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Ça va ? Ça va très bien. Ouais ? T'as besoin d'une pause ? Pas forcément. Top. Dans la partie précédente, la première partie de ton témoignage, tu m'as raconté tout ton chemin grandissant dans un petit village. Tu peux dire dans quel coin de la France ? C'était en France ?
en Bourgogne t'es à l'aise de dire ça ? ton cheminement par rapport à ton coming out ta sexualité et ce rôle de passif dans lequel tu te loges avec en plus cette fissure anale qui en fait impacte tout ta sexualité t'as raconté tout ce chemin jusqu'au déclic est-ce que jusqu'au déclic où tu te dis tiens des choses vont changer
Tu disais, moi j'étais dans ce rôle de passif parce que pas forcément légitime en tant qu'homme masculin qui pénètre. Et puis de la peur. Tu disais ça juste avant. Est-ce que tu te souviens d'un ou de plusieurs déclics ? D'un moment où tu te dis, non mais là, j'ai plus envie d'être uniquement passif dans ce rôle-là, j'ai envie d'autre chose. Ou bien c'était diffus ?
Ben, si, si, il y a quand même eu des moments assez marquants, notamment de rapports sexuels assez violents que j'ai connus, où je pense qu'avec le temps, tristement, je me suis un peu habitué à certaines violences. T'es à l'aise de les décrire ?
Ouais, déjà, ça peut aller des violences classiques, je dirais. Moi, j'aime bien m'amuser. J'aime bien les rapports dominants-dominés. Je veux dire, je n'ai pas de problème avec ça. Je suis hyper open, je suis hyper à l'aise avec…
Moi, je pense que dans la vie, tant qu'on est majeur et consentant, on fait ce qu'on veut. Il faut foutre la paix aux gens. Et à partir de là, les gens font ce qu'ils veulent. J'ai pas de problème avec la sexualité, mais par contre, il faut savoir soi-même…
Il faut arriver à identifier quand est-ce qu'on n'en a plus envie. Je dis ça parce que on peut être à l'aise avec certaines choses, mais pas forcément avoir envie de les subir. Et par exemple, je pense qu'on s'habitue… On, c'est je. Ouais, on, c'est moi. Effectivement. C'est-à-dire, toi, t'es dans ce rôle de passif soumis sur les apps ou dans des soirées, t'habites à Paris. Tu rencontres des hommes à qui tu dis « Ouais, ouais, go, je peux être soumis. » Et il y a un moment où ça va trop loin. C'est ça que je comprends. C'est quoi les violences que tu as subies ?
Ouais, ouais. Et encore une fois, je ne blâme personne parce que je pense que je n'ai pas mis les garde-fous et je n'ai pas dit. J'ai pas dit… Bon là, on touche à des questions de consentement et tout, c'est plus complexe. Mais en tout cas…
Ouais, ouais. En fait, je sens que c'est compliqué à sortir. T'as envie de raconter ou on passe à autre chose ? Non, non, ça me dérange pas du tout. C'est juste que, comme tu dis, c'est un peu diffus. C'est-à-dire que j'ai un exemple, par exemple, en tête, effectivement, qui est d'une extrême violence. D'autres qui le sont moins. Mais ce que je veux dire, c'est que c'est de la violence verbale, physique. En fait, ce que je veux dire, c'est que des fois, on peut…
accepter des choses sur le moment vouloir des choses même sur le moment oui et qui sur le long terme peuvent être ravageurs ouais bien sûr par exemple effectivement des insultes c'est tout con mais moi là en ce moment je suis dans une période de ma vie où je ne veux plus qu'on m'insulte
Au lit. J'ai plus envie. Parce que non, je suis pas une salope, en fait. Peut-être demain, je le serai. Hier, je l'étais. Mais en fait, si j'ai envie de l'être, je le suis. Si j'ai pas envie, je le serai pas. Et je suis dans cet état d'esprit aujourd'hui un peu plus assertif, tu vois. Aujourd'hui, par exemple, ça, les insultes, j'ai plus envie. Euh…
Après, il y a des choses un peu border, il y a les baffes, il y a les fessées, ce genre de trucs. Pareil, moi aujourd'hui, quand je fais une fellation, en fait, tu ne me mets pas une baffe dans la gueule. Et ça, c'est des choses que j'ai longtemps acceptées et trouvées normales. Ça, c'est terminé, par exemple. C'est quoi le déclic où tu te dis « non, ça me fait… » ?
Et il y a eu un moment donné où tu t'es dit non, stop. Et je vais t'inviter à être bien aligné avec ton mot. Je suis en train de t'allonger là. Je crois que je suis très à l'aise. Tu vois ce que j'essaye de dire ? À quel moment donné tu t'es dit non, ça me fait du mal, j'ai plus envie ?
Je pense que oui, je pense qu'il y a eu un moment, un rapport un peu plus violent que les autres. Que tu ne veux pas raconter ? Non, ça ne me dérange pas forcément, mais ça rentre dans les détails où là, clairement, moi, je n'ai jamais à quelconque moment… En fait, j'ai envie de t'expliquer, on est plein dans cette situation, on est sur un podcast où on parle de la sexualité comme ça. En fait, de mettre des mots sur ces réalités, c'est pouvoir mieux se les dire, mieux se les expliquer, mieux se les réparer.
uniquement si toi tu sens que ça fait ce processus là moi ça me dérange pas pourquoi t'as du mal à le raconter ? bah parce que c'est pas non plus d'une évidence folle à sortir mais j'ai pas de problème à le dire et du coup je vais te poser une autre question avant que tu racontes de quoi tu prends soin en ne la racontant pas ?
peut-être d'une certaine manière inconsciemment de l'image que je peux donner même si finalement ça m'importe peu aujourd'hui parce qu'encore une fois comme je t'en ai parlé en préambule moi c'est une manière aussi de témoigner ici de me réapproprier ma vie, ma sexualité et c'est un peu un point d'étape aujourd'hui
Un peu une fierté, parce que j'ai fait pas mal de chemin ces deux dernières années. C'est un point de passage. Et aujourd'hui, t'as de la honte sur ces rapports sexuels où c'était plus violent et où t'étais pas forcément consentant ? Je sais pas si c'est de la honte, mais en tout cas, la vérité, c'est que personne ne l'a jamais su. T'es un peu à la première personne avec qui je vais le dire. Tu vois, par exemple, quand tu dis mettre des mots…
Oui, non, mais bon, c'est un rapport violent, on va dire, pour lequel vraiment, pour le coup, je n'ai pas donné mon consentement. Donc certains parleront d'un viol, tu vois. Mais ça, sur le coup, on ne se dit pas ça. Ce qu'on ne se dit pas, en fait, je viens de me faire violer. C'est-à-dire, tu te rappelles, c'était sur une application. Ouais, ouais, ouais. On rencontre le mec. Ouais, ouais, ouais. Et vous échangez quel mot ?
Peu de mots. Un profil pas forcément bienveillant. Un mec qui, très vite, je sens, manque beaucoup de respect. Mais bon, je pense que ça résonnera auprès de beaucoup de gens de dire qu'il est là, il est là. Il est venu chez toi ?
Ouais, on va pas se débiner maintenant. Donc, je pense que ça parle à beaucoup de gens de se dire ça. Moi, pareil, beaucoup de fois, je me dis, c'est pas du tout ce à quoi je m'attendais ou c'est pas du tout le feeling. Mais bon, on tente quand même, on se dit, on verra.
parce que tu t'autorises pas à ce moment là c'est très difficile d'avoir quelqu'un chez toi et de dire finalement j'ai envie que tu partes oui surtout que sur le coup j'avais envie qu'il parte parce que sur le coup rien ne présageait de ce qui allait se passer mais finalement il savait qu'il était hyper violent hyper violent quoi très violent et coup de bave dans la gueule tout simplement et moi là ça j'ai jamais donné mon accord pour ça et ça m'a terrifié en fait j'ai encore des fois j'y repense et je me revois physiquement
Me cacher le visage, en fait, quand il levait la main, quoi. Enfin, c'est terrifiant. Donc, en fait, c'est vrai qu'après, les jours passent. Sur le moment, t'es saisi et t'arrives à communiquer des choses ou pas ?
« Ah non, puis de toute façon, je suis en plus dans un état, un moment de ma vie, il y a quelques mois, où en gros, je suis totalement anesthésié partout, parce qu'effectivement, je pense que là, justement, on arrive un peu, après avoir parlé de mon adolescence, de ma première longue relation, de ma deuxième longue relation. »
à ces dernières années là où s'est passé cet événement là où moi j'étais au plus bas en fait j'étais au fond du seau après ma dernière relation parce que c'était vraiment passionnel on était fois amoureux mais la vie on a dû s'éloigner parce que ça devenait trop compliqué entre nous on s'est quitté en s'aimant mais ça devenait compliqué parce qu'on n'arrivait plus à s'accorder et puis et du coup donc arrivait cette période là où moi
Effectivement, là, j'ai multiplié les rencontres. Et qui dit multiplier les rencontres, ça dit des rencontres merveilleuses et des rencontres beaucoup moins. Notamment cette fois-là. Et tu avais l'impression que dans ce moment de grande fragilité, vulnérabilité, les rencontres qui s'enchaînaient, c'était pour des coups d'adrénaline, pour se sentir pas seul, c'est ça ? Ouais. Alors, moi, c'était beaucoup parce que ayant enchaîné des longues relations et des périodes où même…
Et des périodes, en tout cas, plus compliquées sexuellement, de manière générale, avec la fissure anale. En vrai, moi, c'est vraiment ces dernières années que je me suis vraiment, vraiment, vraiment découvert, épanoui. Enfin, je ne peux pas dire ça parce que j'ai… Quand j'avais des périodes de pause avec la fissure, je m'éclatais. Mais, disons, voilà…
de rencontrer des nouveaux garçons, faire des rencontres, tout ça, c'était très nouveau là. Et moi, plus que pour ne pas se sentir seul, c'était surtout…
une urgence de vivre et de découvrir des choses et de me dire « je vois les années passées, je n'ai pas connu autant de garçons que j'aurais voulu ». Et en fait, c'est quelque chose aujourd'hui que je réfute complètement, cette idée de se dire « je ne veux plus de ces injonctions ». Et à l'époque, je m'imposais des rencontres, des pratiques, parce que je me dis « il faut que je connaisse ça, il faut que je teste une fois, il faut que je fasse ça ».
Bah non, il faut rien en fait. Il faut rien du tout. Il faut faire ce qu'on a envie de faire, il faut pas faire ce qu'on a pas envie de faire. Et à l'époque, j'étais pas très à l'aise avec cette…
Cette idée-là d'être en paix avec ce qu'on ne découvre pas. Et même au-delà du sexe, je pense que j'ai trop tendance à oublier toutes les choses géniales que j'ai vécues, les voyages magnifiques que j'ai faits, les gens géniaux que j'ai rencontrés. Je fais un travail super épanouissant. Mais moi, j'ai une grosse fixette sur…
cette sexualité un peu bafouée pendant des années en fait et du coup j'ai eu du mal à un moment à me décoller de cette idée de il faut que j'en fasse plus il faut que j'en fasse plus il faut que je rencontre des gens il faut que j'en fasse des gens parce que les années passent et que j'ai pas fait ci j'ai pas fait ça je suis jamais allé dans un bordel j'ai jamais fait une partouze j'ai jamais fait ci j'ai jamais fait ça tu vois alors qu'en fait voilà si j'ai envie de rester chez moi dormir bah en fait c'est très bien ouais
Tu te mettais la pression. Ouais, je me mettais des pressions. Tu dis à très juste titre que, et je pense que c'est vachement important, c'est mon opinion personnelle, mais je pense que j'ai envie de la partager. C'est pas parce que je dis oui à être dans un jeu de soumission que, un, je peux pas retirer à tout moment mon consentement. C'est pas parce que sur une application, je dis quelque chose que dix minutes plus tard…
Sur l'application ou dans la vraie vie, je ne peux pas retirer ce consentement. Et deuxièmement, donner son consentement, ce n'est pas lâcher un oui parce qu'on se sent forcé. C'est un vrai oui engagé, joyeux.
Oui, mais bien sûr. Parce que je trouve que dans ces rapports de domination-soumission, on pourrait se dire, ou en tout cas, moi, j'ai déjà pensé, bon, c'est moi qui ai dit que je pouvais être soumis. C'est moi qui ai dit que j'aimais bien avoir une baffe, par exemple. Et là, il est en train de se passer un truc qui ne me va pas du tout. Mais comme il y a deux heures, j'ai dit…
que j'aimais les baffes, là, je n'ai plus le droit. Et c'est vachement important de se souvenir que j'ai grave le droit. Et deuxièmement, pour prendre soin de moi, il faut que je noue une relation avec la personne et donc que je vérifie. En tout cas, c'est comme ça que moi, je navigue. Je vérifie bien qu'elle comprenne ce que c'est le consentement. Donc, en fait, si pendant, je n'ai plus envie de baffes ou si c'est trop fort,
Et ça, je pense que c'est pas facile de bien jauger ça. Et toi, tu t'es retrouvé dans cette situation où t'as pas osé dire stop ? Bah aussi parce qu'il me faisait peur. Ok, t'avais peur aussi. Il me faisait peur. Le mec, il me faisait peur, ouais. Et concrètement, je remonte sur ce que tu dis, c'est que…
Aujourd'hui on le voit, c'est un sujet effectivement qui prête beaucoup à débat, le consentement explicite, non explicite, le verbal, le non verbal. Enfin bon, quand tu vois quelqu'un se cacher le visage parce que tu lèves la main, je pense que là on est sur un signe assez évident de non consentement quoi, tu vois ?
Je te demandais tout à l'heure par rapport à des déclics. Ça, c'en est un. Est-ce qu'il y en a d'autres ? Des déclics qui font que tu vas remettre en question tes pratiques sexuelles et tes automatismes de passif, entre guillemets, ou ce rôle, ce stéréotype ? Effectivement, ce moment dont tu parlais, où j'ai rencontré quelqu'un, où j'ai senti vraiment des sensations que je n'avais jamais vraiment vécues avant.
où j'ai eu vraiment le sentiment qu'on m'avait fait l'amour quoi
et tu vois même ça faire l'amour tu vois ce mot en français je sais pas c'est bizarre il est bizarre je trouve il y a une sorte de gêne parce qu'on est pas habitué à le dire tu vois on dit pas je fais l'amour personne dit ça alors que c'est tellement beau quoi donc ça c'était quand cette expérience ? c'était il y a 5-6 mois ok ça c'est un des clics ouais c'est un des clics donc t'es sur rue tu l'as rencontré comment cette personne ?
Ouais, c'est une appli, mais moi, ce que je fais, les applis, c'est que j'échange deux messages et très vite, je rencontre parce que je n'aime pas parler pendant des heures. Et là, sur cette appli, tu t'identifies comme passif ? Ouais. Et lui ? Actif. Ok. Du coup, le déclic, là, c'est pas tellement dans… Tu t'es fait pénétrer ?
Mais c'est comment tu t'es fait pénétrer ? Exactement. Donc gros déclic parce qu'effectivement, c'est un peu la mise en miroir de l'expérience violente que je viens de te raconter. Où là, quelques mois plus tard, forcément, j'ai fait une pause entre les deux parce qu'au bout d'un moment, j'ai pu trop… Puis j'ai eu d'autres chats à fouetter…
Entre temps, j'ai des problèmes de peau aussi beaucoup, ce qu'on appelle une maladie de Verneuil. C'est une maladie chronologique qui fait des poussées de furoncles assez violentes un peu partout sur le corps. Honnêtement, autant dire que ça, des fois, on a juste une envie, c'est de se cacher, de fermer les rideaux.
Et donc j'ai eu des périodes de pause et là bon ça allait mieux et tout. Printemps revient, je rencontre ce garçon et alors là vraiment à tout point de vue génial parce que le sexe est effectivement hyper doux et en même temps voilà un peu animal quoi. Je veux dire c'est pas…
On ne fait pas ça du bout des doigts non plus. Et très vite, tu sais, ce genre de relation où ça clique. Des fois, ça clique. Tu rencontres un mec, vous faites l'amour, ça clique. Tu le vois tout de suite, tu le sens. Et là, effectivement, ça clique. Et c'est là où tu te dis, mais putain, pourquoi on ne peut pas tous être comme ça ? Ils rentrent, grand sourire, on échange une blague ou deux, on rigole. Donc déjà, ça détend. Et là, on fait l'amour et tout, ça se passe bien. Donc le sexe est très bon. Et au-delà de ça…
il est dans l'hypervalorisation de moi, de mon corps, de qui je suis et réciproquement. Donc, en fait, il ne faut pas avoir peur, je pense, dans la vie de faire des compliments aux gens. Il ne faut pas avoir peur de… Et ça aussi… Ça, dans tout ton cheminement de sexualité, c'est la première fois que ça t'arrive ? Ouais, je pense que… Tu parlais de deux couples de plusieurs années avec des sentiments et la personne très douce.
Tu te sais dans l'épisode précédent. Oui, mais le problème, c'est qu'en fait… Déjà, avec le premier, il y a eu moins de sexe. Parce que très vite, j'ai eu mes problèmes proctos. Donc bon, finalement…
C'est ça, quand je dis la première fois, c'était pas la première fois, mais en tout cas, ça m'a vraiment marqué, parce que certes, effectivement, avec les ex, c'est arrivé, mais peut-être pas de manière aussi puissante sexuellement. Et en plus de ça, c'était toujours sur fond de problèmes proctologiques. Et puis, voilà, là, il y avait un truc, quoi. Il y avait un truc fort. Et il n'y avait pas cet élément de soumission ?
Non. Et d'ailleurs, lui, parce que je le vois encore aujourd'hui, il me dit, moi, j'aime pas dominer. Et ça aussi, c'est marrant, parce que je pense que c'est un discours qu'il y a plein de gens… Enfin, aujourd'hui, sur les applis, même, tu vois, il y a des injonctions à être actif aussi. C'est ça, quand je te dis, moi, est-ce que je suis légitime, machin, aujourd'hui, même si c'est des territoires que j'explore…
bah moi je suis pas non moi je vais pas te claquer la gueule au sol en fait tu vois moi je suis pas ce genre de mec actif tu vois ce que je veux dire parce que même les actifs ils ont ces injonctions des fois bah t'es domi t'es domi t'es domi et donc si t'es pas domi bah
Donc lui, c'est ce qu'il me dit aussi. Il me dit, moi, je ne suis pas dominateur, ce n'est pas mon truc d'être violent. Donc non, ce n'était pas du tout comme ça. Tu as découvert quel type d'intensité ? Ma question, en fait, elle est chargée de mon opinion, du coup, je vais te la dire avant d'essayer de… J'ai l'impression que le domisoumis a des éléments d'intensité ?
qui sont assez différents de l'intensité dans une relation où il n'y a pas ce jeu-là. Mais une intensité quand même, c'est juste des choses assez différentes. Tu vois ce que j'essaie de dire ?
Ben… Toi, tu la définirais comment, cette anticité ? Je crois que tu l'as un peu dit en disant « on a fait l'amour ». Ouais, j'allais dire « charnel ». Je vais décrire en un mot. Pareil, c'est des mots qu'on n'entend pas beaucoup dans le jargon aujourd'hui. C'est un fait qu'aujourd'hui, il y a des injonctions dans notre société, et notamment le milieu gay parisien, qui effectivement…
demande de se mettre aussi dans ces rôles-là. J'allais rebondir là-dessus, sur le milieu gay parisien. Avant, on finit sur cette intensité de faire l'amour. Est-ce que tu peux me décrire cette fois ? Donc, il arrive, il a un grand sourire, t'as dit dans les détails, donc il t'a pénétré ?
En te valorisant, donc il y a eu du verbal, c'est ça ? Il t'a fait des compliments. Tu te rappelles de quels compliments, par exemple ? Sur mon corps. Il t'a dit quoi ? Effectivement, sur une certaine musculature que je ne pense pas avoir. Il t'a dit quoi ?
Que j'étais bien gaulé, qu'il aimait bien mon corps. Mais mot pour mot, il t'a dit « t'es beau ». C'est marrant, c'est difficile. Je me disais, on va tous se faire un peu un kiff à entendre des compliments délicieux. Tu t'en souviens pas peut-être ? C'est compliqué pour toi de les dire ? Bah oui, c'est pas facile de faire ses propres compliments. Je te demande de restituer ce qu'il t'a dit ?
En tout cas, oui. Déjà, il arrêtait pas de répéter que je lui plaisais beaucoup. Donc forcément, ça t'a fait kiffer ? Voilà. Et puis, sur mon corps, sur le fait qu'il aimait bien mes jambes, ma musculature, la peau douce, ce genre de choses. Tu vois, c'est des trucs tout bêtes. Mais non, c'est pas tout bête.
Mais c'est pas tout bête. Effectivement, c'est tout bête, mais c'est pas tout bête. C'est pas du tout tout bête. Effectivement. Donc, toi, t'as apprécié qu'ils mettent des mots. Ouais. Parce que tout ça, c'était du verbal. Ouais. Ils te le signifiaient avec des mots, n'est-ce pas ? Ouais. Et encore une fois, je rappelle, pour moi, je suis aussi dans une reconstruction, au-delà de mentale, dans une reconstruction physique, parce qu'il y a deux ans où je me suis fait opérer de…
De ma fissure, donc grosse opération procto, à l'issue de laquelle j'ai perdu presque 15 kilos, ce qui est énorme. Je suis passé de 75 à 60 kilos. Ce n'est pas forcément à cause de l'opération, mais c'est parce que moi-même, avant l'opération, c'était le Covid, donc je n'ai pas pu me faire opérer tout de suite, donc j'ai recommencé à prendre plein.
De l'axatif. J'étais vraiment devenu tout maigre alors que je faisais beaucoup de sport avant. J'ai eu mes problèmes de peau. J'ai une grosse crise qui est arrivée. Tout ça fait que physiquement, je me sens un peu à terre. Je sors d'une relation longue aussi, mine de rien assez torturée, pleine d'amour, mais très torturée.
qui m'a marqué aussi au fer rouge parce que c'est l'amour. Là, j'avais besoin de ça. Et je n'avais plus besoin. Je n'avais plus du tout besoin à ce moment-là. On me malmène, en fait. Tu vois, j'ai besoin de l'inverse, l'extérieur inverse. Donc, moi, j'essaye vraiment d'être avec toi. Donc, vous étiez chez vous ? Chez moi. Chez toi, pardon. Chez moi. Dans ton lit ? Ouais. OK. Vous étiez tous les deux nus ?
Ouais, très rapidement. Ok. Il sourit, il te dit des mots doux ?
Tu te souviens, tu peux continuer à me décrire cette intensité sexuelle, elle se disait comment, elle se faisait comment plutôt ? Déjà, un truc tout bête, les bisous, et on le sait, il y a les plans sexes avec les bisous, il y a les plans sexes sans les bisous. Donc déjà… Toi, dans ton cheminement, c'est quelque chose que tu rencontres, l'absence de bisous. Ouais. Et là, avec ce mec…
Ça se bisoute. Exactement. Et ça, ça te fait sentir quoi quand tu te fais embrasser ? Beaucoup de sensations et surtout une connexion rapide avec lui qui fait que très vite, sexuellement, je me sens hyper à l'aise. Et que du coup, malgré peut-être…
Une réappréhension un peu bancale de l'aspect passif parce qu'il y a eu tous ces trucs-là un peu vachins où je me dis… Tu te sens à l'aise, quoi. Ouais, je me sens hyper à l'aise. Est-ce qu'il y a une manière de te toucher particulière ? Il te masse plus ou il te suce ? Est-ce que tu vois ? Ouais, ça, ces deux choses-là, effectivement. Masser, pas forcément, mais en tout cas, des caresses longues et appuyées qui font qu'elles sont déjà des caresses, en fait, tout simplement, qui sont des caresses.
c'est aussi rare pareil je ne vois pas tout le temps dans mes rapports sexuels mais ce qui est je pense tu vois un peu normal la réalité parce que j'ai pas moi même non plus toujours envie de faire des câlins c'est pas forcément que les garçons que j'en fasse des fois j'ai envie de faire des plans sexe c'est des plans sexe même sans que ce soit violent c'est juste forcément envie qu'il y ait des câlins tu vois là si effectivement donc des longs caresses appuyées des bisous des regards
Enfin voilà, un truc hyper cliché de faire l'amour, comme je pouvais voir dans les films érotiques sur M6, quand j'avais 15 ans, en cachette, tu vois, chez moi. Et si je comprends bien, dans tes rencontres sexuelles, t'as assez de facilité à demander le jeu d'Omisumi, mais tu n'as jamais demandé jusqu'à présent le jeu de faire l'amour. Ouais, c'est vrai. C'est ça ? Exactement, ce jeu érotique. Ok. Exactement. De sensualité, de… Ouais. Et tu sais pourquoi ?
Parce que, encore une fois, je pense que je me suis tué. Quand je reviens beaucoup sur le « on », je pense que ça en dit long. C'est effectivement parce que je préétablis que. Je préétablis que. Je présuppose que.
Alors que si, il y a plein de mecs qui veulent ça. Mais c'est moi-même des vérités que je m'établis, que je m'efforce aujourd'hui de casser. Parce que je pense que c'est des clichés qui certes existent, qui ne sont pas que dans ma tête, mais que je…
Donc je m'auto-persuade aussi, effectivement. On en vient à ce « on » qu'on pourrait définir comme le milieu gay parisien. Toi, tu m'as dit que tu t'es senti, je ne sais pas si je dois utiliser le présent, tu t'es senti exclu de ce milieu. Tout à fait. Tu peux m'expliquer pourquoi ? Déjà, un, pour toi, le milieu, c'est quoi ? Tu le vis quand, le milieu ? Très tard. Là, il y a quelques…
Très tôt et très tard, je vais t'expliquer pourquoi. Tu habites à Paris depuis l'âge de 19 ans. Depuis que j'ai 18 ans, donc ça fait effectivement 18 ans. Donc une petite vingtaine d'années. C'est une très bonne transition parce qu'effectivement, quand je dis que je présuppose beaucoup de choses…
Ce rejet, il est très présupposé. Ce que je veux dire, c'est qu'on ne m'a jamais poussé en dehors d'une boîte guette. C'est moi-même qui m'auto-excluais. Et à la fois, il y a un système aussi qui fait que je ne me sentais pas représenté là-dedans. Donc, à la fois, il y a très longtemps, puisque très vite, j'habite à Paris, donc de manière inhérente,
Le milieu est partout autour de moi. Beaucoup de gens disent ça. J'ai envie de savoir, pour toi, il s'exprime comment ? Par exemple, le milieu, c'est aller dans certaines boîtes gays ou c'est marcher dans la rue. C'est quoi pour toi ? Il est où le milieu gay pour toi ? Au début, justement, pendant très longtemps, il est partout et nulle part. C'est-à-dire que je ne vais pas dans les endroits gays, je ne fréquente pas les endroits gays, je n'ai pas d'amis gays, mais il est partout parce qu'on est à Paris. Et c'est très bien, c'est tant mieux. Parce que, voilà… Enfin…
Tu vois, il est sur les réseaux sociaux, il est dans les quartiers, dans le Marais, dans le fait que même dans tout Paris, les gens s'affichent, tiennent la main, il y a des drapeaux, il y a la Gay Pride. C'est plein de choses, je veux dire… Là, tu parles des injonctions qui viennent du milieu gay et ces injonctions t'excluent. Du coup, j'ai du mal à comprendre comment, en marchant dans le Marais et en voyant deux hommes ou deux femmes se tenir la main… Non, non, c'est pas ça, mais ce que je veux dire, c'est que moi…
C'est moi qui me sentais exclu d'un milieu dans le sens où je ne me représentais pas.
comme les images qui en sont préétablies. Là, je parle effectivement des stéréotypes, des endroits, des lieux gais, des… Exposés, oui, c'est ça. Ces images-là, elles sont où ? Elles viennent d'où ? Tu vois ce que je veux dire ? Elles viennent justement d'Internet,
En fait, c'est ça que j'essaie de dire quand je dis c'est partout dans Paris. Mais ça, je trouve que c'est justement positif qu'il y ait cette visibilité-là. Mais moi, je la voyais de loin. Justement, je ne la voyais que de loin. Donc, je l'imaginais, je la fantasmais d'une certaine manière. Et comme je n'en faisais pas partie, je me sentais exclu. En quoi tu n'en faisais pas partie ? Parce que tout simplement, je ne fréquentais pas ce milieu et que moi, je n'ai jamais eu…
jusqu'à un certain moment les occasions, les bonnes rencontres qui ont fait que j'ai des amis gays
Ok. Tu vois, j'ai des amis gays là depuis un peu plus d'un an. Et donc, en fait, c'est dur, justement, au-delà, effectivement, de ces pathologies proctodermato, les problèmes de couple. C'est qu'en fait, sans être… Il n'y a pas d'amis à qui en parler. Oui.
Et il y a des codes que tu te figures, tu as du mal à mettre des mots dessus, mais ces injonctions sont très claires, elles émanent d'un milieu, même si tu ne le côtoies pas, tu t'en sens exclu, c'est ça ? Ouais.
et c'est assez intéressant ce que tu dis et je vais t'inviter à être bien devant ton micro c'est intéressant parce que il y a un non-dit et pourtant il est très clair pour toi que tu ne corresponds pas mais tu sais en quoi tu ne corresponds pas je pense que c'est compliqué à définir parce que je pense que c'est un mélange de tout c'est un mélange un peu de là où je viens un peu de tout ce qu'on vient de se dire depuis le début un peu d'où je viens
Tu vois, côté petit campagnard, machin. Une certaine sensibilité. Pendant longtemps, voilà, j'avais pas forcément un corps que j'aimais. J'étais à un moment un peu focus sur mes problèmes de santé. J'étais en couple aussi dans des relations très exclusives où du coup, c'était pas à la fête, on va enlever son t-shirt en boîte, voilà.
un milieu très hétéronormé même amical donc tout ça en fait qui fait que forcément ça crée une grosse distance et puis aussi je pense des schémas de vie que j'imagine différents encore une fois je parle pas
Je ne parle pas des homos, je parle du milieu. Où effectivement, on se dit, évidemment, il y a des homos qui veulent s'éclater à fond, il y en a d'autres qui veulent être en couple, avoir des enfants, d'autres non. Le milieu, tel qu'on dit, ça présuppose la fête, sous-entendu. Tu vois ce que je veux dire ? Donc moi, c'est beaucoup cet aspect-là aussi que j'imagine et que je fantasme parce que j'ai envie d'en faire partie d'une certaine manière. Parce que justement, j'ai envie… En fait, ce qui m'a beaucoup manqué pendant très longtemps…
C'est cet aspect communautaire. C'est de me sentir éloigné d'une communauté de laquelle j'aurais peut-être à un moment donné eu besoin d'aide ou de soutien à plusieurs points de vue. Et que je n'ai pas eu, mais tout simplement parce que je n'ai pas poussé les bonnes portes ou je n'ai pas rencontré les bonnes personnes. Ça, ce n'est pas fait comme j'aurais aimé que ça se fasse. Et ce que j'entends, c'est que ce milieu, il se vit beaucoup la nuit et que toi, ce n'était pas un kiff de sortir. Alors si, moi, je sors beaucoup.
Mais justement, toujours dans des endroits très hétéros, normés pendant très longtemps, parce que tout simplement mes potes sont hétéros, et je suis déjà sorti dans des soirées gays, mais de manière très anecdotique. Et puis là, depuis quelques temps, j'ai des amis…
Avec qui je tiens beaucoup, qui sont gays et donc on sort un petit peu dans le milieu. Qu'est-ce que ça a changé pour toi ? Tu me l'as dit que c'était important, c'était une de tes clés. C'est ces amitiés avec que des hommes gays ? On est un petit groupe, on est quatre. Qu'est-ce que ça change pour toi ?
Énormément de choses. C'est-à-dire que je pense qu'encore une fois, dans la vie, je me dis des fois, rien n'est du hasard. Il y a un an et demi, je décide vraiment de tout plaquer dans ma vie. C'est-à-dire que je décide enfin de prendre mes problèmes de santé à bras-le-corps, des problèmes d'addiction que j'ai pu avoir aussi.
Des problèmes de couple où j'ai fui, tout simplement, j'ai fait ma valise et je suis parti. Mes problèmes de travail où j'étais au bord du burn-out, j'ai démissionné, je n'avais rien derrière. J'ai tout changé. Du jour au lendemain, en deux mois, ma vie a complètement explosé et changé. Et à un moment donné, justement, sur un coup de tête, j'ai décidé de sortir dans un bar. Après, en plus, dans une période un peu dark où je m'embrouille avec ma meilleure amie de manière hyper violente,
Et là, c'était hyper pictural, le truc. J'avais mon sac sur le dos, ma valise. Je venais de quitter mon foyer. Et là, je m'envoie avec ma pote et tout, on ne sait pas. Et je me dis, ben non, la nuit ne s'arrêtera pas là. Je pars dans un bar et je vais m'amuser. Et voilà, je veux…
J'avais besoin d'un choc de vie. Et ça change quoi d'avoir des potes gays ? Et du coup, j'ai rencontré effectivement un mec qui me présente deux, trois copains. On devient une belle bande d'amis solide. Et donc, en fait, ça change tout parce que même si j'ai des amis à qui je peux dire plein de choses, et ma famille aussi, on ne peut pas tout dire, en fait.
Moi, je pense que l'aspect communautaire, il est important dans la mesure où une minorité, si c'est une minorité, par définition, ça veut dire qu'elle ne peut pas s'exprimer comme elle aimerait s'exprimer. Donc, il y a besoin de safe…
place comme ça où on peut dire ce qu'on veut et en fait on se comprend enfin c'est con à dire mais voilà et puis et puis aussi on peut avoir plus facilement peut-être des conseils ou des des débats aussi sur des sujets qui peuvent être moins intéressants avec des personnes qui ne sont pas touchées par ces problématiques là ouais
Voilà, et puis encore une fois, des conseils, j'insiste beaucoup, et des mains tendues, et puis des soirs de fête, et puis des pleurs, des rires, tout, quoi. Et puis, j'insiste, c'est vraiment des vraies amitiés, quoi. C'est pas des trucs fortuites, là, de soirée, parce qu'aujourd'hui, j'ai 36 ans, des amis de soirée, oui, c'est rigolo, mais bon, j'ai pas… Voilà, j'ai plus 20 ans non plus, donc moi, si je recherche des relations aujourd'hui, c'est des trucs un peu… un peu… un peu plus deep, quoi. Ouais.
Donc ouais, il y a eu un avant et un après, ça m'a vraiment changé ma vie, moi, de rencontrer ces gens-là. Tu m'as dit que la première fois où t'as pénétré quelqu'un, c'était l'année dernière. Ouais. C'était comment ?