justement dans ton cheminement, ce désir pour les femmes, il a toujours été là, et si j'ai bien compris, c'est le désir pour les hommes qui est apparu un peu plus tard, c'est ça ? Oui, c'est la suite de beaucoup d'expériences personnelles. J'ai toujours eu du désir pour les femmes et je pense que mon désir pour les hommes, je l'ai toujours mis de côté parce que j'ai eu de mauvaises expériences avec des hommes au cours de ma vie. C'est aussi ça qui a retardé le fait que je m'accepte en tant qu'homme parce que j'ai une très mauvaise image des hommes en général. Avec le temps, ça va mieux, je prends du recul sur ça. Mais voilà, les expériences ont fait que j'ai toujours mis ce désir de côté. Est-ce que tu es à l'aise d'en dire un peu plus ? Oui, bien sûr. Je pense que ça va commencer au primaire. Ça remonte. Avec le recul, je me rends compte qu'il y avait un garçon que j'aimais bien, effectivement. D'abord, j'ai été un peu harcelé, on va dire. par ce groupe de personnes. Enfin, il était avec ses amis. Donc, déjà, ça a commencé à... Je me suis dit, non, finalement, ce n'est pas pour moi. Et après, quand j'étais un peu plus âgé, on va dire, j'avais une dizaine d'années à peu près, là, j'ai eu une nouvelle expérience avec... Je ne sais pas si on peut parler d'une nouvelle expérience. On va dire... Je ne sais pas comment on pourrait dire ça. J'avais une dizaine d'années. J'ai... Comment dire ? J'ai tombé sur un pédophile, voilà. Et alors, il n'y a pas eu de viol à proprement parler, il y a quand même eu quelques attouchements minimaux, on va dire, mais le traumatisme, voilà, il reste là, ça reste un traumatisme pour moi. Et ça, ça a été le plus gros événement, un des plus gros événements de ma vie en tout cas. Et pendant des années, j'ai détesté les hommes. Et ça a retardé aussi le fait que moi, je réalise que j'étais un homme et que je fasse ma transition. Pendant des années, j'ai vraiment imprimé de distance vis-à-vis des hommes. Et donc, ça a impacté, ce que je comprends, autant ton chemin identitaire que ton chemin de sexualité, c'est ça ? Rejetant à la fois l'homme que tu es et un possible désir pour un autre homme, c'est ça ? C'est ça, je pense qu'il y a beaucoup de peur vis-à-vis des hommes, finalement. Voilà, ça se traduit comme ça. Après, le fait que j'ai peur de m'engager avec un homme dans une relation, il y a de ça qui joue, je travaille dessus, ça va de mieux en mieux avec le temps. Et il y a aussi ce dont je t'ai parlé juste avant, c'est que j'ai peur qu'on me renvoie à mon ancien sexe qui ne correspond pas. Voilà, il y a ces deux aspects. Est-ce que tu te souviens d'un déclic où ce désir bisexuel, ou en tout cas ce désir homo, refait surface ? Donc tu as raconté que, là aujourd'hui c'est la deuxième fois que tu le racontes et que la première fois c'était avec un ami. Avant ça, il y a dû avoir un autre déclic où toi, avec toi-même, dans ton intime, ce désir homo est revenu et tu as arrêté de le refouler en partie. je dirais pas que c'était un déclic parce qu'un déclic ça fait vraiment du jour au lendemain il y a un basculement c'est quelque chose qui s'est fait vraiment progressivement et honnêtement peut-être sans que je m'en rende vraiment compte peut-être que dans la rue finalement je regardais à la fois les hommes et les femmes et ça s'est fait petit à petit je peux pas vraiment parler de déclic je dirais que c'est un cheminement Pas de déclic parce que... Est-ce que tu regardais tout le temps du porno avec Bi ou avec les deux ? Moi, j'entends que dans ton... Dans ton cheminement, il y a des traumas qui font que cette part de toi, tu la refoules. Et ma question, c'est est-ce que toi, dans ton intime, seul à seul, tu vivais ta part homosexuelle tout de même en te mentant ou en la refoulant ou elle a complètement disparu et elle est revenue ? Tu vois ce que je veux dire ? Honnêtement, je pense que je me mentais un peu quand même. Parce que là, tu as parlé du porno et c'est vrai que je regardais... Enfin, je regarde toujours d'ailleurs tout type de porno. Et je ne me suis jamais posé la question de pourquoi je regardais du porno gay, finalement. Bon, maintenant, je le comprends. Mais c'est vrai que c'est quelque chose qui ne m'a jamais dérangé en soi, mais peut-être parce que je ne voulais pas aussi me poser la question de pourquoi ça me plaisait, finalement. Pourquoi tu as eu envie d'en parler à ton pote gay ? Pourquoi tu as senti que c'était le moment ? d'en parler et d'avancer sur ce chemin-là ? Parce qu'une fois qu'on a réalisé notre attirance ou notre désir pour quelqu'un, même si je l'avais réalisé moi vis-à-vis de moi, en parler à quelqu'un, c'est le s'ouvrir et faire en sorte de mettre des mots sur les choses et de rendre les choses réelles. Et moi, ça m'a fait du bien aussi d'avoir l'avis de quelqu'un sur ce que je... Enfin, un avis positif, évidemment. Voilà, il m'a soutenu. Et je pense que c'est ce que j'avais besoin, c'est d'avoir du soutien, de me dire que c'est OK et que... que voilà, c'est normal et... Voilà, juste d'avoir du soutien. T'as senti que ça avait joué une différence ? Fait une différence ? Ouais. Moi, si tu me parles plus de déclic, j'ai eu plus un déclic quand je lui ai dit. Hum. que moi un déclic vis-à-vis de moi-même peut-être que ça s'apparente un petit peu à un coming out je ne sais pas mais moi je l'ai ressenti comme ça et la différence c'est que je me mens beaucoup moins sans moi-même d'en avoir parlé à quelqu'un et de me dire ok c'est bon je me mens beaucoup moins sans moi-même et j'accepte beaucoup plus facilement les choses et je pense que de le dire dans ce podcast ça va aussi m'aider à Encore mieux l'accepter. Qu'est-ce que ça a changé ? Alors pour moi, c'est complètement un coming out. C'est marrant que tu dises un petit peu un coming out. Est-ce qu'on est d'accord qu'un coming out, c'est je dis à l'autre quelque chose que je n'ai pas dit avant ? Oui, je pense que c'est ça, oui. C'est dire à quelqu'un quelque chose qu'on n'a jamais dit avant à quelqu'un d'autre, enfin à part à soi-même évidemment, c'est dire au monde un peu ce qu'on est finalement. Et il y a un sous-entendu, en tout cas, le coming out peut être utilisé dans plein de façons, j'imagine, différentes, mais c'est souvent utilisé en lien avec l'orientation sexuelle. Mais c'est marrant que tu réfutes un peu ça, parce que ça t'intimide de dire j'ai fait un coming out B ou parce que ça ne correspond pas à ce que tu ressens ? en fait j'ai fait plusieurs coming out dans ma vie je pense que j'en ai un peu à la casquette des coming out puis le problème ce qui me pose problème avec un coming out c'est que j'ai eu beaucoup d'appréhension dans ma vie à faire des coming out rien que là dans le parlement de potes c'était vraiment la goutte sur l'angoisse alors que je sais que c'est ok je suis trans la communauté LGBT je connais c'est ok et pourtant j'ai toujours cette angoisse ça c'est vis-à-vis de mes expériences je pense Et aussi, la peur du coming out, c'est qu'il y a un avant et un après, je pense. En soi, je ne change pas. Je suis toujours la même personne qu'avant. Mais c'est ce que ça sous-entend peut-être, qu'il y aurait un avant et un après, alors que pas du tout. Je comprends ce que tu veux dire. Tu protégeais quoi en gardant pour toi cette part de toi ? Je pense que, justement, comme je te l'ai dit, j'ai peur que ça me renvoie à une sorte de féminité que j'aurais refoulée. Je pense qu'il y a beaucoup d'hommes trans dans la communauté. Je pense que la majorité sont gays. Ils ne sont pas hétéros, dans une relation hétéro. Et moi, de me dire que moi aussi, peut-être que je suis gay, je ne sais pas, j'ai peur de me conformer à quelque chose. Voilà, je pense que j'ai peur de me conformer, alors que... De te diluer, quoi, de te perdre dans... De me diluer un peu. C'est difficile de faire la part des choses, parce que tout à l'heure, je te disais que justement, moi, je n'ai pas de modèle qui me correspond. Et d'un autre côté, j'ai peur de me... Conforme à la norme de la communauté trans. Donc, c'est très ambivalent. C'est humainement contradictoire. Ouais, non, mais c'est terrible. C'est bien. Enfin, c'est bien. Non, pardon, il n'y a pas de jugeant, mais... Ouais, en tout cas je m'identifie à ces contradictions que moi je retrouve à tous les endroits de mon intime, de mes désirs et tout. Toi tu parles de que ça t'inquiète de te conformer à la communauté trans et tu dis que de ton point de vue, tu me disais quand on a préparé l'entretien qu'il y a trois quarts Je crois que c'était un chiffre à la louche que tu parlais de mon expérience. La plupart ou les trois quarts des hommes trans qui t'entourent ou que tu connais sont gays ? et pas pan. Donc on est d'accord que, parce que toi tu dis je suis bi, c'est-à-dire tu as une attirance toujours dans un rapport à la binarité, à la fois pour des hommes ou des femmes, une personne pan, sexuelle, et tu m'arrêtes si je dis une énorme bêtise, mais c'est quelqu'un qui est attiré par une personne, qu'elle soit cisgenre ou transgenre, quelle que soit son identité. Toi, du coup, tu n'es pas attiré par des personnes trans. Alors, pour revenir à la définition de pan, ça dépend des gens. On n'a pas tous la même définition. Moi, la définition de pan, c'est celle que tu as donnée. Enfin, ce que je dirais de différence par rapport à bi, il y en a qui diront qu'il n'y a pas de différence avec bisexuel. Et moi, par contre, moi, c'est vrai que je suis très binaire. Je suis très binaire. C'est-à-dire que j'aime les... C'est très cliché, j'aime les femmes féminines, j'aime les hommes très masculins. Voilà, vraiment très binaire. Mais du coup, ça m'a... Ça m'a un peu posé problème, entre guillemets, parce que... beaucoup dans ma communauté sont plutôt peints ils sont très ouverts et moi pas du tout je me correspond j'ai peur que la société m'ait imposé un modèle aussi donc je me pose des questions pourquoi les hommes masculins, pourquoi les femmes féminines et souvent je me dis voilà c'est bon j'ai le truc qui me pose problème c'est qu'en fait j'ai l'impression de devoir faire un choix entre les hommes et les femmes hum C'est-à-dire que soit on est gay, soit on est hétéro. Et c'est vrai que les bi, finalement, les bi, on ne les voit pas. Parce qu'une personne bi qui est en couple comme moi avec une femme, bon, je suis hétéro dans la rue. Une personne bi qui est en couple avec un homme, elle est gay. C'est vrai qu'on ne les voit pas. Et ce qui m'a posé problème vis-à-vis de mon cheminement personnel, c'est que je me suis demandé à un moment si j'étais carrément hétéro. C'est-à-dire si je devais rester avec ma copine, voilà. Et ça a pris du temps parce que justement, j'ai compris qu'on pouvait ne pas faire de choix et aimer les deux tout simplement. Et ça, ça a été un enjeu en plus. C'est-à-dire, à quel moment donné, parce que tu l'as toujours été hétéro, moi de ce que j'ai compris, à quel moment donné tu t'es dit ça ? Tu vois ce que je veux dire ? Que je pouvais être bi ? Ouais. Parce que même si j'avais toujours de l'atturance pour ma copine, par exemple, et que je commençais peut-être à regarder des hommes dans la rue, ou typiquement, je vais à la salle de sport, alors peut-être que je commence à regarder les hommes. Alors, on se pose des questions, on se dit, tiens, merde, je trouve les hommes attirants aussi. Du coup, est-ce que ça veut dire que je suis automatiquement gay ? Ah ouais, d'accord, ok. Oui, tu ne pensais pas que la bisexualité était une option pour toi, ou une option tout court ? C'est dingue, parce qu'on sait que ça existe, mais c'est vrai que c'est quelque chose qu'on ne voit pas forcément, finalement. Ouais, bien sûr. Donc, le réaliser, me dire que vous pouvez accepter les deux et ne pas faire de choix, ça prend plus de temps. Et moi, de ce que je comprends, c'est que dans ton cheminement, tu regardes à la fois avec crainte la binarité. Alors, toi, ton fantasme et ton excitation, elle est liée à une forme de binarité, tu disais. Mais tu regardes quand même avec crainte la binarité qui efface la bisexualité et ou qui fait qu'il faut choisir. Et à la fois, tu regardes aussi avec crainte les nouveaux modèles, entre guillemets, de la communauté trans ou de certaines personnes trans qui sont plus fluides dans leur genre et qui mêlent les signifiants masculins et féminins. C'est ça que j'entends, c'est que des deux côtés, t'es pas forcément à ton aise. Ouais, c'est ça. En fait, j'arrive pas... Je t'ai dit, j'arrive pas à trouver de modèle, mais je cherche pas un modèle, en fait. Je cherche juste des gens qui... Je partage un peu la même expérience que moi. Je ne me reconnais pas dans les normes de la société, donc très binaire. Et je ne me reconnais pas non plus dans la communauté LGBT. Enfin, je n'ai aucun problème. Je suis trans, je suis bi, il n'y a aucun problème. Mais je ne me reconnais pas dans la communauté LGBT non plus. Je suis entre les deux et c'est pour ça que c'est très difficile pour moi. Oui, bien sûr. C'est marrant parce que là, tu as dit « je suis bi ». C'est la première fois que je t'entends… Genre, il n'y a plus de doute pour toi. Maintenant, c'est un mot que tu utilises et que tu partages avec ton entourage. Alors non, là, je le dis parce que ça fait deux fois que je le dis dans le podcast, mais je le dis comme si c'était normal. Là, je le dis parce qu'on en parle, c'est le thème. Voilà, c'est un fait. Voilà, je suis bi. Mais je t'avoue que quand je le dis, j'ai toujours un peu de, pas la boule au ventre, mais toujours un peu d'anxiété. Oui, bien sûr, bien sûr. En tout cas, je comprends tout à fait. Mais tu ne te poses pas de questions sur une autre identité sexuelle, sur une autre orientation sexuelle. Puisque tu as du désir pour ta copine, tu ne te considères pas gay ? Non, voilà, je me suis posé la question. Parce que je me suis dit, si ça se trouve, parce que ma copine, elle me dit, ouais, si t'es gay un jour, tu me le dis, voilà, il n'y a pas de... Je lui ai dit, ok, pas de problème. Et du coup, moi, je me suis posé la question. Mais du fait que j'ai encore du désir pour les femmes en général, bon, ben voilà, je ne suis pas gay, mais donc je suis gay. Mais ça a pris un peu de temps. Je croyais que tu n'en avais jamais parlé à ta copine. Alors moi, je n'ose pas lui en parler. C'est elle, parfois, qui fait certaines allusions parce que... Justement, moi, je vais poser la question à elle. Elle me dit qu'elle aussi, elle pense être bi. En vrai, je pense qu'elle réfléchit moins à ça. Elle se pose moins des étiquettes, peut-être, aussi. Et... Moi, j'aurais peur de lui en parler parce que j'aurais peur qu'elle pense qu'il y ait, justement, un avant-après par rapport à un coming-out. Alors qu'en vrai, non, il n'y a pas d'avant-après. Et j'aurais peur aussi qu'elle ait peur, ça fait beaucoup de peur, que... Que j'ai un nouveau désir, que j'aille voir plus les hommes finalement. Je pense que oui. Mais c'est marrant parce que j'entends presque comme si elle, elle avait compris quelque chose, qu'elle le sait, qu'elle est un peu genre bon, quand tu veux, quand tu es prêt, on peut en parler. Non, je ne sais pas. En vrai, il y a grave moyen. Je ne l'ai jamais vu comme ça, mais c'est fort possible. Je ne sais pas, elle a mis les pieds dans le plat. En tout cas, elle a dit « si tu te sens gay, tu m'en parles ». Elle le disait avec une forme d'agressivité ou de détresse ou c'était assez accueillant ? Alors, des fois, elle blaguait sur ça en ayant un petit peu peur que je parte pour un homme. Voilà. Ok. Et des fois, elle me disait « ouais, mais si t'es bi ou quoi, tu peux me le dire ». J'ai eu les deux. J'ai eu le petit côté un petit peu crainte que j'aille la quitter pour quelqu'un d'autre. Baptiste, elle sait déjà. J'ai décidé. J'utilise mon micro à cet effet. Je décide. Non, non, j'en ai bien sûr aucune idée. Mais elle a l'air d'avoir plusieurs fois toqué à la porte. Je pense qu'elle, parce que je comprends qu'elle puisse s'inquiéter de te perdre. Quand tu seras prête, tu auras envie de lui en parler ? Oui. En vrai, je pourrais. Mais comme je t'ai dit, j'ai un peu cette crainte qu'elle ait peur que j'aille voir ailleurs. Elle l'a déjà ? Elle te l'a déjà dit ? Ouais, c'est vrai. Franchement, si mon copain me dit « Ah, au fait, Guillaume, si tu te sens finalement hétéro, dis-le-moi », c'est qu'il a déjà la crainte. Ok. Non, il ne m'en parle pas. Mon copain ne m'a jamais dit. Si tu penses que t'es hétéro, tu me le dis. Toi, tu penses qu'elle a saisi quoi et comment ? Puisque tu ne l'as dit à personne et que tu le refoulais. Comment elle a pu... Elle est tombée sur ton historique de navigation ? Non, je suis toujours en privé. C'est de porno. Ok, malin. Futé. Bon, après, on est en 2024, quoi. Après, parce que... Je lui dis, quand je trouve des garçons beaux, ça peut arriver. Parfois, je lui dis... Après, ça ne veut rien dire. On peut être hétéro, trouver un garçon beau et être gay, trouver une femme belle. Ça n'engage à rien, effectivement. Puis aussi parce que je pense qu'honnêtement, je suis trans et que c'est vrai que la majorité des trans sont gays. Je pense qu'elle a eu un peu cette carrière-là. Il vient d'où ? Moi, je débarque. Franchement, je ne savais pas. D'ailleurs, ce qui dit beaucoup peut-être de mon incompétence et de ma méconnaissance, mais moi, je n'aurais pas du tout dit que la majorité des hommes trans sont gays. On s'en fout de ce que j'ai à dire, mais tu vois ce que je veux dire ? Comment tu fondes ça ? C'est que dans les hommes trans qui sont représentés, c'est-à-dire qui sortent dans les associations, dans les groupes, dans les bars, ils embrassent d'autres hommes. Et donc on dit, il y a plein d'hommes trans gays. Je pense, non, c'est pas juste ça. Alors oui, c'est vrai, effectivement, la majorité des hommes trans qu'on voit sont gays ou pansexuels. Oui, beaucoup de pansexuels aussi. Disons que si je dis ça, c'est parce que j'étais sur un forum trans il y a quelques années et il y avait eu un sondage. Donc, c'était un sondage où seuls les hommes trans ont répondu. Et c'était sur l'orientation sexuelle. Et ce qui était ressorti, c'est qu'effectivement, la majorité était homosexuelle. Ok. Était-il représentatif ? Parce que moi aussi, j'ai un groupe Facebook des auditeurs où je fais souvent des sondages. Y réponds-tu parfois, Baptiste ? Non. Tu n'es absolument pas dessus. Un groupe Facebook, non, sur Instagram ? Non, WhatsApp, WhatsApp, excuse-moi. Ah, WhatsApp ? Ouais. Non. On s'en fout. Mais là, par exemple, le sondage de ce matin, c'était « Pourrais-tu te voir en couple ouvert ? » Oui, non, ou je me questionne. J'ai déjà 200 réponses. Après, de là à généraliser, je ne suis pas sûr que ce soit représentatif. Mais toi, c'était une asso qui avait conduit à un vrai sondage validé par IFOP ou IPSO, ce que sais-je ? Pas du tout. C'était un forum. Et c'est vrai que finalement, maintenant que tu en parles, c'est peut-être disé parce que les gens qui s'inscrivent sur des forums, c'est des gens qui sont activement impliqués dans la communauté LGBT. Donc, ce n'est peut-être pas représentatif. Bon, je ne sais pas. Je ne remets pas en question ton expérience et tes intuitions, mais comme toi-même, tu vois que la bisexualité est invisibilisée, simplement parce que voilà, quelqu'un qui embrasse quelqu'un d'autre, on se dit qu'il est ille ou elle, tu vois ? Et il est en train de performer un acte gay ou hétéro, et on ne se dit pas « Attends, cette personne peut être bien plus ». Mais ok ! C'est intéressant parce que si j'ai bien entendu, je me reconnais vachement dans ce que je pense avoir entendu de toi. C'est très compliqué. J'ai du désir très binaire, moi. Tu vois, homme très viril versus homme très efféminé. En tout cas, je sens qu'il y a une structure du fantasme qui me dépasse et qui est celle-ci, tu vois. Et ça me saoule. Genre, je suis là, Manon, petit fantasme, petit Guillaume sexuel, genre, vas-y, genre... En fait, je vois tellement que mon intime sexuel, ma rencontre avec l'autre n'est absolument pas dépendant de ce genre de délire. Tu vois ce que je veux dire ? En fait, moi, c'est beaucoup des regards, c'est beaucoup une attitude, c'est beaucoup plein de trucs. Même dans un plan cul où, en fait, on ne va pas devenir meilleur pote et tout, il y a quand même un truc puissant qui transcende toutes ces petites cases sur lesquelles mon cerveau se branle, se touche, s'excite. Et pourtant, je n'arrive pas à dépasser ça. C'est-à-dire, je n'arrive pas à dépasser ces cases. Toi, tu disais, je suis attiré par les hommes musclés, très masculins, c'est ça ? Et ça te saoule aussi ? Est-ce que tu te reconnais dans mon témoignage ? Est-ce que c'est pareil pour toi ou différent ? Ça ne me saoule pas, mais ça m'interroge. Et je pense que c'est là qu'il faut faire la différence entre l'attirance purement physique, qui peut être biaisée justement parce que finalement, les modèles de beauté qu'on nous impose, pour les hommes en tout cas, c'est les hommes musclés. Et donc ça, ça peut être la société qui nous biaise un peu dans ce qu'on identifie comme beau. Et après, c'est quelque chose qu'on peut dépasser quand on fait des rencontres réelles. Avant, tu parlais du regard, tu parlais de... Quand tu as une conversation, je ne sais pas, à 2h du matin avec quelqu'un hyper intense, tu vois, ce n'est pas quelque chose qu'on peut retrouver juste avec du physique. Non, mais moi, Baptiste, à 2h du matin, je dors. Qu'est-ce que tu fais à 2h du matin, toi ? Ça dépend. Je joue aux jeux vidéo. Je fais une assemblée de travail, je ne sais pas. Je prends le café. Et tu as des discussions intenses avec des hommes, parfois ? Laisse-moi réfléchir. J'ai eu justement une super discussion avec mon pote. Et c'est mon pote, tu vois, donc c'était une discussion amicale. Après, une discussion où vraiment t'as envie de découvrir la personne, t'as envie de plus, non. J'avoue que ça m'est jamais arrivé avec un homme pour l'instant. Ok. Ce pote, Guy revient souvent. Est-ce qu'on n'a pas un petit crush ? Non, c'est vraiment mon meilleur pote, je l'adore, mais c'est vraiment juste mon meilleur pote. Ok. Ok. J'ai envie qu'on continue cet échange dans une deuxième partie pour plusieurs raisons. La première, c'est que je crois que c'est la première fois que je fais un enregistrement en visio avec cette plateforme-là. Et en vrai, je ne sais pas du tout si j'ai fait bien le setup. Je ne sais pas du tout quel son on va avoir, Baptiste. Mieux vaut que je m'en rende compte plus rapidement que trop tard. On va mettre fin à cette première partie, un, pour que je vérifie la qualité du son, et deux, pour te donner rendez-vous au prochain épisode et faire peut-être une petite pause pipi. Ok, pas de problème.

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