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Ok, es-tu prêt ? Oui. Est-ce que t'es confortable ? Oui, je suis confortable et j'oublie le micro. T'as vu, hein ? Oui, après deux minutes. T'as vu, il est très imposant au début. Au début, très proche, imposant, mais au final, j'oublie. Très bien.
Ali, partie 2 de ton témoignage. Dans la partie 1, on a raconté, je pense, les infos clés qu'il faut savoir pour les gens qui n'ont pas écouté, c'est que tu es iranien. En tout cas, tu as grandi en Iran. Tu n'es pas français maintenant ? Je suis français aussi. Ah !
Donc tu es franco-iranien, en tout cas tu as été naturalisé, c'est ça que je comprends. Et tu es né, tu as grandi en Iran, à Téhéran pendant 27 ans. Et donc tu es en train de raconter ce chemin de se découvrir gay, de se vivre gay dans un des pays les plus homophobes au monde avec exécution, répression et mise en prison des personnes LGBT+.
Et on avait terminé l'épisode précédent autour de ta première fois, donc ça faisait un an. Tu échanges pendant un an en ligne avec un homme un peu plus âgé que toi, qui a du poil au torse, avec qui tu as fait plusieurs fois du sexe par webcam.
Avec la peur au ventre de te faire gauler par ta famille, mais aussi toujours un peu en te demandant est-ce que c'est pas un policier, est-ce que je peux pas être observé, etc. Et un jour vous décidez de vous rencontrer. Quel a été le déclic, tu te souviens, qui a proposé ?
Je pense que c'était lui qui a proposé de se voir. Il a dit « tu viens ou pas ? » Après un an ? Après un an. Toi, tout de suite, t'as pensé quoi ? J'ai dit « ouais, je veux le voir parce que j'ai envie de commencer l'expérience, d'avoir le rapport sexuel ».
Il y a un moment donné, tu as envie d'y aller. Tu te sentais en sécurité avec lui ? Oui, je me sentais en sécurité. Attiré ?
Attiré ? Non, pas forcément. Non, il était un mec très gentil, très sympa. Mais physiquement, non, je ne suis pas super attiré par lui. Mais c'était un seul choix, une seule option pour moi à cette époque-là.
il n'y avait pas d'autres personnes avec qui tu as pu échanger ouais mais en fait il y avait des gens que j'ai échangé mais j'avais jamais ce sentiment de Covid c'est safe maintenant je peux aller bien sûr j'avais besoin de ce feeling de safety maintenant je suis safe je peux y aller et ça prend du temps pour moi ça prend du temps
De se sentir safe. De se sentir safe, oui. Et même, je me souviens, son bureau, c'était au cinquième étage ou au cinquatrième étage d'un immeuble. Et je n'ai pas pris l'ascenseur pour y aller. J'ai pris l'escalier. Pourquoi ? Pour m'assurer qu'en fait, c'est safe. Il n'y a pas de...
Qu'est-ce qui pouvait se passer dans l'ascenseur ? Pas ascenseur, c'est qu'en fait, découvrir le bâtiment, découvrir s'il y a des choses un peu bizarres dans le bâtiment. Est-ce qu'il y a un guet-apens dans le bâtiment ou pas ? Par exemple, est-ce qu'il y a quelqu'un qui s'est caché derrière le mur ?
Après, il a ouvert la porte et il m'a dit « tu es venu en escalier ? » J'ai dit « ouais ». Et il a dit « maintenant tu es assuré qu'il n'y a personne, il n'y a rien de particulier ». Et lui aussi, il était très très stressé. C'était sa première fois lui aussi ?
Non, je ne pense pas, parce qu'il était âgé, mais en fait, comme il était marié, il ne voulait pas prendre de risques. Tu as quel âge, toi, à ce moment-là ? 19 ans, je pense. Quand tu le vois, tu te dis quoi ?
Quand je suis stressé, je n'arrive pas à trop parler. Je ne sais pas ce que j'ai dit, mais en fait, on a pris le temps pour un peu parler aussi dans son bureau. Mais dans le bureau, il y a des gens. Dans l'immeuble entier, c'est vide.
Non, ce n'était pas vide, mais en fait, je n'ai croisé personne. Mais dans son bureau, parce qu'il avait deux ou trois collaborateurs, ils n'étaient pas là. Mais ils peuvent revenir à tout moment ? Non, il était 100% sûr qu'en fait, il n'y a personne. Et c'était donc un bureau où on ne pouvait pas taper à la porte ?
par un autre collègue une collègue ça me stresse là oui c'était stressant pour lui, pour moi pour plein de raisons c'était stressant et
Après, on a décidé d'aller plus loin. Donc, il t'offre un verre ? Ah oui, il a dit, t'as envie d'un verre d'eau ? J'ai dit, ouais, pourquoi pas. L'alcool est illégal ? L'alcool, c'est illégal en Iran. Donc, il t'offre un verre d'eau ? Oui, un verre d'eau. Ça existe, l'alcool, bien sûr, encore caché. Parce qu'en Iran, on a deux vies. Les gens, ils ont deux vies.
Une vie en pôle légal que le gouvernement accepte et une vie cachée que le gouvernement n'accepte pas. Tu peux boire de l'alcool, mais en fait dans ta vie cachée.
Compris, ouais. Est-ce que toi, tu te souviens d'avoir envie justement d'utiliser un peu une substance pour te détendre, des cachets ? Non, j'ai jamais pris des choses, des cachets. Des relaxants, je sais pas quoi. Non, j'ai jamais pris des choses comme ça, non. Bon, tu bois ton verre d'eau et il s'approche de toi ?
Oui. Non, il a proposé d'aller dans d'autres salles. Il n'y avait pas de lit, bien sûr. Il y avait une table, une grande table. Il m'a proposé d'aller sur la table. On a fait le sexe sur la table. Donc, vous allez dans cette autre pièce et on ne s'embrasse pas ?
Si, si, on a commencé de s'embrasser. Et tu t'es allongé sur la grande table ? Oui, on s'est allongé sur la grande table. Tous les deux, vous vous êtes allongé sur la grande table ? Oui. Parce qu'il n'y avait pas de lit. Mais je ne sais pas, j'imagine que c'est inconfortable d'être allongé. Non, ce n'était pas confortable. Bien sûr, ce n'était pas confortable. Mais c'était pour faire un corps à corps ? Oui.
D'accord, ok, oui. Parce que sinon, pour la sodomie, on n'a pas besoin d'être allongé l'un sur l'autre. Non, non, mais en fait, pour être un peu à l'aise, quoi. Ouais, un corps à corps. Donc c'est assez sentimental, assez charnel. Asensuel, pardon.
non tes yeux me disent non ou tes yeux me disent j'ai pas compris non j'ai pas compris ta question ok pas de soucis là je parle d'un corps à corps tu l'as trouvé doux tu l'as trouvé doux gentil précautionneux prévenant il te faisait des caresses il prenait soin de toi au contraire donc ça c'est le côté plus sensuel tu connais le mot sensuel
Oui, il m'a appris. Oui, il était très doux. Il était gentil. Et moche. Non, pas moche, mais juste, il n'était pas... Pas de ton goût. J'ai essayé de faire une petite blague, je ne sais pas. Mais peut-être que je ne devrais pas faire de petites blagues. OK. Et vous aviez un peu parlé de ce que vous étiez OK de faire ?
Vous avez pendant un an beaucoup parlé de ce sexe possible entre vous. Oui, on avait déjà parlé. Mais pendant le moment qu'on a rencontré, on n'a presque pas parlé. Parce qu'il était stressé, il ne voulait pas parler. Moi, j'étais stressé, je ne voulais pas parler. Et on a terminé et on a dit au revoir.
Terminé, ça veut dire éjaculé ? Éjaculé. Et deux personnes ont éjaculé ? Deux personnes, oui. Et qui a pénétré qui ? Moi a pénétré lui. Tu l'as pénétré ? Oui. Et toi, à ce moment-là, c'est quelque chose qui t'excite ? Tu te sens autant pénétré que pénétrant ?
j'étais jamais passif avant avant de ça parce que encore c'était ma première fois et il voulait être passif et tu te souviens avoir éprouvé du plaisir ? oui
Je ne me souviens pas du plaisir. Je me souviens du stress. Tu m'étonnes. Tu es arrivé à bander ? Moi, je pense que j'arrive à bander et tout. Je regarde la porte sans cesse. Elle a fermé à clé ou pas ? Oui. Ah, ok. Et il y avait des rideaux et tout. Oui. Ok. Mais quand même, la situation est très stressante. Non, mais bien entendu. C'est ultra stressant. Est-ce que vous étiez organisé une histoire ? Imagine, ça tape à la porte.
Vous avez fermé à clé tous les rideaux, des fenêtres. Vous aviez une petite histoire en tête à raconter pour expliquer pourquoi vous étiez dans un bureau enfermé à deux ? Non. Oh là là. Non, non, rien. Donc toi, tu te souviens d'un moment assez tendre, mais pas de mots et on part. Et toi, tu as eu quand même un peu de plaisir, c'est ça que tu dis ? Oui, un peu de plaisir, mais c'est le stress qui a marqué dans ma tête. Oui, pardon, c'est ce que tu disais. Vous vous êtes revus ?
Oui, une ou deux fois après, mais après avec un an de décalage chaque fois. Mais en fait, c'était intéressant parce que quand je suis sorti de ce bâtiment, j'étais un peu soulagé.
Parce que je savais que c'était fini ce stress. Après l'examen, après quelque chose de stressant, j'étais très soulagé. On va parler après du Ali, de toi et des dix ans en France et après de tout ce que tu as fait pour reconquérir et...
Mais moi, j'ai l'intuition et je crois que j'ai envie d'en parler deux secondes un peu là. Tu vois, tout notre vocabulaire, toi et moi, autour du sexe, de l'intime, c'est la peur, c'est le stress, c'est l'anxiété, c'est le risque. C'est ça que tu as dû et que tu es en train de dénouer aujourd'hui ? Tu as l'impression que, tu vois, cette première fois, peur d'être surpris, la peur, le stress, l'inconfort, est-ce que tu le charries encore ? Est-ce que tu l'as encore ?
Moins en moins, oui, moins en moins, mais encore, ça existe dans moi. Parce qu'en fait, même sur les applications, j'ai envie de... Pour moi, c'était jamais un plan direct, now, entre guillemets. Là, tu parles en France. Oui, je parle en France. Je fais rarement les plans comme ça. Je...
Je veux d'abord découvrir la personne d'autre côté. Pas forcément de parler un an, c'est juste parler un peu, deux, trois messages et après... Et ça, tu le comprends comme une réponse à ce trauma ou simplement ta personnalité ? En gros, tu es en train d'écrire ce que moi aussi je fais ?
Alors que je n'ai pas grandi en Iran. J'ai appris de me protéger comme ça. Et tu sens que ta nature profonde, si tu pouvais vraiment suivre tes désirs et t'autoriser, parfois tu ferais du plan cul direct. Mais tu te l'interdis. Pas interdit, mais...
Mais je le fais vraiment rarement. Et chaque fois que je le fais, je suis un peu stressé. Tu revis ce stress que tu avais avant ? Oui, je revis ce stress. Tu me disais que dans toute ta sexualité que tu as eue jusqu'à 27 ans en Iran, on ne s'embrasse pas. Je me souviens que d'avoir noté ça, tu peux m'en dire un peu plus ?
Les hommes, toi, tu as envie d'embrasser les hommes que tu rencontres et eux te disent non ? Il y avait des cas, en fait, il y avait des rencontres, oui, on s'est embrassés.
Pour commencer, mais je me souviens aussi, il y avait des rencontres où on ne s'est pas embrassé. En France, pareil. Ça, pour le coup, ce n'est pas une spécificité. En France, pareil. Parce qu'en fait, en France, pareil. Sauf qu'en fait, en Iran, j'ai l'impression...
qu'en fait, ils ne voulaient pas forcément s'embrasser. Ils voulaient juste baiser et éjaculer, tu vois ? Pas de sensualité. Pas de sensualité. Pas de possibilité amoureuse. Oui, exactement. Je ne sais pas si c'était... Ils ont fait exprès ou pas exprès, ça je ne sais pas, mais...
Pour éviter toutes les complexités après, et juste on s'obèse et après on éjacoule et après c'est fini. Je vais te demander de te mettre bien en face de ton micro. Non, ne t'excuse pas, il n'y a aucun souci. C'est intéressant parce que tu me disais qu'il y a une focale anale. Oui.
Il y a une focalisation. Moi, mes préjugés, c'est je suis discret, j'ai peur, tu me suces, j'éjacule et je me barre. Je trouve que de te baiser ou de me faire baiser, c'est un peu plus... Dans mes préjugés, j'aurais imaginé pas du tout de pénétration anale. Or, tu me dis exactement le contraire. Tu me dis qu'on te l'a demandé souvent, voire c'était automatique. C'est ça ?
Ouais, c'était automatique. Au moins, sexe, c'était copénétration. On se caresse pas. Ouais, on se caresse pas. Il y a un peu une préparation anale pour t'ouvrir. Non, non, je pense pas. C'était juste direct, direct. Direct et ça rentre. Ouais. Ouais.
Ok. Toi, tu étais pénétré, pénétrant, un peu des deux ? Dans la majorité des cas, c'était pénétrant. Et c'est pourquoi ?
Non, parce qu'en fait, le mec en face de moi a demandé d'être passif. Et toi, t'as accepté ? Oui, j'ai accepté, c'est fini. Il n'y a pas de discussion. On voulait être...
très rapide et très sans prendre la tête sans discussion oui je propose ça je dis ouais ok c'est fini ok et donc j'ai une est-ce que t'as l'impression enfin je viens avec un préjugé j'ai aucune idée mais j'ai pensé cette nuit que est-ce qu'il y a une culture du hamam
en Iran ? Ou de la nudité socialement acceptée à un autre endroit qu'à un hamam ? Et est-ce que c'est un endroit d'homo-érotisme ou de rencontre entre hommes ? Donc, dans mes préjugés, on pourrait se dire voilà, il y a une culture du hamam, c'est-à-dire n'importe quel homme peut dire je vais au hamam sans qu'il n'y ait aucun sous-entendu et que ça soit culturellement accepté et qu'à cet endroit uniquement entre hommes, il se passe des choses. Est-ce le cas ou pas ?
Hamam, ça existe en Iran. Je n'ai jamais fait. Parce que le concept de Hamam, ce n'est pas un concept en Iran, au moins, ce n'est pas un concept luxe. Ça veut dire que les gens très pauvres, ils vont à Hamam. C'est des bains publics. Oui, c'est des bains publics, oui.
Et donc pas du tout un lieu érotisé où tu pourrais... Non, non, non. Ce qu'on voit dans les guides touristiques, par exemple, tu vas à Istanbul, il y a Hammam, le Grand Hammam, tout ça. Non, c'est pas... En Iran, Hammam, c'est pas comme ça. Et en plus, en Iran, tout est séparé. Ça veut dire qu'en fait, l'école est séparée entre homme et femme. Les salles de sport sont séparées.
Et les piscines aussi sont séparées. Mais c'est parfait pour nous. Pour les plages aussi. Oui, ça veut dire qu'en fait, tu peux aller à la piscine et il y a 100% des hommes. C'est ça. Et est-ce que dans un de ces endroits, la réponse est non. Dans un de ces endroits où tu as le droit d'être entre hommes, il y a de l'homoérotisme que tu pouvais aller chercher. La réponse est non.
Au moins pour moi, c'était non parce que j'étais un peu timide aussi. Je ne voulais pas en fait, pour moi. En plus, je ne voulais pas faire d'autres choses que les autres. Peut-être...
Il y avait cet érotisme. Oui, tu vois encore un homme tout à poil, pas 100%, mais à poil. Devant toi, c'est très sexy, mais juste très sexy, quoi. Pas plus. Oui, c'est ça. Il n'y a pas de... Est-ce qu'il y a quelque chose d'important sur ce chemin de sexualité en Iran que tu as envie de dire ou est-ce qu'on passe...
Quelque chose d'important ?
On passerait à la suite de ton arrêt. C'est juste ce que je retiens de cette expérience de vivre en Iran. C'est qu'en fait, j'ai essayé toujours de me cacher, de cacher quelque chose de moi. Et pour vivre, pour survivre, en fait. Hum.
Et pour me cacher, comme je dis, j'ai essayé de trouver une partie de moi aussi pour devenir un Ali qui est acceptable et un Ali qui est différent aussi.
Tu saurais me raconter un peu cette part de toi que tu as dû enfouir ? Parce que moi, j'ai l'intuition qu'elle n'est pas tuée. Je pense qu'elle est peut-être encore là. Tu peux la réanimer. C'est qui ce Ali que tu as dû faire taire ?
Un Ali qui est moins viril dans ses gestes, dans ses paroles. Juste une dose de virilité. Donc c'est comment ton corps se comporte ? Comment ta voix se pose ? Est-ce qu'il y a aussi une façon que tu aimerais de danser ? Est-ce qu'il y a un...
Ouais, peut-être parce que danser en Iran, c'est un acte très féminin. Les femmes, elles dansent, mais les hommes, ils dansent aussi, mais de manière très...
Je ne sais pas comment t'écrire. Virile. Virile, ouais. Tu danses virile. Et ouais, j'avais toujours envie de danser. Mais en fait, si tu danses en Iran, ils te disent « Ah oui, tu es très féminine. »
Toujours ce danger. Et vraiment ce lien profond qui, pour le moment, existe dans toutes les cultures, toutes les religions et tous les témoignages que je collecte depuis trois ans. Je ne dis pas que je suis allé partout, je ne dis pas que j'ai eu toutes les voix, mais ce lien profond entre misogynie et homophobie est allé partout. C'est vraiment cette détestation de la femme, de ce qui fait femme, de ce qui fait efféminé.
Elle est universelle. Et c'est vraiment cet enjeu de l'orientation sexuelle. Tu peux être gay, bi ou queer et avoir une corporalité très masculine, dite masculine. Je ne suis pas en train de dire gay est égal et féminé. Mais ceux d'entre nous qui peuvent avoir un corps qui fait bien ce qu'il veut, une façon, une envie de danser, une joie...
Eh bien, on est harcelé, on est réduit, on est humilié. Et au final, c'est, on ramène à la détestation de la femme ou quoi ? Ça me frappe. Mais ça, je te propose qu'on en parle juste après, là, là maintenant, de justement, qu'est-ce que tu dois reconquérir aujourd'hui ? Qu'est-ce que tu es en train de faire revivre, réparer ?
avant qu'on passe du coup à toi en France je voulais terminer l'Iran avec ton frère parce que c'est intéressant ton frère aujourd'hui il t'a dit qu'il était hétéro en tout cas ce que tu sais et est-ce que tu peux raconter comment il a compris que t'étais gay qu'est-ce qu'il s'est passé et toi tu m'as dit qu'il a dit c'est ok ce qui est très étonnant pour un homme qui grandit dans le même pays que toi et qui est abreuvé des mêmes conneries
Oui. Comment il a su ? Tu lui as dit ? En fait, on avait un seul ordinateur à la maison. On partageait l'ordinateur. Ah non. Et moi, j'ai utilisé l'ordinateur pour chatter avec les autres. Ah non, toi aussi, l'historique. L'historique ? Oui, l'historique.
Ah là là, tu sais, c'est l'endroit où tu montres les pages que tu as visitées précédemment. Oui, visitées précédemment. Il a voulu ça, il a dû acheter, tout visite, ce type de site-là. C'est un site dont le nom est compréhensible par un hétéro que c'est gay ? Ou il a cliqué dessus ?
Je ne sais pas exactement ce qu'il a fait, mais il a trouvé qu'en fait, j'ai déjà visité ce type de site web. Il a dit « Vache, t'as visité ça ? » Mais là, t'as dû faire un arrêt. Oui, c'était stressant !
Ouais, mais il a dit ok, c'est ok. Il n'a pas réagi autrement, il a dit ok. Après, ouais, ça s'est bien passé, tu vois, c'était très cool. C'était quoi ? Il a dit c'est ok et vous n'en avez plus jamais reparlé ? Ouais, on n'a pas reparlé, c'est vrai. Ok, ouais. Oui, donc je me suis un peu emballé dans mon intro quand je dis que c'est un allié.
Allié, non pas allié dans ce sens, mais dans le sens qu'il était la première personne dans ma vie qui l'a trouvé ça, sauf les rencontres que j'ai faites. Et en tout cas, ça s'est pas mal passé. Ça s'est pas mal passé, il est...
Maintenant, je pense qu'il n'est pas opposé. Il me soutient, sauf qu'il ne me soutient pas dans mon parcours sexuel, mais juste dans ma vie en général. Aujourd'hui ? Oui. Qu'est-ce qu'il fait selon toi ?
Il est abreuvé par les mêmes conneries. Il n'y a pas d'histoire, de récit gay positif. Donc, il est abreuvé par l'idée que tu es un malade, que tu dois être... Non, il n'a pas cette vision d'être malade. Comment il a fait pour passer entre les mailles du filet ?
ça je sais pas j'ai jamais parlé avec lui de ça mais de toute façon en fait moi j'ai des parents qui sont pratiquants mais quelle religion ? islam ils sont musulmans mais en fait ils sont pratiquants mais
Pas autant. Ils n'ont jamais imposé la religion sur moi ou sur mon frère. Même mon frère, il n'est pas...
Il est athée, tu vois. Et toi, ce que tu sous-entends, c'est que le véhicule de l'homophobie, pour toi, c'est vraiment l'application de l'islam et de la religion, c'est ça ? Et que du coup, toi, tes parents sont peut-être moins homophobes parce qu'ils sont moins connectés à la religion ? Oui, ils sont moins connectés à la religion. Et ils n'étaient jamais imposants dans ce sens-là. Oui, il faut pratiquer l'islam, il faut faire ça, il faut faire ça. Non, jamais.
Ok.