Couple gay: soumis comme une épouse tradi jusqu’au jour où… Maxime 1/3

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« Je n’ai jamais eu de rapport non consenti, mais j’ai eu beaucoup de rapports sans désir. »

Maxime

Maxime a 43 ans et vit à la campagne dans l’ouest de la France : là où le rôle de l’épouse tradi soumise renvoie d’habitude aux mariages hétéros, lui l’a tenu pendant 18 ans dans un couple gay très genré, calqué sur l’éducation catholique stricte qu’il a reçue.

Dans cet épisode de podcast, Maxime raconte :

  • Marié à un homme plus âgé rencontré sur un lieu de drague, il enchaîne pendant 18 ans les rapports sans désir et les hurlements quotidiens pour éviter les crises
  • Aidant à temps plein de sa belle-mère, sans week-end ni vacances depuis 15 ans, il finit en burn-out dans une maison où ses valeurs n’ont aucune place
  • Été 2023, vidé avant de monter sur scène en chorale, il confie son téléphone à une amie qui y lit 18 ans de violences conjugales et appelle de l’aide pour la première fois

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⚠️ Sujet sensible : violence

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📌 On en parle dans cet épisode

🎬 Les enfants martyrs de Riaumont : le documentaire Arte que Maxime cite sur ce foyer catholique intégriste, là où il a fait des week-ends scouts. Voir le site

🔗 Tradwife : le mouvement de l’épouse traditionnelle soumise à son mari, auquel Maxime compare le rôle qu’il a tenu dans son couple. Voir le site


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Lire la transcription de cet épisode
Maxime, bienvenue chez moi. Bonjour Guillaume. Tu as 43 ans, tu vis dans l'ouest de la France, à la campagne, tu es marié et tu t'occupes de ta belle-mère à temps plein. Pendant presque 18 ans, tu tiens bon dans un rôle de bonne épouse, version traditionnelle. Un couple très genré qui collait bien à ton éducation très catho avec ses deux petits orgasmes seulement en 18 ans de sexe. Mais tu fais tout exploser à l'été 2023. Tu vas nous raconter ton parcours, cette reconquête de ta sexualité, de tes fantasmes et peut-être un ou deux détails croustillants sur ta première soirée fétiche hier soir. C'est d'ailleurs pour ça que tu es à Paris. Tout à fait. Et j'ai envie de te proposer pour commencer de tirer une première question au hasard de la magie de ton choix d'un chiffre entre 2 et 110. Eh bien, 69. Petite… Non, 69 parce que tu l'apprécies particulièrement ? Non, parce que j'en ai fait un hier soir. Ah ouais. Voilà. Alors, au numéro 69, j'ai deux questions. Une moins osée, une plus osée. Tu vas pouvoir choisir à quoi tu veux répondre. La moins osée, c'est « As-tu déjà eu envie de témoigner sur le podcast et pourquoi ? » Donc en gros, c'est pourquoi tu es venu témoigner. Et la deuxième, c'est « Pénis, deux points, essentiel ou secondaire ou secondaire pour toi ? » Oui, j'ai déjà eu envie de témoigner sur le podcast. Tu sais, c'est les questions qu'on utilise pour les rencontres entre auditeurs. Pourquoi tu as eu envie de témoigner sur le podcast ? Je ne sais pas si tu te rappelles, quand je t'ai envoyé un message, c'était un peu ambigu. Je me suis dit, si tu penses que c'est pour un date, hop, ça fait une petite porte de sortie et puis hop, ce ne sera pas pour un podcast. Et c'est toi qui m'as demandé de préciser quelle était ma demande. Donc j'étais au pied du mur et oui, j'avais envie de témoigner sur le podcast. Et pourquoi ? Parce que non pas que mon témoignage doit être plus intéressant qu'un autre, mais je pense que ça donne une matérialité à ce que moi j'ai pu vivre. Et dans ma démarche personnelle, je pense que ça va me faire beaucoup de bien. Et si ça fait du bien à des gens qui vont entendre ce que j'ai à dire, tant mieux. Pénis, essentiel ou secondaire ? C'est très important. Mais en tant qu'homme gay, j'aurais moins de difficultés à accoucher avec un homme trans qui n'a pas de pénis qu'avec une femme trans qui a un pénis. Donc en fait, c'est important, mais ce n'est pas non plus essentiel. Je vais tirer par un mec. Après, le détail technique, ça reste un détail. C'est important chez l'autre, dans ton rapport à l'intime, au sexuel, tu as envie que le pénis de l'autre soit dans votre sexualité, j'ai bien compris. Et tu fais quoi avec le pénis de l'autre ? Plein de choses. Le truc qui en ce moment t'émoustille le plus ? J'adore sucer. Vraiment, plus que de manger une glace l'été au soleil. Attends, attends, attends. Attention à ce que tu dis. Veux-tu reprendre un instant et vraiment choisir ? Là, tu es en train de mettre la fellation au-dessus de la glace de l'été. Ah oui, il y a vraiment une hiérarchie d'énormes. On y va. Tout goût confondu. Tout goût confondu. Parce que c'est très nouveau pour moi. Je prends la PrEP depuis deux ans, donc mes premières bites, j'avais 40 ans. Sans avoir peur de mourir du sida parce que j'étais élevé dans ce… Ça arrangeait bien d'ailleurs mes parents et d'ailleurs la société. Si t'es pédé, tu vas mourir, donc… J'étais élevé dans l'angoisse mortelle de me dire que la sexualité, ça peut tuer. Ok. Et donc, tu as dit que ma première bite, c'était il y a quelques années, mais tu es marié depuis longtemps. En fait, oui, je suis marié depuis longtemps. Donc, bien sûr, j'avais déjà sucé un pénis, un très beau pénis. Mais je veux dire, la… Ce que j'appelle le faire du cul un peu transgressif, c'est-à-dire sucer une bite d'un inconnu, juste pour le plaisir de sucer la bite d'un inconnu. Ça, c'est un truc qu'on peut faire normalement quand on a 18 ans et qu'on est dans une espèce d'inflammation hormonale et que c'est à l'âge où on se frotte, en fait, l'adolescence. À l'âge où mes copains et mes copines se frottaient, moi, j'avais peur de mourir de sida. C'est une morale catholique. J'étais très pratiquant. J'étais dans une espèce de… On pourra revenir après sur la genèse de tout ça, l'éducation que j'ai reçue. J'ai été exorcisé par un prêtre. J'ai failli être en thérapie de conversion. On parle de Riomont en ce moment, je pourrais en parler. Non, je ne vois pas à quoi tu fais référence. Il y a l'affaire Bétharame. Ouais, en France. Mais il y a aussi l'affaire Riomont qui est en train de sortir. Enfin, pour moi, elle n'est pas en train de sortir. Ça a toujours été problématique. Et on est en train d'en parler. Tu veux faire un récap' ? On est écouté de partout dans le monde. Tu veux faire un récap' très rapéant ? Alors, Riomont, c'est dans le nord de la France. Donc, au départ, il y a un reportage très bien sur Arte en ce moment qui parle de cette… cette boîte catholique. C'était au départ un foyer tenu par des prêtres, bien sûr. Les enfants de l'assistance y étaient placés par les juges. Et quand c'est devenu trop problématique et trop connu, les juges ont arrêté de mettre les enfants là. Mais pour continuer le business, les prêtres en ont fait un collège, en fait. Et puis, ils ont aussi fait un lieu pour les rassemblements scouts. Moi j'étais, je vais dire, oh Dieu merci, que scout de France, donc c'est les moins intégristes des scouts, ce qui n'empêche qu'on faisait des week-ends à Réaumont, et dans la troupe de scouts, il y avait, je m'excuse, le terme est très violent, il y avait une pédale et un tire, et donc la pédale c'était moi, le tire c'était mon compagnon d'infortune, et nous étions ce qu'on appelle les cul-de-pâte, donc outre le fait qu'on était insultés, tabassés, qu'on servait à porter la tente et le matériel… On servait d'exutoire à tous ces jeunes et le personnel d'encadrement trouvait rien à redire à la situation. Donc Rio-Mont, c'est un peu ça. Tu fais un lien, toi, avec ce mariage. Tu te maries et tu m'as tout de suite fait penser à ce mouvement aux Etats-Unis, Tradwife. Ça te dit quelque chose ? Traditional wife, donc la femme traditionnelle. C'est ce mouvement américain, je crois, à la base, mais je suis sûr qu'il y a des ressortissants français et mondiaux qui ont envie que la femme revienne dans un rôle traditionnel de femme. La pute soumise à son mari, la parfaite épouse, la parfaite femme, la parfaite maîtresse, la parfaite ménagère, la parfaite boniche, quoi. Qui vote comme son mari, qui dit comme son mari. Ça te parle ? Oui, oui, complètement, complètement. Et je dirais, tout à l'heure j'y réfléchissais en marchant parce que je ne veux pas accabler la personne que j'ai choisie pour compagnon de vie, parce que bien sûr qu'il a des responsabilités dans ce système qui s'est mis en place. J'ai aussi mes responsabilités, mais en fait globalement la société est coupable, parce que l'éducation ça commence à l'école en fait, c'est pas que la faute des parents ou des conjoints, c'est aussi toute la société qui est coupable de… de laisser faire. Et finalement, les idées très conservatrices ont plus pignon sur rue. D'ailleurs, on peut avoir plus facilement des propos nazis sur les réseaux sociaux que des propos où on emploie des mots comme vagin, testicule. C'est incroyable. Tu veux dire le narratif dans lequel tu baignes, tu grandis et ton éducation te pousse à cette relation très spécifique, c'est ça ? Comment dire ? Je considère que la société est responsable de ce que… On a l'impression de faire des choix et en réalité, moi, je n'ai pas forcément fait un choix. Si j'avais été éduqué différemment, peut-être que j'aurais aimé le même homme, mais que j'aurais eu des exigences beaucoup plus élevées dès le départ. Tu peux m'amener dans votre quotidien, avant que tu secoues tout ça en 2023 ? Tu peux me raconter un peu l'avant ? C'est quoi en fait ce couple ? Alors c'est un garçon charmant que j'ai rencontré sur un lieu de drague parce qu'à l'époque, ça fait presque 20 ans, les lieux de drague existaient encore en province et j'adorais fréquenter ces endroits qui étaient des espèces d'agoras où on pouvait se rencontrer, on discutait sur des parkings, il y avait les putes, c'était vraiment fantastique comme endroit. J'adorais ça et je rencontre donc ce charmant monsieur qui a quelques années de plus que moi On avait deux voitures pourries, enfin bref. Tu le suces ? Pas le premier jour. C'est quoi votre première rencontre ? Non, parce qu'à l'époque, non, non, bien sûr que non, je ne le suçais pas, parce que jamais j'aurais sucé un pénis sans préservatif, sans rien, je ne faisais pas assez sous ça. Tu avais peur comme tu dis. J'avais 24 ans, donc non, non. Tu disais ça au début de l'épisode. Non, non, non, je n'avais pas une sexualité très épanouie. C'est quoi votre première rencontre sexuelle sur le cruising alors ? C'était un lieu extérieur, donc après on est allé chez lui, après on est allé chez moi parce qu'on habitait tous les deux en centre-ville. C'était pas hyper fluide, mais je le trouvais très beau, très intelligent, très cultivé. Et vous vous touchez ? Vous avez un rapport avec lui ? Non, mon souvenir, j'ai dû le prendre avec un préservatif, mais ce n'était pas ouf. Mais à l'époque, je n'avais aucun plan cul qui était vraiment très ouf parce que moi-même, je n'étais pas dans des dispositions… J'étais pas à l'aise. Déjà, je commence à m'aimer, mais ces 43 ans de travail, je me trouvais très moche. J'ai un rapport à mon corps et à ce que je suis. Je trouve compliqué qu'on puisse me trouver séduisant, beau et attirant. Et si vraiment quelqu'un me trouve trop attirant, ça m'agresse parce qu'il y a une espèce de truc qui se fait dans mon cerveau. Alors je me mets dans l'esprit dans lequel j'étais quand j'avais 20 ans. Aujourd'hui, c'est un peu moins ça. Un peu moins. Donc je n'avais pas des plans cul de ouf à l'époque. Et après cette première rencontre, vous devenez assez rapidement un couple ? Non, on est devenus amants, mais c'était très figé, très rigide. Monsieur avait déjà une vie… marié par ailleurs, enfin il avait une vie conjugale par ailleurs. Avec une femme ? Donc oui, moi j'avais un peu les 5 à 7 et ces 5 à 7, j'étais vraiment la maîtresse en fait et ça m'agacait ce système-là de devoir automatiquement être disponible mais de ne jamais pouvoir l'appeler et donc à un moment donné, je me suis rendu indisponible. Donc ça a été une première dispute et j'ai dit écoute… ce que je veux en fait si je suis pas dispo je suis pas dispo c'est pas grave donc voilà fin de l'histoire à ce moment là et puis on s'est retrouvé par hasard un an après et il avait on s'entend dans la rue dans la rue donc je l'embrasse et puis il était gêné que je lui fasse la bise parce que c'était une façon pour lui d'embrasser un garçon dans la rue c'était saouté j'embrasse mes amis enfin mes amis hétéros j'ai pas de problème avec ça on se trouve pas des pannes non plus Et puis il me dit qu'il a quitté sa femme, pas pour moi, mais à cause des discussions qu'on avait pu avoir sur le sens de la vie. Donc je l'ai très touché d'avoir eu un tel impact. Et donc on a commencé à se côtoyer, puis assez vite on s'est mis ensemble. Très vite. En quoi c'était une relation teintée de traditionnelle ? Alors, je ne sais pas trop ce que ça veut dire. Ce qui était traditionnel pour moi, c'est que je viens d'un milieu ultra violent. Je deviens une famille d'aristocrates, plutôt province très conservatrice, pas du tout éduquée, mais pas éduquée. Je ne sais pas comment expliquer. Il y a des gens très bornés. Éduqués, ça veut dire qu'ils ont des diplômes ? Mon père a dirigé une très très grande entreprise. Ma mère a un diplôme universitaire, mais très conservateur, très vieille France en fait, sous des airs un peu modernes, un fond raciste et homophobe. Je ne me rappelle pas qu'il se soit passé une semaine à la maison sans que j'ai entendu un commentaire raciste ou homophobe ou… ou classiste en fait et c'était il n'y a que moi que ça moi ça a été très déstabilisant pour moi je ne me sentais pas du tout en sécurité parce que je savais bien qu'il y avait un problème mon premier amoureux j'avais 3 ans on pourrait en parler il s'appelait Eric je le recroiserais dans la rue je le reconnaîtrais probablement Et j'ai eu la bêtise de le dire à mes parents, donc ça les énervait d'autant plus. Et donc traditionnel, pour moi, ça veut dire que je me suis lancé dans un ménage où mon mari criait tout le temps. C'est quelqu'un de très nerveux qui hurle. Mais comme je viens d'une maison dans laquelle ma mère hurlait tout le temps… Je me suis toujours dit, ça va s'arranger, ça va changer, j'ai le contrôle de ma vie. Et en fait, chaque année, on s'en met un kilo de plus sur le dos, puis au bout de 20 ans, 20 kilos pour se relever, c'est un peu difficile. Donc, burn-out. Donc, heureusement, les copains, les copines, les amis proches sont là pour dire, mais qu'est-ce qui se passe ? Le burn-out, tu le comprends parce que ton mari est violent verbalement ? Il n'y a pas que ça. Il y a aussi que je m'occupe d'une personne qui est ultra dépendante et que ça fait 15 ans que je n'ai pas de vacances, pas de week-end, que c'est 7 jours sur 7. J'ai eu 10 ans sans vie sociale à la campagne parce que quand on s'occupe de quelqu'un avec des horaires et qu'on est à 20 kilomètres de la première ville… C'est donc ta belle-mère. Oui. C'est la mère de ton mari. C'est ça. Et je pense que c'est dans le couple qui t'étouffe pour comprendre l'avant-explosion. Tu es d'accord que c'est un élément assez important ? Oui. Donc tu vis avec ta belle-mère et ton mari et ton métier, tu es rémunéré en tant qu'aidant ou pas ? Oui, mais pas énormément. Ce n'est pas une carrière. On ne peut pas s'enrichir. Mais en fait, au-delà de l'argent, la personne dont je m'occupe, c'est quelqu'un avec qui j'ai la chance. Ça m'apporte humainement énormément. En fait, la difficulté, ce n'est pas que je m'occupe de quelqu'un. Je dirais que quand c'est vraiment très dur, je suis aussi conscient que ça m'apporte… C'est une femme que j'aime beaucoup, qui, avec moi, a une relation très… Très agréable. Enfin, humainement, j'apprends beaucoup. Et puis, d'être le récipiendaire d'une telle confiance parce que vraiment, c'est quelqu'un de malade, âgé, dépendant. Enfin, je prends parfois des décisions pour elle. Il n'y a pas de limite. C'est ça. Ça me bouleverse parce que ça me donne de la valeur et j'ai de la valeur pour elle. Ce qui est difficile, c'est que j'estime que ce n'est pas à elle de prendre soin de moi. Donc, elle n'est pas responsable de la situation dans laquelle je me suis mis. Même si depuis un an, j'avais prévenu à la maison, mon conjoint et ma belle-mère, que j'étais à la limite de me faire hospitaliser, que j'avais failli l'être de fatigue. De fatigue. Ton mari a répondu quoi ? Qu'il comprenait, mais en fait, rien n'a changé, ça s'est même plutôt aggravé. Qu'est-ce qui s'est aggravé ? C'est qu'en fait, au lieu de hurler toutes les semaines, ça a hurlé quasiment tous les jours. Pour rien. Parce qu'on n'a pas les mêmes idées, parce que… Pour rien. Pour moi, c'est des choses qui ne sont pas… Si j'avais voulu me mettre avec un mec de gauche militant, si ça avait été important pour moi, je l'aurais fait, donc je n'ai pas de problème avec que mon mari soit dans des idées différentes des miennes. Tant que les miennes peuvent exister, en fait. Sauf que quand je me suis rendu compte que je n'avais pas de place pour donner la maison dans laquelle on vit, c'est la mienne. Enfin, je veux dire, j'en suis copropriétaire, je suis chez moi. Et en fait, je me rends compte que c'est une maison dans laquelle mes valeurs n'ont pas vraiment de place. C'est ça que tu voulais me dire quand, dans notre pré-entretien, tu parlais d'une forme de soumission. L'aspect du couple tradi, c'est un peu la femme au foyer soumise. Et c'est comme ça que moi, j'avais compris… Ce que je ressens, moi, c'est que mon mari dirait peut-être autre chose, mais c'est qu'il n'y a pas de place pour mon schéma de pensée, alors que je ne suis pas quelqu'un de prosélite, j'accepte la contradiction. Je veux simplement qu'on ne minorise pas ce que je suis, ce que je représente et mon parcours. Et ça, à la maison, ce n'était pas possible. Et en fait, ce qui m'a sauvé, c'est que j'ai rencontré des musiciens. Donc, j'apprends des cours de musique, je fais plein de choses. Et d'avoir une vie sociale et d'avoir des gens autour de moi, ça renvoie aussi… Enfin, c'est des amis qui ont vu qu'il y avait un problème à la maison, qui ont… qui m'ont permis de me dire, mais là, tu ne peux pas rester en ces conditions-là, tu ne vas pas t'en sortir. Mais justement, à ton avis, pourquoi tu es resté 18 ans ? En tout cas, culpabilité vis-à-vis de… Je ne pouvais pas abandonner la personne dont je m'occupe ? Donc, c'est une culpabilité, parce que j'occupe de ma belle-mère, qui ne dépend que de moi. Donc, si je pars… En fait, je suis parti, puis ça s'est bien passé. Mon mari a pris son rôle de fils. Mais pendant 18 ans… Donc, il y a ton rôle d'aidant. Et pourquoi, à ton avis, tu as accepté la violence ? Parce que j'ai vécu une dent tout le temps. Et qu'en fait, ma limite… En fait, je suis capable… Alors, je ne le suis plus maintenant, je n'ai plus aucune résistance à ça. Je fuis le conflit, ce qui n'est pas non plus une bonne chose. Parfois, il faut savoir résoudre les conflits. Mais là, je suis au stade, pour l'instant, quand il y a un conflit, je me barre. J'apprendrai à les résoudre l'année prochaine. Concrètement, quand on est habitué à se faire hurler dessus tout le temps, un peu plus, un peu moins. Et puis, je suis quelqu'un d'optimiste. Moi, j'ai fait un burn-out, une dépression, mais je n'ai jamais été triste ni suicidaire. Depuis dix ans, par contre, j'ai une fatigue. Parfois, le matin, je me lève, j'ai qu'une envie, c'est de ramper sur le parquet parce que je n'ai pas de force. Et c'est le médecin qui m'a dit l'année dernière, mais arrêtez de parler que vous frôlez le burn-out. Ça fait dix ans que vous êtes en train de sombrer. Et donc, maintenant, je prends des médicaments, bien sûr, pour m'en sortir. Mais comme je n'ai jamais été triste, je suis toujours été optimiste, en fait. Donc, c'est compliqué de détecter une dépression quand on va bien. C'était quoi les aspects de cette relation traditionnelle connectée à ton passé ? C'était quoi les aspects qui te faisaient tenir et qui te nourrissaient ? Tu vois ce que je veux dire ? D'abord, il y a une culpabilité. Moi qui pensais m'être débarrassé de ça, je me rends compte que j'ai une vie matérielle relativement confortable et que je mérite parce que j'ai aussi… Je ne suis pas dépendant financièrement de mon conjoint, mais j'ai toutes les apparences, comme je suis aussi plus jeune et que ce n'est pas moi qui fais une carrière en profession libérale. Dans les apparences, évidemment, en plus, j'ai le rôle un peu de la pute. Lui fait carrière dans une profession libérale ? mais bon ça c'est comme ça mais concrètement mon rôle c'est de tenir on a une magnifique maison donc c'est une magnifique cage dorée qui permet de recevoir des amis donc c'est aussi parce que nous on peut pas bouger parce qu'on s'occupe de la belle-mère donc ça veut dire beaucoup de travail dans la maison beaucoup de travail dans le parc beaucoup de travail beaucoup de travail beaucoup de travail tout le temps et il faut toujours être reposé parce qu'évidemment je ne travaille pas Oui, dans son esprit à lui, il ne donne pas de valeur à tout ce que tu fais. Disons que parfois, il me dit qu'il se rend compte de tout ce que je fais. Mais dans les faits, je me rends bien compte que dans sa rhétorique, c'est lui qui travaille 10 heures par jour. Et comme les mères de famille qui ont 4 gosses et qui, bien sûr, ne font rien. Elles passent leur temps à la manucure et à discuter entre copines pendant que les enfants sont à l'école. Tu dis pute parce qu'il y a un aspect sexuel dans cette relation ? Oui. Oui, c'est un aspect qui est très compliqué. Mais pour le coup, c'est pareil, je ne peux pas câbler mon mari. Moi, j'ai un rapport à la sexualité. Comment dirais-je ? Ça, c'est un truc sur lequel je ne peux pas lâcher. Mais comment dirais-je ? Je n'ai jamais eu de rapport non consenti, mais j'ai eu beaucoup de rapports sans désir. C'est quand même un peu problématique pour éviter des crises à la maison. Mais en même temps, je comprends qu'en couple, on puisse avoir des besoins et qu'on puisse attendre des choses de son conjoint. Mais moi, ça n'a jamais été dans le contrat. C'est ce que j'ai toujours dit à mon conjoint. Le sexe ne fait pas partie du contrat. C'est-à-dire que s'il y en a et que c'est consenti et désiré, c'est formidable. S'il n'y en a pas, ça doit être OK. Et mon conjoint là où il y a mésentente c'est qu'il a toujours pensé que ça changerait. De même moi je pensais qu'il arrêterait de crier. Sauf que moi je n'ai jamais changé de ce point de vue là donc je peux rester six mois sans rapport sexuel. Surtout quand on vit à la campagne et qu'on est en couple fermé comme c'était à l'époque. Voilà, c'était comme ça. C'est pas très épanouissant, mais c'était comme ça. Et donc, le sexe entre nous, c'est toujours pas réglé, d'ailleurs, cette question. Moi, le couple ouvert, pour moi, ça me va très très bien. Enfin, le couple libre, ça me va très bien. Pour lui, non, c'est pas son truc. On va parler de l'après-après. Oui. Est-ce que tu peux me décrire une crise ? Tu m'as dit que je faisais du sexe sans désir. Pour éviter une crise, tu peux me donner un exemple d'une crise ? Par exemple, ce que lui me reproche, je reprends ses termes, encore une fois, il ne dirait peut-être pas la même chose. Moi, j'aime bien les câlins, je suis assez tendre, assez chill. On regarde un film, on se caresse, on peut se caresser la cuisse, même se caresser la bite. Pour moi, la bite, ce n'est pas plus sexuel que le coude. Ça peut être un moment très tendre. Sans forcément que ça aille jusqu'à un rapport sexuel où vraiment on est dans un moment où on s'emboîte, on se déboîte, on se remboîte. Et c'est vrai que pour moi, à un moment donné, si j'ai plus envie, j'ai plus envie. Et ça, ça peut déclencher… C'est comme s'il perdait pied. Et donc j'entends la souffrance dans ces cas-là de l'autre qui ne se sent pas désiré. Sauf que c'est pas du tout… C'est contre personne, c'est juste pour moi. Si j'ai plus envie, j'ai plus envie. Enfin… Et comme j'ai un rapport aussi au corps, j'ai eu un corps, j'ai été violenté, le seul truc que j'ai pas eu en fait, j'ai pas été violé dans ma vie, j'ai eu la chance de ce point de vue là, mais j'ai été tabassé. Et donc j'ai pas un rapport au corps comme n'importe qui qui aurait été choyé, câliné, aimé, protégé, respecté, admiré… Donc oui, parfois, je me rétracte. Mais je revendique le fait d'avoir le droit de me rétracter et que ce n'est pas moi le problème. Et comment il agit dans ces cas-là ? Ça peut être très violent. Ça peut être un chantage au suicide, des hurlements, surtout avec une intensité folle. Et moi, j'ai vécu dans une maison où ça hurlait tout le temps et ma belle-mère a toujours cru que c'était moi qui hurlais parce que ça ne peut pas être son fils. Elle te dit ça ? Et je n'ai jamais rien dit pour respecter l'intimité de notre couple. Et puis un jour, l'année dernière, il y a un an, il a dérapé. Il a refait une crise épouvantable devant sa mère. Et pour la première fois, sa maman a assisté à un tsunami d'horreur. Et donc j'ai dit à ma belle-mère, il faut m'aider, on va peut-être appeler les pompiers. Parce que moi tout seul, je n'ai pas le courage. Elle m'a dit, surtout pas, ça va se savoir. Tu voulais appeler les pompiers parce qu'il était violent physiquement ? Il aurait pu l'être contre lui même en tout cas. Et donc à l'époque j'ai pas appelé les pompiers mais en fait la boîte de Pandore s'est ouverte parce que pour la première fois pratiquement il y avait un témoin. Il y a déjà eu des témoins de ce genre de crise, il y en avait eu deux déjà. Mais là c'était sa maman et qui potentiellement pouvait devenir mon allié et je lui ai dit là si vous voulez jouer votre rôle de maire c'est maintenant. Votre fils, il ne va pas bien. Arrêtez de le plaindre et de l'entretenir dans ses illusions. Son bonheur ne tient qu'à lui. Ce n'est pas parce que j'ai des manquements dans ce que je pourrais lui apporter que c'est à lui de faire avec ce qu'il a. J'ai des amis qui ont appelé les pompiers une fois quand ça a débordé à nouveau. Et ils étaient présents ? c'est eux qui ont pris en charge j'ai deux amis qui m'ont pris en charge un sur l'aspect émotionnel prise de décision enfin un sur l'aspect prise de décision et matériel et l'autre sur l'aspect émotionnel pour pas que je sois tout seul pendant les 15 jours qu'on suivit hum Actif ou passif, est-ce que ces éléments-là rentraient en jeu dans ce script sexuel, cet accord sexuel entre guillemets ? Non, on est vers ça l'un et l'autre. Je ne veux pas parler de ta sexualité à lui, parce qu'il ne sait pas que je témoigne aujourd'hui, donc je ne m'autorise pas à parler de son… Je ne parle que de mon intimité, même si la frontière est assez poreuse. Moi, ce qui me gêne dans les rapports conjugaux, avec mon expérience de la vie conjugale, qui est très longue, mais qui ne vaut que pour moi, c'est que je ne veux pas… Moi, le sexe vani, ça ne m'intéresse pas tant que ça, en fait. Mais je ne veux pas avoir un rapport, comment dirais-je, où il y aurait le moindre enjeu de soumission ou de domination, parce que je ne veux pas qu'on répare au lit, ce qui déconne dans la journée. Ça ne t'excite pas, la domination-soumission au lit ? Pas avec la personne avec qui je partais. D'abord, mes fantasmes, mais on pourra en parler après. Là, on explore ta relation. Aujourd'hui, disons que… Et ça ne faisait pas partie de ces schémas, de ces exigences, de ces envies, de ces besoins. En tout cas, on n'a jamais pris le temps de définir clairement la sexualité qu'on voulait, ce qu'on aimait ou quoi. Ça n'a jamais été fait. Parce que toi, tu n'arrivais pas à mettre des mots ou tu as essayé et l'une ne le souhaitait pas ? C'est compliqué de parler parfois… Non, on réussit, c'est pas qu'on communique mal. Et en fait, moi, je ne veux pas, Oli, je ne veux pas le dominer. Parce qu'il pourrait aimer ça, éventuellement. C'est un exemple. Tu le sens qu'il pourrait aimer ça ? Oui, alors qu'en fait, le reste de la vie, je me sens complètement dominé. Ou je ne veux pas être dominé, en plus, Oli, après m'être senti dominé. Parce que lui, je sais que pour… On en parle avec On se fait aider maintenant, mais elle n'est pas du tout d'accord avec l'idée qu'il m'a dominé. Alors moi, je ne dis jamais qu'il m'a dominé. Je me suis senti en domination, en soumission. C'est le moment où moi, je pense que j'ai un rôle à jouer en tant que podcasteur. Et que ça serait même mieux que je sois psychologue ou que j'ai un peu plus d'assises pour… Mais bon, je vais exprimer mon point de vue, c'est mon opinion, mais ça m'est très, très important. Et j'espère avoir ta confiance. Et si tu n'es pas d'accord, je suis très à l'aise que tu le dises et qu'on ne soit pas d'accord. Tu as, dans ton récit là, sous-entendu que le devoir conjugal existe, notamment en parlant de tes manquements. C'est-à-dire, tu as sous-entendu, je ne sais pas si j'ai bien compris, en tout cas j'ai bien entendu manquement, qui sous-entendrait que si on fait relation avec quelqu'un, l'autre est en droit d'attendre des choses de nous sexuellement. et ça c'est un énorme non alors moi justement je suis d'accord avec toi c'est pas ce que je pense mais c'est ce que tu as dit à ta belle-mère c'est la règle qui prévaut à la maison parce que mes règles ne prévalent pas forcément ça a toujours été un conflit parce qu'on n'a jamais été d'accord sur ça au moins je considère d'abord on ne peut pas tout attendre d'une personne Non, non, il n'y a pas d'accord. Mon consentement n'a pas besoin de l'accord de l'autre. J'étais très clair dès le départ de la relation. Le sexe ne fait pas partie du contrat. Une vie conjugale peut s'envisager sans sexe. Je comprends que ça ne puisse pas être le cas pour d'autres personnes. Ce n'est pas le cas pour mon mari. Mais mon mari, là où il y a un désaccord profond, c'est qu'il pensait que je changerais. Il n'a jamais accepté ça et moi j'ai enduré pendant 18 ans qu'il n'accepte pas ça. Et donc le consentement, je peux te le donner, deux minutes plus tard te le reprendre ? Et même si, soit ça impacte l'histoire qu'on essaie d'écrire ensemble et peut-être que ça peut créer des formes de frustration de dire « j'ai envie de ça, ah ben en fait j'ai changé d'avis », ça peut en effet créer des émotions, il n'y a pas de problème et chacun a ses émotions, mais en aucun cas je dois m'empêcher sur mon consentement. de le faire évoluer et puis quelque part le consentement c'est fluide aussi tu vois c'est vivant donc en fait je peux commencer oui oui oui puis soudainement je sais pas trop pourquoi c'est non non non et ça s'appelle une agression ouais ok donc quand dans ton discours plusieurs fois t'as dit je ne peux pas accabler mon mari et là tu viens de dire qu'en fait ne pas respecter le consentement de l'autre c'est une agression du coup on peut tu pourrais ah mais il m'a jamais agressé parce qu'en fait moi du coup je me suis toujours t'as agressé en fait non t'as agressé j'ai dit non à chaque fois non il t'a hurlé dessus à plusieurs reprises oui c'est une agression et je pense que dans mon rôle de podcasteur c'est que j'ai pas du tout moi c'est super important moi je peux pas laisser passer ça ça me fait trop peur ça me fait trop mal en théorie je suis d'accord avec toi et en pratique bah je l'ai vécu ouais Je l'ai vécu et quand je suis parti de la maison, je suis revenu quelques semaines après. Et la situation a recommencé. En fait, j'avais déjeuné avec un ami, ce qui ne m'était pas arrivé depuis longtemps. Et on a passé l'après-midi ensemble. On a fait une après-midi normale avec un copain, un ami. Et le soir, je me suis pris une tornade parce que j'aurais dû être à côté de mon mari toute l'après-midi, le samedi. Et donc… Ça a fini à 9h du matin, j'ai voulu partir de la maison et il m'a poursuivi. Il s'est allongé sur la route pour pas que je parte. Donc j'ai appelé le 15. Il sait que je ne ferai plus jamais face à une crise sans appeler de l'aide. Le 15, le SAMU. Oui, mais si on ne nous écoute pas en France, le 15, c'est la police. En fait, le 15 m'a redirigé vers… Le 15, au vu de la situation et de ce que je décrivais, et puis j'étais en… en visio, au vu de la situation ils ont dit on vous envoie à la gendarmerie le 15 c'est le SAMU et c'est le 17 la police ou la gendarmerie pour nous en milieu rural et en fait la gendarmerie est intervenue 20 minutes après mon mari était fou de rage parce que il m'a accusé d'avoir appelé les flics j'ai dit non j'ai appelé le 15 mais j'aurais pu appeler le 17 j'ai appelé le 15 factuellement et les gendarmes m'ont proposé en lien avec le 15 une hospitalisation sous contrainte Donc ça a été très loin. Et donc moi, j'ai refusé parce que je ne crois pas aux soins sous contrainte et que j'ai la chance d'avoir maintenant un logement ailleurs. Donc j'ai demandé à être sécurisé tant de prendre mes affaires. Et puis déjà, le fait que les forces de l'ordre interviennent, ça remet un peu de sérénité quand même dans la relation parce qu'il a eu peur. Il a eu peur pour son image, il a eu peur pour… Et je pense qu'il s'est rendu compte aussi. Et c'est si vrai que depuis, donc ça fait plus d'un an cette histoire. Alors attention, on va raconter là après. Mais là, moi, je suis au moment de la crise. C'est quoi ? Tu en dures tout ça ? Tu en dures, tu en dures, tu en dures. C'est quoi le moment de trop ou une forme de déclic ? Comment ça s'est passé pour que… Soudainement, ces deux amis viennent t'aider et toi… C'est très précis. J'étais sur une prod… Je fais de l'opéra. Dans les chœurs, je passe au liste. J'apprends à chanter. Et dans la prod, j'avais la chance d'avoir un très bon ami, une très bonne amie, avec qui on est au même pupitre. Et puis un autre copain, c'était un pupitre, il n'y avait que des trans et des non-binaires. Enfin, c'était génial ! On est en famille et j'étais pas bien du tout. C'était la veille, c'était sur la Générale peut-être. Enfin bref, on allait monter sur scène. J'étais plus capable de parler, de chanter. J'étais avec mon téléphone, ce qui n'est pas du tout un téléphone. Pour moi, ça se pose. Enfin, je ne suis pas accro aux… Et mon ami me dit, tu permets que je voie ton téléphone ? En théorie, jamais, jamais j'aurais accepté ça. Et là, j'étais tellement vidé, je lui ai donné mon téléphone. Il regarde le contenu des messages, il me dit, ça dure depuis combien de temps ? Et j'ai répondu, ça dure depuis 18 ans. Il m'a dit, écoute, la responsabilité, c'est pas la tienne, c'est pas la tienne, c'est la société. C'est une amie qui est très politique, qui est très intelligenteuse. Et il me dit, c'était à 5 km de chez moi, il m'a dit j'y vais, je vais voir comment va ton conjoint et puis je prendrai la décision pas d'appeler le 15 mais ça me regarde en tant que citoyenne et j'ai laissé faire. Et là c'est la première fois que le 15 a été appelé et l'autre copain de la prod qui était avec moi… On a trouvé un hébergement en catastrophe. Il est venu s'héberger avec moi dans un truc pas très salubre. Mais bon, c'était mieux qu'un hébergement d'urgence ou un coffre de voiture. Et tout le reste de la prod, j'ai toujours eu quelqu'un qui dormait avec moi, qui a pris soin de moi, en fait. Donc, ces deux amis… En fait, j'avais l'impression d'avoir deux parents qui étaient divorcés et qui se refilaient le bébé morveux en disant « Bon, ben voilà, là, je vais changer sa couche, il faut donner un médicament. » Et j'ai été pris en charge. Tout ça dans une prod, il y avait 60 personnes, toutes hyper gentilles. Une production. C'est quoi une production ? C'est un groupe de 60 musiciens. C'est ton métier ? Non, pour moi c'est un loisir. La plupart des gens qui y sont, c'est leur métier, mais moi c'est un loisir parce que j'adore ça. Tu as accès à tes finances ? Oui. Donc tu peux te payer un hôtel quelque temps si besoin ? Oui. Ok. Oui, oui. Le déclic alors, c'est le vase est rempli à ras bord et il y a la goutte de tronc. Non, c'est que quelqu'un m'a dit ton vase déborde, ça fait des années qu'il déborde, on te sort du vase. Oui, mais le geste de donner le téléphone, il vient d'où ? Pourquoi tu as arrêté de cacher ? Je n'attendais que ça. Tout seul, je n'étais pas capable de m'en sortir. Et que quelqu'un en qui j'avais confiance, en qui j'ai toujours confiance d'ailleurs, ça ne se fait pas de demander à quelqu'un son téléphone. C'est une personne qui était suffisamment… Il n'y a que elle qui pouvait me demander ça. et je pense pas que j'aurais accepté avec quelqu'un parce que je suis d'une c'est très implique par exemple un podcast mais je suis quelqu'un de très pudique je vais toujours bien l'éducation fait que on s'étale pas, on se répand pas on va pas faire chier le monde avec ses problèmes là j'étais c'était ok et j'ai accepté l'idée de ne plus être responsable de rien ni de personne sauf de moi-même tu racontais ta vie à tes amis ? Non, pas à ce niveau d'intimité. Ils n'étaient pas du tout au courant de ce qui se passait dans ton foyer ? Non. Ils sont tombés de haut. Tout le monde est tombé de haut. Toute la famille est tombée de haut. Mais je pense que ça n'a pas surpris grand monde, en fait. Il y avait, en fait, dans les… J'allais dire dans les milieux privilégiés, mais en fait partout, la question de la honte sociale, c'est-à-dire… Tu sais, tu vis dans un foyer, dans un système où, en fait, il y a les apparences, Et le fait de briser ses apparences parce que tu es en souffrance, il y a un enjeu aussi de honte. Et d'ailleurs, ta belle-mère et ton mari te remettent à ça, souvent, tu l'as cité. Ta belle-mère, oui. Toi, tu ressentais, ton mari t'en a voulu d'appeler le SAMU, parce que ça va se savoir. Mime en a voulu de tout, d'être végétarien, de tout, de tout. Ok. Et il y a vraiment une question qui me brûle les lèvres, mais elle va arriver. Qu'est-ce qu'on fout là ? Pourquoi on est encore en train… Apparemment, vous êtes en thérapie. Pourquoi ? Mais tu y répondras après. Pourquoi est-ce que tu te bats tout de même pour ça ? C'est quoi la place de la honte ? Là, j'ai essayé de réfléchir sur comment on sort de ça. Tu viens de l'expliquer et je me demandais dans quelle mesure la honte t'empêchait aussi de dire, de témoigner, d'oser ? Parce que de témoigner, ça oblige à prendre des décisions. On ne peut pas se plaindre pendant 20 ans et ne jamais rien décider, de se prendre en main. Donc pas de honte ? Donc si, mais en fait, d'abord se plaindre avec un morceau de sucre dans la bouche quand on est privilégié socialement, c'est difficile. Moi, je trouve ça difficile, alors qu'il y a des gens qui souffrent… C'est complètement con, ce que je dis, mais c'est pas parce que les gens souffrent plus à Gaza qu'on n'a pas le droit de souffrir et de prendre des décisions pour se sortir d'un guépier. Mais il y avait un peu de ce raisonnement-là, quand même. Et puis, il y a aussi une extrême fatigue. Et prendre des initiatives quand on est épuisé, c'est compliqué. C'est compliqué. Parce qu'on trouve un certain confort. Et puis, moi, je suis habitué à ce qu'on me hurle dessus depuis 43 ans, donc… J'en dure finalement assez bien, même si ça me tue petit à petit. Si ça te tue petit à petit, pourquoi t'as pas divorcé ? Ça aurait dû arriver, en fait, parce que j'étais parti pour ne pas revenir. Et là, je ne sais pas à quel moment, on peut parler du après. Parce qu'on travaille aujourd'hui sur demain et ça se passe bien. Pourquoi ? Parce que je l'aime. Et que je sais qu'il m'aime aussi sincèrement. Et que cette… En fait, ce qui nous a sauvés, c'est quand même cette intimité. Parce que malgré tout, il y a quand même une intimité qui est là. Il y a eu des belles choses. On a eu aussi des… Je parle de ce qui est difficile, mais il y a aussi un attachement, un ancrage. Ce n'est pas forcément positif, mais il y a aussi ce degré de connaissance de l'autre ou connaissance qu'il y a de pire en l'autre et aussi ce qu'il y a de meilleur. Si on arrive à travailler sur ce qu'il y a de plus problématique… de mon côté comme du sien, on peut arriver à quelque chose de très beau. Mais pas sur les mêmes bases qu'avant. C'est-à-dire que les règles du jeu ne sont plus les mêmes. Je ne sais pas si je suis clair. Oui, je trouve ça très, très dur à entendre. Je trouve ça vraiment compliqué. Pardon, je trouve ça compliqué à entendre dans le sens vraiment. Je trouve ça compliqué pour moi à digérer, à connecter avec ce que tu dis. Mais c'est simplement parce que mon chemin de vie est peut-être différent. Mais du coup, je suis un peu bouche bée en me disant « Ok ». Parce que j'ai pas du tout envie de sous-entendre que moi, je sais mieux. Moi, je peux te répondre Guillaume, mais Guillaume, là, du coup, voilà, si je suis plus podcaster et je suis juste Guillaume et que je suis ton pote, mais… Ouais, mes amis sont comme ça aussi. Ok, je suis pas tout seul. Non. Ok. Non. Non. Mais après, je dirais que ça regarde mon intime. Il y a quand même des choses que j'ai envie d'explorer avant de prendre une décision radicale. Parce que ça mérite, en fait. Comme quoi ? Comme, par exemple, ça fait plus d'un an que mon mari ne crie plus. À une gestion de la colère qui est… Il a fait un travail profond, vraiment. Et donc, on n'a plus la même relation aujourd'hui. On avance, on a du mal avec la résolution des conflits. Mais du coup, quand il y a un conflit qu'on n'arrive pas à résoudre, on n'y va pas. Et puis, on attend de la séance pour se faire aider. Et puis, on travaille sur ce truc-là. Séance de thérapie, tu veux dire ? Conjugale, oui. On n'arrive pas au conflit, c'est-à-dire… Donc, lui ne crie plus ou il crie un peu moins ? Il ne crie plus. Il crie moins fort ? Il ne crie plus. Du tout ? Du tout. Du jour au lendemain ? Je ne l'ai plus jamais vu en colère. D'accord. Une fois ? En un an. Il fait quoi de sa colère du coup aujourd'hui ? Il fait un travail personnel. Son travail, il le regarde, mais il fait un travail personnel. Et puis moi aussi, je fais un travail personnel. Disons que la façon dont moi aussi je peux réagir probablement a un flux sur… Sur sa personnalité. En tout cas, lui, il fait un travail personnel. Ah oui, et dans deux secondes, ça va être de ta faute qu'il hurle, j'imagine. Ah non. D'accord. Mais disons que j'ai mis aussi en place des outils dans ma vie. C'est-à-dire que maintenant, j'ai un appartement. Ouais. Moi, j'ai toujours pensé qu'une relation de couple, pour qu'elle fonctionne pendant très longtemps, il faut qu'elle soit précaire. Et que tous les jours, on se dise oui. Et pas qu'on incruste des trucs avec une dépendance bancaire, financière, professionnelle. Et donc, je suis en train de mettre en place des choses qui me rendent indépendant. Financièrement, en termes de logement, aussi de mode de vie, de caractère. Je pars beaucoup plus le week-end. Enfin, je… Et puis c'est ok en fait pour moi, moi ça me rend heureux. Et tu es sorti de ce rôle d'aidant 24h sur 24. C'est terminé. Je le suis un peu plus qu'à mi-temps parce qu'on a redéfini les responsabilités de chacun et les limites de chacun. Et quand je ne peux pas, je ne peux pas. Ok. Je ne me culpabilise plus jamais. Et en fait, à la maison, ça se passe bien. Parce que d'abord, je n'y suis plus 7 jours sur 7. J'ai une vie sociale maintenant. J'ai des amis. Je travaille à avoir quelques amis, à sortir. Il ne se passe pas un week-end sans que je prenne le train pour me casser ailleurs et téléphone coupé. Donc en fait, quoi qu'il arrive, je n'y suis pour personne sauf pour moi. Oui. Et j'ai une vie sexuelle qui s'épanouit. Et donc, quand j'entre à la maison, je rayonne plus aussi. C'est là où je veux dire que ça peut influer sur lui. Non pas que je suis responsable. Je refuse de porter la moindre responsabilité sur les termes de qui que ce soit, d'ailleurs. En revanche, quand on rayonne, on peut faire fondre un peu les autres, surtout s'ils vous aiment. Comment il prend aujourd'hui soin de votre amour, ton mari ? Comment tu te sens aimé aujourd'hui ? qu'il n'aurait même pas pu imaginer possible dans sa construction. C'est-à-dire que le fait qu'on puisse avoir un logement conjugal, mais que moi je puisse avoir en plus un appartement, si j'ai besoin de me reposer, de relationner ou de socialiser avec d'autres personnes, ou de ne pas être parfois avec lui, parce que j'ai envie d'être seul. Moi j'apprécie de ne pas être seul parce que j'ai aussi des moments où je peux être seul. J'ai besoin d'être en centre-ville, j'ai besoin d'avoir des activités. Et ça, non seulement il accepte, mais en plus je ressens qu'il ne fait pas semblant quand il me montre que ça le rend heureux. Qu'est-ce que tes amis proches disent de tout ça ? Quand tu me disais mes amis ne comprennent pas, qu'est-ce qu'ils te disent ? en fait l'année qui vient de passer tout le monde pensait que je partirais parce que ça méritait que je parte après c'est ma décision dès lors que je suis en capacité de prendre une décision évidemment et moi ma décision ça a été d'abord mon conjoint m'a proposé un travail de thérapie conjugale Et je ne me sentais pas légitime à refuser. Après autant d'années de vie conjugale, j'ai dit « Ok, c'est une démarche que tu fais vers nous, vers moi. » J'ai la main étendue, j'y vais. On a eu un premier thérapeute qui était très problématique parce que lui validait qu'on pouvait traiter sa femme de connasse et que ce n'était pas forcément très violent. Donc je dis « Ok, tu n'as pas à le faire très longtemps. » Et donc là, on a trouvé un fonctionnement. On est dans un service hospitalier. Il y a toujours deux professionnels. C'est beaucoup plus cadré, le travail. Et c'est intéressant, même si c'est difficile. C'est très difficile parce qu'il faut sortir des choses. Il faut tout dire. Mais bon, on est sur un chemin. Et tes amis disent quoi ? En fait, il y a peu de personnes avec qui je rentre dans l'intimité de ce que je vis. Tu me disais, mes amis ne comprennent pas. Et tu disais, au début, tout le monde pensait que j'allais le quitter. Et aujourd'hui, ils disent quoi ? Alors aujourd'hui, ils sont respectueux de ma décision. Qu'est-ce qu'ils ne comprennent pas ? Alors, ce qu'ils ne comprenaient pas. Aujourd'hui, ce que je vois, c'est que les quelques personnes qui s'autorisent à être intimes avec moi, ce qui ressort des messages, des petites cartes postales, parce que les gens sont gentils, je reçois des lettres, je rayonne. Et en fait, c'est quelque chose qui n'était pas le cas. Et aujourd'hui, mes amis me le disent. Donc ça, pour moi, c'est un très bon indicateur. Si des gens qui m'aiment me disent « Écoute, on te sent bien, tu rayonnes », je me dis que je suis sur un bon chemin. Donc globalement, ce que je mets en place aujourd'hui, je ne sais pas où je serai dans cinq ans, peut-être qu'on refera un podcast et puis… Peut-être que je serais en Australie ou je ne sais pas où. Mais aujourd'hui, je ne sais pas où je vais. Je vis au jour le jour. Je ne crois pas aux grandes révolutions, aux grands soirs, petits matins. Je construis un jour après l'autre avec un objectif. D'abord, c'est de réparer cette relation et d'y mettre tous les moyens. Et si on n'y arrive pas, on n'y arrive pas. Mais si on y arrive, on aura passé un sacré truc. En fait, fin de notre premier épisode. Dans la suite, on va parler de ta nouvelle sexualité, de tout ce qui s'est ouvert de l'après. Je te propose. Et notamment, il y a deux choses que je me suis noté, que je vais teaser, que je n'ai pas envie d'oublier. La première, c'est cet orgasme incroyable au sauna. Ah, c'était pas au sauna, l'orgasme incroyable. C'était où ? En cabine ? Moi, j'ai noté en cabine, mais je me dis, mais c'est quoi ? Bon, tu diras. J'en ai eu en cabine, mais mon premier, c'était pas en cabine, mais j'en ai eu en cabine. Mais c'est ça, tu m'as parlé d'un bon passant. Mais j'ai eu un putain d'orgasme. C'est ça. Et le deuxième, c'est cette fameuse soirée d'hier soir. Cette soirée fictive. Y es-tu allé, oui ou non ? Juste oui ou non ? Ménage le suspense ? Alors ménage, rendez-vous à l'épisode suivant.

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