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T'es prêt ? Oui, je crois. Mais oui, ça va très bien se passer. En plus, tu m'accueilles chez toi, on est trop confort. Beau, je te lis ma petite intro. « Davy, merci de m'accueillir chez toi. » « Chez toi, c'est ici, à La Réunion. Je suis arrivé il y a deux jours et je suis émerveillé. Petit récap. Il y a quelques semaines, je lance un appel à mes auditorices. Si tu habites à un endroit où il fait soleil en décembre… »
Un endroit où il fait beau, il fait chaud et que tu peux m'émerger. Fais-moi signe. Et c'est comme ça qu'un couple d'auditeurs m'invite chez eux, ici à La Réunion. Et j'y suis pour cinq semaines. Ils sont super sympas et je me sens franchement tellement bien accueilli. Je vais en profiter pour enregistrer des témoignages de réunionnais gays ou queers. D'ailleurs, n'hésite pas, si c'est ton cas, à me contacter.
Pour les nuls en géographie comme moi, pour localiser la Réunion, tu ouvres une carte, tu regardes en bas à droite de l'Afrique, tu trouves une île immense, c'est Madagascar. Et hop, la Réunion, c'est un petit point un peu plus à droite de Madagascar, au milieu de l'océan Indien.
Et je me découvre, Davy, une passion volcan. L'île de la Réunion est une île volcanique. Il faut imaginer, il y a 3 millions d'années, je ne sais pas si tu le sais, il y a 3 millions d'années, un volcan en éruption sous l'eau et pouf, au bout d'un moment, ça fait une île. Alors, je ne suis pas journaliste scientifique.
Et j'imagine déjà mes auditoristes, géologues et autres experts de la tectonique des plaques en PLS et en souffrance. Mais je continue. Je me suis émerveillé en découvrant qu'au regard de l'histoire de la Terre, vieille de 4,5 milliards d'années, l'île de la Réunion est une petite jeunette. Parce qu'avoir 3 millions d'années, c'est genre un nourrisson.
Bon, dernier fun fact, l'île est la seule au monde à être composée de deux volcans, dont un encore actif, le fameux Python de la Fournaise. Peut-être j'irai marcher dessus. Apparemment c'est une obligation touristique. Courage. Bon courage. Et justement, comme on est sur une île, Davy, toi t'as hésité à témoigner. Sur une île, un peu comme une petite ville ou un village à la campagne, tout le monde se connaît, ou presque, et tout se sait très vite. Alors témoigner de son intime est une vraie prise de risque.
Mais tu m'as dit d'être décidé à témoigner pour dire au petit Davy « Regarde le chemin parcouru, on y est arrivé ». Ce petit Davy grandit dans une famille super catho, un père qui veut que tu sois un homme, un vrai. Être gay est un impensé ou alors un échec et une maladie. Ton adolescence se passe dans le harcèlement, des menaces au sabre. Jusqu'à ce mardi, tu as 20 ans et tu décides de partir. Tu prends ton billet d'avion pour Paris.
pour un départ jeudi, deux jours plus tard. Tu vas nous raconter ces douze ans en France hexagonale pour te reconstruire ou te construire tout court, te réparer, et puis ton courage de revenir sur ton île pour vivre gai. Tu as récemment décidé de revenir chez toi à La Réunion, ici. Tu confrontes alors l'homophobie dans ta famille, ce père à qui tu dis « si tu m'aimes, tant mieux, sinon tant pis »,
Mais moi, c'est fini, je ne me cacherai plus, je n'accepte plus qu'on rabaisse ma valeur. Et alors là, tu décroches un graal dont on a tous besoin, je crois en tout cas, des excuses. Ton père te demande pardon et c'est alors qu'un nouveau lien est possible, une nouvelle vie ici, avec tes racines, avec ton île. Je suis super ému. Moi aussi. Ton émotion, elle racontait quoi ?
Le passage, peut-être le passage avec mon père qui était un peu plus émouvant. C'est quoi le rapport que tu as jusqu'à 20 ans avec ton père ? Catastrophique. Bonjour, ça va ? Oui, ça va. Et toi ? Tu grandis dans quel coin de l'île ?
dans l'Est. Et c'était ça le rapport. Ça se finit en quatre phrases. « Bonjour, ça va ? Ça va et toi ? » Ou sinon, je dis à des reproches ou… On va commencer depuis le collège, c'est plus simple. J'ai grandi dans une famille, comme je te disais, pas aisée, mais qui avait l'opportunité de voyager souvent.
Du coup, je dirais que j'étais un peu plus ouvert que la moyenne. J'irais vestimentaire, même dans ma façon d'être. Du coup, ça dérangeait mon père et les autres. Tu peux me décrire cette façon d'être différente ?
J'avais une voix un peu aiguë, ou sinon c'était vraiment mon style vestimentaire qui dérangeait les gens. J'étais en avance, je dirais en avance sur eux. Non, je ne me prends pas pour Calagrafel, mais comme je voyageais à Paris, j'avais accès peut-être à des choses que les gens ici n'avaient pas accès, à la mode et tout ça. Du coup, et moi j'ai toujours aimé ça. Du coup, je ramenais les trouvailles que j'avais trouvées en France, quoi.
En termes de vêtements. C'est ça. Et c'était rien d'extravagant pourtant. C'est juste que j'étais peut-être un petit peu plus avancé. J'avais des baguilles. À l'époque, ce n'était pas la mode des baguilles. Après, j'ai commencé à mettre des slims, mais ce n'était pas la mode non plus ici. Du coup, je me faisais enseuler, un peu maltraité.
Enfin non, maltraitée, ouais, plutôt. J'étais une victime, quoi, en fait. Tous les jours, il y avait des gens qui voulaient se battre avec moi, mais pour différentes raisons. Et des raisons qui n'en valaient pas la peine, quoi. Donc c'est dans la cour de récré ou au sortir du collège, du lycée, on t'attend, on te menace, on te frappe ? Une fille m'a frappé un jour, ouais.
Mais c'était ça, sinon c'était des insultes. C'était comme ça. Arriver au collège, c'était un enfer. C'était vraiment un enfer. Le harcèlement n'était pas hyper populaire à cette époque-là. Les encadrants s'en fichaient un petit peu. Enfin, non, c'est pas qu'ils s'en fichaient un petit peu, ils s'en fichaient.
Du coup, je me retrouvais un peu face à moi-même. J'avais des amis, mais qui ne pouvaient rien faire non plus. Tu peux me raconter l'histoire du sabre ou de la machette ? Je ne sais plus quel terme tu as utilisé. C'était un sabre. C'était un mec qui était venu. Il m'a dit « j'aime pas ta tête ».
Un mec de l'école ? Ouais, un mec de l'école. Et je lui ai dit, moi non plus. Il m'a dit, de toute façon, ce sera réglé. Il lève son pantalon et là, il a un sabre dans son pantalon. Et il me dit, je t'attends à la sortie de l'école. Je vais voir l'infirmière. À quel âge ? J'étais en troisième. Je vais voir l'infirmière, je lui ai dit, il a un sabre. Elle me dit, mais non, c'est pour rigoler. Je lui ai dit, c'est pas pour rigoler, je l'ai vu. Enfin, je veux dire, j'ai vu, c'est tout grouillé. Je vais avoir le tétanos en plus.
Du coup je saute le portail juste derrière elle et je cours jusqu'à chez moi et je m'arrête plus et ça s'est arrêté parce que mon voisin à l'époque a fait de la prison et il est venu le lendemain me défendre avec ce gars là.
Et du coup, il lui a dit, si tu le tapes, moi, je rentrerai en prison une deuxième fois pour toi. Et du coup, là, il a arrêté de m'embêter. Mais si je n'avais pas parlé à mon voisin, je ne sais pas où est-ce qu'on serait aujourd'hui. Ton voisin, c'était ton ami ? Raconte-moi cet allié un peu surprise.
En fait, c'était un jeune homme qui, ses parents l'ont abandonné, et ma mère prenait soin de lui, et mon père, et du coup, il lui offrait à manger et tout, il venait manger avec nous, il a grandi avec nous. C'était ton frère, quoi ? Ton grand frère ? Oui, c'était, voyons, c'est pas mon grand frère, mais en tout cas, c'était quelqu'un qui était proche.
Et je le vois toujours d'ailleurs. Je le vois, je le croise de temps en temps. Mais c'est que mes parents m'ont aidé. Du coup, je pense qu'ils se sentaient aussi un peu redevables de m'aider ou de trucs. T'avais dit pourquoi t'étais harcelé, intimidé ou tu lui avais juste dit j'ai un souci ? J'ai juste dit que j'avais un souci. C'était pas un allié gay friendly ? Non, c'était juste t'as une emmerde, je vais t'aider. Ok.
Après, je pense qu'il s'en fichait. Je pense que le fait que… Je pense que ma mère et mon père lui ont permis des choses qu'il n'aurait pas pu. Parce qu'il était vraiment abandonné. Il était dans une vieille maison en tol et tout. Et mes parents l'ont vraiment pris sous leur aile. Et du coup, je pense que…
Il ne m'aurait pas jugé, il n'aurait pas, je pense, un truc. Il est gentil. C'est juste quelqu'un qui a été un peu malmené par la vie, mais c'est intéressant. C'est intéressant ce que tu dis. Tu décris la générosité de tes parents. Et dans notre pré-entretien, tu m'as souvent parlé de tes parents très… Pourquoi tu souris ?
Oui, je vois où tu veux en venir. Tes parents très catho, pour qui la valeur de charité, je crois pas dire de bêtises, j'ai été aussi éduqué dans le catholicisme, mais arrête-moi si je dis de la merde. Donc voilà, une générosité et un peu le pardon face au péché, tu veux en dire un peu plus ?
C'est hyper complexe, je trouve. La foi, en général, est hyper complexe. Et je pense qu'ils sont un peu animés par cette foi qui aussi t'oblige à pardonner tout et n'importe quoi. Du coup…
Ils pardonnent des choses que moi, je n'aurais peut-être pas pardonné. Enfin, ce n'est pas que je n'aurais pas pardonné, mais il y a des choses, je trouve, qui sont des fois pas tolérables, mais qui tolèrent au nom de la foi. Du coup, c'est difficile d'un regard extérieur. Et à double tranchant, l'homosexualité, ce n'est pas quelque chose qui fait partie de la foi.
parce que tu vois là avant d'enregistrer tu m'as dit dans l'intro que t'as écrite j'avais une phrase où je disais que dans ta famille il y avait une homophobie décomplexée et tu m'as dit bah non c'est pas le cas donc j'ai retiré et pour autant je te fais raconter et en fait du coup tu vas décrire t'es d'accord une certaine forme d'homophobie et pour autant c'est pas juste de dire qu'ils étaient homophobes tu peux m'en dire plus ?
Parce que déjà, premièrement, je ne sais pas si ma mère tombera là-dessus. Et deuxièmement… Si elle tombe dessus ? Après, parce que ma mère et mon père sont différents. C'est deux êtres hyper différents. Ma mère ne fait que d'amour. Du coup, il n'y a pas une once d'homophobie ni rien. Mon père, en l'occurrence, a des actes un peu homophobes.
mais je pense que cette homophobie et surtout l'ignorance en fait du coup mais difficile de faire la différence entre un ignorant et un homophobe du coup et très difficile en fait de l'enfant en nous si je me permets moi de donner mon opinion je trouve ça tellement difficile de reconnaître l'homophobie chez mes parents parce qu'il y a une part de moi enfant qui veut pas voir qui est là non non vous pouvez pas m'abandonner à ce point là
On n'a pas besoin. Il y a des moments où j'ai évoqué l'homophobie de mon père chez le psy, par exemple. Je me suis déjà posé la question, est-ce que…
J'aime à croire que ça ne l'est pas. Du coup, toi tu grandis comme ça, tu dis harcèlement en lien avec ton accoutrement et aussi tu étais trop efféminé. Donc il y avait déjà du harcèlement homophobe ou pas du tout ? Si, on me traitait de pédé, de tout ça, alors que je ne m'étais pas encore posé la question. Mon destin était déjà scellé finalement.
Oui, toi, tu n'avais pas d'attirance particulière ? Il y avait du vivant sexuel en toi ? Non, pas du tout. Ah ouais, donc tu nais dans l'insulte. Ça me fait penser au sociologue Didier Ribon. Je n'ai pas lu le bouquin.
Mais c'est de plus en plus théorisé qu'en fait, il y a un enjeu clé, c'est que nous, les gays, nous, les queers, partout dans le monde, on est souvent d'abord enfermés dans une insulte qui nous fait découvrir ce que l'on est peut-être, mais pas forcément. Exactement. Que tu as pu, justement, avec cette maman plein d'amour, tu as pu dire ce qui se passait. Qu'est-ce que tes parents ou qu'est-ce que tes deux parents ont fait ?
De quoi ? De cet harcèlement ? Ouais. J'en ai jamais parlé. Ok. À personne, d'ailleurs. Pas avant très longtemps, je dirais. Et même… Après, je suis un peu long à détendre, je crois, mais je n'ai pas compris tout de suite que c'était du harcèlement. Je pensais que ça faisait partie un peu de ma bataille, quoi.
Après, je me suis dit que comme je suis homo, du coup, je suis différent. Ça fait partie de mon chemin de vie, de me faire insulter un peu, tout ça. Tu t'es fait une raison et tu te disais c'est quelque chose que je dois vivre en silence. Pourquoi ? Est-ce que dans ta famille, il y a un peu ce système-là ? Tu vois les autres souffrir en silence, tu reproduis ? Est-ce que tu es allé demander de l'aide à cet ami familial ?
Ah, mais j'avais plus le choix. Là, c'était une question de vie ou de mort. Je veux dire, j'avais pas trop le choix de me demander de l'aide. Après, mon père est comme… Tu peux l'imaginer, pas très bavard. Du coup, il parle pas de ses sentiments. Ma mère, un peu plus, mais… Et dans ma famille, ils sont très dans le concept… Avant ce… Enfin, je veux dire…
D'aller toujours mieux. Ça va aller, on continue, on continue, on continue. Moi, je suis plus dans le fait de vivre mes émotions. Mais ce n'était pas vraiment une safe place à l'époque, ma famille. Du coup, je ne me voyais pas non plus pour discuter avec eux.
C'était vraiment, comme je t'avais dit avant, le collège c'était l'enfer, la maison c'était pas l'enfer, mais c'était pas du tout un milieu favorable à mon épanouissement. Après je suis convaincu qu'ils ont fait leur maximum, mais comme je dis toujours, je pense que leur mieux n'est pas mon mieux.
Du coup, je pense que j'aurais espéré mieux. Mais eux, je suis sûr qu'ils ont fait de leur mieux avec les outils qu'ils avaient. Parce que je remonte à mon père, à son enfance. J'imagine qu'avec l'enfance qu'il a eue, rien ne m'étonne à ce qu'il soit arrivé comme ça. Tes deux parents ont vécu à La Réunion ? Non, ma mère est métropolitaine.
Même, il y avait un hexagone. Tu t'es interrompu. C'est parce qu'on en a parlé tout à l'heure. En fait, j'ai des gens qui me disent que métropole, dans le sens littéral du terme, ça veut dire douer le pouvoir. Et donc, il y a des gens qui commencent à ne pas utiliser le terme métropole dans l'idée que le pouvoir de la France métropolitaine, il y a des relents quand même de domination et tout, et qui parlent de France hexagonale.
moi du coup je m'y mets aussi mais attends moi j'y connais rien moi non plus mais je me dis moi j'essaye de comprendre justement les mots qui sont ok d'utiliser ou pas et le sens en fait de ces mots donc ta maman est de France hexagonale de quelle région à la louche ? Parisienne et ton papa ?
De l'Est. De La Réunion. De La Réunion. Ok. À quel moment, tu dis au début, moi, on m'affublait d'insultes et je ne savais pas qui j'étais. Et puis, à un moment donné, tu te découvres gay, c'est ça ? Tu t'identifies gay ? Jusqu'à ton départ de La Réunion, est-ce qu'il y a une vie sexuelle en toi ? Tu te masturbes ou tu as des fantasmes ? Oui, oui. Ok. Je me masturbais avec le…
Il y a un truc qui s'appelle Télémag. Et il y avait des petites affiches de mecs appelés au 3609, etc. Soit ça ou soit la redoute. J'adore. Donc la pub Télémag, c'est pour une hotline entre hommes. Faites des rencontres sur l'île. Trop cool, j'avoue. Et ça, t'aimais bien. Donc on est dans de l'homme sans poils et très musclé, non ? Dans les années 80, t'as quel âge aujourd'hui ? J'ai 34. Ok.
Et sinon, je me masturbais sur les nouveaux caleçons de la Redoute. Bien sûr. J'étais fan. Bien sûr. Donc, ta maman recevait le catalogue régulièrement, bien entendu. Je me demande d'ailleurs. Elle ne se posait pas la question pourquoi le catalogue était aux toilettes, mais je n'ai jamais parlé de ça. Tu te masturbais aux toilettes ? Oui. C'est marrant, moi, dans ma chambre. Ah oui ? Je n'aurais pas aimé aux toilettes. Non, je dormais avec mon frère.
ah bah bien sûr tu partageais ta chambre bah bien sûr j'avais la chance d'avoir une chambre seule bah moi c'est tout est-ce qu'il y a deux choses que t'as envie de dire sur ce chemin jusqu'à 20 ans et avant le déclic de partir en fait il y a un gros sujet et je sais pas si t'as envie d'en parler ou pas et j'ai l'impression que tu vois de quoi je parle ou pas si on peut en parler on y va ou pas ?
t'es trop chou t'es pas obligé si si si par rapport à ce que je disais que ma maison c'était pas une safe place parce que du coup c'est là où j'avais des attouchements c'est ce que tu voulais dire par un tierce
Et du coup, c'était censé être ma safe place. C'était à cet endroit-là où j'avais des attouchements qui étaient emmenés par mes propres parents, sauf qu'ils ne le savaient pas. Mais je veux dire, c'est comme si on faisait rentrer un peu le diable chez soi. Et ensuite, je l'ai dit à mes parents. Je l'ai écrit, non, je ne l'ai pas dit. J'ai écrit une lettre.
En partant en Allemagne, il me semble. En voyage. En Allemagne, ils sont tombés dessus. Et après, c'est comme ça qu'ils ont su. Attends, t'as écrit une lettre. Sur l'ordinateur commun. On est à La Réunion. Avant de partir à 20 ans, t'écris une lettre ?
Et ils sont tombés dessus ? Oui, au lycée. J'ai écrit une lettre jusqu'au lycée. Tu ne l'envoies pas ou tu ne l'imprimes pas pour leur partager ? Je n'en sais rien. Je ne sais plus si je l'ai laissé soit sur le bureau, soit truc. Mais en tout cas, c'était fait ouvertement pour qu'ils la lisent. Je ne sais plus à quel… Est-ce que je l'ai laissé sur le bureau de l'ordinateur ? C'est un ordinateur commun de famille. Du coup, est-ce que je l'ai laissé là ? Ou sinon, j'ai dit d'aller le voir. En tout cas, ils ont vu ?
J'étais en Allemagne et je me rappelle et ma mère m'avait appelé et j'écoutais Fasca de Tracy Sharpen. Je me rappelle encore la chanson. Ma vie est un peu reliée aux chansons. Du coup, j'écoutais cette chanson en boucle. Je faisais dans des vignes à Nuremberg, il me semble. Et voilà, mes parents ont su. Qu'est-ce que te dit ta maman au téléphone ? Rien de très rassurant.
ou peut-être rien elle te dit qu'elle te croit pas si si elle me croit mais ça s'arrête là ça s'arrête là pas de règlement de compte pas de on va aller en justice pas de je vais te protéger rien du tout on est catholique on pardonne et on avance
Et ça c'est quelque chose dont tu as pu reparler plus tard avec eux ? En recommençant chez la psy, c'est ce que je leur ai dit, que c'était hyper dur pour moi. C'était hyper dur, c'est…
En fait, les parents sont censés t'aimer inconditionnellement. Moi, quelqu'un fait ça à mon enfant, c'est la fin du monde. Je ne sais pas dans quel état je serai, qu'est-ce que je pourrais faire.
Et là, c'était rien tout ça. C'est-à-dire, ton estime de soi, elle dégringole. C'est-à-dire que ces gens-là, est-ce qu'ils t'aiment vraiment ? Est-ce qu'ils te soutiennent ? Est-ce que… Je pose plein de questions qui se rajoutent au fait d'avoir été abusé sexuellement. Moi, j'étais petit, j'avais 8 ans, il me semble. Ça a duré combien de temps ?
un an ou deux mais comme je te le disais c'était pas rien n'était fait dans la violence c'était fait sous forme de jeu des fois sous forme de il me donnait 10 francs c'est rien 10 francs je veux dire il me donnait 10 francs et des trucs comme ça du coup c'est plus tard il me semble si je dis pas de bêtises en regardant X-Files que j'ai compris
qu'il s'était passé ça. Mais avant ça, je crois que mon cerveau avait un peu zappé, oublié, tout ça. Il se passait quoi dans X-Files ? On parle de la série télé. Il se passait une scène où elle se faisait abuser, etc. Et c'est là que je comprends que finalement, à 8 ans, on ne fait pas ça, etc. Ok.
Et là, c'est tout un bouleversement. Je me demandais, est-ce que j'étais gay à cause de ça ? Est-ce que c'est ça qui fait que je suis gay ? Est-ce que c'est ça ? Est-ce que c'est normal ? J'ai écrit une lettre à ce tiers. Il venait en vacances à La Réunion. Et je lui ai écrit, j'espère que tu vas cracher dans l'avion et que tu vas mourir.
Toute la haine que j'avais en moi, etc. Sachant que ça tombe dans la période du collège, que je me rends compte plus d'harcèlement, etc. Je rentrais chez moi, j'étais en totale dépression. J'écoutais que des chansons tristes. D'ailleurs, j'écoutais beaucoup la Matt Houston, où une chanson, il parlait de viol dedans. Et c'était cette chanson qui repassait en boucle. Oui, parce que je suis un peu sadomaso. J'essaie de…
La chanson va avec l'émotion du moment. Du coup, c'est jamais vraiment des musiques très joyeuses. Sadomaso, où c'est une super digestion d'émotions, je trouve, de se remettre dans l'état pour petit à petit tenter de digérer, de comprendre, d'appréhender, donc revivre l'émotion, pleurer et repleurer. Je trouve que ça peut aussi… Je suis pas psy, mais ça te vide pas parfois ? Ça te rend pas la vie ?
Mais à cause de ça, je ne suis pas psy non plus. Mais dis ton avis, tu as le droit, ton opinion. Je trouve que le fait d'avoir des parents qui ont minimisé mes émotions, etc. Du coup, je gère super mal les émotions maintenant. J'essaye maintenant en grandissant de contrôler mes émotions, etc. Mais…
À un moment donné, période du lycée, j'étais tellement un être blessé que quand blessé, je répondais 100 fois. Je disais des atrocités qui ne se disent même pas. Maintenant, ça va un peu mieux maintenant, mais maintenant, je reste muet. Je…
J'ai du mal à dire, par exemple avec mon copain, si j'ai un trou plein d'émotions et qu'il rajoute quelque chose dessus, je n'y arrive plus. Il me faut du temps. Alors du coup, maintenant, ça passe plus vite qu'avant. Mais ça me coûte d'ouvrir la bouche et de dire « là, ça ne va pas ».
Et du coup, des fois, ça crée des disputes. On ne se dispute pas souvent, mais les seules fois, c'était alors que ça aurait pu se régler super facilement. Mais en fait, le trop plein d'émotions et qu'on m'a toujours appris à garder mes émotions, à un peu aller renier, que ça allait mieux. Parce que je pense que ma mère fait ça aussi. Je pense que c'est son fonctionnement. Elle est renie pour aller mieux. Du coup, maintenant, la gestion des émotions, c'est hyper complexe.
Ouais, et c'est un réapprentissage, c'est peut-être une mise à jour du logiciel interne. Justement, tu disais, ma mère est comme ça et qu'est-ce que je reproduis ou qu'est-ce que j'ai envie de faire différemment ? Est-ce que justement, tu t'es posé la question, parfois j'ai lu qu'on dit que les violences sexuelles, elles se passent d'une génération à l'autre. Et est-ce qu'on peut se demander si la réaction de ta mère n'est pas celle d'une victime, de quelqu'un qui a été aussi abusé et qui du coup est apathique ?
Non, non, je pense pas. Je pense que la réaction de ma mère, c'est surtout qu'elle était perdue. Elle savait pas comment réagir, elle savait pas quoi faire. Et comme elle a fait, comme elle le fait, en fait, elle a oublié pour aller de l'avant. Je crois que… Elle a oublié quoi ? Tu penses qu'elle le savait ? De quoi ? Et qu'est-ce qu'elle a oublié ?
j'ai été abusé par exemple je pense que pour elle c'était plus facile de dire que je pardonne que j'avance que de faire face à parce que cette personne c'est elle qui l'a invité elle l'a pas vu ça fait beaucoup de choses aussi pour encaisser pour une maman du coup je pense que c'était plus facile à ce moment là pour elle de passer outre il t'a répondu à ta lettre je sais pas comment tu veux le nommer agresseur tu veux le nommer imbécile
il t'a répondu cet imbécile ? c'est léger imbécile non ? comme tu veux c'est toi qui décide de toute façon je… il a répondu à ta lettre ? il a dit quoi ? il s'est excusé et il m'a raconté sa vie que ça venait aussi d'une agression passée qui retransmettait comme si c'était un cadeau il a écrit ses termes
Il a dit que s'il reproduisait ce qu'il avait vécu et qu'il n'avait pas spécialement réfléchi, on n'en a jamais vraiment reparlé à part des insultes. Cette personne-là, on se côtoie toujours. Je suis amené à la revoir pour diverses réunions ou autres. On se voit toujours. Il fait encore partie du système familial ?
C'est lui qui a prononcé le terme de cadeau ? Non. C'est moi qui dis ça comme ça, mais c'est pas lui. Je le vois toujours, et vu… Je sais pas, j'ai vraiment aucune haine contre lui. Je crois que je suis passé à autre chose, la haine, j'ai fait toutes les émotions. Mais non, je crois que…
Comment tu comprends pourquoi le système familial n'a pas réussi à l'éjecter ?
Déjà, je n'en sais rien. Je n'en sais rien. Vraiment, c'est quelque chose que je me suis toujours posé la question. Comment ça se fait qu'il était toujours là ?
On fait ça à mon enfant, mais c'est mort. On ne se voit plus. Mais je crois que tout ça, c'est sous le régime un peu catholique. Je crois que c'est ça. Le péché qu'on pardonne, on passe à autre chose. Exactement. Tu veux nous amener au moment… J'ai une hésitation pour voir si tu as envie de dire d'autres trucs. Il n'y a pas de…
Il y a autre chose qui te vient ou sinon, moi, je trouvais ça intéressant que tu racontes le déclic du départ. Est-ce que c'est lié à ce qu'on vient de se dire là ou pas du tout ? Non, le déclic du départ, j'en avais ras-le-bol. Ras-le-bol de vivre ici, de vivre caché. Il faut savoir qu'avec mon petit ami, on allait quand même dans des hôtels de passe.
pour se voir des fois je repasse devant cet hôtel et je me dis mais mon dieu qu'est-ce que j'ai fait là c'est un miracle que je sois pas ressorti avec le Tétanos ou autre parce que cet hôtel fait vraiment peur on allait au cinéma voir des films un peu d'auteur pour se faire des bisous des films d'auteur parce qu'il y a personne ah ah ah
Du coup, on faisait ça, on se cachait, on se donnait des noms. Je me rappelle, mon premier petit copain, à l'époque, je l'appelais Isabelle. Sur le téléphone ? Partout. Même en prononçant, etc. J'avais une double vie, comme une double vie, quoi. Ok, donc tu as 19 ans, à ce moment-là ? Mon premier copain ?
Non, j'ai 17-18, au lycée. Ok, et donc au lycée, tandis que t'es pas mal insulté, harcelé ? Au collège, au lycée, non. Au lycée, non ? Ok, t'arrêtes. Ah oui, je me souviens, je crois que t'as changé de lycée et t'es devenu la star.
Ouais un petit peu. Mais c'est vachement intéressant parce que ça fait trois ans que j'interview des gens et en fait t'es vraiment pas le premier à me dire ça. On est ultra nombreux et moi je dirais que c'est la même chose qui m'est arrivé à en chier au collège et à endosser une armure et à activer un pouvoir magique façon Sailor Moon.
et advenir des stars, c'est-à-dire des êtres surhumains en capacité de s'adapter à choper l'humour du moment ou à choper soit les failles des gens, soit ce qu'il faut dire, comment il faut le dire, bien et clac, on devient la star. T'es d'accord avec moi ? Je suis tout à fait d'accord avec toi et j'ai même développé un pouvoir, c'est d'attaquer les autres avant qu'ils m'attaquent. C'est-à-dire que je savais qu'à un moment donné, ça allait switcher et je pouvais attaquer les autres avant qu'ils m'attaquent, quoi.
T'es d'accord que ce pouvoir magique mal utilisé ou en abus ça devient un poison ? Tout à fait d'accord On en dirait plus apparemment Si si Si t'attaques sans cesse les gens de peur qui t'attaquent d'abord en fait on s'ouvre plus non ? Oui non mais c'est comme une armure qu'on se protège et si on s'enferme là dedans ça peut devenir un peu dangereux et j'avoue que
D'où la mauvaise gestion de mes émotions et cette ramure-là. Des fois, je m'excuse auprès des gens que j'ai pu blesser, mais j'ai pu être peste. Vraiment, j'ai pu être une vraie conne. Pourquoi tu féminises l'insulte ? Un vrai con ? Un vrai con, oui, c'est vrai. C'est pour mon côté féminin. T'es taquine. Non, j'ai vraiment été con. Il y a des fois où j'y repense avec le temps. Vraiment, j'ai été horrible.
mais je crois que je souffrais à l'intérieur alors du coup c'était plus facile de m'attaquer aux autres que les autres s'attaquent à moi j'en avais marre je pense de me faire attaquer mais maintenant j'ai changé je suis devenu gentil
et je trouve que c'est la puissance de verbaliser de mettre des mots sur nos chemins c'est que du coup on peut voir la puissance du pouvoir magique on peut voir ses limites après je crois mettre à jour notre logiciel interne moi j'aime assez bien je suis un peu geek moi j'adore faire des mises à jour de logiciel interne pas toi
Ah là là, je vais régulièrement voir si mon iPhone n'a pas une mise à jour. C'est vrai ? Mais ouais, en fait, vraiment inintéressant, micro parenthèse, hors sujet. Ma maman a travaillé chez Apple. Et après, mon frère. Et donc, j'ai toujours été un petit geek. On n'avait pas la télé à la maison, mais on avait des ordis. Enfin, un ordi.
Fin de la parenthèse, mise à jour de logiciel. Moi, ça me parle bien. Je déteste les mises à jour. J'ai l'impression d'avoir un nouveau téléphone, des nouvelles options, des nouveaux fonds d'écran. Ma vie est révolutionnée. Je ne sais même pas utiliser le téléphone que j'ai actuellement. Je connais un peu le car du truc. À part TikTok, Instagram, c'est tout ça. Ça t'emmerde. Ce n'est pas comme ça que tu as découvert le podcast ?
C'est quoi ? Sur Instagram, oui. Ouais, c'est ça. Bon. On est au lycée. On est devenu une star. Et on a même un copain. Carrément. Un copain du lycée. Oui, il était beau. Il est beau, il est pas mort. Il est beau, ouais. Et genre, t'arrives… C'est un lycée où il y a… Enfin, genre, tu peux le draguer devant tout le monde ? Non, non, non. J'étais toujours caché. Isabelle. Mais oui, Isabelle. Isabelle, excuse-moi. Mais comment tu comprends que lui aussi, il est gay s'il faut se cacher de ouf ? Skyblog. Non, mais j'ai encore…
J'ai encore, je te montrais tout à l'heure off, mais j'ai encore les photos que je mets, elles sont horribles, on va pas juger, mais j'ai encore ces commentaires dessous et des fois je relis pour rigoler. Attends, je sais pas ce que c'est Skyblog, c'était quoi ? C'est un blog photo. Ok, donc t'avais ton propre blog où tu mettais genre des photos de présence, c'était un profil de rencontre ?
Non, c'était un truc pour… C'est comme un blog actuel, sauf que c'était des photos et on pouvait mettre des textes à côté, des trucs comme ça. Et moi, j'avais fait mon truc un peu narcissique avec plein de photos de moi. Il n'y avait que ça. Et il y en a d'autres qui faisaient de la pâtisserie, tout ça. C'était un peu l'ancêtre d'Instagram. Et donc, c'est lui qui te trouve ton Skyblog ?
Je ne le connaissais plus du tout. C'est d'être moi qui le draguais. C'est d'être moi où j'ai dû… Lui, il y en avait un, Skyblog ? Oui. Je me rappelle, il y avait une photo de lui, torse de nuit, devant une moto. Waouh ! Vroom, vroom ! Et ce n'était même pas sa moto. Mais à l'époque, je crois que je lui avais envoyé un j'aime. Je ne sais plus comment ça se passait. Mais fil en aiguille, on en parlait et voilà.
On était vraiment heureux. C'était mon premier petit copain. Et dessous, il écrivait des commentaires, mais pas de son skyblog à lui, d'un skyblog inconnu, en passant pour ma petite copine. Isabelle. Ouais. Mais il dit pas Isabelle, mais dessus, c'était que tu pouvais mettre genre ta chérie ou un truc comme ça. Et après, il disait, oui, prouve-moi que tu m'aimes et tout. Non, mais…
Mais c'est plutôt des souvenirs joyeux, non ? Oui, j'en rigole. Il était sympa ? Il faut de l'orthographe, je t'en parle même plus. Il était sympa ? Moitié sympa, moitié con. Mais con comme un adolescent qui se découvre ou toxique, méchant ? Comme un adolescent qui se découvre.
Ok. À cette époque-là, tu te souviens le sexe que tu faisais ? Oui. Je ne sais pas si les auditeuristes entendront, mais on a de la petite musique en fond. Tu as un voisin qui fait du accordéon ?
Il y a un club pour les personnes âgées. C'est tellement cute. Donc là, si je penche ma tête au balcon, je vais voir des petits vieux danser ? Il me semble que oui. Mais on est fan, non ? On ne va pas en parler plus. Je vois ça tout le temps, j'en ai marre de ces petits vieux. Je les aime bien, mais des fois, c'est chiant. Tu n'aimerais pas être un petit vieux qui va danser sur un accordéon ? Je n'en sais rien, je crois que ça me fait peur.
Je crois que j'ai pu adhérer à tout seul. Tu penses que c'est possible ? Adhérer à tout seul ? Ouais.
Oui, ça me fait peur. Moi, là, je viens de faire un bon… Oh non, il y a une transition dans ma vie exceptionnelle. J'ai 38 ans et j'ai passé tellement toute ma vie dans le rêve hétéronormé. Ma vie commencera quand j'aurai trouvé le prince charmant. Et vraiment, le noyau de base essentiel, c'est le couple. C'est un duo, c'est vraiment obligé.
Sans ça, t'es pas vraiment quelque chose. Et du coup, toutes tes tristesses et tes difficultés, c'est parce que t'es pas en couple. Faut trouver. Et là, ça y est, je suis célibataire. Et c'est la première fois que je suis tellement heureux. Mon cœur est ouvert, peut-être que je tomberai amoureux, mais peut-être pas. Et clairement, je n'attends plus d'être en couple.
Pour y aller, pour vivre la vie que je veux, la dessiner et tout. Putain, j'ai mis mille ans à détricoter. Ma mère m'a toujours dit qu'être célibataire, c'était un échec. On avait un membre de la famille qui était célibataire et elle avait un vocabulaire de peur. Elle disait, ça me rend triste, c'est inquiétant. Alors que la personne en question, je n'ai jamais su si c'était un choix ou pas. Il n'est pas homosexuel. La personne n'est pas homosexuelle. Ça, pour le coup, j'ai vérifié.
Là, pour le coup, je suis un peu en vacances et je me laisse divaguer, mais il faut quand même que je garde mon fil. Je me souviens, on est au lycée, on est la coqueluche de lycée, on a un copain, sexe, sodomie, fellation, c'est-à-dire une sexualité comme dans les films, t'es pénétré, pénétrant. Je crois les deux. T'es à l'aise, quoi. T'as 17 ans et t'es bien, non ? Pas spécialement à l'aise, non. Tu te forces ?
Non, je ne me force pas, mais ce n'est pas un truc où j'ai épanoui un sentiment d'amour et de haine, comme avec le sport. Comme avec le sport ? Que tu pratiques à cette époque-là ? Non, que je pratique maintenant, mais j'ai le même sentiment avec le sport. Je suis hyper content quand j'ai fini, mais pour y aller, c'est compliqué.
et là c'est pareil j'aimais ça mais j'ai toujours aimé ça mais du coup il y a
il y a un peu ce je sais pas comment expliquer mais c'est un sentiment hyper compliqué parce qu'il y a un côté un peu du coup j'ai été souillé du coup je peux aller faire la grosse salope et il y a un côté où je me dis est-ce que je devrais pas me préserver et ça a toujours été un truc qui se disputait en moi qu'est-ce qui t'a souillé dans ton imaginaire ? la relation enfin la relation
L'agression sexuelle quand j'étais petit. Du coup, c'est vraiment, c'était un dilemme pendant très longtemps. Maintenant, j'ai décidé d'assumer ce côté salope, mais sinon, avant, c'était vraiment un dilemme. J'étais un peu gêné, j'étais un peu même tiraillé des messas.
Du coup, je n'allais pas, mais je ne me laissais pas aller. Est-ce que tu te souviens, dans le choc et le trauma des abus sexuels, est-ce que tu te souviens que la question du plaisir se logeait aussi ? C'est-à-dire, comme c'était des jeux, est-ce qu'une part de toi se sent responsable, comme c'était un jeu et que tu étais content d'avoir 10 francs
Ouais c'était ça il y avait un côté plaisir et un côté où tu te sens sale quoi et vraiment c'était le même dilemme qui se continuait et qui continuait parce que à l'instant T du fait c'était pas désagréable et c'est ça en plus qui est encore plus traumatisant c'est que
Limite, j'aurais préféré que ça se passe un peu dans la haine. Ça va être bizarre qu'on dise ça, mais que ce soit peut-être plus agressif pour que finalement mon cerveau puisse accepter. Là, comme il y avait une part de plaisir, c'est super dur aussi de se l'avouer à soi-même en disant que ce n'était pas normal à 8 ans. Ce n'est pas quelque chose…
que j'étais censé faire. Ce n'était pas dans l'ordre des choses. Mais ce plaisir de l'instant T a rendu les choses beaucoup plus compliquées. Et sur ce plaisir de l'instant T, est-ce que j'ai compris que tu as suivi une psychothérapie ? Est-ce que ton ou ta psy t'a aidé à décrypter et à entourer ce plaisir d'un autre narratif que celui d'être souillé ?
pas vraiment parce que déjà je l'ai arrêté parce que c'était beaucoup trop douloureux
La psychothérapie ? C'était trop dur d'affronter tout ça en même temps. C'était compliqué. Je pense que je le referai dans les mois qui viennent. Je pense que je reprendrai. Mais c'est dur. Ça fait du bien. Déjà, pour le chemin que j'ai parcouru, c'est bien. Après, j'ai de la chance d'avoir une meilleure amie qui est psychologue et qui le fait gratuitement, qui m'écoute. Du coup, c'est vrai qu'elle m'aide et qu'elle me…
Comment dire ça ? Elle me fait comprendre, en fait, elle m'explique les schémas que je fais, etc. Et du coup, ça m'aide, mais je pense qu'il faut que je reprenne quand même de toute façon. Parce que dans énormément de… Enfin, dans tous les témoignages de violence et d'abus qui sont sur le podcast…
Cette question du plaisir qui peut être ressentie, elle vient comme après une blessure gigantesque pour le reste de la vie. Et il y a vraiment un savoir psychologique qui peut t'aider, t'expliquer. En fait, si je mets du sucre sur ta langue…
Quel que soit le contexte, quel que soit ton consentement ou ton absence de consentement, quel que soit le jour, l'heure de la nuit, la saison, le lieu dans le monde, il y a un mécanisme des papys qui va se mettre en action et qui ne raconte rien d'autre qu'un mécanisme des papys. Tu es d'accord avec moi ? Oui, je suis d'accord. Tu es d'accord que tu ne vas pas choisir, si je mets du sucre sur ta langue, tu es d'accord que tu ne vas pas choisir ce qui se passe après, on est d'accord ?
Et donc le moment où du coup notre cerveau crée une narration, si tu l'as quand même un peu choisi de sentir que les papilles s'ouvrent au goût du sucre, c'est d'arriver à dire non stop, c'est pas vrai. Mais bon, moi je suis pas psy, mais j'ai trop envie, tu me fais vachement penser au témoignage de William qui raconte, je crois que le titre c'est…
être le PD de service au collège militaire ok je sais pas si j'ai bien choisi le titre et puis j'imagine que personne n'a envie d'aller écouter ça mais le témoignage de William il est magnifique il est magnifique genre franchement la puissante, puis c'est un monsieur je dis monsieur parce que je crois qu'il a plus de 60 ans et c'est magnifique de voir des gens qui renaissent un peu quand ils veulent quoi, qu'il est jamais trop tard
et il a parlé de ce sujet du plaisir je note ouais la titraille des épisodes de podcast c'est pas aisé là justement les gens trop choux qui m'hébergent m'ont fait 2-3 critiques en mode t'as mis ça en titre j'ai écouté aucun rapport ? non ils me disent pas ça mais ils m'ont un peu taquiné j'attends de voir le mien alors
Tu sais qu'on les choisit ensemble. Je valide toujours avec les gens. On va s'arrêter là pour la première partie de ton épisode, à moins que tu aies envie d'ajouter quelque chose. Non, tout est dit. T'es bien ? Dans la partie 2, on commencera sur le déclic, le départ parce que t'as 20 ans.
Et un mardi, tu dis je me casse et tu prends ton billet pour jeudi. Un lundi, pardon. Et tu prends le billet pour jeudi. Oui. Rendez-vous aux deuxièmes parties de ton témoignage. Merci David. On va voir les petits vieux. Comment tu te sens ? Ça va.