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On y va ? C'est parti. Tu veux t'appeler comment ? Yacine. Ton vrai prénom ? Oui, tout à fait. Quand t'es arrivé, je t'ai demandé comment tu te sentais et tu m'as dit je me sens comme la première fois que j'ai fait un tatouage. Tout à fait, exactement. C'est le même type de sensation, c'est-à-dire que c'est quelque chose que j'ai envie de faire mais en même temps que je redoute.
Parce que je ne suis pas forcément toujours à l'aise avec le fait de raconter des choses très personnelles, tout ça. Donc voilà, c'est une sensation à laquelle j'ai envie de m'habituer, on va dire. Il ressemble à quoi ce premier tatouage, tu veux le dire ? Alors moi, je le considère comme un seul tatouage, mais en fait, c'est deux tatouages qui représentent le masculin et le féminin au niveau des épaules.
Est-ce que tu as regretté ce tatouage ? Pas du tout. Du coup, tu ne vas pas regretter ce témoignage ? Non, je ne pense pas, effectivement. Est-ce que tu peux me dire un peu plus sur toi, sans parler de sexualité, qui est Yacine ? Tu peux dévoiler ce que tu veux, mais si on devait s'imaginer qui est en train de parler, qui es-tu ?
Alors, que dire ? Je peux raconter un petit peu mon parcours, effectivement. Je m'appelle Yacine, j'ai 33 ans, je suis née et j'ai grandi au Maroc jusqu'à mes 18 ans.
Je suis venu après pour mes études sup. Je suis resté après. Que dire de ma personnalité ? Je suis quelqu'un de très solaire, qui est dans la vie, qui adore manger, boire, rire. C'est quelque chose de très important pour moi.
J'adore voyager aussi. C'est une passion. J'ai une passion même très particulière pour le Japon que j'ai déjà fait une fois et que j'aimerais bien refaire bientôt. Qu'est-ce qui t'attire particulièrement dans le Japon ? Le fait que ce soit très, très différent.
Et que justement, ce qui est marquant avec le Japon, c'est que c'est une fusion parfaite entre la spiritualité, le passé, une connexion vraiment très, très forte avec son histoire. Et en même temps, c'est un pays qui est ultra moderne.
Donc ça donne un contraste qui est, je trouve, assez unique, qu'on ne retrouve pas dans d'autres pays dans le monde. Sachant qu'en plus, c'est un pays qui a été fermé sur lui-même pendant des années. C'est très intéressant de voir effectivement comment ce pays a évolué. Tu commençais notre échange en disant « j'ai autant envie de faire que de ne pas faire ce témoignage », si je comprenais bien. Pourquoi c'est important pour toi de témoigner ?
C'est important pour moi de témoigner parce que je trouve qu'il y a un temps justement pour comprendre et assimiler son histoire et un temps pour la banaliser suffisamment dans sa tête pour pouvoir en parler de manière complètement ouverte.
C'est ce que j'appelle un peu le processus de coming out, c'est-à-dire que je suis en psychanalyse depuis pratiquement deux ans maintenant, je compte même en faire ma profession et du coup il y a un peu cette barrière dans ma tête où je me dis « si tu veux aider les autres à se sentir mieux et à être eux-mêmes, il va falloir que ça commence par toi ».
Et imagine, en fait, on a trois minutes, il nous reste trois minutes et il y a une seule chose de toute cette histoire, de tous ces méandres que tu aimerais partager, tu dirais quoi ? Est-ce qu'il y a un point clé ou un ingrédient secret que tu aimerais partager ? Un ingrédient ? Tu parlais de second coming out, tu aimerais coming out de quoi ?
de mon homosexualité déjà parce que 33 ans mais toujours pas ça a commencé un petit peu j'en ai parlé par exemple avec ma soeur il y a à peu près un an maintenant tous mes amis le savent mais il reste encore cette étape qui est quand même assez cruciale et importante qui est celle des parents que j'ai pas encore franchi exactement pourquoi ?
Des croyances limitantes essentiellement, me raconter de belles histoires pour éviter de m'affirmer effectivement, me dire que de toutes les façons ça va les détruire complètement, qu'ils vont jamais s'en remettre, ils sont assez âgés donc du coup j'avais peur aussi de leur réaction et que ça puisse potentiellement mettre leur santé voire leur vie en danger.
Donc voilà, plein de choses qu'on se raconte à soi-même histoire de rester un petit peu dans son inconfort. Et bon, mine de rien, aujourd'hui, on va dire que quasiment le plus gros effet. C'est-à-dire que là, je pense que quelque part aussi, eux de leur côté, ils s'en doutent. On n'en parle pas.
Jusqu'à il y a quelques mois, j'avais encore des petits messages subliminaux. Quand est-ce que tu vas nous ramener une fille ? Bon bah là, je pense qu'ils ont bien compris effectivement qu'il n'y aura pas de fille dans l'histoire. Donc en le disant à ta sœur, tu penses qu'elle l'a répétée ? Pas du tout, pas du tout. Du coup, qu'est-ce qui a changé ? En fait, c'est tout le rapport avec mes parents qui a commencé à changer. C'est-à-dire que j'ai commencé à affirmer.
les points de désaccord que je pouvais avoir avec eux, que ce soit dans la vie de manière générale ou dans mes comportements, notamment, surtout par rapport à la religion. Parce que je suis issu d'une famille très traditionnelle marocaine, donc forcément très, très, très croyante, très musulmane, très pratiquante. Et du coup,
un truc tout con mais par exemple le ramadan jusqu'à il n'y a pas très longtemps ils étaient persuadés que je le faisais alors qu'en fait pas du tout la religion ça fait longtemps que je l'ai rejeté et pour la première fois tu leur as dit ouais ouais ouais ça s'est pas hyper bien passé mais en même temps ils s'en doutaient un petit peu parce qu'effectivement j'étais rentré un an avant et avec mon tatouage mon piercing etc et puis ma mère pour elle c'est la fin du monde enfin
rentrer au Maroc ? non pas rentrer au Maroc mais avoir des tatouages tu as dit l'année dernière je suis rentré je suis rentré au Maroc et en fait elle a vu les tatouages et le piercing et ça lui a pas plu du tout donc elle m'a traité de quoi déjà ?
J'ai explosé de rire. Pour moi, ce n'est pas vraiment une insulte. Même si dans le fond, je suis croyant, je ne suis pas athée. Mais c'était drôle de voir effectivement à quel point ça la faisait réagir. De toutes les façons, dès que j'avais le moindre petit comportement qui était différent de l'image qu'il voulait garder, on va dire entre guillemets, de moi, on partait quasi systématiquement en clash. Donc bon...
Tu dis que tu es en train de faire un coming out au-delà de la sexualité. En tout cas, ce n'est pas encore fait. Mais tu t'affirmes, tu t'assumes sur des différences. Et tu as dit le gros effet. Est-ce que tu vois un impact sur ta sexualité ?
Ce chemin de coming out, en termes d'identité, est-ce qu'il impacte tes rapports sexuels intimes ? Forcément. Des changements aussi profonds, on va dire, ça laisse forcément des traces. Donc oui, sexuellement, je commence à sentir un petit peu l'effet. Ça a pris un peu de temps.
En ce moment, c'est un peu le désert de Gobi. Mais en gros, je commence à sentir l'effet au niveau de ma sexualité. On ne va pas dire que j'adore mon corps, mais je vis avec maintenant. Alors qu'avant, j'avais un gros problème, un gros souci là-dessus. Effectivement, c'est que je ne m'acceptais pas du tout. Je n'aimais pas mon corps. Mon rapport à mon propre corps a changé. Et puis aussi, la prise d'initiative.
qui était complètement absente, avant justement de commencer à me poser des questions sur moi-même, m'affirmer, etc. Je sais que je me laissais plutôt driver, alors que maintenant, effectivement, c'est du mouette-mouette.
Ça veut dire quoi d'être devant aussi ? Manifester une envie, un désir avec un mec, l'assumer pleinement ?
Même les marques d'attention, tout au niveau des rapports avec les hommes qui ont changé. Est-ce que tu peux me raconter ta dernière fois sexuelle ? Oui, c'était chez moi, ce qui est très très rare. Avec un ex-date que je voyais depuis quelques semaines, ça doit être il y a...
Première quinzaine d'avril, je dirais. On était à la maison, il est arrivé vendredi soir, on a passé tout le week-end ensemble. On a commencé à prendre l'apéro et j'étais chaud, donc je lui ai sauté dessus. Je crois que j'ai rarement pris mon pied comme je l'avais pris la dernière fois, j'avoue. Et comment tu l'as pris ? Ton pied ou le monsieur ?
Bah en fait on a commencé sur le canapé, on a bougé sur le lit, enfin bref c'était un feu d'artifice quoi. La passion dans son expression la plus pure et la plus simple. Et ça c'était nouveau pour toi ? Oui. Complètement. Avant le rapport sexuel c'était surtout synonyme de douleur.
et de mal-être, quelque part. Parce que je pratiquais une sexualité où je me suis quelque part un peu perdu dans l'histoire. Et au lieu d'être dans mon corps, dans les sensations, à me poser déjà la question de ce que j'ai envie de faire et de ce que j'ai pas envie de faire,
je m'adaptais constamment à la personne qui était en face de moi donc en fait je me retrouvais à faire des choses qui ne me plaisent pas une position en plus où je suis pas forcément très à l'aise et du coup bah en fait je suis crispé tout le long ça se passe pas bien j'ai qu'une seule hâte c'est que ça se termine
C'était pas une partie de plaisir. Et à ce moment-là, précédemment, c'était pas possible pour toi de dire non, c'est ça que je comprends ? Oui, c'est-à-dire qu'en fait, ça a été un gros travail en psychanalyse, effectivement, à faire, mais il y a...
La sexualité était, comme tout le reste d'ailleurs, même mes relations ça a été exactement la même chose, c'est-à-dire qu'en fait j'étais constamment tourné vers l'autre sans même me donner de place ni d'importance dans l'équation. Et en fait c'est ce que finalement je finissais par reprocher à ces mêmes mecs-là au bout de quelques mois.
Et en fait, c'est en répétant un petit peu ce schéma au bout de quatre fois, quand même, que j'ai fini par me dire OK, très bien, il y a un truc qui cloche. Il y a un truc qui ne va pas. Je me retrouve exactement dans les mêmes situations. C'est que peut-être il y a quelque chose en dessous, il faudra peut-être aller creuser. Et du coup, c'est ce qui m'a mené un petit peu vers le travail de psychanalyse. Et oui, en gros...
J'ai eu une phase au début de ma sexualité où ça allait bien. Et puis ensuite, expérience de viol, donc assez traumatisante avec un ex. Suivi d'une autre expérience, en l'occurrence, où c'était un ex... C'était la première fois, en fait, c'était le premier mec avec qui je le faisais sans capote.
Et il m'a contaminé du VIH. Donc forcément, en cumulant des expériences comme ça, on ne peut que vivre une sexualité compliquée dans la douleur, dans la souffrance, dans la peur de cette souffrance. Ce qui fait qu'on n'est absolument pas du tout dans le désir, dans le plaisir, ni dans le « de quoi j'ai envie ? »
Si on prend les émojis du podcast, tu sais, la cover, je vais aller chercher mon téléphone et je vais te les montrer. Si on prend ces émojis, j'aimerais que tu me parles alors de ton désir.
d'aujourd'hui, celui que tu es en train de reconquérir, puisqu'avant tu n'arrivais pas à exprimer ou à sentir peut-être ce que toi tu aimais. J'aimerais que tu me racontes les pratiques sexuelles aujourd'hui que soit tu aimerais envisager, soit que tu explores. Alors, qu'est-ce que je choisis, c'est ça ? Je dirais la double flèche.
parce que pour l'instant, effectivement, je suis plus passif, mais une envie, un désir d'être actif qui commence à s'éveiller tranquillement. Donc oui, carrément. Et il s'éveille dans le sens... T'as envie de prendre du plaisir, à pénétrer, ou tu as... Oui. Oui, oui. Enfin, je sais pas, j'ai...
Je suis persuadé qu'on doit forcément tester les deux pour avoir une vision complète des choses. Parce que ce n'est pas tout à fait le même type de plaisir.
Il y a quand même de grandes différences entre être actif et être passif. Et je trouve que les deux approches sont complémentaires. Du coup, ça permet d'explorer vraiment la sexualité de deux manières différentes, deux possibilités. Toi, aujourd'hui, tu es heureux d'être passif ? Tu aimes la pratique de la pénétration en passif ? Tu aimes ça ?
C'est pas ce qui me fait kiffer le plus, la pénétration, typiquement. Je sais que je suis sensible du cou, le lobe de l'oreille, les tétons. C'est un peu diffus, tout le corps. Et pas forcément que la sodo, effectivement. En gros, c'est sympa, mais c'est pas ce qui me fait grimper au plafond, ça c'est sûr.
Qu'est-ce qui te fait grimper au plafond alors ? Je dirais les caresses, la sensualité, les fellations aussi bien évidemment, j'adore ça.
Et... Ouais, je sais pas. Enfin, c'est plus... En fait, ce que je trouve dommage dans la pénétration, c'est que t'as quand même pas mal de positions où tu peux pas voir ton partenaire. Et moi, j'aime bien avoir mon partenaire toujours en face. Donc du coup, je trouve que ça change tout. Il y a un truc qui se passe au niveau du regard qui...
qui est quand même assez excitant. Quand je n'ai pas ça, effectivement, je ne suis pas... Ce n'est pas la folie. Est-ce que tu vois d'autres... Attends, il faut que je débloque mon téléphone. Est-ce que tu vois d'autres émojis qui... La flamme, forcément. C'est la passion ? Oui. Les petites gouttelettes.
J'aime bien tout ce qui est fluide, mais pas tout. Je donne pas trop dans tout ce qui est uro, c'est pas trop mon délire. Mais ouais, la salive, la sueur, le sperme, j'adore ça. Mais t'adores ça de recevoir, d'avaler ? Ça veut dire quoi j'adore ça ?
J'adore voir un mec jouir. Donc après, où est-ce qu'il jouit ? Oui, effectivement, la bouche, le corps, peu importe. Mais c'est l'acte de jouissance qui est beau, je trouve. Et la salive ? Comme tout le monde, embrasser. Tu pourrais aimer te faire cracher dessus ?
Oui, oui, dans le feu de l'action, ça m'arrive de kiffer effectivement, mais sans contexte, ça fait un peu bizarre. Si tu vas un peu plus bas, dans les émojis un peu plus pratiques extrêmes ou en tout cas classées comme extrêmes ?
il y en a que je ne reconnais même pas pratique extrême c'est quoi la feuille de personne ne la comprend je pense que c'est une erreur moi quand j'habitais en Amérique du Nord la feuille ça voulait dire 420 ça voulait dire cannabis weed ou cannabis en étant marocain je ne peux que choisir mais je crois que je me suis trompé de feuille en vrai oui c'est une feuille d'automne d'automne
Ce n'est pas une feuille de cannabis. Pas d'attirance sur les aspects BDSM. En fait, tu parlais au début, tu as beaucoup vécu ta sexualité comme une souffrance, une douleur. Si je comprends bien, c'est que tu cherchais des rapports sexuels avec des mecs qui te disaient pas du tout, j'ai envie de te frapper ou d'avoir des pratiques BDSM. Mais dans cette recherche de sexualité, eux, ce qu'ils faisaient, ça te faisait du mal, c'est ça ?
En fait, pour la plupart quand même, ils étaient assez BDSM justement, branchés à Trip, Sado, ils aimaient bien les souvenirs, etc. Tu te présentais comme tel ? Oui, pour leur plaire.
L'adaptation, c'est l'histoire de ma vie. Donc effectivement, quand je suis en face de quelqu'un et qu'en général, je le sens que cette personne aime bien la domination, etc., en fait, je m'adapte.
Donc, je peux un peu te gratouiller ? Vas-y, vas-y. Parce que tu es sur des réseaux de rencontres. Ouais. Et dans tous les interactions que tu as avec les gens, tu te retrouves principalement avec des hommes qui aiment les pratiques plus BDSM, où eux, ils sont actifs, dominants. Toi, tu tombes dans le passif soumis. Je me dis, en fait, en vrai...
quelle est la part de toi qui projetait sur ton profil un caractère, justement ces étiquettes-là, et qu'eux, du coup, venaient à toi comme ça ? Parce qu'il y a plein de gens sur les réseaux de rencontres qui apprécient ces pratiques et d'autres pas. Ces pratiques, oui, effectivement. En gros...
Toi, tu penses que c'est par hasard que tu t'es tapé plusieurs fois des mecs assez sadomaso dominants ? Oui, oui, c'est pas un hasard. De toute façon, effectivement, dans ma recherche de mecs, on va dire, entre guillemets, ça faisait partie des critères, clairement. Au même titre que...
s'est rattaché à un truc qui est beaucoup plus gros et beaucoup plus important. C'est notre conception, enfin ma conception en tout cas, du masculin et du féminin. Parce que quelque part dans mes relations, je me retrouvais toujours avec... Enfin, je m'identifiais à ma part féminine, on va dire, entre guillemets, essentiellement.
Et du coup, je recherchais le masculin. Mais le masculin dans toute sa puissance, dominant, etc. Et bon, tout le travail de la psychanalyse, justement, c'était de déconstruire un petit peu cette vision du masculin et du féminin et de me rendre compte que
en fait on y met un peu ce qu'on veut. C'est des conventions, c'est des normes, mais les normes ne sont pas la loi absolue de l'univers. Et donc du coup j'ai commencé à explorer un petit peu mon côté masculin,
Ce qui a fait que ça a rééquilibré un petit peu le truc. Et qu'aujourd'hui, bon, ça reste quand même, je pense qu'on ne peut pas foncièrement changer de manière radicale. Donc, les pratiques BDSM, c'est quelque chose que j'aime et que j'aimerais toujours. Maintenant, c'est juste que j'ai envie de nuancer et de découvrir d'autres formes de sexualité, on va dire, entre guillemets, pour grandir, évoluer. Tu aimes quelle pratique de BDSM ?
Je suis très joueur au lit. Et comme j'ai peu de limites, finalement, j'ai quand même fait beaucoup de choses. C'est essentiellement un rapport soumis-domi. Qu'est-ce que j'ai fait de fou ?
C'est plus un jeu de rôle mental que des pratiques, je ne sais pas, chibari, s'attacher avec des feuilles, j'allais dire, non ? Des cordes. Des cordes, merci. Non. Non, ça, je n'ai pas fait, mais ça me sent très bien. Le cuir. Le cuir, oui, bien sûr, c'est classique. Alors, pour toi. Mais du coup, ça veut dire quoi ? Tu portes du cuir ?
Oui, j'ai quelques petits trucs en cuir. J'ai exploré ma sexualité et ça a commencé par une nouvelle résolution de début d'année, un truc à la con avec ma meilleure pote. On s'est dit cette année, on lance la révolution sexuelle.
Parce qu'elle, en l'occurrence, elle voulait absolument atteindre l'orgasme. Et du coup, on a commencé... Moi, je suis très carré, très terre à terre, très process. Donc du coup, pour moi, une révolution sexuelle, la première étape, c'est... Je sais pas. C'est forcément la garde-robe.
Pour entamer effectivement un changement, pour moi, c'était évident. Il fallait tester, commencer déjà par la garde-robe, donc voir les vieux boxers tout pourris. Et en fait, j'ai acheté un peu de tout pour vraiment tout découvrir, voir ce qui me plaît, ce qui ne me plaît pas, ce qui me va bien, ce qui ne me va pas. En garde-robe ? Non, en sous-vêtements. En sous-vêtements.
Bon, c'était le dernier truc qui restait. De toute façon, toute la garde-robe était... C'est intéressant. Du coup, c'est quoi la place du sous-vêtement dans ta sexualité ? Ça veut dire, en achetant des sous-vêtements diverses et variées, tu peux les citer, juste pour qu'on parle de la même chose ? Il y a du jogstrap, il y a du string, il y a du jogstring, il y a du tanga, il y a du slip, enfin, vraiment de tout, pour la peine. Et en les portant ?
Est-ce que ça, ça avait un aspect sexuel déjà pour toi ? Ou est-ce que pour toi, le début de ta révolution sexuelle, c'est d'aller faire l'amour ou un rapport sexuel avec quelqu'un en portant ses nouveaux souhaitements ? Et en te dénudant ou en te faisant dénuder ? Non, en fait, ça commençait déjà par l'achat, effectivement. Parce que du coup, c'est...
redécouvrir un peu son corps, s'amuser avec une nouvelle panoplie d'accessoires. Et c'était ça justement qui était kiffant, qui était intéressant. C'est que ça m'a permis de me... C'est de la renarcissisation pure et dure.
Donc, ça a commencé par là. Bon, forcément, mon premier ex, quand j'avais passé les commandes, effectivement, lui, il n'était pas fan. Enfin, il s'en foutait. Donc, du coup, ça n'a pas changé grand-chose pour lui. Mais oui, quelques mecs que j'ai rencontrés après, effectivement, qui aimaient bien ça. Du coup, ça rajoute un petit côté... Bon, qu'est-ce que t'as mis aujourd'hui ? Enfin...
C'était quoi ? D'ailleurs, qu'est-ce que tu as mis aujourd'hui ? Très bonne question. Aujourd'hui, c'est un jockstrap. Tu veux décrire ce que c'est pour les gens pas connaisseurs ? Comment tu décrirais ça ? Je dirais que c'est comme un slip, sauf qu'en fait, il n'y a pas de tissu à l'arrière.
Il n'y a que les deux bandes effectivement qui passent le long des fesses. Et voilà. Donc c'est un slip sans la moitié de tissu. Sans le derrière. Ça fait quoi pour toi de porter un sous-vêtement sexy ou ce sous-vêtement-là ? Ça fait quoi pour toi dans ton quotidien sans forcément avoir de rapport sexuel ? C'est mon petit plaisir.
Il y en a, c'est les cravates. Il y en a, c'est les nœuds papes, les chemises. Moi, c'est les sous-vêtements. Le matin, j'aime bien choisir le sous-vêtement que je vais mettre avant de sortir, aller au boulot, etc. C'est un petit rituel, on va dire. C'est un petit plaisir. C'est quoi la deuxième étape de ta révolution sexuelle ? On a commencé par les sous-vêtements.
Comme tu es très process, j'imagine qu'il y a une étape 1, donc il y a une étape 2. Forcément. L'étape 2, c'était l'exploration du corps.
Donc beaucoup, beaucoup, beaucoup de massages. Que tu donnes ou que tu reçois ? Les deux. Les deux. Et ouais, on a fait quelques trucs, les yeux bandés, etc. Mais bon, c'est vrai que sexuellement, ça n'a pas vraiment pris. Parce que c'était à l'époque, je sortais avec mon ex. Ça battait un petit peu de l'aile. Donc bon.
On a fini par rompre avant la fin de l'année. En plein milieu de la révolution. C'est ça.
Mais bon, la révolution avait déjà porté ses fruits parce que mine de rien, effectivement, je lui ai dit... Enfin, c'est moi qui... Enfin, je l'ai quitté, ouais. Parce que justement, j'étais arrivé à un stade où j'en pouvais vraiment plus. Pour la peine, je me suis beaucoup trop adapté. Lui, pas du tout.
Et on était arrivé à un stade où j'étais tout sauf sans mec. C'était incohérent. Les règles qui s'appliquaient pour moi, typiquement, ne s'appliquaient pas pour lui. Exemple concret, quand on s'est rencontrés...
je devais partir quelques semaines après en Thaïlande avec des copines et en fait il m'avait fait un caca nerveux pendant plus de deux semaines avant mais comment je vais faire mais machin mais non mais tu peux pas partir mais tu peux pas me laisser tu peux pas m'abandonner enfin bref les termes étaient assez forts et et en fait on
Un an plus tard, le mec décide de partir. En gros, il partait assez régulièrement voir ses parents à Chambéry, un week-end sur deux. Et en fait, il décide de partir en vacances avec ses parents. Comme il disait, sa famille, ça faisait très très mal. Ta famille et moi, du coup, je suis quoi à côté ? C'était un petit peu bizarre comme terme.
Mais ouais, il partait en vacances avec sa famille pendant quasiment six semaines.
tu te rends compte que tu consommes quasiment toutes tes vacances de l'année bah oui mais c'est mes parents je pars en vacances en famille je dis d'accord donc en fait moi je pars quelque part pendant quelques jours c'est la fin du monde mais toi par contre quand c'est toi il n'y a pas de problème sexuellement tu t'adaptais aussi beaucoup ? oui et sexuellement même on était arrivé à un stade où en fait lui il avait une libido assez prononcée donc pour lui en temps normal c'était deux fois par jour
Moi, c'est plutôt aux alentours d'une fois par semaine, grand max. Du coup, il était tout le temps frustré. Et en fait, un soir, je me souviens, on s'est couché, tout va bien. On dort. Et puis, à un moment donné, je me réveille en sentant du sperme sur mon cul. Et je me retourne, je regarde, je me dis...
Tu te fous de ma gueule ? Je dormais là. Qu'est-ce qui s'est passé ? Ah bah écoute, j'en pouvais plus, je me suis branlé. Donc vas-y, lève-toi, va te nettoyer, etc. Parce que monsieur a eu une envie en plein milieu de la nuit. Le consentement, bien évidemment, passait sous silence. Et ouais, c'était une semaine un peu particulière où il m'avait quand même chargé de plein de petits trucs comme ça. Et en fin de compte, j'ai pris le temps, je suis rentré chez moi et je me suis dit mais en fait, non.
T'as réussi à poser ton nom. Ça n'a pas été facile, effectivement, mais... C'est quoi l'étape 3 de la révolution sexuelle ? On a fait les sous-vêtements, on a fait les massages... Bah... L'étape 3, c'est... C'est le plaisir sexuel, tout simplement. Donc, en gros, c'est bien de commencer par... Les sous-vêtements. Explorer son corps, c'est très bien aussi. Mais bon, enfin...
Explorer son corps avec quelqu'un, c'est encore mieux. Et tu disais en ce moment, c'est le désert de Gobi. Ouais, il se passe pas grand chose en ce moment. En même temps, j'ai une vie qui est un peu compliquée. Je suis freelance, donc je bosse à mon compte 5 jours par semaine.
Et je cumule une formation pour devenir psychanalyste. J'en ai pour 4 ans une quinzaine d'heures de cours. J'ai une psychanalyse et je fais un peu d'associatif aussi. Du coup, ça fait que mes semaines sont ultra chargées et je n'ai pas forcément le temps non plus de...
de temps à dégager pour sortir, faire la fête, avoir de l'espace pour quelqu'un, que je vais voir régulièrement, etc. C'est un petit peu compliqué. C'est un choix, tu crois ? En ce moment, tu n'as pas envie, tout simplement ?
C'est un choix, je dirais que non. Mais ça me convient pour l'instant. Je pense qu'à un moment donné, j'ai fini par prendre conscience que j'avais une énergie qui était quand même limitée. Même si j'en ai beaucoup, à revendre. Et que du coup...
il fallait se concentrer sur les choses essentielles donc là j'ai quand même pas mal de chantiers de choses sur le feu donc voilà je me prends plus la tête je me dis bon s'il doit se passer quelque chose ça va se passer et puis voilà nous on a échangé sur un réseau de rencontres qu'est-ce que tu fais du coup sur un réseau de rencontres ? c'est plus de la curiosité j'aime bien regarder ça fait passer le temps en fait
regarder les gens autour, etc. Je croyais que tu n'avais pas le temps. Si tu peux le passer, sinon que tu en as, non mais je te taquine. Non, en gros, le temps de regarder un écran, ce n'est pas la même chose effectivement que de s'engager dans quelque chose avec quelqu'un, etc. C'est...
Je me dis que tout simplement, en gros, le jour où ça arrivera, ça arrivera et puis c'est tout. De toute façon, il n'y a jamais de bon moment. Tu disais tout à l'heure dans ton rapport au corps que c'était compliqué. C'est intéressant. Est-ce que tu veux te décrire pour les gens qui ne voient pas ton corps ? Comment me décrire ? Un mètre soixante-dix ?
je fais combien je crois que je fais 64 65 kilos euh calvitie enfin en même temps crâne crâne non pas chauve mais coupé très court quand même ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah
Pas assez musclé. Je me trouvais trop petit. J'aime pas la couleur de mes yeux. Enfin bref, en gros, j'aimais quasiment rien. C'était au point où, par exemple, rien que le fait de passer devant un miroir, ça me gênait. Le fait de me sentir...
Enfin, sentir un regard sur moi, ça me gênait énormément. En gros, j'étais très, très en retrait et... J'aimais pas trop être au centre de l'attention. Et aujourd'hui ? Quand tu te dénudes avec quelqu'un, t'as encore des pensées ? Oui, ça disparaît jamais complètement. Mais ça va. Je relativise en me disant « Bon, je suis pas dégueulasse non plus. »
Ça va, j'arrive à plaire. Enfin bref, j'arrive un petit peu à mieux gérer et à me dire qu'en fait, de toute façon, on n'est jamais satisfait avec ce qu'on a. Donc, en partant de là, ça ne sert à rien de se pourrir la vie, effectivement, et passer son temps à vivre dans les « et si » et les regrets, etc. »
T'as l'impression que c'est vrai les pensées que t'as ? Parce que moi, quand je t'ai vu arriver, j'ai pas du tout... Enfin, t'as un corps qui correspond tout à fait à la norme attendue. Je te dis pas que du coup, ce que tu penses est faux. Mais tu es très beau.
Et du coup, on est d'accord que tout ça, c'est subjectif et que moi, je peux le penser, d'autres ne peuvent pas le penser. Mais est-ce que tu as l'impression que dans ton rapport à ton corps, tu es juste ou est-ce que tu as l'impression de t'automito ? Ah non, je ne suis pas juste. J'en ai parfaitement conscience. Je le sais. Mais c'est comme ça. C'est un truc...
Disons que je ne pouvais pas m'en empêcher en tout cas. Aujourd'hui, j'arrive plus à me raisonner en me disant « je fais fixer sur des petites broutilles, des détails de rien du tout, je devrais plutôt que de me concentrer sur les trucs qui ne me plaisent pas, me dire qu'au contraire, je suis jeune, je suis en bonne santé, je n'ai pas de problème de poids, contrairement à je ne sais même plus combien de personnes qui ne sont jamais satisfaites de toute façon, soit je suis trop gros, soit je suis trop maigre, machin. »
Aujourd'hui, ça va, j'arrive à mieux le vivre, j'arrive à mieux accepter mon corps. Ça n'a pas été évident. Ce n'est pas évident tous les jours, ça c'est certain. Mais bon, petit à petit... Tu avances, tu chemines. Dans cette révolution sexuelle et dans ce réapprentissage, j'ai l'impression que tu es sur un chemin. Qu'est-ce qui, aujourd'hui, continue à te bloquer ?
Sur le réseau de rencontres où je suis allé te parler, tu t'indiquais passif, alors que tu viens de me dire que tu es plutôt dans un moment et dans un endroit où tu as envie d'amener de la versatilité, de la nuance, etc. Qu'est-ce qui fait que tu continues à écrire passif uniquement ?
Qu'est-ce qui t'empêche aujourd'hui ? C'est quoi les aspects qui continuent à être bloqués pour gagner la révolution ? En fait, c'est le paradoxe des applis type Grindr, etc. C'est qu'en fait, je suis dessus, mais je ne vais jamais sur mon profil. Donc en fait, je ne sais pas ce qui est marqué dessus. Des fois, on me dit « Ah, pas mal ta blague, etc. » Je me dis « Mais quelle blague ? »
Et donc, du coup, je retourne redécouvrir mon profil. C'est comme ça que, par exemple, pendant trois ans, je n'avais pas mis à jour mon âge jusqu'au moment où, en fait, un pote à moi s'est connecté. Il m'a dit « Oh, c'est scandaleux, tu n'assumes pas ton âge. » Et je me dis « Mais quoi ? » Et en fait, effectivement, bon, en gros, je ne sais plus c'est quelle application, mais tu ne rentrais pas ta date de naissance, tu rentrais ton âge directement. Donc...
Tu tournes un peu autour de la question parce qu'en gros, plusieurs fois, tu t'es rendu compte que tu avais oublié de mettre à jour ton profil. Mais là, aujourd'hui, tu continues à ne pas le mettre à jour. Pourquoi ? Qu'est-ce qui te bloque en fait ? En fait, je n'y suis pas pour darguer. C'est que vraiment, je... Je ne suis pas du tout d'accord. J'ai trop l'impression que...
Non, je comprends pas. Qu'est-ce que tu... Non, je comprends pas. T'as aucune attente ? C'est-à-dire, t'es sur Grindr, t'as mis apparemment, du coup, différents trucs sur ton profil, mais tu sais pas trop. Mais peut-être que... Excuse-moi, c'est mon opinion. Raconte-moi, est-ce que toi, juste, tu te masturbes en regardant les photos des gens, et c'est cool, et d'ailleurs... Mais j'ai du mal avec ton petit sourire de... Ah non, en fait, j'y suis, mais j'y suis pas. Je sais pas ce qu'il y a marqué sur mon profil. Non, mais vraiment. Enfin, c'est-à-dire que...
J'y suis. Comme si tu subissais. J'y suis. Mais c'est exactement ça, en fait. Ce n'est pas mon moyen de drague, on va dire, de prédilection. Clairement pas. L'idée de recevoir... D'avoir un copier-coller, de toute façon, de la même conversation, parce que finalement, c'est exactement la même question qu'on te pose, quasi de la même manière. C'est ce côté...
Pas du tout personnel qui me dérange, en fait. Sortons de Grindr et revenons à ma question. Est-ce que sur ton chemin de révolution sexuelle, est-ce qu'il te reste des crans à gagner ?
Oui mais le combat c'est pas vraiment la révolution sexuelle en elle-même, c'est juste un cheminement interne pour assumer ses désirs et connaître mon corps surtout. Donc je dirais que s'il y a encore du travail à faire c'est là-dessus.
Parce qu'aujourd'hui, par exemple, à force de massage, je me sens plus à l'aise dans mon corps, mais c'est loin d'être fini. Par exemple, typiquement, un masseur qui s'approche de mes pieds ou de l'intérieur des cuisses, c'est tout de suite compliqué. En général, c'est des zones où je dis non, non, non, pas la peine, passe à autre chose, parce que là... Mais bon, enfin...
Ça aussi, étant plus jeune, j'ai vécu deux attouchements alors que j'étais encore enfant. Donc ça aussi, ça n'aide pas en fait par rapport au rapport que je peux avoir avec mon corps et le fait que je n'aime pas mon corps. C'est intimement lié. À travers le rejet que je fais de mon corps, c'est le rejet de...
du désir que j'ai pu sentir à ces moments-là qui était hyper mal placé et donc du coup enfin voilà comme ça a été une expérience qui était complètement traumatisante bah en fait
J'ai littéralement classé le désir comme étant quelque chose de traumatisant, d'hyper négatif, etc. Et c'est là-dessus que j'ai besoin de travailler, justement pour me réapproprier à la fois mon corps et me réapproprier aussi ce désir que je peux avoir, que j'ai mis de côté pendant des années.
Imagine, on fait un deuxième épisode dans quelques années. T'aimerais pouvoir me raconter quoi ? Qu'est-ce qu'il est advenu sur ton chemin d'épanouissement sexuel et autre ? Ou sexuel et autour de la sexualité pour Yacine ?
Dans quelques années, je me vois épanoui sexuellement, effectivement, bien dans mon corps. Ça veut dire quoi épanoui sexuellement pour toi ? Épanoui sexuellement, ça veut dire plus d'angoisse par rapport au rapport sexuel, me sentir complètement à l'aise.
pour exprimer mon désir effectivement et le vivre pleinement. Enfin voilà, c'est déjà pas mal. Donc ouais. T'es en couple dans quelques années ou pas en couple ? T'es polyamoureux ou tu es célibataire et heureux ?
Ah, la question n'est pas encore tranchée de mon côté. Je me pose beaucoup de questions en ce moment sur la vision du couple que j'aimerais avoir, parce que c'est quand même une question qui est assez importante. Et... Ouais, pour l'instant, je sais pas... J'ai pas encore trouvé ma réponse. Euh... Dans l'absolu, je ne crois pas à l'amour exclusif. Ça, c'est certain. Euh...
Après, polyamour, couple libre, je ne sais pas. Je me pose encore la question aujourd'hui. Est-ce qu'il y a des pratiques en particulier dans cet épisode 2 dans quelques années ? Est-ce qu'il y a des pratiques particulières sexuelles que tu aimerais avoir explorées ?
Non, je n'ai pas de pratique particulière en tête, mais le plus possible, histoire d'explorer et de savoir ce qui nous fait vibrer, etc. C'est important. On est à la fin de ton témoignage, de ton tatouage sonore.
tu peux appliquer les dernières lignes est-ce que t'as l'impression d'avoir pu témoigner ce que tu voulais ? bah oui pour moi l'enjeu c'était justement de pouvoir parler librement de ce que je ressens de ce que je pense à priori je pense que ça va j'espère que ton tatouage te plaira ah ah
J'espère aussi. Merci. Merci. On se rajoute un petit PS, il faudra que je pense à mettre une petite musique d'ascenseur pour noter que c'était la fin, mais en fait, ce n'était pas la fin. Je ne sais plus comment je l'ai fait sur les autres épisodes. Je te disais là que je réfléchissais aux questions que je ne t'avais pas posées et notamment autour de ta séropositivité.
Et tu commençais à me raconter, un tu disais ça ne me définit plus aujourd'hui, je trouvais ça vachement intéressant que tu racontes. Mais là déjà tu commençais par le diagnostic, comment tu as appris que tu étais séropositif, c'était quand ? C'était en septembre 2013, je suis allé faire un test, parce que ça faisait quelques mois que...
J'étais avec un mec. Ça se passait hyper bien, surtout au lit. Et donc, du coup, on est parti sur un délire de c'est quoi ton fantasme ? En fait, moi, mon fantasme, c'est de le faire sans capote parce que j'ai toujours utilisé des capotes. Il me dit, OK, très bien, on fait ça. Donc, on fait un test. On se donne trois mois où l'objectif, c'était...
Si on va voir ailleurs, on met une capote. Et au bout des trois mois, on refait un test. Et donc, si tout est négatif, tout est clean, machin, on y va. Et donc, en fait, ça s'est passé comme ça. Sauf qu'au moment du deuxième test, je lui ai posé la question. Je lui ai dit, mais bon, alors, tu t'es tenu à notre règle ou pas du tout, machin ? Elle me dit, oui, oui, oui, pas de souci, machin. OK. Et en fait, je ne sais pas,
4-5 mois après, je ne me sentais pas très à l'aise, je décide d'y retourner, de faire un test, un test HIV, et le résultat tombe. C'est repos.
Donc là, on voit vraiment tout le monde s'écrouler sous nos pieds. C'est vraiment... C'est d'une violence inouïe. J'ai dû l'annoncer, justement, à mon copain d'époque, qui a eu une réaction très sympathique. Bon, je me suis fait traiter de tous les noms. Salope, pute, enfin bref, la totale. Parce que c'était moi qui l'avais contaminé. Je lui ai dit, écoute, c'est simple, va faire un test. On va...
Ils vont déterminer ta charge virale. Là, ça va tout de suite se voir. Plus de nouvelles. Il est revenu cinq ans plus tard pour s'excuser, effectivement, et m'expliquer qu'en gros, il a eu un déplacement à l'étranger. Il a fait une tause sans capote. Et du coup, j'étais ravi. Mais je ne sais plus pourquoi je t'ai raconté ça, du coup.
Tu racontais ton histoire, comment tu as appris la nouvelle. Tu disais qu'au début, le monde s'écroule. Comment tu es passé d'un monde qui s'écroule à aujourd'hui, quelque chose qui ne te définit plus ou qui n'est plus... Je ne sais plus quel terme tu as utilisé qui n'est plus compliqué pour toi.
Oui, qui ne me définit plus carrément. Comment on passe quasiment 10 ans ? Ça a été long, ça n'a pas été évident. Il y a eu une première phase de colère, presque dépression, parce que j'ai commencé le traitement tout de suite. Mon corps a mal réagi par rapport au traitement, donc ça a été très compliqué les débuts. J'étais tout le temps fatigué. Ça n'a pas été une partie de plaisir.
Et après, en fait, à ce moment-là, on se sent surtout sale. C'est le terme. J'avais développé des tocs, j'arrêtais pas de me laver les mains, je prenais je sais même plus combien de douches par jour. Enfin bref, c'était vraiment... Je voulais pas qu'on me touche. Et ça a duré quand même 6 à 8 mois.
Et après, on accepte tout simplement le fait qu'à partir de telle date, on doit prendre un traitement tous les jours, etc. Enfin bref, je l'avais aussi hyper mal vécu, le coup de l'épée de Damoclès, mon petit semainier. Et puis voilà, et après...
vient la deuxième partie compliquée, on va dire. La deuxième phase compliquée, c'est le rapport à l'autre. Et surtout, les rapports amoureux. 2014, 2015, bon, il y avait la PrEP, mais tout le monde n'avait pas le...
le même niveau de connaissance, on va dire, qu'aujourd'hui sur le fonctionnement de la PrEP, la séropositivité, ce que ça représente, etc. Et malheureusement, en plus en France, on adore faire des campagnes de prévention par la peur. Et en fait, le problème de la peur, c'est que ça n'engendre rien de bon. Et on s'en rend compte justement quand on passe de l'autre côté de la barrière. On se dit, bon, en fait...
On est pointé du doigt. Moi, en tout cas, je l'ai vécu comme quelque chose d'ultra stigmatisant. Et du coup, ça a été compliqué avec chacun des mecs que j'ai pu rencontrer. Parce que, question con, mais à partir de quel moment tu annonces ça à quelqu'un ? Bonjour, je suis séropositif ? Non. Tu attends trois mois ?
Non. Il n'y a pas de bonne réponse. Et au début, bien évidemment, j'étais persuadé qu'il y avait une bonne réponse. Donc j'avais commencé au départ en mode bonjour chez Seropositif. Au bout de quelques mauvaises réactions dans la gueule à gérer, j'ai fini par comprendre qu'en fait, bah non.
Que c'était finalement une pathologie qui est moins compliquée à traiter que le diabète, par exemple. Concrètement, tu prends un médicament chaque jour ? Ouais, c'est ça, un comprimé. Et ton espérance de vie n'est pas modifiée ?
Non, il n'y a quasiment pas de différence. Depuis que j'ai commencé mon traitement, j'ai un rapport de lymphocytes CD4-CD8 qui est supérieur à 1. Pour la plupart, les gens normaux, on va dire, ils se situent à...
à peu près vers les 0,9 quelque chose et des poussières quand on est séropositif du coup du fait du traitement en général on peut dépasser effectivement le 1 donc je crois que la dernière fois j'étais un 1,17 un truc comme ça donc la conséquence c'est que je tombe rarement malade depuis que je suis séropositif effectivement j'ai rarement été malade et tu es indétectable ?
Oui, oui, depuis 2014 du coup. Tu peux expliquer ce que ça veut dire ? Du coup, notamment dans les rapports amoureux et rapports sexuels ? Ça veut dire qu'en fait, on n'arrive pas à mesurer le taux de charge dans le sang, dans l'échantillon qu'on récupère. Donc en fait, on a moins concrètement de 20 copies du virus par millilitre. Sachant que le virus est hyper volatile, donc...
En gros, aucun risque de contagion, même un couple hétéro par exemple, même si l'un des deux est séropositif aujourd'hui, ils peuvent avoir une sexualité tout à fait normale, avoir des enfants, on a fait quand même de gros progrès là-dessus.
Il y a même de nouveaux traitements qui sont sortis, qui sont je crois en phase de mise sur le marché. Et un traitement en l'occurrence, je sais que mon médecin m'en avait parlé, c'est une espèce d'injection qu'on fait tous les trois mois. Donc au lieu de prendre un comprimé. Donc non, il y a plein de choses qui arrivent sur le marché, encore heureux d'ailleurs, on a fait beaucoup de progrès là-dessus et j'espère qu'on arrivera à en voir le bout un de ces quatre. Mais...
Déjà aujourd'hui, effectivement, on vit très très bien. Ce qui est drôle d'ailleurs, quand je discute un petit peu avec les gens de l'association... De quelle association ? Tu n'as pas obligé de la mentionner, mais tu fais partie d'une association LGBT. C'est une association LGBT, effectivement, dans les banlieues.
C'était le concept d'avoir une asso LGBT pour représenter les jeunes qui sont plutôt en banlieue. Malheureusement, la plupart des associations s'est concentrées sur Paris en elle-même et ces gens-là ne se retrouvent pas forcément dans cette population-là. En plus, ce n'est pas n'importe quel département, on a commencé avec le 93.
Et du coup, quand on parle, tu parlais de quoi à tes amis ou à ses assos ? On parlait notamment par exemple de la PrEP. Tout le monde est persuadé, même s'ils savent très bien que c'est faux, mais tout le monde est persuadé que c'est parce qu'on prend la PrEP qu'on est protégé contre toutes les pathologies. Alors qu'en fait, non, pas du tout. La PrEP, c'est juste un traitement préventif pour le VIH.
Pas le reste. C'est con, mais je passe mon temps à répéter ça constamment parce qu'effectivement, c'est bon, je m'en fous, je ne mets pas de capote, j'ai la PrEP. Fais-toi tester quand même. Jusqu'à ce que tu aies la gonorée et là...
Et aujourd'hui, dans tes rapports sexuels, dans tes rapports amoureux, tu ne le dis plus dès le premier jour, tu ne le dis plus à trois mois. Tu as découvert qu'il n'y avait pas de bonne réponse, tu disais. Tu fais à l'intuition ?
En fait, si on reprend l'exemple de Grindr & Co, c'est sur mon profil directement. C'est-à-dire qu'il y a un moment donné où je me suis trituré le cerveau dans tous les sens. Oui, mais je passe à côté de choses. Oui, mais en même temps, on ne sait pas être honnête si on ne le dit pas tout de suite, etc. Au bout du compte, je me suis dit, mais en fait...
Concrètement, les gens qui vont avoir peur de cette maladie ou qui va les bloquer, est-ce que j'ai vraiment envie de m'entourer de ce genre de personnes ? Non. En fait, voilà. Donc, tu as ta réponse. Du coup, maintenant, oui. En général, avant le premier rapport, de toutes les façons, avant qu'il se passe quoi que ce soit, c'est écoute, voilà. Ouais.
Comme ça, c'est dit, c'est fait, ça te plaît, tant mieux, ça te plaît pas, tant mieux aussi. Enfin voilà, comme on dit chez moi, la porte est plus large que tes épaules. J'aime bien cette expression. La porte est plus large que tes épaules. C'est joli. Moi, ça me touche vachement ce que tu dis et je prends la responsabilité d'une part de sérophobie.
très irrationnel pendant beaucoup de ma construction de ma sexualité. J'ai travaillé pour Médecins Sans Frontières sur le sujet du VIH. Donc pour te dire que vraiment, cordonnier, malchaussé, tout ça, tout ça. Et en fait, je suis retombé sur un vieux message que j'avais envoyé à un journaliste qui faisait... Bon, passons les détails. Où j'ai lu mon message
Et où j'écrivais vraiment des choses sérophobes. Et je me suis dit, mais déjà, c'est qui ce mec qui écrit ça ? Ah ben, c'est toi. Et ouais, j'ai vachement travaillé et je continue, mais j'ai vachement travaillé. Je crois qu'aujourd'hui, j'ai gagné.
Mais j'avais cette peur irrationnelle de toute MST, de toute maladie. Alors, j'ai toujours encore peur et ça bloque beaucoup mes rapports sexuels. Mais j'observais l'irrationalité, ce qu'on vient de dire là sur la question du VIH, l'impossibilité de transmission, d'autres risques qui sont ailleurs que le VIH. Et pourtant, mon cerveau était en ébullition autour de ça.
parce que je suis né en 86 il y a plein de parce que et de choses de conditions qui conditionnent mais ouais sacré travail d'aller à la rencontre moi j'ai des gros bouts de sérophobie et j'ai des gros bouts d'homophobie internalisée aussi de cette autodétestation qui se retourne contre moi et contre les autres du coup merci pour ton témoignage j'avais envie de te poser une autre question si ce PS est le PS des questions non posées
Tu as pas mal parlé de la psychanalyse et même de ton envie de devenir psychanalyste. Je vais donc faire une petite pub pour mon autre podcast sur la psychanalyse qui s'appelle « Ma dernière séance de psychanalyse » et qui, justement, demande à des gens qui ont fait une psychanalyse de raconter leur toute dernière séance et le pourquoi de cette... Enfin, pas le pourquoi, mais en quoi c'est terminé. Si c'est terminé, est-ce réussi ? C'est quoi la réussite d'un chemin analytique ? Il s'est passé quoi pour eux ?
Mais quelle part la psychanalyse, c'est vraiment le truc qui t'aide et qui te sauve ? Tu parlais de révolution sexuelle, tu as parlé d'attouchement, de viol à un moment donné. Est-ce que c'est la psychanalyse vraiment qui te permet d'aller soigner, d'aller reconquérir Yacine ?
Oui, forcément. En gros, la psychanalyse, en plus, c'est vraiment un long voyage tout seul, au fond de soi-même, à découvrir les méandres. Je trouve que les débuts, en tout cas, c'est vraiment ça, c'est l'exploration de ruines.
Et puis, on accepte quelque part ces ruines en se disant que ça servira tout simplement de base pour construire quelque chose d'encore plus solide. Et c'est tout le cheminement justement de la psychanalyse. De reprendre possession un petit peu de son intellect, dompter son égo,
et aller à la rencontre de soi. Vraiment, ça a été un coup de cœur. En plus, j'ai un psychanalyste qui est unique pour la peine. Le transfert est à l'œuvre.
Non, non, c'est pas tellement le transfert. Non, non, il est unique parce qu'il se définit lui-même. Enfin, il a des années et des années d'expérience. Et aujourd'hui, il définit son approche comme plus une approche chamanique qu'une approche psychanalytique.
Est-ce que toi, tu vois un impact de la psychanalyse sur ta sexualité, sur ta révolution sexuelle ? Est-ce que tu vois le lien entre aller chez le psy deux fois par semaine, c'est ça ? Une fois. Une fois par semaine et arriver à être massé, être touché ? Tu parlais de ne plus avoir de peur dans tes relations sexuelles. Est-ce que tu fais un lien ? Bien sûr. Vous en parlez beaucoup ? Ah bah oui, oui.
C'est des séances d'une heure en plus, donc on a le temps de bien papoter effectivement. En plus, c'est un psy qui n'est pas du tout effacé. C'est-à-dire qu'il donne son avis, il parle, on échange. Donc du coup, c'est un rapport qui est quand même assez différent du cadre psychanalytique classique.
Et s'il y a des gens qui nous écoutent et qui essayent justement de se reconstruire sexuellement et qui se demandent tiens ça sert à quoi une psychanalyse pour aller à la rencontre de mon moi sexuel pour devenir sexuellement épanoui, tu dirais quoi toi ? Alors je dirais ça dépend ce qu'il y a à régler.
Parce que la psychanalyse, c'est plutôt bien quand on a des choses à travailler plus en profondeur, donc il faut être patient. Ça prend du temps, c'est des changements qui ne se font pas comme ça en un déclic de manière rapide. Il y a aussi d'autres méthodes en psy...
thérapie cognitivo-comportementale, l'hypnose, il y a plein de choses, il y a plein d'outils différents qui peuvent correspondre à des contextes complètement différents. Après, c'est toujours la même question quand on veut faire un travail sur soi-même. Est-ce que j'ai un objectif qui est plutôt large et à ce moment-là, je pars sur une analyse qui va prendre du temps ou est-ce que j'ai une problématique bien précise que je voudrais travailler et à ce moment-là, on part plus sur des thérapies courtes ? Donc...
Ça dépend. Le mot de la fin ? Est-ce que tu veux le mot de la fin ? Je te le laisse.
Si j'en ai un, je te remercie Yacine. J'ai trouvé ton témoignage super généreux et touchant. Merci à toi surtout de m'offrir cette occasion de faire ce podcast, le tout premier. Super rencontre, je suis content. Ça roule. Merci. De rien.