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C'est bon. T'es prêt à plonger ? Je suis prêt à plonger. J'ai mis mon petit maillot de bain et tout. C'est vrai ? Non, pas du tout.
J'ai vraiment eu un moment déjà. Ah, il est en maillot de bain. Pierrot, je vais te lire ma petite intro. Tu es d'accord ? Oui. Pierrot, bienvenue chez moi. Merci. Tu es un ancien obèse hypersensible. Tu m'as dit, mon corps, c'était comme un immeuble en ruine. Et cette image m'a frappé. Ça fait quelques années que tu as perdu ces kilos, que tu n'es plus obèse aux yeux de la médecine. Mais ils sont encore là.
ces kilos bien lourds. Tu as beau faire un 85 kilos bien dans la norme, une part de toi se sent toujours gros, pas assez désirable, pas dans la bonne norme gay. Une norme gay de laquelle tu te sens exclu aussi par ta neuroatypie. Tu es hypersensible et HPI au potentiel intellectuel. Tu vis des concentrés d'émotions puissantes que tu ne sens pas bienvenue dans ce milieu gay si froid et distant, me dis-tu. »
Tu vas nous raconter ce chemin pour reconstruire ton estime de toi, ton rapport au corps, trouver ta place et peut-être l'amour avec un grand A. Qui sait ? En arrivant là, tu me disais que tu as, parce que je check toujours les intros avec les invités, donc je te l'ai envoyé.
Mon enjeu étant de vérifier que je ne dis pas de grosses bêtises. Puisque cette intro, elle vient du pré-entretien qu'on a fait il y a quelques temps. Tu m'as dit que tu as envoyé cette intro à une de tes amies. Et qu'est-ce qu'elle a répondu ? Elle, elle a trouvé ça… Ça m'a fait rire parce qu'il y a eu 3-4 secondes de blanc, un peu, une fois que j'ai fini de lui lire. Je lui ai lu, je ne l'ai pas envoyé. Et elle m'a fait… Waouh ! Je ne sais plus si elle a utilisé le terme direct ou cash. Mais c'était clairement cette idée-là de quelque chose de très…
précis et vraiment le fait de nommer les choses moi c'est quelque chose que mon obésité etc je l'accepte ça va beaucoup mieux qu'avant mais c'est toujours des termes qui sont un peu qui font un peu peur parce qu'ils représentent vraiment la chose et j'ai eu tendance peut-être à la minimiser ou à l'utiliser des euphémismes et du coup ce qui ressortait de ce que elle elle disait c'était quelque chose de très cash, de très direct et que c'est vraiment utiliser des mots précis pour dire les choses et pas passer par des chemins un peu
Détourné. Ouais, détourné, c'est ça. Et vraiment aller droit au but.
Elle était un peu surpris. Après, en connaissant cette amie, c'est aussi une personne qui peut avoir du mal à entendre les choses très clairement. Et souvent, quand on parle de choses un peu compliquées tous les deux, je mets beaucoup de douceur, je prends beaucoup de tact quand je dis les choses, parce qu'elle peut être aussi hypersensible. Du coup, elle peut être un peu envahie par certaines phrases ou des mots ou quoi. Et moi, quand j'ai lu l'intro, j'ai trouvé ça très direct. Et en même temps, je te connais, je connais tes podcasts. Et ton objectif est toujours d'aller…
ou font des choses de manière très précise et souvent quand certaines personnes enfin certains des gens que tu interviews disent etc tu vois ou des choses comme ça et tu reprécises tu leur demandes vraiment de te dire qu'est-ce qu'ils pensent quand ils disent etc qu'ils englobent quelque chose un peu de manière floue toi tu veux vraiment la précision donc c'est un peu intimidant et en même temps c'est cool parce que bah moi j'avais envie de pouvoir partager ça de manière très honnête transparente et
Et direct. J'ai vachement hésité. J'avais du mal à écrire l'intro parce que j'étais envahi par ce mot d'obèse. Il est envahissant. Et pour autant, il était toujours là parce que quand on a préparé cet échange, tu m'as dit « je suis un ancien obèse ». Et moi, ça m'a frappé immédiatement parce que je me suis dit…
Moi, tu m'as dit, je suis un ancien obèse et tu ne peux pas le voir. Toi, Guillaume, tu ne peux pas le voir. Et je me suis dit, bah ouais. Et du coup, pourquoi on en parle ? Parce que si tu es un ancien obèse, même s'il y a le mot ancien devant, on réactive tout le pouvoir nocif de ce mot. En plus, je ne sais pas trop ce qu'il veut dire parce que je suis toujours été un petit peu… Tu vois, la médecine, à 100 grammes près, te donne le verdict si écrasant.
Oui, après, encore aujourd'hui, je suis en surpoids d'après la médecine. Si je prends l'IMC, le calcul de l'IMC, qu'on peut remettre en question, il n'y a aucun débat là-dessus. Mais c'est vrai que le médical est quand même très…
sans émotion sans affect je trouve moi je me souviens d'un médecin qui m'avait dit quand j'étais jeune parce que j'étais allé le voir pour avoir un certificat d'aptitude pour partir en colonie de vacances un certificat de sport et à la fin il m'a vraiment dit vous êtes en obésité morbide et il va falloir faire attention et tout parce que votre santé est en danger j'avais 10 ans c'est horrible d'entendre ça à 10 ans quoi
Et j'en ai eu pas mal dans mon parcours, parce que j'ai eu la chance d'avoir des parents qui m'ont beaucoup, beaucoup aidé. J'ai fait beaucoup de psychothérapie, j'ai vu beaucoup de médecins, etc., des nutritionnistes. Je peux vous faire un plan d'étiquette merveilleusement bien. Et ça a toujours été des choses qui ont… C'est toujours été des personnes hyper minces, très froides et distantes qui parlent de ça, qui essayent de nous aider. Et je trouve que j'ai trouvé dans mon parcours vraiment médical… Psychologique, c'est différent, mais médical, j'ai trouvé beaucoup de…
Ouais, quelque chose de très froid. Et à l'inverse, les gens sont gênés aussi par la situation parce qu'ils savent que c'est pas que c'est pas normal, mais que je peux en souffrir. Mes parents me voyaient pas bien, etc. Et du coup, ça ajoute quand même pas mal un espèce de poids en plus du poids physique qui est là. Il y a un point un peu sociétal, en fait. Et tout renvoie tout le temps à ça. C'est un truc assez au quotidien, en fait. Et c'est… Ça fait beaucoup, quoi. Et du coup, j'ai beaucoup de… J'ai un sentiment de…
Quand je vois d'autres personnes obèses dans la rue ou quand je suis en interaction avec des gens que… En fait, je fais un transfert. Je vis l'émotion que moi, j'ai vécue avant à travers eux. Et du coup, j'ai une espèce de blocage. Ça me naît mal, en fait. Ça me replonge un peu là-dedans. Passe à des personnes grosses ? Ouais. Ok.
Et c'est drôle parce que je ne suis pas du tout grossophobe, mais des fois, j'ai l'impression dans mes attitudes de rejeter un peu ça parce que ça me fait vivre des émotions qui sont trop fortes. Et en fait, je me sens mal pour eux parce que j'ai été mal quand j'étais plus jeune. Et voilà. Moi, du coup, j'ai choisi de faire une intro aussi directe. Alors, tu as raison, c'est un peu mon style. Je ne sais pas pourquoi je parle comme un… Je parle super grave, non, aujourd'hui ? Ah bon ? Je ne sais pas. J'ai l'impression que ma voix a baissé de deux…
Ouais, je l'ai senti parce que dans notre pré-entretien, j'ai senti que t'étais là pour ça. J'ai senti à l'intuition que t'étais prêt et que toi-même, t'avais ouvert les placards, que les vampires, on pouvait les regarder dans les yeux. Les vampires, t'as dit ? Ouais. Ok, j'avais juste pas entendu. Parce qu'en fait, le vampire, je crois, il disparaît à la lumière.
ou en tout cas il flit de la lumière et donc et ça va du coup dans ce côté très direct parce que toi quand on est hypersensible est-ce que tu peux m'amener dans tes chaussures tu vois quand par exemple là peut-être ce texte était très confrontant pour toi il était confrontant en même temps je savais que t'allais me l'envoyer je savais que c'était direct parce que j'écoutais beaucoup de tes podcasts
Et il y a même des moments, pour être très honnête avec toi, quand j'écoute tes intros, je les trouve caricaturales, mais je sais pourquoi elles le sont, c'est parce que tu veux faire un condensé en littéralement 20 secondes de ce dont on va parler pendant plusieurs potentiellement heures, et que c'est un récit de vie au complet, donc à synthétiser, c'est vrai qu'il faut utiliser des mots qui sont précis, qui sont allés straight to the point, comme on dit en anglais, droit au but. Et du coup, pour me ramener dans les chaussures d'un hypersensible…
Au sens très large, c'est que tous mes sens sont particulièrement vite stimulés, parfois vite trop stimulés aussi. La sensation sur la peau, la lumière, les odeurs, les sons, tout est vraiment hyper sensible, les sens sont hyper…
Et après, il y a tout le côté émotionnel aussi où un rien peut m'envahir émotionnellement. Ça peut m'arriver d'être… Je regardais les infos la dernière fois et je crois que c'était les inondations. Et j'ai vu des gens qui étaient en détresse parce qu'ils avaient perdu leur chez eux et je me suis mis à pleurer. Ça m'a envahi d'une émotion forte qui n'est pas non plus…
Je la vois pas comme un tsunami qui rase tout, mais c'est vraiment juste un moment, c'est là, puis il va y avoir de petites larmes qui vont couler peut-être, après on va passer à autre chose. J'ai beaucoup travaillé sur le fait de traiter les émotions, de les vivre sur l'instant. Ça a été une quête, une grande quête dans la vie. Et du coup ça peut être ça, ça peut être une réflexion, ça peut être un regard, ça peut être moi qui dis quelque chose et qui me réécoute le dire en boucle pendant 20 minutes, 30 minutes, une heure, et même le soir même me dire « mais pourquoi t'as dit ça comme ça ou quoi ? » Ouais, pour moi l'hypersensibilité c'est vraiment ça.
Et quelque chose qui n'est pas forcément facile à comprendre pour les gens qui ne le sont pas. Mais c'est… Tout peut être…
fort et un peu envahissant des fois il y a des moments où juste ça pète et on comprend pas pourquoi alors que tout va bien ou à l'inverse ça va pas bien et là d'un coup ça va super bien puis ça retombe un peu c'est toujours les espèces de vagues donc on s'adapte, on vit avec on accueille c'est la meilleure chose à faire et c'est d'ailleurs pour ça que l'intro moi quand je l'envoie aux gens je te propose de la retirer, de la modifier et je te l'ai proposé et t'as pas voulu ?
Non, non, parce que je l'ai trouvée, en fait, elle est très juste, elle est très vraie. Et des fois, le vrai peut être douloureux ou percutant, dépendamment d'où on en est sur un sujet. Mais avoir peur de la vérité n'est pas non plus la bonne manière pour avancer, je trouve. Donc, arriver à regarder les choses droit dans les yeux, c'est aussi important pour…
Pas être dans un déni ou dans un euphémisme de la réalité. On est sur un podcast, donc les gens ne voient pas à quoi tu ressembles. Et du coup, quand tu dis qu'un médecin aujourd'hui te dit en surpoids…
Alors, un médecin me l'a jamais dit, mais quand je regarde l'IMC, quand je fais le calcul de mon poids et de ma taille, je suis à 0,2 points du surpoids, donc techniquement je suis encore dans la partie… Mais je trouve que ça illustre aussi à quel point cet outil est un peu dépassé, pas forcément hyper adapté. Ah mais il faudrait que les gens puissent te voir là !
ah bah oui je sais mais est-ce que les oui parce que je comprends pas en fait ah bah oui je comprends que tu comprennes pas il y a un gap gigantesque est-ce que tu veux te décrire physiquement ouais bah je fais 1m85 un truc comme ça 85 kilos environ je suis barbu petite moustache qui commence à pousser j'ai plus de cheveux j'ai rasé mes cheveux
et puis après je dirais que je suis baraqué je suis carré je suis pas fin maigre j'ai plus de pour moi j'ai plus de ventre ou quoi j'ai le ventre relativement plat avec un t-shirt habillé ça va je me sens si je suis nu par exemple c'est très différent ma perspective de moi même est très différente
Mini parenthèse, il n'y a pas du tout une petite moustache. Elle existe, elle est là, elle est grande et elle est belle. Oui, mais quand je dis petite, c'est parce qu'avant, j'avais vraiment une moustache que je serrais une moustache en guidon, qui remontait vraiment comme ça. En guidon ? Ça s'appelle comme ça ?
et en fait petite moustache parce que cette moustache là je suis barbu depuis que j'ai 16 ans et j'ai jamais vraiment rasé ma barbe du coup pour moi là elle est petite parce qu'elle est pas moustachée comme je dis elle est pas en guidon et petite parce qu'il y a juste des tout petits sur le côté qui ressortent c'est pour ça que je dis petite mais non effectivement j'ai une moustache je suis barbu quand même et des très belles lunettes tu es très lunette parce que tu es arrivé avec des lunettes de soleil elles sont belles elles sont stylisées j'aime beaucoup mais c'est un opticien c'est Jimmy Fairley je fais un peu de pub d'ailleurs je sais pas si j'ai le droit
En fait, c'est un opticien que j'ai découvert il y a plusieurs années. Et là, j'avais besoin de nouvelles lunettes en revenant de voyage. Je m'étais rasé les cheveux pendant mon voyage. Et je me suis dit, je veux un truc looké parce que j'ai plus de cheveux. Donc, je veux quelque chose qui prenne la place. Je suis allé chez l'opticien. Moi, j'allais vers des trucs plus classiques. À un moment, la dame me fait, non, non, il faut que tu prennes ça. Ça va trop bien t'aller. Je les ai essayés. J'étais en mode, non, c'est pas possible. C'est beaucoup trop pour moi. Et en fait, en étant dans le magasin un peu pendant 10-15 minutes, en les mettant, j'étais en mode, ah ouais, elles sont grave cool !
Et du coup, après, j'y suis retourné pour ma lunette de soleil. Et j'avoue qu'elles sont grave stylées. J'ai plein de gens qui me font des retours dessus. Donc, c'est cool. Je suis content. Tu disais habillé, je me sens bien. Nu, c'est plus compliqué. En fait, c'est très drôle parce que je peux être à l'aise nu si j'ai été validé à l'avance. Mais par exemple, en fait, ça dépend vraiment des moments. Quand je suis habillé, ça va.
Quand je suis nu, moi dans la glace, il y a des moments où je vais me trouver pas forcément très beau, pas forcément très… Et à d'autres moments, je vais être en mode « Ah ouais, t'es canon, c'est cool ».
Ça dépend beaucoup de mon état émotionnel du moment, d'ailleurs. C'est intimement lié. Et si j'ai été validé à l'avance, par exemple, si c'est sur les plans Grindr ou quoi, tu t'envoies des photos à l'avance, du coup, les personnes, elles voient ce que c'est. Elles voient mon corps. Et du coup, là, j'ai absolument aucun sentiment de ne pas être bien dans ma peau, d'avoir l'impression d'être trop comme ci, trop comme ça. Parce que tu as envoyé des photos. Et que du coup, la personne a accepté ça.
Mon corps, comme il est. Et donc, je me sens beaucoup moins mal. Mais à d'autres moments, par exemple, le dernier exemple que j'ai en date, c'était quand je suis allé en boîte pour mes 25 ans. De quel âge ? J'ai 25 ans. C'était pour mes 25 ans, il n'y a pas très longtemps, là.
Et on sort dans un bar que je connais à Paris avec mes potes, trop cool, le bar ferme à 2h et ma pote me fait « vas-y on va en boîte gay » et tout, je tombe « ok let's go », je sors jamais, jamais, jamais en boîte gay, j'ai dû le faire une fois dans ma vie. Et d'habitude j'aime pas ça, parce qu'on en reparlera sûrement, mais concentrer un peu de normativité à mes yeux et je suis hyper mal à l'aise là-dedans.
mais je me dis ok let's go c'est pas prévu à l'avance donc j'ai pas le temps de me mindseter de me mettre dans un mood ou quoi et vraiment je suis en mode ok let's go on découvre enfin on découvre pas parce que je sais ce que c'est mais ça va être cool on va lâcher les prises et voilà et j'arrive là et alors là par contre je me suis senti excessivement pas à ma place et là dans mon corps particulièrement et aussi dans ma tête enfin j'avais juste l'impression de pas fitter parce que j'arrive au vestiaire t'as deux mecs torseux nus qui sont un peu en mode en train de se montrer pardon en train de se montrer moi le sous-texte un peu que je lis c'est
Et c'est vraiment ma perception, c'est pas en aucun cas une réalité, mais je suis hyper à l'aise, je suis beau, regarde-moi, un peu un côté… Moi, je trouve ça hyper intimidant.
Sûrement parce que j'aimerais pouvoir être comme ça, avoir ce lâcher-prise-là et être à l'aise dans mon corps à ce point-là. Je ne le suis pas. Et du coup, je pense que ça me renvoie au fait que je ne le suis pas. Complètement. Après, le mec au bar, je lui demande un verre d'eau et puis il me regarde de haut en bas en mode, genre, t'es qui toi ? Je pense que ça, c'est partout en boîte, mais quand même. Partout en boîte, quand tu demandes un verre d'eau. Quand tu demandes un verre d'eau. En Nouvelle-Zélande, j'ai adoré, la loi oblige d'avoir un gros…
j'allais dire un gros truc de 10 litres d'eau avec des verres à côté et c'est en libre service. Ça c'est merveilleux parce qu'il faut boire de l'eau. Tu as voyagé en Nouvelle-Zélande ? Ouais, j'ai voyagé dernièrement en Nouvelle-Zélande. Et tu… Le trigger, le déclencheur dans la boîte, c'est de voir ces hommes dénudés, genre ils étaient torse nu, et eux ils avaient des muscles, c'est ça ?
Même pas tant musclé, parce qu'il y en avait un qui était un peu en mode twink, complètement imberbe, avec des petits abdos un peu dessinés et tout. Et l'autre, il était… Je sais même plus, mais…
pas non plus dans la caricature du mec hyper musclé, etc., mais quand même dans une espèce de norme dans la classification un peu de où t'es twink, un peu sans poil, ou alors t'es bear, ou alors t'es musclé, machin, enfin… Voilà, et pareil, quand on est remonté à l'étage après, il y avait plein de gens avec… Comment dire ? En fait, ce qui est aussi génial, mais c'est une expression de leur diversité, de qui ils sont, de comment est-ce qu'ils sont dans leur corps, etc., qui était propre à chacune et hyper libre, mais je trouve quand même…
pas quelque chose d'hyper accueillant, pour ça c'est ma perception encore une fois, mais particulièrement en France où je trouve qu'on se regarde beaucoup, il y a un côté facilement jugeant que je ressens moins quand je suis dans d'autres pays du monde où les cultures sont plus ouvertes à la différence. C'est marrant parce que
J'entends une contradiction, tu disais la boîte vraiment un condensé de normativité et puis en fait tu décris dans la boîte les deux personnes et à l'étage des gens, tu as dit singulièrement dans une expression de diversité ?
Oui, de diversité et en même temps… Oui, je vois ce que tu veux dire dans la contradiction que j'exprime. Et comme si c'était plutôt toi qui les regardais beaucoup, parce que c'est comme si ça ouvrait une blessure. Je pense que fondamentalement, c'est quand même beaucoup ça. Après, je reste persuadé du fait que c'est un endroit où… Je trouve que c'est un peu la quintessence de…
l'homonormativité c'est un peu un terme que j'utilise beaucoup mais il y a l'hétéronormativité et je trouve que vraiment à force d'avoir lutté contre cette hétéronormativité qui a pu faire beaucoup de mal à pas mal d'hommes gays depuis des longtemps longtemps ?
On en a recréé une entre nous, et je la sens dans ces moments-là, en fait, l'espèce de « il faut être comme ça ». Après, c'est vraiment juste une sensation de ma part, je sais pas si c'est une réalité, mais je trouve quand même qu'il y a beaucoup de choses qui invitent à être dans un rapport au corps qui est très libre, où il y a quand même beaucoup de nudité, où il y a…
Un truc de regarde-moi, mais beaucoup centré sur le corps, je trouve, en fait. C'est plus ça, je pense, fondamentalement. Donc toi, dans la boîte, tu vois des corps différents. Ouais. Mais ce qui est oppressant, c'est qu'ils sont tous dénudés. Non, pas tous dénudés, mais en fait, il y en a qui sont dénudés. Et je trouve que c'est un peu l'endroit où on va lâcher tout ce…
sûrement ce qu'on a en nous, juste mon envie d'être libre et de faire ce qu'on veut faire sur le moment. Moi, je me sens pas du tout à l'aise de le faire, donc je pense qu'il y a aussi ça, c'est que ça me renvoie au fait que moi, j'arrive pas à ce détachement-là. Par exemple, tu observes quoi ? Comment les gens se lâchent ? En dansant, en s'habillant de manière un peu…
J'ai envie de mettre le terme queer pour qu'il soit très large et divergente de la norme, vraiment habillé en mode normal, même si on peut se demander ce que ça veut dire. Il y a ça, il y a ceux qui vont être torse nu, il y a ceux qui vont danser un peu en mode…
sexuel ou quoi en même temps il y avait un mec qui était tout nu en train de danser dans une vitrine donc c'est une boîte gay où justement je trouve que le rapport au corps et au paraître est un peu central et où je trouve il y a un peu moins de place à un type d'expression un peu plus neutre un peu moins extrême dans le extrême c'est un peu fort mais dans la manière dont je suis en train de perdre mon fil
Moins expressives. Toi, tu observes des gens qui lâchent et qui sont eux-mêmes dans l'expression de comment ils dansent, comment ils crient, comment ils rigolent, comment ils s'habillent. Tu parles de queer en français. C'est bizarre. C'est une ancienne insulte. C'est une ancienne insulte ? Je ne savais pas. Pour moi, c'est un terme hyper positif. C'est un peu le PD. J'ai compris. Peut-être que je dis des bêtises. Peut-être que je dis des bêtises.
Mais queer, c'était plutôt bizarre dans le sens péjoratif du terme. Alors que pour moi, c'est vraiment aujourd'hui un truc hyper… Je trouve que c'est hyper positif de…
De se revendiquer comme queer, je trouve. C'est vachement intéressant parce qu'à la fois, tu dis, je vois une homonormativité, un truc vraiment enfermant. Et à la fois, ce que tu me décris semble être l'expression de plein de singularités, assez libre. Enfin, tu emploies des mots assez positifs, genre liberté, expression. Toi, si tu me ramènes devant ta glace, les jours où ça ne va pas et où tu ne te sens pas assez ou pas beau, c'est quoi les pensées dans ta tête ?
ça se focalise vraiment au niveau de mon ventre je pense que c'est la zone de mon corps que je je me suis réapproprié mon corps partie par partie donc au début c'était mes avant-bras, ce que j'ai trouvé beau après ça a été les jambes parce que je faisais de l'équitation donc du coup ça muscle beaucoup beaucoup beaucoup les jambes
Mais le tronc restera toujours une zone un peu genre où l'acceptation n'est pas terminée. Et quand je suis devant la glace, dans les moments où ça ne va pas, je trouve que ma peau pend. En fait, les stigmates de mon obésité sont encore là, en fait, parce que 45 kilos, pour le corps, c'est quand même beaucoup. En plusieurs années, mais quand même.
du coup moi en fait je vois que ça dans ces moments là explique moi donc la peau distendue ouais la peau distendue ouais il y a des petits morceaux de peau ? non bah c'est juste qu'en fait il y a un gros bourrelet genre moi je trouve j'ai un énorme bourrelet au niveau du ventre et en fait après c'est par exemple si je me mets en mode planche j'ai vraiment de la peau qui pend
Je dois avoir 5 cm de peau qui pend. Et moi, c'est quelque chose qui me met excessivement mal à l'aise. C'est le rappel aujourd'hui de ce que ça a été avant. Du coup, j'ai l'impression que ça ne peut pas me quitter. C'est un truc que je voulais dire tout à l'heure, mais je n'ai pas pu le caler. On parlait du rapport à mon obésité avant et le fait que ça pouvait toujours être présent, etc. Je me souviens toujours de la phrase que ma responsable de Terminal m'a dit. Elle m'a fait « Mais même si tu perds tout ton poids, Pierrot, tu te trouveras sûrement gros à vie ».
Alors ça avait été un peu brutal, et en même temps je pense que c'est un peu vrai, parce que je pense que c'est un genre de trauma qui est compliqué à… pour passer au-delà quoi. Quand ça a duré pendant 20 ans quasiment, avoir des insultes par rapport à ça etc. quand j'étais plus jeune, donc ouais ça…
Ça laisse des grosses marques. Et il y a des moments où ça va très bien et d'autres moments où c'est un peu plus compliqué. J'ai entendu qu'il y avait des chirurgies pour justement enlever ces peaux. Tu as eu envie ? J'y ai pensé. Et j'y ai pensé il n'y a pas très très longtemps. Deux choses par rapport à ça. Je pense que de un, je n'ai pas tout essayé pour le faire de manière non chirurgicale. Je n'ai pas non plus essayé d'avoir un régime alimentaire plus strict. Moi, je pars du principe que je m'en bats les couilles de ce que je mange.
et j'arrête de me culpabiliser par rapport à ça et c'est à partir de ce moment là où j'ai réussi à perdre du poids mais j'ai pas une hygiène de vie alimentaire très bonne entre guillemets en connaissant parfaitement les apports nutritionnels qu'un homme devrait avoir donc il y a encore du chemin à faire de ce côté là et je fais pas particulièrement beaucoup de sport pour me muscler cet endroit là du corps parce que je marche beaucoup beaucoup beaucoup je suis serveur
Et du coup, ça m'arrive de faire des 30, 40 000 pas par jour, travailler 12 heures. Et bref, du coup, physiquement, je me dépense beaucoup. C'est ce qui m'a aidé à perdre beaucoup de poids. Donc, il y a cette idée-là où je ne vais pas…
Je ne vais pas faire une chirurgie si je n'ai pas essayé ça. Attends, je ne comprends pas. D'un côté, tu me dis que tu ne fais pas assez de sport et de l'autre, tu me dis que tu es physiquement très actif. En fait, je ne fais pas de sport pour me muscler. Je ne fais pas d'abdos. Je ne muscle pas cette zone-là. C'est vraiment juste de la muscu à cet endroit-là qui pourrait aider à retendre la peau. Parce que moi, je croyais que la peau, une fois qu'elle est distendue, elle est distendue. C'est comme un élastique. Une femme enceinte, par exemple.
heureusement pour elle qu'elle ne va pas garder la peau aussi tendue, genre larve, souple. Non, pas souple, mais distendue que quand elle a 9 mois de grossesse. En fait, il faut retendre les abdos internes. Déjà ça, ça aide à retenir. Ah ouais, ok, d'accord. C'est ce qu'un médecin m'avait dit une fois. Et pourquoi tu ne le fais pas ? Grande question. Je pense qu'il y a quelque chose qui bloque encore un peu de…
Je pense de un, d'arriver à… C'est drôle parce qu'avec mon psy derrière moi, je travaille beaucoup sur la notion de la réussite. Et y arriver, qu'est-ce que ça générerait ? D'arriver fondamentalement à genre finir toute cette phase-là de ma vie. Je pense qu'il y a un peu un enjeu par rapport à ça. Et après aussi, c'est juste que j'ai grave la flemme. Je peux pas te le cacher. D'aller au sport, d'aller à la salle et tout. Voilà.
Mais donc c'est un peu une ambiguïté et une contradiction parce que d'un côté j'ai envie d'y arriver et de l'autre côté j'ai pas envie de mettre en place les choses pour y arriver. D'où le fait que la chirurgie, je suis un peu en mode bah oui, en même temps, la chirurgie techniquement c'est vraiment recommandé pour des gens qui ont perdu excessivement beaucoup de poids et qui ont vraiment un tablier de peau, donc qui ont vraiment un pli de peau qui pend et qui peut aller jusqu'à recouvrir le pubis par exemple. C'est pas du tout, du tout, du tout mon cas. Donc de un, ça serait pas pris en charge par la sécu et ça coûte quand même assez cher. Donc peut-être qu'un jour j'y viendrai. C'est marrant comment j'ai l'impression que je me…
L'endroit du trauma, l'endroit de ce qui m'a fait mal est tellement connu, et je parle de moi, tu me diras ce que tu en penses après, que je crois que parfois je viens de m'y réfugier sur ce tapis d'aiguilles qui me défonce les pieds. C'est plus simple. Ou weird, quoi. Même parce qu'on connaît. Et du coup, peut-être devant le miroir, tu te dis, il y a ces peaux, je suis encore obèse, je ne suis pas désirable. Parce que c'est tellement d'énergie.
Par rapport, enfin moi, je vois que quand j'ai eu les déclics et où je me suis mis à faire ces pas de musculation, de m'aimer, de prendre soin de mon corps et de voir si ça retend la peau ou pas, après on verra et tout, mais mettre cette énergie dans « je vais essayer, je vais prendre soin de moi ».
Versus toute l'énergie dépensée dans putain j'ai encore cette peau, je suis encore nanana. Ouais. Je suis toujours… Mais t'as mis un mot assez intéressant sur le fait d'aimer son corps. Je pense qu'il y a aussi beaucoup de ça, c'est arriver au stade où on aime son corps et moi j'ai l'impression d'avoir peur de ce stade-là en fait. J'ai l'impression de l'avoir tellement attendu aussi, en mode un jour j'y arriverai.
que maintenant que je suis à très peu en soi il me manque pas grand chose entre guillemets pour atteindre ça je pense que littéralement je me mets au sport de manière très régulière pendant un an et je fais un peu gaffe à ce que je mange je perds la petite poignée d'amour que j'aime pas trop et franchement je pense que ça retombe à bout un petit peu quand même après ça fera pas des miracles non plus je pense que ça restera il y aura quand même des stigmates à vie ça j'en suis convaincu je le sais c'est comme ça mais il y a quand même une grande question autour d'aimer son corps Est-ce qu'on te dit que t'es gay ?
Euh…
Ou est-ce que tu bénéficies du straight passing ? Tu vois ce que c'est ? Je pense que… Tu passes pour hétéro ? Je peux. J'arrive pas trop à savoir, en fait. Je le sais que quand… Jusqu'à mon lycée, ça se voyait pas. Il y a beaucoup de gens qui s'en doutaient pas. Et très étonnamment, tout mon collège et mon lycée étaient au courant que j'étais gay parce qu'il y avait eu des aventures avec un gars. Et jamais on est venu me voir… On m'a juste demandé si c'était vrai. Mais jamais j'ai eu d'insultes ou quoi par rapport à ça. Jamais j'ai été catégorisé comme le PD du lycée ou quoi.
Et ensuite, quand je suis arrivé à Montréal, là, disons que j'ai fait mon coming out officiellement à mes parents aussi, à ma famille, à moi-même. Je pense que c'est principalement ça. Et là, je me suis permis d'un peu plus m'exprimer comme j'ai envie et du coup d'être moins dans un contrôle peut-être. Mais après, de base, je ne suis pas…
très efféminé j'ai des petits traits je pense en fait tu me vois une première fois on va boire je suis ton serveur par exemple tu peux pas forcément le voir après si tu me connais on passe une soirée au complet ensemble oui clairement ça se voit mais je pense que j'ai quand même un peu le côté straight passing qui est assez cool à voir je trouve ta perte de poids elle s'est amorcée au Canada ?
Elle a commencé avant. Elle a commencé après la seconde. C'était vraiment le plus haut que j'ai eu. Première terminale, j'ai été stable un peu en descendant. Et par contre, en arrivant à Montréal, j'ai perdu 10 kilos par an. Et donc, tu es arrivé à Montréal à ? J'avais 17 ans. À 17 ans. Pour mes études. Voilà.
Moi, j'ai une intuition de ouf et c'est vraiment de la psychologie de placard. C'est l'histoire que je me raconte en t'écoutant. Le moment où tu me parlais de ton rapport au corps, le moment où tu me parlais de toi devant la glace, attristé de cette poignée d'amour ou de cette peau, sans pour autant te mettre en mouvement dans cet entre-deux, j'ai tout de suite pensé
à ces gens que tu regardes dans la boîte qui sont plus queer que toi ou qui s'autorisent des choses qui sont très violentes pour toi. Dans un moment, l'expérience est très difficile. Et je trouve ça intéressant que ça soit au Canada, à cet endroit où tu t'es autorisé. Tu disais, c'est plus au Canada où je me suis autorisé. Comme s'il y avait un lien entre une acceptation plus globale de soi, c'est-à-dire lâcher des couches
des couches de protection qui protégeaient et qui cachaient le Pierrot que tu es et qui est en fait très queer. Oui, je vois ce que tu veux dire. Mais il y a une partie de moi qui sent que je m'impose quand même une normativité de par mon éducation, je pense. Le fait que mon oncle soit gay et que pourtant il tienne lui-même un discours limite… Je mets des guillemets dans ce que je vais dire. Limite un peu anti…
C'est hyper péjoratif, je vais le dire, nouvelle vague de diversité, pas nouvelle vague, mais la reconnaissance d'identité plurielle et que c'est plus t'es bi, t'es gay, t'es hétéro et à la limite t'es trans avec tout ce qui est la non-binarité, la fluidité, etc. Lui, il est complètement en rejet de ça ?
Ils trouvent que c'est complètement débile et que ou t'es gay, ou t'es hétéro, ou t'es bi, ou t'es trans, mais que c'est un peu genre farfelu et tout. Et du coup, il y a quand même, même dans l'homosexualité et le modèle d'homosexualité que moi j'ai eu, il y a quand même pas mal de normativité et de ne pas faire trop de vagues, être contenu, disons.
je trouve intéressant aussi en fait tu me c'est peut-être aussi je vois j'ai l'impression que dans ton chemin d'identité je me demandais c'est bizarre pourquoi je lui fais parler de ses lunettes ouais mais c'est comme si tes lunettes par rapport moi quand je te regarde
tu m'envoies une… Enfin, je vois une énergie hétéro-masculine. C'est mes projections. C'est drôle, on ne l'avait jamais formulé comme ça, mais c'est intéressant. Et quand tu me dis qu'on ne voit pas trop que tu es gay…
Je sens vraiment, sauf les lunettes, qui sont beaucoup plus queer pour moi. Les lunettes qui, tu vois, habillent ton visage. Bon, enfin, je sais pas, faudrait qu'on les décrit, parce que sinon les gens vont penser que… Oui, c'est vrai que c'est des lunettes un peu rectangulaires, en écailles, marrons et un peu noirs, avec des branches bleues.
il y a une personnalité il y a une individualité, il y a une originalité et il y a une voilà c'est des lunettes et moi je sens vachement ça, ce lien ce lien entre ta queerness qui t'as le droit d'être quand tu lâches prise t'es dans cette boîte et la boîte elle est violente et moi je suis 100% avec toi je trouve ça tellement dur de voir des gens torse nu parce que j'ai tellement du mal à l'être moi donc je suis avec toi dans la boîte
Et pareil, quand des gens sont plus efféminés, ils me mettent mal à l'aise parce qu'ils s'autorisent quelque chose que moi, je n'arrive pas à atteindre. Il y a beaucoup de ça. J'adorerais pouvoir être drague, mais j'adorerais ça. Ah oui ! Et pourtant, il y a un espèce de blocage en moi qui est énorme. Alors déjà, je reste assez convaincu que je vais arriver à me libérer plus dans…
et me épouser de cette queerness disons je pense fondamentalement que je vais le faire avec quelqu'un qui va me faire découvrir ça sous le bon oeil je pense que c'est comme ça que ça va se passer dans ma vie en tout cas j'espère j'aimerais bien que ce soit comme ça avec quelqu'un de doux qui vraiment me montre que non y'a pas de un peu qu'on me prenne par la main et qu'on me fasse bah regarde en fait y'a pas de tu vas pas te faire attaquer y'a pas de problème et j'adorerais arriver à ça à se lâcher prise totale et juste à
Et c'est un truc que je… C'est un peu, genre, fantasmatique, même, de genre, waouh, c'est possible, quoi. Et en même temps, j'en ai très peur et j'ai l'impression de pas me le permettre, de pas pouvoir, de pas… T'autoriser. T'autoriser, oui. Tu dis que c'est un fantasme. Tu peux me le décrire ? Projette-moi dans ce moment où t'as lâché ces couches. En fait, fondamentalement, c'est juste mon bad plastic de ce que les autres vont penser, quoi.
Mais je pense qu'au-delà de ça, c'est m'embêter les steaks de ce que moi je vais penser de moi-même. Parce que les autres, à la limite, oui, mais je pense que le regard que j'ai envers moi-même est tellement plus dur que ce que les gens peuvent avoir envers moi-même. Et c'est justement, c'est un peu ma grande bataille du moment. C'est de me défaire de mes fausses croyances. C'est un peu mon travail psy en ce moment, il est hyper centré là-dessus. Et j'en parlais pas mal avec ma marraine qui est en RH et qui a fait une formation de coaching et tout. Et elle me fait, mais justement, ces fausses croyances-là, c'est ça qui bloque les gens.
arriver à parvenir à leur objectif alors qu'ils ont des envies, ils ont des choses qu'ils veulent faire mais il y a des croyances qui les limitent, des croyances limitantes et en ce moment c'est vraiment ça, ça arrive à détricoter ça et parce que franchement quand je le regarde j'ai
Ma famille l'accepterait complètement, ils trouveraient ça trop cool. Je suis allé voir un show de drague avec ma mère à Montréal quand elle est venue, elle a adoré ça. Enfin, ce serait pas du tout… Je serais pas du tout rejeté par rapport à ça, j'aurais pas du tout à m'en cacher. Dans le milieu dans lequel j'évolue à Montréal, bah pareil, il y aurait pas de problème, je le sais très bien, quoi. Mais c'est vraiment juste moi avec moi-même. Je pense que c'est principalement ça le…
tu penses pas ? ce qui m'a servi j'adore cette phrase ce qui m'a servi
M'a servi, asservir, dans le sens de l'esclavage. Tu vois ce que ça veut dire ? Ce qui m'a servi, m'a servi, ok ouais. Et j'ai l'impression que moi j'arrive à me libérer, si j'arrive à comprendre la première partie. C'est-à-dire, comment cacher au monde ta féminité, ta queerness, ta différence ? Comment est-ce que ça t'a servi ? Comment est-ce que ça t'a sauvé ?
Et là, tu un peu caches, tu dis aucun problème à vivre ma féminité en tant que drague. Alors qu'en ce moment, en Amérique du Nord, il y a des groupes extrémistes qui attaquent des lectures de drag queens auprès des enfants.
Tu vois ce que je veux dire ? Alors que la misogynie… Moi, en fait, j'arrive pas à être efféminé parce que je me fais tabasser, en fait. Parce que je me suis fait tabasser. Et parce que mon corps est là. Ah, t'es très gentil, là, avec tes histoires de queerness, d'être toi, d'enlever tes couches. Mais t'es mignon. Moi, mon taf, c'est de te faire survivre. Du coup, en fait, tu vas pas me faire tout ça, quoi. Après, très honnêtement avec toi, je comprends complètement ce que tu dis, mais je…
n'ai honnêtement jamais dans ma vie, jusqu'à il y a peut-être un an, senti que c'était le fait que je sois gay et potentiellement ce que ça représente qui puisse me mettre de côté. J'ai jamais été attaqué par rapport au fait que j'étais homosexuel à aucun moment. Là, on parlait d'être drague. Ouais, mais… Explique-moi. J'ai…
En fait, j'ai l'impression de jamais avoir vraiment… Quand j'entends des récits dans tes podcasts, par exemple, ou que je parle avec les mecs que je rencontre et que je leur demande un peu comment s'est passé leur coming out, etc. Moi, ça a été un peu un non-fait, le fait que je sois homosexuel, en fait, parce que ma famille était fondamentalement au courant depuis longtemps. Donc, quand je leur ai dit, ma mère, elle s'est mise à pleurer en mode « Mais c'est génial que tu te connaisses ! » et tout. Enfin, en mode, le sous-texte était aussi un peu « Je le sais depuis des années. » Du coup, ça a jamais été stigmatisant. J'ai jamais eu des insultes homophobes. Moi, c'était plus parce que j'étais gros et ça s'est vraiment centralisé autour de ça. Euh…
Et du coup pareil, mon oncle est gay dans la famille, j'avais 12 ans, j'étais à leur mariage, enfin il y a un côté quand même hyper acceptation de ça, mais peut-être dans une normativité plus hétéro et justement tout le côté féminité moins possible de l'exprimer, c'est qu'en le disant je me rends compte moi-même de ça.
Mais je pense aussi quand même qu'il y a un espèce de… Tu disais, par exemple, te faire agresser, etc. Moi, ça n'a jamais été un truc dans lequel je me suis senti… À aucun moment, je me suis senti mal à l'aise de quoi ou qu'est-ce. Même en laissant peut-être plus… Laisser s'exprimer ma part de féminité. À aucun moment, j'ai l'impression d'avoir vécu une expérience qui a été traumatisante, entre guillemets, et qui m'a conduit après à adopter une attitude qui est différente. Alors, pourquoi ne pas le faire ?
Et en même temps, j'allais justement venir à ça. Pourquoi ne pas le faire ? Pourquoi pas tout lâcher ? Je pense que c'est parce que c'est ce que ça veut dire pour moi. C'est ce que ça renvoie à moi. Et après, derrière, en même temps, quand j'écoute tes podcasts, je suis le premier à dire que oui, effectivement. Et vas-y, ça dit quoi ? Imagine, tu t'imagines aller…
louer une tenue, une perruque, du maquillage. Tu peux être une drag queen d'un soir avec trois amis proches ou toute seule. Ou monter sur scène dans un open mic, pas de problème. Figure-toi un peu ton premier pas. Ça veut dire quoi ? Ta peur, elle dit quoi plus précisément ? Qu'est-ce que dit ma peur ?
Je pense qu'il y a peut-être une part de ridicule. Il y a clairement un enjeu autour de ça, ça n'est pas de débat. Peut-être plus que ce que je pensais d'ailleurs. Ridicule, ça veut dire ? Il s'est mal maquillé ? Non, plus ça ne correspond pas à lui.
En fait, là, j'ai vraiment une image qui me vient en tête, je n'arrive pas à me la sortir, donc je vais vous l'expliquer. En gros, j'ai fait du théâtre quand j'étais au lycée.
et à la base on devait faire un spectacle de fin d'année en mode une pièce de théâtre et finalement on a fait plein de petits sketchs qui s'enchaînent et il y a un sketch de Florence Foresti que j'aime beaucoup c'est dans son premier spectacle elle fait des sketchs à la cigale c'est j'aime pas les garçons j'aime pas les filles Florence Foresti ouais Florence Foresti et du coup dans ce sketch là elle caricature un homme et une femme de mémoire et c'est elle prend une attitude un peu hyper féminine d'un côté hyper masculine de l'autre et je devais jouer la scène en étant moi-même hyper féminin
j'avais pas officiellement fait mon coming out à l'époque j'étais encore en France etc donc je pense que mon rapport au corps était un peu différent j'ai bloqué je me suis mis à pleurer j'ai pas pu donc je pense que ça illustre bien qu'il y a quelque chose à cet endroit là et le fait que tu me tu me tu me tu me mettes dans un coin et tu me fasses un peu vraiment genre me confronter par rapport à ça ça réveille un peu des choses donc je pense qu'il y a clairement un enjeu par rapport à ça je ne te laisserai pas tout seul
Ah non, mais après, je ne le vis pas. Non, mais tu es là et tu peux t'arrêter à tout instant. Et pour le moment, je sens que tu es consentant de cet échange. Je ne te laisserai pas tout seul. Et je viens avec toi dans la petite grotte de l'inconfort. Là, je reviens au moment où toi, tu seras publié. Je pense que les gens auront déjà entendu. J'ai fait un épisode de poème où je raconte. En fait, je suis allé dans un rassemblement des faits radicals. Tu as écouté l'épisode avec l'Eclipse sur les faits radicals ou pas ?
Bon, en gros, c'est un mouvement des années 70 qui réunit des personnes queer. Justement, c'est souvent des rassemblements qui viennent réparer, connecter, inspirer entre personnes queer. Il y a quand même une forme de facilitation, il y a des petites activités, des petits rituels qui viennent mettre des mots ou des actions pour mieux te connaître, mieux connaître l'autre, mieux connaître ton rapport au monde, etc.
Il y a un sanctuaire en France, il y a un lieu en France, dans une forêt et une maison. Et dans cette maison, il y a une pièce qui s'appelle la drag room. C'est des amas de robes, de tissus, il y a tout ce que tu veux pour être ce que tu veux le temps d'une heure, d'un soir ou d'une semaine.
J'en reviens, j'en ai passé dix jours, j'ai travaillé, j'ai taffé mille trucs, j'ai plein d'amour pour moi et je ne suis jamais arrivé à être en drague, je ne suis jamais arrivé à me féminiser. Et je voulais juste dire, petit Guillaume, n'aie crainte, je sais que t'étais en train de taffer autre chose, on va pas tout faire d'un coup. Mais j'étais dans la drag-room.
et j'avais trop peur de porter une robe j'avais trop peur de porter une robe et j'étais là attends genre vas-y là essaye il y a des grands miroirs et tout juste je te demande pas de j'avais trop peur mais pas genre j'avais trop peur d'enfiler cette putain de robe et notamment parce que qui peut m'aimer qui peut m'aimer en robe personne ne peut m'aimer en robe
et j'ai trouvé ça d'autant plus puissant qu'en fait dans le rassemblement t'en avais plein qui mettaient des robes ou pas enfin machin et qui recevaient des compliments devant moi sur qui ils étaient ou même leur masculinité tout en étant en robe j'ai trouvé ça trop intéressant parce que j'entendais des bribes qui venaient me parler je me disais putain en fait cette personne il avait mis une perruque c'était un peu burlesque hum hum
Et il était complimenté. Je me disais, putain, les gens l'apprécient et voient qui il est malgré… Tu vois ? Et…
Ah ouais, c'est venu, c'était trop dur. Ah, je comprends un milliard de fois. Je comprends vraiment beaucoup, beaucoup. Moi, j'ai l'impression qu'on ne m'aimera pas si je suis trop efféminé. J'ai l'impression qu'on n'aura pas de désir pour moi, j'aurai pas de place, on ne pourra pas connecter avec moi. Comme ça, ça paraît stupide, comme raisonnant, mais je le dénigre. Ça paraît dénigrant en disant stupide, mais pas adapté en fait, parce qu'il n'y a pas de… Mais en même temps, je peux que te comprendre parce que…
moi je le vis pas de la même manière mais y'a pas tant ce côté en fait il sait même pas tourner vers l'autre c'est vraiment tourner vers moi même et du coup je me le permets pas mais ça vient quand même montrer quelque chose y'a un sous-texte derrière qui y'a quelque chose quand même après tu vois je trouve que c'est un peu une de mes réalisations dernièrement j'ai aucun ami gay quasiment j'évolue dans un milieu hyper hétéro en fait
J'ai très peu d'amis gays parce que dès que j'en viens à être en face d'un homme gay, j'ai l'impression de toujours avoir un mélange de… J'ai toujours l'impression qu'il faut que je tente quelque chose avec lui, genre dans l'intime, en dehors d'une relation amicale.
Et du coup, ça pervertit un peu la relation que j'envisage, la manière dont je suis, la manière dont je me positionne. Je ne suis pas moi-même détendu à l'aise. Alors que je rencontre un groupe de… Je dis des meufs parce que c'est toujours plus simple avec des meufs. Je trouve que je connecte beaucoup plus facilement qu'avec un mec, quoique ça dépend lesquels. Les mecs qui arrivent à faire…
vivre leur émotivité leur part de féminité en eux je les trouve merveilleux et voilà mais il y a un peu un enjeu de ce côté là et c'est un peu la réalisation que j'ai eu dernièrement il fallait que j'investigue plus ça que je me permette d'avoir des amis homosexuels pour justement rentrer aussi un peu dans cette sphère
de la liberté de chacun et de pouvoir en pouvoir discuter pouvoir parler des choses je pense que c'est aussi pour ça que ton podcast me fait aussi de bien je pense c'est parce que c'est un peu le seul endroit dans lequel alors il n'y a pas d'échange parce que c'est un flux unidirectionnel c'est moi qui écoute mais ça me fait réfléchir quand même après j'en parle beaucoup avec des gens autour de moi et c'est cool d'avoir ça comme un espèce de
d'espace de communication où on peut voir plein de profils différents et comprendre vraiment fondamentalement qu'est-ce qui se joue en fait pour chacun. Parce que toi quand t'es face à un autre homme gay ou queer, tu as chaque fois de l'attirance ? Quand tu dis il faut que je tente, c'est que est-ce que t'as du désir ou en fait même quand t'en as pas ?
Même quand j'en ai pas des fois je sais pas d'où ça vient ça d'ailleurs mais si c'est le côté un peu essayer parce que alors ça me vient en tête là maintenant donc je le sors mais c'est j'ai tellement l'impression que personne peut m'aimer que j'ai l'impression de devoir trouver une personne à un moment quand même et du coup d'essayer tout en étant quand même dans un truc où
On parlait tout à l'heure de revenir là où ça faisait mal, avec les aiguilles par terre et tout machin. J'ai aussi l'impression que c'est un peu la prophétie autoréalisatrice. Parce que la manière même dont je me mets en lien avec cette personne-là, qu'elle m'attire ou qu'elle ne m'attire pas d'ailleurs, et je pense que quand elle m'attire, c'est encore pire. Mais en fait, j'ai envie de dire que je ne suis pas adapté. Ce n'est pas la manière de faire, ce n'est pas la manière pour arriver à ça. Parce que du coup, je me tétanis. J'ai l'impression d'envoyer des signaux, mais il n'y a pas de retour. En même temps, je les envoie de manière tellement…
inadapté et pas juste chill relax moi qui m'exprime et qui fait part du fait que potentiellement les personnes m'attirent et du coup ça marche pas donc ça renforce aussi un peu ma croyance de toute façon tu n'en retrouveras personne et tu n'y arriveras jamais et je pense que du coup cette pensée là aussi elle est plus apaisante parce qu'en fait c'est comme avant donc il n'y a pas de je connais je sais ce que c'est il n'y a pas la peur et la découverte de potentiellement tu connais les aiguilles ouais au moins c'est simple ça fait mal mais je sais comment ça fait mal je sais comment le gérer parce que ça m'arrive depuis
Pas toujours, mais depuis petit. Et donc, en fait, c'est dans une forme de sécurité. Mais c'est pareil que, malheureusement, les femmes battues qui revont avec des femmes battues, les personnes qui sont… Enfin, je dis des femmes, mais des hommes aussi, d'ailleurs. Des personnes qui ont vécu des violences extrêmes dans leur enfance qui vont ou devenir agresseurs ou rester dans des dynamiques de domination-soumission dans les relations humaines. En fait, on connaît, c'est plus simple, même si ça fait mal.
Je te propose qu'on passe à la partie 2, toi et moi. Sur ce sujet-là, j'aimerais que, si t'es d'accord, qu'on parle de sexualité, de sensualité. Comment est-ce que t'as…
aborder toutes ces années, avec ou sans les kilos, ton rapport au sexe, à la masturbation ou à l'éjaculation ou à la caresse ou au toucher ou au massage, dans ton rapport à l'autre. Et aussi, comment est-ce que cette sexualité, cette sensualité…
se sont exprimées tandis que tu ne te pensais pas désirable ou pas aimable ? Est-ce que du coup, elles se sont tues ? Tu les as tuées ? Les envies ? Les envies, le désir, le sexe. Ou est-ce qu'elles ont réussi à fleurir tout de même ? Tu ne répondras pas. Tu n'avais pas senti la conclusion ? Si, mais je n'arrivais pas à savoir si c'était le début de l'épisode d'après ou pas encore. Du coup, j'étais en mode « Attends, il faut parler ou il ne faut pas parler ? » Et après, j'étais en mode « Allez, let's go, on y va ! »