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Médéa, partie 3 de ton témoignage. Nous sommes à La Réunion. Tu nous as raconté dans les épisodes précédents ton lien avec la sexualité en deux termes et la sexualité en un terme. Comment tu t'es construit petit à petit, sachant que toi, tu es de retour à La Réunion, tu es réunionnais, mais tu es parti dix ans, tu es de retour à La Réunion il y a quelques mois ?
Et au début de ta redécouverte de ta propre île, est-ce que tu voudrais mettre deux, trois mots sur le lien pour toi entre ton cheminement intime, ton acceptation de tes formes de sexualité, d'asexualité en interne et ton toi artiste, ton toi drag queen, drag king. Toi, tu fais du voguing ou pas ? Alors, écoute…
Moi, justement, j'ai pris beaucoup de cours de voguing, mais le voguing, il s'agit aussi de pouvoir libérer un peu cette énergie féminine, un peu, malgré tout, sexuelle, un peu cunt, comme on dit. C'est aussi libérer ça.
J'en suis incapable. C'est vrai ? Parce qu'en fait, forcément, même si j'ai pris beaucoup de cours, je garde un aspect très robotique et très mécanique du coup. Et le voguing, je pense que ça reste un art qui se vit en fait aussi. C'est qu'il y a le côté technique. Et tu peux dire quelques mots sur le voguing pour des gens qui n'ont jamais…
En fait, le voguing, ça vient du nom des magazines Vogue. C'est né dans la communauté noire à New York. Et le but, c'est de se dire qu'on ne pourra jamais être dans ces magazines-là. Mais le temps d'une soirée, on va vivre notre fantaisie. Et du coup, chacun de nos mouvements peut être une pause sur la couverture de Vogue.
Et en fait, c'est né un peu de là. Et en fait, dans la ballroom, il y a différentes catégories. La ballroom, ça veut dire quoi ? La ballroom, ça veut dire quoi, ballroom ? Je ne sais pas. Mais en tout cas, la ballroom, c'est le lieu où on organise ces soirées-là, où on se retrouve entre personnes queers, et la plupart du temps, entre personnes queers racisées, pour le coup. Et du coup, il y a différentes catégories.
Et en fait, dans chaque catégorie, chacun peut trouver sa place. C'est-à-dire, c'est des moments de ce show, de ce spectacle qu'on va s'offrir. Et il y a différents moments où… Tu peux donner deux exemples de catégories ? Oui, du coup, je vais donner les catégories auxquelles moi, je participe. Et en fait, il y a la catégorie « Bizarre » et la catégorie « Best Outfit ».
« Best outfit » en français, voulant… Meilleure tenue. Meilleure tenue. Voilà. Donc, je peux choisir de monter sur scène pour montrer ma performance au sein de cette catégorie. Et n'importe qui dans le public peut le faire. N'importe qui dans le public peut le faire, je le sais, parce que du coup, on s'est retrouvés samedi et avant, tu m'as envoyé par texto genre « Ah, trop cool que tu viennes. Te prépares-tu à monter sur scène ? » Et j'étais là « What ? »
C'est ce qu'il m'est en train de me raconter. J'ai dit, peux-tu me rassurer, Médéa, que je peux venir sans monter sur scène, s'il te plaît ? Et tu m'as dit, oui, oui, t'inquiète. Mais selon la vibration du moment, tu peux te sentir appelé par la scène. Ça n'a pas été le cas. Certainement pas. Tu peux me dire pourquoi le voguing ?
jouent un rôle clé dans l'avancée des droits LGBT+, à La Réunion, tu vois ? On pourrait se dire « Ah, le Wooking Hooker, c'est une danse ! »
Voilà, juste une danse et il n'y a aucun rapport avec la marge des visibilités, l'avancée des droits. En fait, je pense que c'est une danse, mais ça permet aussi d'exprimer ce qu'on ne peut pas exprimer avec les mots. C'est qu'au début, ça paraît un peu anodin.
Mais à chaque fois qu'on fait du voguing, qu'on prend des cours de voguing, on nous explique en fait pourquoi tel mouvement, pourquoi ci, pourquoi ça. Et en fait, on nous demande aussi de vivre ce moment-là. Et en fait, c'est quelque chose qui va rassembler les gens de la communauté. Tu peux me donner un exemple d'un mouvement qui veut dire quelque chose ?
Pour moi, je pense vraiment au catwalk. C'est le défilé, c'est marcher. Dans le voguing, il y a plusieurs éléments, mais dans l'élément catwalk, on va avancer.
Et au fur et à mesure qu'on avance, on met bien en avant les hanches d'un côté ou de l'autre quand on avance. Et ça, c'est pour montrer aussi la part de féminité, en mode où de base, les hanches, c'est quelque chose de très féminin, c'est quelque chose de très femme. D'ailleurs, on parle de voguing femme souvent.
Femme étant l'abréviation de féminine. De femelle figure sur la scène du voguing. Et du coup, c'est-à-dire que n'importe qui peut faire du voguing femme, qu'il soit homme ou femme, et mettre en avant ses hanches. Et exprimer sa féminité ainsi.
interdite normalement dans la vraie vie entre guillemets c'est que du coup tu le fais d'abord par des mouvements et après tu arrives à mettre des mots dessus et d'ailleurs justement la pionnière de la ballroom qui crée justement une communauté qui rassemble était là justement samedi c'était Luna Umbra et mine de rien en fait créer ces événements là ça nous rassemble et en vrai c'est aussi un vrai sujet de conversation
Puisque avant la ballroom, du coup, on est tous là à se dire, ah, tu vas participer à telle catégorie et tout. Et du coup, on va s'aider parfois pour des tenues. On va s'entraîner à marcher. C'est la famille qui se fait. C'est la famille qui se vit, en fait. C'est nos matchs de foot. Ben voilà.
Luna, on peut la découvrir dans un super documentaire qui s'appelle… Merde, il faudrait que je le dise. Vavivogue. Vavivogue sur Arte. Ah, sur Arte. Ah non, France TV. Sur Arte. Non, je crois que c'était… C'est France TV, ça. C'est France TV. Et donc, du coup, les gens qui habitent en France ont accès, puisque c'est le service public. Et c'est un super beau reportage. S'il n'est pas sur France TV, il est sur Arte.tv.
qui est du coup accessible je crois pour les allemands aussi et l'autre truc que je veux dire c'est qu'il y a un super documentaire de Louise L-O-I-Z les identités queer à la réunion qui est sur le service public France TV où je crois que Luna y est aussi
mais j'ai regardé les trois documentaires en même temps donc je me rappelle plus qui est quoi mais du coup on a un vrai accès je le mettrais dans le descriptif de l'épisode on a un vrai accès, on peut voir tout ça et on peut voir tout ce que tu viens de dire et c'est vraiment superbe quand j'ai dit nous toi tu as répondu, moi je suis blanc tu as dit c'est quand même des espaces pour personnes racisées dans la culture du bowl qui est née à New York dans mes souvenirs
approximatif, c'est quand même les gays blancs qui excluaient les gays noirs. Et c'est comme ça que les gays queer trans noirs se sont regroupés entre eux parce que les espaces LGBT blancs n'étaient pas safe pour eux. Parce que c'était pas safe. Mais en fait, même si ça reste majoritairement pour personnes racisées…
Il y a moyen pour des personnes non racisées de venir faire ses preuves sur la scène du voguing. D'ailleurs, toi-même, tu l'as vu, il y avait des personnes qui n'étaient pas forcément racisées, qui ont eu le grand price et tout à la soirée. C'est une compétition. On est les uns contre les autres dans chaque catégorie. C'est par exemple à celui ou celle qui montre mieux sa hanche. Il y a un jury et à l'issue, on va donner un prix. En gros, il y a deux passages.
À chaque fois. Il y a le premier passage où on entre. Et sur le premier passage, sur le premier renoué, en gros, le premier défilé, les juges vont juste nous juger par rapport à nous-mêmes. Est-ce que, du coup, on correspond vraiment à la catégorie ou pas ? Et si les juges estiment qu'on correspond à la catégorie, là, on nous met sur le côté, du coup. On a les 10. Et après, on peut passer à l'étape suivante qui sera la battle.
Et c'est là que vient la compétition. D'abord, en fait, et le prix. Mais d'abord, la première étape, c'est de recevoir aussi cette validation en mode est-ce qu'on a vraiment répondu aux attentes de la catégorie aujourd'hui ? Moi, j'imagine que nos adversaires homophobes pourraient s'en donner à cœur joie de dire « je vous avais bien dit que ces trucs d'homosexuels viennent de l'étranger ».
Pour preuve, tous ces délires viennent de New York, ce n'est pas de chez nous, de la Réunion, du Créole, ce n'est pas de chez nous. Ils ne disent pas ça ?
Alors, je ne sais pas si… Enfin, moi, pour l'instant, je n'ai pas encore entendu ça. Parce que je… Tu sais, dans le premier épisode, tu as dit que toi, tu as grandi en disant… Non, mais en fait, sur le voguing, sur la ballroom, je n'ai pas encore entendu ça. J'entends, mais je faisais le lien pour les gens qui n'ont pas écouté l'épisode 1. Que toi, tu as grandi dans une réunion où, en fait, on me disait que l'homosexualité, ça vient de la métropole, ça ne vient pas de chez nous.
En fait, je pense que c'est peut-être possible de l'entendre, mais après, en même temps, là, vu les milieux que je fréquente… C'est pas le cas. Moi, je vais être honnête avec toi et je pense que… J'espère que c'est pas maladroit pour moi de le dire. Moi, je me suis… C'était mon premier ball et j'ai été…
Je ne sais pas comment bien le dire. Je comprends complètement. J'ai été déçu que tout se dise en anglais. De fait, j'avais vraiment l'impression d'être à New York et je me disais, en fait, créolisons, francisons ou je ne sais pas quoi isons, réunionisons.
Et moi, tu vois, les expressions, j'avais l'impression d'être dans Drag Race, que RuPaul parlait. Et que du coup, j'ai même à un moment donné, je me suis dit, moi, oreille métropolitaine, je me suis dit, ah mais en fait, peut-être c'est des Américaines là sur scène. Et je me dis, c'est quoi l'intérêt de se parler avec des expressions américaines ? Et je crois que je suis plus généralement, et je vais au bout, pardon, moi, mon opinion, c'est,
j'entends que l'art drag qui est très différent du voguing on est d'accord mais que tout ça c'est très américain et j'entends que ça nous inspire et je suis très inspiré et c'est ok qu'on se copie mais je trouve qu'il y a une sorte d'universalité américaine et je suis ah oui sauf que
Et notamment, tu vois, à la toute fin du ball, c'était sur du… C'est quoi le nom de la danse locale ? Maloya. Ouais, c'est là-dessus qu'il y a eu la compétition finale. Et là, j'ai trouvé que c'était trop cool, tu vois. Alors, en fait, le truc, c'est que… Alors, tu aurais dû assister au ball, du coup, de Saint-Pierre en novembre, en fait. Parce que c'était le ball, là, qui était organisé par Luna Umbra.
Et en fait, c'était vraiment sur le front de mer de Saint-Pierre, vraiment ouvert à tous. Et ça, à tout public, en fait, toutes les personnes qui passaient par là pouvaient assister justement au spectacle. Et ça, je trouvais ça magique. Et Luna Ombra, justement, lors de cette soirée-là, elle utilisait des termes créoles et tout. Génial, OK !
Et elle disait, bon, elle va essayer de créoliser un peu le vocabulaire et voir un peu ce que ça donne et tout. Mais en fait, là où on ne le fait pas forcément, c'est parce que malgré tout, la scène de la ballroom reste une scène très codifiée. Et vraiment, la scène de la ballroom, je le distingue vraiment du milieu drag. Ce n'est pas la même chose. Parce que justement, dans la scène de la ballroom,
On ne décide pas par soi-même, en fait, en gros, qui on est. Il y a un vocabulaire, il y a des règles, il y a des Jeux Olympiques, il y a des institutions. On est d'accord, c'est très codifié et vous respectez ça parce que c'est votre art. Et par exemple, là, normalement, j'ai assisté samedi dernier à la nomination d'une personne au statut de princesse, justement de princesse. J'ai rien compris, explique-moi.
En fait, en gros, quelqu'un qui est nommé princesse, c'est une personne qui s'est vraiment investie pour sa famille dans sa house, qui a pris sur son temps personnel pour leur donner ça. Une house, c'est du coup une sorte de famille, d'association. Une sorte de famille qu'on recrée en fait. On est ensemble, on s'entraide pour justement faire les costumes ou performer dans les catégories. On est entre nous, ouais.
Et c'est même au-delà de cela, en fait, parce que, par exemple, moi, il y a une house que je retrouve assez régulièrement, ne serait-ce que sur le front de mer de Barachois, pour manger, pour échanger, pour… Barachois, c'est un quartier à Saint-Denis. Désolé. On se retrouve là-bas, justement, pour manger, échanger. En fait, il y a vraiment cette proximité, cette convivialité. Et aux États-Unis, à New York ?
C'était une question de vie de mort aussi. Dans les documentaires que j'ai vus, ta house, ça accueillait des gens qui, en effet, étaient sur la scène ballroom. Mais en fait, la mère, la mother, elle donnait à manger. Elle donnait souvent un toit. C'était aussi des gens qui se regroupaient aussi pour aller accéder aux soins. Tu es d'accord qu'il y a cette règle ? Il y a vraiment ces règles-là. Parce que quand tu es queer, tu es exclu. Ta famille de sang.
Exactement, on a ce truc où on est exclu, et du coup on doit respecter les codes que nos parents queers nous ont inculqués. Sauf qu'à La Réunion, la ballroom n'existait pas. Et en fait, la plupart des personnes qui tiennent les maisons de ballroom ont été aussi des parents de la ballroom.
Qui viennent de la métropole, en fait. Oui, donc leur famille choisie est américaine. En fait, viennent de la métropole, qui dépendent des familles américaines. Et en fait, ça fait comme une chaîne, en fait. Et par exemple, là, justement, c'était le bol organisé par Sarafina.
Et elle disait qu'il y avait son Godfather qui était là dans le public aussi. Et en fait, du coup, il y a toute une codification. Le Godfather, c'est parrain. Voilà, le père. La personne qui lui a tout appris, qui lui a donné ses fleurs. Bien sûr. Et moi, je trouve que de s'inspirer de force, de langage, c'est aussi une manière peut-être…
Tu vois, c'est comme un costume qu'on enfile pour mieux performer une émotion, pour mieux transmettre un message. Moi, j'avais envie de te partager le fond de mon cœur, le fond de mon opinion, mais il y a un sens à cet anglicisme, tu vois. Et je suis sûr, si un jour j'ai la chance de revenir dans dix ans, je suis sûr qu'on aura créolisé l'affaire. Je suis sûr, tu vois ce que je veux dire ? Qu'on va petit à petit… Moi, l'autre chose qui me…
L'autre chose qui m'inquiète, qui me fait douter ou une autre opinion de ce spectacle magnifique, on est d'accord, je suis fan, dans cette américanisation, je vois beaucoup de capitalisme. Vraiment cette idée qu'il faille un peu se saquer. On est d'accord que dans l'univers de la ballroom…
Il y a quand même le chop qui est en gros tu dégages parce qu'en fait, t'es pas à la hauteur. Il y a un niveau de violence, moi, pour mon petit cœur de blanc, qui n'est pas vécu dans la violence qu'une personne noire ou racisée peut vivre. Mon petit cœur de blanc, il disait, il y avait…
une forme de violence en mode « allez, tu dégages ». Et aussi, le jury avait un visage très fermé. Il y a vraiment une sorte un peu, on a l'air hautain dans le jeu du ballroom. Est-ce que tu es d'accord avec moi ? Il y a une importance à dire « je suis au-dessus de tout ça et vous êtes tout en bas ».
Et moi, avec mon regard de Zoray, je n'arrive pas à comprendre comment ça nous élève. J'arrive à comprendre comment c'est du RuPaul's Drag Race. C'est de l'Américain qui veut toujours être le numéro un au dépit des autres. Et moi, ce samedi soir, j'étais là. Non, mais bon, pour être un peu plus nuancé, le jury, il envoyait des petits bisous. Quand il disait ça, il faisait des coucous. Tout le monde se connaît. Tout le monde se soutient. Tout le monde se supporte. On est d'accord. Justement, tout le monde se connaît.
Et en fait, je dirais même mieux. En fait, c'est que vu que moi, déjà, il y a un membre du jury avec qui je m'entraîne aussi, en fait. Non, mais c'est vrai. Et en fait, en vrai, tout le monde connaît le jury et tout. Et ce côté très fermé, c'est aussi pour garder ce côté très impartial, en fait, malgré tout. Et même dans les entraînements, en fait, les personnes qui font les jurys ont ce visage très fermé.
Et moi, ce que je vois tout le temps, c'est souvent, même quand on fait l'américaine, l'américaine, c'est le côté très viril. C'est le nom d'une catégorie. C'est une catégorie très virile, très masque et tout. Et du coup, on fait ça avec des personnes qui ont des visages très fermés, très durs et tout. T'as l'impression qu'ils sont très hautains.
Et du coup, on leur dit, voilà, c'est fini, c'est bon, bravo. C'est les notes. C'est les notes. En gros, c'est bon, tu as fait un bon défilé. Tu as réussi ta catégorie et tout. Et du coup, la personne qui était très virile, très masculine, très hautain et tout.
et du coup en fait je pense que le fait aussi de vivre les entraînements et de vivre ça ça permet aussi de ne pas forcément le prendre personnellement parce que
en fait c'est sérieux en fait c'est ce que j'ai mal perçu ce que j'ai pas bien compris c'est qu'en fait cette fermeture du visage c'est une façon d'être sérieux à ce qu'on est en train de faire cet art est sérieux on prend les choses au sérieux donc là on est en train de juger des gens et donc on va bien le faire c'est ça voilà et surtout voilà et surtout en fait si du coup là bon moi j'ai été choppe
J'ai été chop, alors toi t'as marché dans une catégorie, mais tu sais, mais Déa, on s'est vu avant, je t'ai dit ouais je crierai ton nom et tout, soit j'étais aux toilettes quand t'es passé, soit je ne t'ai pas vu parce que t'avais un masque. J'avais un masque. Ah putain, je ne sais pas quelle était ta performance, t'avais quoi comme masque ?
C'était la catégorie bizarre. Ah, c'est pour ça. Non, toi, tu as été chop. J'ai été chop. Ça veut dire éliminer sans faire la battle. Je ne suis pas rentré dans les critères de base de la catégorie. Ok.
Mais en fait, je l'ai pas mal vécu non plus parce que moi-même, je sais que je m'étais peut-être pas assez préparé pour ça non plus. Et la réalité, c'est que donner un minimum d'exigence à une catégorie, ça te permet de te sentir encore plus valorisé quand tu ne te fais pas de shop. Parce qu'en fait, les battles…
Malgré tout, on en garde beaucoup jusqu'au niveau des battles. On se dit que tous ceux qui font des battles, même si ces personnes perdent, ce qu'ils ont fait, c'est déjà canon.
En fait, c'est vraiment aussi une manière aussi de se valoriser parce qu'on sait très bien en fait que malgré tout, c'est ouvert à tout le monde. Et que du coup, à tout instant, quelqu'un peut monter et que du coup, si elle n'a pas les codes, elle se fait chopper aussi. Mais ce n'est pas grave de se faire chopper.
Je pense qu'il faut dédramatiser le chop. Mais toi, en tout cas, la violence que j'ai perçue avec mes différences culturelles, je suis vraiment un étranger, un alien dans cette affaire. Et moi, je perçois des signaux qui m'appartiennent. Toi, tu ne les vis pas au quotidien et tu n'es pas d'accord ?
En fait, le truc, c'est que pour moi, depuis que je suis arrivé, je vis Ballroom. Je continue à faire du drag et à faire mes événements. Mais le clair de ma pensée est occupé par la Ballroom. Et sur la Ballroom…
C'est un moment où on a l'impression qu'on doit se donner à fond pour que tout s'efface en fait et qu'on ne se dise pas que tout est acquis en fait. Et l'exigence que du coup on se met sur chaque instant, c'est du coup…
L'exigence consommée sur chaque instant, c'est aussi ce qui rend cet instant beaucoup plus fort. Parce qu'à partir du moment où on est vu par le jury, on se dit « ça a commencé, là il faut y aller ». Et même quand on sort sur scène et qu'on est chop, on reste dans notre personnage.
on ne le quitte pas en fait et en fait je trouve ça très difficile de parler de la ballroom parce que j'ai l'impression que c'est vraiment une sensation qu'on vit en fait et que c'est quelque chose qui vibre dans le corps et que l'expliquer on a que les signes extérieurs mais on n'a pas en fait l'intensité qu'on vit dans la ballroom encore c'est quoi le lien que tu fais entre ton cheminement intime
et ta découverte de la ballroom, de cet art, le cheminement intime. On parle là de ton rapport à l'amour, à l'autre, au sexe. Est-ce que tu vois des ponts se faire ?
Alors nécessairement en fait parce que sur la ballroom, il y a aussi parfois des côtés un peu, malgré tout, sexualisés et sexualisants, même si ce n'est pas un lieu pour justement sexualiser les gens. C'est un lieu de célébration plus. Par exemple, quand on a la catégorie qui est la catégorie body, c'est-à-dire du corps et tout,
C'est un lieu où on célèbre les corps dénudés en fait. Et moi, pendant longtemps, j'ai eu beaucoup de problèmes aussi à voir des corps dénudés. À les voir ou à toi être dénudé ?
Les deux, en fait. Et déjà, avec la ballroom, ça me met moins de problèmes à les voir. Parce qu'au final, c'est un corps. Un corps, même s'il est nu, ce n'est pas une raison pour qu'il soit sexualisé. Ça ne dit rien sur la sexualité de la personne. Et le fait de faire ces détachements-là,
de voir la sexualisation que la société peut faire de certains mouvements ou de certaines postures et la réalité de la personne.
Moi, ça me met plus à l'aise parce que je me dis, en fait, on n'a pas à mettre d'étiquette. Ce n'est pas parce que quelqu'un, on va dire qu'il bouche son cul, que cette personne a envie d'avoir des relations sexuelles. Oui, complètement. Moi, j'ai aussi senti que c'était un espace de totale célébration.
entre personnes queer, tu sais ce que je veux dire il y a aussi un truc, est-ce que toi t'as senti quand tu montes sur scène c'est aussi un endroit où t'es vu et t'es vu dans toute ta queerness ta créolitude, mêlée à ta queerness tu vois ce que je veux dire, c'est vraiment un moment c'est vraiment le match de foot du samedi soir on est entre nous, on célèbre on a les codes, tu vois ce que je veux dire on se sent à la maison, on se sent en sécurité et toutes nos catégories
peuvent s'exprimer tu vois les catégories dans nos têtes les catégories de la ballroom mais tu vois ce que je veux dire il n'y a pas un truc comme ça qui du coup te donne un putain d'énergie pour aller affronter le monde extérieur mais en fait pour moi c'est totalement ça c'est que en vrai parfois moi l'une des catégories que j'adore c'est la catégorie bizarre
Attends, décris-nous ton déguisement. Ce n'est pas un déguisement le terme, je crois. Il ne faut pas que je dise déguisement. Ah putain ! Alors, du coup, ma tenue… Ma tenue, pardon, merci. En fait, mon esprit, c'était d'être Madame Toupie, du coup. C'est qui ? C'est en gros une femme qui tourne sur elle-même.
Et en fait, j'étais comme un grand cercle rose qui tourbillonnait sur ma démarche. Et on ne voyait pas son visage. C'est pour ça que tu n'es pas reconnu, ok. Mais du coup, c'était ça. Et tu avais donc une robe ? J'avais une sorte de… En gros, c'était une crinoline.
Avec une grande jupe rose. C'est quoi une crinoline ? C'est une forme de tissu ? Une crinoline, c'est quelque chose qu'on utilise dans la couture, quand on fait des tenues, pour donner du volume au bas des robes, pour donner un aspect très cercle. Sauf que du coup, je ne l'ai pas utilisé au niveau de la taille, mais vraiment au niveau du cou, pour que tout mon corps soit comme un cercle.
et sur le dessus j'avais rajouté des froufrous et donc en fait c'est une tenue que j'ai faite assez rapidement malgré tout parce que je me suis décidé le mardi pour le samedi de participer à la catégorie parce que j'étais là en mode non j'ai pas envie là de monter sur scène ça fait peur voilà
Ça fait peur. Donc toi, tu disais que tu étais d'accord avec moi que c'était un espace de célébration. Tu disais ma catégorie préférée, c'est bizarre. Parce que justement, c'est un moment où tu t'autorises à être bizarre et à être réclamé parce que tu es bizarre. Voilà, le but justement, c'est… Et en plus, ça, c'est pas en mode juste tu es bizarre parce que les gens…
ne te vois pas comme tu veux qu'on voit. C'est que toi-même, tu dois travailler ta bizarrerie, en fait. Et tu dois travailler ta silhouette telle que tu la veux et tout. Ah oui, c'est une reconquête du bizarre. C'est toi qui vas dire ce qui est bizarre. Voilà, c'est ça. Tu vas le pousser, tu vas le tirer, c'est ça ? Ouais, c'est exactement ça. Et en vrai, je trouve ça…
Je trouve ça dingue comme catégorie parce qu'il y a certaines personnes qui vont exacerber justement certaines parties intimes. Par exemple, dans la catégorie bizarre, il y a quelqu'un qui a mis en avant ses fesses. Il y a des personnes qui vont plus se dénuder ou peut-être montrer… Enfin, je ne sais pas. Il y a différentes expressions possibles.
Alors que moi, justement, dans mon côté, c'est je gomme presque tout malgré tout. Et pourtant, je veux être sublime. Je suis sublimement bizarre. Et en fait, je pense que moi, il y a peut-être ce côté aussi un peu hors-sol de la catégorie bizarre. Parce que la catégorie bizarre n'est pas faite pour être belle. Mais moi, je vais être belle !
Donc, il y a malgré tout quelques contradictions, mais j'aime bien malgré tout. C'est peut-être pour ça que tu as été choppé ? Peut-être que le jury a considéré que tu étais trop belle pour être bizarre ? Je ne sais pas, mais en tout cas, au vu de ce qu'ont fait les autres, je me suis dit, de toute manière, j'étais en coulisses, je me suis dit, à tous les coups, je ne vais pas gagner !
C'était sublime. Je vais mettre des photos sur mon Instagram, enfin je vais à un moment donné, parce que j'ai pris des photos et des vidéos de la catégorie bizarre que moi j'ai trouvé particulièrement magnifique. Je posais la question du lien entre art et intime, entre voguing, ballroom et intime et droit LGBT à La Réunion.
J'ai envie de proposer autre chose et dis-moi si je dis de la merde. J'ai l'impression que dans cette puissance artistique se font des familles, des liens solides et un tissu très résistant entre personnes queers
qui devient solide. Tu vois, les fils s'entremêlent et on devient tellement solide parce qu'on est fort ensemble qu'alors, quand quelqu'un lève la main en disant on va faire en 2021 une marge de visibilité populaire, il y aura des milliers de personnes dans la rue, ça prend plus facilement sur ce terreau plein de nutriments joyeux, de gens qui se célèbrent et qui s'aiment et qui se disent on ne se cachera plus. T'es d'accord ou c'est dans ma tête ?
Alors là, pour le coup, je suis d'accord, mais malgré tout, je ne sais pas si j'ai la bonne visibilité. Tu n'étais pas là. Toi, tu es là depuis huit mois et là, je parle de 2021. Et en fait, moi, je suivais depuis le réseau et en fait, moi, je suivais à distance en gros et je n'arrivais pas à croire ce que je voyais. Pourquoi ?
Parce que moi, l'image que j'avais de La Réunion, c'était l'image où moi qui essayais d'être viril, je me faisais caillasser. Et du coup, l'image que j'ai vue là-bas, c'était des artistes cuir, des artistes drag, toute forme de corps cuir et ostensiblement cuir dans la rue, en train de manifester librement, en fait. Et…
Et pour moi, c'était quelque chose de magique. Et en vrai, à partir de ce moment-là, a germé dans ma tête l'envie de revenir aussi. Parce que la réalité, c'est qu'au début, j'étais malheureux en métropole parce que j'avais besoin de retourner à La Réunion. Mais après, j'avais trouvé un peu ma place en tant que cuir en métropole.
et j'avais pas envie de revenir à La Réunion parce que je savais pas en fait quelle place les coureurs pouvaient occuper
revenir à la Réunion pour être caillassé à nouveau t'avais la flemme quoi et surtout le truc c'est que je me suis posé nettement moins de questions sur les tenues que je veux porter par exemple je peux avoir des sacroses je peux parfois sortir avec des talons et tout et en métropole en région parisienne je sais qu'il y a des lieux où je peux le faire sans problème
Mais à La Réunion, je ne sais pas. Et du coup, le fait de voir ça, je me suis dit, c'est possible aussi à La Réunion. Il suffit aussi qu'il y ait des gens qui osent. Et je me suis dit, si il y a un mouvement qui se lance, je veux aussi faire partie de ce mouvement-là. Et ça t'a fait revenir ?
Ça m'a fait revenir. C'est trop beau. Je parlais tout à l'heure de le voguing qui a ses racines aux Etats-Unis. Est-ce qu'on a envie de créoliser, de réunioniser tout ça ? Et c'est déjà le cas parce qu'il y a le terme « queer » qui est, si je ne dis pas de bêtises, si j'ai bien compris, une créolisation de « queer »
qui est de l'anglais pour dire bizarre, on revient à notre bizarre, et qui est une façon aujourd'hui, en tout cas en France hexagonale, de dire LGBT+, de façon plus politisée aussi, à la louche. Pour les gens, parce que j'ai parfois des gens qui me disent, ça veut dire quoi, queer, Q-U-E-E-R ? Pour toi, Médéa, ça veut dire quoi, queer, K-W-I-R ? Ça représente quoi pour toi, dans ton quotidien, le K-W-I-R ?
Le KWIR, c'est une identité que je revendique. Parce que…
Justement, c'est aussi s'opposer à ce rejet de l'identité queer, Q-U-E-E-R, comme quelque chose venu de la métropole. C'est dire aussi que les queers de la Réunion qui sont dans une culture rayonnaise existent aussi en fait. Et d'ailleurs, le but de mon drague, c'est un peu ça. C'est redéfinir un peu les codes physiques de ce qu'on peut attendre des normes de genre.
tout en le plaçant dans une forme de créolisation. Justement, sur ton Instagram qu'on a déjà partagé, qu'on peut redire sur Instagram, moi je suis allé voir et j'ai vu que tu disais ça, tu disais « drag queen » et je ne sais plus le titre exact, mais c'est « lien avec la culture réunionnaise ». Tu peux me donner un exemple de comment tu fais ce pont ?
Alors du coup, moi, mon événement, l'événement que j'ai lancé et créé, c'est l'événement « Histoires longtemps », qui signifie les histoires d'avant. Et en fait, c'est un événement où je raconte les histoires traditionnelles de la Réunion. Sauf que dans ces histoires traditionnelles, il n'y a pas de place pour les cuirs.
Et c'est quelque chose, en fait, que là, je me suis rendu compte que ça crée quand même un certain engouement chez les Réunionnais qui ont ce besoin aussi d'entendre, en fait, leurs histoires traditionnelles parce que c'est quelque chose qui manque un peu.
Alors attends, tu inventes des nouveaux personnages ? Qu'est-ce que tu fais ? Donc en fait, je n'invente pas de nouveaux personnages, je garde les histoires traditionnelles. Mais par contre, moi j'y vais toujours en drague. Et en fait, si j'y vais en drague, c'est pour dire aux gens, écoutez, on n'a peut-être pas d'histoire à nous pour l'instant, mais…
Il n'en reste pas moins que si vous voulez avoir accès à la culture qui vous est un peu déniée, malgré tout, parce que c'est dur de connaître certaines histoires de La Réunion, vous devez faire avec les gens cuirs. On est là, on existe, on n'est pas prêts de partir et on est essentiel à votre culture.
Oui, quand tu racontes l'histoire en drag queen, c'est toi qui es sur scène, c'est toi qui racontes l'histoire, mais ton histoire, l'histoire de ton île. Tu rappelles aux gens que c'est ton île. Voilà, c'est ça. C'est que visuellement, en fait, ils sont obligés d'accepter que quelqu'un qui est créole, qui est pris dans la culture créole, qui puisse aussi être queer. Parce qu'en fait, cet événement, en vrai, on aurait pu me dire, je peux aussi le faire hors drague.
Parce que je pourrais aussi le faire hors drague. Hors drague, pardon. C'est-à-dire en tant que personne. Sauf que moi, je me suis dit, je veux que lorsque les gens viennent et qu'ils me voient, qu'ils ne se disent pas « Ah, peut-être qu'il est un peu gay, on ne sait pas trop, c'est un peu tabou, on ne va pas trop en parler. » Non, on me voit, on sait. Parce que pour toi, être une drag queen, c'est être gay. Oui, là, je me suis mal exprimé. Non, t'inquiète, t'as le droit. En fait, c'est parce que du coup, je sais que les gens…
Quand ils vont voir une drag queen, ils vont forcément se dire que cette personne est gay. Mais sauf qu'il y a des drags, en fait, justement, c'est indépendamment de leur identité de genre ou de leur sexualité. Donc, en fait, il faut vraiment faire ça. Ça se distingue malgré tout. Mais c'est juste que moi… Toi, tu t'adresses à un public hétéro particulièrement. Je m'adresse à un public…
Pas particulièrement hétéro, mais malgré tout, il y a beaucoup d'hétéro parce qu'il n'y a pas vraiment de bar gay à La Réunion. Dans l'intégralité de l'île, qui contient un million d'habitants. On est à 900 000, donc on n'est pas loin. J'ai entendu dire que le dernier bar gay à Saint-Denis, qui est la plus grosse ville au nord de l'île, là où on est d'ailleurs, a fermé.
Après, malgré tout, moi, je ne connais pas trop les bars en vrai. Moi, les bars que je fréquente essentiellement, c'est parce que j'y fais des shows ou qu'il y a des shows drag à l'intérieur. Moi, ma volonté, elle est un peu double en fait. C'est que d'un côté, je veux être présent au sein de la communauté hétéro
Pour leur dire, vous ne pouvez pas faire sans les queers. J'aimerais bien aussi me dire qu'il y ait des espaces, qu'il y ait plus d'espaces queers pour les rayonner, où on se retrouve, où on se rassemble aussi autour de notre culture. C'est aussi ça, du coup, il y a un double mouvement où ?
En gros, je veux m'imposer auprès des hétéros pour dire qu'on a une place dans la société et je la revendique et je la veux. Et d'un autre, je veux que…
que les personnes qui sont queer puissent se dire « Ah, ça, c'est un espace où je peux aller et tenter de me maquiller et je ne serai pas la personne la plus maquillée de la pièce, quoi. » Ça sera toi. Voilà, c'est ça. En fait, pour moi, c'est ça, les drag shows, c'est de se dire « C'est un lieu où on peut… »
essayer différentes expressions de son identité visuelle, de se maquiller, d'essayer des tenues, de s'approprier un peu qui on est physiquement et qui on a envie d'exprimer, sans pour autant se dire « Ah, c'est nous qui allons attirer le plus d'attention. »
Mais top. Bon, merci Médéa. Merci à toi. Franchement, merci. Non, merci à toi. Merci à toi. Mais j'ai juste envie de te dire merci. C'est tout. Moi, c'est la même chose. Cool. Ça s'est passé comment pour toi ? Très bien. Ouais ?