Didier, séropositif indétectable depuis 20 ans, vient de rencontrer une belle personne : comment annoncer sa séropositivité à un nouveau partenaire sans le faire fuir ?
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Paul, qui vit avec le VIH, répond dans cet épisode du podcast :
En 2024, 54% des Français interrogés déclaraient ne pas poursuivre une relation après l'annonce d'une séropositivité, alors qu'un séropositif indétectable ne transmet pas le VIH
Paul est passé par dix ans de secret avant d'oser en parler à ses partenaires, puis d'afficher son statut sur ses profils de rencontre pour alléger sa charge mentale
Rejoindre une association comme Les Séropotes et se dire que le rejet vient de l'autre, pas de soi, l'ont aidé à mieux vivre l'annonce
Son seul vrai conseil pour se lancer : choisir un moment de stabilité émotionnelle, car annoncer son VIH expose facilement au rejet
💡 Les conseils de Paul
Paul vit avec le VIH depuis plus de quinze ans et a raconté son parcours sur le podcast en trois épisodes.
Comment annoncer sa séropositivité à un nouveau partenaire ?
Il n'existe pas de recette unique, mais Paul recommande de choisir un moment de stabilité émotionnelle pour se lancer. Cette annonce expose à la vulnérabilité et parfois au rejet, mieux vaut donc être en forme pour l'encaisser. Pour lui, beaucoup dépend aussi de la personne en face et de sa capacité à accueillir la nouvelle.
La peur d'être rejeté à cause du VIH est-elle justifiée ?
Elle est malheureusement réelle. Paul cite une étude de 2024 où 54% des Français interrogés déclaraient ne pas poursuivre une relation après l'annonce d'une séropositivité. Cette crainte repose pourtant sur une méconnaissance : une personne séropositive sous traitement, indétectable, ne transmet pas le VIH et a une espérance de vie comparable à celle d'une personne séronégative.
Vaut-il mieux parler de son statut dès le départ ou attendre ?
Les deux approches existent, et Paul a tout essayé, du secret gardé dix ans à l'annonce systématique. Il a fini par afficher son statut directement sur ses profils de rencontre pour alléger sa charge mentale. Résultat : beaucoup moins de messages, mais de bien meilleure qualité, et plus cette angoisse de devoir révéler quelque chose plus tard.
Qu'est-ce qui aide à mieux vivre son statut et le regard des autres ?
Se relier à d'autres personnes concernées et se recentrer sur soi. Paul cite l'association Les Séropotes, en quasi non-mixité, qui lui a montré qu'il n'était pas seul. Une autre clé, pour lui : considérer que le rejet vient de l'autre, pas de soi, et apprendre à s'aimer et à être fier de son parcours avec le VIH.
Bonjour Guillaume, voilà, je viens de rencontrer une belle personne. Ça fait deux fois que nous nous voyons et lors de notre dernière rencontre, il m'a embrassé sur les lèvres.
Nous discutons tous les soirs par SMS ou téléphone. Nous nous sommes rencontrés dans la rue, d'un simple regard. Ça change des rencontres où on couche et discute après. D'ailleurs, nous n'avons pas encore couché ensemble, car j'ai envie que cette rencontre soit différente des autres. Donc voilà ma question, qui me fait peur à chaque fois. Je suis séropositif indétectable depuis 20 ans, donc sous traitement. Ma hantise, c'est comment lui dire sans qu'il prenne la fuite ?
A chaque relation sérieuse, je l'ai toujours dit en règle générale dès le début. Mais là, nous n'avons pas eu le temps d'en parler car en plus, il est parti pour un mois. J'ai vraiment l'intention de lui dire, bon, pas dès qu'il rentre, mais au prochain rendez-vous. Je ne veux pas perdre du temps et surtout, pas lui cacher. Et pas lui dire via un SMS, je trouverais ça vraiment pas honnête et je préfère lui dire en face à face.
Donc, as-tu des conseils pour faire cette déclaration qui en refroidit plus d'un à l'annonce ? Encore beaucoup ne savent pas qu'un séropo indétectable ne transmet pas le virus. Je précise, j'ai 56 ans et j'ai su que j'étais homo très jeune, vers 11-12 ans. A cette époque, c'était très mal vu. Ma mère m'a même dit que j'étais malade et de surtout jamais rien dire. Maintenant, ça va mieux. Mais j'ai toujours cette épée de Damoclès avec le VIH.
Voilà, j'ai peut-être été un peu long, merci de me dire quelle pourrait être la meilleure solution pour lui dire. Car notre rencontre est si belle. Merci, Didier.
Merci Guillaume de m'avoir transmis cette question de Didier. Bonjour Didier, je vais essayer de te répondre directement et avec un éclairage sur mon expérience de séropo depuis plus de 15 ans. Et ayant par ailleurs une vie sexuelle et affective de mon côté avec le VIH, déjà ce que je voulais te dire en premier lieu c'est que ta peur elle est réelle. Il y a un chiffre qui est sorti en 2024 qui moi m'a frappé.
c'est que plus de la moitié, 54% des personnes en France qui ont été interrogées dans une étude récente déclarent qu'elles ne continueraient pas une relation intime avec quelqu'un qui leur annonce sa séropositivité. C'est énorme et c'est complètement incompréhensible quand on sait qu'une personne séropositive sous traitement est indétectable aujourd'hui
ne transmet pas le VIH et par ailleurs a une espérance de vie équivalente à une personne séronégative. Donc cette discrimination n'a vraiment absolument aucun lieu d'être et pourtant elle est réelle. Moi j'ai une expérience assez diverse face à la vie avec le VIH.
J'ai fait mon tout premier coming out séropo à mon amant de l'époque. C'était il y a 15 ans, j'avais 22 ans et la première personne à qui j'ai fait ce coming out était très jugeante et culpabilisante en mode « Ah, mais comment t'as fait pour choper le VIH ? Tu connais bien les moyens de prévention, etc. »
Et ça s'est vraiment très mal passé. Et suite à cette expérience-là, moi, j'ai décidé de ne rien dire à personne. J'en ai pas parlé à ma famille, j'en ai pas parlé à mes amis et j'en ai pas parlé aux personnes à qui je rencontrais. C'était une manière de me protéger, notamment avec cette première expérience qui s'était mal passée.
Et voilà, partant aussi du principe que je n'avais pas besoin de le dire à mes partenaires puisque de toute façon, je ne les mettais pas en danger vu que j'étais indétectable et donc je ne pouvais pas transmettre.
dix ans plus tard donc cette phase de secret a quand même duré dix ans et franchement c'est pas hyper confortable non plus parce qu'on cache une partie de nous à des gens dont on est proche j'ai commencé à m'ouvrir à mes partenaires comme toi t'essayes de le faire Didier avec cette rencontre et donc une fois que c'était bien engagé un peu la situation que tu décris je me mettais un peu cette contrainte cette obligation en tout cas j'avais besoin à ce moment là
de parler de mon VIH à mes partenaires. Et là, j'ai eu vraiment tout un tas de réactions. J'en ai eu des très mauvaises, encore de la culpabilisation, du jugement, du rejet, des gens qui coupent les ponts du jour au lendemain. Mais j'ai aussi eu, et ça m'a aussi encouragé, j'ai aussi eu de l'empathie, de la bienveillance, des personnes qui me disaient que je pouvais être fier d'avoir surmonté ces épreuves et qui s'intéressaient à
à mon histoire avec le VIH et à comment je l'avais accepté finalement. Et puis à un moment, j'ai voulu m'ouvrir, je ne me sentais pas vraiment entier avec mes proches et notamment ceux avec qui je n'avais pas de relation sexuelle et à qui donc je n'avais jamais parlé de mon VIH.
Et en 2020, il y a quelques années, j'ai fait un coming out généralisé sur Facebook à mes amis, à ma famille, parce que je ressentais le besoin à ce moment-là d'être complètement ouvert sur mon VIH, qui était devenu quelque chose d'assez...
identitaire finalement puisque je m'étais tellement construit avec construit aussi avec le rejet des personnes et la sérophobie ambiante que cette identité je voulais la revendiquer et j'en ai parlé à tout le monde ça a été un deuxième coming out après mon coming out gay 10-15 ans plus tôt
La dernière étape que j'ai franchie plutôt récemment, c'est d'en parler directement dans mon profil application de rencontre ou dès que je rencontre quelqu'un, vraiment en faire un non-sujet. Et là, il s'agissait vraiment d'alléger la charge mentale, de ne pas me retrouver dans cette situation où...
où tu es Didier qui n'est jamais confortable je trouve d'être bien avec quelqu'un et de se dire peut-être que quand je l'aurai dit on sera moins bien ensemble et donc pour alléger cette charge mentale j'ai décidé il y a deux ans que mes profils d'application de rencontres notamment feraient mention du VIH et les personnes
à qui ça pose problème ne me parle pas et c'est vrai c'est une réalité j'ai beaucoup beaucoup beaucoup moins de messages sur les applications que j'en avais avant de mettre sur mon profil par contre c'est des messages de meilleure qualité je trouve
Après, il y a quelques clés que je te partage, Didier, qui m'ont aidé à trouver ma façon de mieux accepter mon VIH et de mieux en parler. La première clé, c'est les associations. Moi, j'ai été... J'ai rejoint, il y a quelques années, une asso à Paris qui s'appelle Les Séropotes, qui est une asso de personnes séropositives en quasi non mixité qui m'ont permis de ne pas être seul, de rencontrer d'autres personnes séropositives et de voir...
qui sont surtout d'ailleurs des hommes gays, et de voir que ces hommes gays rencontraient les mêmes problèmes que moi, les mêmes questionnements, et d'en parler, ça m'a aidé vraiment à avancer et à affiner ma stratégie vis-à-vis de l'annonce et potentiellement du rejet de la sérophobie.
Une autre clé qui m'a servi c'est de me dire à un moment en fait la personne qui me rejette c'est elle qui a un problème, c'est elle qui devrait ressentir de la honte et moi je n'ai pas envie, je me respecte assez.
C'est facile à dire, mais ça a été difficile à mettre en place. Je me respecte assez pour ne pas relationner avec une personne sérophobe. Si cette personne ressent ses peurs vis-à-vis de quelque chose qui est sans crainte pour elle...
Pour lui, il y a quelque chose qui ne va pas chez cette personne et donc je préfère me dire que je suis entouré de personnes plus saines et qui peuvent comprendre la réalité du VIH aujourd'hui.
Et puis, c'est aussi m'aimer tel que je suis, séropositif, d'être fier de mon histoire, de comment j'ai réussi à me construire avec le VIH malgré le VIH à une époque.
Et maintenant, de considérer que d'avoir surmonté cette contamination, le rejet de certains partenaires, etc., d'avoir surmonté ça, d'arriver à être fier de ça et de m'aimer pour ça. Donc voilà quelques...
Quelques clés, tout ça est très personnel, pour conclure, je n'ai pas de conseils particuliers à te donner, si ce n'est de choisir un moment de relative stabilité émotionnelle pour faire cette annonce à ton partenaire, parce que c'est un moment qui n'est pas facile, c'est un moment où on est vulnérable, où on s'expose facilement,
à du rejet, à de l'incompréhension. Et donc, c'est mieux de le faire quand on est plutôt en forme et quand on est capable de surmonter ces choses un peu négatives qui vont traverser l'autre d'une façon ou d'une autre. Donc, choisir le meilleur moment.
Et après, je n'ai pas de conseils particuliers, parce que ça va aussi beaucoup dépendre de ton partenaire et de sa capacité à encaisser le coup et à réagir positivement ou non. En tout cas, Didier, je te souhaite une bonne révélation, que ça se passe bien. Et je te souhaite le meilleur dans cette relation, d'être heureux et épanoui avec...
Cette personne que tu viens de rencontrer. J'espère que tout ça va bien se passer. Je t'embrasse. Je vous embrasse toutes et tous. À bientôt. Un grand merci à Paul pour sa réponse. Et d'ailleurs, Paul a témoigné sur ce podcast. Vous pouvez écouter son témoignage en trois épisodes. Le premier, le titre, c'est « Ce secret que j'ai gardé dix ans jusqu'à ce déclic ». Et pour le retrouver, soit vous tapez ce titre, soit vous remontez dans la liste des épisodes jusqu'au 30 novembre 2023.
Bonne écoute et tu peux toi aussi poser ta question sur la hotline du podcast. Tu vas sur le site du podcast, onglet témoigner. Tout en haut, tu as un formulaire pour soumettre ta question sur la hotline. C'est 100% anonyme. Tu décris ton sujet, ta question et moi, je te trouve le ou la meilleure experte sur le sujet. Et hop, on en fait un épisode. Et fais qui se coule, ça t'aide toi, moi et plein d'autres auditeurs. Allez, bisous.
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