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DeuxiĂšme Ă©pisode Robin, ça te va ? On se lance ? C'est parti. Dans le premier Ă©pisode, tu as racontĂ© ton cheminement jusqu'Ă l'Ăąge de 26 ans oĂč tu as fait de l'escorting. Ouais, 24-25 quoi.
Je me trompe dans tout. Bon, Ă la louche. Mais t'as raison, excuse-moi et corrige-moi, n'hĂ©site pas. On s'est arrĂȘtĂ© sur l'Ă©pisode prĂ©cĂ©dent sur j'arrĂȘte, faites l'escorting, l'appel de l'argent, comment tu utilises l'argent, tes espoirs de trouver un mentor via l'escorting. Tout ça, t'as envie de passer Ă autre chose ?
Le dĂ©clic, c'est parce que la situation… Enfin, tu vas mal, mais t'as touchĂ© le fond. En fait, moi, je vois, tu vois, dans ma vie, pour que ça change, il faut vraiment que je touche le fond. Toi, t'as eu l'impression de toucher un fond ?
On a l'impression que tu t'es intelligemment arrĂȘtĂ© au bon moment sans trop te faire mal. Ouais, c'est un peu ça, t'as raison. Intelligemment, c'est un bien grand mot, mais c'Ă©tait surtout que la façade allait se briser, que tout allait finir par se voir. Je tenais plus du tout le…
Si je continuais, je pense que j'aurais explosé en vol et là , tout mon passé se serait révélé au grand jour. Et ça, je ne pouvais pas du tout l'assumer auprÚs de ma famille, donc il fallait vraiment que je me prenne en main. Et puis il s'inquiétait, je le sentais. Il sentait que mes mensonges passaient de moins en moins.
Donc il fallait que je reprenne la main. Donc eux ils habitent en Mayenne ? Oui. J'ai divorcé de mon pÚre pas trÚs loin. En tout cas on est au téléphone, c'est ça que je veux dire. Comment ils peuvent percevoir qu'il y a un problÚme ? Et quand tu dis la façade va se briser et ils n'entendaient pas tes mensonges. C'était quoi les mensonges au téléphone que tu devais donner qui étaient suspicieux ?
Je disais que je gardais des enfants, enfin que je faisais du babysitting pour subvenir à mes besoins hautes alimentaires qu'eux m'apportaient. En quoi ils pouvaient trouver ça suspicieux ? Parce qu'ils ne savaient pas ce qui se passait pour toi dans ta vie ?
C'est que j'en parlais pas vraiment et il voyait qu'il y avait un gros dĂ©calage sur les rĂ©seaux sociaux par rapport Ă ce que je montrais. Et vraiment les moyens dont je disposais, il y avait un souci. Ăa matchait pas. Il m'en a jamais parlĂ©, j'en dĂ©duis en tout cas. Mais il me posait des questions…
Je n'ai un peu rien de ma mĂ©moire, parce que c'Ă©tait des discussions peut-ĂȘtre un peu difficiles, mais je crois qu'ils m'ont demandĂ© un jour si je prenais de la drogue quand mĂȘme. Peut-ĂȘtre que ça se voyait. Peut-ĂȘtre que ça se voyait, oui. Physiquement, peut-ĂȘtre. Mentalement, en tout cas, je ne pouvais pas tenir un repas, par exemple. J'Ă©tais tellement en dĂ©pression ou quelque chose comme ça qu'avoir des discussions normales avec les gens sur la durĂ©e, c'Ă©tait devenu impossible pour moi. Donc…
Et tes symptÎmes dans ces cas-là ? C'était à table, tu devais quitter la table ? Je me fermais. Je me fermais.
Je quittais la table au dessert, mais c'Ă©tait trĂšs pĂ©nible pour tout le monde. Je me renfermais, je m'isolais de plus en plus. Ils ressentaient que ça n'allait pas bien du tout. Ils ne savaient pas comment m'aider, ils ne voyaient pas oĂč Ă©tait le problĂšme. Je pense que ma mĂšre a fini par mettre un peu le doigt dessus quand mĂȘme, sans vraiment me le dire.
Et mĂȘme aujourd'hui, c'est encore un peu un secret, sauf si elle tombe un jour sur cet Ă©pisode, mais j'arriverai un jour Ă lui en parler. Je pense que c'est peut-ĂȘtre aussi cet inconscient d'ĂȘtre lĂ , d'en parler publiquement. C'est peut-ĂȘtre parce que j'ai envie d'avoir un jour peut-ĂȘtre Ă lui en parler, peut-ĂȘtre.
Ouais. C'est rare les gens qui changent pas leur prénom. C'est rare ? Ah ouais ? Non, sur ce podcast, non. Mais ça fait trois ans maintenant et j'ai fait genre 150 témoignages. Et c'est ce que j'allais te dire, je me suis dit mais là c'est ta voix, c'est ton prénom, c'est un sacré pas de coming out pour justement sortir ce passé du silence et du non-dit.
ComplĂštement. Je me mets un peu en… Bon, aprĂšs, il faut quand mĂȘme… Ma mĂšre, c'est pas la cible. Je pense pas qu'elle va tomber dessus comme ça et que quelqu'un lui enverra. Non, je pense que je lui en parlerai de moi-mĂȘme quand je serai prĂȘt. Mais oui, il y a un peu ce cĂŽtĂ© acte manquĂ© d'ĂȘtre lĂ aujourd'hui, je pense. Et t'aurais envie de lui dire quoi Ă ta maman ?
Lui dire que c'Ă©tait pas de sa faute, qu'elle aura…
que c'Ă©tait aussi mes choix et ma construction, et qu'aujourd'hui ça va quand mĂȘme beaucoup mieux, des choses comme ça quoi. AprĂšs, et lui dire que c'Ă©tait pas un drame aussi, parce que je pense que l'image de la prostitution c'est un peu encore pire que d'ĂȘtre effĂ©minĂ© dans sa tĂȘte, donc il faudrait que je trouve des bons arguments pour lui dire que non, en fait il y a vraiment des trucs trĂšs cools, et ça fait la personne aussi que je suis aujourd'hui et qui est…
qui a appris plein de trucs et qui a fait plein d'expĂ©riences et qui a bien kiffĂ© aussi j'ai un j'ai un gros blocage dans ma tĂȘte j'ai une rĂ©action je suis pas du tout d'accord t'as dit quoi ?
parce que du coup ce que t'as dit c'est ton vĂ©cu et c'est ton chemin je le dis clairement pour justement pas ĂȘtre influencĂ© mais moi dans mon chemin en fait depuis le dĂ©but de notre Ă©change tu l'excuses
Et c'est jamais sa faute. Oui, d'accord. Dans ta façon de raconter. Moi, en tout cas, mon chemin, et peut-ĂȘtre que c'est vrai, peut-ĂȘtre que c'est ta vĂ©ritĂ©, j'ai pas de jugement lĂ -dessus, mais ça fait rebond sur mon chemin Ă moi. Et en fait, j'ai passĂ© mon temps Ă protĂ©ger mes parents, Ă protĂ©ger cet entourage, Ă du coup s'accorder qu'ils pouvaient me dire qu'ils avaient peur que je sois une tarloose.
Ă mĂȘme comprendre pourquoi ils le faisaient et mĂȘme les remercier de m'insulter, de me limiter et de m'Ă©craser avec leurs problĂšmes. Et je pense que je cherche aujourd'hui un meilleur Ă©quilibre. Il y a beaucoup dans ma vie de mes choix, de mon chemin, de ma peine, d'une homophobie, de la sociĂ©tĂ©. C'est pas que mes parents, c'est pas que ma famille.
Mais c'est aussi eux. Et il est aussi temps qu'ils soient capables ou pas de l'entendre. C'est pas possible. Et moi, j'ai vraiment cet élan de protection de ma famille, de ma mÚre notamment.
Qui, si je dis qu'il y a un problĂšme, part dans un cheminement d'autoculpabilisation. J'aimerais aussi que ma mĂšre n'Ă©coute pas cet Ă©pisode. On sera deux comme ça. Et oĂč je m'entends contredire ce que je crois profondĂ©ment pour l'apaiser elle. Ăa c'est sĂ»r, ouais.
Donc je la vois dire c'est ma faute, elle part dans son dĂ©lire et au lieu de m'entendre Ă mon endroit et de gĂ©rer ses dĂ©lires de femme adulte, pas des dĂ©lires, de gĂ©rer ses enjeux de femme adulte, de femme qui a…
une pĂ©nĂ©tration, consentie je crois, qui a fait un gamin, qui aprĂšs a fait de la merde aussi en parallĂšle de super belle, enfin tu vois ça a Ă©tĂ© une super mĂšre et une mĂšre de merde, comme je suis une belle personne et une mauvaise personne Ă la fois tu vois, dans mon chemin je m'identifie complĂštement Ă , moi je vois dans mon rapport avec mes neveux et niĂšces, le nombre de conneries que je dis, oĂč je me dis mais Guillaume mais dis pas ça comme ça, mais dis ah tiens t'as oubliĂ© de dire ça, enfin tu vois comment t'aides un petit enfant Ă
Ă ĂȘtre une belle personne. Et moi, je me vois, mais genre… VoilĂ . Et il y a vraiment un chemin d'arriver Ă … Tu vois, donc moi, je suis dans un chemin pour dire Ă ma mĂšre que j'Ă©tais harcelĂ© Ă l'Ă©cole. Et maman, au dĂ©but, elle Ă©tait lĂ , non. J'Ă©tais lĂ , mais maman, non. Je comprends. Non. Donc au dĂ©but, je me suis dit, elle doit dire non Ă un autre truc qu'elle pense dans sa tĂȘte. Elle doit pas…
Et en fait, non, c'Ă©tait vraiment le chemin d'une mĂšre qui ne veut pas voir que son fils a souffert et qu'elle a tout fait pour ĂȘtre lĂ . Elle a Ă©tĂ© lĂ .
Mais qu'il y a une part oĂč elle n'a pas pu ĂȘtre lĂ , tu vois. Ouais, ouais. Et… Et, en fait, du coup… Elle a protĂ©gĂ©, ouais. Bah, si, j'ai envie de l'aimer, de dire, bah, ouais, j'ai envie de dire ce que t'as dit. Bah, t'as grandi, enfin, genre, maman, t'as zĂ©ro rĂ©fĂ©rence homosexuelle. Mais t'en as mĂȘme pas une demi. Comment le renvouloir, parce que c'est tellement… Je la rends responsable de ce… Je la…
Elle est responsable de ses actes aussi. Et donc…
La violence de « je ne veux pas que tu sois une tarlouze », ça lui appartient Ă elle. Ce n'est pas Ă moi de prendre ce vomi-lĂ , de le manger, de l'avaler et de le digĂ©rer. Ăa me dĂ©fonce mon systĂšme intĂ©rieur. Ăa me rend malade. Donc, j'ai pas besoin de lui. J'ai pas besoin forcĂ©ment de la violenter.
de lui renvoyer son vomi de façon viante et tout mais il y a une barriĂšre que je veux moi essayer de trouver de dire ah non ça c'est ton vomi meuf ah tu pleures bah oui mais c'est ton vomi meuf je ne vais pas le manger donc j'essaye de faire silence dans les moments oĂč bon en vrai j'y arrive pas trop hein
J'y arrive pas trop, et c'est pour ça que je fais des podcasts aussi, tu vois. Ouais. On voit bien qu'elle Ă©coute, finalement. Elle Ă©coutait celui sur la psychanalyse, oĂč j'ai dit pas mal de trucs. Et oĂč un jour, elle m'a dit « Ah, j'ai entendu lĂ ton Ă©pisode, je suis pas du tout d'accord, faudra qu'on en parle. »
en tout cas je voulais te partager ça toi par rapport à mon opinion et vraiment j'ai pas envie d'écraser ton histoire avec la mienne avec ce rebond là toi tu ressens quoi ? t'as raison j'ai forcément ce réflexe de pas vouloir l'accabler mais ce réflexe il est un peu à tort ma mÚre c'est la personne qu'elle était à l'époque
ou mĂȘme il y a encore quelques annĂ©es quand j'ai essayĂ© de lui en parler sa rĂ©action ça a Ă©tĂ© de se dĂ©fendre, se dire je faisais ça pour te protĂ©ger je voulais pas admettre la moindre homophobie donc si je venais de lui parler de prostitution mon premier rĂ©flexe ce serait effectivement de lui dire c'est comme ça et tout va bien il faut lui dire tout va bien quoi pourquoi ?
Enfin, ça va mieux, en tout cas. Le montrer que j'ai fait mon chemin, que j'ai beaucoup rĂ©flĂ©chi à ça et que je suis Ă l'aise d'en parler. Je sais pas comment dire. Puis c'est plus la mĂȘme personne. Elle a beaucoup changĂ©. Par exemple, elle a un souci avec l'alcool et ça fait bientĂŽt deux ans qu'elle a arrĂȘtĂ© complĂštement. C'est quelqu'un qui peut se remettre en question. Je pense que…
On n'en est plus au mĂȘme stade. Mon premier rĂ©flexe sera d'ĂȘtre dans ce discours-lĂ . TrĂšs vite, le discours de plus profonde, d'oĂč ça vient, qu'est-ce qu'on a pu faire aussi qu'a fait… La discussion, elle arrivera Ă s'installer aujourd'hui plus facilement. Ce qui a Ă©tĂ© pour moi vachement apaisant, j'allais te demander, dans l'idĂ©al, ta mĂšre, elle dit quoi ? Et…
Moi, ce qui… J'Ă©tais pas fan de la question, c'est pour ça que je la… Tu pourrais y rĂ©pondre si tu veux, mais en fait, quand je l'applique Ă moi, je suis lĂ … En fait, moi, j'avais pas envie que maman m'Ă©coute, j'ai envie que maman… Pardon, j'ai pas envie que maman me parle, j'ai envie que maman m'Ă©coute. Bon, je pense que j'ai fait cela puis cela, parce que j'ai aussi envie qu'elle me parle.
Mais il y a deux niveaux. Et le premier niveau, c'est quand j'ai pu lui dire… Moi, j'ai utilisĂ© le podcast et notamment… Avec le podcast, je sors ma famille du tabou et du non-dit sur l'homosexualitĂ© via un ancĂȘtre. Mon grand-oncle Ă©tait homosexuel et l'annĂ©e derniĂšre, je dĂ©couvre qu'il avait un amoureux secret qui pourrait ĂȘtre encore vivant. J'essaie de le rechercher, je pose des questions Ă plein de gens.
Et grĂące Ă ces entretiens, c'est des opportunitĂ©s pour remettre des mots sur l'homosexualitĂ© dont on n'a jamais parlĂ©, et moi pouvoir aussi partager mon chemin, et notamment dire que j'Ă©tais harcelĂ©. Et je crois que la premiĂšre chose qui est trĂšs soignant pour moi, c'est les larmes de mon frĂšre, l'Ă©coute de ma mĂšre, pleurer avec ma mĂšre, oĂč je lui ai dit, mais maman, il faut que tu comprennes que…
Alors que je suis un ultra privilégié, je viens d'une famille qui a de l'argent, j'habite à Paris, dans un beau beau land, dans un quartier deepster, et je suis dans une famille dont l'homophobie est assez passive et non dite. Mais tu vois, je peux ramener des mecs, et puis mes parents, ma famille sont à mes cÎtés, ils essayent autant que faire se peut. J'ai dit « mais maman, on fucking 2023-2024 ».
Genre tenir la main d'un mec dans la rue, j'y rĂ©flĂ©chis, j'hĂ©site, je reçois des insultes, des regards, etc. J'avais besoin aussi qu'elle entende, soit on peut parler du passĂ©, mais j'avais aussi du dire « mais maman, aujourd'hui, ĂȘtre homosexuel pour moi, c'est ça aussi ».
Et j'ai aussi envie qu'on puisse partager ça, tu vois. Ouais, je vois. Toi, t'as, tu vois, une forme d'idĂ©al de ce vers quoi tu aimerais tendre le moment oĂč t'es un peu alcoolisĂ© et tu remets le sujet sur la table. Est-ce que tu sais ce qui se joue pour toi, ce que t'aimerais qu'il advienne avec ta maman ? Ah, l'alcool est plus du tout un jeu. C'est hors de question qu'on mette l'alcool entre au moins la discussion aujourd'hui. Enfin, faut que tout le monde ait les idĂ©es claires quand on en parlera parce que c'est trop important aujourd'hui. Qu'est-ce que j'aimerais qu'il se passe ?
Exactement ce que tu as dit en fait, qu'elle m'Ă©coute et que je me sente Ă©coutĂ©, compris c'est un bien grand mot, c'est peut-ĂȘtre pas le but mais qu'elle s'intĂ©resse en tout cas aussi Ă mon vĂ©cu et pas d'ĂȘtre sur la dĂ©fensive, dĂ©jĂ si ça se passe comme ça, ça serait gĂ©nial et je veux pas que ce soit un sujet qui est rĂ©current, on peut passer Ă autre chose aprĂšs, y'a pas de problĂšme mais…
VoilĂ , on verra. C'est les fondations, en fait, qui permettent aprĂšs de construire la suite. Je trouve ça vachement important ce que tu dis. J'ai dĂ©jĂ eu de l'Ă©coute passive, rĂ©sistante, qui est une Ă©coute pas du tout rĂ©paratrice. Quand je parle des larmes de mon frĂšre, c'est que non seulement mon frĂšre m'Ă©coute…
et se connecte Ă moi et aimer une Ă©motion il a pas besoin de dire des mots j'ai pas forcĂ©ment besoin de mots mais c'est cette Ă©coute, tu sais ce que t'as dit s'intĂ©resser Ă et se connecter et je crois quelque part moi j'idĂ©alise un pardon j'aimerais que mes parents disent ouais et mon pĂšre l'a fait mon pĂšre m'a dit j'aurais pas dĂ» dire ouais ça devait ĂȘtre incroyable
Ouais, bon c'est papa, il a pas dit, c'Ă©tait pas dans un film, il a pas pris la main en disant mon fils je te demande pardon, d'ailleurs j'aurais Ă©tĂ© ultra mal Ă l'aise, mais connaissant mon pĂšre il m'a dit j'aurais pas dĂ» te dire ce que, j'entends ce que tu dis. C'est soit un sujet qu'il travaillait finalement, puisqu'il a fini par t'en parler de lui-mĂȘme bien aprĂšs, c'est quand mĂȘme…
C'est Guillaume Le Bourrin. Avec mon micro comme bouclier, je suis allĂ© leur poser des questions. J'ai foutu le feu et posĂ© quatre bombes dans la famille. Et c'est ça que je trouve trĂšs dur dans nos chemins. Ce que j'ai envie de te partager, c'est que ton chemin est trop beau, Robin. Franchement, c'est vraiment un chemin de tentative d'apprentissage. T'essayes d'apprendre, t'essayes de…
de mettre des petites graines et de grandir dans un monde qui a plein d'endroits, te fait zĂ©ro cadeau, te donne pas de tremplin. Dans le monde Ă©tudiant, professionnel et intime, t'es dans un dĂ©calage complĂštement injuste. J'aime bien ĂȘtre lĂ oĂč on m'attend pas. Du coup, il te faut choper les codes, il te faut choper… Donc le fait que tu utilises des tremplins comme l'escorting ou l'argent
pour atteindre un endroit de ton bonheur. AprĂšs, tu glisses, tu dĂ©rapes, tu te fais mal et tout, mais c'est un…
c'est gentil merci non mais j'essaye pas d'ĂȘtre gentil lĂ tu vois ce que je veux dire au final et tu vois moi similairement c'est pas l'escorting c'est pas l'argent mais c'est Ă un moment donnĂ© il y a quand mĂȘme une forme de tu as dit j'ai dĂ» casser l'image du garçon dans le premier Ă©pisode lĂ et ça m'est restĂ© marquĂ©
Parce que quelque part, on doit casser quelque chose. C'est ma croyance. Donc le moment oĂč j'ai foutĂ© le micro sous les gens, ou quand ils voulaient pas parler publiquement au micro, tout ça n'est pas publiĂ©. Je sais pas, j'arrive pas Ă en faire quelque chose, c'est encore trop compliquĂ©. Mais sinon, je disais, bah viens, on fait sans micro, on se parle. Les gens Ă©taient lĂ , ah, ça me violente et tout. Et quand tu disais, ah, ton pĂšre, ça a dĂ» le travailler et tout, bah non, en fait, les gens…
Moi je suis déso mais il faut un peu leur rentrer dedans, il faut mettre le sujet sur la table parce que sinon on est trois putains de queers dans la famille ou on est deux ennemis et tout. Il y a une majorité d'hétéros qui quand je leur parle du sujet sont là , ah ouais pourquoi c'est important pour toi, pourquoi t'en parles maintenant ? Ils sont à mille milles de piger le délire du besoin de réparer les fondations.
comme tu disais j'ai pas besoin qu'on en parle tous les jours ma relation avec mon frÚre elle est à jamais changée on en reparle parfois si je suis agressé dans la rue je peux lui dire maintenant il y a un niveau d'intime qui est vachement puissant et qui est réciproque parce que lui s'il a un problÚme avec ses enfants ou s'il a un problÚme avec son boulot moi en réciprocité je suis à disponibilité je peux aller à cet étage là et là maintenant lui il peut aller à mon étage d'homosexuel
Tu vois ce que je veux dire ? Est-ce qu'on peut en attendre autant de toutes nos relations familiales ? Est-ce que c'est génial ce qui arrive avec ton frÚre ? Est-ce qu'il faut que j'attende ça de ma mÚre ? Est-ce que c'est faisable ou pas ? Est-ce qu'il faut faire le deuil aussi de ça ?
Alors, super, gĂ©nial. Et puis en plus, il faut que j'arrĂȘte de parler parce qu'on est lĂ pour toi. En tout cas, j'ai un peu de… Mais je sais pas, Ă l'intuition, je te livre tout ça. Et ma seule inquiĂ©tude, c'est que j'Ă©crase ton tĂ©moignage avec le mien. Donc j'ai envie d'ĂȘtre… Avec plusieurs membres de ma famille, c'est l'opposĂ© qui est arrivĂ©. J'ai eu une Ă©coute passive, agressive…
les gens m'ont rendu coupable de leur homophobie vraiment tout un délire limite c'est marrant tellement c'était grotesque et moi je suis dans une famille d'élite ENA, HEC, Polytechnique ça j'adore ça des gens qui se croient intelligents intellectuellement et qui dans une intelligence émotionnelle et l'intelligence la plus importante mais c'est 0 sur 20 eux qui adorent les notes
Et moi, personnellement, pour répondre à ta question, ça m'a été trÚs utile dans mon deuil des relations avec cette famille ou avec ces gens-là d'avoir ces conversations. Donc, qu'est-ce que je peux attendre ? C'est parfait comme question. Le chemin que j'ai choisi est exposant.
Mais au final, entre un non-dit et un silence de poison comme un cancer qui me faisait du mal à mon insu, et des conversations frontales qui nécessitent alors un deuil et une relation qui évolue, puisque je reçois de la violence ou un non-accueil, qui pour moi n'est du coup pas ok, moi ça me va. Toi, tu le ressens comment ?
Attends j'ai pas compris, du coup ça te va d'en rester lĂ ? En gros tu disais ah super ton histoire, lĂ je te dis bah non je te raconte la partie positive, il y a aussi en effet quand tu confrontes la famille, bah tu peux perdre ou tu peux en fait ĂȘtre violentĂ© et donc tu disais un peu ah mais est-ce que je peux espĂ©rer ça avec ma mĂšre, je rĂ©ponds oui.
tu peux confronter et en effet, possiblement, voir que la relation s'arrĂȘte Ă un endroit. Et moi, ce que je dis, c'est qu'au moins, tu le sauras. Et entre parenthĂšses, enfin, pas entre parenthĂšses, deux points, tu le sais dĂ©jĂ . Les gens qui ont dit de la merde, je le savais depuis le dĂ©but, je me mentais. Et de toute façon, notre relation Ă©tait dĂ©jĂ pourrie, puisque dans le non-dit, ils avaient bien dĂ©limitĂ©
le contour de leur crasse toi tu me disais est-ce que je peux espĂ©rer ça de ma mĂšre tu rĂ©ponds quoi Ă ta propre question je rĂ©ponds qu'il faut pas faut que j'arrĂȘte d'avoir des attentes particuliĂšres Ă la fois oui j'ai un mince espoir que ça se passe bien, qu'il y ait une remise en question de sa part parce que je la vois sur d'autres sujets qui le fait qui Ă©volue beaucoup donc je me ferme pas Ă cette porte lĂ
Mais mĂȘme si c'Ă©tait pas ça l'issue et qu'elle restait sur sa dĂ©fensive entre guillemets, mais qu'on arrive quand mĂȘme Ă une rĂ©solution oĂč moi je me dis c'est ok, j'ai pu m'exprimer, m'Ă©couter, on se comprend pas mais on sait, let's go, je vis ma vie.
Mais d'avoir essayĂ©, c'est ça le plus important. D'avoir mis les pieds dans le plat et de continuer aprĂšs. Le silence est violent, comme tu disais, et le conflit peut l'ĂȘtre tout autant. Tant qu'on arrive Ă une rĂ©solution, que ce soit une Ă©volution de sa part ou le statu quo, je passerai Ă autre chose aprĂšs. Mais il faut…
Je sais pas si j'ai le droit de conseiller. Je pense que je me trompe. Tu sais, les conseils, c'est toujours les pires parce que je pense que chacun est sur son chemin et que des gens qui pourraient appliquer mon propos pourraient se faire trĂšs mal et ça serait trĂšs con. Donc je pense que je suis bĂȘte en disant ça. T'as peur que je le suive, que je sois si… Ah non, je pense que les gens sont super intelligents et que personne va se dire « Guillaume a dit que… » Mais je me mĂ©fie des gens qui donnent des conseils, donc je me mĂ©fie de moi. Mais moi !
en fait le silence est tellement violent et en fait imagine du pu genre une bulle de pu et qui te détruit l'intérieur et moi j'ai l'impression que confronter c'est fendre cette bulle de pu donc déjà quand tu fends ça fait mal ça saigne et le pu du coup coule tout autour et brûle la peau autour mais le pu il est pu à l'intérieur la peau autour je peux la soigner
La plaie, elle reste, mais je peux la réparer. C'est ça mon chemin et mon ressenti. Mais en effet, le puits explose.
Et les choses changent. Mais moi, je prĂ©fĂšre une vie oĂč j'ai percĂ© le pu et ça arrĂȘte de me faire mal ainsi parce que je peux ĂȘtre beaucoup plus acteur d'une plaie qui n'a plus de pu. Je peux la soigner rĂ©guliĂšrement, lui faire des petits bisous. Du coup, je n'ai plus mal aussi puissamment Ă cet endroit-lĂ . Et enfin, je peux Ă©crire autre chose. Je ne suis plus focus sur cette espĂšce de silence de pu qui est trĂšs actif. Le pu touche tous mes organes.
Donc le silence, sa violence, elle a un impact gigantesque dans la moindre de mes relations. C'est impressionnant comment c'est comme un cancer. Ăa va partout, dans des endroits professionnels. Un truc qui n'a aucun rapport avec ĂȘtre gay slash la sexualitĂ©. Ce qui me fait peur, c'est que tu as fait plus d'annĂ©es de…
de psychanalyste que moi rien à foutre je te promets, rien à foutre tant que t'as pas réglé les sujets on est toujours coincé quoi
il faut trouver sa façon de couper le pu de couper la boule je sais pas si c'est un bouton de mon image c'est pas trÚs clair mais je serais trop triste si mon témoignage c'est le gars en fait c'est inatteignable ce qu'il a fait il a une compétence que j'ai pas j'ai zéro compétence si je publie les témoignages que j'ai enregistrés j'ai fait exactement ce qu'il fallait pas faire
J'ai pas bien parlé aux gens. Tu vois, j'ai pas du tout bien fait le délire. Ouais. Donc je devrais aller publier ces trucs. J'ai pas du tout, genre, c'était pas ultra intelligent. Au début, tu veux dire ? Ouais. Non, mais dans ma démarche, j'ai pas quelque chose que tu n'as pas. C'est un chemin, tu vois. Je n'ai pas quelque chose que tu n'as pas. D'accord, je comprends. Bon. Robin, il me faut reprendre le contrÎle de ce témoignage qui n'est plus du tout ton témoignage, mais mon partage. Est-ce que tu veux rebondir sur mon propos ou on passe à autre chose ?
il y a une autre bafouille sur mon propos que tu aimerais ajouter non au contraire c'est pas du tout il faut partager parce que c'est comme ça qu'on voit aussi qu'on n'est pas seul dans ce qu'on vit et non c'est cool ouais
de quoi on parlait non c'est ok tu arrĂȘtes l'escorting et je disais en fin d'Ă©pisode prĂ©cĂ©dent que j'ai utilisĂ© le terme rebondir et t'as dit ouais c'est un bien grand mot qu'est-ce qui s'est passĂ© aprĂšs 25 ans arrĂȘte l'escorting tu t'en sors