Lire la transcription de cet épisode
Déjà, bienvenue chez moi. Merci. Dans mon canapé. Mathias, tu es l'auteur de l'essai 4% en théorie aux éditions Goutte d'or. J'ai bon pour le moment ? Tout est bon, tout est juste. Alors, 4%, c'est la proportion d'hommes gays dans le monde.
Tu vas nous expliquer, mais le chiffre est à peu près. Et c'est un livre à la fois en quête scientifique et intime. Et au début, quand j'ai reçu le livre, on me l'a offert. Première fois, j'étais très content. En plus, sujet passionnant. Je me suis dit, ça m'emmerde.
Et je me suis dit ah non moi j'ai pas envie parce qu'en gros pendant tout le livre, enquête scientifique intime, tu te partages à la fois toi en tant qu'homme gay, donc tu partages ton cheminement autour de cette question pourquoi je suis gay. Et la partie scientifique c'est tu épluches toutes les recherches.
les théories qui, justement, essayent de percer ce, entre guillemets, mystère. Moi, je me suis dit, ça me saoule, le sujet de pourquoi je suis gay qui m'amène à tout un tas de trucs. Ça me remue et ça me saoule en mode, ça me remue. Et en fait, le livre est super. C'est pour ça que j'ai introduit là-dessus. Et c'est d'ailleurs une réticence. Tu m'as raconté qu'un libraire t'en avait parlé. Tu peux me raconter cette réticence et ce que tu lui as répondu et ce que tu me réponds.
Déjà, ce sujet m'emmerde, ça a été un peu le mien aussi à un moment dans ma vie. Et c'est celui de plein de mes copains. Et effectivement, la librairie pour les parisiens qui connaissent les mots à la bouche, qui est une librairie LGBT, où j'ai fait ma première rencontre en librairie là-bas. Et le libraire commence en disant à peu près comme toi. C'est-à-dire, quand j'ai reçu le bouquin, je me suis dit, on est encore là-dessus, on va encore avoir besoin de fouiller là-dedans. Pourquoi on ne nous fout pas la paix ?
Donc je comprends tout à fait cette question, enfin ce doute, et souvent il est lié au fait que les réponses qu'on a trouvées ou qu'on n'a pas trouvées, ou la façon dont elles nous ont été amenées, nous ont beaucoup perturbé je trouve dans notre façon d'évoluer. C'est-à-dire qu'on nous a posé la question avant qu'on se la pose souvent, enfin moi c'est mes parents qui m'ont demandé ce qu'ils avaient fait.
C'est-à-dire quand tu leur as fait leur coming out. J'ai fait mon coming out, oui. Pas le leur, le mien. Et ils ont dit, qu'est-ce que j'ai fait en tant que parent ? Exactement. Donc, c'était tout de suite responsabilité parentale. Donc, moi, j'ai décidé que ce n'était pas une responsabilité parentale. Mais finalement, c'était mon choix de choisir une théorie qui me convenait parce que ça convenait à mon rapport au monde. Je ne voulais pas que ce soit les parents. Donc, j'avais décidé que ce serait biologique. Puis après, en même temps, ça m'embêtait un peu parce que je trouvais ça essentialisant. Donc, ça...
Ça venait contre carré percuter une autre de mes visions du monde que je voulais pas. Et donc, je me suis rendu compte que souvent, les réponses qu'on avait sur ce sujet, pourquoi je suis gay, elles sont teintées de beaucoup d'autres choses, soit notre rapport à notre environnement qui nous a posé la question, soit à notre acceptation qui a été plus ou moins difficile et que souvent...
Il y a une période de questionnement et après, on passe à une période où on laisse ces questions de côté. On est fier, on s'assume, on n'a plus besoin de se justifier. Parce qu'il y a souvent ça aussi, il y a la question de se justifier, d'expliquer pourquoi on est homosexuel. Les hétérosexuels ne se posent pas la question. Oui, c'est ça. C'est pour moi une question qui était toujours teintée de « c'est un problème à résoudre ».
Que j'assume plus ou moins frontalement, tu vois. Je ne me suis jamais demandé, tiens, pourquoi est-ce que j'aime le vert ? Et pourtant, ça pourrait être une question intéressante. Exactement. Mais du coup, c'est pour ça que la question cœur de ton livre m'a fait peur au début où j'ai eu un mouvement de réticence. Et qu'au final, en fait, je crois que j'ai envie de te demander...
Pendant le livre, tu racontes, c'est très joli, tout ton cheminement intime, c'est pour ça que ça a toute sa place sur ce podcast aussi. Et on alterne en fait, chapitres où tu parles de toi et de ton cheminement en tant qu'homme gay et de cette enquête scientifique que tu déroules. Pourquoi ne pas avoir juste écrit un bouquin sur toi, ton cheminement, le retentissement de ton coming out, ce que tu as vécu ?
parce que ça m'aurait paru banal je suis journaliste l'idée c'était pas tant de me raconter que de raconter une histoire, une question de société ça a plutôt été l'inverse à quel moment je me raconte
Pour que ce soit justifié et que ce soit pas juste un petit exercice d'ego trip, je vais vous raconter ma vie. Et du coup, les étapes que j'ai choisi de raconter, je les fais aussi parce qu'elles me paraissaient... Alors, universel, c'est un grand mot, mais l'expérience du coming out est universelle, même si tous nos coming outs sont différents. Il y en a qui se passent super bien, puis on en finit à la porte. Mais un coming out, c'est...
la petite boule qu'on a dans le ventre avant de le faire je pense qu'elle parle à tout le monde l'expérience de l'homophobie quelle que soit la façon dont on le reçoit que ce soit un regard dans la rue, un crachat ou un coup de poing cette peur de l'autre quelque part liée à l'homophobie je pense que n'importe quelle personne LGBT visible en tout cas ou hétéro d'ailleurs qui passe pour un gay par ailleurs a pu la ressentir donc l'idée c'était de raconter des choses qui pourraient peut-être parler à tout le monde pour qu'on rentre plus facilement dans le sujet
avec derrière on a dit bon allez je te prends un peu par la main avec l'humain
pour que je t'amène au truc qui va être un peu plus chiant on va pas te le cacher, on va aller dans les études scientifiques je suis pas d'accord avec toi je trouve que tu les racontes bien c'est peut-être mon côté un peu geek mais j'ai trouvé au final ce qui était vachement chouette dans le propos c'est je vais regarder où en est la recherche sur ça et en fait en faisant comme ça des points sur la recherche, les théories on se les réapproprie comme en fait t'as un propos de toi d'homme homosexuel
Tu les relis, tu les critiques. Et ce que j'ai trouvé vachement intéressant, c'est que tu questionnes notamment qui décide le cadre de ces recherches et comment ça peut être soit bien intentionné, soit justement en mode « trouvons le problème pour le résoudre ». Et en fait, j'ai trouvé que ça faisait une mise à jour de « ok, on en est où sur ces sujets-là ? »
Est-ce qu'il est possible de savoir comment un être humain devient gay ? Qu'est-ce qui est tiré comme fil ? Quel espace d'études ? L'épigénétique, l'ADN, etc. Et qu'est-ce que ça veut dire pour un homme homosexuel de 2023 ?
Tu vois, et j'ai trouvé ça aussi... Non, je suis pas d'accord, je trouve que les chapitres un peu plus geeks sont simples et...
Je m'étalais un peu en explications et en surexplications et on a beaucoup bossé pour que ce soit fluide, accessible. L'idée de ce bouquin c'était aussi de pouvoir l'offrir à ma mère, qui n'est pas une geek, ni une scientifique, donc qu'il soit accessible pour elle et qu'éventuellement il soit accessible aussi pour un minot de 17 ans qui peut se poser ses questions.
et peut-être qu'il trouvera des choses un peu plus carrées que ce qu'il peut trouver sur internet ou que ce que moi j'ai pu trouver à l'époque ou globalement enfin moi quand j'en parle avec des copains c'est soit c'est une réponse qui nous convient parce qu'elle correspond à notre vision du monde soit c'est parce que c'est la dernière qui est sortie il y a une brève qui dit qu'il y a un mec qui a trouvé un lien épigénétique et ça devient bah t'as vu c'est épigénétique ça y est on a la preuve alors que non c'est
On a peut-être trouvé quelque chose qui dit qu'il y a une part d'épigénétique dans certains cas. C'est pas du tout la même chose. Et donc, il a fallu essayer de résumer et condenser un peu ça. Et effectivement, comme tu le disais aussi, de poser les questions qu'il y a autour, telles que qui fait ces recherches, dans quel but, dans quel cadre. Moi, j'étais très surpris de découvrir qu'il y avait plein d'homosexuels, par exemple, qui avaient eux-mêmes entamé ces recherches. Pour moi, c'était avant tout des recherches d'homophobes qui voulaient nous décortiquer pour nous réparer.
Et en fait, plein de mecs aussi ont fait ces travaux, ont utilisé, mais quelque part un peu comme moi j'ai fait ce livre pour peut-être mieux me comprendre, plein de mecs, principalement des hommes, ont fait ces recherches dans le but de mieux se comprendre aussi, de savoir qui ils étaient alors dans certains cadres.
Dans les années 2000, pour mieux se connaître. Dans les années 90, en pleine épidémie de Sida, c'était aussi pour mieux comprendre quel était ce malheur qui frappait la communauté, presque cette malédiction. Il y en a un, par exemple, Simon Levesque, a fait des recherches. Son mari, son compagnon, est mort du Sida. Et il a fait quelques petites recherches sur le Sida, et puis il a voulu presque aller à la racine de ce que c'était pour lui, et c'était l'homosexualité. Et donc il est parti dans ces recherches-là. Donc il y a effectivement, pour beaucoup de chercheurs, le besoin de se comprendre.
Et parfois le retour de bâton, le moment où ils se disent, oula, mais en fait, qu'est-ce que je suis en train de faire ? Quels sont les risques à trouver des réponses ? Et certains d'ailleurs qui ont fait marche arrière ensuite et qui sont partis travailler dans d'autres domaines parce qu'ils ont eu presque peur de leur propre trouvaille. T'as écrit ce livre pour mieux te comprendre, du coup là tu l'as écrit. Mince !
Alors, qu'est-ce qu'on a mieux compris ? Non, mais c'est une vraie question. Donc, tu as fait deux ans d'enquête ? Quatre ? L'écriture du bouquin a duré sur trois ans, mais il y a eu un an de rédaction intensive à temps plein, et deux ans où j'ai fait des recherches, mais j'avais un autre boulot à côté, donc ce n'était pas du temps plein. Mais c'est quand même un cheminant de plusieurs années, entre le Mathias d'avant, qui était homosexuel à ce moment-là, n'est-ce pas ? Oui. Et le Mathias d'aujourd'hui... Il est toujours homosexuel. Il l'est, ok. Bravo.
Non, en vrai, qu'est-ce que ça change pour toi ? Où est-ce que ça t'a influencé, ces recherches ?
C'est difficile de savoir exactement quelle est la part du livre ou du travail que j'ai fait autour du livre dans mon évolution et les autres éléments, événements qui sont arrivés sur ces trois dernières années. Mais il est certain qu'il y a quelque chose de beaucoup plus apaisé, je dirais. Et justement, peut-être qu'il se questionne moins parce qu'on ne va pas spoiler, mais je donne des débuts de réponse dans le livre et je ne donne évidemment pas la réponse absolue parce que si on l'avait, je pense qu'on le saurait, on ne m'a pas attendu.
La réponse à... Pourquoi je suis gay, voilà. Et du coup, il y a quelque chose d'un peu apaisé de me dire, c'est un truc très complexe, ce truc-là. J'ai un bout de réponse. Ce bout de réponse, il élimine, même si je m'en doutais, mais bon, clairement, toute la question de pathologie, de maladie, de perversion, de vice ou de satanerie, que sais-je autre...
Et c'est le fruit de quelque chose de très riche, de très complexe, qui mêle sans doute du social, du biologique, du psychologique, qui est le même mécanisme qui a sans doute conduit mes petits copains hétéros à devenir hétéros. Juste, on a pris des chemins différents, mais la part de biologie, elle existe aussi chez eux. La part de psychologie, elle existe aussi. La part d'environnement, évidemment, dans un monde hétérosexuel, elle existe aussi. Donc, il y a quelque chose qui m'a un peu apaisé et ça m'a étonnamment, alors que ce n'était pas le cœur de mon sujet...
apaisé sur les questions de masculinité aussi je pense je suis plus à l'aise avec ça maintenant avec ce masculin, ce féminin alors que quand j'ai plongé justement dans les travaux pour le livre il y a eu quelque chose qui m'a beaucoup angoissé c'est quand j'ai vu passer tous les résultats sur les questions de féminité chez les jeunes homosexuels en gros on a regardé un peu chez les jeunes gays enfin chez les gays adultes comment ils se comportaient petits
Et il se trouve que statistiquement, on trouve quand même un peu plus de mecs dits efféminés. Évidemment, là aussi, ça ne conditionne pas. Beaucoup de petits garçons efféminés seront hétérosexuels par la suite, mais il y a quand même une corrélation. Et ça m'avait beaucoup angoissé parce que ça a remis sur le tapis un truc que moi, j'ai combattu, mais pendant des années, c'était la fillette, c'était la tapette. Voilà, là, je te parle, j'ai les jambes croisées.
plutôt à l'aise j'aime bien avoir les jambes croisées mais à 12 ans je faisais mon manspreading pour être un bonhomme parce que j'avais l'impression qu'il fallait que je revendique une certaine forme de masculinité et que sous cette forme de féminité il y avait presque comment dire
qu'on décelait l'homosexualité sous la féminité. Que je voulais absolument cacher, évidemment, déjà à moi-même. Et donc, quand j'ai vu ça, ces chiffres-là, ces corrélations, je me suis dit, on retourne finalement au Moyen-Âge. Ça y est, on retourne sur les efféminés sont des pédés, les pédés sont des efféminés. Et maintenant, je me dis, peut-être qu'on est un peu plus efféminés que les moyennes.
Peut-être qu'on pourrait l'être beaucoup plus si on ne s'était pas construit dans un monde où on nous avait appris à être masculin, justement, et qu'on n'avait pas nous-mêmes caché une partie de cette féminité. Et peut-être que ce n'est pas facile d'essayer de la retrouver aujourd'hui, alors que j'ai 37 ans derrière moi de construction de masculinité toxique.
mais que c'est une quête plutôt agréable à faire en fait qui fait de mal à personne ni à moi ni aux autres et qu'on peut redécouvrir des choses plutôt chouettes là dedans donc là aussi ça m'a je pense plutôt apaisé sur quelque chose que j'essayais plutôt de rejeter avant je pense
Tu dédies le livre à tes parents, c'est assez intrigué, peut-être parce que pour moi c'est un sujet en ce moment dans mon intime à moi très important. Comment est-ce que ce livre a changé et est-ce qu'il a changé quelque chose dans ton rapport à tes parents ?
Alors il a changé quelque chose pendant que j'écrivais parce que j'étais très angoissé de leur réception parce que je raconte mon coming out, ils n'ont pas été super chouettes même si c'était de l'homophobie plus par ignorance du sujet. Ils pensaient qu'ils n'en connaissaient pas des homosexuels.
J'ai dû leur dire qu'il y avait 2-3 voisins à mon avis. Mais... Toi, t'as grandi dans quel coin ? Un petit village dans la région centre, près de Bourges, dans le Cher. Donc effectivement, des homosexuels, on n'en connaissait pas. Eux, ils n'avaient pas d'amis homos. À part 2-3 références à la télé, et on y en parle des années 80-90, elles n'étaient pas nombreuses. Enfin 90-2000 plutôt. Et très caricaturales. Et très caricaturales. En gros, il y en avait Stevie, Sevran et la marque des Fiertés sur TF1.
Stevie Love Story Pascal Sevran la chanson chanson je crois que c'était ça il était ouvertement homosexuel ou alors s'il était pas ouvertement tout le monde le savait en tout cas pour mes parents c'était un gay c'est sûr et le troisième ? et la Pride et le reportage sur la Pride où généralement on filmait les plumes que j'aime bien mettre aujourd'hui mais qui à l'époque m'a angoissé parce que je me disais ça peut pas être moi oui les seules images qu'on voyait c'était des
Et on ne voyait pas les images militantes, etc. Mais continuons à venir les dragues à la Pride, ce n'est pas la question. Mais à l'époque, il n'y avait que ça comme représentation. Et donc, je n'imaginais pas comment moi, je pouvais me glisser là-dedans.
T'es inquiet du coup en écrivant ton histoire ? Tes parents n'ont pas le beau rôle ? Ouais, et j'avais pas envie de remuer les choses qui sont maintenant passées. Je veux dire, à Noël, mon chéri est convié, ça va être super. Je veux dire, ils accueillent mon conjoint comme ils auraient accueilli ma conjointe, aujourd'hui.
Donc j'ai pas forcément envie de remonter dans le temps et leur dire « Ah oui, mais quand même, là, c'était douloureux. » J'avais peur qu'ils le vivent mal, ça. Et au final, mes parents m'ont promis qu'ils ne liraient pas le livre quand j'ai commencé à l'écrire, en me disant « Pour que tu puisses l'écrire librement, sans te demander comment on va le réceptionner. » Ce qui m'a à la fois fait plaisir et à la fois vexé. Vexé parce que, merde, quand même, maman, j'écris un livre. Et à la fois fait plaisir en me disant « Bon, sois rassuré, ils le liront pas. »
J'ai pas cru. Et je leur ai offert. Et je sais qu'ils ont tourné autour pendant quelques semaines. Et il y a deux, trois semaines, j'ai levé le tabou. J'ai dit « Allez-y, vous pouvez le lire tant que je ne suis pas à côté de vous. S'il vous plaît. Je ne vais pas pouvoir le lire, mais quand je suis à Paris, allez-y, lisez-le. » Et il y a deux, trois semaines, j'ai juste eu un message sur mon répondeur. « Oui, c'est maman. Bon, j'ai lu ton livre cet après-midi. C'est super. Je suis très fier de toi. Je t'aime. »
Et c'était le plus beau retour sur le livre que j'aurais pu avoir, voilà. Et là, elle est en train de le relire, d'ailleurs. Et ça y est, elle en a parlé à toutes ses copines, alors qu'au début...
C'était un sujet un peu genre, tu sais, l'homosexualité, c'est pas non plus le sujet dont on va se vanter, l'homosexualité de mon fils, je pense. Alors que maintenant, donc finalement, je suis très heureux de leur retour. Mon papa ? Mon papa aussi, mon papa est plus discret. Mon papa, c'est un bonhomme, voilà. Donc c'est pas quelqu'un qui va épancher beaucoup ses sentiments. Donc en général, mais on le voit. Lui, ce qu'il n'aime pas plus, c'est qu'il utilise le mot pédé, parce qu'il trouve que c'est pas gentil. J'ai trouvé ça mignon, voilà. S'il y a que ça qui te plaît pas dans le bouquin...
ça va donc il est aussi je pense assez fier et assez heureux je pense parce qu'il a pas exprimé comme ça mais on sait lire les signes on se connait maintenant parce que tu vois tu dis moi j'ai écrit ce livre pour dans mon chemin d'intime m'apaiser tu vois tu l'as dit c'est aussi alors t'es journaliste c'est ton métier c'est peut-être aussi un sujet qui t'intéresse je te coupe je l'ai pas écrit pour m'apaiser ok
Mais il m'a apaisé. Ça a été un peu le résultat. Je l'ai vraiment écrit plutôt pour trouver des réponses. C'est ma chance en tant que journaliste et notamment ce que je faisais avant du gonzo, c'est-à-dire du journalisme à la première personne. C'est que globalement, quand j'ai un sujet qui me taraude, je me dis bon, je ne dois pas être le seul à être taraudé par cette question. Tiens, si elle est un peu creusée et partageons les...
les réponses c'est un boulot c'est une chance qu'il y a énorme dans mon boulot et il se trouve qu'en plus ça m'a plutôt apaisé pardon je t'ai coupé ça s'aligne complètement c'est vachement similaire à mon podcast dans l'élan et moi je vois qu'en fait c'est des très beaux prétextes à remettre des sujets
J'ai entendu une ambivalence ou j'ai projeté une ambivalence dans ton propos quand je t'entends dire « aujourd'hui, il n'y a pas de problème, ils accueillent mon compagnon comme ma compagnonne ». Et à la fois, j'ai entendu qu'il y avait quand même des choses qui se sont solidifiées, apaisées ou mises en amour. Ça se livre ?
Il y avait peut-être des petits morceaux de poussière ou des trucs qui sont chouettes à balayer. Ouais, je pense qu'il y a des choses dont les parents ne se rendent pas forcément compte, qui peuvent être qualifiées comme de l'homophobie. Je raconte une scène par exemple dans le bouquin où ma maman, on a un chat, il est grimpé sur un autre chat quoi.
Et c'était pas méchant, mais il y avait le mot « gros dégoûtant », qui était plus de la gêne à l'idée même de la sexualité, je pense. Voilà, c'est des gens très pudiques, mes parents. D'où l'angoisse aussi à leur lecture, parce que tout d'un coup, ils ont été mis en avant et c'est pas trop leur truc d'être sous les projecteurs. Et voilà, et c'était pas méchant quand elle a dit « il est gros dégoûtant, ce petit chat, ce gros chat ». Et puis en plus, tu n'aurais pas cru que c'était lui, parce que c'est l'autre qui est plutôt efféminé.
Et du coup, dans ma tête, c'est des petites phrases qui ont eu, je pense, plus d'importance qu'elles n'auraient dû en avoir parce que j'étais homosexuel, mais ils ne le savaient pas. Et peut-être que ça m'a permis de leur dire, voilà, peut-être par rapport à vos nièces, on ne sait jamais, ou les autres jeunes que vous avez autour de vous, attention à ce genre de phrases parce qu'on ne sait pas, en fait, demain, qui ils aimeront.
Ouais, et puis, moi, mon histoire, c'est qu'on a tous les deux 36-37 et que...
J'ai des choses à réparer, moi. Je fais ce podcast-là, sur lequel t'es là, pour plein de raisons différentes, mais j'ai aussi des choses à réparer. Avec tes parents ? Avec mes parents, mon entourage, une prise de parole. Et en gros, j'étais en train de me dire, tu vois, offrir ce bouquin à mes parents comme façon de déclencher une conversation. En fait, ce bouquin, il l'a déclenché. Tu l'as écrit pour qui ? Et est-ce que c'est un bon déclencheur de conversation, justement, pour des personnes hétéros ?
Je pense. En tout cas, moi, je l'ai écrit, on va dire, pour trois personnes. Je l'ai écrit pour le Mathias de 37 ans et équivalent et pote qui se pose encore des questions ou qui se pose des questions sur pourquoi on ne devrait pas se poser la question. Ça marche aussi. Je l'ai écrit pour le Mathias de 17 ans qui n'avait pas beaucoup de ressources sur le sujet et qui croyait globalement ce qu'on lui disait. Dans une culture freudienne, par exemple, on croit que c'est Oedipe. Point.
Je dis pas que Deep a joué là-dedans, mais c'est pas que Deep, voilà. Et je l'ai écrit pour mes parents à l'époque. Je sais qu'à l'époque, moi, j'avais acheté un livre qui s'appelait « Comprendre l'homosexualité ». Et j'étais persuadé que j'allais justement avoir la réponse que j'essayais d'apporter dans mon bouquin.
évidemment j'en ai eu aucune c'était un livre d'une psy pour les psys donc c'était plutôt comprendre les publics homosexuels pour les accompagner correctement donc c'était plutôt par rapport à leur parcours et j'étais avec ce bouquin et moi dans ma tête c'était le bouquin qu'elle allait offrir à mes parents pour qu'ils comprennent et puis une fois que j'ai fini je me suis rendu compte que ça marchait pas donc je leur ai filé
mais bon ils étaient un peu embêtés puis je leur ai filé une brochure de l'association Contact qui est une association qui réunit des proches et des parents d'LGBT et ouais j'avais pas de réponse et j'aurais peut-être aimé qu'ils aient un truc qui leur dise bon on se détend 1 c'est pas grave 2 c'est pas de votre faute 3 on pourrait peut-être même imaginer que c'est pas grâce à vous donc on va regarder ce qu'on sait et ce qu'on sait pas puis vous allez voir que c'est plus compliqué donc ça sert peut-être au bout d'un moment
Alors rien ne s'est tiré chez forcément la réponse parce qu'on peut chercher éternellement et dans ce cas là effectivement ça peut devenir un truc un peu angoissant quoi. Parmi les réponses, il y a eu beaucoup de coups dans le bouquin mais parmi les différentes théories et les différents questionnements de ma mère c'est bon t'as été agressé sexuellement c'est ça ? Alors non je n'ai pas été agressé sexuellement et deux c'est pas ça qui m'aurait rendu homosexuel.
mais malgré tout on retrouve des correspondances il y a plus d'enfants LGBT qui sont agressés sexuellement que d'enfants hétérosexuels parce que probablement ils présentent d'autres fragilités qu'on voit une certaine faiblesse que le prédateur sexuel voit une certaine faiblesse et en profite et peut utiliser ça dans son cadre de manipulation mais du coup quand on voit juste ces chiffres là on peut se dire bah voilà c'est pas compliqué c'est parce qu'on a été agressé sexuellement bah non ça marche pas comme ça mais là aussi comment je pouvais leur répondre à 17 ans j'avais aucune clé quoi ouais bien sûr
Du coup, j'offre ce livre à mes parents ou pas ? Ouais. En tout cas, j'ai des copains qui m'ont dit qu'ils avaient fait des commandes pour la famille, en se disant, pour les tontons qui sont persuadés d'avoir une réponse, au moins ça évitera qu'on ait la discussion à table, ils liront le bouquin et puis on fera la discussion l'année prochaine, au prochain repas de Noël, quand ils l'auront lu. Je ne suis pas en train de faire ma promo, mais je pense que, en tout cas, c'est un peu comme ça que je l'ai envisagé. C'est...
Moi, je trouve que ça résonne bien qu'on soit concerné ou pas, tu vois. Alors après, oui, et encore plus si t'es hétéro et que t'as un monde de ta famille gay. Oui, c'est plus, voilà, si vous avez un proche gay, ça peut être une façon, je sais pas si c'est de le comprendre parce que...
Les passages intimes peuvent peut-être aider à comprendre ce que c'est qu'un parcours d'homo. Vraiment un parcours lambda en l'occurrence. Il y a des parcours bien différents et parfois bien plus complexes et bien plus violents aussi que le mien. Mais ça donne une petite idée de ce que c'est qu'un parcours d'homo et puis ça peut effectivement répondre à quelques questions sur... C'est parce que maman t'a trop couvé, c'est ça ? Ou tonton était trop au travail ?
Ouais, et c'est vachement intéressant parce que même si tu poses la question... Enfin, quand je pose la question à mes potes gays, qui sont des personnes qui s'assument et dont l'homosexualité se vit, tu vois, c'est pas des gens qui se cachent particulièrement. Eh ben, en fait, chacun a sa petite théorie quand même. Et il y a des trucs très ancrés que ton livre débug et ça me fait une transition parfaite. En fait, je t'ai demandé...
on va pas tout spoiler tout le livre, mais j'avais quand même envie de te dire, ok, s'il y avait trois infos, soit des trucs intéressants, curieux, soit des trucs qui t'ont touché, ému, ou justement, ce que je disais, des mythes, des gros mythos, est-ce que tu me piocherais trois infos ? Tu m'as dit oui, Guillaume. Eh ben, figure-toi que j'y ai pensé. Je t'en ai pioché trois. J'ai même envie d'en mettre quatre, j'ai le droit. Vas-y. La première.
L'effet grand frère, parce qu'il m'a surpris, parce que je ne m'attendais pas à ça. Ah oui, moi aussi, j'ai un grand frère. T'as des frères et sœurs ? J'ai un grand frère, donc j'ai peut-être un petit effet grand frère. Raconte l'effet grand frère. L'effet grand frère, plus on a de grands frères biologiques, donc on ne parle pas d'enfants adoptés, on ne parle pas d'avoir grandi avec quelqu'un, on parle vraiment d'enfants issus des mêmes parents. Plus on a de grands frères, plus on a de chances d'être gays. On a un tiers de chances en plus d'être gays.
Donc, par exemple, si on a 4% en théorie de chance d'être gay, on en a 5,2 avec un grand frère. Alors, je ne suis pas sûr du chiffre exact, mais on rajoute 33%. 6,3 avec deux grands frères, 7,9 avec trois grands frères, etc. Et ça, c'est sérieux. Alors, ça, c'est sérieux. Mais alors, voilà, ça, c'est pour l'instant très sérieux. Il y a...
Je pense plus de 30 études dans plein de pays, sur plein de populations qui ont fait ce constat. Et là, il y a entre l'impression et le jour de l'enregistrement de ce podcast, une autre étude qui est sortie qui dit « Bon, on a repris les chiffres, c'est plus aussi évident que ce qu'on pensait. » Donc il faut que je plonge là-dedans. A priori, jusqu'à il y a un mois, c'était considéré comme un fait établi.
Du coup, attendons encore quelques mois, il va y avoir des études qui vont reprendre la précédente pour vérifier. Mais en gros, ça a été vérifié sur plein de populations, dans plein de milieux différents, avec des âges de parents différents. Donc, ce n'est pas tant l'âge des parents, etc. On peut imaginer plein de raisons différentes. Les gamètes qui changent en vieillissant, la place dans la fratrie, le fait de grandir avec un modèle masculin, etc. Non, c'est vraiment des frères biologiques. Et donc, ça, c'est ce qu'on sait statistiquement parlant. Et la théorie...
Mais là, par contre, on est encore sur l'hypothèse. C'est qu'en tout cas, on a remarqué qu'il y a un anticorps particulier qui est produit par la mère lorsqu'elle porte un foetus masculin. On a juste fait une corrélation. En gros, les mamans d'homosexuels sont celles qui ont le plus de cet anticorps dans le corps. Et on sait qu'ils se cumulent et qu'ils se conservent dans le temps. Donc, il est possible que cet anticorps ait un effet sur le cerveau. Mais comment ? Pourquoi ? On n'en a aucune idée. C'est juste qu'on a fait une corrélation et on se dit que c'est sans doute ça qui a un lien.
Ok. Et parce que moi, au début, je me suis dit oui. Enfin, en lisant ton livre, je me suis dit ok, c'est parce qu'une fois que dans ma tête, je vois que le rôle d'homme est...
déjà occupé par d'autres, alors je m'autorise, d'hommes avec des gros guillemets, petite case, je m'autorise à sortir de la case. J'ai plus de chances de m'autoriser. Mais non. Parce que ce que tu démontres, c'est que même si j'ai des frères biologiques et je ne les connais pas, je ne vis pas avec eux, j'ai la même... Cette proportion fonctionne. Donc c'est vraiment de la chimie dans le corps. Donc il y aurait effectivement quelque chose de biologique.
Mais évidemment que cette question peut se poser, et d'ailleurs c'est aussi une des théories, c'est que quand il y a déjà entre guillemets un mal reproducteur, parce que c'est ce qu'on peut imaginer, on peut peut-être s'enlever ce poids qu'on a sur les épaules de devoir fonder une famille, être un bon père de famille, je mets plein de guillemets que vous pouvez aisément deviner, et donc s'autoriser des sorties de route.
Et c'est aussi une des théories darwiniennes où on a remarqué que dans certaines familles, les personnes... Alors si on mettait nos grilles de lecture occidentales aujourd'hui, on parlerait d'hommes gays et ou...
de femmes trans dans certaines cultures c'est un groupe homogène qu'on voit un peu comme un troisième sexe et c'est ils peuvent être genrés dans les deux genres effectivement non pas d'enfants mais sont des soutiens à la famille donc ce sont des nounous, des grands frères ils font l'éducation l'éducation sexuelle donc ils sont là pour soutenir la famille et donc
dans la théorie darwinienne qui font que mais pourquoi ce truc quand même se maintient depuis des millions d'années alors qu'ils ne peuvent pas se reproduire alors qu'ils sont censés ne pas pouvoir se reproduire c'est parce que l'homosexuel a sans doute donc là vraiment on prend la théorie darwinienne aussi sa pierre à apporter à la perpétuation de l'espèce pas forcément en se reproduisant
mais potentiellement en étant un soutien à la cellule familiale d'autres y ont vu un coup de billard à trois bandes où certains gènes ont des effets parce que les femmes de la lignée maternelle d'un homme homosexuel ont plus d'enfants
Donc certains ont vu qu'elles ont certains traits qui vont faire qu'elles vont plus procréer, donc elles vont plus répandre ces gènes, et chez les hommes ça va donner plus de l'homosexualité masculine. Donc d'un côté on aura des hommes qui vont avoir des taux de reproduction plus faibles, mais des femmes sur la même ligne avec le même patrimoine génétique, ou une partie de ce patrimoine génétique, qui elles vont plus se reproduire. Et donc finalement c'est un trait, puisqu'il ne nuit pas à la société...
qui se conserve génération après génération. Oui, le délire de Darwin, c'est que le meilleur gagne. Oui. On élimine... Normalement, un trait qui nous nuit, effectivement, il va être progressivement éliminé. Or, il se trouve que ça fait quand même quelques millions d'années que l'homosexualité existe chez l'humain et chez nos ancêtres. Donc, on peut imaginer que si Darwin avait raison...
A priori, on n'est pas en train de détruire notre patrimoine génétique ou la survie de l'espèce. Est-ce que tu sais ce qui a déclenché la recherche de l'effet grand fer ? Parce qu'en fait, qu'est-ce que les chercheurs viennent foutre ? Les chercheuses viennent foutre dans ce... Tu vois, c'est par hasard... Mais c'est une bonne question que je ne m'étais pas posée. À quel moment...
Les premières études, en fait, les premières études, on cherchait une cause biologique, génétique. J'essaye de remonter parce qu'il y a aussi toutes les études génétiques, justement. Et par moments, elles se croisent. Les premières études, on est plutôt dans les années 1960, je dirais, sur ces questions-là. On n'avait pas du tout détecté l'effet grand frère encore. Mais par contre, on commençait à faire des statistiques sur les familles.
En gros, on a commencé à regarder, par exemple, entre des jumeaux, des vrais jumeaux, des faux jumeaux ou des frères, combien partagent la même orientation. Et c'est là qu'on s'est dit « Ah, il doit y avoir un truc un peu biologique parce que, effectivement, les vrais jumeaux, ils partagent quand même plus souvent la même orientation que les faux jumeaux, par exemple. »
qui a un élan de chercheur, c'est-à-dire il y a de l'homophobie là-dedans. Pourquoi on va se poser ces questions-là ? Tu vois, moi, l'effet grand frère que tu as bien expliqué, qui fait que du coup, plus une personne a des grands frères, plus il a de chances d'être gay. Ça fonctionne sur les hommes.
Sur les femmes, par ailleurs.
Soit, en fait, je vois toutes les possibilités que ça soit mal utilisé et c'est vraiment pour moi un vrai danger. Je serais beaucoup plus intéressé qu'on dépense de la thune et du cerveau sur pourquoi les hommes hétéros sont homophobes. Il y a eu quelques petites études qui ont été faites là-dessus. Tu vois ce que je veux dire ? Du coup, je me méfie. Mais il faut se méfier. Tu sais, toi, d'où...
Je réfléchis, de ceux qui aujourd'hui, alors je veux pas dire de bêtises, de ceux qui aujourd'hui travaillent dessus sur les années, il y en a un qui notamment a été qualifié de transphobe, on peut dire ça comme ça, parce qu'il travaillait sur une clinique du genre, donc j'ai un a priori pas très positif sur cette personne.
D'autres ont vraiment commencé, d'autres étaient homosexuels par ailleurs, il y en a un autre qui était homosexuel dans ceux qui ont travaillé sur cette question. Je crois vraiment que la base de cette question c'était on va chercher à comprendre ce truc.
qui est l'homosexualité et on tape un peu tous azimuts et donc on commence à faire on va regarder ce qui se passe dans les familles et je me souviens des premières recherches dans les années 60 justement une des conclusions c'était ce n'est pas une psychopathologie donc il y avait quand même un si ce n'est un but en tout cas un résultat qui dit bon on sort de l'idée de maladie on est 30 ans avant que ce soit plus de maladie au niveau mondial
Donc, il y a un truc très ambivalent et pour être tout à fait honnête, je n'arrive pas à avoir une opinion. Faut-il faire ces recherches ou pas ? Parce que d'un côté, ça nous a permis aussi de sortir de pas mal d'idées préconçues à la con. C'est parce que les mecs, ce qui est payé, ils ne font pas assez de testos.
Ils ne font pas assez de quoi ? De testostérone. Ils n'en ont pas assez de texto ? De testostérone. J'ai une blague de grand-père. De testo ? Oui, c'est juste qu'on n'est pas assez des bonhommes. On n'a pas l'hormone de mâle. Et ça, on allait vérifier dès les années 70 et les résultats ont donné 1, ça n'a rien à voir.
de, ah merde, il y a peut-être un truc où on aurait des fois aussi un peu plus de testostérone que chez les autres. Ce qui a bien embêté, ça collait pas à la grille de lecture. Bah non, mais c'est censé être des tafioles, donc il peut pas avoir de la testostérone. Donc d'un côté, ça a permis de balayer un peu des idées reçues et de dire, bah en fait, oui, des homosexuels, il y en a des très virils, il y en a des très féminins, il y en a des... Vous pouvez pas nous repérer comme ça dans la rue selon la façon dont je casse mon poignet, quoi. Et de l'autre côté, bien sûr que ça peut...
potentiellement amené à des dérives. Si demain on décelait vraiment finement... Vraiment, je vais faire des allers-retours entre mon espoir et mon inquiétude. Si demain on arrive à déceler assez finement la génétique gay, peut-être que demain on fera des petits tests génétiques et puis on pourra avorter parce qu'on n'a pas envie d'un rejeton homosexuel. C'est un risque géniste possible. Et en même temps, plus on fait des recherches, plus on se rend compte que c'est complexe.
et que le gène gay n'existe pas, et que ce sont des combinaisons très complexes qu'on n'arrive pas à comprendre, qui pourraient avoir un impact. Là encore, c'est pas génétique, c'est un impact. Oui, la conclusion de ton livre, elle est complexe et elle est fine. Plus ça devient complexe, pour moi, moins il y a de risques. Et à l'inverse, les théories psychologiques ou autres, elles ont aussi donné des dérives terribles. En fait, je pense qu'il n'y a pas une théorie...
qui n'a pas un pendant vraiment dangereux. Quelle qu'elle soit, on trouvera toujours un moyen d'utiliser cette théorie en se disant si c'est appris, Pavlov, ça se désapprend, super. Si c'est Oedipien, on va faire un guide du parfait parent pour faire un fils hétérosexuel, droit, straight. Si c'est hormonal, on a essayé la greffe de testicules hétérosexuelles dans les années 1910. On a littéralement greffé des testicules
des demi-testicules d'hommes hétérosexuels à des homosexuels. En disant, voilà, on va leur refuter les bonnes hormones. Donc, on a tout essayé, de toute façon. Spoiler, ça n'a jamais marché, évidemment.
Mais il y a eu des morts, il y a quand même eu des personnes qui sont décédées, et parfois je me dis que ce sont celles qui s'en sont le mieux sorties, contrairement à d'autres qui ont vécu littéralement de la barbarie. Le conditionnement, on pense que l'homosexualité par exemple est apprise, donc en gros on a un rapport homosexuel, un peu par erreur, parce que ça ne peut pas jamais être...
Ça peut jamais être tout à fait voulu, un truc aussi chelou. Un premier, bon, par exemple, dans les dortoirs de garçons ou autres, bon, finalement, ça amène à un orgasme. Il se trouve que l'orgasme est quelque chose d'assez cool. Donc, on se dit que c'est cool, donc on le reproduit, donc on conditionne comme ça notre comportement à être homosexuel. Ça, c'est une des théories. C'est quoi, c'est behavioriste ? Behavioriste, ouais, comportemental. C'est vraiment le...
L'idée que tout est appris et conditionné, voilà. Alors il y a ceux qui considèrent que l'hétérosexualité est conditionnée exactement de la même façon, donc là c'est intéressant, il y a ceux qui disent « bon bah de toute façon le comportement sexuel c'est un comportement comme les autres, donc nous on est behavioristes, on considère qu'il est appris homo comme hétéro ».
Puis il y a ceux qui vont dire, non mais l'hétérosexualité, il n'y a pas besoin d'expliquer, c'est normal, c'est comme ça, c'est la magie de la vie, c'est dans nous dès le début. Et parfois, il y a un mauvais comportement qui arrive et donc c'est celui-là qu'il faut expliquer et essayer de comprendre. Donc déjà, rien qu'avec la même théorie, on peut...
l'avoir de deux façons différentes. Et le pendant de ça, c'est qu'il y en a qui vont dire « ce qui s'apprend, ça les apprend ». Si vous êtes fumeur, il y a des théories comportementales, on va juste vous apprendre à changer vos habitudes, puis un jour vous n'aurez plus envie de fumer de clope. Et généralement, parmi les méthodes d'apprentissage, on vous explique aussi quand même que ça vous fait du mal. Dans les « thérapies », je mets des gros guillemets autour de ce terme,
De ce genre, on a tout simplement essayé de désapprendre et donc on a donné des stimuli homosexuels, soit des bandes-sons, soit des images homo-érotiques. Et on accompagnait ça de vomitifs, d'électrochocs, de pièces remplies de bocodirine pour vraiment accentuer le côté nauséeux. Et donc c'était carotte-bâton, bâton overdose d'homosexualité clairement, et carotte, une petite piqûre de testo, une image d'une jolie fille et dans six mois tu seras guéri.
Et ça, c'était dans quelle année ? Ça, dans les années 60. Il y a eu les premières tentatives à base électrochoc, mais là, c'était plus l'idée de reconditionner. On pensait faire un choc épileptique et on s'est dit, ça va repartir à zéro, on va rebooter la machine et donc, si elle repart bien, elle repart hétéro. Et dans les années 60, beaucoup dans les pays de l'Est, ex-URSS, beaucoup aux Etats-Unis,
Nous, en Europe, on était plutôt castration, castration chimique ou castration physique. Chacun avec sa petite théorie arrivait avec sa petite méthode. Oui, c'est l'histoire d'Alan Turing. Alan Turing, c'est l'exemple typique, oui. On dit le père de la micro-informatique, c'est un ingénieur informaticien, je ne sais pas comment on dirait, brillant, qui a notamment beaucoup aidé dans la Seconde Guerre mondiale les Alliés en cassant la machine de cryptage allemande.
Et son statut faisait qu'il se sentait peut-être un peu au-dessus des lois. Et donc, quand il s'est fait agresser par un de ses amants, il allait à la police. Parce que c'était son amant, donc homosexuel. Et donc, il a été condamné à la castration chimique. Donc, en gros, on l'a blindé d'hormones dites féminines. Son corps a changé, sa lépido a plongé, la dépression est arrivée. Il s'est suicidé en croquant une pomme de cyanure quelques années plus tard.
Du coup, moi je tire de tout ça que je trouve qu'en majorité, l'usage de ces théories, de ces recherches, on a plutôt payé, nous les homosexuels, depuis des années. Toi t'es plus moite-moite ?
Tu mets en lumière aussi que ça permet... Donc là, je revenais sur notre effet grand fer. Ça permet aussi de mettre de côté des théories encore plus fumeuses. Ça permet de mettre de côté des théories fumeuses. Ça permet de voir qu'aucune théorie n'est la théorie. Euh...
Ça permet étonnamment de commencer à se poser des questions sur les hétéros. Parce qu'après tout, pourquoi on n'expliquerait pas l'hétérosexualité aussi ? Oui, parce que dans les années 60, on essayait de désapprendre l'homosexualité. Est-ce que pour vous, du coup, en termes scientifiques, on a essayé d'apprendre l'homosexualité ? Si ça se désapprend, ça s'apprend ? J'ai un peu cherché. Étonnamment, je n'ai jamais trouvé de source. Peut-être qu'il y a eu des petites expériences individuelles, mais je ne les ai pas vues passer celles-là, étonnamment.
Est-ce que tu as tout dit de ce que tu voulais dire sur l'effet grand frère ? Oui, je pense. On ne va pas trop spoiler. Non. Il y a quelque chose qui te paraissait important de préciser, toi ? Non. On va passer au prochain épisode. Mais moi, dans ton livre, ce qui m'a saisi, et je crois que je le mets en lien avec l'effet grand frère, parce que moi, je pense à mon grand frère, qui est hétéro.
en tout cas aux dernières nouvelles qui a une femme et des enfants et qui incarne vraiment une reproduction du modèle hétéro entre gros guillemets réussi et qui au plus s'avère être une personne délicieuse et qui apprend plein de trucs et qui ensemble on chemine beaucoup et l'autre j'aurais envie de créer un effet frère gay parce que ce que tu disais en fait je me pose des questions sur ça veut dire quoi vieillir homosexuel moi j'ai pas d'exemple
Mon seul ancêtre gay, non, j'ai pas dans ma famille de personnes qui sont âgées homosexuelles, c'est ça que je voulais dire. Donc j'ai jamais eu d'exemple de personnes de plus de 50 ans.
vieillissant, homosexuel et avec une place heureuse et joyeuse dans leur vie, dans la famille, etc. Donc je vais être le premier, moi. Et je veux pas d'enfant. Donc je vais être le premier homosexuel sans enfant. Et... T'as pas d'angoisse ?
Ben non, justement parce que je fais et j'ai fait tout un chemin pour prendre une place particulière, singulière, joyeuse, qui est utile. Enfin, j'aime pas le terme utile, mais chouette, quoi !
D'être une sorte d'influence, de rôle modèle, tu vois. Et tu en parles dans ton livre, tu parles dans d'autres cultures de ces, soit personnes du troisième sexe, soit homosexuels. Les termes sont souvent choisis localement, culturellement et selon la langue. Et c'est des personnes vues comme apportant.
À la cellule familiale, tu parlais tout à l'heure de parler de sexualité avec les enfants, avec les adolescents, de contribuer d'une manière ou d'une autre. Et ça m'a vachement parlé. Pour moi, c'est peut-être un des futurs pour moi. En tout cas, que je vis aujourd'hui, j'ai envie d'être une forme d'autorité ou d'adulte pour mes neveux et nièces qu'ils ne peuvent pas forcément avoir. Tes parents, c'est tes parents.
Puis tes oncles et tantes hétéros. Moi, je suis différent dans ma manière d'être au monde. Et en fait, je trouve que mon frère et ma belle-sœur célèbrent vachement ça. On ne fait pas une ronde autour de moi. Non, mais c'est chouette. Il est homosexuel. Yeah, yeah.
D'être à ton dîner de Noël. C'est clair. Mais tu vois, il y a comme une joie à montrer tout un tas de chemins et de façons d'être. En tout cas, c'est ce que je ressens. Et du coup, je ne sais pas s'il y a des chercheurs et des chercheuses, ils cherchent l'effet grand frère. J'aimerais qu'on cherche l'effet j'ai un frère gay. Comment est-ce que ça fait de la cellule familiale quelque chose de plus résistant, puissant, inspirant, accueillant, ouvert ?
c'est une bonne question ça et c'est une chouette réflexion je sais pas si on l'a construit enfin comment on en arrive là mais comme t'as dit ouais on est différent en fait donc de fait et en plus on sera a priori toi et moi homosexuels ? homosexuels ouais on sort de la norme donc anormaux au sens on est pas majoritaire quoi et en plus statistiquement on va moins se reproduire maintenant on peut
On a toujours pu, techniquement, une gamètre et une autre gamètre. On peut se les faire se rencontrer, mais ça a quand même été historiquement plus compliqué. Mais globalement, moi, je suis comme toi. Je ne veux pas d'enfant. Donc, justement, du point de vue darwiniste, qu'est-ce que je fais de ça ? Qu'est-ce que je fais de cette vie ? Sachant que les hétéros, une fois qu'ils ont fait un enfant ou deux, globalement, il leur reste quand même plein de capacités cognitives à se poser la question de qu'est-ce que je fais de cette vie ?
Et du coup, effectivement, on peut en faire des choses chouettes et montrer d'autres regards, d'autres points de vue, apporter de la joie. C'est des belles missions, je trouve, dans la vie. Ouais, tu vois, un truc très concret. Après, moi, je fais un métier un peu artistico-journalistico, machin, perché. Et mon frère a fait un choix beaucoup plus... Straight ? Ouais, beaucoup plus dans les normes, je crois.
Non, non, je suis sûr. J'ai le droit de dire ça et ce n'est pas du tout péjoratif. Je pense qu'en racontant comment je travaille, ce que je fais, je trouve ça intéressant. Et puis, j'ai du temps. N'ayant pas d'enfants et ayant la trentaine, j'ai une forme physique. Par exemple, mes neveux et nièces, je les emmène en week-end.
Je suis parti à Genève avec mon neveu, à Bruxelles avec ma nièce et je n'ai pas le même rapport aux choses. C'était trop bien. Et je pense que dans ce qui m'intéresse et de comment j'essaie de leur faire découvrir le monde, je peux avoir un rôle queer.
Où en fait, le fait que j'ai des rapports sexuels avec d'autres hommes, ça n'a pas sa place. On s'en fout, ça ne change strictement rien dans mon rapport à mes neveux et nièces. Mais il s'avère que quand même, j'ai un rapport au monde de comment j'ai grandi, comment j'ai été malmené ou comment j'ai dû saisir ma place, comment j'ai dû me défendre, comment j'ai dû comprendre ce qui se passe. Et rien que là, je fais des recherches dans ma famille justement sur l'homosexualité.
Un grand-oncle homosexuel. J'allais dire, ça m'intrigue quand tu parlais des ancêtres. Oui, tu vois. Du coup, j'ai commencé à poser des questions. On a découvert tout un tas de trucs. J'ai découvert qu'il y avait des secrets familiaux, des vérités qu'on a... Apparemment, je n'ai pas le droit de dire mensonges. Ça gêne certaines personnes. On va dire des vérités qu'on a oubliées de nous transmettre à nous, la nouvelle génération. Et rien que ça, je le raconte à mes neveux et nièces.
aussi parce qu'on en parle beaucoup avec mon frère, ma belle-sœur et tout. Et ça, je suis sûr que ça les transforme. C'est obligé. Ils ne captent pas tout, mais c'est sûr que je les transforme. C'est sûr, dans mon rapport à l'autorité, à la famille, à la vérité, avec un grand V, etc. J'ai glissé, mais je suis parti de là et fait grand frère, excuse-moi.
Je suis assez d'accord, effectivement. Peut-être que si les pédés sommes des tentes, comme on dit, peut-être qu'on peut être des super tatas, effectivement. Tant mieux. Restons des tentes. J'aimerais une étude sur l'effet tata, l'effet tante, l'effet petit frère gay ou grand frère gay, tu vois. Comment on est une belle valeur ajoutée, puissante, importante, essentielle à protéger, quoi. Comment faire un monde plus queer gagne tout le monde, fait gagner, entre guillemets, tout le monde ?
Ce sera ma conclusion de cet épisode. On se retrouve à l'épisode prochain. J'ai besoin de tes deux, trois autres infos surprenantes, intrigantes, intéressantes. Merci Mathias. Merci. A très vite. A tout de suite.