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Florent, partie 3 de notre enquête sur le poppers. Florent, tu travailles pour l'aide suisse contre le sida et une de tes expertises, c'est la prévention face aux addictions, aux drogues et à leur consommation pendant le sexe. Tu t'es intéressé de près au poppers pour comprendre, pour éplucher les études médicales existantes et comprendre en gros quand est-ce que c'est dangereux, comment c'est dangereux.
On vient de passer deux épisodes à répondre à plein, plein de questions d'auditeurs. C'est génial. Moi, je suis super content. Et là, j'avais envie qu'on commence cette troisième et dernière partie par un récap. Donc, il y a à la fois des gens qui n'ont pas écouté les deux premiers épisodes et des gens qui ont écouté et qui se disent « Bon, attends, du coup, je retiens quoi ? » Toi, Florent, tu me dis quoi quand je te dis de façon synthétique « Je retiens quoi, s'il te plaît, Florent, quand il s'agit de ma consommation de poppers, si je souhaite en consommer ? »
Je peux commencer ? Fais seulement. Les études, et notamment une étude indépendante au Royaume-Uni et les études qui expliquent la légalisation, qui ont fait que c'est légal en France, montrent qu'il n'y a pas de risque à long terme. Quand tu compares le poppers, c'est ça que j'ai vraiment retenu, avec d'autres substances, ça reste une substance où il y a des risques et il faut bien comprendre les mélanges et les contre-indications. C'est une évidence, comme n'importe quelle substance que tu prends.
En revanche, quand tu fais une comparaison, et c'est pour ça que ça a été relégalisé en France, il n'y a pas de risque à long terme sur le cerveau. Il y a des auditeurs qui me demandaient ça. En tout cas, ils ne sont pas prouvés pour le moment. Et là, on parle bien d'une inhalation récréative, quelques sniffs, d'une molécule légale et vendue dans le commerce. Parce qu'après, les trucs du marché noir où tu ne sais pas ce qu'il y a dedans, c'est autre chose. Es-tu satisfait de ce premier point ?
Oui, c'est un bon résumé effectivement de déconstruire la représentation liée au poppers et puis orienter vers une position pragmatique pour réduire les risques qui peuvent être liés à la consommation de poppers comme d'autres substances. Tu as d'autres points comme ça, des essentiels à capturer ? Si mon cerveau est un peu embrumé, c'est quoi les 2-3 trucs que je dois retenir ?
Déjà, pourquoi je veux consommer ? Si j'ai envie de consommer, c'est un droit légitime, je n'ai aucun souci avec ça, mais parce qu'après, ça va aussi conditionner quels effets je recherche et qu'est-ce que je suis prêt à accepter pour avoir ces effets. Donc, savoir pourquoi on consomme,
Et ensuite, identifier le produit pouvant répondre à ce besoin. Et ça, ça va passer par des produits qui ont une notice qui explique effectivement la composition du poppers. Privilégier des molécules qui sont connues, peintiles et exiles, et qui sont a priori à moindre risque que d'autres.
Et choisir une concentration qui correspond effectivement à qui je suis. C'est-à-dire que si j'ai des risques de santé qui sont connus, je ne vais pas forcément partir sur la concentration la plus forte. Et même si je n'ai jamais expérimenté, c'est bien de commencer petit et d'aller progressivement jusqu'au point que l'on souhaite atteindre. Et il n'y a pas besoin de le dépasser. Si on a atteint l'objectif recherché dans les effets, il n'y a pas besoin d'aller chercher plus loin et d'augmenter la dose. Super !
Et le dernier point, moi ce que je pense qu'on devrait indiquer, c'est attention au mélange. Et après voilà, c'est
Comment ça se consomme ? C'est éviter tout contact avec la peau, y compris la narine. On inhale les vapeurs à distance du goulot du flacon et on ne mélange pas le poppers avec des produits avec lesquels il peut interagir. C'est tout traitement du trouble érectile, tout ce qui est médicament en lien avec les troubles cardiovasculaires. Les personnes asthmatiques aussi doivent se méfier.
Et enfin, c'est le cumul avec des produits psychoactifs qu'on dit dépresseurs qui vont avoir une incidence aussi sur le système cardiovasculaire. Et là, ça peut être risqué. Donc, il faut faire un choix, un produit ou l'autre, mais pas les deux en même temps. Super, merci. Et je vais mettre le lien de ton site. DrGay, c'est le programme de l'organisation pour lequel tu travailles, sur lequel si les gens veulent voir tout ça par écrit,
Exactement, ils peuvent. Tu es d'ailleurs en train de concocter un petit flyer
Exactement, comme le popper ce n'est pas un stupéfiant, c'est un produit chimique, il n'a malheureusement par le système actuel pas de notice explicative comme ça devrait être le cas et donc du coup à l'aide suisse on en a créé un via le programme Dr Gay qui va accompagner les commandes de popper sur certains sites internet pour que les personnes soient informées de comment réduire les risques en consommant et puis comment intervenir en cas de soucis.
Qu'est-ce qui a fait que toi, ou en tout cas l'aide suisse contre le sida, s'est dit, il faut qu'on parle de Poppers, il faut qu'on étudie le sujet. Qu'est-ce qui a déclenché ton envie d'aller réouvrir toutes ces études médicales ? Tu m'as dit que la Suisse est en train de réfléchir à interdire
Il y a effectivement un mouvement social sur les substances en général lié certainement au chemsex, une prise de conscience et des préoccupations grandissantes. Moi, je n'avais pas classé le poppers dans ma représentation personnelle et mon parcours de vie personnelle.
comme un élément nécessitant d'être abordé plus avant, puisque ça faisait partie de ma culture, que j'ai appris à en consommer, que je vois les gens autour de moi en consommer, et que tout le monde, de mon point de vue, qui consommait, avait les stratégies de nutrition du risque, et même dans le milieu festif, les gens savent consommer du poppers depuis le temps que ça existe.
Mais il y a eu un retour un peu conservateur sur cette question-là avec la ressortie d'études que je pensais classer depuis longtemps où on a associé Poppers à tout et n'importe quoi et qu'on disait « on laisse ça diffuser dans la population, c'est hyper dangereux, les jeunes en consomment de plus en plus, blablabla, tout ceci étant absolument faux, on n'en consomme pas plus en 2024 qu'on en consommait en 1990, bien au contraire même ».
Il y a toute cette vision morale et cette panique morale qui s'est générée autour du Poppers avec un document de notre ministère de la Santé qui s'appelle l'Office fédéral de la santé publique qui voulait intervenir sur cette question-là. D'expérience, notamment la France, le Royaume-Uni, on s'est rendu compte que l'interdiction du Poppers posait plus de problèmes qu'autre chose.
Et donc, d'interdire le poppers, ça amenait des molécules qui étaient plus dangereuses. Ou alors, la réduction de l'accès au poppers amenait les personnes qui cherchaient ces effets-là à se tourner vers d'autres produits qui étaient plus dangereux. Notamment, au Royaume-Uni, ça entraîne l'augmentation de la consommation de GHB-GBL, par exemple.
Et donc, il n'y a aucune pertinence à interdire le poppers pour des raisons qui sont relativement fallacieuses, puisque les risques évoqués ne sont pas concrètement démontrés, voire sont démontrés comme étant faux. Aujourd'hui, c'est légal en Suisse, comme en France ?
Oui, ça va être le même contexte. C'est-à-dire que comme ce n'est pas un stupéfiant, ça ne tombe pas sur les stupéfiants, ça tombe sur la loi sur les produits chimiques. Et là, effectivement, après, c'est la mise en œuvre de la loi. C'est-à-dire que la responsabilité de l'information de la population appartient aux fabricants et aux distributeurs. Ok. Est-ce que tu sais dans combien de pays c'est illégal le poppers ? Non. Ok.
Je ne les ai pas tous traversés et puis je saurais dire, là, non. Non, non, mais en tout cas, en Europe, il y a certains pays qui ont interdit le poppers ? Oui, il y en a qui l'ont interdit, qui reviennent en arrière. Il y en a d'autres qui vont interdire. C'est très fluctuant en fonction des équilibres politiques. Et le courant conservateur que nous vivons actuellement en Europe devrait amener à un mouvement inverse à ce qu'on a connu ces dernières années,
C'est-à-dire qu'on allait vers des dépénalisations, voire légalisations de certains produits. On risque d'avoir une tendance inverse parce qu'il ne faut pas oublier que tout ça est lié à des valeurs morales en lien avec le jugement sur la sexualité et la consommation de substances. Et donc ça, ça fluctue en fonction des majorités politiques.
Ok. Sur cette panique morale, donc toi, tu dis, on voit bien qu'interdire ne réduit pas les risques, ne permet pas aux gens d'être en meilleure santé ou de faire un usage, le bon usage dans leur consommation. Au contraire, quand tu interdis, en fait, il y a des systèmes alternatifs que les personnes prennent qui sont en fait plus dangereux. Et puis, tu as une circulation de l'information qui…
Et on parlait dans l'épisode précédent de la culture, de comment on consomme par exemple de l'alcool, c'est quoi les risques et comment tu les mitiges ou comment tu les navigues. Bon, une fois que c'est banni et interdit, c'est encore plus compliqué de transmettre ça. L'exemple de la panique morale, il y a eu tout un temps où au début du sida, on disait poppers égale sida.
C'est parti des études, effectivement. Faux. C'est totalement faux. Ça a été démontré totalement faux parce qu'en fait, on suspectait le poppers d'atteindre le système immunitaire et que c'est ça qui serait à l'origine de l'apparition des...
des Kaposi, donc des cancers cutanés qui étaient symptomatiques du stade sida de l'infection à VIH. Et on a dit, ben voilà, le responsable de ce nouvelle maladie qui touche ce groupe de population-là, jeunes, hommes, etc., c'est le Poppers.
Il y a eu un raccourci qui a été fait et encore aujourd'hui, on voit dans des publications le fait que le poppers influerait sur le système immunitaire pouvant prédisposer à contracter des infections, y compris le VIH, etc. Ce qui n'est absolument pas démontré. Simplement, c'est un jugement moral à la fois sur la concentration de substances d'une part et d'autre part sur la sexualité, en particulier la sexualité entre hommes. Quand tu dis que c'est aujourd'hui, en 2024, dans des publications, c'est-à-dire des publications des journaux ?
Oui, un journal médical en l'occurrence. C'est-à-dire un article fait par des doctorantes en médecine, supervisé par un professeur de médecine qui a repris cette information avec la référence des années 80. C'est ça le problème, c'est qu'en fait, le corpus médical, en tout cas la recherche médicale, s'appuie sur des travaux passés qu'elle cite
pour après tirer des conclusions. Or, énormément d'études du passé, notamment sur le poppers, sont empreintes de cette homophobie et d'erreurs. C'est exactement de leur époque. Il ne faut pas oublier qu'à l'époque, l'homosexualité, la sexualité entre hommes, était encore condamnée dans plusieurs pays européens. Oui.
Moi, je suis né malade mental et pervers d'après la médecine et le droit français. À cette époque-là, des études ont été produites et on peut supposer qu'elles étaient légèrement empreintes de la morale de l'époque. On regarde avec un peu de recul, il y a des biais de recrutement, il y a des biais de confirmation, des biais d'interprétation qui sont évidents.
Qu'est-ce qui a déclenché cette étude indépendante au Royaume-Uni ? Donc c'était une étude, un comité scientifique indépendant pendant plus de dix ans qui ont montré que parmi toutes les substances, le power c'est la moins dangereuse. Qu'est-ce qui a déclenché ça ?
Justement, c'était la réflexion à un moment donné du gouvernement britannique de se dire, on a mis en place quelque chose, est-ce que ça a apporté des fruits positifs ou est-ce que ça a été délétère ?
Et on s'est rendu compte que c'était délétère, puisque les risques qui avaient été évalués pour justifier l'interdiction n'étaient pas réellement existants. Et comparativement à d'autres substances, ils étaient beaucoup moindres. Et que l'interdiction avait conduit par contre à des effets délétères, notamment la consommation d'autres produits ou l'apparition sur les marchés de produits plus dangereux. Et donc du coup, ils reviennent en arrière, comme d'autres pays, sur cette question-là.
Ok. Super. Moi, j'ai envie que tu me racontes comment on a découvert le poppers et d'où il vient. Alors, historiquement, ça vient de la recherche chimique, déjà, d'une part. Il y a eu pas mal de recherches chimiques avec des nouveaux procédés qui ont été découverts à partir du début jusqu'à la moitié du 19e siècle, autour des années 50.
Et les nitrites ont été découvertes à ce moment-là et on a trouvé leur valeur en tant que solvant notamment pour nettoyage du cuir et autres. Mais un médecin s'est rendu compte que l'inhalation des vapeurs de ces nitrites amenait à résoudre des problèmes cardiaques, notamment des angines de poitrine.
Alors les orgines de poitrine, c'est une résistance un peu de certains vaisseaux et la situation était améliorée par les inhalations de poppers. Et aussi à l'époque, les femmes portaient encore des corsets. Et donc le corset d'être tout serré, ça influait le système cardiovasculaire et la capacité respiratoire et que de se donner un petit peu de boost, un petit rush, ça faisait du bien aux bourgeoises en corsetée.
À l'époque, on a créé du Poppers en ventre libre en petits flacons, petites ampoules qu'on brisait. Et quand on les brise, ça fait pop. D'où le nom de Poppers. Ça vient de là. C'est des petites fioles que l'on brisait, des petites ampoules que l'on brisait. Et c'est le pop de Poppers.
briser l'ampoule et de l'échapper des vapeurs qui étaient ensuite inhalées. Alors, soit directement, soit souvent à travers effectivement le petit linge, le petit mouchoir qu'on avait en poche à l'époque. Et c'était une prescription médicale pour les angines de boitrine et toutes situations similaires. Après, on a trouvé des produits d'un point de vue pharmacologique, c'est-à-dire de la composition, du mode d'administration qui était meilleur puisqu'ils agissaient
plus durablement dans le temps, avec moins d'enjeux liés à la prise, brûlure et compagnie, et donc l'usage médical du poppers s'est arrêté, mais on a découvert les autres vertus du poppers, notamment en lien avec l'euphorie, le rush, donc la sensation de chaleur,
chaleur, le bien-être, la détente des muscles et l'augmentation d'excitation et ça a été rapidement détourné pour un usage festif et sexuel et notamment dans la scène gay à partir de, en tout cas, les années 70 où ça a été très largement diffusé et où il y a
tout un ensemble de corpus graphiques liés à Tom of Fallon par exemple, pour les publicités du Poppers, avec toute une iconographie homo-érotique de l'époque, qui absolument moi j'adore, et qui fait partie du coup de notre culture communautaire, comme le Poppers en fait encore partie aujourd'hui.
Toi, tu ne sais pas, on ne sait pas comment, qui a découvert que ça te permettait de te dilater ?
En plus d'être festif, de dilater. Le fait que la communauté gay s'en saisit, notamment à San Francisco, comme tu racontais dans les épisodes précédents. À San Francisco, tu disais, il y avait même du poppers dans un ventilateur en boîte, en discothèque. Dans les machines à fumer.
dans les machines à fumer ouais ok c'est juste un peu par hasard on sait pas les origines c'est quelqu'un un jour a sniffé un truc et a senti que ça s'est dilaté mais peut-être j'ai jamais pris de poppers moi peut-être que c'est une évidence genre quand tu prends du poppers directement tu sens ton anis se dilater oui
Tu sens ton corps se dilater. C'est l'effet de détente musculaire et effectivement, ça peut se ressentir, voire chez certaines personnes, ça peut se voir. Tu as un sourire gourmand là. Mais effectivement, c'est une dilatation physiologique des muscles lisses et donc ça se ressent et ça se perçoit. Oui, donc c'est facile de comprendre pourquoi cette info s'est vite propagée.
Et puis surtout, la bourgeoisie qui a utilisé le poppers, notamment britannique, à la fin du XIXe siècle, était aussi emplie d'hommes gays, dont certains ont fini en prison. Et donc, la formation est passée de l'une à l'un et de l'un à l'autre assez rapidement. Et les liens entre les grandes villes américaines où les marques débarquaient et avec le Royaume-Uni étant ce qu'ils étaient à l'époque, je pense que la formation a circulé assez rapidement là où elle devait arriver.
Super ! Écoute, moi, j'ai l'impression qu'on a très bien travaillé. C'est super ! Non, c'est vrai, je trouve que c'est… À moins que tu aies envie d'ajouter quelque chose, est-ce que tu veux conclure d'une certaine façon ?
Alors, la seule conclusion que j'aurais, c'est que si les personnes ont des questions, il ne faut pas hésiter à les poser. Si, voilà, que ce soit sur le Popper, que ce soit sur d'autres, il y a des organismes, il y a le podcast qui peut en faire une émission, par exemple. Ça fait des suggestions. S'il y en a plusieurs, je pense que tu pourras faire une émission. Oui, si les gens ont encore des questions, moi, je peux les collecter. Ils peuvent m'écrire soit par e-mail guillaumefedepodcasts.com soit par WhatsApp.
Il faut aller sur le site du podcast pour trouver mon WhatsApp. Et de la même façon, nous, à l'étude, on a une politique communautaire. Donc, des membres de la communauté, comme j'en fais partie, répondent aux questions sur le site de drgay.ch ou nos réseaux sociaux. On peut tout à fait recevoir des questions sur le popper, sur d'autres produits, sur la sexualité, sur les infections, sur tout ce que vous voulez, en lien avec la santé communautaire. Et on y répond volontiers en 4-5 langues maintenant ?
C'est la force de la Suisse. C'est la Suisse. Ah là là. Eh bien, super. Très bien. drgay.ch Très bien. Un grand merci, Florent. Merci à toi de l'invitation et de l'échange. C'est vraiment cool. T'es content ? C'était très bien. Très agréable. Et j'espère utile.